Micro-BNC ou réel : le verdict en 30 secondes
La règle, et le verdict pour l'orthophoniste
- Si vos frais réels sont inférieurs à 34 % de vos recettes → restez au micro-BNC (plus avantageux ET plus simple).
- Si vos frais réels dépassent 34 % → passez au réel (déclaration contrôlée 2035).
- Pour un orthophoniste sédentaire (cabinet léger, peu de matériel, pas de gros véhicule), les charges réelles tournent souvent autour de 20 à 30 % des recettes : le cas le plus fréquent, c'est le micro.
- À recalculer chaque année : l'année d'installation, avec ses investissements à amortir, peut faire basculer temporairement au réel.
« Micro-BNC ou réel ? » : c'est la première question fiscale de tout orthophoniste qui s'installe en libéral. Et la réponse surprend, parce que la plupart des articles sur le sujet sont écrits pour des infirmières et des kinés, et concluent que « le réel gagne toujours ». C'est vrai pour eux — gros véhicule, équipement lourd, charges élevées. Pour l'orthophoniste, dont l'outil de travail principal tient dans une pièce et quelques tests, c'est souvent l'inverse : le micro-BNC est le bon choix, et la simplicité administrative est un bonus, pas un piège.
Reprenons depuis le statut. L'orthophoniste libéral est un auxiliaire médical qui exerce en bénéfices non commerciaux (BNC), au titre d'une activité de prestations de services (article 92 CGI), le plus souvent en entreprise individuelle ou, en cas de partage de locaux, en SCM (société civile de moyens, transparente). Ses actes sont exonérés de TVA (article 261, 4-1° CGI). Côté retraite, il relève de la CARPIMKO — la caisse des auxiliaires médicaux, dont le « O » désigne précisément les orthophonistes, la même caisse que les infirmières et les kinésithérapeutes. Ce cadre BNC détermine à la fois le seuil applicable et le taux de l'abattement.
| Critère | Micro-BNC | Réel / 2035 |
|---|---|---|
| Seuil de recettes | ≤ 83 600 € HT (2026-2028) | > 83 600 € (obligatoire) ou sur option |
| Frais déductibles | Forfait de 34 % (min. 305 €) | Frais réels + amortissements |
| Déclaration | 2042-C-PRO + livre des recettes | 2035-SD + annexes 2035-A/B |
| Comptabilité | Ultra-allégée | Caisse + registre des immobilisations |
| PER / Madelin déductible | Non | Oui (art. 154 bis CGI) |
| Gagnant si… | Frais réels < 34 % (cas fréquent ortho) | Frais réels > 34 % |
La règle en une phrase
Le micro-BNC de l'orthophoniste : seuil 83 600 €, abattement de 34 %
Le micro-BNC, c'est le régime que la plupart des orthophonistes ont sans le savoir : il s'applique par défaut, et pour cette profession à charges faibles, c'est le plus souvent le bon. Deux chiffres suffisent à le décrire : un seuil de recettes et un taux d'abattement.
Le micro-BNC en 30 secondes
- Qui ? L'orthophoniste dont les recettes ne dépassent pas 83 600 € (seuil 2026-2028) — régime appliqué par défaut.
- Comment ? Un abattement forfaitaire de 34 % (minimum 305 €) remplace l'ensemble de vos frais. Vous êtes imposé sur les 66 % restants.
- La paperasse ? Réduite au minimum : un simple livre des recettes et un report sur la 2042-C-PRO. Ni 2035, ni comptabilité, ni amortissement.
- La contrepartie ? Aucun frais réel déductible — mais si vos charges sont sous 34 %, c'est tout bénéfice pour vous.
