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Guide orthophoniste 202615 minMis à jour 25 juin 20262 cas chiffrés

Installation en orthophonie libérale : EI, SCM ou SELARL, que choisir ?

EI, SCM, SELARL, SCP… on vous présente quatre sigles comme quatre options concurrentes : c'est la confusion n°1 de l'installation en orthophonie. L'EI et la SELARL répondent à « sous quelle forme j'exerce ? » ; la SCM répond à « comment je partage les frais d'un cabinet à plusieurs ? ». On ne choisit pas entre elles, on les cumule. Pour la quasi-totalité des orthophonistes — frais faibles, le micro-BNC est souvent gagnant — l'EI suffit ; la SCM sert dès qu'on s'associe ; la SELARL (IS 15/25 %) reste rare, et seulement au-delà de 70-90 k€ de bénéfice stable. Arbre de décision et cas chiffrés 2026, par Hagnéré Patrimoine (ORIAS 23002291).

INSTALLATION ORTHOPHONISTE 2026

Choisir la bonne structure sans se tromper de question

Audit d'installation pour orthophoniste libéral : EI au micro ou au réel, intérêt réel d'une SCM si vous partagez un cabinet, opportunité (rare) d'une SELARL, conventionnement, prévoyance et CARPIMKO. Cabinet 100 % indépendant.

  • EI, SCM ou SELARL : la bonne réponse
  • Micro-BNC ou réel chiffré
  • Prévoyance et CARPIMKO intégrées
  • Cabinet 100 % indépendant

MICRO-BNC

≤ 83 600 €

ABATTEMENT MICRO

34 %

IS PME

15 / 25 %

CAISSE

CARPIMKO

ACTES ORTHO

0 % TVA

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

§ 1LE RECADRAGE·3 MIN

EI, SCM, SELARL : pourquoi la question est mal posée

L'essentiel en 30 secondes

  • EI = je porte mon revenu en nom propre (BNC, micro-BNC ≤ 83 600 € ou réel/2035). C'est le défaut, et chez l'orthophoniste (frais faibles) le micro est souvent gagnant.
  • SELARL / SELAS = société à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà). Rare en orthophonie, seulement au-delà de 70-90 k€ de bénéfice stable.
  • SCM = simple outil de partage de frais. Elle ne dégage aucun bénéfice, ne touche pas à la patientèle. Chacun garde son BNC et dépose sa propre 2035.
  • On cumule : EI (exercice) + SCM (charges partagées) dès qu'on s'associe. Ce ne sont pas deux choix concurrents.
  • Quelle que soit la structure : l'orthophoniste reste TNS → CARPIMKO, et ses actes restent exonérés de TVA.

Vous venez de valider votre certificat de capacité d'orthophoniste. Vous commencez vos premières prises en charge, et déjà une consœur vous propose de partager un cabinet — avec, dans le lot, cette phrase qui revient toujours : « monte-toi en SCM », ou « passe en SELARL, tu paieras moins d'impôts ». « EI, SCM ou SELARL ? » : la question tombe à chaque installation d'orthophoniste, et elle part presque toujours d'un malentendu. On vous a présenté quatre sigles — EI, SCM, SELARL, SCP — comme quatre options sur la même ligne de départ. Ce n'est pas le cas, et le croire fait perdre du temps, de l'argent en frais de structure inutiles, parfois les deux. Avant de comparer quoi que ce soit, il faut démêler deux questions qu'on vous présente en bloc alors qu'elles n'ont rien à voir. En quinze minutes, ce guide vous donne l'arbre de décision complet, deux cas chiffrés 2026 et les chiffres à jour (seuil micro-BNC 83 600 €, IS 15 / 25 %, fin de l'abattement de 10 % en SEL) pour repartir avec la bonne réponse, pas le bon sigle.

La première : « sous quelle forme j'exerce et je déclare mon revenu ? » La réponse, c'est l'entreprise individuelle (le défaut) ou, beaucoup plus rarement, une société d'exercice (SELARL/SELAS, voire SCP). Ce sont des structures d'exercice : elles portent votre activité, génèrent un revenu, supportent l'impôt et les cotisations. C'est la même grille de lecture pour toutes les professions libérales — nous l'avons détaillée dans notre guide pilier statut juridique du professionnel libéral : EI, EURL, SELARL ou SCM.

La seconde : « comment je partage les frais d'un cabinet à plusieurs ? » La réponse, c'est la société civile de moyens (SCM). Et là, attention : la SCM n'est pas un mode d'exercice. Elle ne reçoit aucun patient, ne perçoit aucun honoraire, ne dégage aucun bénéfice à partager. C'est une caisse commune pour payer le local, le secrétariat et le logiciel. Elle ne sert à rien d'autre.

Quatre sigles, deux familles. La colonne « génère un revenu à partager ? » est la clé : la SCM est la seule à répondre non. C'est pourquoi on ne la compare pas à une EI — on l'ajoute par-dessus.
SigleFamilleGénère un revenu à partager ?Ce que l'orthophoniste déclare
EIStructure d'exerciceOui (votre BNC)Sa 2035 (ou micro-BNC)
SELARL / SELASStructure d'exercice (société IS)Oui (bénéfice de la société)Liasse IS + sa rémunération
SCMOutil de partage de fraisNon — refacture des chargesSa 2035 (quote-part de charges déduite)
SCPStructure d'exercice (société civile)Oui (bénéfices mis en commun)Quote-part de bénéfice commun

Ne jamais opposer « EI vs SCM »

C'est le contresens fondateur. L'EI et la SCM ne sont pas deux cases à choisir : un orthophoniste qui s'installe à deux dans un cabinet commun est, en même temps, entrepreneur individuel pour son exercice et associé d'une SCM pour les charges. Les deux coexistent. Si quelqu'un vous demande « tu te mets en EI ou en SCM ? », la bonne réponse est : « les deux, ce ne sont pas les mêmes questions ».
§ 2L'ENTREPRISE INDIVIDUELLE·4 MIN

L'entreprise individuelle (EI) : le statut par défaut de l'orthophoniste

Dans la quasi-totalité des cas, c'est aussi le plus simple : vous vous installez seul, donc en nom propre, en entreprise individuelle, sans créer de société. C'est le statut par défaut, et pour l'immense majorité des orthophonistes, c'est aussi le bon. Quand on s'installe seul, quatre sujets reviennent toujours sur la table — et on va les prendre dans l'ordre : ce qu'on risque vraiment de son patrimoine, micro ou réel, le faux débat de l'auto-entreprise, et la caisse.

