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Guide expert 202619 minMis à jour 24 juillet 2026Art. 238 bis K · 13,5 · 669 II CGI

Fiscalité de l'usufruit de SCPI en société : la carte fiscale complète

Acheter l'usufruit temporaire de parts de SCPI via une société à l'IS neutralise l'impôt pendant la période : les revenus remontent au résultat imposable à l'IS (art. 238 bis K) et l'amortissement linéaire de l'usufruit vient les effacer presque entièrement. Mais chaque avantage a sa contrepartie : plus-value professionnelle sans abattement en cas de revente avant terme, usufruit consommé (valeur nulle) à l'extinction, piège de l'article 13, 5 du CGI si un dirigeant vend l'usufruit à sa propre holding, et sortie de trésorerie à 31,4 % en 2026. De l'acquisition à l'extinction, ce guide chiffre chaque étage d'imposition : ce que la société paie vraiment, et quand.

USUFRUIT DE SCPI EN SOCIÉTÉ

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IS SUR REVENUS

15 % / 25 %

AMORT. USUFRUIT

Déductible

PV À L'IS

Sans abatt.

SORTIE (PFU)

31,4 %

CAS CHIFFRÉ

1

Équipe Hagnéré Patrimoine·Cabinet de conseil en gestion de patrimoine non détenu par une banque ni par un assureur

CIF · COA · COBSP · ORIAS 23002291 · adhérent CNCEF Patrimoine

Mis à jour le 24 juillet 2026 · Conforme au CGI (art. 8, 238 bis K, 219 taux d'IS, 39, 13-5, 669 II, 726, 1133, 968, 150 UB, 200 A), au Code civil (art. 619), à la LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30/12/2025 : PS 18,6 % sur les dividendes) et à la jurisprudence du Conseil d'État (CE 30 septembre 2019, n° 419855, Luccotel ; CE 16 février 2000, n° 133296, Quéméner).

§ 1CADRAGE·2 MIN

Usufruit de SCPI en société : ce que cette page traite (et ne traite pas)

Sébastien dirige une holding à l'IS qui dort sur 300 000 € de trésorerie excédentaire. Comme des milliers de dirigeants de SAS, SARL, SCI à l'IS ou holding patrimoniale, il veut faire travailler ce cash sans le sortir — ou préparer la transmission à ses enfants. Son expert-comptable évoque une idée séduisante : « achète l'usufruit temporaire de SCPI, tu encaisses 100 % des loyers en ne payant qu'une fraction du prix, et l'amortissement efface l'impôt ». Sur la période, c'est en grande partie vrai : à l'IS, les revenus quittent le régime foncier (fini le barème de l'IR et les 17,2 % de prélèvements sociaux) et l'amortissement linéaire de l'usufruit peut ramener l'impôt à quasiment zéro. Mais ce raccourci passe sous silence quatre postes qui décident, à eux seuls, de la rentabilité du montage : la plus-value professionnelle sans abattement, l'extinction sèche (mise consommée), le piège de l'article 13, 5 du CGI et le coût réel de sortie (dividende à 31,4 % en 2026). Cette page chiffre ce que le montage rapporte vraiment — et ce qu'il coûte —, de l'entrée jusqu'au terme. Prenons chaque étape.

En 30 secondes : la fiscalité de l'usufruit de SCPI en société

  • Détention : les revenus sont imposés à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %) via la translucidité (art. 238 bis K), diminués de l'amortissement linéaire de l'usufruit — l'IS est souvent neutralisé sur la période. C'est un report, pas une exonération.
  • Contrepartie : revente avant terme = plus-value professionnelle sans abattement avec réintégration des amortissements ; à l'extinction, l'usufruit est consommé (valeur nette comptable nulle).
  • Deux angles morts : l'article 13, 5 du CGI (vendre l'usufruit à sa propre holding = revenu foncier, pas plus-value) et le coût de sortie 2026 (dividende au PFU de 31,4 %).
  • IFI : l'impôt ne frappe que les personnes physiques : la société usufruitière n'est pas redevable en tant que telle.

