Ce que nous faisons concrètement pour un expatrié en Italie
Ce volet expose le droit applicable. La page que nous consacrons à l’expatriation en Italie expose notre intervention : les profils que nous accompagnons, la façon dont nous coordonnons les conseils locaux, et ce qui relève de leur ressort plutôt que du nôtre.
29. Le quotidien : logement, coût de la vie, mobilité
« On y vit tellement moins cher. » La phrase arrive presque toujours au même moment du premier rendez-vous, et elle arrive presque toujours après une semaine passée quelque part entre Lucques et Ostuni, au mois d’août, sur une terrasse. Elle n’est pas fausse. Elle est beaucoup plus petite que vous ne le croyez, et elle est surtout beaucoup moins uniforme. La mesure existe, elle est publique, elle repose sur une méthodologie documentée : l’écart de niveau de prix entre la France et l’Italie, sur l’ensemble de la consommation des ménages, est de 9,1 %. Neuf pour cent. Sur un budget de foyer de 4 000 € par mois, cela représente 363 €. C’est un gain réel. Ce n’est pas un projet de vie.
L’information utile est ailleurs, et elle est spectaculaire. À l’intérieur de l’Italie, l’écart entre le territoire le plus cher et le territoire le moins cher dépasse de très loin l’écart entre la France et l’Italie. Sur les loyers, le rapport entre Milan et Caltanissetta est de près de cinq. Sur les prix de vente au mètre carré, de près de huit. Sur le plancher de dépense que l’ISTAT calcule pour un couple, il va de 937,77 € par mois en Basilicate à 1 611,71 € au centre de l’aire métropolitaine milanaise, soit 72 %d’écart à l’intérieur du même pays. Autrement dit : la décision qui pèse sur votre budget n’est pas « France ou Italie », c’est « quelle commune ». Un chapitre honnête doit vous donner le second chiffre avant le premier.
Ce chapitre traite ce que vous paierez tous les mois une fois l’installation faite, une fois le régime fiscal arbitré, une fois le compromis signé. Le loyer par ville et par typologie. Les charges qui ne figurent nulle part sur l’annonce. L’électricité, le gaz, les courses, la voiture, l’école, la santé au détail. Et surtout ce dont personne ne parle parce que ce n’est ni fiscal ni immobilier : l’administration, les délais, la banque, et la langue, qui conditionne tous les autres postes sans figurer sur aucun budget.
Une précision de méthode, parce qu’elle commande la moitié de ce qui suit. Le coût de la vie est le domaine où circulent le plus de chiffres invérifiables, et nous en avons éliminé plusieurs de notre propre documentation avant d’écrire cette page : une ligne entière de loyers provinciaux qui mélangeait des pourcentages de variation lus comme des euros au mètre carré, et quatre variations régionales qui ne figuraient dans aucune des sources citées. Nous ne publions ici que ce que nous avons pu rattacher à une source ouverte le 30 juillet 2026 : l’API Eurostat, l’API SDMX de l’ISTAT, le tableur ARERA, le texte consolidé des lois italiennes sur Normattiva, les pages de quatre aziende sanitarie locali. Ce que nous n’avons pas pu établir, nous le disons, nous disons pourquoi, et nous disons à qui poser la question. Vous trouverez dans ce chapitre au moins six postes de dépense pour lesquels nous refusons de publier un montant. C’est délibéré, et c’est la partie la plus utile.
Ce que ce chapitre doit à la bascule du 1er janvier 2027, et ce qu'il ne lui doit pas
Le reste du guide est traversé par une échéance : le D.Lgs. 19 giugno 2026, n. 117 approuve un nouveau testo unico delle imposte sui redditidont l’article 376 abroge les articles 1 à 191 du TUIR, avec application au 1er janvier 2027. Ce chapitre est l’un des rares que cette bascule ne déplace presque pas, et il faut le dire pour éviter une inquiétude inutile.
L’IMUn’est pas dans le TUIR : elle est à l’article 1 de la loi n. 160 du 27 décembre 2019. La contribution d’inscription volontaire au service sanitaire est à l’article 34 du D.Lgs. 286/1998. Le droit de séjour et l’inscription à l’anagrafe sont au D.Lgs. 30/2007. Le plafond de circulation des espèces est au D.Lgs. 231/2007. L’enregistrement des baux est au DPR 131/1986. Aucun de ces textes n’est touché par la recodification. Les prix Eurostat, les seuils ISTAT et les tarifs ARERA ne le sont évidemment pas davantage.
Deux exceptions, traitées ailleurs, et pour lesquelles nous donnons les deux numérotations parce que vous en aurez besoin des deux côtés du 1er janvier 2027. Les detrazioni familiales sont à l’article 12 du TUIR, qui devient l’article 12 du D.Lgs. 117/2026— le numéro ne change pas, le fond non plus. Le régime des retraités du Mezzogiorno est à l’article 24-ter du TUIR, qui devient l’article 247 du D.Lgs. 117/2026 : là, le numéro change du tout au tout. Le premier point relève du chapitre 07, le second des chapitres 09 et 21.
Une règle de lecture, pour les mois qui viennent. L’article 376, comma 2, du nouveau texte pose une clause de renvoi automatique : lorsqu’un texte quelconque vise une disposition abrogée, « il riferimento si intende alle corrispondenti disposizioni del presente testo unico ». Vos anciens documents ne deviennent donc pas caducs du jour au lendemain. Mais un courrier que vousadresserez à une administration italienne en 2027 en visant « l’article 24-bis du TUIR » désignera un article qui n’existe plus — le forfait des neo residenti y devient l’article 246 du D.Lgs. 117/2026 : prenez l’habitude, dès maintenant, de citer les deux.
Neuf pour cent : la seule mesure comparable, et sa ventilation
La seule comparaison France / Italie qui repose sur une méthodologie publique est celle des price level indicesd’Eurostat — des indices de niveau de prix, calculés à partir des parités de pouvoir d’achat, base UE27 = 100. Nous avons extrait le jeu de données prc_ppp_ind, indicateur PLI_EU27_2020, millésime 2024, par appel d’API le 30 juillet 2026. Voici ce qu’il donne, poste par poste. C’est le tableau le plus important du chapitre, et c’est aussi celui qui contredit le plus d’idées reçues.
| Poste de consommation | France | Italie | Écart Italie / France |
|---|---|---|---|
| Consommation individuelle effective (ensemble) | 107,9 | 98,1 | − 9,1 % |
| Produits alimentaires et boissons non alcoolisées | 110,1 | 101,7 | − 7,6 % |
| dont viande | 131,7 | 105,2 | − 20,1 % |
| dont fruits, légumes, pommes de terre | 119,2 | 103,3 | − 13,3 % |
| dont lait, fromages et œufs | 96,0 | 105,0 | + 9,4 % |
| Boissons alcoolisées et tabac | 137,1 | 87,7 | − 36,0 % |
| dont tabac | 194,8 | 84,4 | − 56,7 % |
| Habillement et chaussures | 97,8 | 106,9 | + 9,3 % |
| Logement, eau, électricité, gaz et autres combustibles | 122,5 | 93,4 | − 23,8 % |
| dont électricité, gaz et autres combustibles | 101,6 | 117,9 | + 16,0 % |
| Ameublement, équipement ménager, entretien courant | 107,7 | 96,6 | − 10,3 % |
| Santé | 98,9 | 116,6 | + 17,9 % |
| dont services hospitaliers | 117,6 | 118,8 | + 1,0 % |
| Transports | 108,9 | 95,7 | − 12,1 % |
| dont services de transport | 116,3 | 84,8 | − 27,1 % |
| Communications | 82,2 | 85,7 | + 4,3 % |
| Loisirs et culture | 105,7 | 93,9 | − 11,2 % |
| Éducation | 97,3 | 90,3 | − 7,2 % |
| Restaurants et hôtels | 110,0 | 106,9 | − 2,8 % |
| Biens et services divers | 102,1 | 96,6 | − 5,4 % |
| Pour mémoire : construction de logements résidentiels | 105,3 | 76,8 | − 27,1 % |
Trois lectures s’imposent, et aucune des trois n’est celle qu’on entend d’habitude.
L’écart global est modeste et il vient presque entièrement du logement. Le poste « logement, eau, électricité, gaz » est 23,8 %moins cher en Italie ; il pèse à lui seul l’essentiel du différentiel. Retirez-le, et l’Italie n’est plus qu’à quelques points de la France sur presque tout le reste. Ce n’est pas une nuance de statisticien : cela veut dire qu’un ménage qui loue à Milan, où le loyer est au niveau des grandes villes françaises, ne capte à peu près rien de l’écart national.
À l’intérieur même du poste logement, l’énergie va dans l’autre sens. Électricité, gaz et combustibles sont 16 %plus chers en Italie qu’en France. Un couple qui économise 400 € de loyer dans les Pouilles peut en reperdre une partie sur les factures d’une maison en pierre mal isolée. Nous y revenons en détail plus bas, tableau ARERA à l’appui.
La santé est 17,9 % plus chère.Et le sous-poste éclaire tout : les services hospitaliers ne sont plus chers que de 1,0 %. L’écart ne vient donc pas de l’hôpital — le Servizio Sanitario Nazionaleest un service public généraliste comparable au nôtre — mais de tout ce qui se paie au détail : dentaire, optique, consultations spécialisées en libéral, et ce que le système public ne délivre pas dans un délai acceptable. C’est le seul grand poste où l’Italie est nettement plus chère que la France, et il concerne au premier chef un lecteur de plus de soixante ans.
Deux surprises complètent le tableau, l’une agréable, l’autre non. Le tabac est 56,7 % moins cherqu’en France — l’écart le plus violent de toute la série, produit d’une politique fiscale française et non d’un différentiel de coût de production. Et l’habillement est 9,3 % plus cher, comme le sont le lait, les fromages et les œufs, à +9,4 %. Un lecteur qui imagine le fromage italien bon marché parce que le pecorino est italien confond le prix d’une spécialité et le niveau de prix d’une catégorie entière.
Ce que ces indices sont, et les trois choses qu'ils ne disent pas
Un price level indexcompare le coût d’un même panier de biens et de services entre pays, exprimé dans une monnaie commune. Ce n’est ni une inflation, ni un budget, ni un pouvoir d’achat. Trois limites, à garder en tête chaque fois que vous verrez le chiffre de 9 % réutilisé.
- Ce sont des moyennes nationales.Elles ne disent rien des écarts internes, qui sont en Italie d’une amplitude supérieure à l’écart entre les deux pays. C’est l’objet de la section suivante, et c’est l’information la plus utile de tout le chapitre.
- Le panier est européen, pas le vôtre.Le poids de chaque poste est celui de la structure de consommation retenue par la méthode, pas celui de votre budget. Un foyer qui consacre 40 % de ses dépenses au logement gagne davantage que 9 % ; un foyer propriétaire sans loyer, qui dépense surtout en santé et en déplacements, peut ne rien gagner du tout.
- Le millésime est 2024.C’est la dernière année disponible dans le jeu de données au 30 juillet 2026. Or les loyers italiens ont augmenté de 5,5 %sur les douze mois arrêtés en juin 2026 selon la source que nous exploitons plus bas : l’écart de 23,8 % sur le logement s’est probablement resserré depuis. Nous ne le rechiffrons pas, faute d’une série française comparable sur la même période ; mais vous devez savoir que le chiffre le plus favorable du tableau est aussi le plus périssable.
Ce que devient le chiffre de 9 % quand on le passe sur un budget réel
Un indice ne se dépense pas. Pour savoir ce que l’installation change réellement, il faut prendre un budget, le décomposer et appliquer à chaque ligne le rapport de niveau de prix qui la concerne. L’exercice ci-dessous est une reconstruction du cabinet : la ventilation du budget de départ est une hypothèse de travail, les coefficients sont ceux d’Eurostat. Ce n’est pas une prévision, c’est une démonstration d’arithmétique — et sa conclusion est plus intéressante que son résultat.
Un budget français de 4 000 € par mois, poste par poste, aux niveaux de prix italiens
HYPOTHÈSE DE DÉPART — ventilation d'un budget de ménage de 4 000 €/mois
(reconstruction du cabinet, non issue d'une enquête)
Logement, eau, énergie ................................ 1 200 €
Alimentation ............................................. 700 €
Transports ............................................... 450 €
Restaurants et hôtels .................................... 300 €
Loisirs et culture ....................................... 250 €
Santé (reste à charge) ................................... 150 €
Habillement .............................................. 150 €
Ameublement et entretien ................................. 150 €
Communications ............................................ 80 €
Éducation ................................................. 70 €
Biens et services divers ................................. 500 €
TOTAL .................................................. 4 000 €
APPLICATION DES INDICES EUROSTAT 2024 (Italie / France)
Logement 1 200 × 93,4 / 122,5 ...................... 914,9 € − 285,1 €
Alimentation 700 × 101,7 / 110,1 ..................... 646,6 € − 53,4 €
Transports 450 × 95,7 / 108,9 ...................... 395,5 € − 54,5 €
Restaurants 300 × 106,9 / 110,0 ..................... 291,5 € − 8,5 €
Loisirs 250 × 93,9 / 105,7 ...................... 222,1 € − 27,9 €
Santé 150 × 116,6 / 98,9 ...................... 176,8 € + 26,8 €
Habillement 150 × 106,9 / 97,8 ...................... 163,9 € + 13,9 €
Ameublement 150 × 96,6 / 107,7 ...................... 134,5 € − 15,5 €
Communications 80 × 85,7 / 82,2 ........................ 83,4 € + 3,4 €
Éducation 70 × 90,3 / 97,3 ........................ 65,0 € − 5,0 €
Divers 500 × 96,6 / 102,1 ...................... 473,1 € − 26,9 €
RÉSULTAT
Budget recomposé aux niveaux de prix italiens .......... 3 567,3 €
Économie mensuelle ....................................... 432,7 €
Économie annuelle ...................................... 5 192,4 €
Écart en pourcentage ....................................... 10,8 %
Dont la seule ligne logement ............................. 285,1 €
Part du logement dans l'économie totale ...................... 66 %
Total des trois lignes qui AUGMENTENT ..................... 44,1 €Le résultat n'est pas 9,1 % mais 10,8 %, parce que la ventilation retenue accorde au logement un poids supérieur à celui du panier européen. C'est exactement le point : le gain dépend de la structure de VOTRE budget, et il tient aux deux tiers à une seule ligne. Trois postes augmentent — santé, habillement, communications — pour 44,1 € par mois qui viennent en déduction. Et si vous êtes propriétaire sans loyer en France et propriétaire sans loyer en Italie, la ligne logement se réduit aux charges et à l'énergie : le gain s'effondre, et il peut devenir négatif.
Retenez la dernière phrase de l’encadré, parce qu’elle vise une grande partie de notre clientèle. Un couple de retraités propriétaires de leur maison en France, sans emprunt, qui vend pour racheter en Italie, ne déplace pas une dépense de logement : il déplace un capital. Son budget courant, lui, ne bénéficie plus que des écarts sur l’alimentation, les transports et les loisirs, et il subit ceux de l’énergie et de la santé. Sur un budget de 2 500 € par mois structuré ainsi, le gain se compte en dizaines d’euros par mois. Ce n’est pas une raison de ne pas partir. C’est une raison de ne pas partir pour cela.
Où se trouve réellement l'argent, si ce n'est dans le coût de la vie
Un lecteur qui compare 363 € par mois d’économie de train de vie avec les ordres de grandeur des chapitres 02, 03 et 24 comprend immédiatement où se joue la partie. Les droits de succession italiens en ligne directe, avec leur abattement élevé et leur taux bas, pèsent une fraction de leur équivalent français sur un patrimoine important : le chapitre 24 le chiffre, et c’est souvent l’argument dominant du dossier. Le forfait des neo residenti et le régime des impatriatise comptent, eux, en dizaines de milliers d’euros par an. Le coût de la vie est un argument de confort ; il n’est jamais l’argument déterminant d’une expatriation patrimoniale, et un conseil qui vous le présente comme tel n’a pas fait le calcul.
Une réserve doit accompagner toute projection pluriannuelle construite sur le montant du forfait, et nous la publions telle qu’elle figure dans notre registre : le maintien du montant d’entrée au-delà du 1erjanvier 2027 est la lecture attendue, mais aucun texte ne l’écrit. Les deux clauses transitoires qui figent ce montant ne sont pas abrogées, mais elles sont adossées à un article du TUIR abrogé à cette date, tandis que le nouveau texte unique ne reprend aucune clause de sauvegarde. Le chapitre 02 développe l’enjeu, qui peut atteindre 200 000 € par an sur les années restantes d’une option de quinze ans. Il n’a en revanche aucune incidence sur les postes du présent chapitre.
Le vrai écart n’est pas entre la France et l’Italie : il est entre Milan et la Basilicate
Nous n’avons pas pu accéder à l’enquête de l’ISTAT sur les dépenses des ménages. Nous avons utilisé un substitut de meilleure qualité, et il est primaire : le soglia di povertà assoluta, le seuil de pauvreté absolue, que l’ISTAT calcule par région, par taille de commune et par composition de ménage. Il représente la dépense mensuelle minimale permettant d’acquérir le panier de biens jugé essentiel dans ce contexte local. C’est donc, par construction, le meilleur indicateur public du différentiel de coût de la vie à l’intérieur de l’Italie. Extraction par API SDMX le 30 juillet 2026, dataflow IT1,34_211_DF_DCCV_SOGLIAPOVA_2,1.0, millésime 2024.
Deux colonnes sont publiées pour chaque configuration : PC, les communes de moins de 50 000 habitants, et MET, le centre de l’aire métropolitaine — à défaut, la périphérie métropolitaine et les communes de plus de 50 000 habitants. Le tableau ci-dessous en donne trois configurations, en euros par mois.
| Région | 1 pers. 60-74 (PC) | 1 pers. 60-74 (MET) | Couple 30-59 (PC) | Couple 30-59 (MET) | Couple 30-59 + 1 ado (PC) | Couple 30-59 + 1 ado (MET) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Piémont | 821,58 | 875,01 | 1 171,76 | 1 226,20 | 1 433,21 | 1 488,54 |
| Val d'Aoste | 901,20 | — | 1 314,87 | — | 1 646,21 | — |
| Ligurie | 947,29 | 925,02 | 1 318,93 | 1 265,21 | 1 584,93 | 1 520,25 |
| Lombardie | 880,29 | 1 121,52 | 1 336,70 | 1 611,71 | 1 626,51 | 1 919,66 |
| Trentin-Haut-Adige | 856,19 | 887,46 | 1 332,57 | 1 359,39 | 1 668,21 | 1 695,28 |
| Vénétie | 871,70 | 1 000,48 | 1 303,04 | 1 442,15 | 1 590,65 | 1 738,89 |
| Frioul-Vénétie Julienne | 902,91 | 893,23 | 1 325,62 | 1 292,70 | 1 581,19 | 1 577,40 |
| Émilie-Romagne | 909,40 | 1 090,49 | 1 360,33 | 1 546,62 | 1 657,74 | 1 835,71 |
| Toscane | 863,20 | 1 055,53 | 1 240,38 | 1 462,41 | 1 508,23 | 1 742,38 |
| Ombrie | 788,01 | 771,11 | 1 175,51 | 1 138,63 | 1 430,25 | 1 418,84 |
| Marches | 827,89 | 853,64 | 1 224,52 | 1 257,64 | 1 495,24 | 1 537,38 |
| Latium | 776,17 | 1 005,85 | 1 201,48 | 1 450,53 | 1 474,41 | 1 732,27 |
| Abruzzes | 733,73 | 760,08 | 1 142,54 | 1 132,87 | 1 377,01 | 1 403,00 |
| Molise | 691,17 | — | 1 034,04 | — | 1 221,31 | — |
| Campanie | 641,78 | 675,17 | 1 012,71 | 1 037,38 | 1 314,71 | 1 378,81 |
| Pouilles | 666,97 | 726,38 | 990,32 | 1 097,38 | 1 267,00 | 1 345,76 |
| Basilicate | 626,85 | 706,58 | 937,77 | 1 091,59 | 1 198,88 | 1 331,13 |
| Calabre | 653,15 | 711,25 | 1 032,86 | 1 061,31 | 1 295,42 | 1 337,95 |
| Sicile | 670,47 | 705,48 | 1 013,98 | 1 058,92 | 1 295,80 | 1 348,94 |
| Sardaigne | 835,62 | 926,41 | 1 239,96 | 1 329,08 | 1 472,00 | 1 591,41 |
Prenez la colonne « couple 30-59 (PC) » et lisez ses deux extrémités : 937,77 € en Basilicate, 1 360,33 €en Émilie-Romagne. Puis comparez la Basilicate en petite commune au centre métropolitain lombard : 937,77 € contre 1 611,71 €, soit 71,9 % d’écart. Aucun chiffre de ce chapitre n’est plus important que celui-là. Le pays où vous envisagez de vous installer contient, en son sein, un écart de coût du minimum vital près de huit fois supérieur à l’écart qui le sépare de la France.
Deux autres lectures méritent qu’on s’y arrête, parce qu’elles cassent la caricature Nord riche / Sud pauvre. D’abord, le Nord n’est pas cher partout : le Piémont en petite commune est à 1 171,76 €pour un couple, moins cher que la Sardaigne et que les Marches, et à peine moins que l’Ombrie. Ensuite, la métropole n’est pas toujours plus chère que la province : en Ombrie, en Ligurie et dans le Frioul-Vénétie Julienne, la colonne MET est inférieureà la colonne PC dans les trois configurations ; dans les Abruzzes, elle ne l’est que pour le couple de 30 à 59 ans. Le seuil ne mesure pas le prestige d’une ville, il mesure ce que coûte le panier essentiel : dans une région où les petites communes sont montagneuses et mal desservies, vivre au chef-lieu peut coûter moins cher que vivre au village.
Une dernière lecture, et c’est celle qui intéresse un lecteur qui hésite entre deux régions du Sud : le Mezzogiorno lui-même n’est pas homogène. Pour une personne seule de 60 à 74 ans en petite commune, la Basilicate est à 626,85 € et la Sardaigne à 835,62 €, soit 33 %de plus. Ce sont deux régions que le corpus francophone range dans la même case « Sud pas cher ». L’insularité coûte, et elle coûte davantage que la latitude.
Ce que ce seuil est, et ce qu'il n'est surtout pas
Il s’agit d’un seuil de pauvreté absolue, c’est-à-dire d’un plancher de subsistance. Ce n’est pas un budget de vie confortable, ce n’est pas une dépense moyenne, et il ne doit jamais être présenté comme « le coût de la vie en Ombrie ». Il sert à deux choses, et à deux choses seulement : mesurer les écarts relatifs entre territoires, et donner un plancher absolu en dessous duquel un budget annoncé est faux.
Une seconde réserve, plus technique, commande la lecture des budgets de foyer que nous donnerons en fin de chapitre. Les données que nous avons extraites ne détaillent pas la composition interne du panier : nous ne savons pas, sur ce que nous avons sous les yeux, si une composante de logement y est incorporée ni sous quelle forme. Si elle l’est, additionner un loyer de marché au seuil ISTAT double compte une partie de la dépense, et le total obtenu est un majorant. Nous préférons majorer que minorer, mais vous devez savoir dans quel sens l’approximation penche.
Le loyer, ville par ville : la seule ligne qui décide vraiment
Le marché locatif italien a atteint en juin 2026 son plus haut niveau depuis le début de la série du portail que nous exploitons, en 2012 : 15,4 € par mètre carré et par mois en moyenne nationale, en hausse de 4,2 % sur le trimestre, de 5,5 % sur un an et de 2,4 % sur le seul mois de juin. Ce sont des prix demandés sur un panel d’annonces, publiés par idealista le 1erjuillet 2026, et non une statistique publique de loyers constatés. La différence n’est pas cosmétique : dans un marché tendu, le prix demandé est proche du prix payé ; dans un marché atone, il lui est supérieur, parfois de beaucoup.
| Région | €/m²/mois — juin 2026 | Variation trimestrielle publiée |
|---|---|---|
| Val d'Aoste | 26,6 | + 10,5 % |
| Lombardie | 19,7 | — |
| Toscane | 19,3 | + 3,5 % |
| Latium | 17,2 | — |
| Trentin-Haut-Adige | 16,0 | − 1,2 % |
| Moyenne nationale | 15,4 | + 4,2 % |
| Ombrie | 8,6 | — |
| Basilicate | 7,8 | + 4,8 % |
| Molise | 7,5 | + 0,5 % |
| Calabre | — | + 8,4 % |
| Abruzzes | — | + 8,3 % |
| Frioul-Vénétie Julienne | — | + 6,7 % |
| Ligurie | — | + 6,7 % |
| Sardaigne | — | + 5,7 % |
| Émilie-Romagne | — | + 4,9 % |
| Marches | — | + 4,2 % |
Le tableau régional lisse tout ce qui compte. Un lecteur qui s’installe ne s’installe pas « en Toscane » : il s’installe à Florence, ou à quarante kilomètres de Florence, et l’écart entre les deux est plus grand que l’écart entre la Toscane et la Lombardie. Voici donc le niveau des chefs-lieux, tel que la source le publie.
| Chefs-lieux les plus chers | €/m²/mois | Chefs-lieux les moins chers | €/m²/mois |
|---|---|---|---|
| Milan | 23,3 | Caltanissetta | 4,7 |
| Florence | 22,3 | Vibo Valentia | 5,9 |
| Venise | 21,7 | Raguse | 6,2 |
| Rome | 19,8 | — | — |
| Bologne | 17,5 | — | — |
Reste à traduire ces euros par mètre carré en loyers de logements réels. L’opération est une multiplication, et il faut la présenter pour ce qu’elle est : un ordre de grandeur reconstruit, obtenu en appliquant un prix demandé moyen à une surface type. Aucune de ces cellules n’est un loyer constaté. Elles servent à comparer des villes entre elles, pas à préparer une négociation.
| Ville | €/m²/mois | Studio ou T2, 45 m² | T3, 80 m² | T4, 110 m² |
|---|---|---|---|---|
| Milan | 23,3 | 1 049 € | 1 864 € | 2 563 € |
| Florence | 22,3 | 1 004 € | 1 784 € | 2 453 € |
| Venise | 21,7 | 977 € | 1 736 € | 2 387 € |
| Rome | 19,8 | 891 € | 1 584 € | 2 178 € |
| Bologne | 17,5 | 788 € | 1 400 € | 1 925 € |
| Moyenne nationale | 15,4 | 693 € | 1 232 € | 1 694 € |
| Raguse | 6,2 | 279 € | 496 € | 682 € |
| Vibo Valentia | 5,9 | 266 € | 472 € | 649 € |
| Caltanissetta | 4,7 | 212 € | 376 € | 517 € |
Un T3 de 80 m² coûte 1 864 € à Milan et 376 €à Caltanissetta. C’est un rapport de près de cinq sur la ligne la plus lourde du budget d’un locataire. Un couple qui hésite entre Milan et Bologne arbitre 464 € par mois, soit 5 568 € par an. Un couple qui hésite entre Milan et une petite ville de Sicile arbitre près de 18 000 € par an — c’est-à-dire, à lui seul, davantage que tout ce que l’écart de niveau de prix France-Italie apporterait sur trois ans à un ménage de 4 000 € par mois. C’est la démonstration la plus courte de la thèse de ce chapitre : ce n’est pas le pays qui décide de votre budget, c’est la commune.
Ce que nous ne publions pas, et pourquoi vous devez vous en méfier ailleurs
Une version antérieure de notre documentation portait une ligne « provinces les plus chères » donnant Lucques à 29,3 €/m², Grosseto à 23,9 et Milan à 22,2. Le contrôle a montré que cette ligne combinait trois erreurs : des pourcentages de variationlus comme des euros au mètre carré (Nuoro « +22,2 % » devenu « 22,2 €/m² »), un niveau régional lu comme un niveau provincial (le Val d’Aoste à 26,6 €/m² transformé en province d’Aoste), et une province importée d’un article portant sur les prix de vente(Lucques à 3 302 €/m², qui est un prix d’achat). Nous l’avons supprimée. La page de la source, rechargée et lue caractère par caractère le 30 juillet 2026, ne publie aucun niveau de loyer en euros par mètre carré à l’échelon provincial : à cet échelon, elle ne donne que des variations trimestrielles. La recherche littérale des valeurs incriminées dans le code de la page en donne la démonstration : « 29,3 » et « 23,9 » y figurent zéro fois, « 22,2 » une seule fois et dans la phrase « province de Nuoro +22,2 % », « 26,6 » une seule fois et sur la ligne régionale du Val d’Aoste.
Nous le racontons parce que la même erreur circule ailleurs, et parce qu’elle est indétectable pour un lecteur. Quand vous croiserez un tableau de loyers province par province dans un article francophone, demandez-vous d’où viennent les chiffres. Le rapport complet existe : la source en donne le lien en clair vers sa salle de presse. Les articles qui le résument, eux, publient surtout des pourcentages — et un pourcentage recopié dans une colonne d’euros devient un chiffre faux que plus personne ne peut retracer.
Ce que le loyer n’inclut pas, et que l’annonce ne dit pas
Le montant affiché sur une annonce italienne est un canone, et il ne recouvre pas la même chose qu’un loyer charges comprises français. Quatre postes s’y ajoutent : deux que nous refusons de chiffrer, un que nous chiffrons deux sections plus bas, et un que la loi encadre au centime près.
Les spese condominialid’abord — les charges de copropriété. Elles couvrent selon les immeubles l’ascenseur, le nettoyage, le gardiennage, l’éclairage des parties communes, et surtout, dans une grande partie du parc urbain du Nord, le chauffage centralisé. Un immeuble milanais des années soixante avec chauffage collectif et gardien n’a rien à voir, sur cette ligne, avec un immeuble de quatre lots sans ascenseur dans un centre historique du Sud. Nous n’avons pas d’observatoire des charges de copropriété italiennes et nous ne publierons donc pas de montant. La question à poser au bailleur, par écrit et avant de signer, est double : quel a été le montant réel appelé sur les trois derniers exercices, et le chauffage est-il centralisé ou individuel ? Un immeuble à chauffage centralisé déplace une part du budget énergie vers les charges, ce qui rend toute comparaison de loyers nus trompeuse.
La TARI ensuite, la taxe sur les déchets. Elle est fixée par chaque commune, sur la base de la surface du logement et du nombre d’occupants, dans le cadre de l’article 1 de la loi n. 147 de 2013. Nous n’avons ni relu ces commi ni obtenu d’observatoire de niveaux, et nous ne publions donc aucun montant. Ce que nous pouvons dire, et qui est opérationnel : la TARI est due par l’occupant, donc par le locataire, et non par le propriétaire — à une exception près, posée par le comma 643 du même article : en cas de détention temporaire d’une durée n’excédant pas six mois dans la même année civile, elle reste due par le seul propriétaire, ce qui vise les contratti transitoriles plus courts. Elle se demande à la commune, avant l’installation, en donnant la surface et la composition du foyer. Une commune répond à cette question ; un agent immobilier vous dira « c’est très peu ».
Les fournituresensuite — électricité, gaz, eau, internet — qui se souscrivent au nom de l’occupant et supposent un codice fiscale. Nous les traitons dans les deux sections suivantes.
