Ce que nous faisons concrètement pour un expatrié en Italie
Ce volet expose le droit applicable. La page que nous consacrons à l’expatriation en Italie expose notre intervention : les profils que nous accompagnons, la façon dont nous coordonnons les conseils locaux, et ce qui relève de leur ressort plutôt que du nôtre.
05. Résidence fiscale : critères italiens et article 4 B
La question que vous posez n’est presque jamais celle que vous croyez poser. Vous demandez « à partir de quand suis-je résident fiscal italien ? », et vous attendez une date. Il n’y a pas une date, il y en a trois, elles ne coïncident pas, et l’une d’elles peut vous coûter cent mille euros par an pendant quinze ans. Il y a ensuite une seconde question, que presque personne ne pose et qui décide du reste : la France, elle, vous a-t-elle lâché ? Les deux États répondent séparément, chacun avec ses propres critères, et rien n’empêche les deux de répondre oui la même année.
Ce chapitre traite ce mécanisme dans l’ordre où il se déroule réellement. D’abord le droit interne italien, réécrit au 1er janvier 2024 et réécrit encore, en numérotation, au 1erjanvier 2027. Ensuite le droit interne français, l’article 4 B du code général des impôts, dont un alinéa ajouté en février 2025 change la donne bien au-delà de l’impôt sur le revenu. Enfin la convention du 5 octobre 1989, qui départage — et le délai de six mois, hérité de 1958, qui referme la porte avant que la plupart des contribuables ne l’aient vue.
Un mot sur le point le plus contentieux du dossier, parce qu’il commande la moitié de ce qui suit. L’inscription au registre de la population, et sa jumelle pour les Italiens de l’étranger, l’AIRE, sont traitées par la quasi-totalité du corpus francophone comme des interrupteurs : on s’inscrit, on est résident ; on se radie, on ne l’est plus. C’est faux dans les deux sens depuis 2024, et c’était déjà faux dans un sens avant. L’administration italienne publie elle-même l’exemple qui le démontre.
Avertissement de datation : ce chapitre décrit un droit qui expire le 31 décembre 2026
Tout ce qui suit décrit le droit en vigueur jusqu’au 31 décembre 2026. Au 1er janvier 2027, le TUIR — le testo unico delle imposte sui redditi, D.P.R. 22 dicembre 1986, n. 917, articles 1 à 191 — est abrogé, ainsi que l’article 16 du décret TVA (D.P.R. 633/1972), les commi13 à 23 de l’article 19 du D.L. 201/2011 (IVIE et IVAFE), les articles 5 à 7 du D.Lgs. 461/1997 et l’article 5 du D.L. 167/1990. Une précision qui compte pour qui ira vérifier : ces abrogations ne viennent pas d’un texte unique mais de cinq, et les confondre fait chercher au mauvais endroit.
Le véhicule principal, celui qui porte le nouveau texte des impôts sur les revenus, est le D.Lgs. 19 giugno 2026, n. 117(Gazzetta Ufficiale, Serie Generale n. 152 du 3 juillet 2026, Supplemento Ordinario n. 26/L, décret d’approbation en vigueur le 4 juillet 2026). Son article 376, comma 1, lettre e), abroge le TUIR : « Dalla data di cui all’articolo 377 sono abrogate le seguenti disposizioni: […] e) articoli da 1 a 191 del decreto del Presidente della Repubblica 22 dicembre 1986, n. 917 ; » Et son article 377 fixe la date : « Le disposizioni del presente testo unico si applicano a decorrere dal 1° gennaio 2027. » Les trois autres abrogations viennent du D.Lgs. 19 gennaio 2026, n. 10 (TVA), du D.Lgs. 5 novembre 2024, n. 174 et du D.Lgs. 1 agosto 2025, n. 123 (IVIE et IVAFE), et du D.Lgs. 5 novembre 2024, n. 173 (sanctions du quadro RW).
Les règles de fond sont reprises ; la numérotation change. Pour la résidence des personnes physiques, la bonne nouvelle est que le numéro ne bouge pas : l’article 2 du TUIR devient l’article 2 du nouveau texte unique, à contenu inchangé, et l’article 3 (imposition sur une base mondiale) reste l’article 3. Ce sont les régimes de faveur qui se déplacent, et ils se déplacent loin — voir le tableau ci-dessous. Une clause de renvoi automatique est prévue à l’article 376, comma 2 : « Salvo che sia diversamente previsto dal presente testo unico e fuori dei casi di abrogazione per incompatibilità, quando leggi, regolamenti, decreti, o altre norme o provvedimenti, fanno riferimento a disposizioni espressamente abrogate dal comma 1, il riferimento si intende alle corrispondenti disposizioni del presente testo unico, come riportate da ciascun articolo. »
Concrètement : un guide, un article ou un courrier de conseil qui renverra son lecteur à « l’article 24-bis du TUIR » en 2027 l’enverra sur un texte inexistant. Nous doublons donc, dans tout ce chapitre, chaque référence par sa correspondance.
| Objet | Référence jusqu'au 31 décembre 2026 | Référence à compter du 1er janvier 2027 | Fond |
|---|---|---|---|
| Résidence fiscale des personnes physiques | Art. 2 du TUIR (D.P.R. 917/1986) | Art. 2 du D.Lgs. 117/2026 | Inchangé |
| Imposition sur une base mondiale / territoriale | Art. 3 du TUIR | Art. 3 du D.Lgs. 117/2026 | Inchangé |
| Forfait des neo residenti | Art. 24-bis du TUIR | Art. 246 du D.Lgs. 117/2026 | 300 000 € par an, et 50 000 € par membre de la famille, pour les personnes ayant transféré leur residenza au sens de l'article 43 du code civil italien à compter du 1er janvier 2026 ; durée de quinze ans sans renouvellement (comma 4, et non comma 3 comme l'écrit la circolare 17/E) |
| Retraités du Mezzogiorno | Art. 24-ter du TUIR | Art. 247 du D.Lgs. 117/2026 | Imposition substitutive de 7 % sur l'ensemble des revenus de source étrangère, dix périodes d'imposition, communes du Mezzogiorno et des cratères sismiques d'une population n'excédant pas 30 000 habitants |
| Travailleurs impatriés | Art. 5 du D.Lgs. 209/2023 | Art. 225 du D.Lgs. 117/2026 | Le texte de l'article 225 n'a pas pu être obtenu : nous ne le citons pas et n'en déduisons rien |
| Enseignants-chercheurs | Art. 44 du D.L. 78/2010 | Art. 226 du D.Lgs. 117/2026 | — |
| Primauté du droit conventionnel | Art. 169 du TUIR et art. 75 du D.P.R. 600/1973 | L'art. 169, compris entre les articles 1 et 191, est abrogé ; sa correspondance n'a pas été relevée dans la table que nous avons établie. L'art. 75 du D.P.R. 600/1973 n'est pas touché | La primauté est par ailleurs adossée à une jurisprudence constitutionnelle |
Trois calendriers italiens, et deux d’entre eux ne coïncident pas
C’est la protection la plus efficace de tout le dossier italien, et c’est celle que le corpus francophone ignore le plus complètement. Ne jamais écrire « en 2026 » seul. Trois notions de résidence circulent en droit italien, elles portent le même mot, et deux règles voisines du même dispositif — adoptées à dix-huit mois d’intervalle — en retiennent deux différentes.
| Notion | Texte | Ce qu'elle commande | Comment elle se prouve |
|---|---|---|---|
| Residenza civile | Article 43 du codice civile — la dimora abituale, la demeure habituelle | La strate de forfait applicable : le D.L. 113/2024, art. 2, comma 2, et la L. 199/2025, art. 1, comma 26, visent l'un et l'autre, en toutes lettres, « la residenza ai fini dell'articolo 43 del codice civile » | Élément objectif (permanence en un lieu pendant une durée appréciable) et élément subjectif (intention d'y habiter stablement), selon la jurisprudence citée par l'Agenzia |
| Residenza fiscale | Article 2, comma 2, du TUIR — majorité de la période d'imposition, fractions de journée comprises | L'entrée dans le régime des impatriés, l'accès au forfait lui-même, l'imposition mondiale, et l'interdiction de cumul du D.L. 38/2026, dont l'article 2, comma 2, vise « i soggetti che trasferiscono la residenza fiscale in Italia a decorrere dal periodo d'imposta 2027 » | 183 jours (184 en année bissextile) au titre de l'un quelconque des quatre critères alternatifs |
| Période d'imposition | L'année civile | L'abrogation du TUIR au 1er janvier 2027 et l'application du nouveau texte unique, y compris aux personnes déjà entrées dans un régime | Sans objet : c'est un calendrier, pas un critère |
L’écart n’est pas théorique et il se chiffre. Vous installez votre demeure habituelle à Milan en novembre 2025, avec un bail, des meubles et une vie quotidienne sur place. Vous ne devenez résident fiscal italien qu’au titre de 2026, faute d’avoir atteint le seuil de jours en 2025. À la lettre du comma 26, vous avez transféré votre résidence au sens de l’article 43 du code civil avant le 1erjanvier 2026 : vous relevez du forfait à 200 000 € et non à 300 000 €. Sur une option qui peut courir quinze ans, l’écart est de 1,5 M€.
Nous ne le présentons pas comme acquis, et nous vous demandons de ne pas le faire non plus. L’Agenzia delle Entrate elle-même gomme la distinction : le bandeau « Attenzione » de sa fiche d’information écrit « residenza fiscale » là où la loi écrit « residenza ai fini dell’articolo 43 del codice civile ». Le décalage se plaide, il n’est tranché par aucune prise de position administrative que nous ayons trouvée, et il ne s’ignore pas. Le chapitre consacré au forfait des neo residenti le développe.
Les quatre critères de l’article 2 du TUIR, et pourquoi un seul suffit
L’article 2 du TUIR a été réécrit en son comma 2 par l’article 1er du décret législatif du 27 décembre 2023, n. 209 — le decreto Fiscalità internazionale—, pris en exécution de la loi de délégation du 9 août 2023, n. 111. Date d’effet : 1er janvier 2024, par disposition expresse de l’article 7, comma 1, du décret. Les périodes d’imposition jusqu’à 2023 incluse restent régies par l’ancienne rédaction, ce qui compte davantage qu’il n’y paraît : les conditions de non-résidence préalable exigées par les régimes de faveur remontent, elles, jusqu’à dix ans en arrière.
Voici le texte en vigueur, tel qu’il est imprimé dans la circolare 20/E du 4 novembre 2024 de l’Agenzia delle Entrate, page 6, qui le reproduit intégralement :
Article 2, comma 2, du TUIR — texte en vigueur depuis le 1er janvier 2024
« Ai fini delle imposte sui redditi si considerano residenti le persone che per la maggior parte del periodo d’imposta, considerando anche le frazioni di giorno, hanno la residenza ai sensi del codice civile o il domicilio nel territorio dello Stato ovvero sono ivi presenti. Ai fini dell’applicazione della presente disposizione, per domicilio si intende il luogo in cui si sviluppano, in via principale, le relazioni personali e familiari della persona. Salvo prova contraria, si presumono altresì residenti le persone iscritte per la maggior parte del periodo di imposta nelle anagrafi della popolazione residente. »
Pour mémoire, l’ancienne rédaction, reproduite dans le tableau comparatif de la même circolare, pages 5 et 6 : « Ai fini delle imposte sui redditi si considerano residenti le persone che per la maggior parte del periodo d’imposta sono iscritte nelle anagrafi della popolazione residente o hanno nel territorio dello Stato il domicilio o la residenza ai sensi del codice civile. »
Trois choses ont changé, et une quatrième a été insérée au milieu de la phrase. Un critère de présence physique apparaît (« ovvero sono ivi presenti »). Le domicilereçoit une définition légale autonome, centrée sur les relations personnelles et familiales. La présomption tirée de l’inscription à l’anagrafe devient simple (« salvo prova contraria »). Et le décompte se fait désormais « considerando anche le frazioni di giorno » — les fractions de journée comptent pour un jour entier.
Les quatre critères sont alternatifs. Un seul suffit. Ils s’apprécient sur « la maggior parte del periodo d’imposta », que la circolare traduit deux fois, aux pages 5 et 7, par la même formule : « 183 giorni in un anno, o 184 giorni in caso di anno bisestile ». Ce n’est donc pas « plus de 183 jours », contrairement à ce qu’on lit partout : c’est 183, seuil atteint. La différence d’un jour a coûté une année entière d’imposition mondiale à plus d’un.
Les jours n’ont pas à être consécutifs. L’Agenzia développe, page 8, un exemple à neuf séjours séparés totalisant 184 jours sur une année bissextile : 21, 6, 30, 15, 61, 31, 8, 1 et 11 jours. Le séjour d’une seule journée compte comme les autres. Et l’exemple suivant, sur la même page, est celui qu’il faut retenir : une personne résidente d’Italie jusqu’au 29 février 2024, partie à l’étranger du 1ermars au 29 août, revenue le 30 août et restée jusqu’à la fin de l’année, totalise 60 puis 124 jours, soit 184 : elle conserve la résidence fiscale italienne pour toute la période d’imposition 2024.
La conséquence de la résidence est brutale et tient en une ligne : imposition mondiale, article 3 du TUIR, futur article 3 du texte unique. Le non-résident, lui, n’est imposé que sur les revenus réputés produits en Italie au sens de l’article 23. Il n’y a pas de demi-mesure, pas de statut intermédiaire, pas de remittance basis. Les régimes de faveur — forfait, impatriés, retraités du Mezzogiorno — sont des aménagements de l’imposition mondiale, pas des dérogations à la résidence.
| Critère | Fondement | Ce qu'il vise concrètement | Comment il se combat |
|---|---|---|---|
| Residenza au sens du code civil | Article 43 du codice civile, par renvoi de l'art. 2, comma 2, du TUIR | La demeure habituelle : un lieu où l'on séjourne de façon prolongée, avec l'intention d'y habiter stablement | En démontrant que la demeure habituelle est ailleurs. La jurisprudence citée par l'Agenzia exige la réunion d'un élément objectif et d'un élément subjectif : l'un sans l'autre ne suffit pas |
| Domicilio | Définition autonome posée par l'art. 2, comma 2, du TUIR depuis 2024 — le TUIR ne renvoie plus à l'art. 43 du code civil sur ce point | Le lieu où se développent, à titre principal, les relations personnelles et familiales : mariage, union civile, couple cohabitant non formalisé, relations sociales stables établies par des éléments certains | Sur le terrain familial et personnel, pas économique. C'est le renversement de 2024 : le centre des affaires ne commande plus |
| Présence physique | « ovvero sono ivi presenti » — critère entièrement nouveau depuis 2024 | La seule présence matérielle sur le territoire, quel qu'en soit le motif : vacances, études, visite à des amis ou parents, exercice d'une activité | Par le décompte des jours, documents à l'appui. L'Agenzia admet la preuve par « documenti aventi eguale valenza probatoria ». Seule est écartée la présence « meramente temporanea od occasionale », dont l'exemple donné est l'escale aérienne |
| Inscription à l'anagrafe de la population résidente | Présomption simple depuis 2024 (« salvo prova contraria ») ; présomption absolue auparavant | L'inscription au registre de la commune, pour la majeure partie de la période d'imposition | Preuve contraire cumulative et négative sur trois branches : établir qu'aucun des trois autres critères n'était rempli sur la majeure partie de l'année |
La residenza civilistica : la demeure habituelle de l’article 43
C’est le plus ancien des quatre critères et le seul qui commande, en plus, le montant du forfait. La circolare 20/E en donne la définition telle que la Cour de cassation italienne l’a formulée. Nous la reproduisons dans la langue et dans les termes exacts où l’administration la cite, page 9, en la rapportant à l’ordonnance du 15 février 2021, n. 3841— nous n’avons pas ouvert la décision elle-même, et nous le disons :
Cass. ord. 15 février 2021, n. 3841, telle que citée par la circolare 20/E, p. 9
« secondo la previsione dell’art. 43 c.c. la nozione di residenza di una persona fisica … è determinata dall’abituale e volontaria dimora in un determinato luogo, caratterizzata dalla compresenza dei seguenti due elementi: l’elemento oggettivo, consistente nella permanenza in tale luogo per un periodo prolungato apprezzabile, anche se non necessariamente prevalente sotto un profilo quantitativo; e l’elemento soggettivo, rappresentato dall’intenzione di abitarvi stabilmente, rivelata dalle consuetudini di vita e dallo svolgimento delle normali relazioni sociali, familiari, affettive »
Deux mots méritent d’être soulignés parce qu’ils font la différence en contentieux : « anche se non necessariamente prevalente sotto un profilo quantitativo ». La permanence exigée par l’élément objectif n’est pasun décompte de jours majoritaire. On peut avoir sa demeure habituelle en Italie en y passant moins de la moitié de l’année. Ce qui est ensuite apprécié sur la majeure partie de la période d’imposition, c’est la persistance de cette qualité, pas le nombre de nuitées.
L’élément subjectif se révèle « dalle consuetudini di vita » — les habitudes de vie — et par le déroulement des relations sociales, familiales et affectives normales. Ce n’est pas une déclaration d’intention : c’est un faisceau d’éléments matériels que l’administration reconstitue après coup. Le bail de longue durée plutôt que la location saisonnière, l’inscription des enfants dans une école italienne, le médecin traitant, le vétérinaire du chien, la salle de sport, la place de parking louée à l’année. Ce sont ces pièces-là qu’un dossier doit contenir, et elles ne se fabriquent pas après une proposition de rectification.
Le domicilioredéfini : la famille avant les affaires
Voici le changement de 2024 que le corpus francophone n’a pas intégré, et qui inverse un conseil couramment donné. Jusqu’en 2023, le domicile fiscal italien s’entendait par renvoi à l’article 43 du code civil, dont le second alinéa vise le siège principal des affaires et des intérêts : on raisonnait patrimoine, activité, centre économique. Depuis le 1er janvier 2024, le TUIR pose sa propredéfinition et elle bascule entièrement du côté personnel : « il luogo in cui si sviluppano, in via principale, le relazioni personali e familiari della persona ».
Ce que l’Agenzia y fait entrer, pages 9 et 10 : le mariage et l’union civile, mais aussi les relations personnelles stables non formalisées, les couples cohabitants, et la dimension stable des rapports sociaux « nella misura in cui risulti da elementi certi ». L’exemple qu’elle donne d’un élément certain est l’inscription annuelle à un cercle culturel ou sportif. On mesure le déplacement : l’adhésion à un club de tennis pèse désormais dans la caractérisation du domicile fiscal.
L’administration prend soin de fermer la porte derrière elle. Les éclaircissements sur le domicile donnés au § 1.1 de sa circolare n. 25/E du 18 août 2023 ne sont plus applicables à partir de 2024, tout en restant valables pour les années antérieures (circolare 20/E, pages 11 et 12). Toute page francophone qui décrit le domicile italien en s’appuyant sur la circolare 25/E décrit l’état du droit jusqu’en 2023. Vérifiez la date de ce que vous lisez ailleurs.
Le cas Tizio, et les deux éléments que tout le monde escamote
L’Agenzia expose, page 11, l’hypothèse d’un contribuable qu’elle nomme Tizio. Il a les enfants d’un premier mariage en Italie et son conjoint actuel dans un État qu’elle appelle Beta. Il est présent 145 jours en Italie, 120 jours dans l’État Beta et 100 joursailleurs. Elle conclut que le temps de présence physique sert alors de critère utile et que l’intéressé serait résident d’Italie.
Cet exemple circule partout, amputé de deux mentions qui le rendent seul intelligible. Première mention : Tizio « lavora ordinariamente in Italia » — il y travaille ordinairement. Seconde mention : l’hypothèse est posée « senza integrare alcun ulteriore requisito di residenza ai sensi dell’articolo 2, comma 2, del TUIR », c’est-à-dire sans qu’aucun autre critère de résidence soit rempli.
Sans ces deux précisions, le lecteur croit que l’administration arbitre un simple décompte de jours entre trois pays, et il en tire la règle fausse selon laquelle « le pays où l’on passe le plus de temps gagne ». Ce n’est pas ce que dit l’exemple : c’est l’activité exercée ordinairement en Italie qui commande la solution, la présence physique ne servant qu’à départager un domicile que la configuration familiale rendait indécis.
Tirez-en la conséquence pratique, qui est contre-intuitive pour un lecteur français habitué au « centre des intérêts économiques » de l’article 4 B. Déplacer ses avoirs, liquider ses participations françaises ou transférer son compte-titres ne déplace pasle domicile italien : ces opérations sont sans effet sur le critère depuis 2024. Ce qui déplace le domicile, c’est l’endroit où vivent le conjoint et les enfants, où se nouent les relations, où l’on est attendu le dimanche. Et cela peut jouer contre vous : le cadre qui part seul en Italie en laissant sa famille en France a un domicile italien fragile et un foyer français solide — voir plus bas.
La présence physique : le critère qui n’existait pas et qui décide presque tout
C’est le critère le plus mal traité par le corpus francophone, et le plus dangereux pour le profil qui nous consulte. Il est objectif et autonome : la seule présence matérielle sur le territoire italien, quel qu’en soit le motif, sans qu’aucun autre critère soit rempli, suffit à rendre résident si elle atteint 183 jours — 184 en année bissextile.
Les exemples que donne l’Agenzia, page 12, ne laissent aucune ambiguïté sur l’étendue : passer en Italie la majeure partie de l’année en vacances, pour études, ou pour rendre visite à des amis ou à des parents ; ou venir y exercer une activité tout en gardant à l’étranger sa résidence, son inscription anagraphique, sa famille et ses attaches. Le mot « vacances » figure dans la liste officielle. Le propriétaire d’une maison en Toscane qui y passe sept mois par an, sans rien y déclarer et sans y avoir la moindre attache administrative, est résident fiscal italien sur ses revenus mondiaux.
Et les fractions de journée comptent, chacune pour un jour entier. L’administration développe, page 13, un exemple qui vaut mieux que toute explication : un avion atterrissant à 23 h 00 le 1er juillet 2024 et un départ à 01 h 00 le 31 décembre 2024. Les deux journées sont comptées en entier malgré une heure de présence chacune. Total : 184 jours. Résidence italienne acquise pour l’année entière.
Un tempérament existe, page 14, et il est étroit : sont écartées les situations où la présence est « meramente temporanea od occasionale », l’exemple donné étant l’escale aérienne en correspondance vers un pays tiers. Ne comptez pas dessus pour autre chose. Un aller-retour d’affaires à Milan dans la journée n’est pas une escale en correspondance.
Sur la preuve, la circolare est plus équilibrée qu’on ne le dit, pages 12 et 13 : lorsque la présence physique résulte d’une pluralité de données factuelles, le contribuable peut démontrer, par des documents « aventi eguale valenza probatoria », avoir passé en Italie des périodes qui, cumulées, n’atteignent pas le seuil. Autrement dit : la charge est partagée, et un décompte tenu au jour le jour, avec ses justificatifs, est une pièce de défense recevable. Tenez-le. Personne ne le reconstituera trois ans plus tard à votre place.
Le calendrier au jour près : 3 juillet, pas 1er juillet
Le conseil le plus répandu sur ce sujet est faux, et il est faux du mauvais côté : il fait tomber le lecteur dans le piège qu’il prétend lui éviter. Deux erreurs se combinent. Le seuil n’est pas « plus de 183 jours » mais 183 jours en année ordinaire. Et du 1er juillet au 31 décembre il y a 184 jours, en année bissextile comme en année ordinaire, le jour intercalaire étant en février. Arriver « après le 1erjuillet », c’est-à-dire le 2, laisse donc exactement 183 jours : le seuil est atteint, la résidence est acquise.
| Année | Seuil | Arrivée le 1er juillet | Arrivée le 2 juillet | Arrivée le 3 juillet |
|---|---|---|---|---|
| Année ordinaire (2026, 2027) | 183 jours | 184 jours → résident | 183 jours → résident | 182 jours → non résident |
| Année bissextile (2028) | 184 jours | 184 jours → résident | 183 jours → non résident | 182 jours → non résident |
La règle symétrique, au départ d’Italie, se lit dans l’autre sens : rester jusqu’au 2 juillet inclus en année ordinaire fait 183 jours et vous laisse résident ; partir le 1er juillet fait 182 jours et vous en sort. En année bissextile, le 2 juillet fait 184 jours et vous laisse résident, le 1er juillet fait 183 et vous en sort.
Le décompte, refait pour une installation à Rome en 2026
HYPOTHÈSE
Année civile 2026, année ordinaire ......................... 365 jours
Seuil de résidence fiscale italienne ....................... 183 jours
Aucun autre critère rempli : ni residenza civilistica,
ni domicilio, ni inscription à l'anagrafe
ARRIVÉE LE 2 JUILLET 2026
Juillet (du 2 au 31 inclus, le jour d'arrivée compte) ....... 30 jours
Août ......................................................... 31 jours
Septembre .................................................... 30 jours
Octobre ...................................................... 31 jours
Novembre ..................................................... 30 jours
Décembre ..................................................... 31 jours
TOTAL ....................................................... 183 jours
Seuil de 183 jours ................................... ATTEINT
RÉSIDENT D'ITALIE POUR L'ANNÉE 2026 ENTIÈRE
ARRIVÉE LE 3 JUILLET 2026
Juillet (du 3 au 31 inclus) .................................. 29 jours
Août à décembre ............................................. 153 jours
TOTAL ....................................................... 182 jours
Seuil de 183 jours ............................... NON ATTEINT
NON-RÉSIDENT AU TITRE DE 2026 par ce critère
CE QUE CHANGE UN SEUL JOUR
Assiette 2026 en cas d'arrivée le 2 juillet ...... revenus mondiaux
Assiette 2026 en cas d'arrivée le 3 juillet ... revenus de source
italienne seulement
Obligations déclaratives déclenchées le 2 juillet : quadro RW,
IVIE, IVAFE dès la déclaration au titre de 2026
RÉSERVE
Ce décompte ne vaut que si aucun des trois autres critères n'est
rempli sur la majeure partie de l'année, et il ne préjuge pas de
l'issue du tie-breaker de l'article 4 de la convention de 1989.Le jour d'arrivée et le jour de départ comptent chacun pour un jour entier : l'article 2, comma 2, du TUIR vise expressément les « frazioni di giorno », et la circolare 20/E l'illustre par un atterrissage à 23 h 00 compté comme une journée pleine. Le calendrier d'un déménagement est un paramètre de structuration, pas une contingence logistique.