Le seuil 2026 : 83 600 € (et non plus 77 700 €)
Le micro-BNC s'applique tant que vos recettes annuelles ne dépassent pas un seuil. Ce seuil, longtemps fixé à 77 700 € (pour les revenus 2023 à 2025), a été relevé à 83 600 € HT pour les revenus 2026 à 2028. Si vous lisez encore « 77 700 € » dans un article, il est périmé. Ce seuil est révisé tous les trois ans, indexé sur l'évolution de la première tranche du barème de l'impôt sur le revenu (article 102 ter CGI). En clair : vous relevez du micro en 2026 si vos recettes de 2024 oude 2025 ne dépassaient pas le seuil applicable — c'est la règle des deux années de référence. La première année d'activité, le seuil est proratisé au nombre de jours d'exercice.
Recettes appréciées HT… mais HT = TTC pour vous
L'abattement de 34 % (minimum 305 €)
C'est le cœur du régime : sur vos recettes brutes encaissées, l'administration applique un abattement forfaitaire de 34 % (avec un minimum de 305 €), censé représenter l'intégralité de vos frais professionnels. Vous êtes imposé sur les 66 % restants, ajoutés à vos autres revenus au barème de l'IR. La contrepartie : aucun frais réel, aucun amortissement, aucune cotisation Madelin/PER déduits en plus du forfait. Mais c'est précisément là que se joue l'avantage de l'orthophoniste : si vos vrais frais représentent 20 ou 25 % de vos recettes, le forfait de 34 % vous fait déduire plus que vous ne dépensez réellement. La déclaration se résume à reporter vos recettes brutes sur la 2042-C-PRO et à tenir un simple livre des recettes.
Le micro de plein droit en début d'activité
Le réel (déclaration contrôlée 2035) : ce qu'on déduit vraiment
Le régime du réel — son nom officiel est la déclaration contrôlée — fonctionne à nu : votre bénéfice imposable, c'est vos recettes encaissées moins vos dépenses professionnelles réelles(article 93 CGI). On parle de comptabilité « de caisse » : on enregistre ce qui est effectivement encaissé et décaissé dans l'année. Fini le forfait : chaque euro de charge réelle vient en déduction. Pour l'orthophoniste, ce régime n'a d'intérêt que si ses charges dépassent le forfait de 34 % — ce qui reste l'exception, pas la règle.
Le réel est obligatoire dès que vos recettes dépassent le seuil du micro (83 600 € en 2026) deux années consécutives (article 96 CGI). Il est aussi accessible sur optionen dessous du seuil, précisément pour les orthophonistes dont les frais réels dépassent l'abattement de 34 % (charges importantes, début d'activité, gros emprunt).
Les formulaires
La liasse 2035 et ses annexes
- 2035-SD (CERFA n° 11176) : la déclaration principale, qui récapitule le résultat fiscal (article 97 CGI).
- Annexe 2035-A : le détail des recettes et des dépenses par nature.
- Annexe 2035-B : les plus et moins-values, le tableau des amortissements et la détermination du résultat.
- Le bénéfice obtenu est ensuite reporté sur la 2042-C-PRO pour être soumis au barème de l'IR.
Les frais réellement déductibles d'un orthophoniste
Au réel, voici ce qu'un orthophoniste peut retrancher de ses recettes. La liste est plus courte que celle d'une infirmière — c'est tout l'enjeu de ce guide : ces postes dépassent rarement 34 % des recettes.
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Ce que contient la 2035 d'un orthophoniste
- Loyer du cabinet (ou quote-part du domicile affectée à l'activité, au prorata de la surface professionnelle), charges locatives, électricité, internet.
- Cotisations URSSAF et CARPIMKO — souvent le premier poste de dépenses, comme pour les autres auxiliaires médicaux.
- Rétrocessions versées (si vous faites appel à un remplaçant ou un collaborateur).
- Matériel et logiciels : tests étalonnés, jeux et supports de rééducation, logiciel de bilan, mobilier ; le petit matériel inférieur à 500 € HT se déduit immédiatement (art. 39 CGI), le matériel plus coûteux s'amortit.
- Formation continue, documentation professionnelle, cotisations syndicales.
- Assurance responsabilité civile professionnelle (RCP), frais de comptabilité et d'adhésion.