L’enregistrement du bailenfin, qui est une obligation légale assortie d’un droit d’enregistrement. Le taux est de 2 %du loyer pour un bail d’habitation, avec un minimum de perception de 67 €, et le paiement doit intervenir dans les trente jours. L’impôt peut être acquitté annuellement ou pour toute la durée du contrat, avec dans ce dernier cas une remise. Un point de vigilance, et il joue en votre faveur : la répartition par moitié entre bailleur et preneur n’est pas un usage, c’est une règle écrite. L’article 8 de la loi n. 392 du 27 juillet 1978 dispose que « le spese di registrazione del contratto di locazione sono a carico del conduttore e del locatore in parti uguali », et l’Agenzia delle Entrate précise de son côté que « il locatore e il conduttore rispondono in solido del pagamento dell’intera somma dovuta per la registrazione del contratto » — la solidarité vaut envers le Trésor, le partage par moitié vaut entre les parties. Relisez donc la clause de votre contrat, et faites-la corriger si elle met la totalité du droit à votre charge. Le chapitre 18 traite le reste du régime, du côté du bailleur.
Un mot, enfin, sur la durée, parce qu’elle décide de votre liberté de mouvement pendant les premières années. Le droit italien connaît principalement le canone libero dit « 4+4 » — quatre ans renouvelables quatre ans, loyer libre —, le canone concordato dit « 3+2 », dont le loyer est plafonné par un accord territorial et qui ouvre au bailleur un taux réduit d’imposition, et des formules plus courtes : le contratto transitorioet le contrat étudiant. Nous n’avons pas relu article par article la typologie de la loi n. 431 de 1998 et nous la donnons donc comme une orientation, pas comme un exposé exhaustif. Retenez surtout ceci : un bail italien standard vous engage sur une durée longue, et un lecteur qui n’est pas certain de rester doit poser la question de la faculté de résiliation avant de signer, pas au moment où il voudra partir.
Acheter pour ne plus payer de loyer : le point mort, et ce qu’il oublie
La question revient à chaque rendez-vous et elle est légitime : si le loyer est la ligne lourde, faut-il acheter ? Voici d’abord les prix de vente, publiés par la même source le 2 juillet 2026. Moyenne nationale 1 903 €/m², en hausse de 0,6 % sur le trimestre et de 4,1 % sur un an, quatorze régions sur vingt en hausse trimestrielle.
| Région | €/m² — juin 2026 | Variation trimestrielle publiée |
|---|---|---|
| Trentin-Haut-Adige | 3 281 | — |
| Ligurie | 2 549 | + 0,8 % |
| Toscane | 2 464 | stable |
| Val d'Aoste | 2 420 | − 4,3 % |
| Lombardie | 2 414 | + 1,5 % |
| Latium | 2 224 | + 1,0 % |
| Émilie-Romagne | 1 957 | + 1,2 % |
| Vénétie | 1 918 | + 1,6 % |
| Moyenne nationale | 1 903 | + 0,6 % |
| Calabre | 922 | — |
| Molise | 900 | − 1,2 % |
Aux extrémités : la province de Bolzano à 4 610 €/m² et celle de Biella à 614 €/m² ; parmi les chefs-lieux, Milanà 5 165 €/m² et Caltanissetta à 655 €/m². Rapport de 7,9 entre les deux chefs-lieux. Ce qui donne, en croisant avec les loyers, un rendement locatif brut de 5,4 % à Milan et de 8,6 % à Caltanissetta.
Le piège arithmétique du rendement brut, et la façon de ne pas y tomber
Ces deux pourcentages sont exacts et ils ne veulent presque rien dire. Le rendement brut est un quotient entre deux prix demandés : il ne connaît ni la vacance, ni l’impayé, ni la rotation des locataires, ni les travaux, ni l’IMU, ni les charges non récupérables, ni l’impôt. Il est mécaniquement inversement corrélé au prix : un marché où l’on n’achète pas est un marché où le rendement affiché est élevé, et c’est précisément parce que le risque y est plus grand.
Il y a une contre-mesure simple à toute donnée de portail : en prendre deux. Pour la Toscane, idealista donne 2 464 €/m² en juin 2026 et immobiliare.it2 652 €/m² en mars 2026. Pour le Trentin-Haut-Adige, 3 281 €/m² contre 3 718 €/m². Les deux panels ne mesurent pas la même chose — composition du stock d’annonces, mois de référence, méthode d’agrégation. Un guide qui cite un seul portail comme « le prix en Toscane » fabrique une fausse précision de 8 %. À l’échelon provincial, le second portail donne pour juin 2026 : province de Bari 1 808 €/m², province de Tarente 1 037 €/m², province de Palerme 1 321 €/m², province de Caltanissetta 629 €/m². La référence à opposer à l’un et à l’autre reste la quotation de l’OMI, l’observatoire du marché immobilier de l’Agenzia delle Entrate, traitée au chapitre 16.
Louer ou acheter un T3 de 80 m² à Bologne : où se situe le point mort
DONNÉES DE MARCHÉ (juin 2026)
Loyer demandé à Bologne ......................... 17,5 €/m²/mois
Prix de vente demandé en Émilie-Romagne ............ 1 957 €/m²
Surface retenue ......................................... 80 m²
BRANCHE « LOCATAIRE »
Loyer mensuel .......................................... 1 400 €
Loyer annuel .......................................... 16 800 €
IMU due ...................................................... 0 €
(le locataire n'est pas redevable de l'IMU)
BRANCHE « PROPRIÉTAIRE OCCUPANT »
Prix d'acquisition (80 × 1 957) ...................... 156 560 €
Frais d'acquisition ....................... voir chapitre 16 (*)
Loyer économisé par an ................................ 16 800 €
IMU sur l'abitazione principale non A/1, A/8, A/9 ............ 0 €
(sous condition de demeure habituelle ET de résidence anagraphique)
POINT MORT BRUT
156 560 / 16 800 ................................. 9 ans et 4 mois
POINT MORT APRÈS COÛT D'OPPORTUNITÉ DU CAPITAL
Convention de calcul retenue : 3 % par an (**)
Coût d'opportunité annuel (156 560 × 3 %) .............. 4 697 €
Économie annuelle nette (16 800 − 4 697) .............. 12 103 €
156 560 / 12 103 ................................ 12 ans et 11 mois
(*) Droits de mutation, honoraires notariaux, imposte ipotecaria et
catastale : le chapitre 16 les chiffre. Ils allongent le point
mort de plusieurs mois à plus d'un an selon le régime applicable.
(**) Ce taux est une pure convention de calcul destinée à matérialiser
le fait qu'un capital immobilisé cesse d'être disponible. Ce n'est
ni une prévision, ni un rendement attendu, ni une promesse.Le point mort n'est pas la bonne question à lui seul, et voici les quatre éléments qu'il ignore. Il ignore les frais d'acquisition, qui sont réels et immédiats. Il ignore l'entretien d'un bien ancien, poste que ce chapitre refuse de chiffrer mais qui n'est jamais nul dans le parc italien. Il ignore le risque de revente : le chapitre 16 rappelle que la plus-value immobilière italienne est imposée si la cession intervient dans les cinq ans, et dans les dix ans en présence de travaux relevant du Superbonus. Il ignore surtout la question qui commande tout : au bout de treize ans, serez-vous encore là ? Un couple qui n'est pas certain de rester plus de cinq ans a une réponse, et elle est de louer.
L’électricité : 65 € par mois pour un ménage que vous n’êtes probablement pas
L’autorité de régulation italienne, l’ARERA, publie un tableur trimestriel donnant le prix complet de l’électricité pour un consommateur domestique type. Nous l’avons retéléchargé et reparsé le 30 juillet 2026. La définition du consommateur type figure en tête du fichier : « Condizioni economiche di fornitura per una famiglia con 3 kW di potenza impegnata e 2.700 kWh di consumo annuo ». Retenez ces deux nombres : trois kilowatts de puissance souscrite, deux mille sept cents kilowattheures par an.
| Trimestre | Énergie | Transport et compteur | Charges de système | Impôts | Total |
|---|---|---|---|---|---|
| I 2025 | 18,17 | 5,01 | 3,22 | 3,52 | 29,92 |
| II 2025 | 17,58 | 5,01 | 3,13 | 3,46 | 29,18 |
| III 2025 | 18,07 | 5,01 | 3,13 | 3,50 | 29,71 |
| IV 2025 | 15,91 | 5,01 | 3,13 | 3,29 | 27,34 |
| I 2026 | 15,41 | 4,96 | 3,03 | 3,23 | 26,63 |
| II 2026 | 17,47 | 4,96 | 3,03 | 3,43 | 28,89 |
Ce que consomme le ménage type de l'ARERA, et ce que consomme le vôtre
MÉNAGE TYPE ARERA — 3 kW souscrits, 2 700 kWh par an
2 700 kWh × 0,2889 €/kWh ............................. 780,03 €/an
Soit par mois ......................................... 65,00 €
MÉNAGE PLUS CONSOMMATEUR — approximation, à manier avec prudence
4 500 kWh × 0,2889 €/kWh ........................... 1 300,05 €/an
Soit par mois ........................................ 108,34 €
6 000 kWh × 0,2889 €/kWh ........................... 1 733,40 €/an
Soit par mois ........................................ 144,45 €
DÉCOMPOSITION DU PRIX AU II TRIMESTRE 2026
Énergie ........................ 17,47 c€/kWh ........... 60,5 %
Transport et compteur ........... 4,96 c€/kWh ........... 17,2 %
Charges de système .............. 3,03 c€/kWh ........... 10,5 %
Impôts .......................... 3,43 c€/kWh ........... 11,9 %
TOTAL .......................... 28,89 c€/kWh .......... 100,0 %
(la somme des quatre composantes en centimes est exacte au
centième ; le cumul des quatre pourcentages arrondis donne
100,1 — c'est un artefact d'arrondi, pas une erreur de série)
AVERTISSEMENT SUR LES DEUX SIMULATIONS DE CONSOMMATION
Le prix de 28,89 c€/kWh est un prix MOYEN toutes composantes pour
le profil 3 kW / 2 700 kWh. Une partie de ces composantes est fixe
ou dépend de la puissance souscrite : la multiplication linéaire
ci-dessus n'est qu'un ordre de grandeur, et la structure tarifaire
réelle n'est pas proportionnelle à la consommation.La question à se poser n'est pas « combien coûte l'électricité en Italie » mais « suis-je le ménage type de l'ARERA ». Trois kilowatts de puissance souscrite, c'est peu : en France, un compteur de 6 kVA est la norme et 9 kVA n'a rien d'exceptionnel. Un foyer qui arrive avec des plaques à induction, un four électrique, une pompe à chaleur ou une climatisation, et qui découvre l'été italien, ne consomme pas 2 700 kWh. Le chiffre de 65 € par mois est exact et il est un plancher.
Deux précisions closent ce poste, et la première est décisive. La série exploitée est celle de la maggior tutela, le service de protection tarifaire : or, depuis le 1er juillet 2024, ce service n’est plus ouvert qu’aux clients vulnérables — plus de 75 ans, bénéficiaire du bonus sociale, handicap reconnu au sens de la loi n. 104 de 1992, recours à un appareil de maintien en vie, logement d’urgence, île mineure non interconnectée. Tout autre ménage relève du marché libre ou du servizio a tutele graduali, et paie un prix différent, qui peut être inférieur ou supérieur selon l’offre. Le chiffre de 65 € par mois est donc un prix de référence, pas le tarif que vous souscrirez. La seconde tient à la structure du prix, et elle explique pourquoi l’énergie italienne reste chère malgré la baisse du prix de gros : les composantes transport et compteur, charges de système et impôts représentent ensemble 39,5 % de la facture et ne baissent pas avec le marché. Une trajectoire de prix de gros favorable ne se répercute donc que sur les six dixièmes de votre facture.
Le gaz, la TARI, les charges : trois postes que nous refusons de chiffrer
Sur le gaz, nous n’avons pas obtenu de tableur ARERA : les adresses testées le 30 juillet 2026 renvoient un fichier vide, et la page de rattachement de l’autorité n’a pas répondu. Ce que nous avons, ce sont des reprises de presse des publications mensuelles de l’ARERA pour les seuls clients vulnérables, qui donnent pour 2026 : 121,05centimes d’euro par mètre cube standard en avril, 122,15 en mai, 122,52 en juin. Ce ne sont ni la source primaire, ni le tarif du marché libre, ni le tarif applicable à un ménage ordinaire. Nous les mentionnons pour que vous sachiez de quel ordre de grandeur on parle, et nous ne construisons aucune ligne de budget dessus. Sur les trois budgets de foyer en fin de chapitre, la ligne gaz porte un point d’interrogation. Elle le mérite.
C’est d’autant plus gênant que le chauffage est, dans une partie du pays, le poste qui décide. On se représente l’Italie comme un pays chaud ; l’Émilie-Romagne en janvier ne l’est pas, le Piémont non plus, et le parc ancien du Centre est très fréquemment sans isolation. Un lecteur qui achète une maison en pierre du XVIIIe siècle en Ombrie doit poser trois questions avant de signer : quel est le mode de chauffage, quelle a été la consommation des trois dernières années, et quelle est la classe énergétique portée à l’attestato di prestazione energetica ? Le vendeur détient les trois réponses. Il ne les donnera pas spontanément.
Sur la TARI et sur les charges de copropriété, nous avons dit plus haut pourquoi nous ne publions rien. Ajoutons une remarque de méthode qui vaut pour tout ce chapitre : il est plus facile de publier un chiffre approximatif que de dire qu’on ne l’a pas. Un guide qui vous annonce « comptez 250 € de TARI par an » a une chance sur deux d’avoir raison à cinquante pour cent près, et vous n’aurez aucun moyen de le savoir. Les trois questions à poser sont, elles, sans ambiguïté : la commune pour la TARI, l’amministratore di condominiopour les charges, le vendeur ou le bailleur pour les consommations passées. Trois courriels, trois réponses écrites, et trois lignes de budget qui cessent d’être des estimations.
L’IMU : zéro sur votre logement, 1 734 € sur celui d’à côté
L’IMU est la taxe foncière italienne, et elle a une particularité qui change tout pour un budget de résidence principale : elle ne s’applique pas. Le texte est à l’article 1, comma 740, de la loi n. 160 du 27 décembre 2019 : « Il presupposto dell’imposta è il possesso di immobili. Il possesso dell’abitazione principale o assimilata, come definita alle lettere b) e c) del comma 741, non costituisce presupposto dell’imposta, salvo che si tratti di un’unità abitativa classificata nelle categorie catastali A/1, A/8 o A/9 ». Traduction : la résidence principale sort du champ de l’impôt, sauf s’il s’agit d’un logement de standing, d’une villa ou d’un château — les trois catégories cadastrales citées.
Mais l’exonération a un prix administratif, et c’est le comma 741, lettre b), qui le fixe. Une précaution s’impose avant de le citer, et elle est la raison d’être de tout ce paragraphe : le texte de ce comma tel qu’il est encore reproduit partout n’est plus le droit en vigueur. La Cour constitutionnelle l’a réécrit par sa sentenzan. 209 du 13 octobre 2022, en déclarant sa première phrase inconstitutionnelle « nella parte in cui stabilisce » — en tant qu’elle dispose — « nel quale il possessore e i componenti del suo nucleo familiare dimorano abitualmente e risiedono anagraficamente », « anziché disporre » — au lieu de disposer — « nel quale il possessore dimora abitualmente e risiede anagraficamente ». La définition en vigueur est donc celle-ci, mots de la Cour compris : est abitazione principale le bien inscrit ou inscriptible au cadastre urbain comme unité immobilière unique, dans lequel le propriétaire — lui seul — demeure habituellement et est inscrit à l’anagrafe.
Deux exigences, et elles sont cumulatives : y demeurer habituellement, et y être inscrit à l’anagrafe. Autrement dit, votre exonération de taxe foncière dépend d’une formalité de mairie que vous n’avez pas nécessairement faite, et que personne ne vous rappellera. C’est le premier des trois gestes gratuits de ce chapitre : trois démarches qui ne coûtent rien, que personne ne vous imposera, et dont chacune pèse plusieurs centaines d’euros par an. Nous signalerons les deux autres à mesure. La seconde phrase du même comma — celle qui limitait l’avantage à un seul logement choisi par les membres du foyer — a été annulée en entierpar la même décision, dans sa rédaction d’origine et dans celle que lui avait donnée le D.L. 146/2021. Nous y revenons juste après, parce que c’est le point qui change le plus de choses pour un couple.
Pour tout autre bien — résidence secondaire, bien loué, terrain à bâtir — le comma 754 pose le taux : « Per gli immobili diversi dall’abitazione principale e diversi da quelli di cui ai commi da 750 a 753, l’aliquota di base è pari allo 0,86 per cento e i comuni, con deliberazione del consiglio comunale, possono aumentarla sino all’1,06 per cento o diminuirla fino all’azzeramento ». Le plafond peut être porté à 1,14 %, mais dans les seules communes qui appliquaient la majoration TASI en 2015 et l’ont confirmée jusqu’en 2019, par délibération expresse du conseil municipal publiée sur le site du Département des finances, en application du comma 755 ; le même comma ajoute que ces communes ne peuvent, les années suivantes, que réduire cette majoration, « restando esclusa ogni possibilità di variazione in aumento ». Il n’y a pas de plancher : une commune peut descendre jusqu’à zéro, et les pages qui évoquent un plancher de 0,46 % décrivent un état du droit antérieur à 2020.
Reste la question qui commande votre budget : combien ma commune a-t-elle voté ? Elle a une réponse publique, et c’est l’information la plus utile de cette section pour qui prépare une acquisition. Depuis 2021, une commune ne fixe plus librement ses taux : le comma 756 ne l’autorise à les différencier qu’au regard de cas de figure limitativement définis par un décret ministériel, et le comma 757 ajoute que la délibération doit être rédigée en accédant à l’application du Portale del federalismo fiscale, qui produit le prospetto des taux — le tableau normalisé — lequel « forma parte integrante della delibera stessa ». Le même comma en tire la sanction : « La delibera approvata senza il prospetto non è idonea a produrre gli effetti di cui ai commi da 761 a 771 ». Une délibération sans prospetto ne produit donc pas ses effets.
Trois conséquences pratiques, dans l’ordre où elles vous serviront. D’abord, les taux ne sont pas une information à quémander : ils sont normalisés et publiés, et vous pouvez les consulter avant même de contacter la commune. Ensuite, le comma 762 précise que le solde de décembre se calcule sur le prospetto publié « alla data del 28 ottobre di ciascun anno » : c’est la date à laquelle le taux de l’exercice devient certain, et c’est aussi pourquoi l’acompte de juin se calcule, lui, sur les taux de l’année précédente. Enfin — et c’est l’oubli le plus fréquent des calculs d’acquisition — l’IMU se liquide au prorata : le comma 761 dispose que « l’imposta è dovuta per anni solari proporzionalmente alla quota e ai mesi dell’anno nei quali si è protratto il possesso ». Un acte signé le 20 septembre n’engendre pas une année pleine d’IMU pour l’acquéreur, et un vendeur qui vous réclame le remboursement de l’année entière se trompe de règle.
Aller lire ce tableau avant de faire une offre est le deuxièmedes trois gestes gratuits annoncés plus haut. Il ne coûte rien, il prend un quart d’heure, et il vaut, sur le bien de l’exemple qui suit, l’écart entre 0 € et 2 298 € par an — selon la seule commune où vous aurez acheté.
Le même appartement, selon qu'il est votre résidence principale ou non
DONNÉES
Rendita catastale ................................... 1 200 €/an
Catégorie cadastrale ............................... groupe A (*)
Revalorisation légale ...................................... 5 %
Multiplicateur du groupe A ................................. 160
BASE IMPOSABLE
1 200 × 1,05 × 160 ................................... 201 600 €
CAS 1 — RÉSIDENCE PRINCIPALE, non A/1, A/8, A/9
avec demeure habituelle ET résidence anagraphique
IMU due .................................................... 0 €
CAS 2 — LE MÊME BIEN, résidence secondaire ou bien loué
Au taux de base de 0,86 % ........................ 1 733,76 €/an
Au plafond ordinaire de 1,06 % ................... 2 136,96 €/an
Au plafond majoré de 1,14 % ...................... 2 298,24 €/an
Dans une commune ayant délibéré à 0 % ...................... 0 €
ÉCART MAXIMAL POUR LE MÊME BIEN, SELON LA SEULE COMMUNE
2 298,24 − 0 ....................................... 2 298,24 €/an
(*) Le multiplicateur est de 160 pour le groupe A à l'exception de
A/10, et pour les catégories C/2, C/6 et C/7 — caves, garages,
remises. Certaines pages donnent 140 pour ces trois dernières :
c'est faux, le texte les range expressément avec le groupe A.Deux échéances de paiement, le 16 juin et le 16 décembre, l'acompte étant calculé sur les taux et détractions de l'année précédente ; le paiement en une seule fois est possible avant le 16 juin. Le calcul ci-dessus est celui d'une année pleine de détention : pour l'année de l'acquisition, l'imposta se liquide au prorata de la quote-part et des mois de possession (comma 761), de sorte qu'un acte signé le 16 septembre au plus tard n'engendre que quatre douzièmes de la somme, et un acte signé après cette date trois douzièmes seulement : le mois entier est attribué à celui qui a possédé le bien plus de la moitié de ses jours, et à l'acquéreur en cas d'égalité. Et une conclusion pratique : avant de faire une offre, demandez la rendita catastale au vendeur, puis lisez le taux voté sur le prospetto que la commune est tenue de faire publier. Ces deux informations transforment une ligne inconnue en une ligne calculable, et aucune des deux ne dépend de la bonne volonté de votre interlocuteur.
« Prima casa » n'est pas « abitazione principale » : la confusion la plus coûteuse du logement italien
Deux régimes portent des noms voisins et n’ont ni le même texte, ni les mêmes conditions, ni le même objet. Le bénéfice prima casa réduit les droits de mutationlors de l’achat ; il exige que la résidence soit dans la commune, dans les dix-huit mois — ou que l’acquéreur y exerce son activité —, et il ne suppose pas que vous habitiez le logement acheté. L’exonération d’IMU porte sur un impôt annuel et elle exige que vous demeuriez dans le logement lui-mêmeet que vous y soyez inscrit à l’anagrafe.
Conséquence, et elle surprend systématiquement : on peut acheter au taux réduit prima casaet payer l’IMU plein tarif, comme une résidence secondaire, alors même qu’on ne possède aucun autre logement. Le chapitre 16 traite les deux régimes séparément, ce qui est la seule façon de ne pas les confondre.
Un point favorable, souvent ignoré, doit être signalé ici parce qu’il vise très précisément la façon dont un couple français s’installe en Italie : rarement d’un bloc, presque toujours par étapes. Depuis la sentenzan. 209 de 2022, l’abitazione principales’apprécie au regard de la demeure habituelle et de la résidence anagraphique du seul propriétaire, sans considération du reste du foyer. Deux conjoints — ou partenaires d’union civile — qui demeurent effectivement et sont inscrits à l’anagrafe dans deux logements distincts, même commune ou communes différentes, y compris dans deux États, bénéficient chacunde l’exonération sur le sien. La Cour précise en revanche, au § 14 de ses motifs, que lorsque le couple a la mêmedemeure habituelle, l’exonération ne joue qu’une fois.
Prenez la mesure de ce que cela autorise. Un conjoint s’installe le premier à Lecce, s’y inscrit à l’anagrafeet y demeure ; l’autre reste dix-huit mois à Lyon, le temps d’une fin de carrière ou d’une dernière année scolaire. Sous la rédaction d’origine du comma 741, le logement de Lecce n’était pas une abitazione principale, parce que le nucleo familiaren’y demeurait pas tout entier : l’IMU était due plein tarif. Sous le droit réel, elle ne l’est pas. Sur le bien de notre exemple chiffré, l’écart est de 1 734 € par anau seul taux de base, et il court pendant toute la durée de l’installation décalée.
Une mise en garde de méthode accompagne ce point, et elle explique pourquoi il est si mal connu. Les pages qui reproduisent le comma 741 reproduisent très majoritairement sa rédaction antérieure à l’arrêt, y compris la page du ministère italien de l’Économie et des Finances : ne vous y fiez pas sur ce point, et ne vous fiez pas davantage à un tableau de synthèse qui l’aurait recopiée. La raison est technique : la base officielle des lois consolidées accole au comma un renvoi de note dont elle tronque l’affichage, de sorte qu’un lecteur qui exporte l’article complet ne voit jamais l’annulation. Une décision qui réécrit le texte d’une loi n’est pas de la jurisprudence d’interprétation : elle fait partie du texte. Si votre interlocuteur communal vous oppose l’ancienne rédaction, la référence à donner est : Corte costituzionale, sentenzan. 209 des 12 septembre – 13 octobre 2022, publiée à la Gazzetta Ufficiale, 1re série spéciale n. 42 du 19 octobre 2022.
Les courses : l’écart est réel, il n’est pas là où on l’attend
L’alimentation est 7,6 %moins chère en Italie qu’en France. C’est moins que ce qu’on imagine, et surtout c’est une moyenne qui masque des mouvements opposés à l’intérieur du chariot. La viande est 20,1 %moins chère : c’est l’écart le plus important de tout le panier alimentaire, et il est considérable pour un foyer qui en consomme quotidiennement. Les fruits, légumes et pommes de terre sont 13,3 % moins chers. En revanche, lait, fromages et œufs sont 9,4 % plus chers qu’en France. Un foyer français transposant tel quel son mode de consommation — beaucoup de produits laitiers, peu de viande — ne gagnera rien sur ses courses. Un foyer qui achète de la viande et des légumes gagnera nettement plus que 7,6 %.
Deux écarts spectaculaires méritent d’être isolés parce qu’ils ont un effet réel sur un budget. Les boissons alcoolisées et le tabac sont 36 % moins chers, et le tabac seul 56,7 %moins cher. Un fumeur d’un paquet par jour en France dépense là-dessus une somme qui, réduite de plus de moitié, représente à elle seule une fraction significative des 363 € d’économie théorique calculés en tête de chapitre. Ce n’est pas un conseil de santé, c’est un fait budgétaire, et il est dû à la fiscalité française du tabac, non à un différentiel de coût de production.
À l’inverse, deux illusions tombent. Les restaurants et hôtels ne sont moins chers que de 2,8 %. Le souvenir de la trattoria à quinze euros vient d’un village, pas d’une moyenne nationale qui intègre Milan, Florence, Venise et les zones touristiques — et une moyenne nationale intègre aussi le prix payé par les touristes, qui est celui que vous avez connu en vacances. Et l’habillement est 9,3 %plus cher. Une famille qui rhabille trois enfants deux fois par an paie cette ligne plus cher qu’en France, ce qu’aucun guide ne mentionne jamais.
Nous ne publions pas de « panier moyen » chiffré en euros, et nous ne publierons pas de comparaison de prix produit par produit. Les listes de ce genre qui circulent — un litre de lait à tant, un kilo de pâtes à tant — proviennent de plateformes collaboratives dont l’échantillonnage n’est ni documenté ni contrôlé, et elles varient d’un facteur deux entre deux sites pour la même ville. Les indices Eurostat ci-dessus ont l’immense avantage d’être calculés sur un protocole publié et de couvrir des catégories entières plutôt que des articles isolés.
Deux postes voisins, pour finir. Les loisirs et la culture sont 11,2 %moins chers, ce qui est un des rares grands écarts favorables hors logement et qui compte pour un foyer de retraités actifs : concerts, musées, sport, sorties. Les communications, en revanche, sont 4,3 %plus chères, et il faut le dire à un lecteur français habitué à un marché des télécommunications parmi les moins chers d’Europe — la France est à 82,2 quand la moyenne de l’Union est à 100. L’abonnement mobile et l’accès internet seront perçus comme chers, non parce qu’ils le sont dans l’absolu, mais parce que le point de comparaison est exceptionnellement bas.
La voiture et la distance : là où le Sud reprend ce qu’il a donné
Le poste transports est 12,1 % moins cher en Italie. Mais le seul sous-poste que la source décompose est celui des services de transport — billets de train, de bus, d’avion — et il est 27,1 %moins cher. C’est un écart considérable, et il est vérifiable par quiconque a comparé un Rome-Milan à un Paris-Lyon. Le reste de l’agrégat — achat de véhicules, carburants, entretien — n’est pas décomposé dans l’extraction dont nous disposons.
Nous ne publierons donc ni prix du carburant, ni montant de bollo, ni prime d’assurance, ni tarif d’autoroute. Ces quatre chiffres circulent, ils sont tous datés, plusieurs d’entre eux varient selon le territoire, et aucun n’est dans nos sources. Dire cela n’est pas une dérobade : c’est ce qui vous permet de savoir que les chiffres que vous lirez ailleurs n’ont, eux non plus, pas de source vérifiable.
En revanche, un raisonnement se tient sans chiffre, et il est important. Le tableau ISTAT montre que le minimum vital est plus bas en petite commune qu’au centre métropolitain dans quatorze à quinze des dix-huit régions pour lesquelles la source publie les deux colonnes, selon la configuration de ménage retenue. Le tableau des loyers montre le même effet, amplifié. Mais une petite commune du Mezzogiorno impose une distance : à l’hôpital, au lycée, à la gare, à l’aéroport, au spécialiste, au supermarché. Cette distance se paie en véhicules. Un couple qui vivait à Lyon avec une voiture et deux abonnements de transport en aura deux dans un village des Pouilles, et la seconde voiture — achat, assurance, entretien, carburant — annule sans difficulté une partie substantielle de l’économie de loyer. C’est le point aveugle le plus fréquent des projets d’installation rurale, et il ne se voit qu’au bout de dix-huit mois, quand le budget prévisionnel a été oublié.
Cette même distance a un corollaire que peu de gens anticipent : elle transforme le calendrier. Un rendez-vous chez un spécialiste à soixante kilomètres, ce n’est pas une heure, c’est une demi-journée. Un dossier administratif à déposer au chef-lieu de province, c’est une journée. Sur les six premiers mois d’une installation, où les démarches s’enchaînent, un lieu de résidence à une heure du premier guichet coûte plusieurs semaines cumulées. Ce n’est pas un argument contre la campagne, c’est un argument pour ne pas s’installer en pleine campagne dès le premier mois.
Trois points pratiques, tirés de sources que nous avons, méritent d’être signalés avant tout achat de véhicule. Le premier : l’immatriculation d’un véhicule figure parmi les opérations qui exigent un codice fiscale, au même titre que l’ouverture d’un compte ou la signature d’un bail — ce qui replace la formalité décrite plus bas en tête de votre calendrier. Le deuxième : le plafond de circulation des espèces entre personnes distinctes est de 5 000 € depuis le 1erjanvier 2023, en vertu de l’article 49, comma 3-bis, du D.Lgs. 231/2007, qui dispose « A decorrere dal 1° gennaio 2023, il predetto divieto di cui al comma 1 è riferito alla cifra di 5.000 euro » — les doubles parenthèses que porte le texte consolidé sont des marqueurs d’actualisation de la base officielle, non une ponctuation du législateur. Le comma 1 du même article porte encore 3 000 € dans son libellé, et beaucoup de pages francophones s’y arrêtent. Une transaction de particulier à particulier au-dessus du seuil doit passer par un moyen de paiement traçable, et le fractionnement artificiel est prohibé.
Le troisième point est une question, pas une réponse, et elle doit être réglée avantle déménagement. Nos travaux ne couvrent ni le code de la route italien, ni le régime des permis de conduire, ni les règles applicables à un véhicule immatriculé à l’étranger conduit par un résident. Ce sont trois sujets sur lesquels une erreur se paie en amende et en immobilisation du véhicule, et sur lesquels le bon réflexe est de faire vérifier la règle applicable par un professionnel local avant de traverser la frontière avec vos plaques françaises, et non après.