Ajoutons le paramètre qui rend ce calcul irréversible. L’Italie ne connaît pas le split year avec la France. On est résident italien pour l’année entière ou pas du tout. La circolare 20/E, page 22, indique que les conventions en vigueur entre l’Italie et l’Allemagne, la Suisse et le Panamaprévoient une clause de fractionnement de la période d’imposition, en ligne avec le § 10 du Commentaire de l’article 4 du Modèle OCDE, et elle rappelle, par renvoi à la risoluzionedu 3 décembre 2008, n. 471/E, que le Commentaire n’admet ce fractionnement qu’aux seules fins de l’article 4, § 2, comme règle de départage supplémentaire. La France ne figure pas dans cette énumération, et la convention franco-italienne du 5 octobre 1989, dont le texte a été lu intégralement, ne comporte pas de clause de fractionnement à son article 4.
Une illustration officielle vaut confirmation : une personne installée en Italie le 8 septembre 2025n’est pas résidente d’Italie en 2025. C’est précisément pour cette raison que l’Agenzia, dans sa risposta n. 2/2026, fait courir le régime des impatriés à partir de 2026et non de 2025. L’année d’arrivée est perdue pour le régime, et elle est perdue par le calendrier, pas par une faute.
Le télétravail, et la clause frontalière que personne ne cite
Le lavoro agile— le télétravail — reçoit dans la circolare 20/E un traitement d’une sécheresse utile, page 14 : la présence en Italie du travailleur en smart working pendant 183 ou 184 jours détermine par elle-mêmela résidence fiscale italienne. Le résident doit alors soumettre à l’impôt italien tousses revenus, où qu’ils soient produits, et pas seulement ceux tirés de son activité — article 3, comma 1, du TUIR —, sous réserve des conventions.
Le symétrique figure page 15 et il est tout aussi net : celui qui télétravaille depuis un État étranger où il est physiquement présent 183 ou 184 jours reste résident italiens’il remplit par ailleurs, sur la majeure partie de la période, l’un des trois autres critères. Le décompte de jours à l’étranger ne sort de la résidence italienne que s’il s’accompagne de la rupture des trois autres rattachements.
L’administration italienne a d’ailleurs consacré les pages 20 à 22 de la même circolare au risque que le critère de présence physique fait peser, depuis 2024, sur les travailleurs frontaliers. Ce n’est pas un hasard de plan : c’est la population qui franchit une frontière tous les jours ouvrés et qui, jusqu’en 2023, ne pouvait pas devenir résidente italienne par ce seul fait.
Vient alors la question que tout salarié français installé en Italie du Nord pose en premier : et la clause frontalière ? Elle existe, elle est expresse, et un guide qui traite la résidence France-Italie sans la citer est incomplet. C’est l’article 15, § 4de la convention de 1989 :
Article 15 § 4 de la convention du 5 octobre 1989, et point 9 du Protocole
« Nonobstant les dispositions précédentes du présent article, les revenus provenant du travail dépendant des personnes habitant dans la zone frontalière de l’un des Etats, et travaillant dans la zone frontalière de l’autre Etat ne sont imposables que dans l’Etat dont ces personnes sont les résidents. »
Le point 9 du Protocole définit la zone : « on entend par zones frontalières les régions, en Italie, et les départements, en France, limitrophes de la frontière. » Et l’administration française en donne la liste, BOI-INT-CVB-ITA-10-20, § 700 : « du côté français, des départements de la Haute-Savoie, de la Savoie, des Hautes-Alpes, des Alpes de Haute-Provence, des Alpes-Maritimes et de la Corse du Sud ; du côté italien, la zone frontalière comprend les régions du Val d’Aoste, du Piémont, de la Ligurie et de la Sardaigne. »
Six départements français, dont la Corse-du-Sud, et quatre régions italiennes, dont la Sardaigne. La présence des deux dernières s’explique par la frontière maritime des bouches de Bonifacio. C’est contre-intuitif, et c’est précisément pour cela qu’il ne faut pas déduire cette liste d’une carte : elle se lit.
Le BOFiP ajoute une condition que le texte conventionnel ne porte pas, et elle est décisive en pratique. § 690, citation exacte : « Il s’agit des salariés qui habitent dans la zone frontalière d’un État, exercent leur activité professionnelle dans la zone frontalière de l’autre État et retournent, normalement, chaque jour dans le premier État. » Le même paragraphe exclut les professions itinérantes : « Les personnes dont le domicile est situé dans un État et qui exercent une profession itinérante (exemple : chauffeur routier. V.R.P., ...) principalement hors de la zone frontalière de l’autre État n’entrent pas dans la définition des travailleurs frontaliers quand bien même le siège de l’entreprise qui les emploie serait situé dans la zone frontalière de cet autre État. »
Conséquence, et il faut l’écrire sans l’adoucir : le télétravail permanent depuis l’Italie ne satisfait pas la condition de retour quotidienet ne relève donc pas de l’article 15, § 4. Les accords amiables franco-italiens conclus pendant la crise sanitaire ont expiré le 30 juin 2022 ; le recueil DGFiP du 14 décembre 2021 prévoyait une concertation sur une éventuelle prolongation, et aucune trace d’un accord postérieur n’a été trouvée dans les sources consultées le 30/07/2026. Le salarié qui s’installe à Vintimille pour continuer à travailler à Nice depuis son salon n’est pas dans le champ de la clause.
Deux précisions de lecture sur le reste de l’article 15, parce qu’elles sont régulièrement escamotées et qu’elles changent le résultat. La règle dite « des 183 jours » du § 2 exige que la rémunération ne soit pas supportée par un établissement stable ou une base fixede l’employeur dans l’autre État — la seconde branche disparaît de presque tous les résumés, et elle vise précisément les professions indépendantes. Et la condition de durée figure au a), non au c) — le c) étant précisément la branche « établissement stable ou base fixe » qui vient d’être citée. Le a) exige que le bénéficiaire séjourne dans l’autre État « pendant une période ou des périodes n’excédant pas au total 183 jours au cours de l’année fiscale considérée » : le décompte se fait par année fiscale, pas sur douze mois glissants.
Sur la preuve, enfin, § 720 : « Pour bénéficier du régime des travailleurs frontaliers, les résidents de France doivent justifier de leur qualité de frontalier auprès de l’administration fiscale italienne par tous moyens et notamment une attestation de l’employeur italien certifiant le lieu d’exercice de l’activité et une attestation de l’administration fiscale française dont dépend le domicile du travailleur certifiant le lieu de ce domicile. Les résidents d’Italie doivent de la même manière justifier de leur qualité de frontalier auprès de l’administration fiscale française. » Deux attestations, à demander avant et non après.
L’anagrafe : la formalité, la présomption, et la preuve contraire
L’anagrafe della popolazione residenteest le registre de la population résidente tenu par chaque commune italienne. Ce n’est pas un fichier fiscal : c’est l’état civil administratif de la commune, celui qui commande la carte d’identité, le médecin traitant, l’inscription scolaire et le droit de vote local. Il se trouve que le droit fiscal s’en sert, et c’est de là que vient la confusion.
Pour un ressortissant français qui s’installe, l’inscription n’est pas facultative au-delà de trois mois. Le D.Lgs. 6 febbraio 2007, n. 30, qui transpose la directive 2004/38/CE, dispose en son article 9, comma 2 : « Fermo quanto previsto dal comma 1, l’iscrizione e’ comunque richiesta trascorsi tre mesi dall’ingresso ed e’ rilasciata immediatamente una attestazione contenente l’indicazione del nome e della dimora del richiedente, nonche’ la data della richiesta. » Le comma 1 renvoie à la loi 24 dicembre 1954, n. 1228 et au règlement anagraphique du d.P.R. 30 maggio 1989, n. 223.
Les pièces dépendent du titre invoqué. Pour un actif, la documentation attestant l’activité salariée ou indépendante. Pour un retraité — la lettre b) de l’article 7, comma 1 —, la disponibilité de ressources économiques suffisantes pour soi et sa famille, selon les critères de l’article 29, comma 3, lettre b), du D.Lgs. 25 luglio 1998, n. 286, et la titularité d’une assurance maladie ou d’un autre titre couvrant tous les risques sur le territoire national. Le barème de renvoi s’articule sur le montant annuel de l’assegno sociale : « un reddito minimo annuo derivante da fonti lecite non inferiore all’importo annuo dell’assegno sociale aumentato della metà dell’importo dell’assegno sociale per ogni familiare da ricongiungere ».
Le texte continue, et sa suite est souvent coupée : pour le regroupement de deux enfants ou plus âgés de moins de quatorze ans, le revenu exigé est en tout état de cause au moins égal au double du montant annuel de l’assegno sociale, et le revenu annuel global des membres de la famille vivant avec le demandeur est pris en compte pour le calcul. Autrement dit : les revenus du foyer s’additionnent, ce qui change la donne pour un couple dont un seul membre perçoit une pension.
Le montant 2026 de l'assegno sociale : la valeur que nous retenons, et pourquoi deux chiffres circulent
Nous retenons 546,24 € par mois pour 2026, soit 7 101,12 € par an sur treize mensualités, sur le fondement de la circolareINPS n. 153 du 19 décembre 2025. Le seuil pour le demandeur seul est donc de 7 101,12 €, majoré de 3 550,56 € par membre de la famille.
Une autre valeur circule, 538,69 €par mois, soit 7 002,97 € par an. L’écart entre les deux est de 1,4 % — l’ordre de grandeur exact d’une revalorisation annuelle. Ce sont donc vraisemblablement deux millésimes différents, et non deux lectures concurrentes de la même année. Nous le signalons parce que la page INPS dédiée a renvoyé une erreur lors d’une de nos vérifications : si le montant commande une décision, faites-le confirmer par la caisse.
Ce barème n’est pas un couperet, et c’est un point que les pages francophones omettent : le comma 3-bis de l’article 9 impose une appréciation globale et personnalisée. « Ai fini della verifica della sussistenza del requisito della disponibilita’ delle risorse economiche sufficienti al soggiorno, di cui al comma 3, lettere b) e c), deve, in ogni caso, essere valutata la situazione complessiva personale dell’interessato, con particolare riguardo alle spese afferenti all’alloggio, sia esso in locazione, in comodato, di proprieta’ o detenuto in base a un altro diritto soggettivo. » Un propriétaire sans loyer à payer est mieux placé qu’un locataire à revenu identique. Et la preuve peut être apportée par déclaration, au sens des articles 46 et 47 du d.P.R. 28 dicembre 2000, n. 445 (comma 4).
Le transfert de résidence, depuis ou vers l’étranger, doit être déclaré dans les vingt jours— article 13, comma 1, lettre a), et comma 2, du d.P.R. 223/1989. L’omission est sanctionnée depuis la modification de l’article 11 de la loi 24 dicembre 1954, n. 1228 par l’article 1, comma 242, de la loi 30 dicembre 2023, n. 213, d’une amende administrative de 200 à 1 000 € pour chaque année où l’omission perdure. Et cette sanction frappe l’une oul’autre des deux formalités — déclaration anagraphique dans les vingt jours, déclaration consulaire AIRE dans les quatre-vingt-dix jours : la note 1 de la circolare 20/E, page 7, vise « L’omissione dei richiamati adempimenti », au pluriel.
Reste la question fiscale. Avant 2024, l’inscription à l’anagrafe valait présomption absoluede résidence fiscale italienne, insusceptible d’être combattue en droit interne : elle ne pouvait être écartée que par les règles de départage conventionnelles. Depuis 2024, elle vaut présomption simple. Ne présentez pas cet adoucissement comme une porte de sortie : la preuve contraire est cumulative et négative sur trois branches. L’Agenzia précise, page 16, que le contribuable doit établir, sur la base d’éléments objectivement vérifiables, que sur la majeure partie de la période d’imposition aucundes critères alternatifs autres que l’anagrafe n’était rempli : ni residenza civilistica, ni domicilio, ni présence physique. Trois négations à démontrer ensemble, sur une année entière.
L’AIRE : ce qu’elle prouve, ce qu’elle ne prouve pas
L’Anagrafe degli Italiani Residenti all’Estero est le registre des ressortissants italiensrésidant à l’étranger. Première conséquence, et elle élimine d’emblée la moitié des questions : elle ne concerne pasun ressortissant français qui s’installe en Italie. Elle concerne les binationaux franco-italiens, les Italiens résidant en France, et les Italiens qui quittent l’Italie. Si vous êtes français et que vous partez pour Rome, l’AIRE n’est pas votre sujet ; c’est l’anagrafede votre commune italienne qui l’est. Si vous êtes binational, en revanche, tout ce qui suit vous vise directement.
L’obligation est portée par l’article 6, commi 1 et 4, de la loi 27 ottobre 1988, n. 470 : le citoyen italien qui transfère sa résidence d’une commune italienne vers l’étranger en fait déclaration au poste consulaire de la circonscription d’immigration dans les quatre-vingt-dix jours, en précisant les membres de la famille de nationalité italienne visés par la déclaration.
Deux dispositifs de contrôle ont été ajoutés en 2024, par l’article 1, comma 243, de la loi 30 dicembre 2023, n. 213, qui insère dans l’article 6 de la loi n. 470 de 1988 les commi 9-ter et 9-quater. Le 9-terimpose aux administrations publiques qui recueillent, dans l’exercice de leurs fonctions, des éléments indiquant la résidence de fait à l’étranger d’un citoyen italien, de les communiquer à la commune d’inscription anagraphique et au poste consulaire. Le 9-quater impose aux communes de communiquer à l’Agenzia delle Entrateles inscriptions et les radiations d’office effectuées à l’AIRE, aux fins des contrôles fiscaux. C’est un canal de renseignement fiscal automatique, récent, et il fonctionne dans les deux sens.
L'exemple que publie l'administration elle-même : l'inscription à l'AIRE ne protège de rien
Pages 10 et 11 de la circolare 20/E, l’Agenzia expose le cas suivant. Une personne inscrite à l’AIRE commence à travailler à l’étranger. Elle garde en Italie, à sa disposition et à quelque titre que ce soit, un logement dont les abonnements restent actifs. Elle y rentre les week-ends et y passe ses périodes de congé. L’administration indique que ces circonstances peuvent constituer des éléments symptomatiques du maintien d’un lien étroit et donner lieu à la configuration du domicilio en Italie.
Lisez cette hypothèse pour ce qu’elle est : le scénario type du binational qui « s’est mis en règle » en s’inscrivant à l’AIRE et qui croit l’affaire close. L’inscription à l’AIRE emporte radiation de l’anagrafecommunale : elle neutralise donc le quatrièmecritère, celui de l’inscription. Elle ne dit rien des trois autres. Le logement disponible avec ses abonnements alimente le domicilio et la residenza civilistica ; les week-ends et les congés alimentent le décompte de présence physique.
La formule qui résume ce point : l’AIRE prouve une radiation administrative, pas une non-résidence fiscale. Et le raisonnement joue symétriquement pour un Français en Italie : ne pas s’inscrire à l’anagrafede sa commune italienne n’empêche pas de devenir résident fiscal italien par la présence physique, le domicile ou la demeure habituelle. Cela ajoute seulement une amende de 200 à 1 000 € par année d’omission.
Le Français qui s'installe en Italie
L'AIRE ne le concerne pas. Son sujet est l'inscription anagraphique de sa commune italienne, obligatoire au-delà de trois mois de séjour au titre de l'article 9 du D.Lgs. 30/2007.
Le binational franco-italien
C'est le profil le plus exposé du chapitre : les deux registres le concernent, la présomption du comma 2-bis vise sa nationalité, et deux canaux de renseignement automatique ont été ouverts en 2024.
Celui qui garde sa famille en France
Cadre, dirigeant ou indépendant qui s'installe seul en Italie et dont le conjoint et les enfants restent en France. La configuration produit une double résidence de droit interne presque mécanique.
La présomption du comma 2-bis : elle ne vise pas la France, et le texte dit le contraire de la règle
Voici le point où presque toutes les sources francophones se trompent, et où elles se trompent parce qu’elles citent correctement un texte qui ne s’applique pas comme il est écrit. Le comma 2-bis de l’article 2 du TUIR, que le décret de 2023 n’a pas modifié, présume résidents d’Italie, sauf preuve contraire, les citoyens italiens radiés des registres de la population résidente qui se transfèrent dans un État ou territoire à fiscalité privilégiée.
Le libellé littéral, lui, dit autre chose. Depuis la loi de finances pour 2008, il vise les transferts vers des États « diversi da quelli individuati con decreto » — c’est-à-dire une logique de liste blanche, renvoyant à un décret pris sur le fondement de l’ancien article 168-bis du TUIR. Ce décret de liste blanche n’a jamais été pris. La liste noiredu décret du 4 mai 1999 continue donc de s’appliquer à titre transitoire, et c’est bien elle que l’administration applique. La circolare 20/E le dit expressément, § 2.2, page 16 :
Circolare 20/E, § 2.2, p. 16 — la liste réellement appliquée
« continua a trovare applicazione la presunzione legale relativa di residenza fiscale in Italia per i cittadini italiani «cancellati dalle anagrafi della popolazione residente» e trasferitisi in Stati o territori a regime fiscale privilegiato, individuati nel decreto del Ministro delle Finanze del 4 maggio 1999. »
Le décret du 4 mai 1999, lu intégralement dans sa version en vigueur depuis le 24 février 2014, compte cinquante entrées, d’Alderney à Samoa. Y figurent notamment Monaco, Panama, le Liechtenstein, Hong Kong, Singapour et les Émirats arabes unis. La France n’y a jamais figuré. La Suisse en a été retirée avec effet au 1erjanvier 2024, par le décret du ministre de l’Économie et des Finances du 20 juillet 2023 exécutant l’article 12 de la loi 13 giugno 2023, n. 83. Le PDF du décret de 1999 hébergé par l’Agenzia n’intègre pas encore ce retrait : il ne fait pas foi sur ce point.
Ne jamais citer le libellé littéral du comma 2-bis sans cette explication. Isolé, il dit le contraire de la règle appliquée : si la présomption visait les transferts vers des États autres que ceux désignés, alors le fait que la France ne soit pas désignée déclencheraitla présomption au lieu de l’écarter. C’est ainsi que naissent les contresens les plus coûteux : par une citation exacte lue sans son histoire.
La présomption est donc sans objetpour un Italien qui s’installe en France. Elle joue en revanche, par exemple, pour un Italien qui s’installe à Monaco — cas de figure fréquent sur la Riviera, et que nous rencontrons régulièrement en amont d’un projet italien.
Lorsqu’elle joue, le standard de preuve est le plus exigeant du dispositif. La circolare 20/E le rappelle, page 17, en citant la circolare du 24 juin 1999, n. 140. Nous reproduisons la phrase entière, y compris sa fin — qui porte la conséquence juridique et qui est presque toujours coupée :
Circolare 140/1999, telle qu'imprimée dans la circolare 20/E, p. 17
« soltanto la piena dimostrazione, da parte del contribuente, della perdita di ogni significativo collegamento con lo Stato italiano e la parallela controprova di una reale e duratura localizzazione nel paese fiscalmente privilegiato, indipendentemente dall’assolvimento nello stesso paese di obblighi fiscali, attestano il venire meno della residenza fiscale in Italia e la conseguente legittimità della posizione di non residente »
Deux exigences cumulatives, donc : la démonstration pleinede la perte de tout lien significatif avec l’Italie, etla contre-preuve parallèle d’une localisation réelle et durable dans l’État de destination. Et la précision qui désarme l’argument le plus courant : « indipendentemente dall’assolvimento nello stesso paese di obblighi fiscali » — payer ses impôts dans le pays d’accueil ne suffit pas.
Le codice fiscale, le droit de séjour, et ce qui ne crée aucune résidence
Trois démarches administratives sont régulièrement confondues avec la résidence fiscale. Aucune des trois ne la crée, et aucune des trois ne l’empêche. Autant le dire nettement.
Le codice fiscaleest un identifiant fiscal individuel, préalable à presque tout : ouvrir un compte bancaire, signer un bail, souscrire une assurance, s’inscrire au service sanitaire, acheter un bien immobilier, immatriculer un véhicule. Il ne crée aucune résidence fiscale— c’est un numéro, pas un statut. Des millions de non-résidents en détiennent un, à commencer par les propriétaires étrangers de résidences secondaires.
Sur la manière de l’obtenir, une précision opérationnelle qui vous fera gagner plusieurs semaines. Pour un ressortissant français, le codice fiscale se demande au moyen du modèle AA4/8auprès d’un bureau territorial de l’Agenzia delle Entrate, sur rendez-vous, la présence physique au guichet étant obligatoire pour une première attribution à un citoyen de l’Union. Le Consulat général d’Italie à Paris, page « Codice fiscale », rubrique Servizi per il cittadino straniero, consultée le 30/07/2026, renvoie expressément les citoyens de l’Union à cette procédure et réserve son canal consulaire par courriel à des catégories résiduelles : il ne délivre pas le codice fiscale aux Français avant le départ.Deux contournements sont praticables : mandater un représentant en Italie — notaire, dottore commercialista— muni d’une procuration, ce que l’Agenzia admet pour l’achat immobilier et l’activité économique ; ou obtenir le numéro par un canal automatique lorsqu’il existe, tel le portail UNIVERSITALY pour les étudiants.
Le droit de séjourensuite. Pendant les trois premiers mois, aucune formalité n’est requise : article 6, comma 1, du D.Lgs. 30/2007 — « I cittadini dell’Unione hanno il diritto di soggiornare nel territorio nazionale per un periodo non superiore a tre mesi senza alcuna condizione o formalita’, salvo il possesso di un documento d’identita’ valido per l’espatrio secondo la legislazione dello Stato di cui hanno la cittadinanza. » Mais la présence physique, elle, compte pour l’article 2 du TUIR dès le premier jour. Séjour libre au sens du droit de circulation et non-résidence fiscale sont deux choses sans rapport, et c’est la source de malentendu la plus fréquente que nous rencontrons.
Le séjour permanent, enfin, s’acquiert après cinq ans de séjour légal et continu (article 14, comma 1). Les absences ne dépassant pas globalement six mois par an ne sont pas préjudiciables, non plus que les absences jusqu’à douze mois consécutifs pour motifs importants — grossesse et maternité, maladie grave, études ou formation professionnelle, détachement professionnel. Le droit se perd après plus de deux années consécutives d’absence (comma 4). Là encore, aucun lien avec la résidence fiscale : on peut être titulaire d’un droit au séjour permanent et non-résident fiscal, et l’inverse.
Le partenaire pacsé : ne pas conclure à l'impasse, ne pas conclure au droit acquis
L’article 2, lettre b), n. 2, du D.Lgs. 30/2007 reconnaît comme « familiare » le partenaire ayant contracté avec le citoyen de l’Union une union enregistrée sur la base de la législation d’un État membre,à condition que la législation de l’État d’accueil assimile l’union enregistrée au mariage. Nous n’avons pas établi si le droit italien opère cette assimilation pour un PACS français, compte tenu de la loi n. 76/2016 sur les unioni civili et de la distinction qu’elle opère entre unioni civili et convivenze di fatto. Nous n’affirmons donc pas qu’un partenaire pacsé bénéficie du droit de séjour dérivé.
Mais la réponse n’est pas « rien » pour autant, et il faut le dire parce que l’omission laisserait croire à une impasse. L’article 3, comma 2, du même décret dispose que « lo Stato membro ospitante, conformemente alla sua legislazione nazionale, agevola l’ingresso e il soggiorno delle seguenti persone : […] b) il partner con cui il cittadino dell’Unione abbia una relazione stabile debitamente attestata dallo Stato del cittadino dell’Unione », et son comma 3 ajoute : « Lo Stato membro ospitante effettua un esame approfondito della situazione personale e giustifica l’eventuale rifiuto del loro ingresso o soggiorno. »
La formule exacte est donc : pas de droit de séjour dérivé automatique au titre de l’article 2, mais un régime d’entrée facilitée au titre de l’article 3, comma 2, lettre b), assorti d’une obligation d’examen approfondi et de refus motivé. Un couple non marié qui projette de s’installer ensemble doit faire trancher ce point avant de résilier un bail français.
L’article 4 B du CGI, critère par critère
Passons de l’autre côté. Le fait que l’Italie vous considère comme résident ne dit rien de ce que la France pense de vous : elle applique ses propres critères, et ils sont alternatifseux aussi. Un seul suffit à faire de vous un domicilié fiscal français au sens de l’article 4 A. La version applicable de l’article 4 B est celle en vigueur depuis le 16 février 2025, issue de l’article 83 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025.