Depuis 2022, vous ne risquez plus votre patrimoine personnel

L'idée reçue « en EI, on engage tout son patrimoine » est fausse depuis 2022. La loi n° 2022-172 du 14 février 2022 a créé le statut unique de l'entrepreneur individuel (en vigueur le 15 mai 2022). Désormais, votre patrimoine professionnel est automatiquement séparé de votre patrimoine personnel : seuls les biens utiles à votre activité peuvent être saisis par vos créanciers professionnels (article L. 526-22 du Code de commerce), et votre résidence principale est insaisissable de plein droit (article L. 526-1). L'ancienne EIRL a disparu, devenue inutile.

EI depuis 2022 : la séparation des patrimoines est automatique

Vous n'avez aucune formalité à accomplir pour protéger votre patrimoine personnel : la séparation s'applique de plein droit (art. L. 526-22 C. com.). C'est ce qui rend la création d'une société, motivée par la seule « protection du patrimoine », largement caduque pour un orthophoniste. La société se justifie par la fiscalité ou l'association, jamais par la responsabilité.

Micro-BNC ou réel : et chez l'orthophoniste, le micro gagne souvent

Votre activité relève des bénéfices non commerciaux (BNC) (article 92 CGI), imposés à l'impôt sur le revenu. Deux régimes possibles. Le micro-BNC (article 102 ter CGI) s'applique tant que vos recettes ne dépassent pas 83 600 € (seuil de la période 2026-2028) : un abattement forfaitaire de 34 % représente vos frais, vous êtes imposé sur les 66 % restants, et vous ne déduisez aucune charge réelle. Au-delà de ce seuil, ou sur option, vous passez au régime réel avec déclaration contrôlée 2035 (article 96 CGI), qui permet de déduire vos frais réels et vos cotisations Madelin.

La spécificité orthophoniste : des frais faibles, donc le micro souvent gagnant

C'est l'exact inverse de l'infirmière libérale. L'orthophoniste travaille en cabinet, sans véhicule de tournée lourd, sans matériel coûteux, sans consommables onéreux : ses frais réels dépassent rarement 34 % des recettes. Or le micro-BNC vous accorde un abattement forfaitaire de 34 % sans rien justifier. Conclusion : tant que vos frais réels restent sous 34 % de vos recettes — ce qui est très fréquent en orthophonie — le micro-BNC est plus avantageux que le réel. Le calcul complet est dans notre guide dédié micro-BNC ou réel pour l'orthophoniste.

Le seuil du micro-BNC, c'est 83 600 € — pas 77 700 €

On lit encore souvent le seuil de 77 700 € : c'était la valeur de la période précédente. Pour 2026-2028, le seuil de recettes du micro-BNC est de 83 600 € (révisé tous les trois ans). À noter aussi : depuis l'imposition des revenus 2023, la majoration de 25 % qui frappait les non-adhérents d'une AGA est supprimée— adhérer à une association de gestion agréée ne change plus l'assiette imposable.

L'orthophoniste et l'auto-entreprise : la confusion à ne plus faire

C'est la nuance que la moitié des sites ratent, et elle compte. L'orthophoniste ne peut pas être auto-entrepreneur (micro-entrepreneur) : comme tout auxiliaire médical conventionné, il relève d'un régime social spécifique incompatible avec le statut de micro-entrepreneur. Mais — et c'est tout le malentendu — son entreprise individuelle peut parfaitement bénéficier du régime fiscal micro-BNC. Le statut d'auto-entrepreneur est interdit ; le régime fiscal micro-BNC, lui, est autorisé. Le statut, c'est le social ; le régime, c'est le fiscal. On les mélange tout le temps.

« Auto-entrepreneur interdit » n'est pas « micro-BNC interdit »

Ne vous laissez pas dire que « l'orthophoniste ne peut pas être au micro ». C'est faux. Ce qui est interdit, c'est le statut d'auto-entrepreneur (régime micro-social du micro-entrepreneur), incompatible avec votre affiliation d'auxiliaire médical conventionné. Ce qui est autorisé, c'est le régime fiscal micro-BNC (abattement de 34 % jusqu'à 83 600 € de recettes) appliqué à votre entreprise individuelle. La nuance a l'air d'un détail de juriste ; en pratique elle décide de votre régime fiscal — et, chez l'orthophoniste, le micro-BNC est souvent le meilleur choix.

Régime social et TVA : TNS, CARPIMKO et actes exonérés

Quel que soit le régime fiscal, vous êtes travailleur non salarié (TNS) : vous cotisez à l'URSSAF et à la CARPIMKO (la Caisse autonome de retraite et de prévoyance des infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, pédicures-podologues, orthophonistes et orthoptistes) sur votre bénéfice. Et vos actes sont exonérés de TVA (article 261, 4, 1° CGI). En clair, sur votre matériel et vos achats, aucune TVA récupérable : le coût est sec, achat TTC. La franchise en base (art. 293 B) ne vous concerne donc pas : vos actes ne sont pas dans le champ de la TVA, ils en sont exonérés d'office. Pour mémoire, l'EI peut aussi opter pour l'IS via l'article 1655 sexies CGI (assimilation à une EURL) — une voie légère mais rarissime, rarement utile à des revenus modérés.