En contrepartie, le réel impose de tenir une comptabilité BNC : un livre-journal des recettes et des dépenses et un registre des immobilisations et des amortissements (article 99 CGI). Rien d'insurmontable avec un logiciel de comptabilité libérale ou un expert-comptable, mais c'est une charge de gestion à intégrer. Pour la mécanique détaillée des postes déductibles (largement transposable d'un auxiliaire médical à l'autre, caisse CARPIMKO commune), voyez notre check-list des charges déductibles au réel.
Les deux leviers exclusifs au réel
Deux déductions n'existent qu'au réel et disparaissent totalement au micro :
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Ce que le réel débloque (et le micro neutralise)
- CSG déductible (6,8 points) : sur la CSG d'activité de 9,2 %, 6,8 points se déduisent du bénéfice (article 154 quinquies CGI).
- Madelin et PER déductibles (article 154 bis CGI) : vous déduisez vos cotisations de retraite supplémentaire et de prévoyance de votre bénéfice (jusqu'à 10 % du bénéfice ≤ 8 PASS + 15 % de la fraction entre 1 et 8 PASS ; plancher 4 806 €, plafond maximal 88 911 € en 2026, PASS = 48 060 €).
Mais attention : ces leviers ne valent que si vos frais dépassent déjà 34 %
La règle des 34 % : le seul calcul qui tranche
Toute la décision tient dans une comparaison : vos frais réels face au forfait de 34 %. L'abattement de 34 % du micro est, en quelque sorte, un « cadeau » forfaitaire : si vos vrais frais sont en dessous, vous déduisez plus que vous ne dépensez ; au-dessus, vous déduisez moins que vos charges réelles et vous surpayez l'impôt.
La règle de décision, en une ligne
REGLE DE BASCULE Frais reels < 34 % des recettes → MICRO gagnant Frais reels > 34 % des recettes → REEL gagnant (34 % = exactement le taux de l'abattement forfaitaire micro)
En deçà de 34 %, le forfait micro est plus généreux que vos charges réelles : restez au micro, plus simple. Au-delà, chaque euro de frais réel au-dessus du forfait est un euro de base imposable en moins au réel — impossible à capter au micro. Pour l'orthophoniste sédentaire, on est le plus souvent en dessous de 34 %.
Prenons 45 000 € de recettes : le forfait de 34 % vaut 15 300 €. Si vos frais réels sont inférieurs à 15 300 € (par exemple 9 000 €), le micro vous déduit 15 300 € « gratuitement » : il gagne. S'ils dépassent15 300 € (par exemple 20 000 €), chaque euro au-dessus du forfait n'est déductible qu'au réel : le réel gagne. La frontière est nette, et c'est exactement ce que chiffre le §6.
Le double effet : impôt ET cotisations sociales
La plupart des comparatifs s'arrêtent à l'impôt sur le revenu. Or le choix du régime joue aussisur vos cotisations sociales, et c'est un angle qu'il faut comprendre pour décider en connaissance de cause.
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L'effet du régime sur vos cotisations CARPIMKO/URSSAF
- Au micro, l'assiette des cotisations sociales est calculée sur vos recettes après l'abattement de 34 %, soit forfaitairement 66 % de votre chiffre d'affaires. Au réel, l'assiette est votre bénéfice réel.
- Si vos frais sont sous 34 % (cas fréquent de l'orthophoniste) : l'assiette forfaitaire du micro est un peu plus haute que le bénéfice réel → vous payez un peu plus de cotisations qu'au réel — mais ces cotisations ouvrent davantage de droits à la retraite CARPIMKO. Ce n'est pas de l'argent perdu.
- Si vos frais dépassent 34 % : le réel baisse à la fois l'impôt et les cotisations — double économie. Mais cotiser moins, c'est aussi moins de retraite (voir le §9).
Nuance honnête : ne basculez pas « juste pour cotiser moins »
Pourquoi vos frais dépassent rarement 34 %
C'est ici que l'orthophoniste se distingue de l'infirmière. Là où celle-ci a un poste véhicule qui fait tout basculer, l'orthophoniste a un profil de charges structurellement léger. C'est ce qui explique que, contre l'intuition diffusée par le SERP, le micro soit si souvent gagnant pour cette profession.