Cette page est la carte fiscale complète de l'usufruit de SCPI logé dans une société : ce que vous payez (ou non) à l'acquisition, pendant la détention, à la revente avant terme et à l'extinction, plus les deux angles morts que la plupart des présentations oublient — le piège de l'article 13, 5 du CGI quand un dirigeant vend l'usufruit à sa propre société, et le coût réel de sortie en 2026. Pour savoir si le montage a du sens, voir le panorama de l'usufruit de SCPI en société ; pour comprendre pourquoi l'impôt est si faible, voir SCPI en société : pas d'impôt ? ; pour chiffrer la décote, voir calculer la décote de l'usufruit.

Rappel express du mécanisme (sans le refaire)

Le démembrement temporaire scinde la propriété des parts en usufruit (droit aux revenus pendant une durée fixe : 5, 10, 15 ou 20 ans) et nue-propriété (droit de récupérer la pleine propriété à l'extinction, sans percevoir de revenu entre-temps). À l'échéance, l'usufruit s'éteint sans contrepartie et le nu-propriétaire retrouve la pleine propriété. La mécanique complète est détaillée dans notre fiche sur le démembrement temporaire de SCPI ; le choix de la durée dans quelle durée pour l'usufruit.

Ce que cette page traite / ne traite pas

Rappel produit : l'IS ne change rien au risque

Une SCPI reste un placement de long terme (8 à 10 ans minimum), non garanti et illiquide, exposé à un risque de perte en capital et de baisse des revenus. Le contexte 2023-2026 l'a rappelé : baisse des valorisations sur une partie du marché et files d'attente au retrait (données agrégées ASPIM/IEIF, 2025). L'usufruitier est doublement exposé : si le rendement baisse, il perçoit moins que prévu ; et à l'extinction, sa mise est consommée. Un avantage fiscal ne transforme jamais un mauvais placement en bon placement.

§ 2À L'ENTRÉE·3 MIN

À l'acquisition : les droits d'enregistrement de l'usufruit

Avant même le premier euro de loyer, une première question fiscale se pose : que paie la société pour acquérir l'usufruit ? La réponse dépend entièrement de la voie d'entrée.

Deux voies d'entrée, deux traitements

(1) Souscription démembrée d'origine. La société souscrit l'usufruit de parts neuves directement auprès de la société de gestion. Il n'y a pas de cession de droits sociaux préexistants : l'opération est hors du champ du droit de cession de l'article 726 du CGI. Seuls jouent les frais de souscription de la SCPI, intégrés au coût de l'usufruit (et amortis avec lui). C'est la voie la plus fréquente — et, on le verra en section 6, la plus sûre.

(2) Acquisition sur le marché secondaire. La société achète l'usufruit de parts déjà existantes : il y a alors mutation de droits sociaux, donc application du droit d'enregistrement de l'article 726 du CGI, au régime des sociétés à prépondérance immobilière. Le taux exact applicable à ce cas est à confirmer au texte : [À VÉRIFIER]. Ce marché secondaire démembré est par ailleurs très étroit : liquidité renforcée à la baisse.

L'assiette : la valeur de l'usufruit, pas le prix de la pleine propriété

Pour les droits, l'usufruit à durée fixe est évalué selon le barème de l'article 669 II du CGI : 23 % de la valeur en pleine propriété par période de dix ans, sans fraction ni égard à l'âge de l'usufruitier.

Une personne morale ne peut détenir l'usufruit plus de 30 ans (art. 619 du Code civil), d'où un plafond fiscal de 69 %. Ce barème est réservé aux droits d'enregistrement, aux mutations à titre gratuit et à l'IFI — pas au prix d'une acquisition à titre onéreux.
Durée de l'usufruitValeur fiscale de l'usufruit (art. 669 II)
1 à 10 ans23 %
11 à 20 ans46 %
21 à 30 ans69 %

Attention : la valeur fiscale n'est PAS le prix payé

C'est le point que la plupart des présentations mélangent : le barème 669 II sert aux droits, aux donations et à l'IFI, jamais à fixer le prix réellement payé pour un usufruit acquis à titre onéreux. Ce prix suit la valeur vénale, c'est-à-dire l'actualisation des flux futurs attendus (méthode DCF), propre à chaque SCPI et à chaque durée — le Conseil d'État l'a confirmé (30 septembre 2019, n° 419855, Luccotel). Cette clé économique diffère du barème fiscal et varie d'un véhicule à l'autre. Nous ne chiffrons donc aucune clé comme une norme de marché : la méthode de calcul est détaillée dans notre fiche calculer la décote de l'usufruit de SCPI.