À retenir

L'EI, c'est le défaut — et souvent la bonne réponse

  • Patrimoine protégé de plein droit depuis 2022 (art. L. 526-22 C. com.) — plus besoin de société pour ça.
  • Micro-BNC ≤ 83 600 € (abattement 34 %) souvent gagnant chez l'orthophoniste, frais faibles ; réel/2035 seulement si les frais dépassent 34 %.
  • Auto-entrepreneur interdit mais régime fiscal micro-BNC autorisé — ne pas confondre.
  • TNS-CARPIMKO sur le bénéfice ; actes exonérés de TVA (261-4-1°), pas de récup et pas de franchise 293 B.
Hagnéré Patrimoine

Micro-BNC ou réel : on calcule lequel vous fait gagner

Chez l'orthophoniste, les frais faibles font souvent pencher vers le micro — mais pas toujours. Un CGP indépendant chiffre les deux scénarios pour votre niveau de recettes et de charges réelles.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 3LE CŒUR — LA SCM·4 MIN

La SCM : un outil de partage de frais, PAS un mode d'exercice

C'est ici que se joue la confusion n°1. La société civile de moyens (SCM) est sans doute la structure la plus mal comprise de toute l'installation libérale — et c'est aussi, pour un orthophoniste en cabinet de groupe, le seul vrai « passage en société » fréquent. Le point de départ : la SCM n'exerce pas la profession. Elle ne reçoit aucun patient, n'encaisse aucun honoraire, ne possède aucune patientèle, et surtout ne dégage aucun bénéfice à partager.

Ce que la SCM fait — et ce qu'elle ne fait pas

Son objet est exclusif : mettre en commun les moyens d'exercice de ses associés — le local, le secrétariat, le matériel, le logiciel, les consommables — et en répartir les charges. Le cadre juridique est posé par l'article 38 de l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (en vigueur le 1er septembre 2024) et par les articles 1845 et suivants du Code civil sur les sociétés civiles. La SCM achète, paie, embauche le secrétariat… puis refacture à chaque associé sa quote-part de ces frais.

Mémo express

La SCM : ce qu'elle fait / ce qu'elle ne fait pas

  • ✓ Ce qu'elle FAIT : mutualise le local, le secrétariat, le matériel et le logiciel ; porte le bail et les contrats ; refacture les charges communes à chaque associé selon une clé de répartition ; dépose une déclaration 2036.
  • ✗ Ce qu'elle NE FAIT PAS : elle ne perçoit aucun honoraire, ne détient aucune patientèle commune, ne dégage aucun bénéfice, ne paie aucun impôt sur les sociétés et ne change rien à votre statut d'exercice ni à votre caisse.

Chacun garde son BNC et dépose sa propre 2035

Fiscalement, la SCM relève d'un régime translucide (article 239 quater A CGI) : elle ne paie pas d'impôt elle-même et ne peut pas opter pour l'IS. Elle dépose une seule déclaration 2036-SD, qui ventile les charges communes entre les associés. Ensuite, chaque associé reporte sa quote-part de charges sur sa propre déclaration 2035, calcule son bénéfice individuel, et paie ses cotisations CARPIMKO sur son seul bénéfice. Chacun conserve sa patientèle, ses honoraires, sa fiscalité. C'est tout l'intérêt : on partage les frais sans rien lâcher de son indépendance.

Erreur fréquente : « la SCM répartit les honoraires »

Faux. La SCM ne répartit que des charges, jamais des honoraires ni des bénéfices. Si vous lisez ou entendez qu'une SCM « partage les revenus » ou « met en commun la patientèle », c'est une confusion avec la SCP (société civile professionnelle, voir §6). La SCM est un porte-frais : elle encaisse les charges, les redistribue, et son résultat est par construction nul.

Responsabilité : conjointe, mais pas solidaire

Dernier point, souvent mal compris : la responsabilité. Celle des associés d'une SCM est indéfinie et conjointe (article 1857 du Code civil) — chacun répond des dettes au prorata de sa part, et non solidairement. Concrètement, si la SCM a une dette, on ne peut pas réclamer la totalité à un seul associé : chacun n'est tenu que de sa quote-part. C'est une différence importante avec la SCP, dont les associés sont solidaires. Il faut au moins deux associés, aucun capital minimum n'est exigé, et la SCM peut être mono-disciplinaire (orthophonistes entre eux) ou pluridisciplinaire (orthophoniste + kiné + sage-femme).

§ 4LE PIÈGE TVA·2 MIN

Le piège TVA de la SCM (l'article 261 B)

Une SCM qui refacture des frais à ses associés… refacture-t-elle de la TVA ? La question paraît anodine ; elle est piégeuse. La bonne nouvelle : entre orthophonistes, la refacturation est exonérée de TVA. Mais à des conditions strictes qu'il faut respecter à la lettre.

L'article 261 B du CGI exonère de TVA les services rendus par un groupement de moyens à ses membres, sous deux conditions cumulatives : (i) les sommes réclamées correspondent exactement à la part de chaque membre dans les dépenses communes — aucune marge, même minime, sous peine de perdre l'exonération ; (ii) les services concourent directement à l'activité exonérée des membres. Comme les actes d'orthophonie sont exonérés (article 261, 4, 1° CGI), la condition est remplie.

Un exemple chiffré parle mieux qu'un long développement. La SCM paie 3 600 € de logiciel et de matériel partagé pour l'année et le refacture 1 800 € à chacun des deux associés : exactement la moitié, à l'euro près, donc sans TVA. Si en revanche la SCM facturait 1 850 € à chacun pour « se constituer une petite réserve », elle prendrait une marge — et l'ensemble de sa refacturation deviendrait taxable à la TVA. Retenez juste ça : on rembourse la dépense réelle, jamais un centime de plus.