L’école : ce que nous savons, et ce que nous refusons de chiffrer
Le poste éducation est 7,2 %moins cher en Italie qu’en France selon Eurostat — 90,3 contre 97,3. Prenez ce chiffre avec précaution : le panier « éducation » d’une comparaison internationale de prix couvre les services éducatifs marchands, dans deux pays où l’essentiel de la dépense scolaire est publique et gratuite. Il ne dit à peu près rien de ce que vous paierez.
Ce que nous ne pouvons pas vous donner, et nous préférons le dire franchement : les frais de scolarité des établissements français à l’étranger implantés en Italie, ceux des écoles internationales, le calendrier d’inscription dans le système public italien, les modalités de reconnaissance des acquis d’un élève venant du système français, et la carte des sections bilingues. Aucune de ces informations n’est dans nos sources, et une donnée scolaire fausse coûte une année à un enfant. Un cabinet de gestion de patrimoine n’est d’ailleurs pas la bonne porte : ce sont les établissements eux-mêmes, le service scolaire de la commune d’installation et les services de l’ambassade qui détiennent ces réponses.
Ce que nous pouvons dire tient en trois points, et ils sont utiles.
- Vos enfants ont un droit de séjour dérivé, et il est écrit. L’article 7, comma 1, lettre d), du D.Lgs. 30/2007 ouvre le séjour de plus de trois mois au membre de la famille qui accompagne ou rejoint un citoyen de l’Union titulaire d’un droit de séjour. La qualité de membre de la famille couvre le conjoint, les descendants directs de moins de vingt et un ans ou à charge, et les ascendants à charge. Le chapitre 06 détaille les pièces, et il traite aussi la situation du partenaire lié par un pacte civil, qui relève d’un régime d’entrée facilitée et non d’un droit dérivé automatique.
- Le seuil de ressources se majore par personne, et il double dans un cas. L’article 29, comma 3, lettre b), du D.Lgs. 286/1998, auquel renvoie l’article 9 du D.Lgs. 30/2007, exige « di un reddito minimo annuo derivante da fonti lecite non inferiore all’importo annuo dell’assegno sociale aumentato della metà dell’importo dell’assegno sociale per ogni familiare da ricongiungere », et il ajoute « Per il ricongiungimento di due o più figli di età inferiore agli anni quattordici è richiesto, in ogni caso, un reddito non inferiore al doppio dell’importo annuo dell’assegno sociale. Ai fini della determinazione del reddito si tiene conto anche del reddito annuo complessivo dei familiari conviventi con il richiedente ». Deux enfants de moins de quatorze ans déclenchent donc un seuil doublé — mais les revenus des membres du foyer vivant avec le demandeur s’additionnent, et l’appréciation reste globale.
- La detrazione pour enfant à charge est bornée aux deux extrémités. Elle ne s’ouvre qu’à 21 ans et s’éteint à 30 ans, sauf handicap reconnu. Les pages qui écrivent « 21 ans et plus » suppriment la borne haute et laissent croire à une réduction viagère. Le chapitre 07 chiffre le montant et son articulation avec l’assegno unico.
Sur l’assegno unico e universale, la prestation familiale italienne, la seule fourchette dont nous disposons — de 57 € à 199,40 €par mois et par enfant mineur — provient d’une fiche du centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale mise à jour en 2024, que nous n’avons pas revérifiée pour 2026. Elle donne un ordre de grandeur, elle n’autorise pas un chiffrage. Les conditions d’ouverture, notamment de résidence et de ressources, sont à établir auprès de l’INPS.
Reste la question que personne ne pose et qui décide de tout : à quel âge déplace-t-on un enfant ? Un enfant de sept ans devient bilingue en une année et ne s’en souviendra pas. Un adolescent de quinze ans entre dans un système scolaire dont il ne maîtrise ni la langue, ni les codes, ni le programme, à deux ans du diplôme, et il vous le fera savoir. Ce n’est pas un argument financier, c’est souvent le seul argument qui compte, et il est parfaitement légitime qu’il l’emporte sur un arbitrage fiscal. Nous avons vu des projets excellents sur le papier échouer sur ce seul point, et nous avons vu des familles différer leur départ de trois ans pour cette raison. C’était la bonne décision.
La santé au quotidien : le seul grand poste nettement plus cher qu’en France
Reprenez la ligne d’Eurostat : santé 116,6 en Italie contre 98,9 en France, soit 17,9 %de plus. Et la sous-ligne : services hospitaliers 118,8 contre 117,6, soit 1,0 %de plus seulement. L’interprétation s’impose d’elle-même. L’hôpital italien, comme l’hôpital français, est un service public dont le coût est comparable ; l’écart de 17,9 % se forme en ville, sur ce qui se paie au détail.
Le Servizio Sanitario Nazionale repose sur une architecture régionale, et cette décentralisation est la clé de lecture de tout ce qui suit. Les ASL, les aziende sanitarie locali, gèrent les soins ; on s’inscrit à celle de sa commune, on reçoit une tessera sanitaria et on choisit un medico di base, le médecin traitant. La médecine générale est gratuite. Les consultations spécialisées sont soumises à un ticket, une participation, plafonnée à 36,15 € selon la fiche du centre des liaisons européennes que nous citons — mise à jour en 2024, à recontrôler pour 2026, d’autant que les ticketrelèvent des régions et varient de l’une à l’autre. Les médicaments sont classés A, C et H, avec des participations qui varient elles aussi par région.
Ce que le système ne couvre pas ou couvre mal, et c’est là que se loge l’écart : le dentaire, l’optique, et le recours au privé — intramoeniaou cliniques — que les délais d’attente rendent fréquent. Notre recommandation, et c’est une recommandation de cabinet et non une règle de droit : prévoir une complémentaire santé, contrat italien ou contrat international, mêmelorsque l’inscription au SSN est gratuite. Nous ne citons aucun assureur ni aucun contrat, ce n’est pas l’objet de ce guide ; nous disons que la ligne doit exister dans votre budget et qu’elle n’y figure jamais dans les projections que les clients nous apportent.
Une remarque de praticien pour finir, et elle ne se trouve dans aucun tableau. Le choix du medico di baseest la décision de santé la plus structurante des premiers mois, et elle se prend souvent au hasard, par proximité géographique. C’est lui qui prescrit, qui oriente vers le spécialiste, qui décide de ce qui passe par le public et de ce qui n’y passera pas dans un délai utile. Prenez le temps de ce choix, demandez conseil localement, et vérifiez — c’est le point que l’on découvre trop tard — qu’il vous comprend et que vous le comprenez.
L’inscription volontaire au SSN : 387,34 € ou 2 000 €, et l’écart n’est pas une erreur
Voici le poste où nous avons trouvé la divergence la plus large de tout le dossier, et où nous pouvons expliquer pourquoielle existe. Commençons par le cadre, parce qu’il est mal exposé partout : pour un ressortissant français, l’accès au service sanitaire passe par quatre voies distinctes, dont une seule est payante.
- L’inscription obligatoire, et elle est gratuite. Elle est de droit dans cinqsituations, telles que les énumère la fiche de l’ASL de référence que nous avons consultée le 30 juillet 2026 : exercer en Italie une activité salariée ou indépendante ; être membre de la famille d’un travailleur ou d’un citoyen italien — conjoint, descendants directs de moins de 21 ans ou à charge, ascendants à charge ; détenir une attestation de séjour permanent ; être chômeur involontaire ayant travaillé en Italie et inscrit au centre pour l’emploi ; ou détenir un formulaire européen, la même fiche énumérant E106/S1, E109/S1 ou E37, E120/S1, E121/S1 ou E33.
- Les trois premiers mois, la carte européenne d’assurance maladie.Elle couvre l’intervalle qui sépare votre arrivée de votre inscription, sauf pour les travailleurs saisonniers. C’est une couverture de transition, pas une solution d’installation : elle ne vous donne pas de medico di base, et c’est précisément le médecin traitant qui organise l’accès au reste du système. Emportez-la, et ne comptez pas dessus au-delà du délai.
- L’inscription volontaire, payante.Elle vise le ressortissant de l’Union inscrit à l’anagrafequi ne remplit aucune des cinq conditions ci-dessus et n’est pas couvert par son État d’origine. C’est elle qui porte la divergence, et tout ce qui suit la concerne.
- L’assurance privée, qui n’est pas un accès au service sanitaire mais une alternative à celui-ci : elle satisfait la condition d’assurance « couvrant tous les risques » que l’article 7 du D.Lgs. 30/2007 pose pour le séjour de plus de trois mois. Nous y revenons en fin de section.
Le montant de référence figure à l’article 34, comma 3, du D.Lgs. 25 juillet 1998, n. 286, qui se termine ainsi : « L’ammontare del contributo è determinato con decreto del Ministro della sanità, di concerto con il Ministro del tesoro, del bilancio e della programmazione economica e non può essere inferiore a euro 2.000 annui ». Deux mille euros par an, plancher. Sauf que l’article 1, comma 2, du mêmedécret dispose : « Il presente testo unico non si applica ai cittadini degli Stati membri dell’Unione europea, salvo quanto previsto dalle norme di attuazione dell’ordinamento comunitario ». Le texte qui pose le plancher de 2 000 € exclut donc, à son premier article, les citoyens de l’Union de son champ d’application.
L’inscription volontaire des ressortissants de l’Union repose en pratique sur un renvoi opéré par circulaire ministérielle — une circulaire de février 2008 que nous n’avons pas pu ouvrir. Selon que l’ASL fait ou non suivre ce renvoi jusqu’au plancher actuel, elle applique un montant ou l’autre. Ce n’est donc ni un flottement administratif ni une négligence : c’est une question de champ d’application que le texte accessible ne tranche pas. Voici ce que quatre ASL affichaient le 30 juillet 2026.
| ASL et région | Montant appliqué aux ressortissants de l'Union | Structure de calcul affichée |
|---|---|---|
| ASL CN2 — Piémont | 387,34 € par an | Contribution forfaitaire ; la page n'énonce aucun barème en pourcentage. Libellé : « previo pagamento di un contributo di € 387,34 valido per l'anno solare non frazionabile » |
| ATS Brianza — Lombardie | 2 000 € minimum | 7,50 % du revenu global jusqu'à 20 658,28 €, puis 4 % sur la fraction jusqu'à 51 645,69 €, avec application du plancher. 700 € pour les étudiants, 1 200 € pour les personnes au pair |
| AUSL Parma — Émilie-Romagne | 2 000 € minimum | Même structure, appliquée explicitement aux ressortissants de l'Union |
| USL Toscana Sud Est | 2 000 € minimum | Même structure, appliquée explicitement aux ressortissants de l'Union |
Ce que coûte l'inscription volontaire selon le barème affiché par les trois ASL à 2 000 €
BARÈME AFFICHÉ
7,50 % du revenu global jusqu'à ..................... 20 658,28 €
puis 4,00 % sur la fraction jusqu'à ................. 51 645,69 €
avec application du plancher de ......................... 2 000 €
TROIS SITUATIONS
Revenu global de 25 000 €
20 658,28 × 7,50 % .................................. 1 549,37 €
( 25 000 − 20 658,28 ) × 4,00 % ....................... 173,67 €
Total calculé ....................................... 1 723,04 €
Plancher applicable ................................. 2 000,00 €
À payer ............................................. 2 000,00 €
Revenu global de 40 000 €
20 658,28 × 7,50 % .................................. 1 549,37 €
( 40 000 − 20 658,28 ) × 4,00 % ....................... 773,67 €
À payer ............................................. 2 323,04 €
Revenu global de 51 645,69 € et au-delà
20 658,28 × 7,50 % .................................. 1 549,37 €
( 51 645,69 − 20 658,28 ) × 4,00 % .................. 1 239,50 €
À payer ............................................. 2 788,87 €
SEUIL DE BASCULE
Le barème dépasse le plancher de 2 000 € à partir d'un
revenu global de ................................... 31 924,03 €
ÉCART SUR QUINZE ANS, POUR UN COUPLE
( 2 000 − 387,34 ) × 2 personnes × 15 ans .......... 48 379,80 €Trois précisions, et elles comptent. La contribution est annuelle et NON FRACTIONNABLE, du 1er janvier au 31 décembre : s'inscrire le 20 novembre coûte le prix de l'année entière, ce qui plaide pour caler une installation sur un début d'année civile. Le revenu pris en compte est le revenu global, en Italie ET à l'étranger. Enfin, les quatre pages d'ASL que nous avons consultées le 30 juillet 2026 ne précisent pas le traitement de la fraction de revenu excédant 51 645,69 € : nous retenons par prudence que le barème s'y arrête, sans pouvoir l'affirmer.
Deux conséquences opérationnelles. La première : ne jamais budgéter « l’inscription au SSN coûte X » sans avoir interrogé l’ASL de la commune d’installation, par écrit, avant de choisir cette commune. Près de 48 000 € sur quinze ans pour un couple, c’est un ordre de grandeur qui mérite un courriel. Ce courriel est le troisièmeet dernier des gestes gratuits de ce chapitre, et c’est le plus rentable des trois : la réponse est écrite, elle engage l’organisme qui la donne, et elle arrive avant que vous ayez signé quoi que ce soit. La seconde : la couverture des membres de la famille n’est pas automatique. L’une des ASL consultées indique que l’extension aux personnes à charge suppose un recalcul sur le revenu du foyer, avec le même plancher, et le comma 6 de l’article 34 exclut expressément les familiers à charge des forfaits réduits des étudiants et des personnes au pair. À vérifier, là encore, auprès de l’ASL compétente.
L’alternative existe et elle est prévue par le texte : souscrire une assurance privéecouvrant tous les risques, ce qui satisfait la condition d’assurance exigée par l’article 7 du D.Lgs. 30/2007 pour le séjour de plus de trois mois. Nous ne comparons pas les deux voies en euros, parce que le prix d’une assurance privée dépend de l’âge et de l’état de santé et qu’aucune moyenne n’aurait de sens. Nous signalons en revanche la différence de nature : le SSN est un accès à un système public, sans sélection médicale et sans exclusion ; une assurance privée est un contrat, avec des exclusions, des délais de carence et une tarification qui évolue avec l’âge. À soixante-cinq ans, cette différence de nature pèse plus lourd que la différence de prix.
Le formulaire S1 : la solution du retraité, et sa contrepartie fiscale
Un retraité français qui s’installe en Italie sans y avoir de droits propres échappe entièrement au débat ci-dessus. Il demande un formulaire S1à sa caisse d’assurance maladie française, le dépose à l’ASL de sa commune, et obtient une inscription obligatoire et gratuite : l’ASL de référence liste explicitement « E121/S1 (o E33) » parmi les titres ouvrant l’inscription obligatoire. Le coût des soins est alors supporté par la France, qui rembourse l’Italie.
La contrepartie est fiscale et elle est lourde, ce qui la rend indissociable de la décision. Parce qu’il reste à la charge d’un régime obligatoire français d’assurance maladie, ce retraité ne remplit pas la seconde des deux conditions cumulatives du taux réduit de prélèvements sociaux : affiliation à un régime d’un État de l’Union, de l’Espace économique européen ou de la Suisse etabsence de prise en charge par un régime obligatoire français d’assurance maladie. Sur des revenus fonciers français conservés, l’écart entre le taux réduit et le taux plein se compte en milliers d’euros par an. Les chapitres 13 et 26 chiffrent l’arbitrage ; c’est un des rares endroits du guide où une décision de santé commande une décision fiscale.
Et il existe un prélèvement français qui survit au départ : la cotisation d’assurance maladie sur les pensions, dont le siège est l’article L. 131-9 du code de la sécurité sociale, lequel prévoit des taux particuliers applicables « aux personnes qui ne remplissent pas les conditions de résidence » mais dont la prise en charge des frais de santé incombe à un régime français. Des documentations de caisses concordantes donnent des taux de l’ordre de 3,2 % sur la pension de base et de 4,2 % sur les complémentaires. Nous ne les portons pas au budget : ils n’ont pas été confirmés sur l’arrêté qui les fixe. Signalez la ligne à votre caisse ; elle existe, et elle vous sera prélevée.
La langue : le poste qui ne figure sur aucun budget et qui commande tous les autres
Nous n’avons aucune source sur le prix d’un cours d’italien, sur les frais d’inscription à une certification, ou sur le nombre d’heures nécessaires à un adulte francophone pour atteindre un niveau donné. Nous ne publierons donc aucun de ces chiffres. Ce que nous pouvons faire, et qui vaut mieux, c’est décrire précisément ce que vous ne pourrez pas faire tant que vous ne parlerez pas italien. La liste est établie sur des documents que nous avons ouverts.
- Obtenir votre codice fiscale. La demande se fait au moyen du modèle AA4/8, au guichet d’un bureau territorial de l’Agenzia delle Entrate, en présence physique obligatoire. Le formulaire est en italien, l’agent parle italien, et la notion de « motivation de la demande » n’a pas de traduction évidente pour qui n’a jamais eu affaire à cette administration.
- Vous inscrire à l’anagrafe.Le dossier suppose de produire des pièces déterminées, avec la possibilité d’attester certains éléments par autocertificazione, une déclaration sur l’honneur au sens des articles 46 et 47 du d.P.R. 445 du 28 décembre 2000. Une autocertificazionemal rédigée est une déclaration fausse, et ce n’est pas un régime de tolérance.
- Comprendre ce que vous signez chez le notaire.L’acte d’achat italien, le rogito, est un acte authentique rédigé en italien. Les modalités applicables lorsqu’une partie ne comprend pas la langue de l’acte — traduction, interprète, témoins — ne sont pas traitées par nos sources et doivent être demandées au notaire au moment de la lettre de mission, pas la veille de la signature. Ne signez pas un acte que vous ne lisez pas : c’est la règle la plus simple de ce guide, et c’est celle que l’on enfreint le plus souvent, par politesse.
- Exercer une option fiscale dans les formes.Le chapitre 18 en donne l’exemple le plus coûteux : l’option pour la cedolare seccasuppose une communication au locataire par lettre recommandée, laquelle est une condition d’efficacité et non une formalité accessoire.
- Vous soigner.Le vocabulaire médical est le dernier registre qu’on acquiert, et c’est celui dont on a besoin en urgence. Choisir un medico di baseavec lequel on ne peut pas décrire un symptôme est le vrai coût d’une installation sans la langue.
- Négocier.Un loyer, des travaux, un devis d’artisan, une facture contestée : tout cela se traite oralement, vite, et dans un registre où l’approximation vous désavantage systématiquement. Le prix de l’ignorance linguistique n’est pas dans les cours qu’on ne prend pas : il est dans les devis qu’on accepte.
Deux avertissements, en opinion assumée du cabinet. Le premier vise les lecteurs qui parlent espagnol : la proximité lexicale rend la compréhension passive rapide et l’expression trompeuse, et elle installe un plateau dont on ne sort pas sans travail formel. Le second vise les projets d’installation dans le Sud : l’italien administratif que vous apprendrez n’est pas la langue que vous entendrez au marché de Lecce ou de Raguse, et un adulte de soixante-dix ans qui s’installe dans un village où l’on parle d’abord le dialecte s’isole plus vite qu’il ne l’imagine. Ce n’est ni une raison de renoncer, ni un détail : c’est un poste de temps, à budgéter comme tel, avantle départ et non après. Les six mois d’italien pris en France, pendant que le projet se construit, sont le meilleur investissement du dossier — et le seul dont le rendement ne se discute pas.
L’administration : la chaîne de dépendances, et l’endroit où elle se bloque
Tout commence par le codice fiscale. C’est un identifiant fiscal, il ne crée aucune résidence fiscale — la confusion est fréquente et le chapitre 05 la traite — mais il conditionne à peu près tout : ouvrir un compte bancaire, signer un bail, souscrire une assurance, s’inscrire au service sanitaire, acheter un bien, immatriculer un véhicule, souscrire une fourniture d’électricité.
Et voici l’erreur opérationnelle la plus coûteuse de tout le processus, celle qui fait perdre plusieurs semaines à des dossiers par ailleurs bien préparés. Le consulat général d’Italie à Paris ne délivre pas le codice fiscale aux Français.Sa page « Codice fiscale », consultée le 30 juillet 2026, renvoie les citoyens de l’Union à « presentare il modello AA4/8 a un Ufficio territoriale dell’Agenzia delle entrate ». Le canal consulaire par courriel, assorti d’un délai de délivrance de trente jours, est réservé à des catégories résiduelles dont les Français ne font pas partie. Et la page de l’Agenzia delle Entrate confirme : « Per il rilascio del primo codice fiscale ai cittadini stranieri UE è necessario prenotare un appuntamento in presenza. La presenza allo sportello è obbligatoria ».
Il existe une règle générale permettant aux résidents à l’étranger de demander leur attribution à la représentation diplomatique italienne de leur pays de résidence. Elle existe. Le consulat de Paris ne l’ouvre simplement pas aux Français. Deux contournements sont praticables : mandater un représentant en Italie — un notaire, un dottore commercialista— muni d’une procuration, ce que l’administration admet pour l’achat immobilier et l’activité économique ; ou passer par un canal automatique lorsqu’il en existe un, comme le portail dédié aux étudiants. Un lecteur qui prépare un achat immobilier a donc intérêt à faire faire le codice fiscalepar son notaire italien, plusieurs mois avant l’acte.
Vient ensuite l’anagrafe, le registre de la population résidente. Le régime est à l’article 9 du D.Lgs. 30/2007, dont le comma 2 dispose : « Fermo quanto previsto dal comma 1, l’iscrizione e’ comunque richiesta trascorsi tre mesi dall’ingresso ed e’ rilasciata immediatamente una attestazione contenente l’indicazione del nome e della dimora del richiedente, nonche’ la data della richiesta ». Les apostrophes qui suivent « e » et « nonche » ne sont pas des coquilles : la base officielle des textes consolidés transcrit les voyelles accentuées finales de cette façon, et nous reproduisons ses citations telles qu’elle les sert, pour que vous les retrouviez en cherchant la chaîne exacte. Deux informations dans cette phrase : l’inscription est requise passé trois mois, et une attestation est délivrée immédiatement à la demande. Cette attestation, qui porte votre nom, votre dimoraet la date de la demande, est le document que vous produirez pendant les semaines d’instruction — et c’est souvent le seul justificatif dont vous disposerez pour ouvrir les autres portes.
Les pièces dépendent du fondement du séjour : documentation de l’activité pour un travailleur ; preuve de ressources suffisantes et d’une assurance couvrant tous les risques pour un inactif, qui est le cas de la majorité de nos clients ; inscription, assurance et ressources pour un étudiant. Le comma 4 permet d’apporter la preuve des ressources par autocertificazione. Et le comma 3-bis tempère utilement le barème : « Ai fini della verifica della sussistenza del requisito della disponibilita’ delle risorse economiche sufficienti al soggiorno, di cui al comma 3, lettere b) e c), deve, in ogni caso, essere valutata la situazione complessiva personale dell’interessato, con particolare riguardo alle spese afferenti all’alloggio, sia esso in locazione, in comodato, di proprieta’ o detenuto in base a un altro diritto soggettivo ». L’appréciation est globale et personnalisée, et elle tient compte du coût du logement et de son mode de détention : un propriétaire sans loyer à payer est mieux placé qu’un locataire à revenu identique. Enfin, le comma 7 prévoit que les demandes d’inscription des membres de la famille non ressortissants d’un État membre sont transmises par la commune à la Questura — un circuit plus long, à anticiper pour un conjoint extra-européen.
Le seuil de ressources : ce qui est établi, et ce que nous ne certifions pas
Le seuil est l’assegno socialeannuel, majoré de la moitié de son montant par membre de la famille, avec un doublement lorsqu’il s’agit de faire venir deux enfants ou plus de moins de quatorze ans, et en tenant compte du revenu global des membres du foyer vivant avec le demandeur.
Le montant 2026 de l’assegno sociale, en revanche, demande une réserve. Deux valeurs circulent : 538,69 € et 546,24 €par mois. Leur écart est de 1,4 %, exactement l’ordre de grandeur d’une revalorisation annuelle : ce sont donc vraisemblablement deux millésimes différents et non deux lectures concurrentes. Nous retenons 546,24 € pour 2026, soit 7 101,12 € par an sur treize mensualités, sur la circolare INPS n. 153 du 19 décembre 2025 — ce qui donne 3 550,56 €de majoration par membre de la famille. Nous n’avons pas ouvert l’annexe qui porte ce montant.
Ce que nous avons pu établir sur source primaire, en revanche, ce sont les paramètres voisins de la même circulaire : revalorisation des pensions de +1,4 % au 1er janvier 2026 en application du décret interministériel du 19 novembre 2025, et trattamento minimo provisoire 2026 à 611,85 € par mois, soit 7 954,05 €par an. Ne confondez pas ce dernier montant avec l’assegno sociale : ce sont deux prestations distinctes, et seule la seconde commande le seuil de ressources.
Rappel qui vaut d’être répété : en raison du comma 3-bis, ce barème ne s’applique pas comme un seuil rigidepour l’inscription anagraphique d’un citoyen de l’Union. Il donne un ordre de grandeur que la commune apprécie au regard de votre situation d’ensemble.
La chaîne complète ressemble donc à ceci, et son ordre n’est pas indifférent.
| Étape | Ce qu'elle exige en amont | Ce qu'elle débloque en aval |
|---|---|---|
| Codice fiscale (modèle AA4/8, guichet AdE, présence obligatoire) | Une pièce d'identité valable pour l'expatriation, un rendez-vous, une présence physique en Italie — ou une procuration donnée à un représentant local | Le compte bancaire, le bail, les fournitures, l'immatriculation d'un véhicule, l'acte d'achat |
| Compte bancaire italien | Le codice fiscale ; le chapitre 28 détaille l'ordre des opérations et l'erreur qui coûte six semaines | Le paiement de l'IMU, de la TARI, des fournitures et des charges de copropriété |
| Bail enregistré ou acte d'achat | Le codice fiscale ; le compte pour les virements ; l'enregistrement dans les 30 jours | L'adresse justifiée, sans laquelle l'anagrafe ne peut rien instruire |
| Inscription à l'anagrafe (art. 9, D.Lgs. 30/2007) | L'adresse, les pièces du comma 3, éventuellement une autocertificazione | L'attestation immédiate, puis la tessera sanitaria et l'exonération d'IMU sur l'abitazione principale |
| Inscription à l'ASL et tessera sanitaria | L'inscription anagraphique et, selon le cas, un formulaire européen ou le paiement de la contribution volontaire | Le medico di base, l'accès aux soins, les ordonnances |
| Exonération d'IMU sur la résidence principale | La demeure habituelle ET la résidence anagraphique dans le logement lui-même | Jusqu'à plus de 2 000 € par an d'économie sur un bien de taille moyenne |
La boucle se referme au premier maillon, et c’est là qu’elle bloque : pour obtenir un rendez-vous au guichet, il faut être en Italie ; pour rester en Italie plus de trois mois sans être inscrit nulle part, il faut accepter d’être en dehors du cadre du comma 2 précité. La sortie de cette boucle est presque toujours la même en pratique : mandater un professionnel local pour le codice fiscale, plusieurs mois avant le départ, de manière à arriver avec le premier maillon déjà en main.
Sur les délais, une position claire : nous ne publions pas de durée pour l’obtention d’un rendez-vous à l’Agenzia delle Entrate, ni pour l’instruction d’une inscription à l’anagrafe, ni pour la délivrance d’une tessera sanitaria. Ces durées varient d’un bureau à l’autre et d’une commune à l’autre, elles ne sont publiées nulle part de façon fiable, et un chiffre inventé donnerait une fausse assurance à un calendrier de déménagement. Les deux seules durées que nous tenons d’une source sont le délai de trente jours du canal consulaire — inapplicable aux Français — et le caractère immédiatde la délivrance de l’attestation anagraphique.
Ce que nous pouvons dire, en revanche, tient du conseil de praticien et il vaut d’être entendu : prévoyez large, ne prenez pas de billet de retour, n’engagez aucune date irréversible sur un dossier administratif italien non encore déposé, et surtout ne résiliez rien en France avant d’avoir votre tessera sanitariaen main. Nommons aussi ce qui est pénible, puisque personne ne le fait : vous ne serez pas prévenu si votre dossier est bloqué. Il n’y a pas d’accusé de réception qui vous appelle. C’est à vous de relancer, et le bon rythme est toutes les deux semaines, en vous déplaçant lorsque c’est possible.
La banque et les espèces : ce qui relève du quotidien, et ce que dit le chapitre 28
Le compte bancaire italien n’est pas juridiquement obligatoire pour acquérir un bien, mais il est pratiquement indispensable pour vivre : l’IMU, la TARI, les fournitures et les charges de copropriété se règlent par prélèvement ou par les canaux de paiement italiens. Le chapitre 28 traite l’ouverture, l’ordre des opérations, l’obligation déclarative française du formulaire 3916 et l’obligation italienne du quadro RW ; le chapitre 06 traite le calendrier d’installation. Trois points seulement relèvent du quotidien et méritent d’être ici.
Le premier est le plafond des espèces déjà cité : 5 000 € entre personnes distinctes depuis le 1er janvier 2023, avec interdiction du fractionnement artificiel, et un seuil distinct de 1 000 € pour le service de rimessa di denaro, le transfert de fonds. Le chiffre de 3 000 € qu’on lit encore partout provient du comma 1 de l’article 49, que le comma 3-bis du même article a expressément remplacé. Ce n’est pas un détail pour qui achète une voiture d’occasion, règle des travaux à un artisan ou verse un dépôt de garantie.
Le deuxième est une conséquence du premier qu’on ne voit pas venir : en Italie, la traçabilité des paiements est aussi une condition d’obtention d’avantages fiscaux. Les dispositifs de déduction et de crédit d’impôt sur les travaux, traités au chapitre 16, subordonnent le bénéfice à des modalités de paiement déterminées. La formulation est constante dans les textes : la dépense doit être supportée « con le modalità di pagamento previste per le spese di cui all’articolo 16-bis del Testo unico delle imposte sui redditi ». Ce n’est pas une recommandation de bonne gestion, c’est une condition de fond : un virement ordinaire au lieu du canal exigé fait perdre l’avantage. Les sources que nous avons consultées le 30 juillet 2026 ne décrivent, sur ce point précis, aucun mécanisme de régularisation a posteriori : nous ne pouvons donc ni vous promettre un rattrapage, ni affirmer qu’il n’en existe aucun. Traitez la question comme si la réponse était non. Avant le premier acompte à une entreprise, ce qu’il faut demander au commercialistan’est pas « ai-je droit à l’avantage » mais « par quel canal exactement dois-je payer, et que doit porter le libellé du virement ».
Le troisième est un coût récurrent que nous ne chiffrons pas mais que nous signalons : les honoraires d’un commercialista. Un résident fiscal italien qui a conservé un patrimoine français déclare des deux côtés : déclaration française de non-résident d’une part, déclaration italienne avec quadro RWd’autre part. C’est une charge annuelle nouvelle, absente de tous les budgets prévisionnels qu’on nous soumet, et elle n’est pas facultative. Elle est aussi la meilleure dépense du dossier : les sanctions italiennes du quadro RW, chiffrées au chapitre 28, sont sans commune mesure avec des honoraires.
Trois budgets de foyer, ligne par ligne
Voici trois reconstructions. Elles ne sont pas des enquêtes, elles ne sont pas des moyennes observées : ce sont des assemblages de données sourcées et d’estimations, et chaque ligne porte sa qualification. [S] signale une donnée sourcée, [E] une estimation du cabinet, [?]un poste que nous refusons de chiffrer. Les totaux excluent les lignes marquées d’un point d’interrogation : ils sont donc, sur ces postes-là, des minorants. Et sur le poste du plancher ISTAT additionné d’un loyer, ils sont au contraire un majorant, pour la raison de méthode exposée plus haut. Lisez-les comme des ordres de grandeur, pas comme des devis.