⚠️ Attention à la survalorisation

Survaloriser l'usufruit — ou appliquer le barème 669 II hors de son champ pour gonfler la base amortissable — expose à un redressement au titre de l'avantage occulte ou de l'acte anormal de gestion. La valorisation doit être documentée, cohérente avec la durée du démembrement et avec le rendement attendu. Une expertise indépendante et une méthode d'actualisation traçable sont vivement recommandées avant l'opération.

§ 3PENDANT LA DÉTENTION·4 MIN

Pendant la détention : comment les revenus sont (peu) imposés

C'est le cœur du montage — et la raison pour laquelle il séduit. Deux mécanismes se combinent pour effacer l'impôt : la translucidité, qui change la nature du revenu, et l'amortissement, qui l'absorbe.

Article 238 bis K : le revenu change de nature

Une SCPI est une société civile translucide (art. 8 du CGI) : elle n'est pas imposée elle-même, ce sont ses associés qui le sont. Or l'article 238 bis K, I pose une règle décisive : quand l'usufruit des parts est inscrit à l'actif d'une entreprise soumise à l'IS, la quote-part de résultat est déterminée selon les règles de l'IS, et non plus selon celles des revenus fonciers. Conséquence : les dividendes ne supportent plus le barème de l'IR ni les 17,2 % de prélèvements sociaux — ils entrent dans le résultat imposable à l'IS. La mécanique générale « pourquoi si peu d'impôt » est développée dans notre fiche SCPI en société : pas d'impôt ?.

Spécificité de l'usufruitier : il perçoit 100 % des dividendes distribués alors qu'il n'a payé qu'une fraction du prix de la pleine propriété (la clé économique ; voir la fiche décote). C'est cet effet de levier sur le rendement qui fait tout l'intérêt — et tout le pari — de l'opération.

Le taux d'IS 2026 : 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %

Barème d'IS 2026 (art. 219 CGI). Le 15 % n'est PAS automatique pour une holding : la condition de détention à ≥ 75 % par des personnes physiques est souvent non remplie. [À VÉRIFIER au moment de l'opération.]
Bénéfice imposable de la sociétéTaux d'IS 2026Condition
Jusqu'à 42 500 €15 %Taux réduit PME : CA HT < 10 M€, capital entièrement libéré, détenu à ≥ 75 % par des personnes physiques
Au-delà de 42 500 €25 %Taux normal de l'impôt sur les sociétés

L'amortissement de l'usufruit : le levier qui neutralise l'IS

Contrairement aux parts en pleine propriété — immobilisations financières non amortissables selon le plan comptable applicable, car leur avantage n'a pas de durée de vie —, l'usufruit temporaire est un droit à durée déterminée : un actif dont l'utilité s'épuise avec le temps, donc, en principe, amortissable linéairement sur la durée du démembrement. Le fondement tient au principe général d'amortissement des actifs à durée d'usage limitée et à la déductibilité de l'article 39 du CGI ; ce point relève de la doctrine comptable et de la jurisprudence et doit être sécurisé avec votre expert-comptable [À VÉRIFIER portée]. Le détail du plan comptable d'amortissement dépasse le cadre de cette page (dédiée au régime fiscal) : il est traité dans notre fiche les avantages comptables de l'usufruit de SCPI.

La neutralisation de l'IS, en une ligne

Resultat imposable a l'IS = quote-part de resultat fiscal de la SCPI
                          - amortissement lineaire de l'usufruit (prix / duree)
                          - charges (interets, gestion, honoraires)

L'assiette exacte est la quote-part de RÉSULTAT FISCAL de la SCPI (loyers − charges − amortissements des immeubles pratiqués au niveau de la SCPI, art. 238 bis K), souvent inférieure au dividende encaissé ; le dividende n'en est qu'une approximation pédagogique. Sur la durée du démembrement, l'amortissement de l'usufruit peut absorber tout ou partie de ce résultat — d'où peu ou pas d'IS. Mais c'est un REPORT : l'usufruit est consommé au terme (valeur nette comptable nulle) et la note réapparaît à la sortie et à l'extinction.