Nous donnons le contenu des trois critères en substance et non entre guillemets : le libellé dont nous disposons a transité par un outil de lecture et doit être recontrôlé mot à mot sur Légifrance avant toute citation. La règle, elle, est établie.
| Critère | Ce que retient l'article 4 B | Ce qui le déclenche pour un expatrié en Italie | Ce qui l'écarte |
|---|---|---|---|
| a) Foyer | Le lieu où la personne ou sa famille habite normalement, c'est-à-dire la résidence habituelle, à condition qu'elle présente en France un caractère permanent. Le foyer demeure celui du contribuable même si des nécessités professionnelles l'obligent à des séjours temporaires à l'étranger, dès lors que la famille continue d'y habiter normalement | Le conjoint et les enfants restent en France. C'est le critère qui piège le cadre ou le dirigeant parti seul : ses séjours italiens, même longs, sont analysés comme des séjours professionnels temporaires | Le déplacement effectif de la famille. Rien d'autre. Un déménagement de meubles sans déménagement de la vie familiale ne suffit pas |
| a) Séjour principal | Ceux qui séjournent en France à titre principal, quelles que soient les conditions de ce séjour et la situation de leur famille. Le repère usuel est un séjour de plus de six mois au cours d'une année donnée, mais la doctrine précise qu'il ne s'agit pas d'un critère absolu | Un maintien de fait en France supérieur au séjour italien, ou une répartition entre plusieurs pays dont la France sort en tête | Un décompte de jours documenté, tenu au jour le jour. Le repère des six mois n'est pas un seuil légal : il a été écarté par le juge lorsque les circonstances de fait montraient un séjour principal en France en deçà |
| b) Activité professionnelle | Exercice en France d'une activité professionnelle, salariée ou non, à moins que le contribuable ne justifie qu'elle y est exercée à titre accessoire | Un mandat social maintenu, une clientèle française servie depuis l'Italie mais avec exécution matérielle en France, une activité de gérance non rémunérée mais réelle | La démonstration du caractère accessoire, qui repose sur le contribuable. La cessation formelle des fonctions, datée et publiée, vaut mieux qu'une inactivité de fait |
| b) Dirigeants de grandes entreprises | Les dirigeants d'entreprises dont le siège est en France et qui y réalisent un chiffre d'affaires annuel supérieur à 250 millions d'euros sont réputés y exercer leur activité professionnelle à titre principal, sauf preuve contraire. Pour les groupes au sens de l'article L. 233-16 du code de commerce, les chiffres d'affaires s'additionnent | Président du conseil d'administration assumant la direction générale, directeur général, directeurs généraux délégués, président et membres du directoire, gérants et autres dirigeants ayant des fonctions analogues | La preuve contraire est ouverte, mais elle est à la charge du dirigeant, et le seuil s'apprécie au niveau du groupe consolidé |
| c) Centre des intérêts économiques | Le lieu où la personne a le centre de ses intérêts économiques | Le patrimoine productif de revenus reste français : immeubles locatifs, participations, comptes-titres, société d'exploitation | Le déplacement effectif du centre économique, ou l'application de la convention — l'alinéa de 2025 rendant le critère interne inopérant lorsque la convention désigne l'Italie |
| 2. Agents publics | Sont assimilés à des domiciliés fiscaux en France les agents de l'État, des collectivités territoriales et de la fonction publique hospitalière exerçant à l'étranger et non soumis dans ce pays à un impôt personnel sur l'ensemble de leurs revenus | Fonctionnaire détaché en Italie et non imposé en Italie sur l'ensemble de ses revenus | L'assujettissement italien à un impôt personnel sur l'ensemble des revenus fait tomber l'assimilation |
Une réserve de méthode, que nous préférons énoncer plutôt que de la masquer. La doctrine administrative précise que le repère des six mois n’est pas absolu et se réfère, pour l’écarter, à des décisions du Conseil d’État dont nous n’avons pas relevé les numéros et les dates. Nous ne citons donc aucunejurisprudence sur ce point précis : nous ne citons pas une décision dont nous n’avons pas la référence complète. La règle — le caractère non absolu du repère — est en revanche établie par le BOFiP lui-même.
Notez le point d’intersection, car c’est là que naissent les conflits que la convention devra trancher. Le foyerfrançais de l’article 4 B et la présence physiqueitalienne de l’article 2 du TUIR peuvent coexister sans se contredire : la famille reste en France, vous êtes présent en Italie deux cents jours. Chacun des deux États vous tient pour résident en droit interne, et chacun a raison. Le conflit est réel, il est fréquent, et il ne se règle que par la convention.
L’alinéa de février 2025 : la primauté conventionnelle inscrite dans le texte, et bien au-delà de l’impôt sur le revenu
C’est la nouveauté la plus importante de la période pour un cabinet de gestion de patrimoine, et elle est presque absente des pages françaises consacrées à l’expatriation — pour une raison simple : la plupart d’entre elles ont été écrites avant. Le 1 de l’article 4 B se termine désormais par une phrase que nous pouvons, elle, citer :
Article 4 B, 1, dernier alinéa, du CGI — inséré par l'article 83 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025
« Les personnes qui satisfont à l’un au moins des critères fixés aux a à c du présent 1 ne peuvent toutefois pas être considérées comme ayant leur domicile fiscal en France lorsque, par application des conventions internationales relatives aux doubles impositions, elles ne sont pas regardées comme résidentes de France. »
L’article 83 de la loi se borne à insérer cet alinéa : aucune disposition d’entrée en vigueur particulière n’est prévue, ce qui fixe la date au 16 février 2025.
Ce que cela change au premier degré : la primauté de la résidence conventionnelle, jusque-là jurisprudentielle et doctrinale, est inscrite dans le texte même. Pour un Français devenu résident d’Italie au sens de la convention, la conséquence est directe. Même s’il conserve en France un foyer, une activité accessoire ou le centre de ses intérêts économiques, il n’est pasdomicilié fiscalement en France. C’est un gain de sécurité juridique réel.
Ce que cela change au second degré est bien plus lourd, et c’est la conséquence que nous tenons pour la plus importante de la réforme. La notion de domicile fiscal « au sens de l’article 4 B » n’est pas propre à l’impôt sur le revenu : c’est le facteur de rattachement de l’article 750 ter du CGI, en matière de droits de mutation à titre gratuit, de l’article 964, en matière d’impôt sur la fortune immobilière, et de l’article 167 bis, en matière d’exit tax. L’alinéa inséré en 2025 propage donc la primauté conventionnelle bien au-delà de l’impôt sur le revenu. Pour un client dont l’enjeu principal est la transmission, ce n’est pas un détail de rédaction.
Deux avertissements, tout de même. Le premier : l’alinéa ne joue que si la convention vous désigne comme résident de l’autre État. Il ne dispense de rien ; il déplace la question, du droit interne vers l’article 4 de la convention. Le second : en matière de transmission, ce n’est pas la convention de 1989 qui s’applique mais celle du 20 décembre 1990, signée à Rome, propre aux successions et aux donations. Elle a son propre article 4 et sa propre notion de domicile. Le chapitre consacré à la transmission franco-italienne la traite.
L’année du départ : la France fractionne, l’Italie non
Voici l’asymétrie la plus concrète de tout le chapitre, et celle qui produit les déclarations les plus mal faites. La France fractionnel’année du transfert de domicile. Base légale : l’article 167, 1, du CGI. Doctrine : BOI-IR-DOMIC-20, version du 25 juin 2014, § 80 et suivants, dont le § 90 énonce que « la base d’imposition du contribuable qui transfère son domicile à l’étranger doit comprendre pour l’année de ce transfert : les revenus dont l’intéressé a disposé jusqu’à la date de son départ ». Les §§ 100 à 130 règlent la suite : imposition en qualité de non-résident sur les seuls revenus de source française pour la période postérieure.
Une précision de référence, parce que l’erreur circule : ce n’est pasBOI-IR-DOMIC-40, qui traite du régime dit Schumacker et n’a rien à voir avec le fractionnement.
L’Italie, elle, ne fractionne pas — sauf convention le prévoyant, et la convention franco-italienne ne le prévoit pas. Combinez les deux règles et vous obtenez deux configurations, exactement inverses l’une de l’autre.
Les deux configurations de l'année du déménagement, et le trou de recouvrement qu'elles ouvrent
CONFIGURATION 1 — DÉPART TÔT DANS L'ANNÉE
Installation en Italie le 15 mars 2026
Jours de présence en Italie sur 2026 ................. 292 jours
Seuil de 183 jours ................................. dépassé
Côté italien : résident pour L'ANNÉE 2026 ENTIÈRE
Assiette ......................... revenus mondiaux du 1er janvier
au 31 décembre 2026
Côté français : fractionnement de l'année du transfert
Du 1er janvier au 15 mars ....... imposition en résident, revenus
mondiaux de la période
Du 15 mars au 31 décembre ....... imposition en non-résident, sur
les seuls revenus de source
française
RÉSULTAT : les revenus mondiaux du 1er janvier au 15 mars sont
revendiqués PAR LES DEUX ÉTATS. La double imposition est réelle,
et son élimination passe par l'article 24 de la convention, à
défaut par la procédure de règlement des différends.
CONFIGURATION 2 — DÉPART TARD DANS L'ANNÉE
Installation en Italie le 1er octobre 2026
Jours de présence en Italie sur 2026 .................. 92 jours
Seuil de 183 jours ............................ non atteint
Côté italien : NON-RÉSIDENT au titre de 2026
Assiette .................... revenus de source italienne seuls
Côté français : fractionnement à compter du 1er octobre
Du 1er octobre au 31 décembre ... imposition en non-résident sur
les seuls revenus de source
française
RÉSULTAT : sur le dernier trimestre 2026, les revenus mondiaux
de source ni française ni italienne peuvent n'être imposés
NULLE PART en droit interne. Ce n'est pas une optimisation :
c'est un effet de calendrier, il se documente, et il attire
l'attention s'il est reproduit ou provoqué.
CE QU'IL FAUT EN FAIRE
Le calendrier du déménagement se raisonne AU JOUR, en fonction
de la nature et de la date de perception des revenus concernés,
et pas au mois. Une prime, une cession, une distribution ou un
rachat placés du mauvais côté de la bascule changent le résultat
plus sûrement que n'importe quel montage.Configuration 1 : le décompte 15 mars - 31 décembre 2026 donne 292 jours, seuil de 183 largement dépassé. Configuration 2 : 1er octobre - 31 décembre 2026 donne 92 jours. Dans les deux cas, l'hypothèse est qu'aucun autre critère italien n'est rempli avant la date d'installation, et le résultat ne préjuge pas du tie-breaker conventionnel.
La leçon opérationnelle est simple à énoncer et pénible à appliquer : le calendrier du déménagement est un paramètre de structuration, pas une contingence logistique. Il se décide avant de signer le bail italien, avant de donner congé en France, et avant de programmer une distribution de dividendes. Nous voyons régulièrement des dossiers où trois semaines de décalage auraient supprimé une double imposition ; nous n’en voyons aucun où le déménagement avait été calé sur le calendrier fiscal.
La convention du 5 octobre 1989 : identification, et une date qui circule fausse
Le texte s’intitule Convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République italienne en vue d’éviter les doubles impositions en matière d’impôts sur le revenu et sur la fortune et de prévenir l’évasion et la fraude fiscales. Il est accompagné d’un protocole et d’un échange de lettres, et le protocole fait partie intégrantede la convention : ce n’est pas une annexe d’agrément, c’est du droit conventionnel de même rang. Il compte dix-sept points, et nous en exploitons cinq plus bas.
| Élément | Donnée officielle | Ce qui circule et qui est faux |
|---|---|---|
| Signature | Venise, 5 octobre 1989 | — |
| Approbation française | Loi n° 90-456 du 1er juin 1990 | — |
| Entrée en vigueur | 1er mai 1992 | Le 1er janvier 1992, date qui circule sur plusieurs pages francophones. Le texte officiel porte le 1er mai 1992 |
| Publication française | Décret n° 92-422 du 4 mai 1992, JO du 8 mai 1992 ; rectificatif au JO du 27 février 1993 | — |
| Prise d'effet | Art. 31, § 2 : retenues à la source, sommes mises en paiement à compter de l'entrée en vigueur ; autres impôts sur le revenu, revenus réalisés pendant l'année civile de l'entrée en vigueur ; impôt sur la fortune, fortune possédée au 1er janvier de cette année civile | — |
| Convention antérieure | La convention du 29 octobre 1958, son avenant et son protocole du 6 décembre 1965 cessent de s'appliquer, à l'exception des articles 25 et 26 (art. 31, § 3) | L'idée que la convention de 1958 aurait entièrement disparu : son article 26 est maintenu en vigueur et c'est lui qui porte la procédure amiable |
| Dénonciation | Durée indéterminée ; dénonciation possible avec préavis minimum de six mois notifié par la voie diplomatique, pour la fin d'une année civile, à partir de la cinquième année suivant celle de l'entrée en vigueur (art. 32) | — |
| Instrument multilatéral (MLI) | Au 18 juin 2026, dernier état publié par l'OCDE : l'Italie a signé le 7 juin 2017 mais n'a ni déposé son instrument de ratification, ni fait entrer le MLI en vigueur. La convention de 1989 n'en est donc pas modifiée | Toute page qui décrirait la convention franco-italienne comme « modifiée par l'instrument multilatéral » serait fausse à cette date |
Sur le MLI, une consigne plutôt qu’un constat. La ratification italienne est annoncée depuis plusieurs années et peut intervenir à tout moment : la conclusion ci-dessus est datée par nature. Nous écrivons « au 18 juin 2026, dernier état publié par l’OCDE », et nous recommandons de recontrôler la liste OCDE des signataires et parties avant toute décision qui en dépendrait. Tant que l’Italie n’est pas Partie, la convention ne comporte nile test d’objet principal de l’article 7 du MLI, nila clause de résidence par accord amiable des personnes autres que physiques de son article 4 ; son préambule n’est pas modifié ; et la règle de départage des personnes physiques reste celle de l’article 4, § 2, tel que signé en 1989.
Un mot sur le champ, car il réserve deux surprises. L’article 2, § 3, énumère les impôts visés : côté français, l’impôt sur le revenu, l’impôt sur les sociétés, l’impôt de solidarité sur la fortune, les taxes assises sur le montant global des salaires et la taxe professionnelle, « y compris toutes retenues à la source, tous précomptes et avances décomptés sur les impôts visés ci-dessus » ; côté italien, l’imposta sul reddito delle persone fisiche, l’imposta sul reddito delle persone giuridiche et l’imposta locale sui redditi. La liste porte donc la trace de son époque : la taxe professionnelle a disparu en 2010, et l’impôt de solidarité sur la fortune a été remplacé par l’impôt sur la fortune immobilière en 2018.
Le § 4 règle en principe ce vieillissement : la convention s’applique aussi aux impôts de nature identique ou analogue établis après la signature et qui s’ajouteraient aux impôts actuels ou les remplaceraient. Sa seconde phrase ajoute que les autorités compétentes se communiquent les modifications importantes apportées à leurs législations fiscales respectives — c’est le mécanisme par lequel la substitution de l’IFI à l’ISF aurait dû être notifiée. Nous n’avons pas trouvé trace d’une notification, et nous n’en tirons aucune conclusion : nous signalons le point, il est réel, et il se pose à qui possède des biens immobiliers dans les deux États.
Sur ce même fondement du § 4, un échange de lettres des 7 et 28 juillet 1998a complété la liste : côté français, les contributions sur l’impôt sur les sociétés, la CSG et la CRDS ; côté italien, l’IRAP. La source est le BOFiP, BOI-INT-CVB-ITA-10-10, version du 12 septembre 2012, § 130. Ce point est peu connu et il compte : nous y revenons plus bas, parce que la conclusion qu’on en tire spontanément — « donc la CSG ouvre un crédit d’impôt en Italie » — est juste au résultat et fausse par le raisonnement.
Le Protocole : quatre points que personne ne cite et qui commandent des flux entiers
Le Protocole n’est pas un appendice de courtoisie. Nous en avons déjà tiré le point 9, qui définit les zones frontalières. Quatre autres méritent d’être connus d’un lecteur qui déplace sa résidence, parce qu’ils touchent des flux que tout le monde croit réglés.
Point 15 du Protocole — la clause de sujétion à l'impôt, et pourquoi nous ne concluons pas
Citation exacte : « Dans les cas où, conformément aux dispositions de la présente Convention, un revenu doit être exempté de la part de l’un des deux Etats, l’exemption sera accordée si et dans la mesure où ce revenu est imposable dans l’autre Etat. »
Lisez-la deux fois. Elle subordonne l’exemption conventionnelle à l’imposabilité du revenu dans l’autre État. Appliquée à un optant au forfait de l’article 24-bis, dont les revenus de source étrangère sont couverts par une imposition substitutive, elle pose une question redoutable : ces revenus sont-ils « imposables » en Italie au sens du point 15, ou la France recouvre-t-elle son droit d’imposer les pensions privées, les plus-values mobilières et les « autres revenus » d’un neo residente ?
Réserve à porter telle quelle : le point 15 du Protocole subordonne l’exemption conventionnelle à l’imposabilité du revenu dans l’autre État. Son articulation avec le forfait de l’article 24-bis n’est traitée par aucune source française ni italienne. Ne pas conclure.Le BOI-INT-CVB-ITA-10-20 ne traite pas ce point. C’est l’un des deux ou trois sujets du dossier italien sur lesquels un montage entier peut se défaire, et il figure dans notre liste de questions à soumettre aux avocats.
Le point 14 b) i)est d’un tout autre registre : purement pratique, et il fonde une démarche que vous ferez plusieurs fois par an. Citation exacte : « les impôts prélevés dans un Etat par voie de retenue à la source seront remboursés sur demande de l’intéressé ou de l’Etat dont il est résident lorsque le droit de percevoir ces impôts est limité ou supprimé par les dispositions de la Convention. Les demandes de remboursement, à présenter dans les délais établis par la législation de l’Etat tenu d’effectuer ledit remboursement, doivent être accompagnées d’une attestation officielle de l’Etat dont le contribuable est un résident, certifiant que les conditions exigées pour bénéficier des exonérations ou des réductions prévues dans la Convention sont remplies. » C’est le fondement conventionnel des formulaires 5000 et 5001 que votre teneur de compte français vous demandera, et la raison pour laquelle l’attestation de résidence fiscale italienne se demande chaque année, sans attendre le premier dividende.
Le point 11 b)intéresse le lectorat binational, et il est favorable — sous une réserve qu’il faut poser d’emblée. Le texte vise l’imposition « au titre de l’impôt français de solidarité sur la fortune » d’une personne physique qui est résidente de France et a la nationalité italiennesans avoir la nationalité française : les biens situés hors de France qu’elle possède au 1er janvier de chacune des cinq annéessuivant celle au cours de laquelle elle devient résidente de France n’entrent pas dans l’assiette ; le bénéfice se reconstitue après une absence d’au moins trois ans. La réserve :l’ISF a été supprimé en 2018et remplacé par l’impôt sur la fortune immobilière. Le report de l’avantage sur l’IFI suppose que celui-ci soit couvert par le § 4 de l’article 2, dont nous avons dit plus haut qu’aucune notification n’a été retrouvée. Nous exposons donc la stipulation telle qu’elle est écrite, et nous ne concluons pas à son application à l’IFI.
Le point 16, enfin, est le seul de toute la convention à traiter de la déductibilité des versements à une institution de retraite de l’autre État. Citation exacte : « Les cotisations payées par ou pour une personne physique qui est un résident d’un Etat ou qui y séjourne temporairement, à une institution de retraite agréée par les autorités compétentes de l’autre Etat dont cette personne était précédemment un résident, sont traitées fiscalement dans le premier Etat de la même façon que les cotisations payées à une institution de retraite reconnue par les autorités compétentes de cet Etat, si celles-ci acceptent l’agrément obtenu dans l’autre Etat par cette institution de retraite. » Un résident d’Italie qui continue d’alimenter son PER françaisest exactement dans le champ de cette stipulation. Mais elle est conditionnelle : elle ne joue que « si celles-ci acceptent l’agrément ». Nous n’avons pas trouvé, dans les sources consultées le 30/07/2026, de trace indiquant que les autorités italiennes aient accepté l’agrément français d’un plan d’épargne retraite. Ne comptez pas sur la déductibilité italienne de vos versements PER sans l’avoir fait vérifier ; le plafond italien de déduction de la retraite complémentaire est par ailleurs de 5 300 € en 2026, et le chapitre consacré à l’IRPEF en traite.
L’article 4 § 1 : qui est « résident », et qui ne l’est pas
L’article 4 compte troisparagraphes, et non quatre comme on le lit parfois. Le premier définit la qualité de résident ; le deuxième départage les personnes physiques doublement résidentes ; le troisième traite les personnes autres que physiques. Voici le texte, reproduit depuis le PDF officiel de la DGFiP.
Article 4 de la convention du 5 octobre 1989 — texte intégral
1. « Au sens de la présente Convention, l’expression " résident d’un Etat " désigne toute personne qui, en vertu de la législation de cet Etat, est assujettie à l’impôt dans cet Etat, en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction ou de tout autre critère de nature analogue. Toutefois, cette expression ne comprend pas les personnes qui ne sont assujetties à l’impôt dans cet Etat que pour les revenus y ayant leur source ou pour la fortune qui y est située. »
2. « Lorsque, selon les dispositions du paragraphe 1, une personne physique est un résident des deux Etats, sa situation est réglée de la manière suivante : »
« a) Cette personne est considérée comme un résident de l’Etat où elle dispose d’un foyer d’habitation permanent ; si elle dispose d’un foyer d’habitation permanent dans les deux Etats, elle est considérée comme un résident de l’Etat avec lequel ses liens personnels et économiques sont les plus étroits (centre des intérêts vitaux) ; »
« b) Si l’Etat où cette personne a le centre de ses intérêts vitaux ne peut pas être déterminé, ou si elle ne dispose d’un foyer d’habitation permanent dans aucun des Etats, elle est considérée comme un résident de l’Etat où elle séjourne de façon habituelle ; »
« c) Si cette personne séjourne de façon habituelle dans les deux Etats ou si elle ne séjourne de façon habituelle dans aucun d’eux, elle est considérée comme un résident de l’Etat dont elle possède la nationalité ; »
« d) Si cette personne possède la nationalité des deux Etats ou si elle ne possède la nationalité d’aucun d’eux, les autorités compétentes des Etats tranchent la question d’un commun accord. »
3. « Lorsque, selon les dispositions du paragraphe 1, une personne autre qu’une personne physique est un résident des deux Etats, elle est considérée comme un résident de l’Etat où son siège de direction effective est situé. » — « Cette disposition est notamment applicable aux sociétés de personnes et assimilées, constituées dans un Etat conformément à sa législation. »
La seconde phrase du § 1 mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle est le siège d’une des questions les plus lourdes de ce guide. Sont exclues de la qualité de résident les personnes « qui ne sont assujetties à l’impôt dans cet Etat que pour les revenus y ayant leur source ou pour la fortune qui y est située ». Un contribuable qui opte en Italie pour le forfait de l’article 24-bis — futur article 246 du texte unique — est-il dans cette exclusion ? L’enjeu n’est pas théorique : s’il n’est pas « résident » au sens conventionnel, il perd le bénéfice de l’ensemble des règles de répartition, et la France retrouve son droit d’imposer.
Les deux lectures se défendent, et nous les exposons l’une et l’autre. En faveur de la qualité de résident : l’optant est imposé au barème sur ses revenus italiens etpar une imposition substitutive sur ses revenus étrangers ; il n’est donc pas assujetti « que » pour les revenus de source italienne. Un indice contextuel fort va dans le même sens, et il est tiré de la convention successorale du 20 décembre 1990, dont le protocole distingue expressément deux exclusions selon l’objet ; sa lettre c)énonce, pour l’application de l’article 8, paragraphe 2, qu’est considérée comme domiciliée dans un État toute personne qui y est assujettie à l’impôt en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction ou de tout autre critère analogue, « à l’exception des personnes qui ne sont assujetties à l’impôt dans cet Etat que pour les revenus y ayant leur source ». Les rédacteurs ont donc su écrire deux exclusions distinctes : assiette successorale à l’article 4 § 1, source des revenus au protocole. L’argument est systématique et il nourrit la lecture favorable au contribuable ; il ne la démontre pas.
Contre la qualité de résident, un fait établi et rarement mesuré : l’optant est dispensé du quadro RW, de l’IVIE et de l’IVAFE, et son assiette successorale italienne est réduite aux biens existant en Italie. Le rattachement personnel est donc, en fait, largement neutralisé — ce qui renforce l’argument de ceux qui contestent la qualité de résident conventionnel. Nous exposons les deux lectures et nous n’en tranchons aucune : aucune circolare, aucune risposta a interpello, aucune position de la DGFiP et aucune décision juridictionnelle n’ont été trouvées sur ce point. La doctrine française confirme au moins que la question est bien conventionnelle : BOI-ENR-DMTG-10-10-30, § 430 — « En particulier, la définition du "domicile" ou de la "résidence" du défunt donnée par chacun de ces accords prévaut sur celle retenue par la loi interne. » Le chapitre consacré au forfait y revient, et la question figure en tête de celles à soumettre à nos avocats partenaires, avec une demande de rescrit préalable.
L’article 4 § 2 : le départage, rang par rang
L’ordre est hiérarchique et impératif. On ne passe au critère suivant que si le précédent ne départage pas. Ce n’est pas un faisceau d’indices que l’administration pondèrerait : c’est une cascade.
| Rang | Critère | Ce qu'il regarde | Pourquoi il échoue le plus souvent |
|---|---|---|---|
| 1 | Foyer d'habitation permanent | Un logement dont la personne dispose de façon permanente et continue, à quelque titre que ce soit : propriété, location, mise à disposition | Parce que le profil type en dispose des deux côtés. Celui qui garde un appartement disponible à l'année en France et en loue un en Italie a deux foyers permanents : le critère ne départage pas |
| 1 bis | Centre des intérêts vitaux | L'État avec lequel les liens personnels ET économiques sont les plus étroits | C'est là que tout se joue en pratique, et c'est le rang le plus disputé. Contrairement au domicilio italien depuis 2024, il ne donne aucune priorité au familial : le personnel et l'économique pèsent ensemble |
| 2 | Séjour habituel | L'État où la personne séjourne de façon habituelle | Il ne s'ouvre que si le centre des intérêts vitaux ne peut pas être déterminé, ou s'il n'existe de foyer permanent dans aucun des deux États. Ce n'est pas un critère de repli commode |
| 3 | Nationalité | L'État dont la personne possède la nationalité | Rarement atteint. Il départage le binational franco-italien seulement si les trois rangs précédents ont échoué — auquel cas il échoue à son tour, puisque l'intéressé a les deux nationalités |
| 4 | Accord amiable | Les autorités compétentes tranchent d'un commun accord | C'est l'aveu d'échec du barème conventionnel. Il faut alors ouvrir une procédure, et le délai franco-italien est de six mois |
Deux pièges méritent d’être nommés. Le premier : « foyer d’habitation permanent » au sens de la convention n’est pas « foyer » au sens de l’article 4 B du CGI. Le foyer français est le lieu où la famille habite normalement ; le foyer d’habitation permanent conventionnel est un logement à disposition permanente, quelle qu’en soit l’occupation effective. Les deux mots se ressemblent, les deux notions ne se recouvrent pas, et confondre les deux fait manquer un rang entier de la cascade.
Le second est une asymétrie de fond que le guide doit vous faire comprendre plutôt que retenir. Le droit interne italien a basculé, en 2024, vers un domicile essentiellement personnel et familial. La convention, elle, est restée sur le centre des intérêts vitaux, qui pèse le personnel etl’économique. Il en résulte une configuration parfaitement cohérente et parfaitement contre-intuitive : vous pouvez être résident italien en droit interne par vos attaches familiales, et résident français par la convention parce que vos intérêts économiques dominants sont français et que le foyer permanent ne départage pas. Deux étages, deux logiques, et c’est le second qui l’emporte.