Foyer A — un couple de retraités français, 68 et 66 ans, installé dans les Pouilles, dans une commune de moins de 50 000 habitants, propriétaire de sa résidence principale achetée comptant, percevant des pensions françaises, couvert par un formulaire S1.
| Poste | € par mois | Statut et source |
|---|---|---|
| Plancher vital ISTAT — couple 60-74, Pouilles, petite commune | 911 | [S] ISTAT 2024, 911,49 € exactement |
| Supplément de confort : loisirs, restaurants, déplacements, imprévus | 500 à 800 | [E] estimation du cabinet |
| Électricité | 65 | [S] ARERA, II trimestre 2026, ménage type 3 kW / 2 700 kWh |
| Gaz et chauffage | ? | [?] aucune source primaire exploitable |
| IMU sur la résidence principale non A/1, A/8, A/9 | 0 | [S] art. 1, comma 740, L. 160/2019, sous condition d'inscription anagraphique dans le logement |
| TARI | ? | [?] fixée par la commune, aucun montant publiable |
| Complémentaire santé privée | ? | [?] recommandée par le cabinet, non chiffrée |
| Cotisation maladie française sur les pensions (art. L. 131-9 CSS) | ? | [?] taux non confirmés sur l'arrêté qui les fixe |
| Entretien courant d'une maison ancienne | ? | [?] poste réel, non chiffrable |
| Honoraires annuels d'un commercialista | ? | [?] charge nouvelle, à faire chiffrer sur devis |
| Total indicatif, hors lignes non chiffrables | 1 476 à 1 776 | Minorant |
Ce foyer est celui pour lequel l’installation italienne fonctionne le mieux sur le plan du train de vie, et il faut dire pourquoi : il cumule un plancher régional parmi les plus bas, la petite commune, l’absence de loyer et l’absence d’IMU. Les lignes ouvertes ne sont pas négligeables pour autant — chauffage, TARI, complémentaire santé, cotisation maladie française et honoraires comptables représentent ensemble, à vue de praticien, plusieurs centaines d’euros par mois. C’est précisément parce qu’elles ne sont pas négligeables que nous refusons de les inventer : un budget dont on connaît les trous est plus sûr qu’un budget qui les remplit au jugé.
Foyer B — un couple franco-italien en activité, 42 et 40 ans, un enfant de 13 ans, installé à Milan intra-muros, locataire d’un T3 de 80 m².
| Poste | € par mois | Statut et source |
|---|---|---|
| Plancher vital ISTAT — couple 30-59 + 1 adolescent, centre de l'aire métropolitaine lombarde | 1 920 | [S] ISTAT 2024, 1 919,66 € exactement — le plus élevé du pays |
| Loyer d'un T3 de 80 m² (80 × 23,3 €/m²) | 1 864 | [S] reconstruction sur prix demandé idealista, juin 2026 |
| Électricité | 65 | [S] ARERA, II trimestre 2026 |
| IMU | 0 | [S] le locataire n'est pas redevable |
| TARI | ? | [?] à la charge de l'occupant, donc du locataire |
| Charges de copropriété | ? | [?] variables ; chauffage centralisé fréquent dans le parc milanais |
| Complémentaire santé privée | ? | [?] recommandée, non chiffrée |
| Total indicatif, hors lignes non chiffrables | 3 849 | Majorant sur la part logement, minorant sur les charges |
Regardez la première et la deuxième ligne : le loyer milanais pèse presque autant que le plancher vital de tout le foyer. Et pour ce foyer précisément, le plancher ISTAT milanais est 60 %plus élevé que celui d’un foyer identique en Basilicate et 34 %plus élevé qu’en Ombrie, à taille de commune comparable. Le message est net et il déplaît : Milan ne fait pas économiserpar rapport à une grande ville française. Un cadre qui s’installe à Milan le fait pour une carrière, pour un régime d’impatriation traité au chapitre 03, ou pour une ville qu’il aime. Pas pour son budget.
Foyer C — une personne seule de 70 ans, installée en Ombrie dans une commune moyenne, propriétaire d’une maison de village rénovée qui est sa résidence principale.
| Poste | € par mois | Statut et source |
|---|---|---|
| Plancher vital ISTAT — 1 personne 60-74, Ombrie, petite commune | 788 | [S] ISTAT 2024, 788,01 € exactement |
| Supplément de confort | 350 à 600 | [E] estimation du cabinet |
| Électricité | 65 | [S] ARERA, II trimestre 2026 |
| Gaz et chauffage d'une maison ancienne | ? | [?] poste potentiellement lourd en Ombrie l'hiver |
| IMU sur la résidence principale | 0 | [S] sous condition d'inscription anagraphique |
| TARI | ? | [?] |
| Entretien d'une maison ancienne | ? | [?] à ne surtout pas sous-estimer |
| Complémentaire santé privée | ? | [?] d'autant plus recommandée que le foyer est isolé et âgé |
| Total indicatif, hors lignes non chiffrables | 1 203 à 1 453 | Minorant |
L’écart entre le foyer C et le foyer B est de l’ordre de 2 500 € par mois, soit 30 000 € par an, et plus de la moitiéde cet écart tient au seul loyer. Autrement dit : à la seule commune choisie et au seul statut d’occupation. Ni à la taille du ménage, ni au pays, ni au régime fiscal. C’est la conclusion de ce chapitre et elle tient en une ligne : dans un projet italien, la géographie pèse plus lourd sur le budget courant que la nationalité du système fiscal. Le chapitre 21 montre que l’inverse est vrai sur le plan fiscal, où la commune ne change presque rien sauf pour des profils précis. Les deux chapitres se lisent ensemble, et ils ne disent pas la même chose parce qu’ils ne parlent pas du même argent.
Faire chiffrer le coût réel de l'installation avant de choisir la commune, pas après
Nous construisons le budget d'installation dans l'ordre où il se paie : loyer ou acquisition selon le marché de la commune visée, charges de copropriété et TARI demandées par écrit à l'administrateur et à la commune, contribution d'inscription au service sanitaire demandée par écrit à l'ASL compétente, IMU calculée sur la rendita catastale et sur le taux effectivement voté, complémentaire santé, énergie sur les consommations réelles du bien, honoraires du commercialista. Le calendrier administratif — codice fiscale, anagrafe, tessera sanitaria — entre dans le même chiffrage, parce que son ordre conditionne l'exonération d'IMU et l'année d'entrée dans le régime fiscal. Sur les points de droit italien qui touchent au logement, à l'école, au séjour ou au véhicule, la mise en relation avec des avocats et des commercialisti italiens fait partie de l'accompagnement.
Ce qui coûte plus cher qu’en France : la liste, sans adoucissement
Un guide qui ne dit que du bien de l’Italie est un dépliant. Voici, rassemblés, tous les postes de ce chapitre où l’installation vous coûtera davantagequ’en France, avec leur source.
| Poste | Écart | Source et portée |
|---|---|---|
| Santé | + 17,9 % | Eurostat 2024. Le plus gros poste défavorable, et il vise d'abord les plus de 60 ans. L'écart se forme en ville, pas à l'hôpital |
| Électricité, gaz et autres combustibles | + 16,0 % | Eurostat 2024. Mange une partie du gain sur le logement, surtout dans le bâti ancien non isolé |
| Lait, fromages et œufs | + 9,4 % | Eurostat 2024. Contre-intuitif, et sensible pour un foyer avec enfants |
| Habillement et chaussures | + 9,3 % | Eurostat 2024. Poste rarement mentionné, réel pour une famille |
| Communications | + 4,3 % | Eurostat 2024. Faible en soi, mais perçu comme fort par un Français habitué à un marché exceptionnellement bon marché |
| Services hospitaliers | + 1,0 % | Eurostat 2024. Quasi neutre : ce n'est pas là que se forme l'écart santé |
| Inscription volontaire au SSN | jusqu'à 2 000 € par an et par personne | Pratique de trois ASL sur quatre relevées. Sans équivalent pour un résident affilié en France |
| Complémentaire santé | poste nouveau | Recommandation du cabinet. Ligne absente de la quasi-totalité des budgets qu'on nous soumet |
| Honoraires d'un commercialista et double déclaration | poste nouveau | Conséquence directe de la conservation d'un patrimoine français : chapitre 28 |
| Seconde voiture en zone rurale | poste nouveau | Raisonnement, non chiffré. Conséquence du choix d'une petite commune éloignée |
| IMU sur une résidence secondaire italienne | 0 à 2 298 € par an | Pour une rendita de 1 200 €, selon la seule délibération communale |
| Apprentissage de la langue | poste de temps | Non chiffrable. Conditionne l'accès à tous les autres postes, y compris la négociation |
Ajoutez-y ce qui ne se chiffre pas et qui pèse. Les délais administratifs, dont nous avons dit que nous refusions de les estimer et qui sont la première source de frustration des six premiers mois. La distance à la famille restée en France, et le coût réel — billets, temps, culpabilité — de trois allers-retours par an. Et l’effet de bascule qui se produit vers la soixante-quinzième année, quand la maison de village en haut de la colline devient un problème et non plus un rêve : c’est le moment où l’écart de 17,9 % sur la santé et la distance à l’hôpital cessent d’être des lignes de tableau. Ce moment arrive, et il arrive plus tôt qu’on ne l’anticipe à soixante-cinq ans. Le meilleur conseil que nous donnions sur ce point n’a rien de patrimonial : choisissez une commune dont vous accepteriez encore la géographie à quatre-vingts ans.
Pour qui le budget change vraiment, et pour qui il ne change pas
Le budget courant s'améliore nettement
Trois configurations où l'écart se voit dès le premier trimestre.
Le budget bouge peu, et l'arbitrage se joue ailleurs
Le train de vie n'est pas le bon critère : la décision se prend sur les chapitres fiscaux et successoraux.
Le budget se dégrade, et il faut le dire
Quatre profils pour lesquels notre réponse est de ne pas partir pour des raisons de coût de la vie.
Ce que ce chapitre ne tranche pas, et ce qu’il faut faire trancher
Sept points restent ouverts au terme de ce chapitre. Aucun n’est théorique, et pour chacun nous indiquons la question exacte à poser, l’interlocuteur et les pièces à réunir. Sur ceux qui touchent au droit — séjour, école, véhicule, notariat — l’arbitrage doit être fait avec nos avocats partenaires spécialisés sur l’Italie avant tout acte irréversible : avant de signer un bail, un compromis, ou de résilier quoi que ce soit en France.
Les sept questions à faire trancher, et les pièces à réunir pour chacune
- Quel montant l’ASL de ma commune applique-t-elle à l’inscription volontaire d’un ressortissant français ?Interlocuteur : l’ASL territorialement compétente, par écrit. Pièces : composition du foyer, revenu global de l’année précédente, titre d’occupation du logement, éventuel formulaire européen détenu. L’écart possible est de 1 613 € par an et par personne, et la contribution n’est pas fractionnable : la question se pose avant de choisir la commune, pas après.
- Quel est le taux d’IMU voté par la commune, et quelle est la rendita catastale du bien ?Interlocuteurs : le service des impôts de la commune et le vendeur ou le bailleur. Pièces : visura catastale du bien, prospettodes taux annexé à la délibération communale de l’année en cours. C’est la seule des sept questions dont la réponse est publiée : le prospettoest normalisé et consultable, et une délibération qui n’en comporte pas ne produit pas ses effets. Vérifiez au passage la date de la version que vous lisez : c’est celle publiée au 28 octobre qui commande le solde de décembre. L’écart possible va de 0 € à plus de 2 200 € par an pour une résidence secondaire de taille moyenne.
- Quel est le montant de la TARI pour ce logement, et quelles ont été les charges de copropriété des trois derniers exercices ?Interlocuteurs : la commune et l’amministratore di condominio. Pièces : surface du logement, nombre d’occupants, comptes rendus des trois dernières assemblées de copropriété. Ce sont les deux seules lignes de ce chapitre qu’un courriel transforme d’inconnue en certitude.
- Quelles sont les règles applicables à un véhicule immatriculé en France conduit par un résident italien, et au permis de conduire français ? Interlocuteurs : un professionnel local et, sur le volet sanction, un avocat. Pièces : certificat d’immatriculation, permis, date effective d’inscription à l’anagrafe. À régler avant le déménagement.
- Comment se déroule la signature d’un acte notarié lorsqu’une partie ne maîtrise pas l’italien ?Interlocuteur : le notaire, dès la lettre de mission. Pièces : aucune, mais une réponse écrite sur les modalités de traduction, d’interprétariat et de lecture de l’acte, et sur leur coût. Un acte d’achat signé sans être compris est un risque que rien ne répare ensuite.
- Quelles sont les modalités et le calendrier de scolarisation de mes enfants, et la reconnaissance de leur cursus français ?Interlocuteurs : le service scolaire de la commune, l’établissement visé, les services de l’ambassade. Pièces : bulletins, attestations de scolarité, dates limites d’inscription. Nous ne traitons pas ce sujet et nous ne le traiterons pas : une erreur y coûte une année scolaire.
- Le formulaire S1 est-il le bon choix, compte tenu de son effet sur les prélèvements sociaux français ?Interlocuteurs : la caisse d’assurance maladie, la caisse de retraite, et notre cabinet pour le chiffrage croisé. Pièces : montant et nature de chaque pension, inventaire des revenus fonciers et des plus-values immobilières de source française. Le S1 est un gain sanitaire et un coût fiscal : c’est un arbitrage, pas une évidence, et le chapitre 26 en pose les termes.
Datation et statut des chiffres de ce chapitre
Toutes les données de ce chapitre sont arrêtées au 30 juillet 2026. Leurs millésimes propres, en revanche, diffèrent, et il faut les connaître pour savoir ce qui vieillira le plus vite.
- Eurostat, indices de niveau de prix : millésime 2024, dernière année disponible dans le jeu de données prc_ppp_indà la date d’extraction. Base UE27 = 100.
- ISTAT, seuils de pauvreté absolue : millésime 2024, extraction SDMX.
- Loyers et prix de vente : juin 2026, prix demandés sur panel d’annonces, publiés les 1er et 2 juillet 2026. Ce ne sont pas des statistiques publiques, et les cellules que la source ne publie pas portent un tiret.
- Électricité : deuxième trimestre 2026, service de protection tarifaire, ménage type 3 kW et 2 700 kWh par an.
- Gaz : reprises de presse de publications mensuelles visant les seuls clients vulnérables, avril à juin 2026. Non exploité pour un budget.
- Contribution SSN : relevés d’ASL du 30 juillet 2026. Le plafond de ticket de 36,15 € et la fourchette de l’assegno unicoproviennent d’une fiche mise à jour en 2024, à recontrôler.
- Textes de loi : versions consolidées consultées le 30 juillet 2026. Ni l’IMU, ni le droit de séjour, ni la contribution au service sanitaire, ni le plafond des espèces, ni l’enregistrement des baux ne sont affectés par la recodification des impôts sur les revenus au 1er janvier 2027.
- Un texte consolidé n’est pas un texte à jour, et ce chapitre en donne deux démonstrations qu’il faut retenir au-delà de lui. Le comma 741 de la L. 160/2019 circule encore dans sa rédaction d’avant la sentenzan. 209 de 2022, y compris sur des pages officielles ; l’article 49, comma 1, du D.Lgs. 231/2007 porte encore 3 000 € alors que le comma 3-bis du même article y a substitué 5 000 € depuis le 1erjanvier 2023. Dans les deux cas, la règle réelle est ailleurs que dans la phrase qu’on lit : dans une note d’actualisation pour l’un, dans un comma voisin pour l’autre. Sur tout article italien qui vous coûte de l’argent, ouvrez les notes et lisez les commas suivants.
Une précision de conformité, enfin, qui vaut pour tout le guide. Nous décrivons des catégories de solutions — complémentaire santé, contrat international, compte bancaire italien — et nous ne nommons aucun établissement, aucun assureur, aucun courtier et aucun contrat. Aucun des chiffres de ce chapitre n’est une promesse : le taux de 3 % utilisé dans le calcul du point mort est une convention arithmétique, et les ordres de grandeur des trois budgets de foyer sont des reconstructions destinées à être remplacées, ligne par ligne, par les réponses écrites des interlocuteurs listés plus haut.
30. Douze dossiers chiffrés, dont quatre où la réponse est non
Vingt-neuf chapitres vous ont donné des règles. Celui-ci vous donne des factures. Douze situations, douze patrimoines, douze chronologies, et pour chacune le calcul refait des deux côtés de la frontière : ce que la France continue de prélever, ce que l’Italie ajoute, ce qui reste dans la poche à la fin. Quatre de ces douze dossiers se terminent par un non— non pas « non à ce régime », mais non à l’Italie. Trois autres se terminent par un oui au pays et un non au montage : le projet tient, la façon dont il est construit ne tient pas. Cinq seulement se terminent par un oui franc.
Il faut dire tout de suite ce qui fait basculer un dossier, parce que ce n’est presque jamais ce que le client croit. Ce n’est pas le taux italien : le barème de l’IRPEF frappe le premier euro à 23 % et monte à 43 % dès 50 000 €, sans quotient familial, sans décote et sans abattement de 10 % — l’Italie de droit commun est plus chère que la France pour un revenu moyen, et elle l’est franchement. Ce qui fait basculer un dossier, c’est la nature des revenus, leur source, et la date au jour prèsà laquelle vous devenez résident. Deux clients aux revenus identiques, l’un en loyers étrangers et l’autre en dividendes étrangers, n’ont pas le même arbitrage : le seuil à partir duquel le forfait devient rentable varie du simple au double entre les deux.
Une précision de méthode, et elle commande la lecture de tout ce qui suit. Ces douze dossiers sont des illustrations de mécanismes, construites sur des paramètres publics vérifiés et sur des hypothèses explicites. Ils ne sont pas des consultations. Aucun d’eux ne peut être transposé à votre situation sans que trois choses soient reprises : les taux réels de votre région et de votre commune italiennes, la composition exacte de vos revenus par catégorie et par source, et les points de droit que le dossier franco-italien ne tranche pas — ils sont nombreux, ils sont signalés à chaque fois, et deux d’entre eux portent sur des montants à six chiffres.
Dernier avertissement, sur les personnes. Les douze dossiers sont composites : chiffres, âges, patrimoines et calendriers ont été recomposés pour illustrer une mécanique, jamais décalqués d’un client. Si vous vous reconnaissez dans l’un d’eux, c’est que la mécanique est fréquente, pas que le dossier est le vôtre.
Avertissement de datation — le droit décrit ici expire le 31 décembre 2026
Le D.Lgs. 19 giugno 2026, n. 117 (Gazzetta Ufficiale Serie Generale n. 152 du 3 juillet 2026, Supplemento Ordinario n. 26/L) approuve un nouveau testo unico delle disposizioni legislative in materia di imposte sui redditi. Son article 376, comma 1, lettre e), abroge les articles 1 à 191 du D.P.R. 917/1986 — le TUIR —, et son article 377fixe l’application du nouveau texte au 1er janvier 2027. Au même jour disparaissent l’article 16 du décret TVA, les articles 13 à 23 du D.L. 201/2011 qui portent l’IVIE et l’IVAFE, et l’article 5 du D.L. 167/1990 qui sanctionne le quadro RW. Les règles de fond sont très largement reprises ; la numérotation change.
Les quatre correspondances qui reviennent dans ce chapitre : le forfait des neo residenti passe de l’article 24-bis du TUIRà l’article 246 ; le régime des impatriés, de l’article 5 du D.Lgs. 209/2023 à l’article 225 ; le régime des enseignants et chercheurs, de l’article 44 du D.L. 78/2010 à l’article 226 ; le régime des retraités du Mezzogiorno, de l’article 24-ter à l’article 247. L’article 376, comma 2, pose une clause de renvoi automatique : les références aux dispositions abrogées « si intende alle corrispondenti disposizioni del presente testo unico ».
Une réserve qui vaut pour tous les dossiers construits sur le régime des impatriés : le texte de l’article 225 du nouveau texte unique n’a pas pu être obtenu dans nos travaux — l’annexe approuvée par le décret n’est pas exposée article par article sur Normattiva au 30 juillet 2026. Plusieurs commentaires professionnels indiquent que le régime codifié conserve le plafond de 600 000 € et la quote-part de 50 %. Nous ne l’écrivons pas comme un fait. Un dossier dont le transfert de résidence fiscale interviendrait en 2027 ou après doit être refait sur le texte publié.
Le point ouvert le plus lourd du dossier, et il porte sur le chiffre central
Le montant du forfait des neo residenti dépend de la date à laquelle vous transférez votre résidence civile au sens de l’article 43 du code civil italien— la demeure habituelle, et non la résidence fiscale de l’article 2 du TUIR. Trois cohortes coexistent : 100 000 €pour les transferts intervenus jusqu’au 10 août 2024 inclus, 200 000 € du 11 août 2024 au 31 décembre 2025, 300 000 € à compter du 1erjanvier 2026, avec un forfait par membre de la famille porté de 25 000 € à 50 000 €au même jour et pas avant. Chaque optant conserve le montant en vigueur lors de son entrée : ni le D.L. 113/2024 ni la L. 199/2025 ne sont rétroactifs, et l’un et l’autre le disent expressément.
Et voici la réserve, qu’il faut lire mot pour mot : le maintien du montant d’entrée au-delà du 1erjanvier 2027 est la lecture attendue, mais aucun texte ne l’écrit. Les deux clauses transitoires qui figent ce montant ne sont pas abrogées, mais elles sont adossées à un article du TUIR abrogé à cette date, tandis que le nouveau texte unique ne reprend aucune clause de sauvegarde. Pour trancher, il faudra un D.Lgs. correttivo ou la première circolare d’application du texte unique.
Ce que cela vaut, en euros : jusqu’à 200 000 € par ansur les années restantes d’une option de quinze ans, pour un optant entré en 2023. C’est le seul endroit de ce guide où nous refusons de conclure alors que le client attend une réponse, et c’est délibéré.
Les conventions de calcul, une fois pour toutes
Tous les chiffrages qui suivent reposent sur les mêmes paramètres. Les poser ici évite de les répéter douze fois et vous permet de refaire n’importe quel calcul avec vos propres taux. Une remarque sur ce que nous ne faisons pas : nous ne remplaçons jamais un paramètre que nos sources ne documentent pas par une valeur plausible. Quand le chiffre manque, la ligne porte la mention et la conclusion est donnée en fourchette. Un chiffrage qui se prétend exact sur des données qu’il n’a pas est plus dangereux qu’un chiffrage qui l’avoue.
| Paramètre | Valeur retenue | Fondement | Ce qui varie dans votre dossier |
|---|---|---|---|
| Barème de l'IRPEF 2026 | 23 % jusqu'à 28 000 € ; 33 % de 28 000 à 50 000 € ; 43 % au-delà | Art. 11, comma 1, du TUIR, rédaction issue de la L. 199/2025, art. 1, comma 3 ; art. 11 du D.Lgs. 117/2026 | Rien : le barème est national. La deuxième tranche est passée de 35 % à 33 % le 1er janvier 2026, tout chiffrage bâti sur 35 % est à refaire |
| Formule directe au-delà de 50 000 € | IRPEF = 0,43 × R − 7 800 | Somme des trois tranches : 6 440 + 7 260 + 0,43 × (R − 50 000) | Rien. Entre 28 000 et 50 000 € : IRPEF = 0,33 × R − 2 800 |
| Addizionali regionale et comunale | Hypothèse de 2,03 % au total (1,23 % régionale au taux de base + 0,80 % communale au plafond) | Art. 50 du D.Lgs. 446/1997 ; art. 1 du D.Lgs. 360/1998 | Beaucoup. La régionale peut être majorée jusqu'à 2,1 points, la communale plafonne à 0,8 % et à 0,9 % à Rome. Le marginal supérieur cumulé atteint 47,23 %. Les taux votés région par région et commune par commune ne figurent pas dans nos relevés : ils se prennent sur les tableaux du ministère de l'Économie |
| Detrazioni de l'article 13 du TUIR | Présentées en fourchette : 713 € à 1 955 € pour une pension, 690 € à 1 955 € pour un salaire, 1 265 € au plus pour un revenu indépendant | Art. 13 du TUIR ; art. 13 du D.Lgs. 117/2026 | Elles sont dégressives et s'annulent à 50 000 € de revenu global. Les formules de dégressivité n'ont pas été reprises sur la source : d'où la fourchette, et l'interdiction de publier un montant unique |
| Retenue française de l'article 182 A | 0 % jusqu'à 17 275 € ; 12 % jusqu'à 50 112 € ; 20 % au-delà, sur l'assiette après abattement de 10 % | BOI-BAREME-000043 du 2 avril 2026 | Les tranches à 0 % et 12 % sont LIBÉRATOIRES (art. 197 B du CGI) : ce n'est pas un simple acompte. La fraction à 20 % reste un acompte régularisable |
| Prélèvements sociaux français d'un non-résident | 17,2 % sur les revenus fonciers nus et les plus-values immobilières ; 7,5 % si affiliation à un régime de l'EEE ou de Suisse ET absence de prise en charge par un régime obligatoire français ; 31,4 % au titre du PFU | BOSS, questions 3, 6 et 10 ; I ter des art. L. 136-6 et L. 136-7 du CSS ; art. 235 ter du CGI | Tout. Les deux conditions du taux réduit sont cumulatives, et un retraité titulaire d'un formulaire S1 ne remplit pas la seconde. La location meublée n'est pas tranchée : 17,2 ou 18,6 %. Ne jamais substituer un taux globalement : trier par produit |
| IVIE et IVAFE | IVIE 1,06 % de la valeur, non due si le montant n'excède pas 200 € ; IVAFE 2 ‰ des produits financiers, 34,20 € par compte courant avec franchise de 5 000 € de solde moyen | Art. 19, commi 13 à 22, du D.L. 201/2011 ; L. 213/2023 | L'optant au forfait de l'article 24-bis en est dispensé, ainsi que les membres de sa famille couverts par l'option. L'impatrié, le chercheur et le retraité de l'article 24-ter y restent intégralement soumis |
| Barème français de l'impôt sur le revenu | 11 600 / 29 579 / 84 577 / 181 917 €, tranches à 0, 11, 30, 41 et 45 % | Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 ; ACTU-2026-00022 | Le quotient familial, la décote et le taux de CSG applicable à vos pensions, qui dépend de votre revenu fiscal de référence : ces trois paramètres se lisent sur votre dernier avis, ils ne sont pas dans nos relevés |
Les douze dossiers en une page
| Dossier | Profil | Régime instruit | Verdict |
|---|---|---|---|
| 1 | Retraités modestes, 34 000 € de pensions, projet dans le Salento | Art. 24-ter, 7 % | NON — le régime à 7 % ne fait pas gagner contre la France, il répare un handicap créé par le départ |
| 2 | Retraitée aisée, 118 000 € de revenus étrangers dont une retraite supplémentaire | Art. 24-ter contre droit commun contre forfait | OUI au 24-ter, de 24 700 à 29 500 € par an — et le forfait coûterait 262 995 € de plus que le droit commun |
| 3 | Directeur industriel recruté à Milan, 240 000 €, deux enfants mineurs | Impatriés, art. 5 | OUI — de l'ordre de 56 000 € par an nets d'IVIE, d'IVAFE, d'honoraires et de l'IRPEF italienne due sur le loyer lyonnais, pendant cinq périodes |
| 4 | Chercheuse en neurosciences recrutée à Bologne, 54 000 € | Art. 44 contre art. 5 | OUI, et pas au régime qu'elle croyait : l'article 44 lui rapporte de 5 400 à 6 100 € de plus par an |
| 5 | Famille dont le patrimoine financier étranger dépasse 40 M€ | Forfait, art. 24-bis | OUI sur les chiffres, sous six réserves dont trois non tranchées — et non si le patrimoine était de 15 M€ |
| 6 | Consultant indépendant qui s'installe à Turin, 78 000 € d'honoraires | Regime forfetario contre impatriés | OUI, mais pas à 5 % : le taux que tout le monde cite lui est fermé en droit, et les deux régimes ouverts finissent au coude-à-coude |
| 7 | Dirigeant détenant 68 % d'une SAS valorisée 14 M€, cession dix-huit mois après le départ | Exit tax, point 8 b) du Protocole, carve-out quinquennal | NON — pas dans ce calendrier : la France impose deux fois, l'Italie une troisième, et le taux italien n'est pas publiable |
| 8 | Couple achetant trois appartements en Sicile pour la location courte | Cedolare secca, seuil des deux logements | OUI au pays, NON au montage — le troisième logement fait basculer l'ensemble dans la présomption d'entreprise |
| 9 | DAF muté à Rome, conjointe qui renonce à son poste, deux enfants scolarisés | Impatriés, art. 5 | NON — 41 305 € de gain fiscal contre 58 000 € de revenu net perdu, avant même la scolarité |
| 10 | Résident d'Italie dont le père envisage une donation-partage avec pacte Dutreil | Art. 3, comma 4-ter, du TUS ; art. 55, comma 1-bis | OUI pour l'installation, NON pour le montage : le schéma français par défaut fait perdre l'exonération italienne |
| 11 | Couple mixte à Vérone, télétravail depuis l'Italie pour un employeur français | Résidence, impatriés, article 15 de la convention | OUI au pays, NON au plan tel qu'il est conçu — et le déménagement du 20 juin coûte une année entière |
| 12 | Développeuse de 29 ans, 54 000 € en France, offre à 42 000 € à Bologne | Impatriés, art. 5 | NON économique — le régime rattrape de 54 à 66 % de l'écart de salaire brut, pas davantage |
Dossier 1 — Danièle et Bernard, 34 000 € de pensions, cap sur le Salento
Bernard a 68 ans, Danièle 66. Ancien technicien de maintenance et ancienne assistante de direction, ils perçoivent ensemble 34 000 €de pensions annuelles : 11 400 € de régime général et 7 600 € d’Agirc-Arrco pour lui, 9 600 € et 5 400 € pour elle. Ils sont locataires à Angers, disposent de 90 000 € d’assurance-vie et de 40 000 € sur des livrets. Ils ont visité une commune de 11 000 habitants du Salento, où ils achèteraient comptant une maison à 120 000 €, et ils ont lu partout que l’Italie taxe les retraités étrangers à 7 %.
Le régime existe. Il est à l’article 24-ter du TUIR — article 247 du D.Lgs. 117/2026 à compter du 1er janvier 2027 —, il frappe l’ensembledes revenus de source étrangère et pas seulement la pension, la pension étrangère n’étant qu’une condition d’éligibilité. Il dure dix périodes d’imposition, suppose cinq périodesde non-résidence italienne préalable et une provenance d’un État lié à l’Italie par un accord de coopération administrative — la France en est un —, et il impose une commune de 30 000 habitants au plusde Sicile, Calabre, Sardaigne, Campanie, Basilicate, Abruzzes, Molise ou Pouilles, ou l’une des communes des cratères sismiques de 2009 et 2016. Leur commune du Salento est éligible sur le critère de population ; le chapitre 21 explique comment le vérifier commune par commune, et pourquoi la réponse ne se devine pas. Un chiffre à corriger au passage, parce qu’il circule partout : le seuil n’est pasde 20 000 habitants. C’était celui d’origine, en 2019 ; il a été relevé depuis.