SCM entre orthophonistes = refacturation des frais SANS TVA

Tant que la SCM se contente de rembourser à l'euro près la quote-part de chacun (clé de répartition statutaire, sans bénéfice), la refacturation est exonérée de TVA (art. 261 B CGI). L'exonération du groupement reste par ailleurs acquise tant que les recettes taxables d'un membre restent inférieures à 20 % de ses recettes totales (BOI-TVA-CHAMP-30-10-40). Le risque n'apparaît que si la SCM prend une marge, ou si un associé développe une activité accessoire taxable (formations payantes, vente de matériel…). En pratique, entre orthophonistes purs, le sujet ne pose pas de difficulté — à condition de ne jamais refacturer plus que la quote-part réelle.
§ 5LA SELARL / SELAS·4 MIN

La SELARL / SELAS : utile seulement pour de gros revenus, et rare en orthophonie

Et la troisième voie, celle qu'on vous vend le plus : la société d'exercice libéral (SELARL ou SELAS), à l'impôt sur les sociétés. En orthophonie, autant le dire tout de suite : elle est rare et ne se justifie que dans des situations précises — un bénéfice élevé et durable. Mais comme la question revient, voici ce qu'il faut en savoir — sans la survendre.

Ce que la SELARL change vraiment : l'IS

En SEL, c'est la société qui est imposée : IS à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (sous trois conditions cumulatives : chiffre d'affaires HT inférieur à 10 M€, capital entièrement libéré, détention à au moins 75 % par des personnes physiques), puis 25 % au-delà (article 219 I-b CGI). Vous n'êtes personnellement imposé que sur ce que vous vous versez. Autrement dit, vous ne payez l'IR et les cotisations que sur votre rémunération ; le reste demeure dans la société, taxé au taux réduit de l'IS. Le cadre juridique de la SEL est l'ordonnance 2023-77 du 8 février 2023 (qui a abrogé la loi 90-1258) ; l'orthophoniste, professionnel de santé, y est éligible.

Le seuil de l'IS réduit, c'est 42 500 € — pas 100 000 €

On lit parfois que le taux réduit de 15 % court jusqu'à 100 000 € de bénéfice. C'est faux. Le taux de 15 % s'applique jusqu'à 42 500 € de bénéfice (art. 219 I-b CGI), sous conditions PME ; au-delà, le taux passe à 25 %. Un relèvement du plafond a bien été débattu lors du budget 2026, mais il n'a pas été retenu dans la loi de finances promulguée : le seuil reste 42 500 €. Et c'est là tout le malentendu : la société diffère l'impôt, elle ne le baisse pas. Le jour où vous sortez les sommes capitalisées en dividendes, le prélèvement forfaitaire unique (31,4 % en 2026 : 12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux) s'applique par-dessus l'IS déjà payé. L'avantage n'est qu'un report, qui n'existe que sur la part de bénéfice que vous ne consommez pas.

Le social ne change pas — et la caisse non plus

Point capital : passer en SEL ne change pas votre caisse. Le gérant majoritaire de SELARL reste TNS et affilié à la CARPIMKO pour son activité libérale ; le président de SELAS est assimilé salarié (cotisations plus lourdes, de l'ordre de 70-80 %). Dans les deux cas, vous ne sortez pas de la CARPIMKO. La SEL est un sujet de fiscalité d'entreprise, pas un sujet de retraite. Pour le détail, voyez nos guides retraite CARPIMKO de l'orthophoniste et PER orthophoniste.

Les pièges de la SEL (en marge, mais à connaître)

La SEL coûte et contraint. Comptez 3 000 à 5 000 € de frais par an (comptabilité commerciale d'engagement, formalités juridiques, statuts), et deux pièges techniques à connaître. D'abord, la règle des 10 % : la fraction de dividendes excédant 10 % du capital (augmenté des primes et du compte courant d'associé) est réintégrée dans l'assiette des cotisations TNS (article L. 131-6 CSS) — sortir massivement des dividendes ne contourne donc pas les cotisations. Ensuite, et c'est le point le plus important, la fin de l'abattement de 10 %.

Fin de l'abattement de 10 % en SEL (CE 8 avril 2025, n° 492154)

Depuis l'imposition des revenus 2024, la rémunération de l'associé de SEL au titre de son activité libérale (rémunération dite « technique ») est imposée en BNC (article 92 CGI), et non plus en traitements et salaires. Conséquence : l'abattement forfaitaire de 10 % pour frais professionnels disparaît, remplacé par la déduction des frais réels en BNC. Le Conseil d'État (8 avril 2025, n° 492154) a confirmé cette lecture et annulé la tolérance des 5 % qui présumait qu'une part de la rémunération relevait du mandat de gérance. Seule la rémunération du mandat de gérant (article 62 CGI) conserve son propre abattement de 10 %. C'est un argument de plus pour ne basculer que s'il existe un vrai besoin de thésaurisation.

La détention du capital d'une SEL de santé est encadrée

La détention du capital d'une SEL de professionnels de santé est encadrée. Sous l'ordonnance 2023-77, plus de la moitié du capital et des droits de vote doit en principe être détenue, directement ou indirectement, par des professionnels en exercice au sein de la société — ici des orthophonistes ; les personnes extérieures ne peuvent en détenir qu'une minorité. Les conditions précises (catégories d'associés admis, plafonds) relèvent du Code de la santé publique et des décrets propres à la profession, à vérifier au texte applicable à votre situation. La détention reste réservée et contrôlée : ce n'est pas une société ouverte à tous.

À partir de quel revenu ?