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Le profil de charges typique de l'orthophoniste
- Exercice sédentaire : les patients viennent au cabinet. Peu de déplacements, pas de gros véhicule professionnel ni de barème kilométrique massif — l'exact opposé de l'infirmière à domicile.
- Cabinet léger : une à deux pièces, du mobilier, parfois une salle d'attente partagée en SCM. Pas de table de rééducation lourde ni d'équipement coûteux à amortir.
- Matériel modéré : tests étalonnés, jeux et supports de rééducation, un logiciel de bilan. Des montants réels, mais qui restent contenus au regard des recettes.
- Résultat : des charges réelles qui plafonnent le plus souvent à un quart, un tiers des recettes (ordre de grandeur, à vérifier sur vos chiffres) — donc sous le seuil de 34 %. Le micro gagne.
Le contraste tient en une ligne : contrairement à l'infirmière (gros poste véhicule, déplacements) ou au kinésithérapeute (équipement et local plus lourds), l'orthophoniste a peu de charges. C'est pourquoi le même guide aboutit à une conclusion opposée selon la profession — voyez, à titre de comparaison, le cas de l'infirmière, où le réel gagne le plus souvent, et l'arbitrage micro / réel du kinésithérapeute.
Quand le réel reprend la main
Le micro n'est pas une règle automatique : plusieurs situations font franchir le seuil de 34 % et rendent le réel gagnant. Il faut savoir les repérer.
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Les cas où le réel devient le bon choix
- Début d'activité avec investissements : achat d'une patientèle à amortir, aménagement complet d'un cabinet, gros équipement — les amortissements gonflent les charges au-delà de 34 % les premières années.
- Local coûteux : cabinet en centre-ville, grande surface, loyer élevé qui pèse lourd dans les recettes.
- Exercice mobile : interventions à domicile, en EHPAD ou sur plusieurs sites, qui génèrent des frais de déplacement réels significatifs.
- Gros emprunt : les intérêts d'emprunt (installation, rachat de patientèle) sont déductibles au réel et peuvent faire pencher la balance.
- Rétrocessions versées : si vous rémunérez un remplaçant ou un collaborateur, ces sommes alourdissent vos charges réelles.
Le piège classique : rester au micro « par défaut » l'année où on s'installe
La bonne habitude : recalculer chaque année
Deux cas chiffrés pour vous situer
On a posé la règle ; reste à la passer au tamis de vos chiffres. Deux orthophonistes aux mêmes recettes (45 000 €, juste sous le seuil de 83 600 €, ce qui laisse le choix entier) mais à charges opposées : Léa, le cas typique où le micro gagne, et la même Léa dans une variante à charges élevées où le réel reprend la main.
Cas 1 · Orthophoniste sédentaire · 45 000 € de recettes · frais réels 9 000 € (20 %)
Léa — le micro fait gagner 6 300 € de base imposable
Léa exerce en cabinet, de façon sédentaire. Ses frais réels (loyer de cabinet, cotisations URSSAF et CARPIMKO, matériel, tests, RCP) s'élèvent à 9 000 € sur 45 000 € de recettes, soit 20 % de ses recettes — bien en dessous du seuil de 34 %.
En micro-BNC : l'abattement forfaitaire de 34 % vaut 15 300 € (45 000 × 34 %). Sa base imposable est donc de 29 700 € (45 000 − 15 300).
Au réel (2035) : elle ne déduit que ses 9 000 € de frais réels. Sa base imposable serait de 36 000 € (45 000 − 9 000).
Écart de base imposable : 6 300 € en faveur du micro(15 300 de forfait contre 9 000 de frais réels). Le micro lui fait déduire 6 300 € qu'elle n'a pas dépensés.
Traduit en impôt : à une TMI de 11 %, le micro lui économise environ 693 €/an ; à une TMI de 30 %, environ 1 890 €/an. Et c'est plus simple, sans comptabilité ni 2035. Verdict : rester au micro.