La primauté du conventionnel, côté italien
Côté français, la primauté est désormais dans le texte de l’article 4 B. Côté italien, elle repose sur deux dispositions que la circolare 20/E rappelle aux pages 19 et 20 : l’article 169 du TUIR, qui n’autorise l’application du droit interne en dérogation aux accords internationaux que s’il est plus favorable au contribuable, et l’article 75 du D.P.R. 29 settembre 1973, n. 600, qui pose la prévalence des accords internationaux. L’article 169 du TUIR est compris dans le bloc abrogé au 1erjanvier 2027 ; l’article 75 du D.P.R. 600/1973, lui, subsiste, et la primauté conventionnelle est de toute façon adossée en Italie à une jurisprudence constitutionnelle.
L’Agenzia cite à l’appui une série de décisions. Nous les rapportons telles qu’elle les cite, sans les avoir lues nous-mêmes, et nous le signalons parce que c’est exactement le genre de renvoi qu’un confrère ira vérifier : Cass. 19 janvier 2009, n. 1138 et Cass. 15 juillet 2016, n. 14476 sur la suprématie du droit conventionnel ; Corte costituzionale, 24 octobre 2007, n. 348 et n. 349, et 26 novembre 2009, n. 311, au plan constitutionnel ; Cass. 23 mai 2013, n. 20285 et Cass. 10 novembre 2017, n. 26638 sur la cession du critère formaliste de l’inscription anagraphique devant l’approche substantielle conventionnelle ; Cass. 15 février 2021, n. 3841 sur la notion de residenzaau sens de l’article 43 du code civil. La même circolare cite, page 22, trois risposte a interpelloallant dans le même sens : n. 50/2023, n. 73/2023 et n. 79/2023.
Cette série a une portée pratique directe pour la question de l’anagrafe : même sous l’empire de l’ancienne présomption absolue, l’inscription cédait devant les règles de départage conventionnelles. C’était la seule issue, et elle existait.
La présomption anagraphique pour l'accès aux régimes de faveur : une doctrine en tension avec elle-même
Le point est technique et son enjeu est considérable pour qui vise le forfait. Les régimes des articles 24-bis et 24-ter du TUIR et le régime des impatriés partagent une condition de non-résidence fiscale italienne préalable. L’Agenzia précise, § 2.4 de sa circolare 20/E, que cette condition s’apprécie au regard du nouvel article 2, comma 2, pour les seules périodes 2024 et suivantes ; pour les périodes jusqu’à 2023 incluse, il faut appliquer les anciens critères, y compris la présomption tirée de l’inscription anagraphique.
Voici la réserve, à publier telle quelle : l’Agenzia considère, au § 2.4 de sa circolare 20/E, que la présomption anagraphique antérieure à 2024 est absolue pour l’accès aux régimes des articles 24-bis et 24-ter, alors qu’elle est tempérée par le comma 6 de l’article 5 du décret pour le régime des impatriés. Cette position doit être maniée avec prudence, la même circolare rappelant par ailleurs que le critère anagraphique cède devant les tie-breaker rules conventionnelles.
La tension est interne à la source elle-même : le § 2.4, page 19, parle de « carattere di presunzione assoluta ai fini dei regimi di cui agli articoli 24-bis e 24-ter », tandis que le § 2.3, page 18, écrit que la présomption absolue antérieure à 2024 opère « con i temperamenti circa l’applicabilità delle tie breaker rules previste dalle Convenzioni internazionali » et que le § 2.1.4, page 16, rappelle que l’inscription anagraphique « poteva essere, tuttavia, superato in applicazione delle cosiddette tie breaker rules ». C’est une doctrine administrative en tension, pas un texte. Elle n’a été confirmée par aucune décision juridictionnelle ni aucune risposta postérieure que nous ayons trouvée.
Qui est concerné concrètement ? Le Français qui a été inscrit à l’anagrafe italienne avant 2024 sans y résider effectivement — le propriétaire d’une maison en Ombrie inscrit à la commune pour obtenir un raccordement, le conjoint d’un binational, le retraité qui avait tenté l’installation puis renoncé. Il se verra opposer une présomption que l’administration qualifie d’irréfragable pour accéder au forfait, alors qu’il pourrait la renverser par la convention pour le régime des impatriés. Cette asymétrie est décisive et très peu relayée : elle se vérifie avant de bâtir un projet dessus.
Ce que la jurisprudence dit, et ce qu’on ne peut pas écrire
On lit régulièrement que la matière franco-italienne serait vierge de jurisprudence. Elle ne l’est pas, et nous ne l’écrirons pas. Une recherche a été conduite : elle identifie au moins deux décisions du Conseil d’État appliquant les conventions franco-italiennes. Elle n’est pas exhaustive, notamment du côté italien, mais elle suffit à interdire l’affirmation d’absence.
| Décision | Ce qu'elle applique | Ce qu'elle juge |
|---|---|---|
| CE, 3e et 8e sous-sections réunies, 5 avril 2013, n° 349741 | Articles 6 et 7 de la convention du 5 octobre 1989 | « le droit d'imposer les revenus des immeubles est dévolu à l'Etat sur le territoire duquel ces biens sont situés » — et ce droit appartient à l'État de situation même en l'absence d'établissement stable |
| CE, 9e et 10e sous-sections réunies, 11 juin 2003, n° 221199 | Application des deux conventions dans le temps | « en 1988, 1989 et 1990 était applicable la convention fiscale franco-italienne du 29 octobre 1958 et non la convention franco-italienne du 5 octobre 1989, qui n'est applicable à l'impôt sur le revenu, en vertu de son article 31, qu'à compter des impositions au titre de 1992 » |
La formulation que nous nous imposons, et que nous vous invitons à exiger de tout conseil, est celle-ci : on n’écrit pas « il n’existe aucune décision », on écrit « les sources consultées à telle date ne mentionnent pas ». La différence n’est pas de style : sur les dossiers précédents de cette série, une négative universelle sur deux s’est révélée fausse, et le plus souvent réfutée par une source déjà citée dans le même document.
Le conflit non résolu : la procédure amiable et son délai de six mois
C’est, pour un guide, l’un des points les plus importants et les plus mal connus, et c’est un piège de forclusion pur. L’article 26 de la convention de 1989 ne contient pas de règle propre : il maintient en vigueurl’article 26 de la convention du 29 octobre 1958, dont il reproduit le texte dans son corps. Et ce texte de 1958 porte un délai que le Modèle OCDE a depuis longtemps allongé.
Article 26, § 3, de la convention de 1958, maintenu en vigueur par la convention de 1989
« 3. Si un contribuable de l’un des Etats contractants prouve que les taxations établies ou projetées à sa charge ont entraîné ou doivent entraîner pour lui une double imposition interdite par la Convention il peut, sans préjudice de l’exercice de ses droits de réclamation et de recours dans chaque Etat, adresser aux autorités fiscales de l’Etat où se trouve son domicile une demande écrite de révision desdites taxations. Cette demande doit être présentée dans un délai de six mois à compter de la date de la notification ou de la perception à la source de la seconde imposition. Si elles en reconnaissent le bien-fondé, les autorités fiscales saisies d’une telle demande s’entendront avec les autorités fiscales de l’autre Etat pour éviter la double imposition. »
Six mois, et non trois ans.C’est l’un des délais les plus courts du réseau conventionnel français, et il court à compter de la notification ou de la perception à la source de la secondeimposition — pas à compter de la fin d’un contentieux, pas à compter d’une décision de rejet. Un contribuable qui attend l’issue de sa réclamation française avant de demander l’ouverture d’une procédure amiable conventionnelle est hors délai, et il l’est irrémédiablement.
Et il n’y a pas de rattrapage par l’arbitrage : le § 4 de l’article 26, tel que nous l’avons lu dans le PDF officiel de la DGFiP le 30/07/2026, ne prévoit qu’une commission mixteformée de représentants des deux États. Il ne comporte pas de clause d’arbitrage obligatoire.
Il existe une seconde voie, européenne, et elle change tout — à une condition qu’il faut comprendre avant de choisir. La directive (UE) 2017/1852sur les mécanismes de règlement des différends fiscaux dans l’Union a été transposée par l’article 130 de la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018, aux articles L. 251 B à L. 251 ZH du livre des procédures fiscales, chapitre intitulé « Le règlement des différends fiscaux dans l’Union européenne ».
| Procédure amiable de la convention de 1989 | Procédure de la directive (UE) 2017/1852 | |
|---|---|---|
| Fondement | Article 26 de la convention de 1958, maintenu en vigueur par l'article 26 de la convention de 1989 | Articles L. 251 B à L. 251 ZH du LPF ; doctrine BOI-INT-DG-20-30-30-10, version du 15 avril 2026 |
| Délai de saisine | Six mois à compter de la notification ou de la perception à la source de la seconde imposition | Trois ans à compter de la réception de la première mesure administrative susceptible d'entraîner une imposition non conforme (LPF, art. L. 251 D) |
| Personnes physiques | Ouverte : « un contribuable de l'un des Etats contractants » | Expressément éligibles ; les particuliers et petites entités peuvent saisir leur seul État de résidence (BOI-INT-DG-20-30-30-10, § 130) |
| Champ temporel | Sans limite propre, sous réserve du délai de six mois | Demandes présentées depuis le 1er juillet 2019, pour les revenus perçus à compter du 1er janvier 2018 (§ 10) |
| Arbitrage | Aucun. Le § 4 ne prévoit qu'une commission mixte de représentants des deux États | Phase d'arbitrage prévue (BOI-INT-DG-20-30-30-20) |
| Effet sur les recours internes | La demande est présentée « sans préjudice de l'exercice de ses droits de réclamation et de recours dans chaque Etat » | Sans influence sur les recours administratifs internes (§ 220) |
| Effet sur l'autre procédure | — | Son ouverture MET FIN à toute autre procédure amiable conventionnelle (§ 380). C'est un choix, pas un filet de sécurité |
Lisez la dernière ligne du tableau avant les autres. La voie européenne n’est pasun rattrapage que l’on déclencherait après avoir laissé passer les six mois de l’article 26 sans en tirer les conséquences. Son ouverture met fin à toute autre procédure amiable conventionnelle : c’est une alternative, et le choix entre les deux se fait au début, pas à la fin. En pratique, sur un conflit de résidence franco-italien, l’arbitrage disponible et le délai de trois ans font pencher la balance — mais la décision s’instruit dossier par dossier, avec le conseil qui portera la procédure.
Un mot sur ce que vous ne verrez pas venir. La seconde imposition ne prend pas toujours la forme d’un avis d’imposition : le texte vise aussi la perception à la source. Une retenue opérée sur un dividende, une pension ou un salaire fait courir le délai sans qu’aucune lettre ne vous prévienne. C’est le mode de forclusion le plus fréquent, et le plus difficile à faire admettre après coup : personne n’archive un relevé de dividende comme un point de départ de prescription. Faites-le.
Ce que la résidence italienne déclenche le premier jour
Devenir résident fiscal italien n’ouvre pas seulement une base d’imposition mondiale. Cela déclenche immédiatement trois obligations déclaratives qui frappent en premier ce que vous avez laissé en France, et qui surprennent régulièrement des clients par ailleurs bien conseillés.
- Le monitoraggio fiscale, c’est-à-dire la déclaration des avoirs détenus hors d’Italie au quadro RWde la déclaration de revenus. L’obligation elle-même repose sur l’article 4 du D.L. 167/1990, qui n’est pas abrogé au 1erjanvier 2027 : seul l’article 5, qui porte les sanctions, l’est.
- L’IVIE, l’impôt sur la valeur des immeubles situés hors d’Italie : 1,06 %depuis 2024, contre 0,76 % auparavant, non due si le montant n’excède pas 200 €, proratisée à la quote-part et aux mois de détention, l’habitation principale étant exonérée sauf catégories cadastrales A/1, A/8 et A/9. La maison de famille française y entre — et la France fait partie des quatre États de l’Union pour lesquels l’Agenzia a constaté qu’il n’existe pas de valore catastaledirectement utilisable, ce qui ouvre un choix d’assiette.
- L’IVAFE, l’impôt sur les avoirs financiers détenus hors d’Italie : 2 pour mille, porté à 4 pour mille pour les produits détenus dans un État à régime fiscal privilégié, 34,20 € par compte courant avec une franchise de 5 000 € de solde moyen. Le compte-titres français y entre, et le contrat d’assurance-vie français y entre par principe.
Deux précisions décident du reste, et elles séparent radicalement les deux régimes de faveur. L’optant au forfait de l’article 24-bis en est dispensé— le comma 153 de la loi 11 dicembre 2016, n. 232, écarte l’obligation de l’article 4 du D.L. 167/1990 et exonère des impôts des commi 13 et 18 de l’article 19 du D.L. 201/2011, l’exonération s’étendant aux membres de la famille couverts par l’option. L’impatrié de l’article 5, à l’inverse, y reste intégralement soumis : aucune disposition équivalente ne figure dans ce texte. C’est l’écart le plus lourd entre les deux dispositifs, et il porte précisément sur les avoirs que vous conservez en France. Ces trois obligations sont traitées au chapitre consacré à la fiscalité italienne du patrimoine.
Ce que nous n'écrivons pas sur l'IVIE et l'IVAFE après le 1er janvier 2027
Les commi 13 à 17, 15-bis et 15-ter de l’article 19 du D.L. 201/2011 (IVIE) sont abrogés par le D.Lgs. 5 novembre 2024, n. 174, et les commi 18 à 23 (IVAFE) par le D.Lgs. 1 agosto 2025, n. 123, l’un et l’autre tels que modifiés par le D.L. 200/2025. L’exonération des optants au forfait repose, elle, sur un renvoi : le comma 153 vise « l’articolo 19, commi 13 e 18, del decreto-legge 6 dicembre 2011, n. 201 », c’est-à-dire, à compter du 1er janvier 2027, une disposition abrogée.
Où IVIE et IVAFE sont reprises, et si l’exonération des optants suit le déplacement, n’est pas établi à la date de rédaction. Nous n’affirmons donc pas que l’exonération d’IVIE et d’IVAFE des optants au forfait survit à la recodification.C’est une question à poser, pas une conclusion à publier.
Une dernière obligation, plus modeste mais qui se manifeste dès la première déclaration : les addizionali régionale et communale. Elles sont dues à la région et à la commune du domicilio fiscale au 1erjanvier de l’année considérée. Ne concluez pas trop vite que l’année d’arrivée en est exonérée. Une personne sans aucun revenu de source italienne au 1erjanvier n’a pas de domicilio fiscaleitalien à cette date ; mais celui qui détenait déjà un bien produisant un revenu italien en a un, dans la commune où ce revenu est produit — article 58, comma 2, du D.P.R. 600/1973 : « Quelle non residenti hanno il domicilio fiscale nel comune in cui si è prodotto il reddito o, se il reddito è prodotto in più comuni, nel comune in cui si è prodotto il reddito più elevato. » Le profil type de ce guide — un Français qui possédait déjà une résidence secondaire louée avant de s’installer — est précisément celui qui paie les addizionalidès l’année d’arrivée. Deux conditions générales tempèrent le mécanisme : les addizionaline sont dues que si l’IRPEF est elle-même due au titre de la même année, déductions faites, et la majoration au-delà de 0,5 point ne s’applique pas aux revenus de la première tranche.
Les prélèvements sociaux français s’imputent en Italie — mais pas sur le fondement qu’on croit, et pas sans une case à cocher
Vous devenez résident d’Italie et vous gardez un appartement loué à Bordeaux. La France prélève l’impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux sur les loyers ; l’Italie réintègre ces loyers dans votre revenu mondial. La question est de savoir ce qui s’impute. La réponse est plus favorable que ce que l’on lit, et son fondement n’est pas celui que l’on cite.
L’Agenzia delle Entrate admet, depuis sa risposta n. 161 du 28 décembre 2018, l’imputation des prélèvements sociaux français afférents aux années 2016 et suivantes, au titre du crédit d’impôt pour revenus produits à l’étranger de l’article 165 du TUIR. Sa formule : « A parere della scrivente, quindi, le imposte versate a titolo di prélèvements sociaux se riferite all’anno 2016 e successivi, configurandosi come vere e proprie imposte sul reddito e non essendo suscettibili di richiesta di rimborso, possono essere oggetto, nel nostro ordinamento, di un credito d’imposta per i redditi prodotti all’estero nei limiti e condizioni previste dall’art. 165 del Tuir. » La question posée visait les redditi fondiari français, « sia locativi sia da plusvalenze immobiliari » : revenus fonciers et plus-values immobilières.
La bascule au 1erjanvier 2016 n’est pas arbitraire : elle tient à la réaffectation des prélèvements sociaux au financement de prestations non contributives par la LFSS 2016, à la suite de l’arrêt de Ruyter. Pour les périodes antérieures, la même risposta refuse le crédit, au motif que les prélèvements « non siano assimilabili a nessuna delle imposte considerate dall’articolo 2 della Convenzione ».
Voici maintenant le point que presque toutes les pages francophones ratent, y compris les meilleures. On lit que le crédit serait ouvert parce quel’échange de lettres de 1998 a fait entrer la CSG et la CRDS dans le champ de la convention. L’administration italienne ne raisonne pas ainsi. Dans la même risposta, elle reproduit la liste de l’article 2 § 3 et qualifie expressément les prélèvements sociaux d’« una imposta non menzionata nella Convenzione in esame ». Elle fonde le crédit sur une norme de droit interne italien : l’article 15, comma 2, du D.Lgs. 14 settembre 2015, n. 147, aux termes duquel « sono ammesse in detrazione sia le imposte estere oggetto di una convenzione contro le doppie imposizioni in vigore tra l’Italia e lo Stato estero in cui il reddito che concorre alla formazione dell’imponibile è prodotto sia le altre imposte o gli altri tributi sul reddito », appuyée sur ses circolarin. 9/E du 5 mars 2015, § 2.3, et n. 35/E du 4 août 2016, § 6.1. L’extension conventionnelle de 1998 est exacte du côté français ; elle n’est pas le fondement du crédit italien. La distinction n’est pas académique : elle change l’argument à opposer à un contrôleur.
Deux réserves, et une case qui fait perdre le crédit
Réserve de champ. La risposta de 2018 raisonne sur les prélèvements sociaux dans leur configuration de 2016. Le prélèvement de solidaritéde l’article 235 ter du CGI, dans sa forme unifiée, lui est postérieur, et la contribution de financement de l’autonomiecréée par l’article 12 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 l’est bien davantage. Aucune prise de position italienne postérieure à 2018 ne les vise nommément dans les sources que nous avons consultées le 30/07/2026. Ne pas affirmer que ces deux prélèvements sont imputables.
Réserve de forme, et c’est celle qui coûte de l’argent.Le crédit d’impôt italien n’est pas automatique. La notice Redditi PF 2026est catégorique : « la detrazione va richiesta, a pena di decadenza, nella dichiarazione », et le support est le quadro CE du Fascicolo 3. Il est plafonné « fino a concorrenza della quota dell’imposta italiana » correspondant au rapport entre les revenus étrangers et le revenu global déclaré. Pour un retraité ou un bailleur français en Italie, l’oubli du quadro CE transforme mécaniquement l’impôt français en coût définitif. Vérifiez-le sur votre déclaration, pas sur la parole de quelqu’un.
Un mot désagréable pour finir cette section, parce qu’il vaut mieux le lire ici qu’après. La question écrite au Sénat n° 02510, posée par Mme Évelyne Renaud-Garabedian et publiée au JO Sénat du 1erseptembre 2022, rapporte que depuis 2021 l’Agenzia delle Entrate exige des résidents d’Italie percevant des pensions françaises qu’ils les déclarent et les imposent en Italie en sus de l’imposition française, avec pénalités et intérêts, et qu’elle applique cette position rétroactivement à compter de 2015. La question a été déclarée caduque et n’a pas reçu de réponse ministérielle. Nous la citons pour ce qu’elle est : un indice de pratique administrative, pas une source de droit. Elle indique que la double imposition permise par la rédaction non exclusive de la convention sur les pensions est effectivement pratiquée, et que la France n’a pas obtenu d’accord amiable correctif. Le chapitre consacré aux pensions traite la question au fond.
Ce que la perte du domicile fiscal français déclenche
De l’autre côté, cesser d’être domicilié en France au sens de l’article 4 B déclenche deux mécanismes qu’il faut avoir chiffrés avant de partir, et non après. Ils sont traités au fond dans les chapitres qui leur sont consacrés ; nous en donnons ici les paramètres qui dépendent directement de la résidence.
L’exit tax de l’article 167 bis du CGI, d’abord. Trois conditions d’entrée, et la première est celle que l’on oublie : le dispositif ne vise que « les contribuables qui ont été fiscalement domiciliés en France pendant au moins six des dix années précédant ce transfert » (BOI-RPPM-PVBMI-50-10-10, § 1). S’y ajoute, alternativement, une participation d’au moins 50 % des bénéfices sociaux d’une société ou une valeur globale des titres excédant 800 000 €. Un cadre expatrié rentré en France quatre ans plus tôt n’y est pas soumis, quelle que soit la valeur de son portefeuille : omettre cette condition revient à alarmer inutilement une partie du lectorat et à en rassurer une autre à tort.
Pour un départ vers l’Italie, la bonne nouvelle est nette. L’Italie est un État membre de l’Union : le sursis de paiement du IV est de plein droit, et non sur option. Il n’y a donc ni garanties à constituer, ni représentant fiscal à désigner. Attention à une confusion que nous voyons souvent, parce que le même nombre désigne deux choses différentes : le taux d’imposition ressort à 31,4 %au titre de 2026 — 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la LFSS 2026 —, tandis que la garantiedu V, qui ne concerne que les départs hors du champ du IV, se calcule à 12,8 % du montant brut des plus-values et créances, sans abattement et sans prélèvements sociaux. Sur 5 M€ de plus-values latentes, cela fait 1 570 000 € d’impôt d’un côté et 640 000 €de garantie de l’autre : deux grandeurs sans rapport, qu’il ne faut jamais croiser.
Le dégrèvement d’office intervient à l’expiration d’un délai de deux ans suivant le transfert, ou lors du retour du domicile en France si cet événement est antérieur, lorsque les titres sont toujours dans le patrimoine du contribuable. Ce délai est porté à cinq ans lorsque la valeur globale excède 2 570 000 € à la date du transfert.
Sur le délai de quinze ans, deux précisions qui se contredisent en apparence et qu’il faut donner ensemble. Il ne s’applique plus aux départs postérieurs au 1er janvier 2019 — mais les transferts de domicile intervenus entre 2014 et 2018restent régis par l’ancien délai, et nous rencontrons encore des dossiers dans ce cas. Écrire « le délai de quinze ans est abrogé, toute source qui le mentionne est périmée » est donc faux pour ces contribuables-là. Quant à son rétablissement, régulièrement annoncé : un amendement en ce sens a été adopté en séance le 3 novembre 2025, puis il est tombé le 21 novembre 2025avec le rejet de la première partie du budget, avant toute navette. Il n’a donc jamais existé en droit. Ne fondez pas un calendrier de départ sur un texte annoncé : entre l’annonce et le vote, le dispositif change, et souvent il disparaît.
Les prélèvements sociaux, ensuite. Un non-résident n’y est soumis que sur les revenus fonciers et les plus-values immobilièresde source française. Les dividendes, les intérêts, les plus-values mobilières, le PEA et l’assurance-vie sont hors champpour un non-résident : c’est l’un des effets les plus tangibles du départ, et il est régulièrement sous-estimé.
| Assiette | Taux de prélèvements sociaux | Fondement |
|---|---|---|
| Revenus fonciers français d'un non-résident — location nue | 17,2 % (9,2 + 0,5 + 7,5) | Contribution de financement de l'autonomie exclue, BOSS question 3 |
| Plus-values immobilières françaises d'un non-résident | 17,2 % | CFA exclue, BOSS question 3 ; BOI-RFPI-PVINR-20-20 |
| Non-résident affilié à un régime obligatoire d'un État de l'EEE ou de Suisse | 7,5 % — le prélèvement de solidarité seul | I ter des articles L. 136-6 et L. 136-7 du CSS ; article 235 ter du CGI, qui assoit le prélèvement de solidarité sur les mêmes assiettes « sans application du I ter » |
| Location meublée (BIC) d'un non-résident | 18,6 % en lecture littérale du BOSS ; 17,2 % en lecture inverse — NON TRANCHÉ | BOSS questions 10 et 11 ; CE 13 mars 2026, n° 503496 |
| Revenus du capital soumis au PFU — dividendes, plus-values mobilières, exit tax | 31,4 % au total, soit 12,8 % + 18,6 % | BOSS question 6 ; CFA créée par l'article 12 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 |
| Assurance-vie et PEA d'un non-résident | Hors champ des prélèvements sociaux | Le « PFU à 30 % » que l'on lit partout vise un résident de France : il ne se transpose pas au non-résident, et il ne se corrige pas non plus globalement en 31,4 % |
Le formulaire S1 : le piège du retraité, et la réserve que nous portons
Le taux réduit dit « de Ruyter » suppose deux conditions cumulatives, jointes par un « et » dans le I ter de l’article L. 136-6 du code de la sécurité sociale : relever, en matière d’assurance maladie, d’une législation soumise au règlement (CE) n° 883/2004 — l’Italie y satisfait, elle est dans l’Union —, etne pas être à la charge d’un régime obligatoire de sécurité sociale français. Le I ter compte un second alinéaque les résumés escamotent et qui vise directement un chef d’entreprise : pour les gains mentionnés à l’article 150-0 B bis du CGI et les plus-values en report du I de l’article 150-0 B ter, « la condition d’affiliation à un autre régime obligatoire de sécurité sociale s’apprécie à la date de réalisation de ces gains ou plus-values ». Un dirigeant parti en Italie avec un apport-cession en report doit donc vérifier son affiliation à la date de l’événement qui met fin au report, et non à celle de son départ.
C’est la seconde qui piège les retraités, et c’est le cœur du sujet italien. Un retraité français installé en Italie dont la pension est servie par la France demande à sa CPAM un formulaire S1, qu’il dépose auprès de l’ASL de sa commune. Il est alors inscrit au Servizio Sanitario Nazionale et soigné en Italie — mais aux frais de la France, qui reste l’État compétent au sens du règlement 883/2004. Réserve à publier telle quelle : le titulaire d’un formulaire S1 délivré par la France est à la charge d’un régime obligatoire français ; la seconde condition du I ter des articles L. 136-6 et L. 136-7 du CSS n’est donc pas remplie, et le taux réduit de 7,5 % ne lui est pas ouvert. Cette conclusion est déduite du mécanisme de l’article L. 131-9 du CSS ; aucune source ne l’énonce pour le S1.
