La retraite de l'orthophoniste en 30 secondes
Le constat en 30 secondes
C'est un mauvais calcul que je vois passer souvent. Pendant toute votre carrière, vous versez à la CARPIMKO des cotisations qui pèsent dans votre trésorerie — et le jour venu, votre pension ne couvrira sans doute qu'un tiers à 40 % de votre dernier revenu d'activité. Pour un orthophoniste à 45 000 € de bénéfice, le trou tourne souvent autour de 1 500 à 2 000 € par mois entre votre dernier revenu et votre pension (nous le chiffrerons section 8). La CARPIMKO fait son travail : elle vous verse un socle. Le malentendu, c'est de croire qu'un socle suffit à tenir votre niveau de vie ; elle a été conçue pour ça, pas pour maintenir votre train de vie. Et comme l'orthophoniste a des revenus modérés, la base — qui plafonne très vite — ne peut pas faire grand-chose pour lui.
Comme en rendez-vous : on chiffre d'abord le trou, on regarde ensuite comment le boucher — en aperçu, car le détail des solutions est traité dans le guide dédié au PER de l'orthophoniste pour combler le déficit de retraite. L'orthophoniste est un auxiliaire médical conventionné (article L. 640-1 du CSS), affilié à la section CARPIMKOde la CNAVPL (article L. 641-1) : c'est cette caisse, et aucune autre, qui gère ses droits.
Déontologie : aucun montant individuel ne peut être garanti
Les trois étages de votre retraite, tous gérés par la CARPIMKO
Le sigle qui dit tout : le 2ᵉ « O » de CARPIMKO, c'est Orthophonistes
Commençons par lever toute ambiguïté sur la caisse. La CARPIMKO, c'est la Caisse Autonome de Retraite et de Prévoyance des Infirmiers, Masseurs-Kinésithérapeutes, Pédicures-podologues, Orthophonistes et Orthoptistes : le deuxième « O » du sigle, c'est vous. Vous relevez donc de la même caisse, des mêmes taux et des mêmes barèmes que l'infirmière libérale et le kinésithérapeute — et jamais de la CARMF (médecins), de la CARCDSF (dentistes et sages-femmes), de la CAVP (pharmaciens) ni de la CIPAV (ostéopathes). C'est un point qui rassure : tout ce qui est vrai pour le kiné ou l'infirmière en matière de mécanique de pension l'est aussi pour vous. La différence, on le verra, se joue sur le revenu, pas sur les règles.
Trois régimes qui n'obéissent pas aux mêmes règles
| Étage | Régime | Base légale | Mécanique 2026 (ordre de grandeur) |
|---|---|---|---|
| 1 | Base CNAVPL (par points) | CSS L. 642-1 | 8,73 % ≤ 1 PASS / 1,87 % de 1 à 5 PASS · ~384 €/an de droits max (582 pts × 0,6599 €) |
| 2 | Complémentaire CARPIMKO (réformée 2026) | CSS L. 644-1 | 8,70 % proportionnel sur 0,5 à 3 PASS (24 030 à 144 180 €) · point ≈ 21,48 € |
| 3 | ASV / PCV (conventionnés) | CSS L. 645-1 | Forfait ~224 € praticien + ~0,40 % · Assurance maladie ~2/3 · point ≈ 1,50 € |
| + | Invalidité-décès | CSS L. 644-2 | Forfait ~1 022 € · IJ ~55,44 €/j dès le 91e jour |
La formule unique des trois étages
Pension d un regime = points acquis
x valeur de service du point
x taux de liquidation
- points acquis : proportionnels a la cotisation versee
(donc au benefice declare), cumules sur la carriere
- valeur de service du point : fixee chaque annee par regime
(base 0,6599 EUR ; complementaire ~21,48 EUR)
- taux de liquidation : 100 % au taux plein,
minore par la decote, majore par la surcoteCette formule est la même pour l'orthophoniste, le kiné et l'infirmière : c'est le nombre de points — donc le revenu cotisé sur toute la carrière — qui fait l'écart. À revenu modéré, on accumule moins de points : la pension est mécaniquement plus basse.