Le calcul, étape par étape (cas Léa — micro gagnant)
Recettes encaissees ....................... 45 000 € MICRO-BNC Abattement forfaitaire 34 % ............. − 15 300 € ► Base imposable micro ................. 29 700 € REEL (declaration controlee 2035) Frais reels deduits (20 %) .............. − 9 000 € ► Base imposable reel .................. 36 000 € ECART DE BASE IMPOSABLE ................. 6 300 € (15 300 forfait − 9 000 frais reels) → MICRO gagnant GAIN D'IMPOT AU MICRO (selon la TMI) • TMI 11 % : 6 300 × 11 % ≈ 693 €/an • TMI 30 % : 6 300 × 30 % ≈ 1 890 €/an
Tant que les frais réels de Léa (9 000 €) restent sous le forfait de 34 % (15 300 €), le micro déduit davantage qu'elle ne dépense. Elle gagne donc à rester au micro, en plus d'éviter la comptabilité du réel.
Cas 2 · Variante charges élevées · 45 000 € de recettes · frais réels 20 000 € (≈ 44 %)
Léa qui s'installe — ici, le réel fait gagner 4 700 € de base
Même Léa, mêmes 45 000 € de recettes, mais une année d'installation lourde : local en centre-ville, achat d'une patientèle à amortir et un emprunt à rembourser. Ses frais réels grimpent à 20 000 €, soit environ 44 % de ses recettes — au-dessus du seuil de 34 %.
En micro-BNC : base toujours de 29 700 € (le forfait de 34 % ne « voit » pas ses charges réelles).
Au réel (2035) : elle déduit ses 20 000 € réels. Sa base tombe à 25 000 € (45 000 − 20 000).
Écart de base imposable : 4 700 € en faveur du réel. Et ce n'est pas tout : au réel, elle peut en plus déduire la CSG (6,8 points) et d'éventuelles cotisations Madelin/PER, ce qui creuse encore l'écart. Verdict : basculer au réel— au moins le temps que l'amortissement et l'emprunt courent.
| Cas 1 — Léa sédentaire | Cas 2 — Léa s'installe | |
|---|---|---|
| Recettes encaissées | 45 000 € | 45 000 € |
| Frais réels | 9 000 € (20 %) | 20 000 € (≈ 44 %) |
| Base MICRO (−34 % = 15 300 €) | 29 700 € | 29 700 € |
| Base RÉEL (recettes − frais) | 36 000 € | 25 000 € |
| Écart de base | micro −6 300 € | réel −4 700 € |
| Verdict | Rester au micro | Basculer au réel |
Note de méthode : comment lire ces chiffres
Micro ou réel : de quel côté des 34 % êtes-vous, à l'euro près ?
Un CGP indépendant pose vos deux régimes côte à côte sur vos vraies recettes, calcule votre point de bascule à 34 % et vous dit, chiffre en main, si le micro (le plus souvent) ou le réel vous fait gagner. Vous repartez avec un chiffre, pas un « ça dépend ».
Passer au réel (ou y renoncer) : comment et est-ce réversible ?
Rassurez-vous : on ne se marie pas avec un régime. Sous le seuil, le micro s'applique par défaut, mais vous pouvez opter pour le réel — et revenir au micro l'année suivante. Voici le mécanisme, qui corrige une idée fausse répandue (celle d'un « verrou » pluriannuel irrévocable).
Le mécanisme de l'option
Opter, reconduire, renoncer
- Opter pour le réel : aucun courrier solennel. L'option se matérialise par le simple dépôt de la liasse 2035 dans le délai légal (article 102 ter, 5 CGI).
- Durée : l'option est valable un an et reconduite tacitement tant que vous restez dans le champ du micro (sous le seuil de 83 600 €) (article 102 ter, 5 CGI).
- Renoncer (revenir au micro) : il suffit de renoncer à l'option avant la date limite de dépôt de la déclaration suivante, tant que vos recettes restent sous le seuil.
- Pas de verrou pluriannuel : l'engagement est annuel et réversible — contrairement à ce qu'on lit parfois, vous n'êtes pas « bloqué » pour plusieurs années.