Le cas inverse est plus favorable : l’actif français qui s’installe en Italie et y travaille cotise au régime italien, ne relève pas d’un régime français, et remplit les deux conditions. Posez donc la question du S1 systématiquement, avant de projeter un rendement net sur des revenus fonciers français. Et notez que la couverture italienne n’est pas gratuite pour tout le monde : l’inscription volontaire au service sanitaire, lorsque le S1 ne s’applique pas, se paie — l’ASL CN2, par exemple, affiche « previo pagamento di un contributo di € 387,34 valido per l’anno solare non frazionabile ». Les montants varient d’une azienda sanitariaà l’autre, et certaines appliquent un barème en pourcentage du revenu là où d’autres retiennent un forfait.
Le rescrit ne sécurise pas la résidence
Il faut l’écrire noir sur blanc, parce que la croyance inverse circule et qu’elle conduit à des décisions irréversibles prises sur une fausse assurance. L’Agenzia rappelle, pages 3 et 4 de la circolare 20/E, que la vérification de la résidence suppose un constat factuel et ne peut pas faire l’objet d’un interpello ; les demandes portant sur la résidence sont irrecevables, par renvoi à la circolare du 1er avril 2016, n. 9/E.
Elle est allée plus loin depuis, et la formule est plus large qu’on ne le dit généralement :
Risposta n. 70/2025, p. 4 — formule reprise en termes équivalents par la Risposta n. 82/2026, p. 8
« Per completezza, si rileva che esula dall’istituto dell’interpello di cui all’articolo 11 della legge 27 luglio 2000, n. 212 (Statuto dei diritti del contribuente) la verifica dei requisiti necessari ai fini dell’accesso al «nuovo regime» nonché della sussistenza dei presupposti per stabilire l’effettiva residenza fiscale, atteso che tale verifica comporta un accertamento di fatto non rientrante nell’ambito applicativo dell’istituto dell’interpello […] »
Autrement dit : le rescrit ne sécurise ni les conditions d’accès à un régime en général, ni la résidence fiscale elle-même.Pour un cabinet CIF, c’est une aggravation du risque qu’il faut écrire, et pas seulement à propos d’une condition de diplôme ou de qualification.
Cela ne vide pas l’interpellode son intérêt là où il est expressément prévu — le forfait de l’article 24-bis en organise un à son comma 3, et la circolare 17/E précise qu’il s’agit d’une faculté et non d’une obligation. L’enjeu chiffré le rend en pratique indispensable, et nous le recommandons systématiquement. Mais il faut savoir ce qu’il couvre, et ce qu’il ne couvrira jamais : le nombre de jours que vous avez réellement passés en Italie, et l’endroit où vivait votre famille.
Sept situations où le calendrier se retourne contre vous
Un chapitre sur la résidence qui ne décrirait que les cas favorables serait un chapitre commercial. Voici les configurations dans lesquelles nous voyons les dossiers se retourner, avec ce qui les provoque.
- L’arrivée le 2 juillet.Elle laisse 183 jours en année ordinaire et emporte la résidence italienne pour l’année entière, alors même que l’intéressé a cru se protéger en « partant après le 1erjuillet ». Il n’y a pas de split yearpour rattraper l’erreur.
- La famille restée en France.La présence physique suffit à faire de vous un résident italien ; le foyer français de l’article 4 B reste caractérisé. Double résidence de droit interne, arbitrage conventionnel obligatoire, et une issue qui dépend du centre des intérêts vitaux — lequel pèse aussi l’économique, souvent resté français.
- Le frontalier inversé.S’installer en Italie du Nord pour continuer à travailler côté français ne relève pas de la clause de l’article 15, § 4, dès lors que le retour quotidien n’est pas assuré, et cette configuration produit un revenu de source étrangèrepour l’Italie, ce qui la place hors du champ du régime des impatriés. C’est le contresens le plus dangereux du dossier pour un client français, et le chapitre consacré aux impatriés le développe.
- Le retraité titulaire d’un S1.Il croit avoir droit au taux réduit de 7,5 % sur ses revenus fonciers français ; la seconde condition du I ter ne lui est pas ouverte, sous la réserve exposée plus haut, et il supporte le taux plein.
- L’inscription anagraphique ancienne.Un Français inscrit à l’anagrafeitalienne avant 2024 sans y résider effectivement se verra opposer, pour accéder au forfait, une présomption que l’administration qualifie d’irréfragable. Le point se vérifie avant de bâtir un projet dessus.
- La demeure habituelle installée en fin d’année civile.Elle peut faire relever le contribuable de la strate de forfait antérieure — ce qui est favorable — ou l’en exclure, selon la lecture retenue de la divergence entre l’article 43 du code civil et l’article 2 du TUIR. Le décalage se plaide dans les deux sens ; il n’est tranché par aucune prise de position administrative que nous ayons trouvée.
- Le crédit d’impôt italien non demandé.Il se perd, purement et simplement, s’il n’a pas été porté au quadro CE de la déclaration : la notice officielle écrit « a pena di decadenza ». Un impôt français parfaitement imputable devient un coût définitif parce qu’une case n’a pas été remplie.
Il existe enfin une situation où la réponse est simplement non. Si votre patrimoine est essentiellement immobilier et français, si vos revenus sont des loyers de source française, et si votre famille reste en France, un déménagement en Italie ne déplacera pas grand-chose : les revenus immobiliers restent imposables en France par l’État de situation — c’est ce que juge le Conseil d’État dans sa décision du 5 avril 2013 —, les prélèvements sociaux continuent de courir sur ces revenus, l’IVIE s’ajoutera côté italien sauf option pour le forfait, et le risque de double résidence sera maximal. Nous le disons à des clients chaque année, et c’est parfois le conseil le plus utile que nous ayons à donner.
Le 1erjanvier 2027, et la seule chose qu’il ne faut pas affirmer
Nous avons ouvert ce chapitre sur la recodification, nous le refermons dessus, parce qu’elle porte la question la plus lourde de tout le dossier et que la tentation de conclure y est maximale. Pour la résidence proprement dite, la bascule est indolore : l’article 2 reste l’article 2, à contenu inchangé, et l’imposition mondiale reste l’article 3. Pour le forfait, elle ne l’est pas.
Voici l’état exact du droit. Les deux clauses transitoires qui figent le montant d’entrée d’un optant — le D.L. 113/2024, article 2, comma 2, et la L. 199/2025, article 1, comma 26 — survivent au 1erjanvier 2027 : elles ne figurent pas parmi les dispositions abrogées par l’article 376 du D.Lgs. 117/2026. Mais elles modifient, à la lettre, l’article 24-bis, comma 2, du TUIR — article abrogé le jour même. Et l’article 246, comma 2, du nouveau texte unique énonce sèchement 300 000 € et 50 000 €, sans reprendre aucune clause de sauvegarde. Une clause de renvoi automatique existe bien à l’article 376, comma 2, mais nul ne sait, à ce jour, si elle suffit.
Réserve à porter telle quelle, sur un enjeu pouvant atteindre 200 000 € par an
Le maintien du montant d’entrée au-delà du 1er janvier 2027 est la lecture attendue, mais aucun texte ne l’écrit. Les deux clauses transitoires qui figent ce montant ne sont pas abrogées, mais elles sont adossées à un article du TUIR abrogé à cette date, tandis que le nouveau texte unique ne reprend aucune clause de sauvegarde.
L’enjeu, pour un optant entré à 100 000 € ou à 200 000 €, est dejusqu’à 200 000 € par an sur les années restantes d’une option de quinze ans. Ce qui trancherait : un decreto legislativo correttivo, ou la première circolared’application du texte unique. Ni l’un ni l’autre n’est paru à la date de rédaction. Nous n’écrivons rien de plus, et nous vous déconseillons de faire reposer une décision d’installation sur l’hypothèse favorable.
Une remarque de méthode, parce qu’elle éclaire toute la période. Le calendrier qui commande la bascule n’est ni la résidence civile ni la résidence fiscale : c’est la période d’imposition. Le nouveau texte unique s’applique « a decorrere dal 1° gennaio 2027 », donc à tout le monde, y compris aux personnes déjà entrées dans un régime plusieurs années auparavant. Il n’y a pas de clause de grand-père générale. C’est précisément ce qui rend la question du montant d’entrée ouverte, et ce qui doit vous faire relire vos sources après la publication de la première circolared’application.
Ce que ce chapitre ne tranche pas, et ce qu’il faut demander à nos avocats partenaires
Un guide qui ne signale jamais ses limites n’est pas lu comme sincère. Voici les points que nous n’avons pas établis et que nous refusons de combler au jugé, avec, pour chacun, la question exacte à poser et les pièces à réunir avant le rendez-vous. Sur chacun d’eux, l’arbitrage se fait avec nos avocats partenaires spécialisés sur l’Italie et un dottore commercialista, avant tout acte irréversible— avant la résiliation d’un bail, avant l’exercice d’une option, avant une distribution ou une cession.
| Point ouvert | La question à poser, telle quelle | Les pièces à réunir |
|---|---|---|
| Qualité de résident conventionnel de l'optant au forfait | Un optant à l'article 24-bis du TUIR, futur article 246 du D.Lgs. 117/2026, est-il « résident » au sens de l'article 4 § 1 de la convention du 5 octobre 1989, et « domicilié » au sens de l'article 4 § 1 de la convention successorale du 20 décembre 1990 ? Si non, quelles règles de répartition la France retrouve-t-elle le droit d'appliquer ? | Le formulaire d'option et son accusé de dépôt ; l'interpello préalable et la réponse le cas échéant ; les déclarations italiennes montrant l'IRPEF sur les revenus italiens et l'imposta sostitutiva sur les revenus étrangers ; la liste des États exclus par le cherry picking du comma 5 ; l'inventaire complet des actifs français avec leur valeur |
| Portée du point 15 du Protocole de 1989 | Un revenu couvert par l'imposta sostitutiva forfaitaire est-il « imposable » en Italie au sens du point 15 du Protocole, ou la France recouvre-t-elle son droit d'imposer les pensions privées, les plus-values mobilières et les « autres revenus » d'un neo residente ? | La liste exhaustive des flux de source française et tierce, avec leur qualification conventionnelle article par article ; les déclarations italiennes des deux derniers exercices ; le détail de l'assiette couverte par l'imposition substitutive |
| Sort du montant d'entrée après le 1er janvier 2027 | La clause de renvoi automatique de l'article 376, comma 2, du D.Lgs. 117/2026 suffit-elle à faire survivre les clauses transitoires du D.L. 113/2024 et de la L. 199/2025, ou un optant de 2023 basculera-t-il à 300 000 € ? | La date exacte du transfert de la résidence au sens de l'article 43 du code civil, avec ses justificatifs ; le millésime de l'option ; le calendrier des quinze exercices restants ; le chiffrage de l'écart annuel |
| Sort de l'exonération d'IVIE et d'IVAFE des optants après 2027 | Le renvoi du comma 153 de la L. 232/2016 à l'article 19, commi 13 et 18, du D.L. 201/2011 subsiste-t-il après l'abrogation de ces commi, et où IVIE et IVAFE sont-elles reprises ? | L'inventaire des immeubles et des avoirs financiers détenus hors d'Italie, avec leur valeur d'acte et leur valeur cadastrale ; les déclarations italiennes portant ou non le quadro RW ; le calendrier des exercices restants sous option |
| Présomption anagraphique antérieure à 2024 | Une inscription à l'anagrafe italienne antérieure à 2024, sans résidence effective, fait-elle obstacle à l'accès au forfait ou au régime de l'article 24-ter, malgré les tie-breaker rules conventionnelles ? | Certificats historiques d'état civil et de résidence délivrés par la commune italienne ; attestations de résidence fiscale française pour chacune des années concernées ; preuves de la résidence effective ailleurs (baux, factures, scolarité, décomptes de présence) |
| Divergence article 43 du code civil / article 2 du TUIR | Pour la détermination de la strate de forfait, quelle date retenir lorsque la demeure habituelle est installée dans une année civile et la résidence fiscale acquise dans la suivante ? | Bail ou acte d'acquisition daté ; contrats d'abonnement et premières factures ; décompte de présence de l'année d'installation ; pièces de la vie quotidienne italienne datées |
| Choix de la voie de règlement d'un conflit de résidence | Procédure amiable de l'article 26, avec son délai de six mois et sans arbitrage, ou procédure de la directive (UE) 2017/1852, avec trois ans et un arbitrage mais qui met fin à toute autre procédure ? Le choix doit être fait avant, pas après. | L'avis d'imposition ou l'acte constatant la seconde imposition, avec sa date de notification ou de perception à la source ; les impositions établies dans les deux États ; les certificats de résidence fiscale ; la chronologie complète des notifications |
| Imputabilité du prélèvement de solidarité et de la CFA | L'Agenzia admet-elle en crédit d'impôt, au titre de l'article 165 du TUIR, le prélèvement de solidarité de l'article 235 ter du CGI et la contribution de financement de l'autonomie créée en 2026, alors que sa risposta n. 161/2018 raisonnait sur la configuration antérieure à 2019 ? | Les avis d'imposition français détaillant la ventilation des prélèvements sociaux ligne par ligne ; les déclarations italiennes avec le quadro CE ; le calcul du plafonnement au prorata des revenus étrangers |
| Taux réduit de 7,5 % et formulaire S1 | Le titulaire d'un S1 délivré par une caisse française est-il, pour l'application du I ter des articles L. 136-6 et L. 136-7 du CSS, à la charge d'un régime obligatoire français ? Existe-t-il une position administrative visant nommément le S1 ? | Le formulaire S1 et son accusé de dépôt auprès de l'ASL ; l'attestation d'affiliation italienne ; les avis d'imposition portant les prélèvements sociaux sur les revenus fonciers français |
| Agrément italien du PER français (point 16 du Protocole) | Les autorités italiennes compétentes acceptent-elles l'agrément français d'un plan d'épargne retraite, de sorte que les versements soient traités comme des cotisations à une institution italienne reconnue ? | Le contrat PER et l'attestation d'agrément de l'organisme ; l'historique des versements ; le calcul du plafond italien de déduction de la retraite complémentaire pour l'exercice concerné |
| Droit de séjour du partenaire pacsé | Le droit italien assimile-t-il le PACS français à une union enregistrée au sens de l'article 2, lettre b), n. 2, du D.Lgs. 30/2007, compte tenu de la loi n. 76/2016 ? À défaut, quelles pièces le régime facilité de l'article 3, comma 2, lettre b), exige-t-il ? | Le certificat de PACS et sa traduction assermentée ; les preuves de la relation stable dûment attestée ; les justificatifs de ressources et d'assurance maladie des deux partenaires |
Trois précisions de méthode, pour finir, qui valent au-delà de ce chapitre. La première : toute règle italienne citée ici porte sa date de vérification, et le dossier italien connaît en ce moment une cadence normative exceptionnelle — une loi de finances, un décret-loi de mars 2026, quatre testi unicide recodification. Une lecture postérieure de plus de quelques mois doit rouvrir les sources. La deuxième : nous ne mettons entre guillemets que ce que nous avons sous les yeux ; ce qui est paraphrasé est signalé comme tel, et ce que nous n’avons pas lu n’est pas cité. La troisième : nous ne concluons pas à l’absence. Là où nous n’avons rien trouvé, nous écrivons que les sources consultées à telle date ne mentionnent pas — pas qu’il n’existe rien.
Faire arbitrer la date de départ avant de signer, pas après la première déclaration
Nous instruisons un projet italien dans l'ordre où les deux administrations le liront : décompte des jours au calendrier réel, demeure habituelle et domicile au sens italien, foyer et centre des intérêts économiques au sens de l'article 4 B, puis départage conventionnel et obligations déclenchées de part et d'autre. Sur les points de qualification franco-italiens, sur l'option pour un régime de faveur et sur tout conflit de résidence, la mise en relation avec des avocats fiscalistes français et des dottori commercialisti italiens fait partie de l'accompagnement.
06. S'installer : formalités, délais et coûts réels
Vous avez arbitré le régime, choisi la région, peut-être signé un compromis. Reste la question que personne ne vous pose et à laquelle personne ne répond : par quoi commence-t-on, et dans quel ordre ? La réponse déçoit, parce qu’elle est administrative et qu’elle ne se négocie pas. Il vous faut un numéro fiscal italien avant presque tout le reste, ce numéro exige votre présence physique à un guichet en Italie, et le consulat d’Italie à Paris ne vous le délivrera pas avant votre départ. C’est le premier goulot d’étranglement du projet, il est parfaitement documenté, et il fait perdre plusieurs semaines à ceux qui ont lu l’inverse sur un forum.
Ce chapitre décrit la chaîne complète : ce qui est obligatoire pour un ressortissant de l’Union et ce qui ne l’est pas, l’inscription à l’anagrafe, le codice fiscale, la tessera sanitaria, le compte bancaire, le sort des membres du foyer qui ne sont pas européens, les trois visas ouverts aux non-Européens, et le coût réel de la première année poste par poste — y compris les postes que le dossier documentaire de ce guide ne permet pas de chiffrer, et qui sont dits comme tels.
Une précision de méthode commande tout ce qui suit, et elle vaut pour le guide entier. Les règles décrites ici sont celles en vigueur jusqu’au 31 décembre 2026. Au 1er janvier 2027, le TUIR — le testo unico delle imposte sui redditi, D.P.R. 917/1986, articles 1 à 191 — est abrogé par l’article 376, comma 1, lettre e), du D.Lgs. 19 giugno 2026, n. 117(GU Serie Generale n. 152 du 3 juillet 2026, Supplemento Ordinario n. 26/L), dont l’article 377 fixe l’application au 1erjanvier 2027. Les règles de fond sont reprises ; la numérotation change. Bonne nouvelle pour ce chapitre : l’article 2, celui qui définit la résidence des personnes physiques, garde son numéro dans le nouveau texte unique. Ce n’est pas le cas de tous, et chaque fois qu’une référence compte pour vous après cette date, elle est donnée ici sous ses deux formes.
Deuxième précision, plus lourde. L’installation administrative n’est pas un préalable neutre à la fiscalité : elle en fait partie. L’inscription à l’anagrafeest l’un des quatre critères de résidence fiscale italienne. La date à laquelle vous établissez votre demeure habituelle en Italie détermine le montant du forfait des neo residentisi vous l’envisagez. Et la date à laquelle vous posez vos valises décide, au jour près, de l’année où l’Italie vous imposera sur vos revenus mondiaux. On ne peut donc pas traiter ce chapitre comme une liste de courses.
Trois calendriers italiens, et celui qui coûte le plus cher n’est pas celui que vous croyez
Le droit italien manie trois notions de temps qui portent le même mot et ne désignent pas la même chose. Les confondre est l’erreur la plus fréquente du corpus francophone sur l’Italie, et c’est aussi la plus chère.
| Notion | Texte | Ce qu'elle commande | Ce qu'elle ne commande pas |
|---|---|---|---|
| Résidence civile | Article 43 du code civil italien — la demeure habituelle | La strate du forfait des neo residenti applicable à votre option, par renvoi exprès du D.L. 113/2024, art. 2, comma 2, et de la L. 199/2025, art. 1, comma 26 | Votre résidence fiscale, qui obéit à l'article 2 du TUIR et compte quatre critères dont celui-ci n'est qu'un |
| Résidence fiscale | Article 2, comma 2, du TUIR — article 2 du D.Lgs. 117/2026 à compter du 1er janvier 2027 | L'imposition mondiale en Italie ; l'entrée dans le régime des impatriés ; l'interdiction de cumul du D.L. 27 marzo 2026, n. 38, converti avec modifications par la L. 22 maggio 2026, n. 88, dont l'article 2, comma 2, s'applique « nei confronti dei soggetti che trasferiscono la residenza fiscale in Italia a decorrere dal periodo d'imposta 2027 » | La strate du forfait, qui se détermine par la résidence civile |
| Période d'imposition | L'année civile | L'abrogation du TUIR au 1er janvier 2027 et l'application du nouveau texte unique, y compris aux personnes déjà entrées dans un régime | Rien de ce qui précède : elle est le cadre, pas le critère |
Deux règles voisines, adoptées à dix-huit mois d’intervalle sur le même dispositif, retiennent deux notions de résidence différentes. Ce décalage n’est pas une coquette subtilité de juriste : il vaut 100 000 € par an.
La strate de forfait se détermine par la résidence civile, pas par la résidence fiscale
Les deux textes qui ont relevé le forfait visent expressément la résidence de l’article 43 du code civil italien— la demeure habituelle —, et non la résidence fiscale de l’article 2 du TUIR. L’interdiction de cumul avec le régime des impatriés, à l’inverse, se détermine par référence à la résidence fiscale. Un contribuable qui établit sa demeure habituelle en Italie en novembre 2025 mais n’y devient résident fiscal qu’en 2026 relève du forfait à 200 000 € et non à 300 000 €.
Le décalage se plaide ; il n’est tranché par aucune prise de position administrative. Ne pas le présenter comme acquis, mais ne pas l’ignorer : l’enjeu est de 100 000 € par an sur une option pouvant courir quinze ans, soit 1,5 M€. Concrètement, la date à laquelle vous emménagez réellement, celle à laquelle vous résiliez votre bail français, celle du transfert de vos meubles et celle de votre inscription communale forment un faisceau qu’il faut documenter au moment où il se produit, et pas trois ans plus tard devant un vérificateur.
Le second calendrier, celui de la résidence fiscale, obéit à une arithmétique brutale. Depuis le 1erjanvier 2024, quatre critères alternatifs — un seul suffit — sont appréciés sur « la maggior parte del periodo d’imposta » : la residenza au sens du code civil, le domicilio au sens autonome que le TUIR se donne à lui-même, la présence physiquesur le territoire, et l’inscription à l’anagrafe de la population résidente. Le seuil est de 183 joursen année ordinaire, 184 en année bissextile. Le texte précise « considerando anche le frazioni di giorno » : une fraction de journée compte pour un jour entier. L’Agenzia delle Entrate en donne l’illustration dans sa circolare 20/E du 4 novembre 2024, page 13 : un vol atterrissant à 23 h 00 le 1erjuillet et un départ à 01 h 00 le 31 décembre totalisent 184 jours.
D’où le calendrier suivant, qu’il faut lire au jour et non au mois. La plupart des pages francophones conseillent d’arriver « après le 1erjuillet ». Ce conseil fait tomber dans le piège qu’il prétend éviter.
| Année | Seuil | Arrivée le 1er juillet | Arrivée le 2 juillet | Arrivée le 3 juillet |
|---|---|---|---|---|
| Ordinaire (2026, 2027) | 183 jours | 184 j → résident | 183 j → résident | 182 j → non résident |
| Bissextile (2028) | 184 jours | 184 j → résident | 183 j → non résident | 182 j → non résident |
Pour ne pasdevenir résident d’Italie par la seule présence physique l’année de l’installation, il faut arriver au plus tôt le 3 juillet en année ordinaire, au plus tôt le 2 juilleten année bissextile. Le raisonnement symétrique vaut au départ d’Italie : rester jusqu’au 2 juillet inclus en année ordinaire fait 183 jours, donc résident. Cette lecture ne vaut évidemment que si aucun des trois autres critères — residenza civile, domicilio, inscription anagraphique — n’est rempli sur la majeure partie de l’année, et elle ne préjuge pas de l’issue du tie-breaker conventionnel, traité au chapitre 10.
L'Italie ne pratique pas le split year avec la France
On est résident italien pour l’année entière ou pas du tout. La circolare 20/E, page 22, n’identifie de clause conventionnelle de fractionnement de la période d’imposition qu’avec l’Allemagne, la Suisse et le Panama. La France n’y est pas, et la convention franco-italienne du 5 octobre 1989 ne comporte pas de clause de fractionnement à son article 4.
La France, elle, pratique de son côté un fractionnement de l’année du transfert de domicile, sur le fondement de l’article 167, 1, du CGI, avec la doctrine BOI-IR-DOMIC-20, version du 25 juin 2014, § 80 et suivants. L’asymétrie est structurelle : c’est elle qui rend l’année du déménagement dangereuse, et c’est le sujet du chapitre 11.
Troisième calendrier, et il pèse sur le chiffre central du guide. Le montant du forfait des neo residentidépend de la date de transfert de la résidence civile : 100 000 € jusqu’au 10 août 2024 inclus, 200 000 € pour les transferts intervenus à compter du 11 août 2024 et jusqu’au 31 décembre 2025, 300 000 € à compter du 1erjanvier 2026, le montant par membre de la famille associé passant de 25 000 à 50 000 € au même jour et pas avant. Chaque optant conserve le montant en vigueur lors de son entrée dans le régime. Le chapitre 02 traite le dispositif au fond ; ce qui relève de celui-ci, c’est que le calendrier de votre déménagement est, pour cette clientèle, un paramètre de structuration à 100 000 € l’année.
Réserve à porter chaque fois que le montant d'entrée du forfait est évoqué
Le maintien du montant d’entrée au-delà du 1er janvier 2027 est la lecture attendue, mais aucun texte ne l’écrit. Les deux clauses transitoires qui figent ce montant ne sont pas abrogées, mais elles sont adossées à un article du TUIR abrogé à cette date, tandis que le nouveau texte unique ne reprend aucune clause de sauvegarde.
Ce que cela signifie pour votre calendrier d’installation : le gain qu’un transfert de résidence civile antérieur au 1erjanvier 2026 était censé cristalliser n’est pas garanti au-delà du 1erjanvier 2027. Il est probable. Il n’est pas écrit. Un D.Lgs. correttivo ou la première circolared’application du texte unique trancheront ; jusque-là, aucun engagement irréversible ne devrait être pris sur la seule foi de cette cristallisation.
Les trois premiers mois : aucune formalité, et c’est précisément le piège
Le droit de séjour d’un ressortissant français en Italie est régi par le décret législatif du 6 février 2007, n. 30, qui transpose la directive 2004/38/CE. Son article 6, comma 1, est d’une simplicité désarmante :
D.Lgs. 30/2007, article 6, comma 1
« I cittadini dell’Unione hanno il diritto di soggiornare nel territorio nazionale per un periodo non superiore a tre mesi senza alcuna condizione o formalita’, salvo il possesso di un documento d’identita’ valido per l’espatrio secondo la legislazione dello Stato di cui hanno la cittadinanza. »
Le comma 2 étend ce droit aux membres de la famille non ressortissants d’un État membre qui accompagnent ou rejoignent le citoyen de l’Union, munis d’un passeport en cours de validité.