Il n'existe aucun seuil légal : c'est un seuil de rentabilité. En orthophonie, l'ordre de grandeur se situe autour de 70 à 90 k€ de bénéfice stable, mais ce repère ne vaut que si deux conditions sont réunies : une TMI élevée et une vraie capacité d'épargne (une part de bénéfice que vous ne consommez pas). Pour l'orthophoniste qui prélève tout son bénéfice chaque année, l'EI au réel reste plus simple et souvent neutre. À donner comme repère, jamais comme règle : c'est une décision de simulation, traitée en profondeur dans notre guide pilier BNC ou SELARL : à partir de quel bénéfice basculer. Pour l'arbitrage rémunération / dividendes, voyez aussi SEL : salaire ou dividendes, et la règle des 10 %. Le kinésithérapeute, qui relève de la même caisse CARPIMKO et du même profil de revenus, se pose exactement la même question : nous l'avons traitée dans installation du kiné : EI, SELARL ou SCM.

Hagnéré Patrimoine

Votre bénéfice dépasse 70 000 € ? Faisons la simulation EI vs SELARL

La SELARL ne se décide pas sur un chiffre lu quelque part, mais sur votre TMI et votre capacité d'épargne réelle. Un CGP indépendant modélise EI au réel et SELARL, coûts et fin de l'abattement de 10 % inclus.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 6ET LA SCP ?·1 MIN

Et la SCP ? (à ne pas confondre avec la SCM)

On me pose souvent la question en rendez-vous, alors clarifions la SCP — société civile professionnelle — qu'on confond souvent avec la SCM à cause des lettres communes. Sur le papier les sigles se ressemblent ; dans la pratique, tout les oppose. La SCP est une véritable structure d'exercice : elle exerce collectivement la profession, met en commun les bénéfices (et pas seulement les frais), et engage ses associés de façon solidaire — l'inverse de la SCM, conjointe non solidaire. Son cadre figure aussi dans l'ordonnance 2023-77 et les articles 1845 et suivants du Code civil. Elle est rare en orthophonie.

SCM partage les FRAIS, SCP partage les REVENUS

Dit autrement : on choisit une SCM quand on veut partager un cabinet en gardant chacun son revenu et sa patientèle ; une SCP quand on veut vraiment fusionner les revenus. Pour deux orthophonistes qui veulent simplement mutualiser un local et un secrétariat sans renoncer à leur indépendance — c'est-à-dire l'immense majorité des cas — c'est la SCM, pas la SCP.
§ 7LE TABLEAU·3 MIN

EI vs SCM vs SELARL : le tableau comparatif

Avant de plonger dans le tableau, un avertissement qui vous évitera le contresens classique : EI et SELARL répondent à la même question (sous quelle forme j'exerce ?), tandis que la colonne SCM répond à une autre (comment je partage les frais ?). On les met côte à côte pour la clarté, mais ce ne sont pas trois options exclusives.

EI, SCM et SELARL ne se choisissent pas sur la même ligne. L'EI au micro suffit à la quasi-totalité ; la SCM s'ajoute dès qu'on partage un cabinet ; la SELARL ne se justifie qu'à gros revenus stables. EI et SCM sont cumulables.
CritèreEISCMSELARL (gérant maj.)
NatureExercice en nom propreOutil de partage de fraisSociété d'exercice (IS)
ObjetSoigner et facturerMutualiser les moyensSoigner et facturer en société
Personne moraleNonOui (civile)Oui
Régime fiscalIR-BNC (micro ou réel)Translucide (239 quater A) : 0 impôt propreIS 15 / 25 %
Déclaration2035 (ou micro-BNC)2036 (SCM) + 2035 de chaque associéLiasse IS + rému (BNC)
Régime socialTNS – CARPIMKOInchangé : chacun TNS – CARPIMKOTNS – CARPIMKO (gérant maj.)
TVA des actesExonérés (261-4-1°)Refacturation exonérée (261 B)Exonérés (261-4-1°)
ResponsabilitéPatrimoines séparés (L. 526-22)Indéfinie, conjointe, non solidaire (1857)Limitée aux apports
Patientèle / honorairesÀ l'orthophoniste100 % individuels (à chaque associé)À la société
Pour quiExercer seul : le défautPartager un cabinet à plusieursGros revenus stables, pilotage IS
Coût / complexitéMinimalFaible à moyenÉlevé (3 000-5 000 €/an)

La règle de décision en une phrase

L'EI au micro suffit à la quasi-totalité des orthophonistes ; la SCM dès qu'on partage un cabinet à plusieurs ; la SELARL seulement pour de gros revenus stables avec pilotage de l'IS. Et n'oubliez jamais : EI et SCM sont cumulables— la SCM ne remplace pas votre statut d'exercice, elle s'ajoute par-dessus.
§ 8L'ARBRE DE DÉCISION·2 MIN

Quel statut pour VOTRE situation ? L'arbre de décision

En rendez-vous, deux questions suffisent à trancher : exercez-vous seul ou à plusieurs, et votre revenu justifie-t-il une société ? Le reste découle de là.

L'arbre de décision de l'installation en orthophonie

BRANCHE 1 — J'exerce SEUL / je démarre / revenus modérés
  →  ENTREPRISE INDIVIDUELLE (EI)
     • micro-BNC si recettes ≤ 83 600 € (souvent gagnant : frais faibles)
     • réel / 2035 seulement si les frais dépassent 34 % des recettes
     →  Le défaut, suffisant pour la quasi-totalité.

BRANCHE 2 — On PARTAGE un cabinet / un secrétariat à plusieurs
             (chacun garde sa patientèle)
  →  EI (exercice)  +  SCM (charges communes)
     →  La SCM mutualise les frais, jamais les honoraires.

BRANCHE 3 — Gros revenus durables (≈ 70-90 k€+ de BNC)
             / forte capacité d'épargne / TMI élevée
  →  SELARL ou SELAS
     • à chiffrer : TMI élevée ET part de bénéfice non consommée
     →  Rare en orthophonie. Ne pas survendre l'IS.