S'ajoute la règle des deux ans côté sortie du micro : vous quittez le micro de plein droit (et le réel devient obligatoire) si vos recettes dépassent le seuil de 83 600 € deux années consécutives. En dessous, le choix vous appartient, chaque année.
La séquence idéale de l'orthophoniste qui s'installe
Faut-il encore adhérer à une AGA en 2026 ?
Beaucoup d'orthophonistes adhèrent encore à une AGA « parce que le comptable l'a toujours conseillé ». Ce conseil datait d'avant 2023 ; il est aujourd'hui périmé. Tranchons : en 2026, adhérer à une AGA (association de gestion agréée) n'apporte plus aucun avantage fiscal. Depuis, deux réformes successives ont retiré à l'AGA son dernier argument fiscal.
Ce qui a changé
Deux suppressions, deux dates
- Revenus 2023 — fin de la majoration de 25 % : historiquement, le bénéfice d'un libéral non adhérent à un organisme de gestion agréé était majoré de 25 % avant imposition. Cette majoration a été supprimée progressivement puis totalement à compter des revenus 2023 (article 34 de la loi de finances pour 2021, article 158, 7-1° CGI). Adhérer ne « débloque » donc plus rien : non-adhérent et adhérent sont imposés à l'identique.
- 14 février 2025 — abrogation du régime OGA : la loi de finances pour 2025 a abrogé le régime des organismes de gestion agréés, et la réduction d'impôt pour frais de comptabilité et d'adhésion (article 199 quater B) a disparu dès les revenus 2025. En contrepartie, vos frais de comptabilité sont désormais 100 % déductibles sur la 2035.
Que reste-t-il ? Un intérêt purement non fiscal : l'AGA peut vous aider à établir votre 2035, réaliser un examen de cohérence de votre déclaration et vous apporter de la prévention en cas de contrôle. Pour un orthophoniste qui reste au micro, l'AGA n'a tout simplement aucun objet (il n'y a pas de 2035 à établir). Au réel, elle ne se justifie que si vous gérez seul votre comptabilité et souhaitez un appui à la déclaration.
Notre lecture
Au-delà du régime : retraite CARPIMKO et patrimoine
Une fois le régime tranché, restent les deux vrais chantiers de l'orthophoniste, propres à sa profession : compléter une retraite CARPIMKO modesteet placer son épargne intelligemment selon sa tranche d'imposition.
Côté retraite, l'orthophoniste relève de la CARPIMKO — le « O » de l'acronyme désigne précisément les orthophonistes, et c'est la même caisse que les infirmières et les kinésithérapeutes. Comme pour ces professions, la pension servie reste modeste au regard des revenus d'activité : il faut piloter sa retraite par des produits choisis, sans compter sur la seule caisse obligatoire. Nous détaillons les paramètres et les solutions dans nos guides retraite CARPIMKO de l'orthophoniste et les paramètres CARPIMKO communs aux auxiliaires médicaux.
PER à TMI 11 % : un piège à connaître, on vous le dit honnêtement
Dans l'ordre, pour cette profession à revenus modérés : on cale d'abord le régime (le micro, le plus souvent), on adapte ensuite l'épargne à votre TMI, et la défiscalisation ne vient qu'après — pas l'inverse. Pour ne rien laisser sur la table, parcourez nos guides défiscalisation de l'orthophoniste libéral, où placer ses excédents d'orthophoniste et, plus largement, tous les leviers pour payer moins d'impôts.
Note de méthode sur les projections d'épargne
Du bon régime fiscal à la stratégie patrimoniale complète
Audit indépendant pour orthophoniste : on choisit le bon régime (souvent le micro), on calibre votre épargne selon votre TMI, on complète votre retraite CARPIMKO et on prépare la suite (placement, prévoyance, cession de patientèle). Le tout chiffré sur vos vrais relevés, sans produit-maison.