Un point à votre avantage : la déductibilité sans plafond
Cette logique du système par points n'est pas propre à l'orthophoniste : elle est commune à toutes les caisses libérales. Pour la vue d'ensemble, voyez pourquoi la caisse obligatoire d'un libéral ne suffit jamais.
Étage 1 : une retraite de base structurellement plafonnée
S'il y a un chiffre à garder en tête, c'est lui. Le régime de base CNAVPL (article L. 642-1 du CSS) attribue des points selon deux tranches : jusqu'à 557 points pour la part de revenu allant jusqu'à 1 PASS, et 25 points pour la part de 1 à 5 PASS. Au-delà de 5 PASS de revenu, vous butez sur 582 points par an, pas un de plus. Or à 0,6599 € le point, ces 582 points ne valent que…
Le plafonnement de la retraite de base CNAVPL
Points de base = 582 points / an au maximum
(557 points sur la tranche 1, jusqu a 1 PASS
+ 25 points sur la tranche 2, de 1 a 5 PASS)
Valeur de service du point de base (01/01/2026) = 0,6599 EUR
Droits de base acquis = 582 x 0,6599
= environ 384 EUR / an au plusDeux orthophonistes, l'un à 40 000 € et l'autre à 120 000 € de bénéfice, acquièrent quasiment les mêmes droits de base : la base est construite pour plafonner. Prise isolément, elle ne sert qu'un montant minuscule. C'est mécanique : aucun comptable ne peut récupérer ce que le plafond bloque — c'est la complémentaire (section 4) qui doit porter l'essentiel de la pension.
Pour l'orthophoniste, le piège n'est même pas le plafond des 5 PASS — ses revenus ne l'atteignent jamais — mais la faiblesse intrinsèque de la base : avec un revenu modéré, on n'atteint même pas les 557 points de la première tranche, et le socle de base reste donc minuscule. C'est la complémentairequi fait le gros du travail, et c'est précisément elle qui change de règle en 2026.
Ne confondez pas valider un trimestre et acquérir des points
Étage 2 : la complémentaire a changé de règle au 1er janvier 2026
La vraie nouveauté 2026, c'est celle-ci : beaucoup de mes clients orthophonistes ignorent ce changement, qui les concerne pourtant directement. Le régime complémentaire (article L. 644-1 du CSS) fonctionnait jusqu'ici sur un système mixte : une cotisation forfaitaire (de l'ordre de 2 312 €) qui ouvrait droit à huit points attribués automatiquement, complétée d'une part proportionnelle. Au 1er janvier 2026, ce forfait et les huit points automatiques disparaissent.
Ce que la réforme change, ligne à ligne
Avant le 1er janvier 2026
Points de vigilance
- Cotisation forfaitaire (~2 312 €) identique pour tous
- 8 points attribués automatiquement chaque année
- Le forfait amortissait les petits revenus
- Plus une part proportionnelle au-dessus
Depuis le 1er janvier 2026
Points forts
- 100 % proportionnel : taux unique de 8,70 %
- Assiette de 0,5 à 3 PASS (24 030 à 144 180 €)
- Plus aucun point « gratuit » : tout vient de la cotisation
- Pénalise les revenus modérés et le temps partiel
La complémentaire reste de loin l'étage qui porte l'essentiel de votre future pension — mais elle reste plafonnée à 3 PASS, un plafond qu'un orthophoniste n'atteint jamais, et la valeur de service de son point (de l'ordre de 21,48 € en 2026, à vérifier sur carpimko.fr ; 21,28 € en 2025) est revalorisée chaque annéepar le conseil d'administration, sans garantie qu'elle suive l'inflation. C'est le propre d'un régime par répartition : vous payez aujourd'hui pour les pensions d'aujourd'hui, et vos droits futurs dépendent de décisions futures.