Leurs deux pensions relèvent du paragraphe 2 de l’article 18de la convention du 5 octobre 1989 : régime général et Agirc-Arrco y sont classés par l’échange de lettres franco-italien du 20 décembre 2000, reproduit au BOFiP BOI-INT-CVB-ITA-10-20 § 920, dont la liste détaillée figure au BOI-ANNX-000341. La rédaction du paragraphe 2 est non exclusive— « sont imposables dans cet Etat », et non « ne sont imposables que » : la France conserve son droit d’imposer, l’Italie impose aussi comme État de résidence, et la double imposition s’élimine par le crédit d’impôt de l’article 24 § 2. Une réserve honnête sur ce classement : la lettre de 2000 vise l’Agirc et l’Arrco comme deux régimes distincts, antérieurement à leur fusion du 1er janvier 2019, et aucune source consultée n’établit que cet accord a été actualisé. La qualification du régime fusionné n’est pas formellement confirmée.
Dossier 1 — 34 000 € de pensions relevant de l'article 18 § 2, deux retraités
FRANCE — RETENUE DE L'ARTICLE 182 A, PAR BENEFICIAIRE
Bernard : 19 000 x 0,9 = 17 100, sous la limite de 17 275
Tranche 0 % ............................................ 0 €
Daniele : 15 000 x 0,9 = 13 500, sous la meme limite
Tranche 0 % ............................................ 0 €
RETENUE FRANCAISE TOTALE, LIBERATOIRE (art. 197 B) ....... 0 €
FRANCE — COTISATION DE L'ARTICLE L. 131-9 DU CSS
3,2 % sur les pensions de base : 3,2 % x 21 000 ........ 672 €
4,2 % sur les complementaires : 4,2 % x 13 000 ......... 546 €
SOUS-TOTAL (taux paraphrases, a confirmer) ........... 1 218 €
VOIE A — ITALIE AU DROIT COMMUN
Bernard IRPEF 23 % x 19 000 ......................... 4 370 €
Detrazione da pensione ....... − 713 a − 1 955 €
Addizionali 2,03 % x 19 000 ................... 386 €
Daniele IRPEF 23 % x 15 000 ......................... 3 450 €
Detrazione da pensione ....... − 713 a − 1 955 €
Addizionali 2,03 % x 15 000 ................... 305 €
Credit d'impot art. 165 TUIR : aucun impot francais .... 0 €
IMPOT ITALIEN ........................ 4 601 € a 7 085 €
CHARGE TOTALE APRES DEPART ........... 5 819 € a 8 303 €
VOIE B — ITALIE SOUS L'ARTICLE 24-ter
Imposta sostitutiva : 7 % x 34 000 ................... 2 380 €
Addizionali : non dues, l'IRPEF ne l'etant pas ........... 0 €
CHARGE TOTALE APRES DEPART ........................... 3 598 €
Gain de la voie B sur la voie A ....... 2 221 € a 4 705 €
CE QU'ILS PAIENT AUJOURD'HUI, RESIDENTS DE FRANCE
Pensions 34 000 − 10 % = 30 600, deux parts, 15 300/part
IR : (15 300 − 11 600) x 11 % x 2 ...................... 814 €
avant decote eventuelle
CSG, CRDS et CASA sur pensions : taux dependant du
revenu fiscal de reference — de l'exoneration au taux plein
hypothese de travail, taux plein 9,1 % x 34 000 .... 3 094 €
hypothese de travail, taux reduit 4,3 % x 34 000 ... 1 462 €
CHARGE ACTUELLE ...................... 2 276 € a 3 908 €
VERDICT ARITHMETIQUE
Charge apres depart, meilleur cas (24-ter) ........... 3 598 €
Charge actuelle, fourchette ........... 2 276 € a 3 908 €
Effet du demenagement ......... − 310 € a + 1 322 € par anRetenue française : BOI-BAREME-000043 du 2 avril 2026, assiette après abattement de 10 %, caractère libératoire des tranches à 0 % et 12 % en vertu de l'article 197 B du CGI. Cotisation de l'article L. 131-9 du code de la sécurité sociale : le siège légal est vérifié, les taux de 3,2 % et 4,2 % sont paraphrasés de documentations de caisses concordantes et n'ont pas été lus sur l'arrêté qui les fixe. Detrazioni : article 13 du TUIR, fourchette entre le minimum garanti de 713 € et le maximum de 1 955 €, les formules de dégressivité n'ayant pas été reprises sur la source. Non-dû des addizionali sous imposition substitutive : déduction tirée de la règle selon laquelle l'addizionale n'est due que si l'IRPEF est elle-même due au net des detrazioni ; aucune source consultée ne l'énonce expressément pour l'article 24-ter. Taux de CSG, de CRDS et de CASA sur les pensions d'un résident de France : les seuils de revenu fiscal de référence qui commandent l'exonération, le taux réduit et le taux plein ne figurent pas dans nos relevés. Les deux valeurs retenues sont des hypothèses de travail destinées à borner le résultat, et elles doivent être remplacées par le taux effectivement porté sur le dernier avis d'imposition avant toute décision.
Regardez la dernière ligne. Le régime à 7 % leur fait gagner de deux mille deux cents à quatre mille sept cents euros par an contre le droit commun italien — et à peu près rien contre la France. Selon le taux de CSG qui est aujourd’hui le leur, le déménagement leur coûte jusqu’à treize cents euros par an ou leur en fait gagner trois cents. La raison tient en une phrase : l’Italie taxe le premier euro à 23 %, sans quotient familial, quand la France exonère les 11 600 premiers euros par part et applique une décote. À 34 000 € pour deux personnes, la France est déjà un pays à faible fiscalité, et le 7 % italien ne fait que réparer un handicap qu’ils se seraient créés en partant.
Le verdict est non, et il faut le dire ainsi : ce déménagement ne se justifie pas par l’impôt. S’ils partent, qu’ils partent pour la lumière, pour le coût du logement — 120 000 € achetés comptant dans le Salento contre un loyer angevin — et pour le fait que leurs planchers de dépenses courantes y seront plus bas : le prix moyen national relevé en juin 2026 est de 1 903 €/m², et les provinces des Pouilles où ils cherchent se situent nettement en dessous, la province de Tarente étant relevée à 1 037 €/m². Ce sont de vraies raisons. Le 7 % n’en est pas une, et un conseil qui le leur présenterait comme le moteur de l’opération leur mentirait.
Six points opérationnels à traiter avant l’acte, quelle qu’en soit la conclusion, et aucun n’est théorique. Le codice fiscale d’abord : pour un ressortissant français, il se demande au moyen du modèle AA4/8auprès d’un bureau territorial de l’Agenzia delle Entrate, sur rendez-vous, la présence physique au guichet étant obligatoirepour une première attribution à un citoyen de l’Union. Le Consulat général d’Italie à Paris, page consultée le 30 juillet 2026, renvoie expressément les citoyens de l’Union à cette procédure : il ne délivre pas le codice fiscale aux Français avant le départ. Un seul contournement praticable pour ce profil : mandater un représentant en Italie, notaire ou dottore commercialista, muni d’une procuration, ce que l’administration admet pour l’achat immobilier et l’activité économique.
L’inscription anagraphique ensuite.Citoyens de l’Union, ils n’ont besoin d’aucun visa, mais l’inscription au registre de la population suppose des ressources suffisantes, appréciées par référence à l’assegno sociale : 7 101,12 € par an pour le demandeur seul et 3 550,56 €par membre supplémentaire de la famille, sur la base d’un montant mensuel de 546,24 € et de treize mensualités, tel qu’il ressort de la circolareINPS n. 153 du 19 décembre 2025. Deux précisions honnêtes : une seconde valeur, 538,69 €, circule, et l’écart de 1,4 % entre les deux correspond à l’ordre de grandeur d’une revalorisation annuelle — ce sont vraisemblablement deux millésimes, non deux lectures ; et ce barème n’est pas un seuil rigide pour un citoyen de l’Union, l’appréciation étant globale et tenant compte du coût du logement. À 34 000 € de pensions, ils passent très largement.
Les deux formalités sanctionnées, troisièmement, et personne ne les leur rappellera. La déclaration anagraphique doit être faite dans les 20 jours, la déclaration consulaire d’inscription au registre des Français établis hors de France dans les 90 jours. L’omission de l’une ou l’autre— pas seulement de la première — est sanctionnée d’une amende de 200 à 1 000 € par annéed’omission.
La couverture santé, quatrièmement. Titulaires de pensions françaises, ils obtiennent un formulaire S1 qui leur ouvre le Servizio Sanitario Nazionaleà la charge de la France, et ils n’ont donc pas à payer l’inscription volontaire. Cette inscription volontaire, pour ceux qui n’ont pas de S1, ne suit pas partout le même barème : l’une des aziende sanitarie locali que nous avons relevées affiche une contribution forfaitaire de 387,34 € « valido per l’anno solare non frazionabile », d’autres appliquent un barème proportionnel au revenu global. La règle commune, en revanche, est réelle et coûteuse : la contribution est annuelle et non fractionnable. S’inscrire en novembre coûte le prix de l’année entière.
Le calendrier, cinquièmement, et c’est le point où un mois de décalage change une année d’imposition. Pour ne pas devenir résidents d’Italie dès l’année d’arrivée, il faut arriver au plus tôt le 3 juilleten année ordinaire — le seuil est de 183 jours, non de « plus de 183 », et du 1erjuillet au 31 décembre il y a 184 jours. Les fractions de journée comptent pour un jour entier : l’illustration officielle de la circolare 20/E est un vol atterrissant à 23 h 00 le 1erjuillet et un vol repartant à 01 h 00 le 31 décembre, qui donnent ensemble 184 jours. Et il n’existe pas de split yearentre la France et l’Italie : la circolare20/E ne reconnaît de fractionnement conventionnel qu’avec l’Allemagne, la Suisse et le Panama.
L’achat, enfin.Sur une maison à 120 000 € acquise auprès d’un particulier avec le bénéfice du régime prima casa, l’imposta di registroest de 2 % au lieu de 9 %, et les imposte ipotecaria e catastale sont de 50 € chacune. Le régime suppose une déclaration d’intention de transférer la résidence dans la commune dans les dix-huit mois, à peine de déchéance, et il interdit de revendre dans les cinq ans sans racheter — le délai pour revendre une précédente prima casa ayant, lui, été porté de un à deux ans au 1erjanvier 2025. Une porte de sortie existe si le projet d’installation échoue : le ravvedimento operoso, praticable dans les dix-huit mois de l’acte, qui fait la différence entre payer le seul différentiel de droits et payer ce différentiel augmenté d’une majoration de 30 % et des intérêts. Deux détails matériels : le plafond de circulation des espèces est de 5 000 € depuis le 1erjanvier 2023 — et non 3 000 €, chiffre que le texte de l’article 49, comma 1, du D.Lgs. 231/2007 porte encore alors que le comma 3-bis du même article l’a remplacé — ; et le crédit d’impôt italien, qui ne joue pas ici mais jouera dès qu’un revenu français supportera un impôt, se demande au quadro CE du Fascicolo 3, à peine de déchéance.
Dossier 2 — Hélène, 118 000 € de revenus étrangers, et le forfait qui coûterait 262 995 € de trop
Hélène a 71 ans, elle est veuve, elle a dirigé une PME industrielle. Ses revenus annuels : 22 000 € de régime général, 38 000 € d’Agirc-Arrco, 18 000 € d’une retraite supplémentaire d’entreprise servie en rente, et 40 000 €de revenus financiers produits par un portefeuille de 1 400 000 € investi hors de France mais conservé chez un teneur de compte français. Elle détient aussi 600 000 € d’assurance-vie française sur lesquels elle ne prélève rien. Elle a vendu sa maison, elle est locataire. Elle envisage une commune éligible des Abruzzes.
Trois de ses quatre revenus n’ont pas le même traitement conventionnel, et c’est tout l’enjeu. Le régime général et l’Agirc-Arrco relèvent de l’article 18 § 2 : la France impose, l’Italie aussi, avec crédit d’impôt. La retraite supplémentaire d’entreprise ne relève de l’article 18 § 1, dont la rédaction est exclusiveau profit de l’État de résidence, que si l’adhésion au régime était facultative : l’échange de lettres du 20 décembre 2000 range au paragraphe 2 les pensions servies par les régimes dits « complémentaires »et « supplémentaires » auxquels les salariés ont été affiliésà titre obligatoire(BOI-INT-CVB-ITA-10-20 § 920, liste détaillée au BOI-ANNX-000341). Nous retenons ici l’hypothèse d’une adhésion facultative, et dans ce cas seulement la France perd tout droit d’imposer cette rente dès qu’Hélène est résidente d’Italie ; si l’adhésion était obligatoire, la rente rejoint l’assiette du paragraphe 2, la retenue de l’article 182 A porte sur 78 000 € et non sur 60 000 €, et le chiffrage qui suit est à refaire. Ses revenus financiers, enfin, sont de source étrangère : la France ne les impose pas, et ils ne sont pas davantage dans le champ des prélèvements sociaux français, qui ne frappent un non-résident que sur les revenus fonciers et les plus-values immobilières de source française. Les dividendes, les intérêts, les plus-values mobilières, le PEA et l’assurance-vie d’un non-résident sont hors champ, et c’est un point que les simulations bricolées en ligne manquent une fois sur deux.
Dossier 2 — 118 000 € de revenus étrangers, trois voies comparées
FRANCE — CE QUI RESTE DU, DANS TOUS LES CAS
Retenue art. 182 A sur 60 000 € (art. 18 § 2)
Assiette : 60 000 x 0,9 ........................... 54 000 €
0 % jusqu'a 17 275 .................................... 0 €
12 % sur 32 837 (de 17 275 a 50 112) ............. 3 940 €
20 % sur 3 888 (au-dela de 50 112) ................. 778 €
RETENUE FRANCAISE ................................... 4 718 €
dont 3 940 € definitivement acquis (art. 197 B)
Cotisation art. L. 131-9 du CSS
3,2 % x 22 000 + 4,2 % x 38 000 .................. 2 300 €
TOTAL FRANCE ........................................ 7 018 €
VOIE A — ITALIE AU DROIT COMMUN
Revenus au bareme : 60 000 + 18 000 ............... 78 000 €
IRPEF = 0,43 x 78 000 − 7 800 ................... 25 740 €
Detrazione : nulle au-dela de 50 000 .................. 0 €
Addizionali 2,03 % x 78 000 ....................... 1 583 €
Credit art. 165 TUIR sur l'impot francais ...... − 4 718 €
Revenus financiers 40 000 x 26 % .................. 10 400 €
IVAFE 2 pour mille x (1 400 000 + 600 000) ......... 4 000 €
IMPOT ITALIEN ...................................... 37 005 €
CHARGE TOTALE ...................................... 44 023 €
VOIE B — ITALIE SOUS L'ARTICLE 24-ter
Imposta sostitutiva : 7 % x 118 000 ................. 8 260 €
Addizionali : non dues .................................. 0 €
IVAFE : due, aucune dispense sous l'art. 24-ter .... 4 000 €
Credit sur les 4 718 € francais ................. INCERTAIN
CHARGE TOTALE si le credit est refuse .............. 19 278 €
CHARGE TOTALE si le credit est accorde ............. 14 560 €
Gain sur la voie A .................. 24 745 € a 29 463 €
Sur les 9 periodes ................ 222 705 € a 265 167 €
VOIE C — FORFAIT DE L'ARTICLE 24-bis
Imposta sostitutiva forfaitaire ................... 300 000 €
Charge totale : 300 000 € en Italie + 7 018 € en France 307 018 €
Surcout par rapport a la voie A ................... 262 995 €
Point mort du forfait, revenus au bareme .......... 683 544 €
Point mort du forfait, revenus financiers a 26 % .. 967 742 €Retenue française : BOI-BAREME-000043 du 2 avril 2026 ; le caractère libératoire de l'article 197 B ne couvre pas la fraction imposée à 20 %, qui reste un acompte donnant lieu à régularisation avec application du taux minimum de l'article 197 A. Article 18 § 1 et § 2 de la convention du 5 octobre 1989, texte du PDF officiel de la DGFiP. IVAFE : article 19, commi 18 à 22, du D.L. 201/2011 ; un contrat d'assurance-vie français y est soumis par principe, sauf si la compagnie a exercé les deux options italiennes ou si le contrat est confié en administration à un intermédiaire résident (circolare AdE n. 28/E du 2 juillet 2012, § 2.2.1). Crédit d'impôt sous l'article 24-ter : le dernier alinéa de l'article 24 § 2 de la convention exclut la déduction lorsque le revenu est assujetti en Italie à une retenue libératoire sur demande du bénéficiaire ; l'articulation de cette clause avec l'imposition substitutive de l'article 24-ter n'est traitée par aucune source consultée au 30 juillet 2026. Points morts du forfait : calculs du chapitre 04, hypothèse d'addizionali de 2,03 % pour la composante barème et rendement de 4 % pour la composante IVAFE — soit, pour les revenus financiers, une charge de droit commun de 0,26 R + 0,05 R.
Quatre enseignements, dont trois comptent plus que le résultat lui-même. Le premier : le forfait est hors sujet, et de très loin. Hélène a 118 000 € de revenus étrangers ; il en faudrait de 683 000 à 968 000 € selon leur nature pour que 300 000 € par an deviennent rationnels. C’est le contresens le plus fréquent que nous rencontrons : un client aisé se croit dans la cible du forfait alors qu’il en est à six fois le seuil d’entrée. Et notez l’écart entre les deux points morts — 683 544 € contre 967 742 € — : ce n’est pas le montant du revenu qui commande, c’est sa nature. Des loyers étrangers, imposés au barème, atteignent le point mort bien plus tôt que des dividendes imposés à 26 %.
Le deuxième : l’IVAFE reste due sous l’article 24-ter. La dispense de quadro RW, d’IVIE et d’IVAFE est écrite au comma 153 de la L. 232/2016, et ce comma ne vise que l’option de l’article 24-bis, en étendant d’ailleurs expressément la dispense aux membres de la famille couverts par cette option. Ni le régime des impatriés, ni celui des enseignants-chercheurs, ni celui des retraités du Mezzogiorno n’emportent l’équivalent : les dix commi de l’article 5 du D.Lgs. 209/2023 ont été lus intégralement, aucune disposition de ce type n’y figure. Quatre mille euros par an, pendant neuf ans : c’est un poste que personne ne chiffre et qui vaut 36 000 €.
Le troisième porte sur son contrat d’assurance-vie et sur son compte-titres, et il ouvre un levier réel. Un contrat français est soumis à l’IVAFE par principe, non par exception. La circolare28/E du 2 juillet 2012 distingue trois cas : si la compagnie opère en Italie et a exercé les deux options italiennes, le contrat est réputé détenu en Italie et l’IVAFE n’est pas due, le droit de timbre prenant sa place ; si le contrat est confié en administration à une società fiduciaria ou à un autre intermédiaire résident, l’IVAFE n’est pas due non plus ; dans tous les autres cas — c’est-à-dire dans la situation ordinaire d’un contrat français conservé tel quel — elle est due, et le contrat doit figurer au quadro RW comme au quadro RM. Le passage du troisième cas au deuxième par mandat d’administration est un levier de structuration à part entière, à chiffrer contre le coût du mandat. Le même mandat règle un second problème : un compte-titres resté chez un teneur de compte français ne peut pas, en l’état, relever du risparmio amministrato, ce qui fait basculer Hélène en regime della dichiarazioneet lui impose le calcul manuel de chaque plus-value. Confier les titres en administration à un intermédiaire résident restaure l’accès à l’amministrato : c’est un arbitrage honoraires contre charge déclarative, pas une impasse. Une réserve, cependant : l’effet de ce mandat sur la dispense de quadro RWn’est établi que pour les polices d’assurance, il ne l’est pas pour un portefeuille de titres.
Le quatrième est le point à faire arbitrer, et il vaut 4 718 € par an. Le dernier alinéa de l’article 24 § 2 de la convention écarte la déduction « dans le cas où l’élément de revenu est assujetti en Italie à l’impôt par voie de retenue à la source libératoire sur demande du bénéficiaire du revenu, conformément à la législation italienne ». L’article 24-ter est une imposta sostitutiva forfaitaire appliquée sur option. Si l’administration italienne la qualifiait de retenue libératoire sur demande, Hélène perdrait tout crédit d’impôt au titre de l’impôt français sur ses pensions de sécurité sociale. Aucune source consultée ne tranche. C’est le premier point à faire arbitrer par nos avocats partenaires spécialisés sur l’Italie avantque l’option ne soit exercée, parce qu’on n’en revient pas gratuitement. La question à leur poser tient en une ligne :l’imposition substitutive de l’article 24-ter entre-t-elle dans le champ du dernier alinéa de l’article 24 § 2 de la convention du 5 octobre 1989 ?Les pièces à réunir : le détail par régime de ses pensions françaises, l’attestation de retenue à la source de chaque caisse, et le projet de commune avec sa population certifiée.
Le verdict reste oui, et largement : même dans l’hypothèse défavorable où le crédit d’impôt lui serait refusé, l’article 24-ter lui fait gagner près de vingt-cinq mille euros par an sur neuf périodes. Mais il faut voir contre quoi : contre le droit commun italien, pas contre la France. Hélène paie aujourd’hui, en France, un impôt sur le revenu que nous n’avons pas chiffré ici faute de connaître sa décote et son quotient, et des prélèvements sociaux sur ses pensions. Le gain net du départ, pour elle, tient à ce que ses 40 000 € de revenus financiers étrangers, taxés 26 % en Italie contre 31,4 % au titre du prélèvement forfaitaire unique français, et ses 18 000 € de rentesortent du champ français. Ce sont ces deux lignes qui portent l’opération, pas le 7 %.
Dossier 3 — Sébastien, directeur industriel à Milan, 240 000 € et deux enfants mineurs
Sébastien a 41 ans. Un groupe industriel italien lui propose la direction de sa division européenne à Milan : 200 000 € de fixe et 40 000 €de bonus cible. Il n’a jamais résidé en Italie, il n’a jamais travaillé pour ce groupe, et il n’est pas muté par son employeur actuel — trois éléments qui, ensemble, lui ouvrent la condition de non-résidence la plus courte, trois périodes et non six ou sept. Sa femme, juriste, obtient un poste à Milan à 48 000 €. Deux enfants, 7 et 12 ans. Ils conservent leur appartement lyonnais, acquis 430 000 € et valant 620 000 €, qu’ils louent nu 18 000 € par an. Assurance-vie 340 000 €, PEA 180 000 €, compte-titres 90 000 €. Ils s’installent le 3 mars 2026.
Le régime applicable est l’article 5 du D.Lgs. 209/2023, en vigueur depuis le 1erjanvier 2024, et il n’a plus grand-chose à voir avec celui que décrivent les pages francophones. La quote-part imposable est de 50 %, ramenée à 40 %en présence d’un enfant mineur — c’est son cas — dans la limite de 600 000 € de revenu éligible par an, pendant cinq périodes d’imposition, sous condition d’elevata qualificazione o specializzazione et avec un engagement de résidence de quatre anssanctionné par la reprise rétroactive des avantages avec intérêts. Les « 70 % d’exonération pendant dix ans » que l’on lit partout décrivent l’ancien article 16 du D.Lgs. 147/2015, réservé aux personnes ayant transféré leur résidence anagraficaau plus tard le 31 décembre 2023. Le bonus territorial à 10 % du Sud a été purement et simplement supprimé.
Dossier 3 — 240 000 € sous le régime des impatriés, quote-part de 40 %
ITALIE — IMPOT SUR LE REVENU DE SEBASTIEN
Revenu eligible : 240 000, sous le plafond de 600 000
Quote-part imposable : 40 % (un enfant mineur) ..... 96 000 €
IRPEF = 0,43 x 96 000 − 7 800 .................... 33 480 €
Addizionali 2,03 % x 96 000 ....................... 1 949 €
IMPOT ITALIEN SOUS LE REGIME ....................... 35 429 €
Pour memoire, sans le regime :
IRPEF = 0,43 x 240 000 − 7 800 ................... 95 400 €
Addizionali 2,03 % x 240 000 ...................... 4 872 €
IMPOT ITALIEN DE DROIT COMMUN ................... 100 272 €
GAIN ANNUEL DU REGIME .............................. 64 843 €
Sur les cinq periodes ............................. 324 215 €
FRANCE — L'APPARTEMENT LYONNAIS RESTE IMPOSABLE EN FRANCE
Revenu foncier net ................................. 18 000 €
IR au taux minimum de 20 % (art. 197 A) ............. 3 600 €
Prelevements sociaux
au taux plein de 17,2 % ........................... 3 096 €
au taux reduit de 7,5 %, deux conditions remplies .. 1 350 €
TOTAL FRANCE, taux reduit obtenu .................... 4 950 €
Economie du taux reduit ............................. 1 746 €
ITALIE — LES IMPOTS PATRIMONIAUX QUE L'IMPATRIE PAIE QUAND MEME
IVIE 1,06 % x 430 000 (cout d'acquisition) .......... 4 558 €
− taxe fonciere imputable, hypothese ............ − 1 900 €
IVIE NETTE .......................................... 2 658 €
IVAFE 2 pour mille x (340 000 + 180 000 + 90 000) ... 1 220 €
Quadro RW : du, integralement
Honoraires de commercialista, ordre de grandeur ..... 2 500 €
BILAN ANNUEL
Gain du regime des impatries ....................... 64 843 €
− IVIE nette, IVAFE, honoraires .................... − 6 378 €
+ economie du taux reduit de prelevements sociaux ... 1 746 €
SOUS-TOTAL .......................................... 60 211 €
− IRPEF et addizionali italiennes sur le loyer lyonnais :
le bien etant LOUE, l'exclusion du comma 15-ter ne joue
pas, l'article 70, comma 2, du TUIR s'applique et les
18 000 € de revenu foncier net francais entrent au
bareme italien au taux marginal de 43 % (7 740 € d'IRPEF
et 365 € d'addizionali), sous credit d'impot de
l'article 165 ...................... − 3 155 a − 4 505 €
GAIN NET, HORS COUT DE LA VIE ......... 55 706 € a 57 056 €Régime des impatriés : article 5 du D.Lgs. 27 dicembre 2023, n. 209, quote-part de 50 % ramenée à 40 % en présence d'un enfant mineur, plafond de 600 000 € de revenu éligible, cinq périodes d'imposition. Taux réduit de prélèvements sociaux : les deux conditions du I ter des articles L. 136-6 et L. 136-7 du CSS sont ici cumulativement remplies, Sébastien relevant du régime italien d'assurance maladie et n'étant pas à la charge d'un régime obligatoire français. IVIE : article 19, comma 15, du D.L. 201/2011 ; la France fait partie des quatre États de l'Union pour lesquels l'Agenzia a constaté l'absence de valore catastale utilisable, l'assiette est donc, au choix du contribuable, le coût résultant de l'acte d'acquisition ou la valeur locative cadastrale française retenue après l'abattement de 50 % appliqué pour la taxe foncière, multipliée par les coefficients IMU — la seconde base est souvent nettement plus basse et doit être testée. La taxe foncière est expressément admise en imputation, avec l'impôt de solidarité sur la fortune auquel a succédé l'IFI ; la taxe d'habitation sur les résidences secondaires ne l'est pas, la circulaire excluant par principe les impôts liés à l'usage du bien comme habitation. Le montant de taxe foncière retenu est une hypothèse. Les cotisations sociales salariales italiennes ne sont pas intégrées.
De cinquante-six à cinquante-sept mille euros par an pendant cinq ans, soit de deux cent soixante-dix-neuf à deux cent quatre-vingt-cinq mille euros : le régime tient ses promesses. Quatre réserves l’encadrent, et la troisième est la plus désagréable.
La première tient à la haute qualification. Les quatre voies de l’article 27-quater du testo unico immigrazione sont alternatives : l’absence de diplôme n’est pas en soi disqualifiante, les voies fondées sur l’expérience professionnelle étant ouvertes sans titre universitaire. Mais l’Agenzia a posé, dans deux réponses de 2025 et de 2026, une règle plus large que le seul diplôme : échappent à l’interpellola vérification des conditions d’accès au régime et celle des éléments permettant d’établir la résidence fiscale effective, parce que ces vérifications supposent une appréciation de fait. Elle retient les déclarations du contribuable acriticamente. Autrement dit : le rescrit ne couvre ni la qualification, nila résidence elle-même. Pour un cabinet, c’est une aggravation du risque qu’il faut écrire noir sur blanc. Le dossier de preuve — diplômes, fiches de poste, organigramme, contrat, correspondance de recrutement — se constitue le jour de l’embauche, pas le jour du contrôle.
La deuxième tient au plafond de minimis. L’article 5, comma 7, subordonne le régime au respect des limites d’aides de faible montant : 300 000 € appréciés sur une période glissante de trois années civiles, en vertu du règlement (UE) 2023/2831 applicable du 1erjanvier 2024 au 31 décembre 2030 — le texte italien renvoie encore, lui, au règlement 1407/2013, périmé depuis le 31 décembre 2023, soit deux jours après l’entrée en vigueur du décret qui le vise. À 64 843 € d’avantage annuel, Sébastien atteint 194 529 € sur trois ans : il passe, mais sans marge considérable, et un bonus supérieur au bonus cible réduirait cette marge. L’orientation professionnelle italienne dominante réserve d’ailleurs cette contrainte aux travailleurs indépendants et aux entreprises, un salarié n’étant pas une entreprise au sens du droit des aides d’État : aucune prassi ne le dit, et l’alerte doit être maintenue.
La troisième est la plus lourde et n’a rien à voir avec l’impôt. L’engagement de quatre ansest réel : si la résidence fiscale italienne n’est pas maintenue au moins quatre ans, « il lavoratore decade dai benefici e si provvede al recupero di quelli già fruiti, con applicazione dei relativi interessi ». Un cadre rappelé au siège au bout de trois ans rembourse trois années de gain, soit près de deux cent mille euros, avec intérêts. Le point de départ du calcul de ces intérêts et l’éventuel cumul avec des sanctions pour déclaration infidèle ne sont traités par aucune source consultée.Cette clause se négocie avec l’employeur avant la signature, pas après : une clause de prise en charge du rappel d’impôt en cas de rappel anticipé est la seule protection connue.
La quatrième est déclarative, et elle est chiffrée. L’impatrié est intégralement soumis au quadro RW, contrairement à l’optant au forfait. Or, tant que l’article 5 du D.L. 167/1990 s’applique — c’est-à-dire jusqu’au 31 décembre 2026, ce texte étant abrogé au 1erjanvier 2027 —, la violation de l’obligation de déclaration est punie d’une sanction administrative de 3 à 15 % des montants non déclarés, portée de 6 à 30 %pour les avoirs détenus dans un État à fiscalité privilégiée. Sur 610 000 € d’actifs financiers, la fourchette basse est déjà de 18 300 €. Le texte prévoit toutefois une soupape que personne ne mentionne : si la déclaration est présentée dans les quatre-vingt-dix jours du terme, la sanction est de 258 €. C’est l’information la plus utile de tout ce paragraphe, et elle a une durée de vie : le régime de sanctions bascule au 1er janvier 2027 dans le testo unico des sanctions, D.Lgs. 5 novembre 2024, n. 173.