Trois mois sans condition ni formalité, avec une carte d’identité valable pour l’expatriation. Le piège tient à ceci : le droit de circulation et la résidence fiscale sont deux ordres juridiques sans point de contact. Pendant que vous ne devez rien à la commune, l’article 2 du TUIR, lui, compte vos jours depuis le premier. Un lecteur qui passe le printemps et l’été dans sa maison des Marches, sans aucune démarche administrative, sans y avoir sa famille et sans y avoir déplacé quoi que ce soit, peut être résident fiscal italien pour l’année entière par la seule présence physique. La circolare 20/E donne l’exemple sans détour : passer en Italie la majeure partie de l’année en vacances, pour études, ou pour rendre visite à des amis ou parents suffit.
Le tempérament existe, il est étroit : sont écartées les situations où la présence est « meramente temporanea od occasionale », l’exemple donné par l’administration étant l’escale aérienne en correspondance vers un pays tiers (circolare 20/E, page 14). Une villégiature de sept mois n’entre pas dans cette catégorie.
Au-delà de trois mois : les quatre portes de l’article 7
Passé le troisième mois, le séjour cesse d’être inconditionnel. L’article 7, comma 1, du D.Lgs. 30/2007 ouvre quatre voies, et il faut relever de l’une d’elles :
D.Lgs. 30/2007, article 7, comma 1 (extraits)
« 1. Il cittadino dell’Unione ha diritto di soggiornare nel territorio nazionale per un periodo superiore a tre mesi quando : a) e’ lavoratore subordinato o autonomo nello Stato ; b) dispone per se’ stesso e per i propri familiari di risorse economiche sufficienti, per non diventare un onere a carico dell’assistenza sociale dello Stato durante il periodo di soggiorno, e di un’assicurazione sanitaria o di altro titolo idoneo comunque denominato che copra tutti i rischi nel territorio nazionale ; […] d) e’ familiare, come definito dall’articolo 2, che accompagna o raggiunge un cittadino dell’Unione che ha diritto di soggiornare ai sensi delle lettere a), b) o c). »
La lettre c) vise l’étudiant inscrit dans un établissement reconnu, avec ressources suffisantes et assurance maladie. Le comma 3 organise la conservation de la qualité de travailleur en cas d’incapacité temporaire, de chômage involontaire ou de formation professionnelle.
Le retraité français relève de la lettre b), et c’est le cas le plus fréquent de notre clientèle. Deux conditions, cumulatives : des ressources suffisantes pour ne pas devenir une charge pour l’assistance sociale, et une assurance maladie ou tout autre titre couvrant tous les risquessur le territoire national. Retenez la seconde : elle est la source du blocage le plus fréquent de tout ce chapitre, et nous y revenons.
Le dirigeant qui vient exercer une activité relève de la lettre a) et n’a, sur ce plan, aucune difficulté : la documentation de l’activité suffit. Le lecteur qui vit de ses revenus de capitaux sans percevoir encore de pension relève de la lettre b), avec un dossier de ressources à construire — et c’est là que le décret devient plus intelligent qu’on ne le croit.
L’inscription à l’anagrafe : la formalité qui décide de tout le reste
L’anagrafe della popolazione residenteest le registre communal de la population résidente. S’y inscrire, c’est déclarer à la commune que l’on y a sa demeure. L’article 9 du D.Lgs. 30/2007 renvoie, pour la procédure, à la loi du 24 décembre 1954, n. 1228 et au règlement anagraphique du d.P.R. du 30 mai 1989, n. 223, puis ajoute au comma 2 la règle propre aux citoyens de l’Union :
Un mot d’architecture avant d’entrer dans le détail, parce qu’il dissipe une confusion tenace. Beaucoup de lecteurs cherchent leur « permis de séjour » italien et ne le trouvent pas. C’est normal : le D.Lgs. 30/2007 n’organise, pour le citoyen de l’Union, qu’une inscription communaleet l’attestation qui en découle, à son article 9. Le titre de séjour proprement dit — la carta di soggiorno de l’article 10, délivrée par la Questura — y est réservé aux membres de la famille non ressortissants d’un État membre. Le droit de séjour permanent de l’article 14 donne lieu, lui, à une attestation. Votre document de référence en Italie sera donc une attestation communale, pas une carte de séjour, et c’est elle que les guichets en aval vous demanderont.
D.Lgs. 30/2007, article 9, comma 2
« Fermo quanto previsto dal comma 1, l’iscrizione e’ comunque richiesta trascorsi tre mesi dall’ingresso ed e’ rilasciata immediatamente una attestazione contenente l’indicazione del nome e della dimora del richiedente, nonche’ la data della richiesta. »
Autrement dit : l’inscription est demandée une fois les trois mois écoulés, et la commune délivre immédiatement une attestation qui porte votre nom, votre adresse et la date de la demande. Cette attestation de demande est le premier document opposable que vous obtiendrez en Italie, et elle est demandée par plusieurs administrations en aval.
Les pièces sont énumérées au comma 3, et elles épousent les quatre portes de l’article 7. Lettre a) : la documentation attestant l’activité de travail, salariée ou indépendante. Lettre b) : la disponibilité de ressources économiques suffisantes pour soi et sa famille, selon les critères de l’article 29, comma 3, lettre b), du D.Lgs. du 25 juillet 1998, n. 286, ainsi que la titularité d’une assurance maladie ou d’un autre titre couvrant tous les risques sur le territoire national. Lettre c) : pour l’étudiant, inscription à l’établissement, assurance et ressources.
Le renvoi de la lettre b) conduit à un barème. L’article 29, comma 3, lettre b), du D.Lgs. 286/1998 exige « un reddito minimo annuo derivante da fonti lecite non inferiore all’importo annuo dell’assegno sociale aumentato della metà dell’importo dell’assegno sociale per ogni familiare da ricongiungere ». Le texte poursuit, et la suite compte : pour le regroupement de deux enfants ou plus âgés de moins de quatorze ans, un revenu au moins égal au doubledu montant annuel de l’assegno socialeest exigé en tout état de cause ; et pour la détermination du revenu, il est tenu compte du revenu annuel global des membres de la famille cohabitant avec le demandeur. Les revenus du couple s’additionnent.
| Composition | Seuil annuel de ressources | Calcul |
|---|---|---|
| Demandeur seul | 7 101,12 € | 546,24 € × 13 mensualités (assegno sociale 2026) |
| + 1 membre de la famille | 10 651,68 € | 7 101,12 € + la moitié, soit 3 550,56 € |
| + 2 membres de la famille | 14 202,24 € | 7 101,12 € + deux fois 3 550,56 € |
| Deux enfants ou plus de moins de 14 ans | 14 202,24 € au minimum | Double de l'assegno sociale annuel, en tout état de cause |
Une réserve sur le chiffre de base. Deux valeurs d’assegno socialecirculent pour 2026 : 538,69 € et 546,24 € par mois. L’écart entre les deux est de 1,4 %, soit exactement l’ordre de grandeur d’une revalorisation annuelle : ce sont vraisemblablement deux millésimes différents, non deux lectures d’une même année. Nous retenons 546,24 € pour 2026, en citant la circolare INPS n. 153 du 19 décembre 2025, laquelle établit par ailleurs sur source primaire que le décret interministériel du 19 novembre 2025 fixe la revalorisation des pensions à +1,4 % à compter du 1er janvier 2026.
Le barème n'est pas un seuil rigide, et c'est le comma 3-bis qui le dit
« Ai fini della verifica della sussistenza del requisito della disponibilita’ delle risorse economiche sufficienti al soggiorno, di cui al comma 3, lettere b) e c), deve, in ogni caso, essere valutata la situazione complessiva personale dell’interessato, con particolare riguardo alle spese afferenti all’alloggio, sia esso in locazione, in comodato, di proprieta’ o detenuto in base a un altro diritto soggettivo. »
L’appréciation est globale et personnalisée, et elle tient compte du coût du logement et de son mode de détention. Un propriétaire sans loyer à payer est mieux placé qu’un locataire à revenus égaux. C’est un argument à faire valoir, avec pièces, au guichet communal — pas une pétition de principe.
Le comma 4 ajoute que la preuve des ressources peut être apportée par déclaration, au sens des articles 46 et 47 du d.P.R. du 28 décembre 2000, n. 445 — l’autocertificazione. Ce n’est pas une invitation à l’approximation : c’est une déclaration engageant son auteur, contrôlable, et il vaut mieux la remettre accompagnée des relevés qu’elle résume.
Deux commi de l’article 9 traitent la famille. Le comma 5 énumère les pièces des membres de la famille dépourvus de droit de séjour autonome : pièce d’identité ou passeport en cours de validité, document délivré par l’autorité compétente du pays d’origine ou de provenance attestant la qualité de membre de la famille — et, si cela est demandé, de membre à charge, de membre du noyau familial, ou de membre affecté de graves problèmes de santé requérant l’assistance personnelle du citoyen de l’Union —, et l’attestation de la demande d’inscription anagraphique du citoyen de l’Union. Le comma 7 précise que les demandes d’inscription anagraphique des membres de la famille non ressortissants d’un État membre sont transmises par les communes à la Questuraterritorialement compétente. Votre dossier communal alimente donc un second dossier, préfectoral, sur lequel vous n’avez pas la main.
La déclaration de transfert dans les vingt jours, et l’amende que personne ne mentionne
L’article 13, comma 1, lettre a), et comma 2, du d.P.R. 223/1989 oblige à déclarer le transfert de résidence depuis ou vers l’étranger dans les vingt jours. La sanction a été relevée par l’article 1, comma 242, de la loi du 30 décembre 2023, n. 213, modifiant l’article 11 de la loi n. 1228 de 1954 : une sanction administrative pécuniaire de 200 à 1 000 € pour chaque année où l’omission perdure. Le même article ménage une porte de sortie que le corpus francophone ne mentionne pas davantage : la sanction est réduite au dixième du minimum, soit 20 €, lorsque la déclaration est présentée avec un retard n’excédant pas quatre-vingt-dix jours, et à la double condition que la violation n’ait pas déjà été constatée et qu’aucune activité de contrôle n’ait été engagée. Entre le quatre-vingt-dixième jour et le premier courrier de la commune, l’écart est donc de un à cinquante.
La note 1, page 7, de la circolare 20/E vise « L’omissione dei richiamati adempimenti », au pluriel : l’omission de l’une ou l’autre des deux formalités — déclaration anagraphique dans les vingt jours, déclaration consulaire AIRE dans les quatre-vingt-dix jours — est sanctionnée. La seconde ne vous concerne que si vous êtes de nationalité italienne, et nous y venons.
Binationaux franco-italiens : l'AIRE, dans les deux sens
L’Anagrafe degli Italiani Residenti all’Estero est le registre des ressortissants italiensrésidant à l’étranger. Elle ne concerne pas un ressortissant français qui s’installe en Italie. Elle concerne le binational franco-italien, l’Italien résidant en France, et l’Italien qui quitte l’Italie. L’article 6, commi 1 et 4, de la loi du 27 octobre 1988, n. 470 impose au citoyen italien qui transfère sa résidence d’une commune italienne vers l’étranger d’en faire déclaration au poste consulaire dans les quatre-vingt-dix jours, en précisant les membres de la famille de nationalité italienne visés par la déclaration.
Deux canaux de renseignement ont été ajoutés par l’article 1, comma 243, de la loi n. 213 de 2023, qui insère dans l’article 6 de la loi n. 470 les commi 9-ter et 9-quater. Le 9-ter : les administrations publiques qui recueillent, dans l’exercice de leurs fonctions, des éléments indiquant la résidence de fait à l’étranger d’un citoyen italien les communiquent à la commune d’inscription anagraphique et au poste consulaire. Le 9-quater : les communes communiquent à l’Agenzia delle Entrateles inscriptions et radiations d’office effectuées à l’AIRE, aux fins des contrôles fiscaux. C’est un canal automatique, récent, et il fonctionne dans le sens du retour comme dans celui du départ.
Et l’AIRE ne protège pas. La circolare 20/E, pages 10 et 11, donne l’exemple de la personne inscrite à l’AIRE qui commence à travailler à l’étranger mais garde à sa disposition, à quelque titre que ce soit, un logement en Italie avec les abonnements actifs, y rentre les week-ends et y passe des périodes de congé : l’administration indique que ces circonstances peuvent constituer des éléments symptomatiques du maintien d’un lien étroit et donner lieu à la configuration du domicile en Italie.
Ce que l’inscription vous ouvre, et ce qu’elle déclenche
Commençons par ce qu’elle n’est pas. L’inscription à l’anagrafen’est pasun préalable à l’achat immobilier. On achète en Italie en restant résident de France, et ce point est inversé dans une bonne part du corpus francophone. En revanche, elle conditionne trois avantages qui pèsent lourd : l’exonération d’IMU sur l’abitazione principale, le taux majoré des bonus travaux, et le bénéfice prima casasur les droits de mutation lorsque vous choisissez de fonder ce bénéfice sur la résidence plutôt que sur l’exercice d’une activité dans la commune. Ces trois régimes sont traités au chapitre 16.
Une distinction coûteuse mérite d’être posée ici parce qu’elle se décide au moment de l’installation. Le bénéfice prima casa exige la résidence dans la commune, dans les dix-huit mois ; l’exonération d’IMU exige la résidence anagraphique et la demeure habituelle dans le logement lui-même. On peut donc acheter à 2 % en prima casa et payer l’IMU plein tarif, comme une seconda casa, même sans posséder aucun autre logement. Le choix de l’adresse déclarée à la commune n’est pas anodin.
Deux conjoints, deux logements, deux exonérations d'IMU — y compris dans deux États
Depuis la sentenza n. 209 du 13 octobre 2022de la Cour constitutionnelle, l’abitazione principaleau sens de l’IMU se définit par la demeure habituelle et la résidence anagraphique du seul propriétaire, sans considération du reste du foyer. Deux conjoints — ou partenaires d’union civile — qui demeurent effectivement et sont inscrits à l’anagrafe dans deux logements distincts, même commune ou communes différentes, y compris dans deux États, bénéficient chacunde l’exonération sur le sien. La Cour précise en revanche que, lorsque le couple a la même demeure habituelle, l’exonération ne joue qu’une fois.
Le schéma d’installation progressive — l’un s’installe, l’autre reste encore une année en France — est donc exactement celui que l’arrêt protège. La page du ministère de l’Économie et des Finances italien reproduisait encore, au 30 juillet 2026, la rédaction antérieure du texte : ne pas s’y fier sur ce point.
Venons-en à ce que l’inscription déclenche. Jusqu’à la période d’imposition 2023 incluse, l’inscription à l’anagrafe valait présomption absolue de résidence fiscale italienne, qui ne pouvait être écartée que par les tie-breaker rulesconventionnelles. Depuis la période d’imposition 2024, le texte dit « salvo prova contraria » : la présomption est devenue relative. Il ne faut pas y voir une facilité. La circolare 20/E, page 16, précise que le contribuable doit établir, sur la base d’éléments objectivement vérifiables, que sur la majeure partie de la période d’imposition aucundes critères alternatifs autres que l’anagrafen’était rempli : ni residenza civilistica, ni domicilio, ni présence physique. La preuve contraire est cumulative et négative sur trois branches. C’est un adoucissement de principe, pas une porte de sortie commode.
Une nuance sur la présomption antérieure à 2024, si vous visez un régime de faveur
L’Agenzia considère, au § 2.4 de sa circolare 20/E, que la présomption anagraphique antérieure à 2024 est absolue pour l’accès aux régimes des articles 24-bis et 24-ter, alors qu’elle est tempérée par le comma 6 de l’article 5 du décret pour le régime des impatriés. Cette position doit être maniée avec prudence, la même circolare rappelant par ailleurs que le critère anagraphique cède devant les tie-breaker rules conventionnelles.
Pourquoi cela vous concerne au moment de l’installation : l’accès au forfait suppose de ne pas avoir été résident d’Italie pendant au moins neuf des dix périodes d’imposition précédentes. Si vous avez été inscrit à l’anagrafed’une commune italienne au cours de cette fenêtre — une inscription ancienne, oubliée, jamais radiée après un séjour d’études ou une expatriation professionnelle —, la question de savoir si cette inscription vous ferme l’accès au régime se pose, et la circolare ne la referme pas complètement. Faites reconstituer votre historique d’inscription anagraphique auprès des communes concernées avant de construire un projet sur le forfait, et demandez à un dottore commercialistaquelle attestation communale fait foi de la période de radiation : c’est une pièce qui se réclame en amont, pas pendant un contrôle.
Un dernier point, et il ferme une illusion répandue : la vérification de la résidence suppose un constat factuel et ne peut pas faire l’objet d’un interpello. L’Agenzia rappelle aux pages 3 et 4 de la circolare 20/E que les demandes de rescrit portant sur la résidence sont irrecevables. On ne fait pas valider sa résidence italienne par l’administration italienne. On la documente.
Après cinq ans : le séjour permanent
L’article 14, comma 1, du D.Lgs. 30/2007 accorde au citoyen de l’Union qui a séjourné légalement et de manière continue pendant cinq anssur le territoire national un droit de séjour permanent, non subordonné aux conditions des articles 7, 11, 12 et 13. Le membre de la famille non ressortissant d’un État membre l’acquiert dans les mêmes conditions de durée, à condition d’avoir séjourné avec le citoyen de l’Union.
La continuité se mesure au comma 3 : ne sont pas préjudiciables les absences ne dépassant pas globalement six mois par an, ni les absences plus longues pour obligations militaires, ni les absences jusqu’à douze mois consécutifspour motifs importants tels que grossesse et maternité, maladie grave, études ou formation professionnelle, ou détachement professionnel dans un autre État membre ou dans un pays tiers. Le comma 4 est le plus utile à connaître pour un projet réversible : le droit de séjour permanent se perd en cas d’absence du territoire national de plus de deux années consécutives. Un aller-retour France-Italie de dix-huit mois ne l’éteint pas ; un retour définitif de vingt-cinq mois, si.
Le codice fiscale : le premier goulot d’étranglement, et l’erreur la plus coûteuse
Le codice fiscaleest l’identifiant fiscal individuel italien. Il précède presque tout : ouvrir un compte bancaire, signer un bail, souscrire une assurance, s’inscrire au service sanitaire, acheter un bien immobilier, immatriculer un véhicule. Il ne crée aucune résidence fiscale : c’est un numéro d’identification, pas un statut. Des millions de non-résidents en détiennent un.
Pour un ressortissant français, il se demande au moyen du modèle AA4/8auprès d’un bureau territorial de l’Agenzia delle Entrate, sur rendez-vous, avec motivation de la demande et pièce d’identité en cours de validité — passeport ou carte d’identité valable pour l’expatriation. Pour une première attribution à un citoyen de l’Union, la présence physique au guichet est obligatoire. Les ressortissants hors Union relèvent d’un autre circuit : le Sportello unico per l’immigrazione en préfecture pour les permis de travail salarié et le regroupement familial, ou la Questura pour les autres types de permis de séjour.
Le consulat d'Italie à Paris ne délivre pas le codice fiscale aux Français
C’est l’erreur opérationnelle la plus répandue du dossier, et elle coûte plusieurs semaines. La page « Codice fiscale » du Consolato Generale d’Italia a Parigi, rubrique Servizi per il cittadino straniero, consultée le 30 juillet 2026, renvoie expressément les citoyens de l’Union — donc les Français — à présenter le modèle AA4/8 à un bureau territorial de l’Agenzia delle Entrate. Le canal consulaire par courriel, avec un délai de délivrance de trente jours, est réservé à des catégories résiduelles.
La règle générale existe pourtant : l’Agenzia indique que les citoyens résidant à l’étranger peuvent demander l’attribution du codice fiscaleà la représentation diplomatique et consulaire italienne du pays de résidence. Le consulat de Paris ne l’ouvre simplement pas aux Français. Les pages consulaires d’autres pays le font : c’est ce qui explique la quantité de témoignages contradictoires en ligne.
Deux contournements praticables. Mandater un représentant en Italie — notaire, dottore commercialista— muni d’une procuration, ce que l’Agenzia admet pour l’achat immobilier et l’exercice d’une activité économique ou financière ; ou obtenir le numéro par le canal automatique lorsqu’il existe, le portail UNIVERSITALY pour les étudiants en étant l’exemple.
Conséquence pratique sur l’enchaînement. Si vous achetez avant de vous installer, votre notaire italien règle le sujet par procuration et vous arrivez avec un numéro. Si vous louez d’abord, prévoyez le rendez-vous au bureau territorial dans les tout premiers jours : le bail, le compteur électrique, le compte bancaire et l’inscription communale en dépendent, et chacun de ces guichets vous renverra au précédent tant que le numéro n’existe pas.
Sur le coût, nous préférons ne rien affirmer. Les pages de l’Agenzia consultées le 30 juillet 2026 pour établir cette procédure — « Il Codice Fiscale » et « Modello e istruzioni AA4/8 » — ne fondent, dans notre dossier documentaire, aucun montant de droit à acquitter. Nous ne publions donc pas de chiffre : demandez-le au bureau territorial en prenant le rendez-vous.
La tessera sanitaria : le poste où les montants varient d’un facteur cinq d’une province à l’autre
L’architecture italienne se lit en trois lettres. L’INPSgère maladie et maternité en indemnités, retraites, chômage et prestations familiales ; l’INAIL les accidents du travail et maladies professionnelles ; le SSN, le Servizio Sanitario Nazionale, les soins, mais il est géré au niveau régional par les ASL, les aziende sanitarie locali. C’est cette régionalisation qui explique tout ce qui suit, y compris ce qui n’a pas de sens.
L’inscription se fait auprès de l’ASL du lieu de résidence et donne droit à la tessera sanitaria et au choix d’un medico di base. La médecine générale est gratuite ; les consultations spécialisées sont soumises à un ticketplafonné — 36,15 € selon la fiche du CLEISS sur le régime italien de sécurité sociale, dans sa mise à jour 2024 — ; les médicaments sont classés A, C et H avec des participations variables selon les régions. Ce plafond et ce classement proviennent d’une fiche millésimée 2024 et les tickets relèvent des régions : à recontrôler auprès de l’ASL compétente.
Quatre voies d’accès coexistent, et le coût varie de zéro à plus de deux mille euros par an et par personne selon celle dont vous relevez.
| Voie | Qui en relève | Coût | Ce qu'il faut produire |
|---|---|---|---|
| Inscription obligatoire et gratuite | Le ressortissant UE qui exerce en Italie une activité salariée ou indépendante ; le membre de la famille d'un travailleur ou d'un citoyen italien ; le titulaire d'une attestation de séjour permanent ; le chômeur involontaire ayant travaillé en Italie et inscrit au centre pour l'emploi ; le titulaire d'un formulaire européen | 0 € | Contrat de travail ou preuve d'activité, ou l'un des formulaires E106/S1, E109/S1 (ou E37), E120/S1, E121/S1 (ou E33) |
| Les trois premiers mois | Tout ressortissant UE, sauf travailleurs saisonniers | 0 € | Carte européenne d'assurance maladie (TEAM/EHIC) |
| Inscription volontaire, payante | Le ressortissant UE inscrit à l'anagrafe qui ne remplit pas les conditions de l'inscription obligatoire et n'est pas couvert par son État d'origine | 387,34 € ou au minimum 2 000 € selon l'ASL — voir ci-dessous | Inscription anagraphique préalable, déclaration de revenu global de l'année précédente |
| Assurance privée | Toute personne cherchant à satisfaire la condition d'assurance « couvrant tous les risques » de l'article 7 du D.Lgs. 30/2007 | Non chiffrable ici — dépend de l'âge, des antécédents et du niveau de garanties | Le contrat, produit à la commune au soutien de la demande d'inscription anagraphique |
Le troisième cas est celui qui fait perdre du temps et de l’argent, parce que le montant dépend de la province. Voici quatre relevés du 30 juillet 2026, et l’écart n’est pas marginal.
| ASL et région | Montant appliqué aux ressortissants de l'Union |
|---|---|
| ASL CN2 (Piémont) | 387,34 €, « valido per l'anno solare non frazionabile » |
| ATS Brianza (Lombardie) | 2 000 € minimum ; 700 € étudiants, 1 200 € au pair |
| AUSL Parma (Émilie-Romagne) | 2 000 € minimum, structure de calcul identique pour les comunitari |
| USL Toscana Sud Est | 2 000 € minimum, appliqué explicitement aux comunitari |
Ne lisez pas ce tableau comme une fourchette dont vous choisiriez le bas. Sur les quatre relevés, trois appliquent le plancher de 2 000 € : c’est la pratique dominante, et c’est l’hypothèse à retenir tant que l’ASL de votre commune ne vous a pas répondu le contraire par écrit. Une seule affiche encore 387,34 €. L’écart est de 1 613 € par an et par personne, soit 3 226 € pour un couple, sur un poste que la plupart des budgets d’installation ne font pas figurer du tout.
L’origine de la divergence est identifiée, et ce n’est pas un flottement administratif. Le plancher de 2 000 € figure à l’article 34, comma 3, du D.Lgs. du 25 juillet 1998, n. 286, le testo unicode l’immigration : la contribution annuelle y est fixée par décret ministériel et « non può essere inferiore a euro 2.000 annui ». Le comma 5 pose des planchers spécifiques de 700 € pour les étudiants et de 1 200 € pour le placement au pair. Mais l’article 1 du même décret dispose, à son comma 2, que « Il presente testo unico non si applica ai cittadini degli Stati membri dell’Unione europea, salvo quanto previsto dalle norme di attuazione dell’ordinamento comunitario ». Le plancher est donc posé par un texte qui exclut de son champ les citoyens de l’Union. Leur inscription volontaire repose sur un renvoi opéré par voie de circulaire — la circulaire du ministère de la Santé du 19 février 2008 sur l’assistance sanitaire des citoyens communautaires, que le dossier documentaire de ce guide n’a pas pu ouvrir. Selon que l’ASL fait ou non suivre le renvoi jusqu’au plancher actuel, elle applique 387,34 € ou 2 000 €.
Le barème de calcul est identique dans les relevés qui en publient un : 7,50 % du revenu global jusqu’à 20 658,28 €, puis 4 %sur la fraction jusqu’à 51 645,69 €, avec le plancher applicable. L’ASL CN2, seule des quatre à afficher 387,34 €, n’énonce pas de barème en pourcentage : elle applique une cotisation forfaitaire.