Ne confondez jamais ces trois taux de prélèvements sociaux

  • 17,2 % — prélèvements sociaux sur les revenus fonciers d'une SCPI détenue en direct ou via une SCI à l'IR (taux maintenu en 2026). Il ne s'applique pas ici, puisqu'à l'IS le revenu n'est plus foncier.
  • 18,6 % — prélèvements sociaux sur un dividende (revenu de capitaux mobiliers), donc à la sortie de la société, d'où un PFU de 31,4 % (relèvement issu de la LFSS 2026).
  • 30 % — l'ancien PFU global (12,8 % IR + 17,2 % PS), qui reste la référence des revenus financiers dont les prélèvements sociaux demeurent à 17,2 % ; pour un dividende, ce PFU est porté à 31,4 % en 2026 (PS à 18,6 %) — d'où le coût de sortie ci-après.

Ici, la sortie est un dividende : c'est 18,6 % de PS. Le détail dans notre fiche prélèvements sociaux des SCPI (17,2 % vs 18,6 %).

Hagnéré Patrimoine

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§ 4REVENTE AVANT TERME·3 MIN

Revente avant terme : la plus-value devient professionnelle

Que devient l'avantage fiscal si la société décide de céder l'usufruit (ou les parts) avant l'échéance ? Le contraste avec le régime des particuliers est brutal.

Réponse express : la plus-value pro reprend une partie de l'économie d'IS

La plus-value de cession des parts ou de l'usufruit détenus par une société à l'IS est une plus-value professionnelle : imposée au taux d'IS (15 % / 25 %), sans aucun abattement pour durée de détention et avec réintégration des amortissements déjà déduits. L'économie d'impôt engrangée pendant la détention est donc en partie reprise à la revente : c'est l'exact opposé du régime des particuliers (exonération d'IR à 22 ans, de PS à 30 ans). Le levier fiscal n'est jamais gratuit.

Aucun abattement, réintégration des amortissements

La plus-value entre dans le résultat imposable à l'IS (15 % puis 25 %), sans aucun abattement pour durée de détention, et les amortissements déjà déduits sont réintégrés : la valeur nette comptable ayant baissé chaque année, la base taxable est d'autant majorée. Il n'existe pas de régime long terme à 0 % pour des titres à prépondérance immobilière. Là où un particulier voit son impôt s'effacer avec le temps, la société, elle, ne bénéficie d'aucune décote d'ancienneté.

Plus-value chez le particulier (direct / SCI à l'IR)

Points forts

  • Régime des plus-values immobilières : 19 % IR + 17,2 % PS
  • Abattements pour durée de détention
  • Exonération d'IR à 22 ans, de PS à 30 ans

Points de vigilance

  • Surtaxe au-delà de 50 000 € de plus-value imposable
  • Aucun abattement avant la 6e année

Plus-value à l'IS (plus-value professionnelle)

Points forts

  • Taux d'IS (15 % / 25 %) sur la plus-value
  • Pas de surtaxe des particuliers

Points de vigilance

  • Aucun abattement pour durée de détention
  • Réintégration des amortissements de l'usufruit (base gonflée)
  • Puis flat tax de 31,4 % pour sortir le produit

Un mécanisme technique atténue la double imposition : la jurisprudence Quéméner (Conseil d'État, 16 février 2000, n° 133296) corrige le prix de revient fiscal des parts d'une société translucide, ce qui réduit la plus-value taxable. Son application est technique : à cadrer avec votre expert-comptable. Pour le régime détaillé des particuliers, voir la plus-value de cession de parts de SCPI et l'abattement pour durée de détention — précisément le barème qui disparaît à l'IS.

⚠️ Le risque de moins-value en marché baissier

En cas de cession avant terme dans un marché en correction (contexte 2023-2026), la plus-value espérée peut virer en moins-value : le prix de part peut reculer, et l'usufruit se déprécie mécaniquement à mesure qu'il se rapproche du terme. Le levier fiscal ne protège pas de la baisse du prix de part : revendre un usufruit démembré, sur un marché secondaire étroit, peut être long et décoté.

§ 5AU TERME·2 MIN

L'extinction : le sort fiscal au terme du démembrement

Au terme, le démembrement prend fin — et il joue dans les deux sens : la holding de Sébastien voit son usufruit tomber à zéro, ses enfants nus-propriétaires récupèrent la pleine propriété sans un euro de droits.