BRANCHE 4 — On veut FUSIONNER les revenus (rare)
  →  SCP (bénéfices en commun, associés solidaires)

Lecture : la plupart des installations s'arrêtent à la branche 1 (EI au micro). On ajoute la branche 2 (SCM) dès qu'on s'associe. La branche 3 (SELARL) ne concerne qu'une minorité à hauts revenus et forte épargne ; la branche 4 (SCP) est exceptionnelle.

Notez que les branches ne s'excluent pas : un orthophoniste peut très bien être en branche 1 + branche 2 (EI pour exercer, SCM pour partager les frais du cabinet). C'est même le cas le plus fréquent dès qu'on s'installe à plusieurs.

Le statut n'est pas le bon levier pour payer moins d'impôts

« Je me monte en société pour payer moins d'impôts » : c'est la phrase qu'on entend le plus, et pour un orthophoniste c'est presque toujours une mauvaise raison. À revenus modérés, l'essentiel du levier fiscal ne se joue pas sur la forme juridique, mais sur le bon régime (micro ou réel), la déduction Madelin / PER (art. 154 bis CGI) et le placement de l'épargne dégagée. Pour le détail, voyez défiscalisation de l'orthophoniste : tous les leviers en BNC et où placer l'excédent de l'orthophoniste. La structure suit la stratégie, jamais l'inverse.
§ 9CAS CHIFFRÉS·4 MIN

Cas chiffré : deux orthophonistes qui s'associent → SCM

Reprenons le cas qu'on voit le plus souvent en rendez-vous — deux orthophonistes qui mutualisent un cabinet — puis le contre-cas du bénéfice élevé qui interroge la SELARL. Chiffres arrondis, à affiner au cas par cas.

Cas 1 · Camille & Léa · cabinet de groupe à deux

2 orthophonistes en SCM : on partage les frais, pas les revenus

Camille (BNC ~38 000 €) et Léa (BNC ~42 000 €) ouvrent ensemble un cabinet. Elles mutualisent leurs charges via une SCM : loyer du local 14 400 € + secrétariat (mi-temps) 12 000 € + logiciel et petit matériel 3 600 € = 30 000 € de charges communes par an. La clé de répartition statutaire est de 50/50, soit 15 000 € par associée.

La mécanique : la SCM refacture 15 000 € à chacune, exonérés de TVA (art. 261 B : remboursement exact, sans marge, membres exonérés). Chacune encaisse ses propres honoraires sur son compte, déduit ses 15 000 € de quote-part sur sa propre 2035, et paie ses cotisations CARPIMKO sur son bénéfice. La SCM, elle, dépose une seule 2036 répartissant les 30 000 € de charges, ne paie aucun impôt et ne partage aucun bénéfice.

Le point orthophoniste : comme les actes sont exonérés de TVA (261-4-1°), le matériel partagé est acheté TTC, sans aucune récupération de TVA — mais sa quote-part de frais reste parfaitement déductible chez chacune via la SCM.

Le verdict : pour un regroupement d'orthophonistes, la SCM est l'outil idéal. Chacune reste totalement indépendante — sa patientèle, son BNC, sa fiscalité, sa CARPIMKO. Si l'une part, elle reprend sa patientèle. Et si les deux voulaient en plus acheter les murs ensemble, ce serait une SCI distincte (voir §10), surtout pas la SCM.

Cas 2 (contre-cas) · Hugo · orthophoniste à très forte activité · BNC 95 000 €

Hugo envisage la SELARL : le seuil de bascule (cas rare)

Hugo dégage 95 000 € de BNC, avec une TMI à 30 % (frange à 41 %), et vit avec environ 70 000 €. Il épargne donc une vraie part de son revenu.

En EI au réel : 100 % de son bénéfice subit l'IR au barème + les cotisations TNS, qu'il le consomme ou non. En SELARL : il se verse une rémunération « technique » (imposée en BNC, sans abattement de 10 % depuis 2024, CE 492154) qui couvre son train de vie d'environ 70 000 € et supporte l'IR au barème + les cotisations TNS. Reste alors un bénéfice résiduel qu'il laisse dans la société : c'est cette part — et elle seule — qui est taxée à l'IS : 15 % (≤ 42 500 €) au lieu de sa TMI la même année. Le net capitalise dans la société.

Verdict : la SELARL diffère l'impôt sur la part non consommée — pertinente uniquement parce que Hugo cumule une TMI élevée et une vraie capacité d'épargne. Mais l'IS payé n'est qu'une première couche : le jour où il sortira ces sommes en dividendes, le PFU (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026, soit 31,4 %) viendra par-dessus, avec la règle des 10 % (L. 131-6 CSS) sur la fraction dépassant 10 % du capital. Le gain réel se limite donc à la part capitalisée, net des 3 000 à 5 000 € de frais annuels. S'il prélevait tout son bénéfice, l'EI au réel resterait plus simple et souvent neutre : cas rare en orthophonie. À chiffrer avant de basculer — le détail est dans BNC ou SELARL : à partir de quel bénéfice basculer.

La règle de bascule micro / réel chez l'orthophoniste

Le réel (2035) devient gagnant SI :
   frais réels annuels  >  34 % des recettes

Sinon → micro-BNC (abattement forfaitaire de 34 %, aucune charge à justifier).

Exemple : recettes 50 000 €
   • seuil de bascule = 50 000 € × 34 % = 17 000 € de frais
   • orthophoniste avec ~6 000 € de frais réels
   →  bien en dessous de 17 000 €  →  le MICRO gagne largement

Chez l'orthophoniste, les frais réels (loyer de cabinet, logiciel, RCP, compta) restent le plus souvent très en dessous de 34 % des recettes : le micro-BNC est donc fréquemment plus avantageux que le réel — l'exact inverse de l'infirmière libérale grosse rouleuse.