Pourquoi cette réforme touche l'orthophoniste de plein fouet
Étage 3 : l'ASV, l'avantage du conventionné (et sa limite)
On monte au troisième étage — et là, pour une fois, le système joue en votre faveur. L'ASV — l'avantage social vieillesse, qu'on appelle aussi PCV, prestation complémentaire de vieillesse (article L. 645-1 du CSS) — est réservée à l'orthophoniste conventionné, c'est-à-dire à l'immense majorité de la profession (vos actes sont remboursés par l'Assurance maladie). Son intérêt : l'Assurance maladie en finance environ les deux tiers. Sur un forfait global de l'ordre de 671 €, vous n'acquittez vous-même qu'environ 224 €, le reste (~447 €) étant pris en charge par la caisse, à quoi s'ajoute une part proportionnelle modeste (~0,40 %) sur vos revenus conventionnels.
Un avantage réel, mais modeste — et conditionnel
Faites le total des trois étages — base maigre, complémentaire plafonnée, ASV modeste — et vous obtenez une pension qui, en proportion de votre dernier revenu, plonge. C'est ce que les cas chiffrés de la section 8 vont rendre tangible. Mais avant, il faut comprendre pourquoi, à caisse égale, l'orthophoniste s'en sort moins bien que le kiné.
Âge, taux plein, décote : le calendrier qui décide de votre pension
Le montant de votre pension ne dépend pas que du nombre de points : il dépend aussi de l'âge auquel vous liquidez. Et c'est là que les carrières d'orthophoniste se font piéger, parce qu'elles mêlent souvent salariat et libéral : il faut compter ses trimestres tous régimes confondus.
Partir avant 67 ans sans la durée requise = décote + années perdues
Le coût d'un départ avec des trimestres manquants
Trimestres manquants pour le taux plein : 8 Coefficient de decote : 1,25 % par trimestre Decote = 8 x 1,25 % = -10 % a vie Sur une pension de 1 050 EUR / mois : 1 050 x 10 % = -105 EUR / mois, definitif + les annees de cotisation non effectuees
J'ai vu une orthophoniste arriver à 64 ans persuadée d'avoir son compte : il lui manquait deux ans de trimestres oubliés sur ses débuts salariés, dispersés entre le régime général et la CARPIMKO. Recalez vos relevés tous régimes bien avant le départ.
La spécificité orthophoniste : compter ses trimestres entre deux régimes
Pourquoi votre pension sera plus basse qu'un kiné à la même caisse
« Si je suis à la même caisse que le kiné et l'infirmière, pourquoi ma pension serait-elle plus faible ? » Les règles sont identiques ; ce sont les points, proportionnels au revenu, qui changent tout.Et le revenu de l'orthophoniste libéral est structurellement plus modéré.
Un kiné ou une infirmière à plein régime déclarent souvent 70 000 à 90 000 € de bénéfice ; l'orthophoniste libéral tourne plus volontiers autour de 40 000 à 50 000 €. Mêmes taux, même valeur de point : mais avec une assiette deux fois moindre, on accumule deux fois moins de points complémentaires chaque année. Sur une carrière entière, l'écart de pension est considérable. Bref, vous jouez avec les mêmes règles qu'un kiné, mais avec deux fois moins de jetons sur la table.
Le temps partiel : une pension amputée à la racine
L'orthophonie est une profession très féminisée, où le temps partiel est fréquent — choisi pour concilier vie familiale et activité, ou subi faute de patientèle suffisante. Or chaque euro de revenu non déclaré, c'est un point complémentaire non acquis. Une orthophoniste qui exerce à 60 % pendant quinze ans accumule, sur cette période, environ 60 % des points qu'elle aurait acquis à plein temps. La réforme 2026 aggrave l'effet : la fin des huit points automatiques, qui amortissaient justement les petits revenus, frappe d'abord les temps partiels. Et le pire, c'est l'effet retard : on voit tout de suite le revenu présent baisser, mais la facture sur la pension n'apparaît que vingt ans plus tard, quand il est trop tard pour rattraper.
Les carrières fractionnées salariat ↔ libéral
Deuxième spécificité : la carrière mixte. Nombre d'orthophonistes commencent salariés en établissement, basculent en libéral, parfois cumulent les deux, voire reviennent au salariat. Cette mobilité, précieuse pour le métier, fragmente la carrière retraite : vos droits se répartissent entre le régime général (salarié) et la CARPIMKO (libéral), avec un risque réel de carrière incomplète — donc de décote, ou de départ repoussé à 67 ans pour annuler cette décote. Ajoutez qu'en libéral, aucun compte de pénibilité (C2P)ne valide de trimestre : la fatigue accumulée n'ouvre aucun droit. Le diagnostic est donc plus délicat que pour un kiné resté libéral toute sa vie ; il exige de reconstituer la carrière régime par régime.