La couverture du conjoint n'est pas comprise dans la vôtre
C’est l’angle mort du poste, et il peut doubler la facture — ou non, selon la composition du foyer. L’article 34, comma 3, du D.Lgs. 286/1998 prévoit l’assurance « mediante iscrizione al servizio sanitario nazionale valida anche per i familiari a carico » : l’inscription volontaire couvre donc les membres de la famille à charge, par une contribution unique, recalculée sur le revenu du foyer et soumise au même plancher de 2 000 € — c’est ce qu’indique AUSL Parma. Le piège est ailleurs, et il est sévère : le conjoint qui dispose de revenus propres n’est pas « a carico », l’inscription du premier ne le couvre pas, et il doit s’inscrire séparément avec sa propre contribution. Et le comma 6 de l’article 34 du D.Lgs. 286/1998 exclut expressément les familiari a caricodes forfaits réduits de 700 € des étudiants et de 1 200 € du placement au pair — le tarif étudiant ne couvre pas la famille de l’étudiant.
Pour un couple sans activité italienne et sans S1 dont chacun des deux membres dispose de revenus propres — aucun n’étant donc « a carico » de l’autre —, dans une ASL au plancher, l’ordre de grandeur est de 4 000 € la première année, et non de 2 000 €. Si l’un des deux est effectivement à la charge de l’autre, une seule contribution est due, plancher de 2 000 € compris. Ce point précis doit être posé à l’ASL compétente, question à la lettre : mon conjoint est-il couvert par mon inscription volontaire, ou doit-il s’inscrire séparément ? Sur quelle assiette ? La réponse conditionne l’arbitrage avec l’assurance privée, et elle varie.
Ce que coûte réellement l'inscription volontaire — et pourquoi le mois d'arrivée compte
HYPOTHÈSE
Revenu global de l'année précédente ................ 45 000 €
Personne seule, ressortissante française, inscrite à
l'anagrafe, sans activité en Italie, sans formulaire S1
CALCUL DANS UNE ASL QUI APPLIQUE LE BAREME
7,50 % sur la première tranche
20 658,28 € x 7,50 % ............................. 1 549,37 €
4 % sur la fraction suivante
(45 000 - 20 658,28) = 24 341,72 € x 4 % ........... 973,67 €
-------------
Contribution annuelle .............................. 2 523,04 €
(superieure au plancher de 2 000 €, donc retenue)
DANS UNE ASL QUI APPLIQUE LE FORFAIT DE 387,34 €
Contribution annuelle ................................ 387,34 €
ECART, A SITUATION IDENTIQUE ....................... 2 135,70 €
EFFET DE CALENDRIER
La contribution est annuelle et NON FRACTIONNABLE,
du 1er janvier au 31 décembre. Une inscription le
15 novembre coûte le même montant qu'une inscription
le 2 janvier, pour un mois et demi de couverture
au lieu de douze mois.Le barème 7,50 % / 4 % et le plancher de 2 000 € sont ceux relevés le 30 juillet 2026 auprès d'ATS Brianza, d'AUSL Parma et d'USL Toscana Sud Est ; le forfait de 387,34 € est celui affiché par l'ASL CN2, qui précise « valido per l'anno solare non frazionabile ». L'arithmétique est refaite ligne à ligne. Le montant applicable à votre dossier dépend de l'ASL de votre commune : c'est la première question à lui poser, avant même de choisir entre inscription volontaire et assurance privée.
La circularité qui bloque le dossier d'un non-actif, et comment on en sort
Le problème se pose exactement dans ces termes. Pour vous inscrire à l’anagrafe au titre de la lettre b) de l’article 7, vous devez produire une assurance maladie couvrant tous les risques. Or l’inscription volontaire au SSN, qui serait cette couverture, suppose d’être déjà inscrit à l’anagrafe— c’est la définition même de la troisième voie dans la fiche de l’ASL CN2. Le retraité muni d’un formulaire S1 échappe à la boucle, parce que son inscription est obligatoire et gratuite. Celui qui n’a ni activité italienne ni pension liquidée n’y échappe pas.
La sortie est la quatrième voie : une assurance privée, souscrite avant la demande communale, qui satisfait la condition de l’article 7 et permet l’inscription anagraphique. L’inscription volontaire au SSN devient alors possible ensuite, et l’arbitrage entre les deux se fait à froid, une fois le dossier communal accepté. Nous ne nommons ici aucun opérateur : la catégorie de solution est une assurance santé au premier euro valable sur le territoire italien, éventuellement un contrat international si vous conservez des séjours prolongés hors d’Italie.
Le retraité français est, sur ce poste, le grand gagnant — et il faut lui dire le prix fiscal de ce gain. La règle européenne est simple : si vous ne percevez pas de pension de votre pays de résidence, il vous faut un formulaire S1délivré par le pays qui verse votre pension. Le retraité français s’installant en Italie sans droits italiens demande donc le S1 à sa CPAM, le dépose à l’ASL de sa commune, et obtient une inscription obligatoire et gratuite : l’ASL CN2 liste explicitement « E121/S1 (o E33) » parmi les titres ouvrant l’inscription obligatoire. Le coût des soins est supporté par la France, qui rembourse l’Italie.
Le S1 est un gain sanitaire et un coût fiscal — la réserve à connaître avant d'arbitrer
Le titulaire d’un formulaire S1 délivré par la France est à la charge d’un régime obligatoire français ; la seconde condition du I ter des articles L. 136-6 et L. 136-7 du code de la sécurité sociale n’est donc pas remplie, et le taux réduit de 7,5 % ne lui est pas ouvert. Cette conclusion est déduite du mécanisme de l’article L. 131-9 du CSS ; aucune source ne l’énonce pour le S1.
Ce que cela veut dire concrètement : le taux réduit de prélèvements sociaux réservé aux non-résidents affiliés à un régime de l’Union, de l’Espace économique européen ou de Suisse suppose deux conditions cumulatives — affiliation à un tel régime etabsence de prise en charge par un régime obligatoire français d’assurance maladie. Le S1 fait échouer la seconde. Si vous détenez des revenus fonciers français significatifs, l’écart entre 7,5 % et 17,2 % sur ces revenus peut dépasser le coût d’une inscription volontaire au SSN, voire d’une assurance privée. Cet arbitrage se chiffre. Il est traité aux chapitres 13 et 26, et il ne se décide pas au guichet de la CPAM.
Un mot sur les anciens frontaliers, parce que la question revient. Le portail européen « L’Europe est à vous » mentionne un maintien d’accès aux soins dans l’ancien pays d’emploi pour les retraités ayant eu un statut transfrontalier au moins deux ans, dans une liste d’États. La liste figurant dans la version lue le 30 juillet 2026 — Autriche, Allemagne, Espagne, Belgique, Luxembourg, France, Portugal — ne comprend pas l’Italie. Ne comptez pas sur ce bénéfice pour un parcours franco-italien sans l’avoir fait vérifier.
Si vous êtes encore en activité, ou si votre pension n’est pas liquidée
Le S1 règle le cas du pensionné. Deux autres profils passent à côté, et ils sont fréquents dans notre clientèle : celui qui travaille encore, et celui qui a cessé de travailler sans avoir encore liquidé.
Pour l’actif, le document pertinent n’est pas le S1 mais le formulaire A1, qui atteste de la législation de sécurité sociale applicable en application des règlements (CE) 883/2004 et (CE) 987/2009. Trois situations reviennent. Le détachementde moins de deux ans maintient la couverture du pays d’origine ; celui qui s’installe pour de bon dans le pays d’accueil bascule sur un S1. La pluriactivité entraîne la couverture dans le pays de résidence dès lors que la personne y exerce au moins 25 %de son activité — c’est le seuil qui décide, pour un dirigeant qui partage son temps entre deux pays, de l’État où il cotise. Le frontalier, enfin, s’affilie dans le pays d’emploi et obtient un S1 pour se faire soigner dans son pays de résidence.
Une réserve de méthode sur les deux règlements européens
Les principes ci-dessus proviennent du portail « L’Europe est à vous ». Le texte des règlements 883/2004 et 987/2009 n’a pas été ouvert dans le dossier documentaire de ce guide : nous ne citons donc aucun numéro d’articlede ces règlements, alors même que plusieurs circulent dans la littérature. Le numéro et l’intitulé du règlement 883/2004 sont, eux, confirmés par le texte du BOFiP relatif aux prélèvements sociaux. Si votre situation dépend du seuil de 25 % ou de la durée du détachement, faites établir le point sur le texte, et demandez le formulaire A1 à votre caisse avantle départ : il ne se délivre pas rétroactivement sans difficulté.
Reste le profil le plus exposé, celui de la personne qui a cessé son activité mais dont la pension n’est pas encore liquidée. Pas de S1, pas d’activité italienne, donc pas d’inscription obligatoire : c’est exactement la configuration qui fait payer deux fois. La question devient alors : dans combien de temps la pension sera-t-elle liquidée ? Si le droit relève de l’INPS, les paramètres 2026 sont les suivants.
| Paramètre | Valeur 2026 | Ce qu'il faut en retenir |
|---|---|---|
| Âge de la pensione di vecchiaia | 67 ans en 2026 ; 67 ans et 1 mois en 2027 ; 67 ans et 3 mois en 2028 | L'âge glisse d'année en année : un projet calé sur « 67 ans » se décale si le départ est reporté |
| Ancienneté contributive minimale | 20 ans | Une carrière italienne brève ne suffit pas à elle seule ; la totalisation européenne prend le relais pour l'ouverture du droit |
| Carrières commencées à compter du 1er janvier 1996 | 67 ans et 20 ans, à condition que le montant de la pension atteigne celui de l'assegno sociale | C'est un verrou de montant, pas de durée : une petite pension italienne peut être bloquée à 67 ans alors que la durée est atteinte |
| Voie alternative pour ces mêmes carrières | 71 ans en 2026 (71 ans et 1 mois en 2027, 71 ans et 3 mois en 2028), avec 5 ans de cotisation effective | Le seuil de montant tombe, mais les cinq années doivent être effectives — les contributions figuratives sont exclues |
| Condition de cessation | Cessation du rapport de travail salarié exigée ; non exigée pour l'activité indépendante | Un indépendant peut liquider sans arrêter, ce qui change l'arbitrage du calendrier |
Deux conséquences pour votre calendrier. La première : si votre droit italien bute sur le seuil de montant, ne comptez pas sur une liquidation à 67 ans pour vous ouvrir la couverture gratuite — l’écart avec la voie des 71 ans est de quatre années à financer. La seconde : la totalisation européenne des règlements 883/2004 et 987/2009 fonctionne par calcul au prorata, avec une durée minimale d’un an dans un État pour qu’il liquide, et la demande se dépose dans le pays de résidence, qui la transmet aux autres. Il n’existe pas de pension européenne unique : chaque État verse la sienne. Le chapitre 09 traite les pensions au fond, régime du Sud à 7 % compris ; retenez seulement ici que la logique de liquidationet celle d’impositionsont distinctes, et que la seconde dépend de la convention, pas de l’INPS.
Enfin, ce que le SSN ne couvre pas, et qu’il faut budgéter. Les tickets modérateurs varient selon les régions ; les soins dentaires et l’optique sont très peu pris en charge ; les délais d’attente poussent vers le privé, intramoeniaou cliniques. Le contraste avec la France est documenté : sur les indices de niveau de prix Eurostat 2024, base UE27 = 100, la santé est à 116,6 en Italie contre 98,9 en France, soit près de 18 % plus cher. C’est le seul grand poste où l’Italie est nettement plus chère que la France. Notre recommandation de cabinet, et non une règle de droit : prévoir une complémentaire santé même en cas d’inscription gratuite au SSN via le S1.
Faire séquencer l'installation avant de réserver le camion de déménagement
La date d'arrivée, la date d'inscription communale, le mois de l'inscription à l'ASL et l'ordre des démarches ont chacun un coût chiffrable, et ils se décident ensemble. Nous construisons ce calendrier avec vous, en articulant le volet italien et le volet français de l'année du transfert, et nous mettons en relation avec des avocats et des dottori commercialisti italiens sur les points qui doivent être arbitrés avant tout acte irréversible.
Le compte bancaire : ce qui est établi, et ce que nous refusons d’affirmer
Le compte bancaire italien n’est pas juridiquement obligatoirepour acquérir un bien en Italie. Il est pratiquement nécessaire pour vivre : l’IMU, la TARI, les fournitures d’énergie et les charges de copropriété se règlent depuis un compte domestique, et un prélèvement transfrontalier se heurte régulièrement à des refus de domiciliation qui ne relèvent pas du droit mais de la pratique des créanciers.
Le codice fiscaleconditionne l’ouverture. Voilà pourquoi il vient en tête de la chaîne, et pourquoi l’erreur du consulat évoquée plus haut décale tout le reste.
Une règle a un effet direct sur votre première semaine, et elle est mal citée partout : le plafond de circulation des espèces entre personnes distinctes est de 5 000 € depuis le 1erjanvier 2023. L’article 49, comma 1, du D.Lgs. du 21 novembre 2007, n. 231 porte encore le chiffre de 3 000 € dans son texte, mais le comma 3-bis du même article le remplace expressément par 5 000 € à compter de cette date. Le seuil de 3 000 € figurant au comma 3 vise la seule negoziazione a pronti di mezzi di pagamento in valuta. Reste exacte la règle du fractionnement artificiel du comma 1 — plusieurs paiements inférieurs au seuil qui apparaissent artificiellement fractionnés tombent sous la même interdiction — et le seuil de 1 000 € du servizio di rimessa di denaro, c’est-à-dire du money transfer. Un acompte en espèces au vendeur ou au bailleur obéit au premier plafond, pas au second.
Ce que le dossier documentaire de ce guide n'établit pas sur la banque
Nous ne publions ni liste de pièces, ni délai d’ouverture, ni condition de résidence applicable à l’ouverture d’un compte par un non-résident : ces points ne figurent pas dans les sources primaires réunies pour ce guide, et la pratique varie fortement d’un établissement à l’autre. Nous ne nommons aucun établissement, en Italie comme en France.
Ce que nous savons utile de dire : prévoyez la question de la domiciliation des prélèvementsavant la signature du bail ou de l’acte, et celle du déclaratif françaisqui suit — l’ouverture d’un compte à l’étranger emporte des obligations déclaratives des deux côtés, italiennes au quadro RWsi vous devenez résident d’Italie, françaises si vous conservez un rattachement. Le chapitre 28 traite ce volet.
Le conjoint, les enfants, les parents : qui suit, à quel titre, et avec quel titre
Le droit de séjour dérivé se déduit de la notion de familiare, définie à l’article 2, lettre b), du D.Lgs. 30/2007 :
D.Lgs. 30/2007, article 2, lettre b)
« b) «familiare» : 1) il coniuge ; 2) il partner che abbia contratto con il cittadino dell’Unione un’unione registrata sulla base della legislazione di uno Stato membro, qualora la legislazione dello Stato membro ospitante equipari l’unione registrata al matrimonio e nel rispetto delle condizioni previste dalla pertinente legislazione dello Stato membro ospitante ; 3) i discendenti diretti di eta’ inferiore a 21 anni o a carico e quelli del coniuge o partner di cui alla lettera b) ; 4) gli ascendenti diretti a carico e quelli del coniuge o partner di cui alla lettera b) ; »
Quatre catégories, donc : le conjoint, le partenaire d’une union enregistrée sous condition, les descendants directs de moins de vingt-et-un ans ou à charge — y compris ceux du conjoint —, et les ascendants directs à charge, y compris ceux du conjoint. Les enfants majeurs autonomes n’y sont pas : ils relèvent de leur propre droit de séjour d’après l’article 7, ce qui, pour un ressortissant de l’Union, ne pose pas de difficulté de principe mais suppose leur propre dossier de ressources ou d’activité.
Couples pacsés : la réponse n'est pas « rien », mais elle n'est pas « oui » non plus
La reconnaissance du partenaire enregistré, au point 2 ci-dessus, est conditionnée à ce que la législation de l’État d’accueil assimile l’union enregistrée au mariage. Savoir si le droit italien opère cette assimilation pour un PACS français, compte tenu de la loi n. 76/2016 sur les unioni civili et de la distinction qu’elle opère entre unioni civili et convivenze di fatto, n’est pas tranché par les sources réunies pour ce guide. Nous n’affirmons donc pas qu’un partenaire pacsé bénéficie du droit de séjour dérivé de l’article 2.
Mais la réponse ne s’arrête pas là, et le corpus francophone s’arrête un article trop tôt. L’article 3, comma 2, du même décret dispose que « lo Stato membro ospitante, conformemente alla sua legislazione nazionale, agevola l’ingresso e il soggiorno delle seguenti persone : […] b) il partner con cui il cittadino dell’Unione abbia una relazione stabile debitamente attestata dallo Stato del cittadino dell’Unione », et son comma 3 ajoute : « Lo Stato membro ospitante effettua un esame approfondito della situazione personale e giustifica l’eventuale rifiuto del loro ingresso o soggiorno. »
Traduction opérationnelle : pas de droit de séjour dérivé automatique au titre de l’article 2, mais un régime d’entrée facilitéeau titre de l’article 3, comma 2, lettre b), assorti d’une obligation d’examen approfondi et de refus motivé. Le PACS, enregistré et attesté par l’État du citoyen de l’Union, est très exactement une « relazione stabile debitamente attestata ». Ce n’est pas une impasse : c’est un dossier à construire, et un refus qui doit être motivé.
Le membre de la famille non européen : la carta di soggiorno de l’article 10
C’est le cas du conjoint marocain, brésilien, américain ou suisse d’un ressortissant français qui s’installe en Italie. Il ne relève pasdes visas décrits plus loin : il relève d’un titre spécifique, plus favorable, tiré du droit de l’Union.
L’article 10, comma 1, du D.Lgs. 30/2007 dispose que les membres de la famille du citoyen de l’Union n’ayant pas la nationalité d’un État membre, au sens de l’article 2, demandent à la Questuracompétente pour le territoire de résidence, une fois écoulés trois mois depuis l’entrée sur le territoire national, la Carta di soggiorno di familiare di un cittadino dell’Unione.
| Point | Règle | Base |
|---|---|---|
| Où et quand | À la Questura du lieu de résidence, une fois écoulés trois mois depuis l'entrée | Article 10, comma 1 |
| Pièces | Passeport ou document équivalent en cours de validité ; document délivré par l'autorité compétente du pays d'origine ou de provenance attestant la qualité de membre de la famille — et, si cela est demandé, de membre à charge, de membre du noyau familial, ou de membre affecté de graves problèmes de santé requérant l'assistance personnelle du citoyen de l'Union ; attestation de la demande d'inscription anagraphique du membre de la famille citoyen de l'Union ; quatre photographies format identité | Article 10, comma 3 |
| Validité | Cinq ans à compter de la délivrance | Article 10, comma 4 |
| Absences tolérées | Absences temporaires n'excédant pas six mois par an ; absences plus longues pour obligations militaires ; absences jusqu'à douze mois consécutifs pour motifs importants — grossesse et maternité, maladie grave, études ou formation professionnelle, détachement professionnel dans un autre État. Il incombe à l'intéressé de produire les pièces justificatives | Article 10, comma 5 |
| Coût | Délivrance gratuite, sauf remboursement du coût des imprimés et du matériel | Article 10, comma 6 |
Notez la cohérence du dispositif : la carte se demande à la Questura, mais son dossier suppose que vous, citoyen de l’Union, ayez déjà déposé votre demande d’inscription anagraphique — l’attestation en fait partie. Vos deux dossiers sont en série, pas en parallèle. Et le comma 7 de l’article 9 organise la transmission d’office du dossier communal du conjoint non européen à la même Questura. Il faut donc partir de votre propre inscription, et prévoir un décalage entre les deux titres.
L’article 11 du même décret organise la conservation du droit de séjour des membres de la famille en cas de décès ou de départ du citoyen de l’Union. Son contenu n’a pas été dépouillé dans le dossier documentaire de ce guide : si votre situation le met en jeu — un conjoint non européen dont la protection dépendrait de votre survie —, c’est un point à faire instruire, et nous indiquons plus bas quelles questions poser.
Un point que nous ne tranchons pas : le visa d'entrée du conjoint non européen
Les extraits du D.Lgs. 30/2007 réunis pour ce guide règlent le séjour du membre de la famille non européen — article 6, comma 2, pour les trois premiers mois avec un passeport en cours de validité, article 10 pour la carte de séjour au-delà. Ils ne règlent pas la question de savoir si un visa d’entréeest exigé de ce membre de la famille lorsqu’il ne détient pas encore de carte de séjour délivrée par un État membre, ni de quelle catégorie relève ce visa.
Ce point doit être arbitré avec nos avocats partenaires spécialisés sur l’Italie avant tout acte irréversible— avant de résilier un bail, de donner un préavis ou de réserver un vol sans retour. Les questions à leur poser sont précises : le ressortissant de tel pays, conjoint d’un Français, doit-il obtenir un visa d’entrée pour l’Italie ? Sur quel fondement, et auprès de quelle représentation ? Ce visa est-il délivré à titre gratuit et en procédure accélérée en application du droit de l’Union ? Les pièces à réunir : acte de mariage traduit et légalisé ou apostillé, passeport en cours de validité couvrant la durée envisagée, preuve du lien de dépendance pour un ascendant ou un enfant majeur à charge, et votre propre attestation de demande d’inscription anagraphique.
Les visas pour non-Européens : trois portes, trois logiques
Cette section ne concerne pas un ressortissant français, qui n’a besoin d’aucun visa. Elle concerne le lecteur binational hors Union, le client résident hors Union qui envisage l’Italie, et le conjoint extra-communautaire qui, pour une raison ou une autre, ne relèverait pas de l’article 10 traité plus haut. Les trois dispositifs répondent à trois projets différents, et le premier est celui que la littérature francophone appelle, à tort, « le visa retraité ».
Visa pour résidence élective (V.N.)
Le visa de celui qui vit de ressources passives et n'exercera aucune activité. Base : décret interministériel n. 850 du 11 mai 2011, § 13.
Visa investisseur
Base : article 26-bis du D.Lgs. 286/1998, introduit par la loi de finances pour 2017 ; texte d'application, decreto interministeriale du 21 juillet 2017. Seuils abaissés par le décret-loi n. 34 de 2020.
Visa pour nomades numériques et travailleurs à distance
Base : décret interministériel du 29 février 2024, publié en Gazzetta Ufficiale le 4 avril 2024, date de son entrée en vigueur, pris pour l'application d'une disposition introduite par le décret-loi n. 4 de 2022.
Le texte du visa de résidence élective mérite d’être lu, parce qu’il est court et qu’il dit plus que ce qu’on en rapporte.
Décret interministériel n. 850 du 11 mai 2011, § 13 — extraits
« Il visto per residenza elettiva consente l’ingresso in Italia, ai fini del soggiorno, allo straniero che intenda stabilirsi nel nostro Paese e sia in grado di mantenersi autonomamente, senza esercitare alcuna attività lavorativa. »
« A tal fine, lo straniero dovrà fornire adeguate e documentate garanzie circa la disponibilità di un’abitazione da eleggere a residenza, e di ampie risorse economiche autonome, stabili e regolari, di cui si possa ragionevolmente supporre la continuità nel futuro. Tali risorse, comunque non inferiori al triplo dell’importo annuo previsto dalla tabella A allegata alla direttiva del Ministro dell’interno del 1 marzo 2000 […] dovranno provenire dalla titolarità di cospicue rendite (pensioni, vitalizi), dal possesso di proprietà immobiliari, dalla titolarità di stabili attività economico-commerciali o da altre fonti diverse dal lavoro subordinato. »
Le chiffre qui circule — 31 000 € par an pour un demandeur seul — n’est pas du folklore, et il n’est pas non plus une donnée officielle. C’est le résultat arithmétique du renvoi. La Tabella A de la direttiva du 1ermars 2000, rubrique « Oltre i 20 giorni », colonne « Un partecipante », porte une quota fissa de 206,58 € et une quota giornalierade 27,89 €. Le triple du montant annuel donne :
D'où vient le seuil du visa de résidence élective
UN PARTICIPANT
Quota fissa .......................................... 206,58 €
Quota giornaliera x 365 jours
27,89 € x 365 .................................... 10 179,85 €
--------------
Montant annuel ..................................... 10 386,43 €
Triple exigé par le § 13 du D.M. 850/2011
10 386,43 x 3 .................................... 31 159,29 €
PAR PERSONNE SUPPLEMENTAIRE (deux participants ou plus)
Quota fissa .......................................... 118,79 €
Quota giornaliera x 365 jours
17,04 € x 365 ..................................... 6 219,60 €
--------------
Montant annuel ...................................... 6 338,39 €
Triple ............................................. 19 015,17 €
C'est ce second calcul qui explique le « + 18 000 € »
qui circule pour le conjoint.Calcul refait à partir de la Tabella A de la direttiva du ministre de l'Intérieur du 1er mars 2000, à laquelle renvoie le § 13 du décret interministériel n. 850 du 11 mai 2011. Le décret lui-même ne contient aucun montant en euros.
Réserve sur le seuil du visa de résidence élective
L’article 1, comma 4, de la direttiva du 1ermars 2000 dispose que « gli importi monetari fissati nella presente direttiva verranno annualmente rivalutati » selon les paramètres ISTAT — et cette revalorisation n’a jamais été publiée. C’est la raison des divergences entre 31 000 €, 31 159,29 € et 32 000 €, et la raison pour laquelle le montant applicable doit être demandé au consulat compétent.
Concrètement : ne construisez pas un dossier à 31 200 € de rentes annuelles en pensant être au-dessus du seuil. Écrivez au consulat territorialement compétent, demandez le montant qu’il applique à la date de votre demande, et gardez la réponse.
Un visa n'est pas une résidence fiscale, et un permis de séjour n'ouvre aucun régime
Le visa investisseur ouvre un droit de séjour ; il ne dit rien de la résidence fiscale, qui reste régie par l’article 2 du TUIR. Un investisseur qui obtient le visa mais reste moins de 183 jours en Italie, sans y avoir domicile ni residenzani inscription anagraphique, n’est pas résident fiscal italien — et ne peut donc pas opter pour le forfait de l’article 24-bis du TUIR, article 246 du D.Lgs. 117/2026 à compter du 1er janvier 2027, qui suppose le transfert de la résidence fiscale.