Note de méthode : ces chiffres sont illustratifs

Les montants ci-dessus sont des ordres de grandeur pédagogiques, simplifiés (tranches, cotisations, arrondis) pour faire ressortir la logique. Ils ne valent pas une simulation personnalisée : votre gain net réel dépend de vos recettes exactes, de votre niveau de charges, de votre TMI, de vos déductions Madelin et de votre régime CARPIMKO. À modéliser au cas par cas avant toute décision.
§ 10NE PAS CONFONDRE·2 MIN

SCM ou SCI : deux outils à ne surtout pas confondre

Une dernière confusion, celle qui coûte le plus cher quand on l'ignore : la SCM et la SCI. Les deux sigles se ressemblent, mais ne font pas du tout le même métier : la SCM gère les frais d'un cabinet loué, la SCI sert à acheter les murs. Les confondre, c'est par exemple loger l'achat des murs dans la SCM — une impasse fiscale et juridique.

SCM — partage des MOYENS et des CHARGES

La société civile de moyens mutualise l'exploitation du cabinet : le local (loué), le secrétariat, le matériel, le logiciel. Elle refacture les charges aux associés (exonéré de TVA, art. 261 B). Elle ne détient aucun bien immobilier et ne dégage aucun bénéfice.

SCI — détention des MURS / immobilier

La société civile immobilière sert à acheter et détenir le local : les murs du cabinet. On la constitue pour porter un investissement immobilier (à l'IR ou à l'IS), encaisser des loyers et préparer une transmission. Rien à voir avec le partage des frais d'exploitation.

SCM ≠ SCI — souvent complémentaires, jamais interchangeables

Retenez la frontière : SCM = les frais d'exploitation (on loue et on partage), SCI = les murs (on achète et on détient). Les deux sont souvent complémentaires : une SCI peut détenir le local et le louer à la SCM ou aux praticiens. Mais on n'achète jamais un bien immobilier via une SCM. Si vous envisagez d'acquérir votre cabinet, voyez l'intérêt patrimonial d'acheter les murs de son cabinet en SCI.
§ 11AU-DELÀ DU STATUT·3 MIN

Au-delà du statut : conventionnement, zonage et ACRE

Le statut, c'est le plus facile. Une installation d'orthophoniste se joue aussi sur des sujets que la forme juridique ne couvre pas : le conventionnement et le zonage propre à la profession, l'ACRE au démarrage, et les éventuelles zones fiscales aidées. Trois réflexes à intégrer dès le premier jour.

Conventionnement et zonage ARS de l'orthophonie

L'orthophoniste est une profession conventionnée : ses actes sont remboursés, et son installation est régulée selon le zonage défini par les Agences régionales de santé. Dans les zones surdotées, l'accès au conventionnement est encadré (mécanisme « un départ pour une arrivée »), tandis que les zones sous-denses ouvrent droit à des aides conventionnelles — notamment une aide au maintien de l'ordre de 1 500 € par an pendant trois ans. Avant de signer un bail, vérifiez le classement de votre future commune : il conditionne votre conventionnement et vos aides.

L'ACRE au démarrage (réforme 2026)

L'ACRE (aide aux créateurs et repreneurs d'entreprise) est une exonération partielle des cotisations sociales en début d'activité. Attention, elle a changé en 2026 : elle n'est plus ouverte à tout créateur mais réservée à un public éligible (demandeur d'emploi, bénéficiaire de minima sociaux, jeune de moins de 26 ans, etc.), et elle n'est plus automatique — il faut en faire la demande à l'URSSAF dans les 60 jours suivant le début d'activité. Le taux d'exonération est de 50 % des cotisations avant le 1er juillet 2026, et de 25 % à compter de cette date. L'exonération est totale sous un certain plafond de revenu et dégressive au-delà. Vérifiez votre éligibilité dès la première année.

Zones fiscales FRR : à distinguer des aides conventionnelles

Ne confondez pas l'aide conventionnelle (Assurance maladie / ARS) avec les zones fiscales. Les zones France Ruralités Revitalisation (FRR), qui ont remplacé les ZRR depuis le 1er juillet 2024 (article 44 quindecies A du CGI), accordent une exonération d'impôt sur les bénéfices totale les premières années puis dégressive, pour une création ou reprise d'activité dans une commune classée (jusqu'au 31/12/2029, sous plafond de minimis). Les deux dispositifs peuvent se cumuler, mais ils n'ont ni la même source ni les mêmes conditions : l'un est conventionnel et lié au remboursement des actes, l'autre est fiscal et lié à la géographie de la commune.

Mémo express

Les 4 réflexes à intégrer dès l'installation

  • 1. La bonne structure, sans se tromper de question. EI au micro pour la quasi-totalité (frais faibles), SCM dès qu'on partage un cabinet, SELARL seulement à gros revenus stables. La stratégie patrimoniale globale de l'orthophoniste part de là.
  • 2. La prévoyance et la retraite CARPIMKO. La structure ne change pas la caisse : c'est la CARPIMKO dans tous les cas, et sa pension de base est modeste. Le PER orthophoniste complète et déduit ; on en parle dans retraite CARPIMKO de l'orthophoniste.
  • 3. Conventionnement, zonage et ACRE. Vérifiez le zonage de votre commune (aides en zone sous-dense), demandez l'ACRE sous 60 jours, et regardez si vous êtes en zone FRR (exonération d'impôt sur les bénéfices).
  • 4. L'entrée et la sortie : rachat et cession de patientèle. À l'installation, le rachat d'une patientèle d'orthophoniste se finance et se valorise ; à terme, la cession de votre patientèle est une plus-value professionnelle, soumise aux prélèvements sociaux à 18,6 % en 2026 — mais un orthophoniste sous 90 000 € de recettes bénéficie souvent de l'exonération totale du 151 septies.