Même mécanique, on ne réexplique pas tout
Cas chiffrés : Camille, Sophie et Hélène
Trois profils pour traduire tout ça en euros par mois : Camille en plein exercice, Sophie à temps partiel, Hélène à carrière mixte. Chiffres au conditionnel, comme toujours dès qu'on parle de pension.
Comment ces personas ont été construits
Cas 1 — Camille, orthophoniste conventionnée, 62 ans, 45 000 € de BNC
- Cotisations retraite 2026 (illustratif) : base ≈ 8,73 % × 45 000 ≈ 3 929 € (revenu sous 1 PASS, pas de tranche 2) ; complémentaire réformée ≈ 8,70 % × 45 000 ≈ 3 915 € ; ASV ≈ 224 € (part praticien) ; invalidité-décès 1 022 €. Soit de l'ordre de 9 100 €/an, toutes déductibles du BNC.
- Points de base cette année : ≈ 557 × (45 000 / 48 060) ≈ 521 points × 0,6599 € ≈ 344 € de droits de base acquis sur l'année — on n'atteint même pas le plafond de 384 €.
- Pension obligatoire estimée (base + complémentaire + ASV cumulés, carrière pleine à ce niveau de revenu) : souvent de l'ordre de 1 000 à 1 200 €/mois (à affiner sur le RIS et le simulateur carpimko.fr).
- Taux de remplacement : rapporté à un revenu d'activité d'environ 3 000 €/mois net après cotisations, la pension ne représente plus que de l'ordre de 35 à 40 % du dernier revenu : c'est tout le problème.
- Le trou à combler : de l'ordre de 1 500 à 2 000 €/mois — c'est exactement ce que la capitalisation à son nom doit reconstruire. À sa TMI (11-30 %), on privilégiera l'assurance-vie et l'immobilier au PER.
Cas 2 — Sophie, orthophoniste à temps partiel, 58 ans, 30 000 € de BNC
- Complémentaire 2026 : 8,70 % × 30 000 = 2 610 €/an. La fin des huit points automatiques la pénalise directement : à petit revenu, elle acquiert moins de points qu'avant la réforme.
- Effet du temps partiel : sur l'ensemble de sa carrière, une assiette réduite signifie moins de points cumulés — pension projetée de l'ordre de 850 à 1 000 €/mois.
- Risque trimestres : à temps partiel, elle peut valider ses trimestres (seuil de revenu atteint) tout en accumulant peu de points : carrière « complète » en durée, pauvre en montant.
- Leçon : pour elle, on sécurise d'abord la prévoyance (revenu fragile, arrêt maladie ou maternité), puis on met en place une assurance-vie alimentée à son rythme — pas un PER lourd qu'un imprévu obligerait à casser.
Cas 3 — Hélène, 60 ans, carrière mixte (12 ans salariée + 25 ans libérale), 48 000 € de BNC
- Trimestres dispersés : 12 ans au régime général (salariée en centre) + 25 ans à la CARPIMKO (libérale). Le risque : ne pas réunir les 172 trimestres à 64 ans.
- Décote possible : s'il lui manque 8 trimestres, c'est -10 % définitif sur sa pension de base et complémentaire — ou un départ repoussé à 67 ans pour l'annuler.
- Arbitrage : reconstituer la carrière (relevé tous régimes), comparer le rachat de trimestres à la simple capitalisation, et anticiper la cession de la patientèle (recettes < 90 000 € → exonération d'IR au titre du 151 septies, fréquente).