Côté société usufruitière : l'usufruit est consommé

À l'échéance, l'usufruit est totalement amorti (valeur nette comptable nulle) : il disparaît sans contrepartie, sans plus-value ni produit imposable à constater. La société a consommé sa mise de départ : elle est brûlée, définitivement. Tout le pari est là : l'opération n'est gagnante que si les dividendes perçus pendant la période ont dépassé le prix de l'usufruit, ce qui suppose que la distribution ait tenu.

Côté nu-propriétaire : reconstitution en franchise de mutation

La reconstitution de la pleine propriété par extinction de l'usufruit s'opère en principe sans droit de mutation, en application de l'article 1133 du CGI (sous réserve, pour les immeubles, de l'article 1020). C'est un levier de préparation de transmission : le nu-propriétaire (le dirigeant, ses enfants, une autre structure) a acquis la nue-propriété à prix réduit et récupère la pleine propriété en franchise au terme.

Aléa réglementaire (au conditionnel)

À titre prospectif, des réflexions doctrinales et prospectives (consultatives, non votées) ont évoqué une éventuelle taxation de l'usufruit résiduel, qui remettrait partiellement en cause la logique de l'article 1133. À ce jour, ce n'est ni du droit positif ni voté : à signaler comme un aléa, jamais comme une règle applicable. La fiscalité de la transmission reste une matière mouvante.

§ 6L'ANGLE MORT N°1·3 MIN

Le piège de l'article 13, 5 du CGI (côté cédant)

Premier angle mort, et le plus cher : du côté du vendeur d'un usufruit temporaire, l'administration ne voit pas une plus-value.

Vendre un usufruit temporaire = un REVENU, pas une plus-value

L'article 13, 5 du CGI (issu de la loi de finances rectificative pour 2012, pour les cessions à compter du 14 novembre 2012) prévoit que la première cession à titre onéreux d'un usufruit temporaire est imposée non comme une plus-value, mais comme un revenu de la catégorie dont relèvent les fruits. Pour de l'immobilier ou des parts de société à prépondérance immobilière, cela signifie : des revenus fonciers, au barème de l'IR augmenté des 17,2 % de prélèvements sociaux. L'assiette est le prix (ou la valeur vénale si elle est supérieure). Le dispositif a été validé par le Conseil constitutionnel (29 décembre 2012, n° 2012-661 DC).

Où ça mord : le dirigeant qui vend l'usufruit à sa propre holding

Le cas d'école : un particulier vend à SA société l'usufruit temporaire de parts qu'il détient déjà. Le produit de cette vente est alors taxé chez lui, en revenus fonciers (barème IR + 17,2 % de PS), et non en plus-value. Le dirigeant croit sortir du cash faiblement taxé ; il récolte en réalité un revenu foncier plein barème. L'addition peut dépasser l'économie visée — c'est le contresens le plus fréquent sur ce montage.

La bonne voie d'entrée

À l'inverse, la souscription démembrée d'origine — la société souscrit directement l'usufruit de parts neuves auprès de la société de gestion — n'a pas de cédant d'un usufruit préexistant : l'article 13, 5 est en principe inapplicable, tout comme le droit de cession de l'article 726 (voir section 2). C'est la voie la plus fréquente des montages réussis. Le choix entre ces deux voies d'entrée change tout — sans en faire une règle absolue, car le dispositif anti-abus est de portée large [À VÉRIFIER portée exacte].

§ 7L'ANGLE MORT N°2·3 MIN

IFI et abus de droit : les deux garde-fous à connaître

IFI : une société n'est pas redevable

L'impôt sur la fortune immobilière ne frappe que les personnes physiques : une société usufruitière n'est PAS redevable en tant que telle. L'immobilier est atteint indirectement, via la fraction immobilière de la valeur des titres de la société détenus par l'associé personne physique. L'article 968 du CGI prévoit que les biens grevés d'usufruit sont en principe imposés pour leur valeur en pleine propriété chez l'usufruitier ; la répartition selon le barème 669 est réservée à des cas limitativement énumérés d'usufruit légal — un usufruit conventionnel ou temporaire n'ouvre pas cette répartition. Il ne faut donc pas surpromettre un « IFI réduit » [À VÉRIFIER cas par cas]. Le seuil d'entrée reste fixé à 1,3 M€ de patrimoine immobilier net taxable au 1er janvier. Voir notre fiche SCPI et IFI.