Dans l’autre sens, la loi italienne prévoit une faveur administrative pour qui entre dans le forfait : l’article 1, comma 155, de la L. 232/2016 organise une facilitation des visas d’entrée et des titres de séjour pour les personnes transférant leur résidence fiscale au titre de l’article 24-bis, le comma 156 en étant le pendant pour les investisseurs. Ces deux dispositions n’ont aucune portée pour un ressortissant français, qui n’a besoin ni de l’un ni de l’autre. Elles comptent pour un lecteur binational hors Union.
Le coût réel de la première année, poste par poste
Ce qui suit est un inventaire honnête : les montants établis sont donnés avec leur source, les postes non chiffrables sont signalés comme tels plutôt que remplis d’approximations. Un guide qui vous annonce un budget d’installation au centime près a inventé la moitié de ses lignes.
| Poste | Montant | Statut et source |
|---|---|---|
| Codice fiscale (modèle AA4/8, guichet AdE) | Non publié | Aucun droit à acquitter n'est établi par les pages de l'Agenzia consultées le 30 juillet 2026 pour ce guide. À demander au bureau territorial |
| Inscription à l'anagrafe | Non publié | Le D.Lgs. 30/2007 ne fixe aucun droit ; les éventuels frais de dossier relèvent de la commune. À demander au guichet |
| Amende en cas de déclaration tardive | 200 à 1 000 € par année d'omission | Article 11 de la loi n. 1228/1954, tel que modifié par l'article 1, comma 242, de la L. 213/2023 |
| Inscription volontaire au SSN, par personne | 387,34 € ou 2 000 € minimum | Quatre relevés d'ASL du 30 juillet 2026 ; barème 7,50 % jusqu'à 20 658,28 € puis 4 % jusqu'à 51 645,69 €. Annuelle et non fractionnable |
| Inscription au SSN via formulaire S1 | 0 € | Inscription obligatoire et gratuite ; l'ASL CN2 liste E121/S1 (ou E33) parmi les titres ouvrant ce droit |
| Assurance santé privée | Non chiffrable ici | Dépend de l'âge, des antécédents et du niveau de garanties. Aucun opérateur n'est nommé dans ce guide |
| Carta di soggiorno du conjoint non européen | Gratuite, sauf remboursement du coût des imprimés et du matériel | Article 10, comma 6, du D.Lgs. 30/2007 |
| IMU sur la résidence principale | 0 € | Sous condition de demeure habituelle et de résidence anagraphique dans le logement lui-même |
| IMU sur un logement qui n'est pas l'abitazione principale | 0,86 % de base, jusqu'à 1,06 % par décision communale, et jusqu'à 1,14 % dans les communes ayant maintenu la majoration ex-TASI | L. 160/2019 ; la majoration ex-TASI du comma 755 suppose une délibération expresse du conseil municipal |
| TARI | Non publié | Fixée par chaque commune sur la base de la surface et du nombre d'occupants. Aucun observatoire de niveaux n'a été retenu pour ce guide |
| Électricité | ≈ 65 €/mois, soit ≈ 780 €/an | Valeur 2026, et non 2025 : dernière donnée ARERA disponible, 2e trimestre 2026, 28,89 c€/kWh toutes composantes, pour le consommateur type de la série (3 kW, 2 700 kWh/an). Un ménage sur le marché libre paie un prix différent |
| Gaz | Non publié | Aucun tableur ARERA gaz n'a pu être obtenu. Les valeurs de presse visent le seul service de vulnérabilité |
| Addizionale regionale à l'IRPEF | 1,23 % de base, majoration jusqu'à 2,1 points | Plus 0,5 point pour les régions à statut spécial. Voir le régime d'exigibilité ci-dessous |
| Addizionale comunale à l'IRPEF | Jusqu'à 0,8 %, et 0,9 % à Rome depuis 2011 | Taux marginal supérieur cumulé avec l'IRPEF : 47,23 % |
| Achat immobilier : commission d'agence | Usage de marché : 2 à 4 % HT par partie, plus IVA à 22 % | Usage, non barème. Payée par les deux parties selon l'usage italien |
| Achat immobilier : honoraires de notaire | Libres depuis l'abrogation du tarif ; réduits de 30 % en prezzo-valore | Le notaire italien est choisi et payé par l'acquéreur, et il est unique |
Deux points de ce tableau méritent d’être développés, parce qu’ils dépendent directement du mois où vous arrivez.
Le premier concerne les addizionali. Elles sont dues à la région et à la commune du domicilio fiscale au 1erjanvier de l’année considérée (D.Lgs. 446/1997, article 50). Une personne sans aucun revenu de source italienne au 1er janvier n’a pas de domicilio fiscaleitalien à cette date et n’est donc pas redevable des addizionalipour l’année d’arrivée. En revanche, celui qui détenait déjà un bien produisant un revenu italien en a un : l’article 58, comma 2, du D.P.R. 600/1973 dispose que « Quelle non residenti hanno il domicilio fiscale nel comune in cui si è prodotto il reddito o, se il reddito è prodotto in più comuni, nel comune in cui si è prodotto il reddito più elevato ». Les addizionali de cette commune et de cette région sont alors dues dès l’année d’arrivée. C’est exactement le profil du lecteur qui possédait déjà une maison en Ombrie et la louait avant de s’installer : ne pas présenter l’exonération de première année comme automatique.
Deux conditions générales encadrent ces suppléments, et elles changent les ordres de grandeur. Les addizionaline sont dues que si, pour la même année, l’IRPEF est due au net des detrazioni ; et la majoration au-delà de 0,5 point ne s’applique pas aux revenus relevant du premier scaglione. Sur une assiette de 60 000 €, 1,23 % représentent 738 € et 0,8 % représentent 480 €, soit 1 218 € qui s’ajoutent à l’IRPEF — dont le barème, pour la période d’imposition 2026, est de 23 % jusqu’à 28 000 €, 33 % de 28 000 à 50 000 € et 43 % au-delà, la deuxième tranche ayant été abaissée de 35 à 33 % par l’article 1, comma 3, de la L. 199/2025. Le chapitre 07 traite l’IRPEF au fond.
Le second point est le SSN, et il est le plus mal anticipé. La contribution d’inscription volontaire est annuelle et non fractionnable, du 1erjanvier au 31 décembre : s’inscrire en novembre coûte le prix de l’année entière. Pour un couple dont les deux membres ont des revenus propres — et ne sont donc pas « a carico » l’un de l’autre, seul cas où deux contributions sont dues —, dans une ASL appliquant le plancher de 2 000 €, une installation en fin d’année peut donc coûter 4 000 € pour deux mois de couverture. Deux stratégies existent : décaler l’inscription à l’ASL au 2 janvier suivant en se couvrant par une assurance privée sur les dernières semaines, ou avancer l’installation. La première suppose que l’inscription anagraphique, elle, ait été faite : le calendrier des deux guichets n’est pas le même, et c’est le genre de détail qui se paye.
Un budget de première année, honnêtement incomplet — couple de retraités, 68 et 66 ans, Pouilles, petite commune, propriétaires
RESSOURCES A JUSTIFIER (condition d'inscription anagraphique)
Seuil pour le demandeur seul ........................ 7 101,12 €
Majoration pour le second membre du foyer ........... 3 550,56 €
-------------
Seuil du foyer ..................................... 10 651,68 €
Tempéré par le comma 3-bis : appréciation globale,
avec prise en compte du coût du logement.
DEPENSES ANNUELLES CHIFFRABLES
Plancher vital ISTAT 2024, couple 60-74 ans,
Pouilles, commune de moins de 50 000 hab.
911,49 € x 12 .................................... 10 937,88 €
Electricite (donnee ARERA, 2e trimestre 2026)
65 € x 12 ........................................... 780,00 €
IMU sur la residence principale ......................... 0,00 €
Inscription au SSN via formulaire S1 .................... 0,00 €
-------------
Sous-total chiffrable .............................. 11 717,88 €
POSTES NON CHIFFRABLES, ET ILS NE SONT PAS ANECDOTIQUES
Gaz et chauffage ......................................... non publié
TARI ..................................................... non publié
Complementaire sante privee .............................. non publié
Cotisation maladie française sur les pensions ............ non publié
Entretien d'une maison ancienne .......................... non publié
Supplément de confort (loisirs, restaurants,
déplacements, imprévus) ................................ à votre mainLe plancher ISTAT est un seuil de pauvreté absolue, c'est-à-dire la dépense mensuelle minimale permettant d'acquérir le panier de biens jugé essentiel dans ce contexte local. Il ne doit jamais être présenté comme « le coût de la vie » : il sert de plancher et de mesure des écarts entre territoires. Les postes marqués non publié le sont parce que le dossier documentaire de ce guide ne les établit pas sur source primaire, et non parce qu'ils seraient négligeables.
Ce budget appelle une mise en perspective que la plupart des guides escamotent. Sur les indices de niveau de prix Eurostat 2024, base UE27 = 100, l’Italie est globalement 9,1 % moins chèreque la France en consommation individuelle effective — 98,1 contre 107,9. C’est réel, et c’est modeste. L’écart vient massivement du logement, à 93,4 contre 122,5, soit près de 24 % de moins. Mais à l’intérieur même du poste logement, l’énergie est 16 % plus chère en Italie : 117,9 contre 101,6. Un couple qui économise sur le loyer peut rendre une partie du gain sur les factures, surtout dans une maison ancienne mal isolée. Trois autres postes sont défavorables : la santé, déjà citée, à 116,6 contre 98,9 ; l’habillement et les chaussures, à 106,9 contre 97,8 ; et, plus surprenant, le lait, les fromages et les œufs, à 105,0 contre 96,0.
L'écart interne à l'Italie est très supérieur à l'écart France-Italie
C’est l’information la plus utile de tout ce chapitre pour choisir où s’installer, et elle est absente de la quasi-totalité des guides. Le seuil de pauvreté absolue que l’ISTAT calcule par région et par taille de commune, millésime 2024, donne pour un couple de 30 à 59 ans une amplitude allant de 937,77 € par mois en Basilicate, petite commune, à 1 611,71 € par moisau centre de l’aire métropolitaine lombarde. Soit 72 % d’écartà l’intérieur du même pays, quand l’écart moyen avec la France est de 9 %.
Le message est net : Milan ne fait pas économiser par rapport à une grande ville française. Le choix de la région et de la taille de la commune pèse, sur un budget de première année, infiniment plus que le choix du pays. Les données région par région sont au chapitre 29.
Ce qui bloque le plus souvent, et dans quel ordre le traiter
Voici, par fréquence décroissante, les points où les dossiers s’arrêtent. Aucun n’est insurmontable ; tous coûtent du temps, et le temps administratif italien n’est pas silencieux par malveillance, il l’est par organisation. Personne ne vous préviendra que votre dossier attend une pièce.
| Blocage | Ce qui le cause | Ce qui le débloque |
|---|---|---|
| Pas de codice fiscale à l'arrivée | Le client a cru pouvoir l'obtenir au consulat d'Italie à Paris, qui renvoie les citoyens de l'Union à l'Agenzia delle Entrate | Prendre rendez-vous dans un bureau territorial dès la première semaine ; ou mandater un notaire ou un dottore commercialista italien par procuration, voie que l'Agenzia admet pour l'achat immobilier et l'activité économique |
| Refus d'inscription anagraphique pour défaut d'assurance | L'article 7, lettre b), exige une couverture de tous les risques, et l'inscription volontaire au SSN suppose d'être déjà inscrit à l'anagrafe | Souscrire une assurance santé privée avant la demande communale, puis arbitrer à froid entre son maintien et l'inscription volontaire au SSN |
| Dossier de ressources jugé insuffisant | Application arithmétique du barème de l'assegno sociale par un guichet, sans tenir compte de la situation d'ensemble | Invoquer le comma 3-bis de l'article 9 : l'appréciation doit être globale et tenir compte des dépenses de logement et de son mode de détention. Produire l'acte de propriété ou le bail, et une autocertificazione au sens des articles 46 et 47 du d.P.R. 445/2000 accompagnée des relevés |
| Conjoint non européen sans titre | La carta di soggiorno se demande à la Questura après trois mois, et son dossier suppose que le citoyen de l'Union ait déjà déposé sa propre demande d'inscription anagraphique | Séquencer : votre attestation communale d'abord, la demande à la Questura ensuite ; réunir l'acte de mariage traduit et légalisé ou apostillé, et les quatre photographies exigées par le comma 3 |
| Arrivée le 2 juillet | 183 jours du 2 juillet au 31 décembre en année ordinaire : la résidence fiscale italienne est acquise pour l'année entière, y compris pour les fractions de journée | Arriver au plus tôt le 3 juillet en année ordinaire, le 2 juillet en année bissextile — si l'objectif est d'éviter la résidence italienne cette année-là. Vérifier qu'aucun autre critère n'est rempli par ailleurs |
| Inscription à l'ASL en novembre | La contribution volontaire est annuelle et non fractionnable | Décaler l'inscription au 2 janvier suivant, en se couvrant par une assurance privée sur les dernières semaines ; ou vérifier d'abord si l'ASL applique 387,34 € plutôt que le plancher de 2 000 € |
| Déclaration de transfert oubliée | Vingt jours pour la déclaration anagraphique, quatre-vingt-dix jours pour la déclaration consulaire AIRE si vous êtes de nationalité italienne | Régulariser sans attendre : la sanction est de 200 à 1 000 € pour chaque année où l'omission perdure et frappe l'une comme l'autre des deux formalités, mais elle tombe au dixième du minimum — 20 € — si la déclaration est déposée avec un retard d'au plus quatre-vingt-dix jours, avant tout constat et toute activité de contrôle |
| Adresse déclarée à la commune différente du logement acheté | Le bénéfice prima casa exige la résidence dans la commune ; l'exonération d'IMU exige la résidence anagraphique et la demeure habituelle dans le logement lui-même | Décider en amont laquelle des deux règles prime dans votre cas, et déclarer une adresse cohérente avec l'arbitrage |
Un mot sur la vérification communale, parce que la question revient toujours. L’article 9, comma 1, du D.Lgs. 30/2007 renvoie, pour la procédure d’inscription, à la loi n. 1228 de 1954 et au règlement anagraphique du d.P.R. 223/1989 : ce sont les règles ordinaires de l’anagrafequi s’appliquent, avec leurs contrôles. Ces règles ordinaires comportent un calendrier, et il joue en votre faveur. Depuis lecambio di residenza in tempo realeinstitué par l’article 5 du décret-loi du 9 février 2012, n. 5, converti avec modifications par la loi du 4 avril 2012, n. 35, l’ufficiale d’anagrafeprocède à l’inscription dans lesdeux jours ouvrablesqui suivent la déclaration, les effets juridiques de l’inscription remontant à la date de celle-ci ; la commune dispose ensuite dequarante-cinq jourspour ses vérifications, et, faute de communication dans ce délai des motifs faisant obstacle à l’inscription, ce qui a été déclaré est réputé conforme à la situation de fait, par renvoi exprès à l’article 20 de la loi n. 241 de 1990 — le silence vaut acceptation. Le détail matériel de ces contrôles, en revanche, n’a pas été dépouillé dans le dossier documentaire de ce guide. La question se pose au guichet communal, en même temps que celle des pièces, et la réponse varie d’une commune à l’autre.
Quand il ne faut pas partir, ou pas encore
Un chapitre d’installation qui ne dit que du bien de l’installation est un prospectus. Voici quatre configurations dans lesquelles nous conseillons de différer, ou de renoncer.
Le télétravailleur salarié d’un employeur français qui pense « travailler depuis l’Italie ». La présence en Italie pendant 183 jours détermine par elle-même la résidence fiscale italienne, et le résident doit alors soumettre à l’impôt italien tous ses revenus, où qu’ils soient produits. S’y ajoutent des questions d’affiliation sociale, de législation applicable et d’éventuel établissement stable de l’employeur, qui excèdent ce chapitre. Attention à ne pas transposer ici la règle du frontalier inverse. Le régime des impatriés ne couvre que le travail exécuté sur le sol italien : c’est le résident fiscal italien qui va travailler physiquement en France qui produit un revenu de source étrangère, inéligible, et la Risposta n. 66/2025, page 9, le dit sans détour. Le télétravailleur, lui, exécute sa prestation depuis l’Italie : sa rémunération est un revenu de source italienne, et le régime ne lui est pasfermé par principe. Il reste subordonné à toutes les conditions de l’article 5 du D.Lgs. 209/2023 — durée de non-résidence préalable, allongée lorsque l’activité est exercée pour le même employeur ou son groupe, engagement de résidence en Italie, exercice de l’activité en Italie pour la majeure partie de la période d’imposition, condition de haute qualification ou de spécialisation —, et le chapitre 03 les détaille. Ne pas conclure trop vite, ni dans un sens ni dans l’autre. Le sujet se traite avant le déménagement, pas après.
Le lecteur dont l’essentiel du patrimoine est immobilier et français. Devenir résident d’Italie déclenche trois obligations qui frappent en premier celui qui garde sa maison et ses comptes en France : le monitoraggio fiscale au quadro RW, l’IVIE sur les immeubles situés hors d’Italie, et l’IVAFE sur les avoirs financiers détenus hors d’Italie. Le forfait des neo residenti dispense de ces trois obligations, et il réduit en outre l’assiette successorale de l’optant aux seuls biens existant en Italie, au sens de l’article 2, comma 3, du TUS. Le régime des impatriés, lui, n’emporte aucune de ces dispenses : l’impatrié reste intégralement soumis au quadro RW, à l’IVIE et à l’IVAFE, et rien n’aménage sa situation successorale. Les chapitres 13 et 15 chiffrent cette charge.
Une remarque de cadrage, parce que ce chapitre ne cite que deux dispositifs et qu’il en existe quatre. Aux côtés du forfait de l’article 24-bis et du régime des impatriés de l’article 5 du D.Lgs. 209/2023 figurent le régime des enseignants et chercheurs de l’article 44 du D.L. 78/2010 et celui des retraités étrangers s’installant dans une commune de 30 000 habitants au plus — le seuil est bien de 30 000 et non de 20 000, qui était le chiffre d’origine de 2018 — en Sicile, Calabre, Sardaigne, Campanie, Basilicate, Abruzzes, Molise ou Pouilles, ou dans une commune des cratères sismiques de 2009 et 2016, à l’article 24-ter du TUIR. Les quatre sont mutuellement exclusifs, mais pas tous par le même texte ni à la même date. Le triage est au chapitre 04, et il se fait avant de choisir la commune, puisque le quatrième impose une contrainte géographique.
Les quatre changent de numéro le même jour, et il faut les connaître sous leurs deux formes si votre projet franchit le 1erjanvier 2027. Le forfait de l’article 24-bis devient l’article 246du D.Lgs. 117/2026. Le régime des retraités du Mezzogiorno, article 24-ter, devient l’article 247. Le régime des impatriés, article 5 du D.Lgs. 209/2023, est abrogé par l’article 376 du texte unique et reparaît à l’article 225 ; celui des enseignants et chercheurs, article 44 du D.L. 78/2010, à l’article 226. Une réserve sur le troisième : le texte de l’article 225 n’a pas pu être obtenu dans le dossier documentaire de ce guide. Nous en donnons le numéro parce que la table de correspondance du texte publié en Gazzetta Ufficiale l’établit ; nous ne décrivons pas son contenu, et le chapitre 03 porte la même réserve. La clause de renvoi automatique de l’article 376, comma 2, dispose au demeurant que les références à une disposition abrogée s’entendent des dispositions correspondantes du nouveau texte unique : un acte signé aujourd’hui en visant l’article 24-bis ne devient pas caduc le 1er janvier 2027.
Le couple dont l’un des deux membres n’a pas de couverture santé aisément transportable. Sans activité italienne, sans pension liquidée et sans S1, la première année se paye deux fois : une assurance privée pour ouvrir le dossier communal, puis éventuellement une contribution SSN annuelle et non fractionnable. Sur un patrimoine modeste, cela peut représenter plusieurs milliers d’euros de coût sec la première année, pour une couverture qui aurait été gratuite dix-huit mois plus tard, une fois la pension liquidée.
Celui qui installe son projet sur la seule fiscalité successorale. L’argument est réel — l’Italie taxe les transmissions en ligne directe à 4 % au-delà d’un abattement d’un million d’euros par bénéficiaire, là où la France applique un barème progressif atteignant 45 % avec un abattement de 100 000 € — et il est souvent plus lourd que le forfait lui-même pour un patrimoine important. Mais il se retourne sur les patrimoines immobiliers modestes, où les imposte ipotecaria e catastaleitaliennes, de 3 % de la valeur cadastrale, dépassent ce que la France aurait perçu sous abattement. Et il suppose, pour produire son effet, une résidence italienne effective au jour du décès, puis une articulation avec la convention franco-italienne du 20 décembre 1990. Le chapitre 24 traite ce sujet, et il ne se chiffre pas sans notaire des deux côtés.
Ce qu’il faut faire arbitrer, et avec quelles pièces
Quatre points de ce chapitre ne se tranchent pas sur documentation. Ils doivent être arbitrés avec nos avocats partenaires spécialisés sur l’Italie avant tout acte irréversible. Pour chacun, la question précise à poser et les pièces à réunir.
| Point à arbitrer | La question exacte à poser | Les pièces à réunir |
|---|---|---|
| Le droit de séjour du partenaire pacsé | Le droit italien assimile-t-il le PACS français au mariage au sens de l'article 2, lettre b), n. 2, du D.Lgs. 30/2007, compte tenu de la loi n. 76/2016 et de la distinction entre unioni civili et convivenze di fatto ? À défaut, dans quelles conditions l'article 3, comma 2, lettre b), est-il mis en œuvre par la Questura compétente, et sur quels critères l'examen approfondi porte-t-il ? | Attestation d'enregistrement du PACS et sa traduction assermentée ; justificatifs de vie commune antérieure — bail, avis d'imposition communs, attestations d'assurance ; pièces d'identité des deux partenaires |
| Le visa d'entrée du membre de la famille non européen | Un visa d'entrée est-il exigé du conjoint ou de l'ascendant à charge ressortissant de tel État tiers, dépourvu de carte de séjour d'un État membre ? Sur quel fondement, auprès de quelle représentation, et à quelles conditions de gratuité ou de délai ? | Acte de mariage ou acte d'état civil établissant le lien, traduit et légalisé ou apostillé ; passeport couvrant la durée envisagée ; preuve du lien de dépendance pour un ascendant ou un enfant majeur à charge ; votre attestation de demande d'inscription anagraphique |
| Le seuil applicable du visa de résidence élective | Quel montant annuel de ressources le consulat territorialement compétent applique-t-il à la date de la demande, la revalorisation ISTAT prévue par l'article 1, comma 4, de la direttiva du 1er mars 2000 n'ayant jamais été publiée ? Et quelles sources de revenus admet-il au titre des « altre fonti diverse dal lavoro subordinato » ? | Justificatifs de rentes ou pensions sur trois années, actes de propriété générant des revenus, titre d'occupation du logement italien envisagé, et la réponse écrite du consulat |
| Le calendrier d'installation face aux deux notions de résidence | À quelle date exacte la résidence civile au sens de l'article 43 du code civil italien est-elle réputée transférée dans mon cas, et cette date coïncide-t-elle avec celle de la résidence fiscale au sens de l'article 2 du TUIR ? Quelles conséquences en tirer sur la strate de forfait applicable et sur l'année d'imposition mondiale ? | Bail ou acte d'achat italien avec sa date ; justificatif de résiliation du bail français ou de mise en location du logement français ; facture de déménagement ; relevés de consommation d'énergie des deux logements ; billets et justificatifs de présence permettant de reconstituer le décompte des jours |
Et un cinquième, si vous visez le forfait : l'interpello
L’article 24-bis, comma 3, du TUIR prévoit expressément la faculté d’adresser une demande d’interpelloà l’Agenzia delle Entrate avant d’exercer l’option, et la circolare 17/E du 23 mai 2017 précise qu’il s’agit d’une faculté et non d’une obligation. L’enjeu chiffré le rend indispensable dans la pratique de notre cabinet.
Deux limites, à connaître avant de s’en remettre à lui. Le rescrit ne sécurise ni les conditions d’accès en général, ni la résidence fiscale elle-même : la vérification de la résidence suppose un constat factuel, et l’Agenzia écarte expressément les demandes d’interpello portant sur ce point. Le chapitre 02 détaille la procédure et son périmètre.
L’ordre des opérations, pour finir
Rassemblons. La chaîne se déroule dans cet ordre, et chaque maillon conditionne le suivant. Un codice fiscale, obtenu à un guichet italien ou par procuration, avant tout le reste. Un logement, loué ou acheté, dont l’adresse sera celle que vous déclarerez — et ce choix d’adresse commande l’IMU et le prima casa. Une couverture santé, S1 pour le retraité pensionné, assurance privée pour les autres, sans quoi la commune n’instruira pas votre demande. Une demande d’inscription anagraphique après le troisième mois, avec l’attestation délivrée immédiatement. Un compte bancaire, que le codice fiscale a rendu possible. Puis, pour un conjoint non européen, la demande à la Questura. Et, en parallèle de tout cela, le décompte des jours, qui court depuis le premier.
Une dernière fois sur la bascule de 2027, parce qu’elle touche ce chapitre par deux endroits. L’article 2 du TUIR, qui définit la résidence et que vous verrez cité partout, devient l’article 2 du D.Lgs. 117/2026 au 1erjanvier 2027 : même numéro, autre texte, fond inchangé. L’article 24-bis, qui porte le forfait et vers lequel votre calendrier d’installation vous conduit peut-être, devient l’article 246, et le sort du montant d’entrée des cohortes antérieures n’est pas écrit. Le D.Lgs. 30/2007, en revanche, celui qui gouverne votre droit de séjour, n’est pas concerné par cette recodification : il relève du droit de l’immigration et de la libre circulation, pas du droit fiscal. Vos formalités de séjour ne changent pas le 1erjanvier 2027. Votre fiscalité, si — dans sa numérotation d’abord, et peut-être, sur un point, dans son montant.
Un calendrier d'installation, pas une liste de formalités
Nous établissons avec vous la séquence complète : date d'arrivée au regard du décompte des 183 jours, date de transfert de la résidence civile, choix de l'adresse déclarée, arbitrage entre S1, inscription volontaire au SSN et assurance privée, et articulation avec l'année du départ côté français. Sur les points de droit non tranchés — droit de séjour du partenaire pacsé, visa d'entrée d'un conjoint non européen, seuil consulaire du visa de résidence élective —, nous organisons la consultation d'avocats et de dottori commercialisti italiens avant tout engagement.