- Leçon : sa priorité n'est pas un produit, c'est un diagnostic de carrière — qu'on fait toujours en amont du plan d'épargne.
| Persona | BNC | Cotisation complémentaire/an | Pension estimée/mois | Perte estimée/mois |
|---|---|---|---|---|
| Camille (62 ans, plein exercice) | 45 000 € | ≈ 3 915 € | ≈ 1 000 à 1 200 € | ≈ 1 500 à 2 000 € |
| Sophie (58 ans, temps partiel) | 30 000 € | ≈ 2 610 € | ≈ 850 à 1 000 € | ≈ 1 000 à 1 300 € |
| Hélène (60 ans, carrière mixte) | 48 000 € | ≈ 4 176 € | ≈ 1 050 € (− décote possible) | ≈ 1 600 à 2 100 € |
Comment lire ces cas
Reste la question qui compte : combien mettre de côté chaque mois pour combler ce trou ? Le calcul de l'effort d'épargne et du capital cible est détaillé dans le guide PER orthophoniste : défiscaliser et combler le déficit de retraite, et le choix des supports dans le guide où placer ses excédents quand on est orthophoniste libéral.
La réversion : ce que touchera votre conjoint
Un mot sur la réversion, sujet souvent oublié dans la préparation de la retraite. À votre décès, votre conjoint peut percevoir une fraction de votre pension — mais les règles de la CARPIMKO réservent quelques pièges qu'il vaut mieux connaître à l'avance.
| Régime | Taux de réversion (ordre de grandeur) | Condition principale |
|---|---|---|
| Base CNAVPL | ≈ 54 % | Âge minimum + condition de ressources |
| Complémentaire CARPIMKO | ≈ 60 % | Mariage requis |
| ASV / PCV | ≈ 50 % | Mariage requis |
Le mariage est requis : PACS et concubinage = 0 €
Et même pour un couple marié, ces taux partiels (54 / 60 / 50 %) appliqués à une pension déjà modeste ne reconstituent pas le revenu du ménage. Pour le détail des conditions et du calcul, voyez le guide dédié à la pension de réversion en 2026, et pour l'outil de transmission, le guide de l' assurance-vie comme complément de revenu et levier de transmission.
Votre vrai capital retraite n'est pas à la CARPIMKO
C'est souvent à ce moment du rendez-vous que mes clients orthophonistes relâchent les épaules. Tant qu'on regarde la CARPIMKO, on ne voit que des contraintes : cotisations imposées, plafonds figés, réformes décidées sans vous. Le vrai capital retraite de l'orthophoniste, lui, se construit à côté, et vous en gardez la main. Quatre familles de leviers, à empiler selon votre situation et — c'est essentiel ici — selon votre tranche d'imposition.
Ce que fait la CARPIMKO
Points de vigilance
- Régime obligatoire, par répartition
- Base plafonnée (~384 €/an), complémentaire écrêtée à 3 PASS
- Ne suit pas vos revenus : taux de remplacement 30-40 %
- Règles réformées sans vous (complémentaire 2026)
- Réversion partielle, réservée au conjoint marié
Ce que vous construisez à votre nom
Points forts
- Assurance-vie : disponibilité et transmission (990 I)
- PER / Madelin : déduction 154 bis, utile dès la TMI à 30 %
- Immobilier et SCPI : un revenu régulier à la retraite
- Cession de la patientèle : un capital de fin de carrière
- Des leviers que vous pilotez et calibrez sur votre trou réel
Le PER : utile, mais pas pour tout le monde
Le PER / Madelin (article 154 bis du CGI) déduit vos versements à l'entrée, dans une enveloppe de 10 % du bénéfice + 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS (plancher 4 806 €, maximum 88 911 € en 2026). Mais soyons honnêtes : à une TMI de 11 %, le PER rapporte peu. L'avantage à l'entrée ne vaut que 11 % d'économie d'impôt, et il est en partie repris à la sortie (capital réimposé, gains soumis aux prélèvements sociaux de 18,6 %). Pour un orthophoniste imposé à 11 %, l'assurance-vie et le PEA sont souvent préférables. Le PER redevient vraiment intéressant à partir de la tranche à 30 %, ou pour lisser une année exceptionnelle. À noter : le PER ne valide ni point ni trimestre à la CARPIMKO, et le versement reste dans l'assiette de vos cotisations sociales (article L. 131-6 du CSS). Le détail : PER orthophoniste, défiscaliser et combler le déficit de retraite et le guide complet du Plan d'épargne retraite.