Un effet de bord favorable, pour finir, que nous signalons sans le tenir pour acquis. Deux mécanismes italiens sont indexés sur le reddito complessivo : le plafonnement des detrazionide l’article 16-ter du TUIR, qui joue au-delà de 75 000 €de revenu global avec un montant de base de 14 000 € entre 75 000 et 100 000 € et de 8 000 € au-delà, affecté d’un coefficient de 0,50 sans enfant à charge, 0,70 avec un enfant, 0,85 avec deux et 1 au-delà de deux ; et le prélèvement de 440 € sur les detrazioni, institué au 1erjanvier 2026 pour les contribuables dont le revenu global excède 200 000 €. La quote-part exclue par le régime des impatriés ne concourt pas à la formation du revenu : le revenu global de Sébastien ressort à 96 000 € et non à 240 000 €, ce qui lui vaut le montant de base le plus élevé et lui évite le prélèvement de 440 €. Aucune prassi consultée ne traite expressément cette articulation : nous la signalons comme une conséquence logique de la mécanique d’assiette, pas comme une règle établie. Deux précisions utiles sur le même terrain : le coefficient dépend des enfants fiscalement à chargeau sens de l’article 12, comma 2 — un enfant de 8 ans compte pour le coefficient alors qu’il n’ouvre droit à aucune detrazione, celle-ci ne s’ouvrant qu’à 21 ans et s’éteignant à 30 — ; et le prélèvement de 440 € ne peut pas créer d’impôt, puisqu’il réduit une réduction d’impôt due, dans la limite de celle-ci.
Reste le coût de la vie, qui n’est pas fiscal et qui mange une partie du gain. Le loyer moyen milanais relevé en juin 2026 est de 23,3 €/m²par mois, le plus élevé d’Italie : un appartement de 120 m² représente de l’ordre de 33 500 € par an. À l’achat, Milan est également le chef-lieu le plus cher relevé, à 5 165 €/m². Le coût d’une scolarité internationale à Milan ne figure pas dans nos relevés : il se demande directement aux établissements, il se chiffre par enfant et par an, et il constitue le second poste après le logement. Sur ces deux lignes, l’écart avec Lyon absorbe une fraction substantielle des soixante mille euros — et c’est la différence entre ce dossier, qui reste gagnant, et le dossier 9, qui ne l’est pas.
Dossier 4 — Claire, chercheuse à Bologne, et le régime qu’elle n’avait pas regardé
Claire a 36 ans, un doctorat en neurosciences, quatre années de post-doctorat dans un laboratoire genevois, et une offre de ricercatriceà l’université de Bologne à 54 000 €brut. Célibataire, 60 000 € d’épargne bancaire, pas d’immobilier. Elle est venue nous voir avec une simulation faite sur le régime des impatriés : 50 % d’abattement, cinq ans. C’est le mauvais régime.
L’article 44 du D.L. 31 maggio 2010, n. 78 — article 226 du D.Lgs. 117/2026 à compter du 1erjanvier 2027 — exclut de la formation du revenu de travail dépendant ou indépendant « il novanta per cento degli emolumenti percepiti dai docenti e dai ricercatori che, in possesso di titolo di studio universitario o equiparato e non occasionalmente residenti all’estero, abbiano svolto documentata attività di ricerca o docenza all’estero presso centri di ricerca pubblici o privati o università per almeno due anni continuativi e che vengono a svolgere la loro attività in Italia ». Quatre-vingt-dix pour cent. Claire coche toutes les cases : doctorat, quatre années documentées dans un centre de recherche à l’étranger, activité exercée en Italie. Et le contraste avec le régime des impatriés est saisissant.
| Paramètre | Impatriés (art. 5 du D.Lgs. 209/2023) | Enseignants-chercheurs (art. 44 du D.L. 78/2010) | Ce que cela change pour Claire |
|---|---|---|---|
| Fraction exonérée | 50 %, portée à 60 % avec un enfant mineur | 90 % | Sur 54 000 €, la base imposable passe de 27 000 € à 5 400 € |
| Plafond de revenu éligible | 600 000 € par an | Aucun dans le libellé du comma 1 | Sans effet à son niveau de rémunération, décisif pour un professeur en fin de carrière ou un praticien hospitalo-universitaire |
| Durée | 5 périodes d'imposition, non prolongeables hors mesure transitoire propre aux transferts de 2024 | 6 périodes, prolongeables jusqu'à 8, 11 ou 13 selon la situation familiale et l'acquisition d'un logement (comma 3-ter, paraphrase) | Une année de plus d'emblée, et jusqu'à sept de plus si elle fonde une famille et achète |
| Non-résidence préalable exigée | 3 périodes, portées à 6 si même employeur ou groupe, 7 si elle avait déjà travaillé en Italie pour cette entité | 2 ans continus de recherche ou d'enseignement à l'étranger | Ses quatre ans à Genève satisfont les deux, mais la condition de l'article 44 est plus facile à documenter : un contrat de laboratoire suffit |
| Condition subjective | Elevata qualificazione o specializzazione (art. 27-quater du D.Lgs. 286/1998), quatre voies alternatives | Titre universitaire ou équivalent exigé | Elle a le doctorat : la condition la plus exigeante de l'article 44 est celle qu'elle remplit le plus facilement |
| IRAP | Non visée | Exclusion expresse des rémunérations de la base de l'IRAP (comma 2) | L'avantage bénéficie à l'employeur, pas à elle — mais il pèse dans une négociation salariale, et il se mentionne |
| Cumul avec le forfait de l'article 24-bis | Interdit pour les transferts de résidence fiscale à compter de la période d'imposition 2027 | Interdit depuis 2017, par le comma 154 de la L. 232/2016 | Sans objet ici, mais un chercheur fortuné doit arbitrer entre les deux, jamais cumuler : l'interdiction ne date pas de la réforme de 2026 |
| Engagement de résidence | 4 ans, à peine de déchéance rétroactive avec intérêts | Aucun engagement de durée de ce type dans les commi lus | Différence de nature : Claire n'engage pas quatre années de mobilité pour obtenir l'avantage |
Dossier 4 — 54 000 € de rémunération universitaire, trois voies
VOIE A — DROIT COMMUN ITALIEN
IRPEF = 0,43 x 54 000 − 7 800 ...................... 15 420 €
(54 000 € depasse le seuil de 50 000 € : c'est la
tranche a 43 % qui s'applique, pas celle a 33 %)
Detrazione da lavoro dipendente : NULLE, les detrazioni
de l'article 13 s'annulant a 50 000 € de revenu
global ................................................ 0 €
Addizionali 2,03 % x 54 000 ......................... 1 096 €
IMPOT ITALIEN ...................................... 16 516 €
VOIE B — REGIME DES IMPATRIES, quote-part de 50 %
Base imposable : 50 % x 54 000 ..................... 27 000 €
IRPEF = 0,23 x 27 000 ............................... 6 210 €
Detrazione da lavoro dipendente .......... − 700 a − 1 400 €
Addizionali 2,03 % x 27 000 ........................... 548 €
IMPOT ITALIEN .......................... 5 358 € a 6 058 €
VOIE C — ARTICLE 44, exoneration de 90 %
Base imposable : 10 % x 54 000 ...................... 5 400 €
IRPEF = 0,23 x 5 400 ................................ 1 242 €
Detrazione da lavoro dipendente : superieure a l'impot
brut a ce niveau de revenu
IRPEF NETTE ............................................. 0 €
Addizionali : non dues, l'IRPEF ne l'etant pas .......... 0 €
IMPOT ITALIEN ........................................... 0 €
ECARTS ANNUELS
Voie C contre voie B ................... 5 358 € a 6 058 €
Voie C contre voie A .............................. 16 516 €
Sur les 6 periodes de l'article 44 ................ 99 096 €Article 44, comma 1, du D.L. 31 maggio 2010, n. 78, texte Normattiva consulté le 30 juillet 2026. Detrazioni de l'article 13 du TUIR : présentées en fourchette, les formules de dégressivité n'ayant pas été reprises sur la source ; à 5 400 € de revenu imposable, la detrazione maximale de 1 955 € excède l'impôt brut, ce qui annule l'IRPEF — le mécanisme d'imputation de l'article 11 ne permettant l'imputation que jusqu'à concurrence de l'impôt brut, il n'en résulte aucun crédit restituable. Non-dû des addizionali : elles ne sont dues que si l'IRPEF elle-même est due, au net des detrazioni. Les cotisations sociales salariales italiennes ne sont pas intégrées : leur assiette est la rémunération, non la base fiscale réduite.
Le verdict est oui, et il vaut de cinq à six mille euros par an de plus que le régime qu’elle avait simulé, sur une durée d’emblée plus longue d’une année et sans engagement de résidence sanctionné. Pour un universitaire, un chercheur ou un enseignant français, l’article 44 doit être examiné en premier : il est plus favorable sur tous les paramètres sauf un, le diplôme. Un conseil qui n’oriente ce public que vers le régime des impatriés lui fait perdre quarante points d’exonération, une année de durée et le bénéfice du déplafonnement. Le chapitre 22 traite le régime en détail, y compris le cas, ouvert par le comma 3-quater, des chercheurs de nationalité italienne non inscrits à l’AIRE rentrant après le 31 décembre 2019 lorsqu’ils ont eu leur résidence dans un autre État au sens d’une convention fiscale.
Trois points à surveiller malgré tout. Le premier : l’article 44 et le forfait de l’article 24-bis sont exclusifs l’un de l’autre depuis 2017, en vertu du comma 154 de la L. 232/2016 — l’interdiction ne date pas de la réforme de 2026 et ne concerne pas seulement les impatriés. Si Claire héritait demain d’un patrimoine international significatif, elle devrait arbitrer, jamais cumuler. Le deuxième : le régime est repris à l’article 226 du nouveau texte unique au 1er janvier 2027, avec une rédaction de non-cumul dont le périmètre — « gli articoli 225 e 226, commi da 1 a 5 » — ne recouvre pas exactement celui du comma 154, qui vise l’article 44 dans son entier. Cet écart entre deux textes appelés à coexister n’est tranché par aucune source. Le troisième : l’hypothèse d’un cumul entre l’article 44 pour les revenus de recherche et l’article 5 pour des revenus indépendants distincts est parfois avancée, sur la foi d’une réponse de l’Agenzia. Cette réponse n’a pas été retrouvée dans nos travaux : nous ne la citons pas, et nous ne construisons rien dessus.
Une dernière chose, sur ce que ce dossier ne dit pas. À 54 000 € brut universitaires, la question qui décide n’est pas fiscale — l’impôt tombe à zéro dans la voie C — mais sociale et immobilière. Bologne est le cinquième chef-lieu le plus cher d’Italie à la location, relevé à 17,5 €/m²par mois en juin 2026. Et la question de la retraite mérite d’être posée tôt : la pensione di vecchiaiaitalienne suppose 67 ans en 2026, 67 ans et 1 mois en 2027, 67 ans et 3 mois en 2028, avec 20 ans de cotisation — et, pour les carrières ouvertes à compter du 1erjanvier 1996, une condition de montant de pension au moins égal à l’assegno sociale. Une voie alternative existe à 71 ans, avec cinq ans de cotisation effective et sans condition de montant. Le chapitre 27 traite la coordination des carrières : une chercheuse qui passera six à treize ans en Italie doit savoir dès le départ ce que cette période produira, et ce n’est pas mécaniquement une pension italienne à 67 ans.
Le bon régime n'est presque jamais celui que le client avait identifié
Sur les projets italiens que nous instruisons, l'aiguillage change dans plus d'un cas sur trois entre la première conversation et la note finale : un chercheur orienté vers les impatriés relève de l'article 44, un retraité orienté vers le forfait relève de l'article 24-ter, un cadre convaincu de gagner découvre que son conjoint perd davantage. Le triage se fait sur la nature et la source de chaque revenu, pas sur le montant global.
Dossier 5 — La famille V., 48,4 M€ de patrimoine, et six réserves sur le forfait
Monsieur V. a 58 ans. Il a cédé son groupe en 2019 et vit depuis de ses revenus financiers. Patrimoine du couple : 38 M€de portefeuille financier détenu hors d’Italie, 2,4 M€ détenus en propre par Madame, 4 M€d’immobilier français dont l’ancienne résidence principale, pour un coût d’acquisition historique de 2,8 M€, 2 M€de contrats d’assurance-vie de droit étranger, et une villa toscane de 2 M€ achetée en 2025. Revenus annuels : 1 520 000 € pour lui, 96 000 € pour elle, essentiellement des dividendes, intérêts et plus-values de source étrangère. Ils ont transféré leur demeure habituelle en Toscane le 12 janvier 2026.
Cette date de transfert de la résidence civile au sens de l’article 43 du code civil italien les place dans la cohorte à 300 000 €, avec 50 000 €pour l’extension à Madame. S’ils avaient emménagé douze jours plus tôt, ils relèveraient de la cohorte à 200 000 € et 25 000 €, soit 125 000 € de moins par an pendant quinze ans — un million huit cent soixante-quinze mille euros. Ce n’est pas une clause de style : la date d’emménagement effectif se documente le jour où elle se produit — bail ou acte, contrats de fourniture d’énergie, inscription anagraphique, mouvements bancaires, billets — et pas trois ans plus tard devant un contrôleur. Et retenez la notion : c’est bien la résidence civilequi commande le montant, pas la résidence fiscale. Le décalage entre les deux se plaide — un contribuable qui établit sa demeure habituelle en novembre 2025 mais ne devient résident fiscal qu’en 2026 relèverait de la strate à 200 000 € — mais il n’est tranché par aucune prise de position administrative. Ne pas le présenter comme acquis, ne pas l’ignorer non plus.
Dossier 5 — 1 616 000 € de revenus étrangers et 42,4 M€ d'actifs financiers hors d'Italie
VOIE A — DROIT COMMUN ITALIEN
Revenus financiers de Monsieur : 26 % x 1 520 000 . 395 200 €
Revenus financiers de Madame : 26 % x 96 000 ....... 24 960 €
IVAFE 2 pour mille x 42 400 000 .................... 84 800 €
(38 M€ + 2,4 M€ + 2 M€ d'assurance-vie etrangere)
IVIE 1,06 % x 2 800 000 (cout d'acquisition) ....... 29 680 €
− taxe fonciere francaise imputable, hypothese .. − 12 000 €
Quadro RW : du pour chaque compte, contrat et immeuble
IMPOT ITALIEN ..................................... 522 640 €
VOIE B — FORFAIT DE L'ARTICLE 24-bis
Imposta sostitutiva du contribuable principal ..... 300 000 €
Extension a Madame ................................. 50 000 €
IVIE, IVAFE, quadro RW : DISPENSES (comma 153,
extension aux familiers comprise) ..................... 0 €
IMPOT ITALIEN ..................................... 350 000 €
ECART ANNUEL EN FAVEUR DU FORFAIT ................... 172 640 €
Sur quinze periodes d'imposition .................. 2 589 600 €
LA VILLA TOSCANE N'EST PAS DANS CE CALCUL
Bien situe en Italie : pas d'IVIE. IMU due au taux
communal, de 0,86 % a 1,14 % de la base cadastrale
revalorisee, taux a relever sur le prospetto publie
au Portale del federalismo fiscale
CONTRE-EXEMPLE, MEME FAMILLE AVEC 15 M€ ET 600 000 €
Droit commun : 26 % x 600 000 + 2 pour mille x 15 M€
= 156 000 + 30 000 ............................. 186 000 €
Forfait ........................................... 350 000 €
ECART ANNUEL EN DEFAVEUR DU FORFAIT ............... 164 000 €Forfait : article 24-bis, comma 2, du TUIR, texte consolidé en vigueur du 1er janvier au 31 décembre 2026, montants de 300 000 € et 50 000 € issus de la L. 30 dicembre 2025, n. 199, art. 1, commi 25 et 26 ; article 246 du D.Lgs. 117/2026 à compter du 1er janvier 2027. Dispense de quadro RW, d'IVIE et d'IVAFE : article 1, comma 153, de la L. 11 dicembre 2016, n. 232, dont la dernière phrase étend expressément la dispense aux familiers du comma 6. Durée : quinze ans, sans renouvellement, article 24-bis, comma 4 — et non comma 3, référence erronée que porte la circolare 17/E de 2017 elle-même, dont le comma 3 traite en réalité de l'interpello. Le taux de 26 % appliqué aux revenus financiers est celui du droit commun italien, article 3, comma 1, du D.L. 66/2014. L'assiette de l'IVIE est ici le coût résultant de l'acte d'acquisition ; la seconde base ouverte au contribuable, la valeur locative cadastrale française après abattement de 50 % multipliée par les coefficients IMU, doit être testée car elle est souvent plus basse. Le contre-exemple à 15 M€ reprend le calcul du chapitre 04, avec un rendement de 4 %.
Le forfait gagne, et il gagne largement — mais uniquement parce que l’encours dépasse très nettement le point mort. Sur un portefeuille financier servant 4 % et composé de revenus taxés à 26 %, le forfait d’un optant seul ne devient rentable qu’au-delà de l’ordre de 24 M€, et de l’ordre de 28 M€ lorsque l’extension familiale porte la note à 350 000 €. La ligne de partage est un ordre de grandeur de patrimoine, pas une nature de client : le contre-exemple chiffré ci-dessus, avec 15 M€ et 600 000 € de revenus, produit un surcoût de cent soixante-quatre mille euros par an. Nous voyons régulièrement des dossiers de dix à vingt millions d’euros pour lesquels le forfait est présenté comme l’évidence, et pour lesquels il est une erreur.
Trois remarques de procédure avant les réserves de fond, parce qu’elles font perdre le régime entier et qu’elles ne coûtent rien à traiter. La première : payer le forfait ne suffit pas à perfectionner l’option. Si l’option n’a pas été régulièrement exercée, la remissione in bonispermet de régulariser jusqu’à la déclaration de revenus relative à l’exercice suivant, moyennant 250 € ; passé ce délai, le versement de l’impôt substitutif est sans effet et l’option n’est pas perfectionnée. La seconde : le provvedimento47060/2017 impose, en cas de départ à l’étranger, d’adresser une communication spécifique au service compétent avant l’échéance déclarative de l’exercice de perte de résidence. C’est une obligation formelle sanctionnée par la sortie du régime, et elle n’apparaît nulle part dans le corpus francophone. Une troisième, mineure mais réelle : la date d’échéance de paiement du forfait qui circule dans les calendriers professionnels italiens pour l’exercice 2026 est le 30 juin ; aucune source primaire ne l’établit dans nos travaux, et elle doit être confirmée sur les instructions du modèle Redditi PF.
Six réserves encadrent ce dossier, et trois d’entre elles ne sont pas tranchées par le droit.
- Le crédit d’impôt étranger disparaît.Sous le forfait, aucun crédit d’impôt étranger ne s’impute sur l’imposta sostitutiva— la circolare 17/E l’écrit sans détour : « tale credito d’imposta non è in alcun modo compensabile con l’imposta sostitutiva forfettaria oggetto di commento ». Toute retenue à la source subie à l’étranger devient définitive. L’article 24-bis, comma 5, permet en contrepartie d’exclure du forfait les revenus produits dans un ou plusieurs États déterminés, ce qui restitue le crédit d’impôt pour ces États : la faculté est irréversible dans le sens de l’extension de la liste, et elle est établie sur des sources spécialisées italiennes concordantes, non sur le texte relu — nous ne la citons donc pas entre guillemets.
- Le carve-out des participations qualifiées dure cinq ans.Les plus-values de cession de participations qualifiées réalisées pendant les cinq premières périodes d’imposition de validité de l’option sont expressément exclues du forfait et restent soumises au régime ordinaire italien. La finalité est anti-abus, et elle est assumée : empêcher qu’un dirigeant s’installe en Italie le temps de céder son entreprise. Et nous ne publions pas de tauxpour ce régime ordinaire : l’article 5, comma 2, du D.Lgs. 461/1997 énonce toujours 12,50 %, le D.L. 66/2014 qui porte le taux à 26 % ne vise que les lettres c-bis) à c-quinquies) de l’article 67, et le 26 % pratiqué par l’administration n’a pas d’ancrage exprès dans un texte de rang législatif.
- L’assiette successorale est réduite, mais moins qu’on ne le croit. Le comma 158 de la L. 232/2016 limite l’assiette de l’impôt successoral italien de l’optant aux « beni e diritti esistenti nello Stato ». Or l’article 2, comma 3, du TUS répute existant en Italie, notamment, les actions ou parts de sociétés ayant en Italie leur siège légal, leur siège d’administration ou leur objet principal, et les créances dont le débiteur est résident d’Italie. La formule « l’assiette est limitée aux biens situés en Italie » est vraie et dangereusement elliptique. Deux réserves s’y ajoutent : à la lettre, l’article 2, comma 3, vise « les effets du comma 2 et du comma 2-bis » et ne vise pas expressément la règle propre aux neo residenti— son application au forfaitaire est la lecture la plus probable, elle n’est pas confirmée ; et l’extension du comma 158 aux familiers du comma 6 n’est pas écrite, alors que le législateur a pris soin de l’écrire pour le comma 153. L’argument a contrariojoue contre l’extension ; le comma 6, qui traite le familier comme un optant à part entière, joue en sens inverse.
- La qualité de « résident » conventionnel de l’optant n’est pas établie.Si l’optant n’était pas résident au sens de l’article 4 de la convention de 1989, il perdrait le bénéfice de l’ensemble des règles conventionnelles de répartition et la France retrouverait son droit d’imposer. Deux lectures s’affrontent : l’exonération d’IVIE, d’IVAFE et de quadro RW renforce l’argument de ceux qui contestent cette qualité, le rattachement personnel étant en fait largement neutralisé ; la lettre c) du protocole de la convention successorale, qui n’exclut du domicile que les personnes assujetties « que pour les revenus y ayant leur source », la nourrit en sens inverse, l’optant étant imposé au barème sur ses revenus italiens et par l’impôt substitutif sur ses revenus étrangers. Nous ne tranchons ni dans un sens ni dans l’autre, et nous recommandons une consultation et un rescrit.
- Le point 15 du Protocole de 1989 est un point d’appui que personne n’a mesuré.Il subordonne l’exemption conventionnelle à l’imposabilité du revenu dans l’autre État : « l’exemption sera accordée si et dans la mesure où ce revenu est imposable dans l’autre Etat ». Son articulation avec le forfait de l’article 24-bis n’est traitée par aucune source française ni italienne. Nous ne concluons pas.
- Le croisement du comma 158 et de la convention successorale peut produire une double imposition non éliminée.Au décès, la France impose les biens situés en France sur le fondement du 2° de l’article 750 ter du CGI ; l’article 784 A ne joue pas, car il ne vise que les cas des 1° et 3° ; l’élimination repose alors sur l’article 11 § 1 de la convention du 20 décembre 1990, qui met la charge sur l’Italie — laquelle, par l’effet du comma 158, n’impose pas les biens étrangers de l’optant et n’a donc rien sur quoi imputer. Ce risque doit être exposé avant toute recommandation du forfait à un client conservant un patrimoine français significatif— et les V. conservent 4 M€ d’immobilier français. Il commande l’examen de la faculté d’exclusion du comma 5, dont l’articulation avec le comma 158 n’est, elle non plus, traitée par aucun texte ni aucune prassi : exclure la France du périmètre de l’option fait-il perdre l’assiette successorale réduite ? Personne ne le sait, et l’enjeu se compte en centaines de milliers d’euros.
Un mot sur un argument que l’on nous oppose souvent dans ces dossiers, et sur lequel nous refusons de construire quoi que ce soit : le prétendu taux de 12,5 % sur les titres d’État. Pour les intérêts, le taux réduit existe. Pour les plus-valuesde cession des mêmes titres, ce n’est pas un taux : c’est 26 % appliqué à 48,08 % du montant réalisé. La conséquence pratique est décisive et joue contre le contribuable : les moins-values sur ces mêmes titres ne sont, elles aussi, retenues qu’à hauteur de 48,08 %, ce qui limite leur pouvoir de compensation contre des plus-values taxées à 26 %. Et la question de savoir si les titres d’État français ouvrent droit à ce régime dépend d’une liste d’États à échange adéquat d’informations dont nous n’avons pas pu charger le texte consolidé : tant que la copie de l’article 1erdu décret n’a pas été obtenue, cet argument ne se publie pas et ne se vend pas.
S’ajoute la réserve du 1er janvier 2027 reproduite en tête de ce chapitre. Le dossier V. relève donc, sans exception possible, du binôme dottore commercialista italien spécialiste des neo residenti et avocat fiscaliste français, avec un interpellopréalable : l’article 24-bis, comma 3, le prévoit, la circolare 17/E précise qu’il s’agit d’une « facoltà e non un obbligo », et l’enjeu chiffré le rend indispensable — étant entendu, et il faut le dire au client avant qu’il ne paie le rescrit, quecelui-ci ne sécurise ni les conditions d’accès en général, ni la résidence fiscale elle-même.
Dossier 6 — Marc, consultant indépendant à Turin, et le taux de 5 % qui lui est fermé
Marc a 44 ans, il est consultant en cybersécurité, il facture 96 000 €par an en France sous le régime des bénéfices non commerciaux, à trois clients dont deux français. Il s’installe à Turin en 2026 et estime son chiffre d’affaires italien à 78 000 €la première année. Il a lu que l’Italie taxe les nouveaux indépendants à 5 %.
Le regime forfetario existe, son seuil de recettes est de 85 000 € par an ramenés à l’année, son taux est de 15 %, et il substitue l’imposta sostitutiva à l’IRPEF et aux deux addizionali— un point fort réel, puisqu’il fait échapper Marc à la surtaxe régionale et communale, laquelle peut atteindre 4,23 points cumulés. Le comma 64 y ajoute la substitution de l’IRAP, mais cette ligne ne lui apporte rien : depuis le 1er janvier 2022, les personnes physiques exerçant une activité commerciale ou libérale et résidant en Italie sont hors du champ de l’IRAP. Un argument de vente qui ne vend rien, et il vaut mieux le savoir avant de payer un conseil pour l’obtenir.
Le taux de 5 %pendant les cinq premières périodes existe aussi : il est au comma 65 de l’article 1 de la L. 190/2014, et il est soumis à trois conditions dont deux éliminent exactement le profil de Marc. La première : n’avoir pas exercé, dans les trois années précédentes, une activité artistique, professionnelle ou d’entreprise, même sous forme associée ou familiale. La seconde : que l’activité à exercer ne constitue en aucune manière « mera prosecuzione » d’une activité précédemment exercée sous forme de travail dépendant ou indépendant. Marc exerçait déjà en libéral la même activité, pour partie pour les mêmes clients : le 5 % lui est fermé, et il l’est en droit, pas en opportunité. Aucune des voies que nous avons examinées ne le rouvre à court terme : la lettre a) du comma 65 ne se satisfait que d’une interruption de toute activité artistique, professionnelle ou d’entreprise pendant les trois années précédant le début de l’activité italienne, et une interposition de société ne ferait que déplacer le problème sur un autre terrain.
Dossier 6 — 78 000 € d'honoraires, forfetario contre impatriés
VOIE A — REGIME FORFETARIO A 15 %
Base imposable = 78 000 x C
C = coefficient de rentabilite du code ATECO,
annexe 4 de la L. 190/2014 — a relever, non publie ici
Imposta sostitutiva = 15 % x 78 000 x C = 11 700 x C
Sensibilite : chaque point de coefficient vaut 117 €
d'impot supplementaire
Substitue : IRPEF, addizionale regionale, addizionale
comunale, IRAP (sans effet : personnes physiques hors
champ de l'IRAP depuis 2022)
Cotisations INPS : deductibles de la base, avec reduction
de 35 % ouverte aux forfaitaires sur demande
Aucune detrazione ni deduzione imputable, hors
cotisations sociales obligatoires
VOIE B — REGIME DES IMPATRIES, quote-part de 50 %
Base imposable : 50 % x 78 000 ..................... 39 000 €
IRPEF = 0,33 x 39 000 − 2 800 ...................... 10 070 €
Addizionali 2,03 % x 39 000 ........................... 792 €
Detrazione da lavoro autonomo : NON eteinte a ce niveau,
les detrazioni de l'article 13 ne s'annulant qu'a 50 000 €
de revenu global. Montant non chiffre ici : la formule de
degressivite n'a pas ete reprise sur la source
IMPOT ITALIEN, AVANT CETTE DETRAZIONE .............. 10 862 €
Charges reelles d'exploitation : deductibles avant
application de la quote-part
Duree : 5 periodes, engagement de residence de 4 ans
VOIE C — DROIT COMMUN ITALIEN
IRPEF = 0,43 x 78 000 − 7 800 ...................... 25 740 €
Addizionali 2,03 % x 78 000 ......................... 1 583 €
IMPOT ITALIEN ...................................... 27 323 €
(charges reelles deductibles avant application)
LECTURE
La voie A egale la voie B lorsque 11 700 x C atteint
l'impot de la voie B, soit C = 0,93 AU PLUS — la
detrazione da lavoro autonomo non chiffree abaisse
ce point d'equilibre. En dessous de ce coefficient,
le forfetario l'emporte ; au-dessus, les impatries.
Les deux voies ecrasent le droit commun.Regime forfetario : L. 23 dicembre 2014, n. 190, art. 1, commi 54, 64, 65 et 57. Le coefficient de rentabilité par code ATECO figure à l'annexe 4 de la loi ; nos travaux ne l'ont pas repris pour les codes concernés et nous ne publions donc aucune valeur — la formule est donnée pour être complétée avec le coefficient réel, que le commercialista relèvera. Trois conditions du taux de 5 % : comma 65, lettres a), b) et c). Exclusion du comma 57, lett. d-ter) : revenus de travail dépendant ou assimilés supérieurs à 30 000 € l'année précédente, la vérification de ce seuil étant expressément sans effet si le rapport de travail a cessé. Exclusion du comma 57, lett. b) : les non-résidents sont exclus, sauf résidents d'un État de l'Union ou de l'EEE à échange adéquat d'informations produisant en Italie au moins 75 % de leur revenu global. Réduction de 35 % des cotisations INPS ouverte aux forfaitaires. Le régime des impatriés couvre les redditi di lavoro autonomo produits en Italie. Le seuil d'exclusion pour revenus salariaux est bien de 30 000 € au 30 juillet 2026 : la recherche de « 35.000 » dans le texte intégral de la L. 199/2025 ne renvoie qu'à un comma sans rapport, aucune prorogation du seuil relevé pour 2025 n'a été identifiée pour 2026.
Le verdict est oui, mais pas à 5 %, et c’est la bonne réponse. Les deux régimes réellement ouverts finissent à quelques centaines d’euros l’un de l’autre, et le choix se joue sur trois paramètres que seul le dossier réel donne : le coefficient de rentabilitédu code ATECO, qui décide tout ; la structure de charges — le forfetarion’admet aucune charge réelle hors cotisations, tandis que le régime des impatriés s’applique à un bénéfice déterminé charges déduites, ce qui le favorise nettement pour un consultant qui supporte des frais de déplacement, de sous-traitance ou de licences ; et la durée — le forfetarion’a pas de terme tant que le seuil est respecté, le régime des impatriés dure cinq périodes et impose quatre ans de résidence sous peine de reprise rétroactive avec intérêts. Pour un indépendant de 44 ans qui construit une activité durable en Italie, cette dernière ligne compte davantage que l’écart d’impôt de la première année.
Trois pièges à signaler pour ce profil. Le premier : l’exclusion visant les non-résidents. Le comma 57, lettre b), écarte du forfetarioles non-résidents, sauf ceux qui résident dans un État de l’Union ou de l’EEE et produisent en Italie au moins 75 % de leur revenu global : la règle mord pendant l’année de transition, si Marc commence à facturer en Italie avant d’y devenir résident. Le second : la facturation prépondérante à l’employeur actuel ou récentest une cause d’exclusion — sans effet pour Marc, qui n’est pas salarié, mais décisive pour le salarié français qui démissionne pour refacturer son ancien employeur depuis l’Italie, et c’est un scénario que nous voyons très souvent. Le troisième, favorable : le seuil de 30 000 € de revenus salariaux de l’année précédente, qui exclut du forfetario, est sans effet si le rapport de travail a cessé— le salarié français qui démissionne pour s’installer en Italie n’est donc pas disqualifié par son dernier salaire, si élevé soit-il. C’est écrit dans la seconde phrase de la lettre d-ter), et presque personne ne la lit jusqu’au bout.