Abus de droit : la substance économique est obligatoire

Reste l'abus de droit, celui qui fait tomber les montages trop malins : l'article L. 64 du LPF (montage fictif ou à but exclusivement fiscal) et l'article L. 64 A (mini-abus de droit, but principalement fiscal, pour les actes depuis 2020), avec une majoration pouvant atteindre 80 %. Un montage sans substance économique réelle est requalifiable : il doit répondre à un objectif patrimonial réel (placer une trésorerie excédentaire dormante, préparer une transmission), et non à la seule optimisation fiscale.

⚠️ Trois signaux qui attirent le contrôle

  • La survalorisation de l'usufruit (avantage occulte).
  • La vente de l'usufruit du dirigeant à sa propre holding (article 13, 5).
  • L'absence de flux réels ou une durée incohérente avec l'objectif affiché.

Règle de bon sens : le montage doit tenir sans l'argument fiscal. Si l'économie d'impôt est la seule raison d'être de l'opération, c'est qu'elle ne tiendra pas face à un contrôle : autant y renoncer.

§ 8CAS CHIFFRÉ·3 MIN

Cas chiffré : Sébastien, holding à l'IS, usufruit 10 ans

Cas pratique — trésorerie excédentaire dormante

Sébastien, 52 ans, dirigeant · holding patrimoniale à l'IS · usufruit 10 ans

Sébastien n'a pas besoin de revenus immédiats : sa holding capitalise et il prépare la transmission à ses enfants (nus-propriétaires potentiels). Exemple simplifié, hypothèses explicitement fictives, hors frais de souscription ; distribution et capital non garantis ; aucune SCPI ni société de gestion nommée.

Note de méthode — les hypothèses du cas (fictives et datées)

  • La holding acquiert l'usufruit temporaire 10 ans de parts dont la valeur en pleine propriété serait de 300 000 €.
  • Clé économique fictive de 30 %, purement illustrative, ne correspondant à aucune SCPI réelle ni à aucune norme de marché (la vraie clé se calcule par actualisation, propre à chaque SCPI/durée : voir calculer la décote) → prix de l'usufruit : 90 000 €.
  • Taux de distribution générique fictif ~5 % sur la valeur PP → 15 000 €/an de dividendes perçus (non garanti).
  • Amortissement linéaire de l'usufruit : 90 000 / 10 = 9 000 €/an. Charges de structure : ~1 000 €/an.
  • Par simplification, le cas prend le dividende encaissé comme base imposable ; l'assiette réelle est la quote-part de résultat fiscal de la SCPI (souvent inférieure, nette de l'amortissement des immeubles au niveau de la SCPI : voir la mécanique IS), ce qui rend l'illustration conservatrice.
  • Fiscalité 2026, susceptible d'évoluer à chaque loi de finances. Ordres de grandeur, pas une simulation personnalisée.

Étape A — La détention (par an)

Détention annuelle — hypothèses fictives, fiscalité 2026. Si le taux réduit n'est pas acquis, l'IS serait de 1 250 € (25 %).
PosteMontant
Dividendes SCPI perçus par l'usufruitier (fictif)15 000 €
− Amortissement de l'usufruit (90 000 / 10)− 9 000 €
− Charges (expert-comptable, gestion)− 1 000 €
= Résultat imposable à l'IS5 000 €
IS à 15 % (si conditions du taux réduit remplies)750 €

Enseignement 1 : sur ~15 000 € encaissés, l'IS ne porte que sur ~5 000 € → 750 € (ou 1 250 € à 25 %). L'amortissement neutralise l'essentiel de l'IS pendant la période. Mais ce n'est pas encore de l'argent dans la poche de Sébastien : il est dans la holding.

Étape B — Et si la distribution baisse ?

L'usufruitier parie sur des dividendes futurs. Si le taux de distribution baisse (contexte 2023-2026), il perçoit moins que prévu et peut ne pas rentabiliser sa décote.
Scénario (fictif)Revenu annuelFace à l'amortissement de 9 000 €
Distribution tient (~5 %)15 000 €Levier positif
Distribution tombe (~3 %)9 000 €À peine l'amortissement → décote non rentabilisée

Enseignement 2 : l'usufruitier parie sur des dividendes futurs. Si le rendement baisse, il perçoit moins que prévu et peut ne pas rentabiliser sa décote ; à l'extinction, la mise de 90 000 € est consommée. La carotte fiscale ne rattrape pas un rendement qui décroche.