L'assurance-vie : la brique reine pour un revenu modéré
Pour un orthophoniste à TMI 11-30 %, l'assurance-vie est souvent le pilier : souplesse totale (versements et retraits libres), fiscalité douce après 8 ans, et surtout un atout transmission qui corrige l'angle mort de la réversion — abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans (article 990 I), 30 500 € au-delà (article 757 B), avec des prélèvements sociaux maintenus à 17,2 %. La clause bénéficiaire étant libre, elle protège aussi un partenaire de PACS, exclu de la réversion CARPIMKO. Voyez le guide assurance-vie pour la retraite et la transmission et nos pistes de placement pour l'orthophoniste libéral.
L'immobilier et les SCPI : un revenu régulier
Troisième brique, l'immobilier — en direct ou via des SCPI — pour se constituer un revenu complémentaire récurrent à la retraite, qui prend le relais du revenu d'activité. C'est l'étage « rente » du plan. Pour le cadre propre au professionnel libéral, voyez l'immobilier du professionnel libéral et les SCPI comme complément de revenu à la retraite.
La cession de la patientèle : le levier oublié
L'orthophoniste a un actif que le salarié n'a pas : la valeur de cession de sa patientèle. Et côté impôts, il est plutôt bien loti. L'activité étant une prestation de services en BNC, elle relève de l'article 151 septies : l'exonération de la plus-value est totale si les recettes sont inférieures ou égales à 90 000 € (dégressive jusqu'à 126 000 €), pour une activité exercée depuis au moins 5 ans. Pour l'orthophoniste médian, souvent sous ce seuil, la cession est fréquemment exonérée d'impôt sur le revenu. S'y ajoutent l'article 238 quindecies (exonération selon la valeur de cession, totale ≤ 500 000 €) et l'article 151 septies A (départ en retraite : IR exonéré, mais prélèvements sociaux dus).
Cession de patientèle = PS 18,6 %, jamais 17,2 %
La dualité des prélèvements sociaux 2026
Note de méthode : ce que vaut une projection de capitalisation
Votre feuille de route en 5 étapes
Voici l'ordre dans lequel j'attaque le sujet en rendez-vous, étape par étape : rien de théorique, c'est la trame réelle d'un dossier d'orthophoniste.
- Demandez votre RIS et votre relevé de carrière tous régimes (carpimko.fr et info-retraite.fr) et chiffrez votre pension réelleestimée — pas la moyenne sectorielle, la vôtre. C'est l'étape clé si votre carrière mêle salariat et libéral.
- Calculez le trou mensuelentre cette pension et votre revenu d'activité actuel : c'est votre objectif de reconstruction.
- Sécurisez d'abord la prévoyance — arrêt maladie, maternité, invalidité : dans une profession féminisée et souvent à temps partiel, le revenu est fragile, et un imprévu ne doit pas vous forcer à casser votre épargne. Voir la prévoyance du libéral pour sécuriser arrêts de travail et maternité.
- Choisissez l'enveloppe selon votre TMI : assurance-vie et PEA si vous êtes à 11 %, PER quand vous passez à 30 %. Calibrez l'effort d'épargne sur votre trou réel (voir le guide PER de l'orthophoniste).
- Intégrez la cession de la patientèleau plan de sortie : conditions des 5 ans, fenêtre des 24 mois, exonération d'IR fréquente (151 septies), mais PS 18,6 % à provisionner.
Préparer votre retraite d'orthophoniste avec Quentin Hagnéré
En une séance, on pose votre vrai trou de pension noir sur blanc et on décide ensemble par quoi commencer — sans produit-maison, sans pression, et calibré avec votre expert-comptable.
Si vous voulez le tableau complet, trois lectures pour aller plus loin : la stratégie patrimoniale globale de l'orthophoniste libéral, le cadre commun de la retraite du libéral au-delà du régime obligatoire, et nos pistes pour réduire ses impôts en BNC d'orthophonistetout en préparant l'avenir.