Cession de patientèle et passage en société : deux incises
En fin de rendez-vous, deux questions reviennent presque toujours, au-delà du seul choix micro / réel : « le jour où je vends, ça coûte quoi ? » et « faut-il passer en société ? ». Réponses courtes ici, détail dans les guides dédiés.
La cession de patientèle : prélèvements sociaux à 18,6 %
Le jour où vous cédez votre patientèle, la plus-value réalisée est une plus-value professionnelle — et non une plus-value de l'immobilier ou de l'assurance-vie. Point technique à jour 2026, souvent mal compris : elle supporte des prélèvements sociaux de 18,6 % (et non 17,2 %), portés à ce niveau par la LFSS 2026. Avec l'imposition forfaitaire à l'IR de 12,8 %, on atteint un taux global de 31,4 %sur la part taxable. Bonne nouvelle pour l'orthophoniste : à recettes modérées, plusieurs régimes d'exonération s'appliquent fréquemment.
Erreur à ne pas faire : appliquer 17,2 % à la cession de patientèle
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Les exonérations de plus-value à connaître
- Article 151 septies CGI (selon les recettes) : pour une activité de prestations de services, exonération totale si la moyenne des recettes ne dépasse pas 90 000 €, dégressive jusqu'à 126 000 €, après au moins 5 ans d'exercice. Un orthophoniste à recettes modérées est souvent sous 90 000 € : l'exonération est alors totale.
- Article 238 quindecies CGI (selon la valeur) : exonération totale si la valeur de cession ne dépasse pas 500 000 €, dégressive jusqu'à 1 000 000 €.
- Article 151 septies A CGI (départ à la retraite) : exonération d'impôt sur le revenu de la plus-value, mais les prélèvements sociaux de 18,6 % restent dus ; activité d'au moins 5 ans, cessation et liquidation des droits à retraite dans un délai de 24 mois.
Le détail des conditions, du calcul et des arbitrages figure dans nos guides céder sa patientèle d'orthophoniste : plus-value et exonérations et, par analogie de régime, la cession de patientèle côté kinésithérapeute.
Au-delà du seuil : EI, SCM ou SELARL ?
« Et si je passais en société ? » Attention au hors-sujet : ce guide compare micro et réel en entreprise individuelle (BNC) ; le passage en SELARL est un tout autre arbitrage (impôt sur les sociétés, rémunération contre dividendes). Pour un orthophoniste aux revenus modérés — le cas général — la SEL est rarement justifiée ; elle ne devient un sujet qu'au-delà d'un certain niveau de bénéfice durable. Un point juridique mérite d'être signalé pour les intéressés : depuis l'imposition 2024, la rémunération de l'activité libérale d'un associé de SEL relève des BNC, ce qu'a confirmé le Conseil d'État le 8 avril 2025 (n° 492154)— le même arbitrage frais réels / forfait se retrouve donc à l'intérieur de la SEL.
En résumé
Micro-BNC ou réel : l'essentiel pour l'orthophoniste
- La seule chose à retenir : micro tant que vos frais réels restent sous 34 % de vos recettes — le cas de la plupart des orthophonistes (charges souvent 20-30 %).
- L'inverse de l'infirmière : cabinet léger, exercice sédentaire, peu de matériel → le micro gagne souvent, et il est plus simple.
- Le réel reprend la main à l'installation (investissements à amortir), avec un local cher, un gros emprunt ou un exercice mobile.
- Les cas Léa : à 45 000 € de recettes, le micro gagne 6 300 € de base avec 9 000 € de frais ; le réel gagne 4 700 € avec 20 000 € de frais.
- Option annuelle et réversible, AGA sans intérêt fiscal, cession de patientèle souvent exonérée (PS 18,6 %) — voyez aussi EI, SCM ou SELARL à l'installation et BNC ou SELARL : quand passer en société.
Faire chiffrer votre régime optimal et bâtir la suite
De votre première 2035 jusqu'à la vente de votre patientèle : un CGP indépendant arbitre micro, réel et SELARL selon votre bénéfice, calcule votre point de bascule et anticipe l'exonération de plus-value sur votre patientèle. Bilan gratuit, sans engagement.