Étape C — L'extinction et la sortie de l'argent

Au terme des 10 ans, l'usufruit est totalement amorti (VNC nulle) : il disparaît sans plus-value ni produit. Sur la période, la holding aura perçu ~150 000 € bruts (fictif, non garanti) faiblement imposés : l'effet de levier est réel si la distribution a tenu. Les enfants nus-propriétaires récupèrent la pleine propriété sans droit de mutation (art. 1133). Mais pour que Sébastien appréhende personnellement le cash accumulé, la holding devra distribuer un dividende imposé au PFU de 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % PS) en 2026 : l'avantage de l'IS est un report, avec un coût cumulé de l'ordre de 42 à 49 % du gain à la sortie.

§ 9LE VERDICT·2 MIN

Pour qui ce montage a du sens — et quand il n'en a pas

Ce montage peut convenir à certaines situations — après étude

L'usufruit de SCPI en société peut convenir, sous conditions et après étude, à un profil précis : une trésorerie d'entreprise excédentaire dormante à placer, un horizon égal à la durée du démembrement (qui est subi), un projet de transmission (nue-propriété aux enfants), et un volume suffisant pour absorber le coût de structure. On écrira donc « ce montage peut convenir à certaines situations, après étude », jamais « achetez de l'usufruit ».

Et quand il n'est PAS adapté

À l'inverse, le montage est déconseillé pour de petits montants, un horizon court, un besoin de liquidité ou une aversion à la perte en capital. En dessous d'un certain volume, un placement plus simple — SCPI en direct, ou en assurance-vie — est souvent préférable, après calcul du coût réel de la structure. Cette page peut donc parfaitement conclure que le montage n'est pas adapté à votre situation. Pour comparer les cadres, voir l'usufruit de SCPI en holding, en SCI à l'IS, ou la détention en pleine propriété via une SCI à l'IS et une holding patrimoniale. Repartez du guide complet des SCPI si vous en êtes encore à choisir le support avant la structure.

Un montage qui ne se justifie qu'au-delà d'un certain volume

Créer ou animer une société à l'IS a un coût récurrent (comptabilité, liasse fiscale, frais de structure) et un coût de sortie (dividende au PFU de 31,4 % en 2026). En dessous d'un certain montant et d'un certain horizon, ces coûts mangent l'économie d'IS et le gain de la décote : le montage perd son intérêt. La seule façon de trancher est de chiffrer le coût complet de la structure face au gain attendu, hypothèses explicites à l'appui — jamais de raisonner sur le seul argument « pas d'impôt pendant 10 ans ». Rappel déontologique : aucune de ces pages ne constitue une recommandation personnalisée ; celle-ci suppose une étude de votre situation, de vos objectifs et de votre horizon.

Mémo express

À retenir sur la fiscalité de l'usufruit de SCPI en société

  • À l'IS, les revenus ne sont plus fonciers : ils entrent au résultat imposable (art. 238 bis K), sans les 17,2 % de PS du foncier.
  • L'amortissement de l'usufruit neutralise l'IS pendant la période, mais c'est un report [À VÉRIFIER fondement].
  • Revente avant terme = plus-value professionnelle sans abattement + réintégration des amortissements.
  • Extinction = usufruit consommé (VNC nulle) côté société ; reconstitution en franchise (art. 1133) côté nu-propriétaire.
  • Article 13, 5 : vendre l'usufruit à sa propre holding = revenu foncier, pas plus-value.
  • Société hors champ IFI direct ; sortie 2026 = dividende au PFU 31,4 % (18,6 % de PS). Substance économique obligatoire (abus de droit).
Méthode documentée

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Sources et références légales

  • Code général des impôts

    Art. 8 (translucidité des sociétés de personnes). Art. 238 bis K, I (la quote-part de résultat est déterminée selon les règles applicables à l'associé — règles de l'IS pour une société soumise à l'IS). Art. 219 (taux d'IS : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice sous conditions PME, 25 % au-delà). Art. 39 (déductibilité des amortissements). Art. 13, 5 (cession à titre onéreux d'un usufruit temporaire imposée comme un revenu). Art. 669 II (barème d'évaluation de l'usufruit à durée fixe : 23 % de la pleine propriété par période de dix ans). Art. 726 (droits d'enregistrement des cessions de droits sociaux). Art. 1133 (reconstitution de la pleine propriété sans droit de mutation). Art. 968, 964 et 977 (IFI, biens grevés d'usufruit, seuil de 1,3 M€). Art. 150 UB, 200 A et 158-3-2° (plus-values de titres à prépondérance immobilière, flat tax, abattement dividendes).