Le statut s'inscrit dans une séquence

Une fois la structure posée (EI, et SCM si vous vous associez), on enchaîne : le conventionnement et l'ACRE — à ne pas rater dans les 60 jours —, puis la prévoyance et la CARPIMKO, ensuite les placements, et un jour, bien plus loin, la cession de la patientèle. C'est la séquence qu'on suit avec un orthophoniste, dans cet ordre précis. La vision d'ensemble, c'est précisément ce que fait un CGP indépendant.
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Sources et références légales

  • Entreprise individuelle & BNC

    Loi n° 2022-172 du 14/02/2022 (statut unique de l'entrepreneur individuel, en vigueur le 15/05/2022). Art. L. 526-22 du Code de commerce (séparation des patrimoines professionnel et personnel de plein droit) ; art. L. 526-1 (résidence principale insaisissable). Art. 92 CGI (BNC des professions libérales). Art. 102 ter CGI (micro-BNC : abattement 34 %, minimum 305 €, seuil de recettes 83 600 € pour 2026-2028). Art. 96 CGI (déclaration contrôlée, liasse 2035-SD). Art. 1655 sexies CGI (option IS de l'entrepreneur individuel). Art. 261, 4, 1° CGI (exonération de TVA des actes d'orthophonie ; BOI-TVA-CHAMP-30-10-20-10). Art. L. 4341-1 et L. 4341-9 du Code de la santé publique (orthophoniste, auxiliaire médical). Le statut de micro-entrepreneur (auto-entrepreneur) est interdit, le régime fiscal micro-BNC est autorisé.

  • Société civile de moyens (SCM)

    Art. 38 de l'ordonnance n° 2023-77 du 08/02/2023 (objet de la SCM, en vigueur le 01/09/2024) ; art. 1845 et s. du Code civil (sociétés civiles) ; art. 1857 du Code civil (responsabilité indéfinie et conjointe, non solidaire). Art. 239 quater A CGI (régime translucide : aucun impôt propre, impossibilité d'opter pour l'IS). Art. 261 B CGI (exonération de TVA de la refacturation aux membres, remboursement exact sans marge). Doctrine : BOI-BNC-SECT-70-20 (régime de la SCM, déclaration 2036), BOI-TVA-CHAMP-30-10-40 (groupements de moyens, tolérance des recettes taxables inférieures à 20 %).

  • SELARL / SELAS & social

    Ordonnance n° 2023-77 du 08/02/2023 (exercice en société des professions libérales réglementées, détention du capital des SEL de santé, abroge la loi 90-1258 du 31/12/1990). Art. 219 I-b CGI (IS : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice sous conditions PME, 25 % au-delà). Art. L. 131-6 CSS (cotisations TNS sur la fraction de dividendes excédant 10 % du capital, des primes et du compte courant). Art. 62 CGI (rémunération du mandat de gérance, abattement de 10 % conservé). CE 8e-3e ch. 08/04/2025 n° 492154 (rémunération technique de l'associé de SEL imposée en BNC, fin de l'abattement de 10 %). Art. 154 bis CGI (déduction Madelin et PER du TNS). Affiliation CARPIMKO maintenue quel que soit le mode d'exercice.

  • Cession, prélèvements sociaux, zonage & ACRE 2026

    Art. 151 septies CGI (exonération de plus-value professionnelle selon recettes : prestations de services, exonération totale jusqu'à 90 000 € de recettes, dégressive jusqu'à 126 000 € — souvent totale pour un orthophoniste à revenus modérés). Art. 238 quindecies CGI (exonération selon la valeur de cession : totale jusqu'à 500 000 €, dégressive jusqu'à 1 000 000 €). Art. 151 septies A CGI (départ en retraite : IR exonéré, PS dus). LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30/12/2025) : prélèvements sociaux à 18,6 % sur la plus-value professionnelle de cession de patientèle (CSG 10,6 + CRDS 0,5 + solidarité 7,5) — le taux de 17,2 % n'est maintenu que sur l'assurance-vie, les revenus fonciers et les plus-values immobilières. Art. 44 quindecies A CGI (zones France Ruralités Revitalisation, ex-ZRR, créations du 01/07/2024 au 31/12/2029). Convention nationale des orthophonistes (aide conventionnelle au maintien en zone sous-dense, de l'ordre de 1 500 €/an pendant 3 ans) et zonage ARS. ACRE 2026 (demande URSSAF sous 60 jours, 50 % puis 25 % au 01/07/2026). LF 2026 (loi n° 2026-103 du 19/02/2026).

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Bassens). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier, et ne se substitue pas à l'avis de votre expert-comptable ou de votre avocat. Le choix d'une structure d'exercice (entreprise individuelle au micro ou au réel, société civile de moyens, SELARL ou SELAS) doit faire l'objet d'une étude individualisée préalable tenant compte de vos recettes, de votre niveau de charges, du fait que vous exerciez seul ou à plusieurs, de votre TMI et de votre capacité d'épargne. Les chiffres et taux cités sont à jour au 11 juin 2026 mais peuvent évoluer (lois de finances et de financement de la sécurité sociale annuelles, doctrine BOFiP, jurisprudence). Le seuil de recettes du micro-BNC est révisé tous les trois ans : il convient de vérifier la valeur applicable à votre année d'imposition. Les conditions de détention du capital d'une SEL de santé, les paramètres du conventionnement et du zonage, et les seuils d'exonération de plus-value sont à confirmer au texte et au décret applicables à la profession d'orthophoniste et à votre situation.

Foire aux questions

Tout sur le choix EI, SCM ou SELARL de l'orthophoniste libéral statut, SCM, TVA, CARPIMKO et seuil SELARL.

Les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous d'installation : peut-on être auto-entrepreneur, faut-il choisir entre EI et SCM, la SCM partage-t-elle les honoraires, qui dépose la 2036, la caisse change-t-elle, à partir de quel revenu une SELARL, l'abattement de 10 % existe-t-il encore. Réponses sourcées et à jour 2026.