Deux points complètent le dossier, et le second devient dimensionnant plus haut dans l’échelle des honoraires. D’abord, le forfetarioa une contrepartie que Marc doit intégrer : aucune detrazione ni deduzionen’est imputable, hors cotisations sociales obligatoires. Intérêts d’emprunt de la résidence principale, frais de santé au-delà de la franchise, primes d’assurance, frais de scolarité : rien ne se déduit ni ne se réduit. Sur un foyer avec enfants et un crédit immobilier, cette ligne se chiffre. Ensuite, le plafond de minimisdu régime des impatriés, 300 000 € sur trois années civiles glissantes, peut être saturé en deux exercicespar un professionnel libéral bien rémunéré. Marc, avec un avantage annuel de l’ordre de seize mille euros, en est loin. Un avocat d’affaires facturant 450 000 € n’en est pas loin du tout, et c’est le point le plus dangereux du régime des impatriés pour cette clientèle : la contrainte est réputée réservée aux indépendants et aux entreprises, ce qui vise précisément lui.
Dossier 7 — Xavier, 68 % d’une SAS valorisée 14 M€, et le pire calendrier possible
Xavier a 52 ans. Il détient 68 %d’une SAS d’ingénierie valorisée 14 M€, pour un prix de revient de 900 000 €. Un industriel allemand a manifesté son intérêt. Xavier a lu que l’Italie était accueillante et son projet est simple : s’installer à Milan en mars 2026, opter pour le forfait, céder en septembre 2027. Trois règles se rencontrent sur ce projet, et il faut les prendre dans cet ordre.
Dossier 7 — cession de 68 % d'une SAS dix-huit mois après le départ
ASSIETTE
Valeur de la participation : 68 % x 14 000 000 .. 9 520 000 €
Prix de revient : 68 % x 900 000 .................. 612 000 €
Plus-value latente au depart .................... 8 908 000 €
REGLE 1 — EXIT TAX, ARTICLE 167 bis DU CGI
Conditions d'entree, cumulatives :
domicile fiscal en France pendant au moins six des dix
annees precedant le transfert ..................... ok
participation ouvrant droit a au moins 50 % des
benefices sociaux, OU valeur globale des titres
superieure a 800 000 € ............................ ok
Imposition en sursis : 31,4 % x 8 908 000 ....... 2 797 112 €
dont impot sur le revenu 12,8 % ............... 1 140 224 €
dont prelevements sociaux 18,6 % .............. 1 656 888 €
Sursis de plein droit : depart vers un Etat membre,
l'Italie en etant un — aucune garantie exigee
Pour memoire, garantie du V en cas de sursis sur option :
12,8 % du montant BRUT, sans abattement et sans
prelevements sociaux .......................... 1 140 224 €
Degrevement d'office : deux ans, porte a CINQ ANS
au-dela de 2 570 000 € de valeur globale
Cession en septembre 2027, soit dix-huit mois apres le
depart : le sursis expire, l'impot devient exigible
REGLE 2 — POINT 8 b) DU PROTOCOLE DE 1989
Participation ouvrant droit a 25 % ou plus des benefices :
la France conserve le droit d'imposer la plus-value
Mise en oeuvre francaise : articles 150-0 A et 244 bis B
du CGI, taux de 12,8 %, si detention de plus de 25 %
avec le groupe familial a un moment quelconque des
cinq annees precedant la cession
Xavier detient 68 % : la condition est remplie
REGLE 3 — CARVE-OUT QUINQUENNAL DE L'ARTICLE 24-bis
Les plus-values de cession de participations qualifiees
realisees pendant les CINQ PREMIERES periodes de
validite de l'option sont EXCLUES du forfait et
restent soumises au regime ordinaire italien
Taux du regime ordinaire italien : NON PUBLIABLE
CREDIT D'IMPOT ITALIEN SUR LE 244 bis B : NON ETABLIArticle 167 bis du CGI, version en vigueur au 1er janvier 2024 : la condition de domiciliation pendant six des dix années précédant le transfert est reprise de la doctrine BOI-RPPM-PVBMI-50-10-10 ; sursis de plein droit du IV pour un départ vers un État membre ; garantie du V assise sur le montant brut, sans abattement et sans prélèvements sociaux ; dégrèvement d'office du VII, 2, à deux ans, porté à cinq ans lorsque la valeur globale excède 2 570 000 €. Le délai de quinze ans est abrogé pour les départs postérieurs au 1er janvier 2019 ; les transferts de domicile intervenus entre 2014 et 2018 restent régis par l'ancien délai. Taux global de 31,4 % : 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la création de la contribution de financement de l'autonomie par l'article 12 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026. Ne jamais appliquer le taux de la garantie à l'assiette de l'impôt ni l'inverse : ce sont deux assiettes distinctes. Point 8 b) du Protocole du 5 octobre 1989, texte vérifié, qui définit la participation substantielle comme celle ouvrant droit, seul ou avec des personnes apparentées, à 25 pour cent ou plus des bénéfices de la société ; la mise en œuvre française est confirmée par le BOFiP France-Italie, qui vise les articles 150-0 A et 244 bis B du CGI. Deux écarts à connaître : la convention dit « 25 pour cent ou plus », le droit interne français dit « plus de 25 % » — à exactement 25 %, la convention autorise mais le droit interne n'impose pas ; et la convention retient les « personnes apparentées » sans les définir, quand le droit interne retient le groupe familial composé du conjoint, des ascendants et des descendants. Le taux de 12,8 % est vérifié pour les distributions et paraphrasé de l'article 244 bis B pour les plus-values de cession. Carve-out : article 24-bis, comma 1, deuxième phrase, du TUIR. Taux du régime ordinaire italien sur les participations qualifiées : nous ne publions pas de chiffre.
Le verdict est non — pas dans ce calendrier, et il faut détailler pourquoi, parce que chacune des trois règles suffirait à elle seule à faire échouer le projet.
Le dégrèvement de l’exit tax est à cinq ans, pas à deux, parce que la valeur globale de ses titres dépasse 2 570 000 €. En cédant dix-huit mois après le départ, Xavier fait expirer son sursis et rend exigibles 2 797 112 €. Il aurait payé la même chose en cédant depuis la France : le départ ne lui a rien fait gagner, il lui a seulement ajouté trois ans et demi d’obligations déclaratives de suivi, dont le caractère impératif est absolu — un formulaire oublié fait tomber le sursis. Notez au passage la distinction que presque toutes les présentations écrasent : l’impôtressort à 31,4 % de la plus-value, tandis que la garantieexigible en cas de sursis sur option — sans objet ici puisque l’Italie est un État membre et que le sursis est de plein droit — vaut 12,8 % du montant brut, sans abattement et sans prélèvements sociaux. Deux taux, deux assiettes : 2 797 112 € d’un côté, 1 140 224 € de l’autre. Appliquer l’un à l’assiette de l’autre est l’erreur de calcul la plus répandue du sujet.
Le point 8 b) du Protocoleajoute une couche que presque personne n’anticipe. Il autorise la France à imposer les gains provenant de l’aliénation d’actions faisant partie d’une « participation substantielle », qu’il définit comme celle qui ouvre droit, seul ou avec des personnes apparentées, à 25 % ou plus des bénéfices de la société. L’article 244 bis B du CGI met cette faculté en œuvre, sur les plus-values réalisées après le départ, lorsque le cédant a détenu plus de 25 % des droits aux bénéfices avec son groupe familial à un moment quelconque des cinq années précédant la cession. Autrement dit : un dirigeant qui obtiendrait le dégrèvement de son exit tax resterait imposable en France au titre du 244 bis B. Les deux fenêtres de cinq ans se superposent ici sans se confondre, et cette superposition est presque toujours omise des présentations commerciales. L’articulation exacte entre le point 8 b) et l’exit tax n’a pas été établie sur source primaire dans nos travaux— c’est l’une des questions à poser.
Le carve-out quinquennal de l’article 24-bis, enfin, ruine l’idée que le forfait protégerait la cession. Et nous ne pouvons pas dire à Xavier ce que l’Italie lui prendra, parce que le taux applicable au régime ordinaire italien sur les participations qualifiées n’a pas d’ancrage exprès dans un texte de rang législatif. Quant au crédit d’impôt italien au titre du prélèvement français du 244 bis B, il n’est pas établi. Nous nous retrouvons donc, sur un dossier à neuf millions et demi de plus-value, avec deux impositions françaises certaines et une imposition italienne dont nous ne connaissons ni le taux ni le correctif. C’est exactement le genre de configuration où un conseil doit dire non.
Deux directions restent ouvertes, et aucune des deux ne se décide sans avocat fiscaliste. La première : céder avant le départ. La France impose de toute façon, mais une seule fois, sans sursis à gérer, sans point 8 b), sans carve-out — et le projet italien redevient un projet de vie, instruit sur les revenus post-cession, où le forfait retrouve un sens si le produit de cession dépasse le point mort du dossier 5. La seconde : partir, ne rien céder, et attendre l’expiration des deux fenêtres de cinq ans. Les questions à poser sont précises : quelle est la date exacte d’expiration du délai de dégrèvement au regard de la date de transfert retenue par l’administration ? le point 8 b) s’apprécie-t-il à la date de cession ou sur les cinq années antérieures dans le cas d’une détention dégressive ? l’Italie accorde-t-elle un crédit d’impôt au titre du prélèvement du 244 bis B ?Les pièces à réunir : la table de capitalisation historique sur dix ans, les pactes d’associés, l’attestation de détention du groupe familial, et le projet de protocole de cession avec son calendrier.
Dossier 8 — Nathalie et Olivier, trois appartements en Sicile, et le seuil qui fait tout basculer
Nathalie a 60 ans, Olivier 62. Ils vendent leur maison francilienne 740 000 €, s’installent près de Syracuse et achètent trois appartements — 95 000 €, 110 000 € et 140 000 € — pour les louer en courte durée. L’agent leur a présenté un rendement brut de l’ordre de 8,6 % et leur a annoncé une cedolare secca à 21 %. Le premier chiffre ne résiste pas au premier calcul : 24 000 € de recettes sur 345 000 € investis font 7,0 %, non 8,6 %. Sur ces 24 000 € de recettes annuelles espérées, le calcul paraît simple. Il l’est beaucoup moins.
Le point de rupture est arithmétique et il tient à un chiffre : deux. La L. 199/2025, à son article 1, comma 17, a substitué « due appartamenti » à « quattro appartamenti » et l’année 2026 à l’année 2021. Au-delà de deux logements donnés en location courte, l’activité est présumée exercée sous forme d’entreprise. Et le décompte est plus large que la propriété : le régime s’applique aussi aux contrats de sous-location et à ceux conclus par le comodatario, de sorte qu’un logement qu’ils ne possèdent pas mais qu’ils exploitent entre dans le compte. Trois appartements font donc basculer l’ensemble du projet dans un autre monde : obligations d’entreprise, assujettissement à la TVA, affiliation sociale, comptabilité — et perte de la cedolare secca, dont le comma 6 de l’article 3 du D.Lgs. 23/2011 exclut l’exercice d’une entreprise, d’un art ou d’une profession.
Dossier 8 — trois appartements en location courte, ce que devient le 8,6 % annoncé
RECETTES BRUTES ESPEREES ........................... 24 000 €
SCENARIO ANNONCE PAR L'AGENT — deux logements maximum,
cedolare secca, gestion en direct
Cedolare secca 21 % sur le premier logement ......... 1 680 €
(8 000 € de recettes, logement designe dans la
declaration de revenus)
Cedolare secca 26 % sur le second ................... 4 160 €
(16 000 € de recettes)
SOUS-TOTAL IMPOT SUR LES LOYERS ..................... 5 840 €
IMU sur les biens locatifs : de 0,86 % a 1,14 % de la
base cadastrale revalorisee, selon la deliberation
de la commune — a relever sur le prospetto publie
au Portale del federalismo fiscale, celui du
28 octobre servant de base au solde de decembre
TARI, charges de copropriete, assurance, entretien
Commission de plateforme et gestion : 18 a 25 %
des recettes, soit ........................ 4 300 a 6 000 €
Vacance locative : non chiffree ici, structurellement
elevee en saisonnier
SCENARIO REEL — trois logements, presomption d'entreprise
Cedolare secca : PERDUE
Loyers imposes au bareme de l'IRPEF, en revenu
d'entreprise, plus les deux addizionali
Assujettissement a la TVA
Affiliation sociale, obligations comptables
Ecart de charge fiscale sur 24 000 € de recettes :
de 5 840 € a un montant qui depend du reste de
leurs revenus et de la structure retenue
RETENUE DES INTERMEDIAIRES
21 % preleves par la plateforme ou l'agence :
c'est un ACOMPTE, non un impot definitif, assis sur
l'assiette BRUTE sans abattement de 5 %
OBLIGATIONS DE SECURITE, QUELLE QUE SOIT LA FORME
Absence de detecteurs de gaz et de monoxyde de carbone
ou d'extincteurs : sanction de 600 a 6 000 €
PAR VIOLATION CONSTATEE, quelle que soit la forme
d'exercice
Absence des exigences de securite des installations :
sanctions des normes etatiques ou regionales, dans
le seul cas d'un exercice sous forme d'entreprise
Les sanctions ne s'appliquent pas si le meme fait est
sanctionne par la reglementation regionale
PLUS-VALUE A LA REVENTE
Cession dans les CINQ ANS de l'acquisition : plus-value
imposable en Italie (art. 67, c. 1, lett. b, du TUIR)Seuil des deux logements : L. 30 dicembre 2025, n. 199, art. 1, comma 17, modifiant le comma 595 de la L. 178/2020, avec effet 2026. Extension aux sous-locations et aux contrats conclus par le comodatario : article 4, comma 3, du D.L. 50/2017. Taux de la cedolare secca sur les locations courtes : 26 % en principe, ramené à 21 % pour un logement unique désigné par le contribuable dans sa déclaration de revenus. La retenue de 21 % opérée par les intermédiaires est un acompte, sur assiette brute sans abattement. Contrairement à ce qui circule largement dans la presse fiscale italienne depuis l'automne 2025, le régime n'est pas réservé aux bailleurs qui n'utilisent ni intermédiaire ni portail : l'article 207, comma 4, du nouveau texte unique précise au contraire qu'il s'applique aussi aux contrats conclus par l'intermédiaire de professionnels de l'immobilier ou de portails télématiques. IMU : article 1, commi 748 à 761, de la L. 160/2019, taux de base de 0,86 %, jusqu'à 1,06 % par décision communale et jusqu'à 1,14 % dans les communes ayant maintenu la majoration en remplacement de l'ancienne TASI ; l'impôt est dû proportionnellement à la quote-part et aux mois de possession. Sanctions : article 13-ter, commi 7, 9 et 10, du D.L. 145/2023. Les commissions de plateforme et le taux de vacance sont des ordres de grandeur de marché, non des données relevées, et le rendement de 8,6 % est celui annoncé par le vendeur, non un rendement constaté.
Le verdict est oui au pays, non à ce montage, et il ne porte pas sur l’idée d’investir en Sicile — il porte sur le nombre trois. Ce que nous leur disons : deux logements en location courte, pas trois. Ou bien trois logements, mais l’un des trois en location longue sous cedolare secca, ce qui le sort du décompte des locations courtes. Ou bien assumer la forme entrepreneuriale, et alors la structurer avant l’achat, pas après le premier contrôle. Les trois voies sont défendables ; celle qu’ils avaient retenue ne l’est pas, et elle ne le devient pas parce que l’agent l’a présentée comme évidente.
Deux avertissements complètent le dossier, et le premier est celui qui coûte le plus cher aux bailleurs français mal informés. La cedolare secca est inopérante sans une lettre recommandée préalable au locataire, par laquelle le bailleur renonce à demander l’actualisation du loyer, y compris la variation constatée par l’ISTAT : « L’opzione non ha effetto se di essa il locatore non ha dato preventiva comunicazione al conduttore con lettera raccomandata, con la quale rinuncia ad esercitare la facoltà di chiedere l’aggiornamento del canone a qualsiasi titolo », et les dispositions du comma sont inderogabili. Ce n’est pas une conséquence de l’option, c’est une formalité sans laquelle l’option n’existe pas. Un bailleur qui opte, paie 21 % et se voit refuser le régime retombe à l’IRPEF augmentée des deux addizionali, sur toute la durée du bail.
Le second : le loyer soumis à la cedolare seccasort de l’impôt mais reste dans le revenu de référencepour l’appréciation de toute condition de revenu, fiscale ou non, et pour l’indicateur ISEE. Le bailleur perd donc deux fois : moins d’impôt sur lequel imputer ses detrazioni, et pas d’allègement des seuils. Une bonne nouvelle en sens inverse, que peu de conseils français connaissent : la cedolare secca est ouverte aux non-résidents. Le champ subjectif du texte est défini par la seule qualité de propriétaire ou de titulaire d’un droit réel de jouissance sur un logement loué à usage d’habitation : aucune condition de résidence en Italie n’y figure. Un Français qui achèterait à Syracuse sans s’y installer pourrait donc opter, sous réserve de la même lettre recommandée.
Sur l’acquisition elle-même, quatre points changent le budget. Le taux prima casa de 2 % ne pourra concerner qu’un seuldes trois biens, les deux autres supportant 9 % — et il ne se réserve pas au premier acheté : il se demande dans l’acte, sur celui qu’ils occuperont. À ce propos, une idée reçue à corriger : il n’est pas exactqu’un Français ne puisse obtenir le taux réduit sans transférer sa résidence. La Nota II-bisouvre deux branches : la commune où l’acquéreur a — ou établira dans les dix-huit mois — sa résidence, la déclaration d’intention devant alors figurer dans l’acte à peine de déchéance ; et la commune où il exerce son activité, sans aucune obligation de transfert de résidence, le Conseil national du notariat précisant que cette activité peut être de tout type, y compris non rémunérée— études, bénévolat, sport. Reste vrai qu’un acquéreur sans aucun lienavec la commune et qui n’y transfère pas sa résidence paie 9 %, ou 10 % de TVA en vente neuve.
Deuxième point : sur une acquisition auprès d’un particulier, le mécanisme du prezzo-valorepermet d’asseoir les droits sur la valeur cadastrale plutôt que sur le prix, et il ouvre une réduction de 30 % des honoraires notariaux ; il n’est ouvert qu’aux immeubles à usage d’habitation et à leurs dépendances. Troisième : le plafond de circulation des espèces est de 5 000 € depuis le 1erjanvier 2023, et la règle du fractionnement artificiel s’applique — payer une soulte en liquide par tranches de 4 900 € ne fonctionne pas. Quatrième : la revente dans les cinq ansde l’acquisition rend la plus-value imposable en Italie, et la déchéance du régime prima casas’y ajoute si le bien en a bénéficié sans rachat. Le chapitre 18 traite la location italienne en détail, le chapitre 16 l’acquisition et ses droits, et le chapitre 21 la question, décisive ici, de savoir si la commune choisie ouvre ou non l’article 24-ter — parce qu’à 60 et 62 ans, avec des pensions à venir, c’est le vrai sujet du dossier et personne ne le leur avait posé.
Dossier 9 — La famille B. à Rome, ou le dossier que le gain fiscal ne sauve pas
Grégoire a 43 ans et devient directeur financier de la filiale romaine d’un groupe français, à 165 000 €. Camille, 41 ans, est directrice des ressources humaines en France à 78 000 € ; elle ne trouve pas de poste équivalent à Rome et s’arrêtera. Deux enfants de 11 et 14 ans. Ils conservent leur maison bordelaise, acquise 390 000 € et valant 480 000 €, qu’ils n’ont pas l’intention de louer. Assurance-vie et compte-titres : 420 000 €.
Le gain fiscal est réel et il est important. Grégoire relève du régime des impatriés, avec la quote-part de 40 % puisqu’il a des enfants mineurs. Mais un dossier familial ne se chiffre pas sur une ligne de bulletin de paie : il se chiffre sur le revenu du foyer, et c’est là que celui-ci s’effondre.
Dossier 9 — le gain fiscal de l'un contre le revenu perdu de l'autre
ITALIE — GAIN DU REGIME DES IMPATRIES POUR GREGOIRE
Quote-part imposable : 40 % x 165 000 .............. 66 000 €
IRPEF = 0,43 x 66 000 − 7 800 .................... 20 580 €
Addizionali a Rome : 1,23 % + 0,90 % = 2,13 % ..... 1 406 €
IMPOT SOUS LE REGIME ............................... 21 986 €
Sans le regime :
IRPEF = 0,43 x 165 000 − 7 800 ................... 63 150 €
Addizionali 2,13 % x 165 000 ...................... 3 515 €
IMPOT DE DROIT COMMUN ........................... 66 665 €
GAIN FISCAL BRUT ................................... 44 679 €
ITALIE — CE QUE L'IMPATRIE PAIE QUAND MEME
IVIE 1,06 % x 390 000 (cout d'acquisition) .......... 4 134 €
− taxe fonciere imputable, hypothese ............ − 1 600 €
IVIE NETTE .......................................... 2 534 €
IVAFE 2 pour mille x 420 000 .......................... 840 €
Quadro RW : du
GAIN FISCAL NET .................................... 41 305 €
CE QUE LE FOYER PERD
Salaire de Camille, net estime a reprendre sur son
bulletin ......................................... 58 000 €
Scolarite internationale a Rome : non chiffree dans
nos releves, a demander aux etablissements
Loyer romain : 19,8 €/m² par mois, soit pour 120 m²
environ .......................................... 28 512 €
a comparer au cout du logement bordelais
SOLDE DU FOYER, AVANT SCOLARITE ET LOGEMENT
Gain fiscal net .................................... 41 305 €
− revenu net perdu ................................ − 58 000 €
SOLDE ............................................. − 16 695 €Quote-part de 40 % : article 5 du D.Lgs. 209/2023, en présence d'un enfant mineur. Addizionale comunale de Rome : plafond de 0,9 % depuis 2011, addizionale regionale au taux de base de 1,23 % retenue par hypothèse — le taux réel du Latium doit être relevé sur les tableaux du ministère de l'Économie, qui ne figurent pas dans nos relevés. IVIE : la maison bordelaise n'étant pas louée, la règle d'assiette forfaitaire de l'article 70, comma 2, du TUIR ne s'applique pas et le bien ne génère aucun revenu imposable à l'IRPEF italienne — il supporte l'IVIE, et rien d'autre. Cet effet substitutif joue en faveur du contribuable et n'est presque jamais signalé. Loyer romain : idealista, juin 2026, niveau relevé pour la ville de Rome, quatrième chef-lieu le plus cher. Le salaire net de Camille est un ordre de grandeur : il se reprend sur son bulletin de paie. Le coût de la scolarité internationale ne figure pas dans nos relevés.
Le verdict est non, et il est arithmétique : le foyer perd seize mille sept cents euros par anavant même d’avoir payé la première facture de scolarité, et sans compter l’écart de loyer entre Bordeaux et Rome. Un régime fiscal qui rapporte quarante et un mille euros ne compense pas la disparition d’un second revenu de cinquante-huit mille. C’est le contresens le plus fréquent des dossiers familiaux : on optimise la fiche de paie de celui qui part, on oublie la fiche de paie de celui qui reste.
Trois variantes le retournent, et nous les leur présentons dans cet ordre. La première : Camille travaille, même à temps partiel, même en dessous de son niveau — et elle peut, elle aussi, relever du régime des impatriés à titre personnel, la condition de non-résidence de trois périodes lui étant acquise et le lien fonctionnel ayant disparudu nouveau régime : il n’est plus exigé que le transfert soit causé par une prise de fonctions, on peut s’installer d’abord et travailler ensuite, et les conditions s’apprécient période par période, une même année pouvant être partiellement éligible. Attention toutefois à la contrepartie : la fenêtre de cinq ans court à compter du transfert, pas à compter de la prise de poste. Le compteur tourne même quand l’avantage n’est pas consommé. La deuxième : l’école publique italienne, gratuite, que les familles françaises écartent souvent sans l’avoir visitée, avec un soutien linguistique la première année. La troisième : une ville moins chère que Rome, ce qui déplace à la fois le loyer et l’addizionale comunale, plafonnée à 0,9 % dans la capitale contre 0,8 % ailleurs.
Une note favorable, pour finir, parce qu’elle joue en leur faveur et qu’elle est presque toujours omise. Leur maison bordelaise n’étant pas louée et supportant l’IVIE, la règle d’assiette forfaitaire de l’article 70, comma 2, du TUIR ne s’applique pas : elle ne génère aucun revenu imposable à l’IRPEF italienne. Une résidence secondaire française laissée vacante supporte l’IVIE, et rien d’autre. Et s’ils la louaient un jour, le taux de prélèvements sociaux dépendrait du mode de location : 17,2 % en location nue, et une question non tranchéeentre 17,2 % et 18,6 % en location meublée, sur laquelle nous ne conclurons pas. La lecture littérale du bulletin officiel de la sécurité sociale conduit à 18,6 %, la contribution de financement de l’autonomie s’appliquant aux revenus tirés de la location de biens meublés ; la lecture inverse tient à ce que le texte du code de la sécurité sociale ne connaît, pour un non-résident, qu’une seule catégorie, celle des revenus d’immeubles sis en France. L’écart est de 1,4 point sur tous les loyers meublés, et un arrêt du Conseil d’État du 13 mars 2026 a fermé la porte de sortie qui consistait à soutenir qu’un loueur en meublé non résident n’était pas dans le champ : « Constituent des revenus d’immeubles au sens de ces dispositions les loyers issus d’immeubles situés en France, quelle que soit la catégorie d’imposition dont ils relèvent ».
Dossier 10 — Paul, héritier présomptif, et le pacte Dutreil qui ne traverse pas les Alpes
Paul a 57 ans et vit en Italie depuis 2023, au droit commun. Son père, 84 ans, veuf, domicilié à Tours, dispose d’un patrimoine de 4,2 M€ dont 62 %en titres d’une SARL familiale d’usinage qu’il dirige encore. Son notaire tourangeau lui a préparé une donation-partage assortie d’un engagement Dutreil, avec réserve d’usufruit et conservation du droit de votepar le donateur. C’est le schéma français par défaut. Il pose deux problèmes du côté italien, et le second est un problème de fond.
Le premier est une formalité que personne n’anticipe. Depuis le 1erjanvier 2025, l’article 55, comma 1-bis, du TUS soumet à enregistrement en termine fisso en Italie les actes ayant pour objet des « donazioni, dirette o indirette », ainsi que les actes de constitution et de dotation de trusts formés à l’étranger, au profit de bénéficiaires résidentsde l’État. Une donation consentie à Tours au profit d’un fils résidant en Italie entre exactement dans ce champ. L’obligation est formelle, elle ne préjuge pas de l’imposition, et son articulation avec l’absence d’imposition italienne dans ce cas de figure doit être arbitrée par un notaire italien. Dans le même mouvement, une seconde réforme change la donne pour tout ce qui n’est pas une donation formelle : le seuil qui limitait autrefois le redressement des libéralités indirectes à un enrichissement supérieur à 350 millions de lires a disparu le 1er janvier 2025, et le taux est passé de 7 à 8 %. Le champ du redressement s’est donc élargi en même temps que le taux augmentait. Un virement familial, une prise en charge de prix, une remise de dette : tout cela est désormais dans le champ, sans plancher.
Le second est un problème de fond, et il est récent. L’article 3, comma 4-ter, du TUS exonère la transmission d’entreprises et de participations, et son champ territorial a été élargi en 2024 aux sociétés de l’Union et de l’EEE : les titres d’une SARL française y entrent. Mais l’administration italienne exige une condition non écrite dans le texte : le bénéficiaire doit acquérir un controllo di diritto effettivo e sostanziale, et non la seule majorité formelle des droits de vote. Trois réponses à interpello le confirment et sont toutes restrictives — deux du 13 juillet 2026, nos 142 et 143, et une du 20 janvier 2026, no 11. Dans l’espèce de la réponse no143, la nue-propriété de 95 % des parts était transmise avec réserve du droit de vote au donateur, l’usufruit et des droits particuliers conservés, un quorum statutaire de 96 % et une clause d’agrément : l’exonération a été refusée, au motif que le bénéficiaire ne pouvait modifier seul ces clauses. La réponse no11 sanctionne, elle, la déchéance de l’exonération après une scission partielle proportionnelle suivie de la cession des titres.
La réserve d'usufruit avec droit de vote fait perdre l'exonération italienne
Pour les sociétés de capitaux, le bénéficiaire doit acquérir un controllo di diritto effettivo e sostanziale. La réserve d’usufruit avec droit de vote au donateur, les droits particuliers du donateur sur la gouvernance et les quorums statutaires renforcés font échec au bénéfice de l’exonération de l’article 3, comma 4-ter, du TUS.C’est précisément l’architecture d’un pacte Dutreil français classique.
Nous ne recommandons aucunmontage de transmission d’entreprise transposant le pacte Dutreil en Italie. Ce dossier relève, sans exception, d’un avocat fiscaliste italien et d’un notaire français travaillant ensemble, avant la rédaction de l’acte— pas après. L’éligibilité d’une holding pure, sans activité opérationnelle, à la même exonération n’est pas tranchée : la réponse no143 raisonnait sur un groupe industriel coiffé par une holding et n’a opposé aucune objection tirée de la nature de la société, mais c’est un indice, pas une position.
Une contrepartie favorable, à connaître avant d’abandonner la piste : lorsque l’exonération de l’article 3, comma 4-ter, s’applique, elle emporte aussi exonération des imposte ipotecaria e catastale. Pour une entreprise détenant de l’immobilier, cela change matériellement l’arbitrage.
Ce que nous pouvons dire à Paul sur le fond, et rien de plus. Le barème italien de l’article 7 du TUS applique 4 %au-delà d’un abattement de 1 000 000 € par bénéficiaire en ligne directe et pour le conjoint, 6 %au-delà de 100 000 € entre frères et sœurs, 6 %sans franchise pour les autres parents jusqu’au quatrième degré et pour les alliés en ligne directe, 8 % pour les autres, et un abattement de 1 500 000 €pour un bénéficiaire en situation de handicap reconnu. Le champ territorial est fixé par l’article 2 du TUS : l’impôt frappe tous les biens transmis, même situés à l’étranger, sauf si le défunt ou le donateur n’était pas résident de l’État, auquel cas il ne frappe que les biens et droits qui y existent. Le père de Paul est domicilié en France : l’impôt italien ne toucherait que d’éventuels biens italiens, et les titres d’une SARL française n’en sont pas.
Nous nous arrêtons là, et c’est délibéré. Nous ne publions aucun chiffrage comparatif d’une succession franco-italienne, pour trois raisons cumulatives. La convention du 20 décembre 1990 répartit selon le domiciledu défunt et la situation des biens, sans considération de celle des héritiers, et son articulation avec le 3° de l’article 750 ter du CGI comporte une lecture non tranchée — la doctrine française pose que ces conventions privent la France du droit d’imposer les biens légués par un défunt non résident à un bénéficiaire résident de France s’ils sont situés hors de France, mais elle réserve les « cas particuliers », et une réponse ministérielle a conclu en sens inverse sur une donation d’immeuble italien. La loi de finances française pour 2026 aurait par ailleurs modifié l’abattement applicable aux beaux-enfants, ce que nous n’avons pas pu confirmer sur Légifrance : tant que l’article 788 du CGI n’a pas été relu, aucun tableau comparatif n’est publiable. Le droit civil des deux pays diverge, enfin, sur un point qui renverse les conclusions : les ascendants sont réservataires en Italie— un tiers du patrimoine en l’absence d’enfants, un quart en concours avec un conjoint qui en reçoit la moitié — alors que la France a supprimé leur réserve en 2006. Pour un couple sans enfant, ce seul point inverse la conclusion habituelle. Le chapitre 24 traite la matière ; il ne la remplace pas par un tableau.