  • Code civil & droit de la sécurité sociale

    Code civil, art. 619 : l'usufruit constitué au profit d'une personne morale ne peut excéder trente ans, ce qui plafonne la valeur fiscale de l'usufruit à 69 % au barème 669 II. LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30/12/2025) : prélèvements sociaux maintenus à 17,2 % sur les revenus fonciers et les plus-values immobilières des particuliers, mais portés à 18,6 % sur les revenus de capitaux mobiliers (dividendes), soit un PFU de sortie de 31,4 %.

  • Jurisprudence & doctrine

    Conseil d'État, 30 septembre 2019, n° 419855, Luccotel : la valeur d'un usufruit acquis à titre onéreux se détermine par l'actualisation des flux futurs attendus, distincte du barème fiscal de l'article 669. Conseil d'État, 16 février 2000, n° 133296, Quéméner : correction du prix de revient fiscal des parts d'une société translucide. L'amortissement de l'usufruit temporaire relève de la doctrine comptable et du principe général d'amortissement des actifs à durée d'usage limitée (art. 39 CGI) et doit être sécurisé au cas par cas [À VÉRIFIER]. Livre des procédures fiscales, art. L. 64 et L. 64 A (abus de droit et mini-abus de droit).

  • Marché

    ASPIM / IEIF — données agrégées du marché des SCPI grand public 2025 : collecte, capitalisation, indices de prix et taux de distribution communiqués par les organismes professionnels. Les chiffres cités sont des ordres de grandeur agrégés, datés et sourcés ; ils ne sont rattachés à aucune SCPI ni société de gestion nommée. Un avantage fiscal ne transforme pas un placement risqué en placement garanti.

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Cet article a une visée informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier, ni une consultation fiscale. Les chiffres présentés (taux, clés, plus-values) sont des ordres de grandeur ou des hypothèses explicitement fictives destinés à illustrer des mécanismes : l'efficacité réelle d'un usufruit de SCPI logé dans une société dépend de votre situation, de la clé de répartition retenue, de la durée, du rendement effectif de la SCPI et de l'évolution de la fiscalité, matière mouvante révisée à chaque loi de finances. Plusieurs points (taux de l'article 726, fondement de l'amortissement de l'usufruit, portée de l'article 13,5, traitement IFI) sont signalés « [À VÉRIFIER] » et doivent être sécurisés avec votre expert-comptable et votre notaire avant toute opération. Un usufruit temporaire est un montage quasi irréversible dont la mise est consommée au terme. Tout investissement en SCPI comporte un risque de perte en capital, de baisse du prix de la part, de variation du taux de distribution et de liquidité ; le placement s'entend sur le long terme (8 à 10 ans minimum). Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Hagnéré Patrimoine — cabinet immatriculé à l'ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine), cabinet établi à Bassens (73000).

Foire aux questions

Tout sur la fiscalité de l'usufruit de SCPI en société régime par régime, sur tout le cycle de vie.

Revenus et amortissement, droits d'enregistrement à l'entrée, plus-value et extinction, article 13,5, IFI et abus de droit. Les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous, classées par thème.

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Prendre rendez-vous
  • Une SCPI est une société civile translucide (article 8 du CGI). Quand l'usufruit des parts est inscrit à l'actif d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés, l'article 238 bis K, I prévoit que la quote-part de résultat est déterminée selon les règles de l'IS, et non plus selon celles des revenus fonciers. Conséquence : les dividendes ne supportent plus le barème de l'IR ni les 17,2 % de prélèvements sociaux, mais entrent dans le résultat imposable à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice puis 25 %). Ce résultat est ensuite diminué de l'amortissement de l'usufruit et des charges, ce qui neutralise souvent l'impôt pendant la période. Pour la mécanique générale de l'IS, voir notre fiche « SCPI en société : pas d'impôt ? ».