Une mise en garde chiffrée, parce qu’elle contredit l’argument commercial que tout le monde répète. « L’Italie, c’est 4 % au-delà d’un million contre 45 % en France » : exact sur un patrimoine important, faux sur un patrimoine immobilier modeste. Une succession comportant un immeuble en Italie supporte les imposte ipotecaria e catastale, soit 2 % et 1 % de la valeur cadastrale — 3 % au total, avec un minimum de 200 € chacune, ramenées à 200 € fixes chacune dans le cas prima casa. La France, dans la même hypothèse, ne perçoit pas de droits de mutation sous l’abattement de 100 000 €, mais la publication de l’attestation notariée reste soumise à la contribution de sécurité immobilière et à un droit fixe — deux prélèvements d’un ordre de grandeur sans commune mesure avec 3 %. Sur un appartement de 200 000 €, l’écart joue en faveur de la France. Les taux français de ces deux prélèvements sont relevés sur doctrine secondaire et doivent être recontrôlés sur Légifranceavant d’être publiés dans une note client.
Trois dernières informations, que Paul et son père doivent avoir en tête. Le coacervo successoral — le rappel des donations antérieures pour la détermination du taux — a été suppriméen matière de succession par l’abrogation de l’article 8, comma 4, du TUS, avec effet aux successions ouvertes à compter du 1erjanvier 2025 : la réforme de 2024 n’a pas modifié les taux, mais elle n’est pas neutre pour autant, et elle joue ici en faveur du contribuable. Symétriquement, la même réforme a institué l’autoliquidationde l’impôt de succession, avec un corollaire favorable jamais signalé : le délai de notification de la liquidation passe de trois ans à deux ans. Et l’article 15 de la convention successorale organise une assistance mutuelle au recouvremententre les deux États, intérêts, frais, suppléments et majorations compris : la frontière n’est pas étanche. L’article 13 de la même convention enferme la procédure amiable dans un délai de forclusion de trois ansà compter de la première notification de la mesure qui entraîne une imposition non conforme ; et pour les différends relevant du champ de la directive européenne sur le règlement des différends fiscaux, dont les personnes physiques sont expressément bénéficiaires, l’ouverture de la procédure met fin à toute autre procédure amiable conventionnelle. C’est un choix, pas un filet de sécurité, et il se fait une fois.
Le verdict, pour Paul : oui pour l’installation, non pour le montage. Sa résidence italienne ne pose pas de difficulté en elle-même, et elle n’expose pas les titres français de son père à l’impôt successoral italien. Ce qui pose difficulté, c’est l’acte que le notaire tourangeau a préparé, et le fait que personne ne l’ait relu du côté italien. Il n’est pas trop tard : l’acte n’est pas signé. Il le sera dans six semaines si personne ne dit rien.
Dossier 11 — Giulia et Thomas à Vérone, ou comment un déménagement du 20 juin coûte une année
Giulia est italienne, elle a 38 ans, elle rentre à Vérone pour un poste local. Thomas, français, 40 ans, est ingénieur salarié d’une société française à 92 000 € ; il compte garder son poste en télétravail depuis Vérone, avec quatre jours par mois au siège parisien. Deux enfants de 4 et 7 ans. Ils gardent l’appartement nantais de Thomas, non loué dans un premier temps. Leur date de déménagement : le 20 juin.
Commençons par ce qui marche, parce que ce n’est pas ce qu’ils croyaient. Thomas exécute matériellement son travail en Italie : son revenu y est produit, il est donc éligible, sur le principe, au régime des impatriés — le lien fonctionnel a disparudu nouveau régime, il n’est plus exigé que le transfert soit causé par une prise de fonctions, et les conditions s’apprécient période par période. Ce qui ne marche pas, ce sont les quatre jours parisiens. La rémunération correspondant aux journées travaillées physiquement en France est un revenu produit à l’étranger au sens de la lecture a specchiodes critères de rattachement de l’article 23 du TUIR : elle n’est pas éligibleau régime. L’Agenzia l’a jugé expressément dans une réponse de 2025 portant sur un frontalier, en écartant l’avantage parce que le revenu était « prodotto all’estero », et la solution vaut ici. Son salaire se fractionne donc en deux, avec deux traitements différents ; et la fraction française est en outre imposable en France sur le fondement de l’article 15 § 1 de la convention, l’exception des 183 jours de l’article 15 § 2 ne jouant pas puisque son employeur est résident de France.
Une précision, parce que la question vient toujours : la clause frontalière de l’article 15 § 4 ne les concerne pas. Elle suppose d’habiter dans la zone frontalière d’un État et de travailler dans celle de l’autre, avec retour quotidien. Les zones sont limitativement définies par le point 9 du Protocole, et la liste administrative réserve deux surprises : du côté français la Haute-Savoie, la Savoie, les Hautes-Alpes, les Alpes-de-Haute-Provence, les Alpes-Maritimes et la Corse-du-Sud ; du côté italien le Val d’Aoste, le Piémont, la Ligurie et la Sardaigne— la frontière maritime des bouches de Bonifacio explique les deux dernières entrées, et c’est précisément pour cela qu’on ne peut pas déduire cette liste d’une carte. La Vénétie n’y est pas. Et le télétravail permanent ne satisfait de toute façon pas la condition de retour quotidien : la doctrine française exclut d’ailleurs expressément les professions itinérantes exercées principalement hors de la zone frontalière de l’autre État. Les accords amiables conclus pendant la période sanitaire ont expiré le 30 juin 2022, et aucune trace d’un accord franco-italien postérieur sur le télétravail n’a été trouvée dans nos recherches.
Dossier 11 — ce que coûte le 20 juin plutôt que le 3 juillet
REGLE DE RESIDENCE ITALIENNE
Est resident celui qui, pour la MAJEURE PARTIE de la
periode d'imposition, FRACTIONS DE JOURNEE COMPRISES,
a en Italie sa residence au sens du code civil, son
domicile, ou y est simplement present
Seuil : 183 jours en annee ordinaire, 184 en annee
bissextile — et non "plus de 183"
Du 1er juillet au 31 decembre : 184 jours
Du 2 juillet au 31 decembre : 183 jours = RESIDENT
Du 3 juillet au 31 decembre : 182 jours = non resident
Le domicile est desormais defini par la loi comme le lieu
ou se developpent, A TITRE PRINCIPAL, les relations
personnelles et familiales : la famille de Thomas
s'installe a Verone, ce critere est rempli des juin
La presomption tiree de l'inscription a l'anagrafe est
devenue SIMPLE depuis 2024 : salvo prova contraria
CONSEQUENCE DU DEPART LE 20 JUIN
Thomas est resident fiscal italien POUR L'ANNEE ENTIERE
Il n'existe pas de split year entre la France et l'Italie :
la circolare 20/E ne reconnait de fractionnement
conventionnel qu'avec l'Allemagne, la Suisse et le Panama
L'Italie impose donc aussi son salaire de janvier a juin,
percu alors qu'il vivait et travaillait en France
Salaire du premier semestre ....................... 46 000 €
Ce salaire est un revenu PRODUIT EN FRANCE : il n'est
pas eligible au regime des impatries
Il entre au bareme italien, avec credit d'impot
plafonne au prorata de l'article 165 du TUIR
Surcout italien sur ce semestre, apres credit : de
l'ordre de l'ecart entre le bareme italien et
l'impot francais correspondant
CE QU'AURAIT DONNE UN DEPART LE 3 JUILLET
Thomas n'est pas resident italien en annee N
Son salaire du premier semestre reste hors du champ
italien
Le regime des impatries court a compter de l'annee N+1,
sur cinq periodes pleines
COTE FRANCAIS, L'ANNEE DU DEPART SE FRACTIONNE
Article 167, 1, du CGI : la base d'imposition comprend
les revenus dont l'interesse a dispose jusqu'a la date
du depart, puis imposition en non-resident sur les
seuls revenus de source francaise
La France fractionne, l'Italie ne fractionne pas :
c'est le decalage qui produit le surcoutArticle 2, comma 2, du TUIR dans sa rédaction issue de l'article 1 du D.Lgs. 209/2023, applicable depuis le 1er janvier 2024 : critère de présence physique ajouté, domicile redéfini comme le lieu où se développent à titre principal les relations personnelles et familiales, présomption anagraphique devenue simple, et computation tenant compte des fractions de journée. Seuil de 183 jours, 184 en année bissextile : circolare 20/E du 4 novembre 2024, pages 5 et 7, formule répétée deux fois. Absence de split year avec la France : même circolare, page 22. Lecture a specchio de l'article 23 du TUIR et inéligibilité du travail exécuté hors d'Italie : risposta n. 66/2025. Crédit d'impôt de l'article 165 du TUIR, à demander au quadro CE du Fascicolo 3 à peine de déchéance, et plafonné au rapport entre les revenus produits à l'étranger et le revenu global déclaré. Fractionnement français de l'année du départ : article 167, 1, du CGI et doctrine BOI-IR-DOMIC-20 dans sa version du 25 juin 2014 — et non BOI-IR-DOMIC-40, qui traite du régime Schumacker. Le montant du surcoût n'est pas chiffré ici : il dépend du barème français applicable au foyer et du plafonnement au prorata du crédit italien.
Le verdict est oui au pays, non au plan tel qu’il est conçu, et il tient à deux choses. La première est la date : treize jours d’écart entre le 20 juin et le 3 juillet font basculer une année entière de revenus dans le champ italien, sans split yearpour les isoler, avec un crédit d’impôt plafonné au prorata qui n’annulera pas l’écart de barème. Treize jours. C’est le paramètre le moins cher à corriger de tout ce chapitre, et celui qu’on découvre presque toujours trop tard, parce qu’une date de déménagement se fixe sur un bail, une rentrée scolaire et un camion — jamais sur un calendrier fiscal.
La seconde n’est pas fiscale, et c’est celle qui bloque réellement :un employeur français dont un salarié travaille depuis l’Italie supporte des obligations qu’il ignore souvent— affiliation sociale du salarié, obligations de paie, et un risque d’établissement stable qui dépend de la nature de ses fonctions. Ces questions ne relèvent pas du droit fiscal des personnes et ne sont pas traitées par nos sources documentées : elles doivent être arbitrées avec un avocat en droit social italien et le conseil de l’employeur, avant la signature d’un avenant. La question à poser : quelles obligations d’affiliation, de paie et de déclaration l’employeur français assume-t-il du fait de l’exécution habituelle du contrat en Italie, et à partir de quel seuil de présence ?Les pièces : le contrat, l’avenant de télétravail projeté, la description des fonctions, et le calendrier prévisionnel des jours travaillés dans chaque pays. Ce n’est pas une formalité : c’est le point sur lequel un employeur peut refuser l’arrangement, et il vaut mieux le savoir avant d’avoir donné son préavis de bail.
Deux points patrimoniaux complètent le dossier, et l’un des deux est une bonne nouvelle méconnue. Sur l’appartement nantais : il devient une résidence secondaire, il supporte l’IVIE à 1,06 % — non due si le montant n’excède pas 200 €, proratisée à la quote-part et aux mois de détention, un mois entamé d’au moins quinze jours comptant pour un mois entier — et, n’étant pas loué, il ne génère aucun revenu imposable en Italie. S’ils le louaient, le taux de prélèvements sociaux dépendrait de la couverture maladie de Thomas : affilié en Italie et non à la charge d’un régime obligatoire français, il remplirait les deux conditions cumulatives du taux réduit de 7,5 % ; maintenu à la sécurité sociale française, il resterait à 17,2 %. Neuf virgule sept points d’écart, qui dépendent d’une décision de paie prise, le plus souvent, sans que personne n’ait vu le lien.
Et sur l’IMU italienne, une décision qu’il faut connaître parce qu’elle vise exactement leur schéma d’installation. La Cour constitutionnelle a jugé en 2022 que la définition de l’abitazione principalene pouvait pas exiger la résidence et la demeure de l’ensemble du nucleo familiare : elle a annulé le premier période du texte en tant qu’il l’exigeait, et le second période en entier. Deux conjoints qui demeurent effectivement et sont inscrits à l’anagrafe dans deux logements distincts, y compris dans deux États, bénéficient chacunde l’exonération sur le sien. La Cour précise en revanche que, lorsque le couple a la même demeure habituelle, l’exonération ne joue qu’une fois. Deux précautions : la page du ministère de l’Économie reproduit encore la rédaction antérieure, et une décision qui réécrit le texte d’une loi n’est pas une simple jurisprudence d’interprétation — elle fait partie du texte. Cela ne dispense pas de vérifier la délibération de la commune de Vérone sur le Portale del federalismo fiscale : les taux communaux d’IMU sont normalisés et publiés depuis 2021, et c’est là, et nulle part ailleurs, qu’on lit le taux réel avant d’acheter.
Dossier 12 — Léa, 29 ans, et le régime qui ne rattrape pas l’écart
Léa a 29 ans, elle est développeuse senior, elle gagne 54 000 € brut à Paris. Une société de Bologne lui propose 42 000 €brut. Célibataire, 22 000 € d’épargne dont 9 000 € en crypto-actifs, pas d’immobilier. Elle a calculé que le régime des impatriés compenserait la différence. Il n’en compense qu’un peu plus de la moitié.
Sur l’éligibilité, elle est bien placée. Trois périodes de non-résidence italienne : acquis. Haute qualification : les quatre voies de l’article 27-quater sont alternatives, et l’absence de diplôme n’est pas en soi disqualifiante — l’Agenzia a appliqué le régime à un contribuable déclarant n’avoir obtenu aucun diplôme universitaire mais justifiant d’une expérience professionnelle de plus de trois ans comme spécialiste des technologies de l’information au sens de la classification ISCO-08. Une réserve, cependant, et elle est du même ordre que dans le dossier 3 : l’Agenzia a pris cette déclaration acriticamente, en précisant quela vérification des conditions d’accès au régime comme celle de la résidence fiscale effective échappent à l’interpello. Le risque de qualification reste donc entier et le rescrit ne le couvre pas. Et une coquille de source à ne pas propager : le testo unico immigrazionerenvoie à un « decreto legislativo 6 novembre 2007, n. 206 » qui n’existe pas sous cette date ; le décret est du 9 novembre 2007, et c’est l’article 27-quater lui-même qui porte l’erreur.
Dossier 12 — 54 000 € à Paris contre 42 000 € à Bologne sous le régime des impatriés
ITALIE — AVEC LE REGIME DES IMPATRIES
Base imposable : 50 % x 42 000 ..................... 21 000 €
IRPEF = 0,23 x 21 000 ............................... 4 830 €
Detrazione da lavoro dipendente ............ − 690 a − 1 955 €
Addizionali 2,03 % x 21 000 ........................... 426 €
IMPOT ITALIEN ........................... 3 301 € a 4 566 €
ITALIE — SANS LE REGIME
IRPEF = 0,33 x 42 000 − 2 800 ...................... 11 060 €
Detrazione, forte degressivite a ce niveau ... − 690 a − 900 €
Addizionali 2,03 % x 42 000 ........................... 853 €
IMPOT ITALIEN ......................... 11 013 € a 11 223 €
GAIN ANNUEL DU REGIME ................... 6 447 € a 7 922 €
L'ECART QUI COMPTE
Salaire brut parisien .............................. 54 000 €
Salaire brut bolonais .............................. 42 000 €
ECART DE REMUNERATION BRUTE ........................ 12 000 €
Gain fiscal du regime ................... 6 447 € a 7 922 €
TAUX DE RATTRAPAGE .......................... 54 % a 66 %
CE QUI N'EST PAS DANS CE CALCUL
Les cotisations sociales salariales italiennes sont
assises sur la remuneration, non sur la base fiscale
reduite : l'abattement du regime des impatries est
FISCAL, il ne reduit pas l'assiette sociale
— point a verifier aupres du consulente del lavoro
de l'employeur, nos sources ne le traitent pas
Cout du logement : Bologne 17,5 €/m² par mois
(5e chef-lieu le plus cher d'Italie)
SES 9 000 € DE CRYPTO-ACTIFS, UNE FOIS RESIDENTE
Plus-values : 33 % depuis le 1er janvier 2026
(26 % maintenu pour les e-money token en euros ;
la conversion euro / EMT n'est pas imposable)
Le seuil de 2 000 € qui existait a DISPARU
Imposta sul valore delle cripto-attivita : 2 pour mille
par an sur la valeur detenue, EN PLUS de l'imposition
des plus-values .......................... environ 18 €
Quadro RW : duRégime des impatriés : article 5 du D.Lgs. 209/2023, quote-part de 50 %, aucun enfant mineur ici. Detrazione de l'article 13 du TUIR pour le travail salarié : maximum de 1 955 € jusqu'à 15 000 € de revenu, minimum garanti de 690 €, dégressivité s'annulant à 50 000 € — les formules de dégressivité n'ayant pas été reprises sur la source, le résultat est donné en fourchette. Crypto-actifs : taux porté à 33 % au 1er janvier 2026 par la L. 199/2025, art. 1, comma 28, complétant la L. 207/2024, art. 1, comma 24 ; règle reprise à l'article 304, comma 7, du nouveau texte unique ; le taux de 26 % est maintenu pour les e-money token libellés en euros, et la définition reprise à l'article 76, comma 1, lettre i), du texte unique ne comporte aucun seuil. L'imposta sul valore delle cripto-attività de 2 pour mille est due depuis 2023 en vertu de l'article 19, comma 18, deuxième période, du D.L. 201/2011, en plus de l'imposition des plus-values et de la déclaration au quadro RW. Loyer bolonais : idealista, juin 2026, Bologne cinquième chef-lieu le plus cher relevé à 17,5 €/m² par mois. Le niveau de loyer parisien ne figure pas dans nos relevés et la comparaison de coût de la vie doit être construite sur des devis réels. Les quatre voies alternatives de la haute qualification : article 27-quater du D.Lgs. 286/1998, auquel renvoie l'article 5, comma 1, lettre d), du D.Lgs. 209/2023.
Le verdict est non, économiquement. Le régime fonctionne parfaitement : il lui fait gagner de six mille quatre cents à sept mille neuf cents euros d’impôt par an. Mais il ne rattrape pas les douze mille euros d’écart de rémunération brute — il en rattrape de 54 à 66 %, et probablement moins une fois les cotisations salariales italiennes prises en compte, puisque l’abattement du régime est fiscalet ne réduit pas l’assiette sociale. Ajoutez que Bologne est le cinquième chef-lieu le plus cher d’Italie à la location, et le compte n’y est pas.
Deux choses à lui dire, et elles sont d’ordre différent. La première : si elle part, qu’elle parte pour le poste, pour Bologne, pour la langue. Le régime des impatriés est une prime au déménagement, ce n’est pas une raison de déménager : il finance le coût de l’installation, il ne finance pas un choix de vie qu’on ne ferait pas autrement. La seconde : à 29 ans, l’engagement de quatre ans est un vrai engagement. Si elle repart au bout de deux ans — ce qui, à cet âge et dans ce métier, arrive souvent —, la déchéance est rétroactive, les avantages déjà consommés sont repris avec intérêts, etle point de départ du calcul de ces intérêts comme l’éventuel cumul avec des sanctions pour déclaration infidèle ne sont traités par aucune source consultée. Un salarié de 29 ans engage donc quatre années de mobilité contre un gain qu’il peut avoir à rembourser. Ce n’est pas rédhibitoire. C’est à savoir avant, pas après.
Un dernier mot sur ses neuf mille euros de crypto-actifs, parce que c’est le poste que les trentenaires oublient systématiquement dans un dossier d’expatriation. Une fois résidente, elle relève de troisobligations distinctes et non d’une : l’impôt sur les plus-values, porté à 33 % au 1er janvier 2026 et sans seuil d’exonération— celui de 2 000 € a disparu — ; une imposta sul valore delle cripto-attività de 2 pour millepar an sur la valeur détenue, qui est un impôt patrimonial distinct et qui s’ajoute au premier ; et la déclaration au quadro RW. Sur 9 000 €, la deuxième ligne vaut dix-huit euros : ce n’est pas le montant qui compte, c’est l’obligation déclarative, et son absence. Un point ouvert, pour mémoire : l’exonération dont bénéficie l’optant au forfait couvre-t-elle cet impôt sur la valeur des crypto-actifs, hébergé depuis 2023 dans le même comma que l’IVAFE ? Aucune source consultée ne le dit. Sans objet pour Léa, décisif pour un client du dossier 5 qui détiendrait des actifs numériques.
Ce que ces douze dossiers ont en commun
Reprenons les quatre verdicts négatifs et cherchons ce qui les relie. Ce n’est jamais le taux italien. Dans les quatre cas, la cause tient à l’un des trois mêmes facteurs : un niveau de revenu insuffisantpour amortir un régime substitutif — dossiers 1 et 12 ; un calendrier mal placé— dossier 7 ; un coût non fiscal que personne n’avait chiffré— dossier 9. Aucun de ces trois facteurs ne se lit dans une brochure de régime fiscal, et tous les trois se calculent avant de partir. Ajoutez-y les trois dossiers où le pays convient mais où le montage ne tient pas — 8, 10 et 11 — : dans les trois, l’erreur est venue d’un professionnel compétent qui raisonnait dans un seul système juridique. Un agent immobilier sicilien qui ignore le seuil des deux logements, un notaire tourangeau qui ignore le controllo effettivo, un déménageur qui ignore le 3 juillet : aucun des trois n’a mal fait son métier.
Ce qui fait réellement basculer un dossier italien
Les six facteurs que nous retrouvons dans tous les dossiers gagnants, par ordre d'impact décroissant.
Ce qui ne fait pas basculer un dossier, malgré les apparences
Les arguments les plus souvent avancés, et ce qu'ils valent réellement une fois chiffrés.
Les six points sur lesquels nous refusons de conclure
Ils sont ouverts en droit, ils portent sur des montants significatifs, et aucun conseil sérieux ne peut les trancher seul.
Les six erreurs qui reviennent dans presque tous les dossiers
| Ce que le dossier arrivé chez nous contenait | Ce qui est exact au 30 juillet 2026 | Ce que l'erreur coûte |
|---|---|---|
| « Le forfait des neo residenti coûte 100 000 € par an » | 300 000 € pour les transferts de résidence civile intervenus à compter du 1er janvier 2026, 200 000 € du 11 août 2024 au 31 décembre 2025, 100 000 € jusqu'au 10 août 2024 inclus. Le forfait familial est passé de 25 000 € à 50 000 € au 1er janvier 2026, et pas avant : le relèvement de 2024 ne touchait que le premier période du comma 2 | Un chiffrage trois fois trop bas. Toute simulation d'arbitrage bâtie sur 100 000 € est à refaire intégralement. La fiche officielle de l'Agenzia porte elle-même deux montants incompatibles dans la même page : elle ne fait pas foi sur ce point |
| « Le régime des impatriés, c'est 70 % d'exonération pendant dix ans, sans plafond » | 50 % de quote-part imposable, 40 % avec un enfant mineur, plafond de 600 000 € de revenu éligible, cinq périodes, haute qualification exigée, engagement de résidence de quatre ans sanctionné, plafond de minimis de 300 000 € sur trois années civiles glissantes | Un client qui accepte un poste sur une promesse d'exonération inexistante, et qui découvre l'engagement de quatre ans après la signature. À 800 000 € de rémunération, l'exonération effective tombe à 37,5 % |
| « Le forfait dispense de tout, et le régime des impatriés aussi » | La dispense de quadro RW, d'IVIE et d'IVAFE est écrite au seul comma 153 de la L. 232/2016, qui ne vise que l'option de l'article 24-bis et l'étend aux familiers couverts. L'impatrié, le chercheur et le retraité du Mezzogiorno y restent intégralement soumis | De 1 000 à 85 000 € par an selon l'encours, plus la charge déclarative annuelle. Dossier 2 : 4 000 € par an pendant neuf ans, soit 36 000 € |
| « Il suffit d'arriver après le 1er juillet pour ne pas être résident » | Du 1er juillet au 31 décembre il y a 184 jours. Arriver le 2 juillet laisse exactement 183 jours et emporte la résidence italienne pour l'année entière. Il faut arriver au plus tôt le 3 juillet en année ordinaire, les fractions de journée comptant pour un jour entier | Une année entière de revenus mondiaux dans le champ italien, sans split year avec la France pour les isoler — le fractionnement conventionnel n'est reconnu qu'avec l'Allemagne, la Suisse et le Panama |
| « Il suffit d'opter pour la cedolare secca dans le contrat de bail » | L'option est sans effet si le bailleur n'a pas adressé au locataire une lettre recommandée préalable par laquelle il renonce à l'actualisation du loyer, y compris la variation ISTAT. Les dispositions du comma sont inderogabili | La perte du taux de 21 % et le retour à l'IRPEF augmentée des deux addizionali, sur toute la durée du bail |
| « La donation-partage avec réserve d'usufruit et droit de vote fonctionne aussi en Italie » | L'exonération de l'article 3, comma 4-ter, du TUS suppose l'acquisition d'un controllo di diritto effettivo e sostanziale. La réserve d'usufruit avec droit de vote au donateur, les droits particuliers sur la gouvernance et les quorums statutaires renforcés y font échec (risposte n. 11 du 20 janvier 2026, n. 142 et n. 143 du 13 juillet 2026) | La perte de l'exonération sur la totalité des titres transmis, et le retour au barème de droit commun — ainsi que la perte de l'exonération corrélative des imposte ipotecaria e catastale |
Les huit questions à poser à nos avocats partenaires, et les pièces à réunir
Chacun de ces douze dossiers comporte au moins un point que nous ne tranchons pas. Ce n’est pas une précaution de rédaction : ce sont des questions de droit que ni le BOFiP, ni les pages de l’Agenzia delle Entrate consultées le 30 juillet 2026, ni la prassi publiée ne règlent. Les voici, avec la formulation exacte à leur donner et les pièces qui permettent d’y répondre — parce qu’une question posée sans ses pièces revient sans réponse.
| Dossier | Question à poser, mot pour mot | Pièces à réunir | À qui |
|---|---|---|---|
| 2 et tout dossier sous l'article 24-ter | L'imposition substitutive de l'article 24-ter entre-t-elle dans le champ du dernier alinéa de l'article 24 § 2 de la convention du 5 octobre 1989, qui écarte la déduction lorsque le revenu est assujetti à une retenue libératoire sur demande du bénéficiaire ? | Détail par régime des pensions françaises, attestations de retenue à la source de chaque caisse, projet de commune avec attestation de population | Avocat fiscaliste français et dottore commercialista italien, ensemble |
| 3, 6, 9, 11, 12 | Le plafond de minimis de 300 000 € sur trois années civiles glissantes s'applique-t-il à un salarié, ou seulement aux travailleurs indépendants et aux entreprises ? | Historique des aides publiques perçues sur trois ans, contrat de travail, simulation de l'avantage annuel sur les cinq périodes | Dottore commercialista italien |
| 5 | L'optant à l'article 24-bis est-il résident au sens de l'article 4 de la convention de 1989 et domicilié au sens de l'article 4 § 1 de la convention du 20 décembre 1990 ? | Inventaire complet du patrimoine par pays, projet d'option, historique des dix années de résidence, documentation de la date d'emménagement effectif | Binôme avocat fiscaliste français et dottore commercialista spécialiste des neo residenti, avec interpello préalable |
| 5 | L'exclusion de la France du périmètre de l'option par le comma 5 de l'article 24-bis fait-elle perdre le bénéfice de l'assiette successorale réduite du comma 158, et cette assiette réduite s'étend-elle aux familiers du comma 6 ? | Inventaire successoral prévisionnel, localisation de chaque actif au sens de l'article 2, comma 3, du TUS, liste des débiteurs résidents italiens et des sociétés ayant leur siège ou leur objet principal en Italie | Dottore commercialista italien, avec interpello préalable |
| 7 | Quelle est la date exacte d'expiration du délai de dégrèvement de l'exit tax, comment s'articule le point 8 b) du Protocole avec ce dégrèvement, et l'Italie accorde-t-elle un crédit d'impôt au titre du prélèvement français de l'article 244 bis B ? | Table de capitalisation historique sur dix ans, pactes d'associés, attestation de détention du groupe familial, projet de protocole de cession avec calendrier | Avocat fiscaliste français, en binôme avec un conseil italien |
| 9 et 11 | Quel est le taux de prélèvements sociaux applicable aux loyers de source française selon que le contribuable est affilié à l'INPS ou reste à la charge d'un régime obligatoire français, et le taux réduit de 7,5 % s'ouvre-t-il aux revenus de location meublée ? | Attestation d'affiliation italienne ou formulaire S1, baux, avis d'imposition des trois dernières années | Avocat fiscaliste français, et interrogation de la direction des impôts des non-résidents si l'enjeu le justifie |
| 10 | Quelle architecture de donation permet au donataire d'acquérir un controllo di diritto effettivo e sostanziale au sens exigé par l'administration italienne, sans faire perdre le bénéfice du pacte Dutreil français ? | Statuts à jour, pactes d'associés, projet d'acte, organigramme du groupe, comptes des trois derniers exercices | Avocat fiscaliste italien et notaire français, ensemble, avant rédaction |
| 11 | Quelles obligations d'affiliation, de paie et de déclaration l'employeur français assume-t-il du fait de l'exécution habituelle du contrat en Italie, et à partir de quel seuil de présence ? | Contrat, avenant de télétravail projeté, description des fonctions, calendrier prévisionnel des jours travaillés dans chaque pays | Avocat en droit social italien et conseil de l'employeur |
Trois phrases pour finir, et elles valent pour les douze dossiers. La première : le régime se choisit après avoir calculé le droit commun, jamais avant — dans huit dossiers sur douze, le droit commun italien est la référence contre laquelle tout se mesure, et dans deux d’entre eux il gagne. La deuxième : la date de transfert de la résidence civile et la date d’acquisition de la résidence fiscale sont deux dates différentes, elles produisent deux effets différents, elles ne sont pas définies par le même texte, et elles se documentent le jour où elles se produisent. La troisième : un projet italien se calcule sur le foyer, pas sur une fiche de paie. Le dossier 9 perd seize mille euros par an malgré quarante et un mille euros de gain fiscal, et personne ne l’avait vu venir.
Faire refaire votre dossier avant de signer, pas avant la première déclaration
Nous instruisons un projet italien dans l'ordre où l'administration le lira : date de transfert de la résidence civile et date d'acquisition de la résidence fiscale, historique des dix années de résidence, nature et localisation de chaque revenu au regard de la lecture a specchio de l'article 23 du TUIR, inventaire des avoirs conservés en France avec leur coût annuel en IVIE, IVAFE et charge déclarative, puis simulation comparée du forfait de l'article 24-bis, du régime des impatriés, du régime des enseignants-chercheurs, du régime des retraités du Mezzogiorno et du droit commun, sur la durée réelle du projet et sur le foyer complet. Le même travail est conduit côté français pour ce qui y reste imposable. Sur les points de droit non tranchés, sur l'interpello et sur tout acte irréversible de transmission ou de cession, la mise en relation avec des avocats fiscalistes, des dottori commercialisti et des notaires des deux pays fait partie de l'accompagnement.

