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Volet du guide États-UnisMis à jour 20 août 2026

Retraite et santé aux États-Unis

Une carrière en deux pays, et se soigner aux États-Unis : la falaise des 400 % mise en équation.

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

Notre accompagnement

Ce que nous faisons concrètement pour un expatrié aux États-Unis

Ce volet expose le droit applicable. La page que nous consacrons à l’expatriation aux États-Unis expose notre intervention : les profils que nous accompagnons, la façon dont nous coordonnons les conseils locaux, et ce qui relève de leur ressort plutôt que du nôtre.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 19RETRAITE·84 MIN

19. Une carrière en deux pays : où liquider, dans quel ordre, et ce que la totalisation donne vraiment

La question arrive toujours dans les mêmes termes : « j’ai vingt-deux ans de cotisations en France et onze ans aux États-Unis, qu’est-ce que je vais toucher ? » Et la réponse commence par une correction qui déçoit : vous ne toucherez pasune retraite, vous en toucherez deux, calculées séparément, par deux administrations qui ne se parlent que par formulaires, selon deux méthodes qui n’ont rien en commun. Il n’existe aucune caisse qui additionne vos trimestres et vos credits pour en faire une pension unique. L’accord franco-américain de sécurité sociale ne fabrique pas une carrière : il évite que vos deux carrières partielles ne s’annulent l’une l’autre.

La seconde déception vient juste après. La totalisation, dont tout le monde parle et que personne ne décrit correctement, est un mécanisme subsidiaire des deux côtés : elle ne joue que là où la carrière nationale ne suffit pas à ouvrir un droit. Un client qui a fait vingt-deux ans en France et onze ans aux États-Unis n’en tirera strictement rien du côté français — ses trimestres français suffisent — et beaucoup du côté américain, où onze ans le placent au-dessus du seuil des quarante credits et le sortent précisément du régime totalisé. La totalisation sert aux carrières courtes. Elle est inutile aux carrières longues, et c’est presque toujours une bonne nouvelle.

Ce chapitre traite ce que vous toucherez, quand, et de qui. Il traite l’accord du 2 mars 1987 et ses limites, le détachement et son certificat, le calcul exact des deux pensions avec deux exemples chiffrés complets, les paramètres américains 2026 — credits,bend points, âge de retraite à taux plein, décote et surcote —, l’abrogation du WEP et du GPO que la quasi-totalité des contenus français ignore encore, la fiscalité des pensions selon qu’elles sont de sécurité sociale, privées ou publiques, et l’ordre dans lequel il faut liquider. Ce qu’il ne traite pas : les plans d’employeur américains et leurs plafonds — 401(k), 403(b), 457(b), IRA, Roth —, qui relèvent du chapitre 18 ; Medicare, la couverture santé et la Caisse des Français de l’étranger, qui relèvent du chapitre 20 ; la lecture article par article de la convention fiscale de 1994 et de sa clause de sauvegarde, qui relèvent des chapitres 4 et 5.

Deux textes, deux dates, et une confusion qui fausse tout raisonnement

Il existe deux instruments franco-américains distincts, et les contenus français les confondent en permanence. L’accord de sécurité sociale du 2 mars 1987 règle l’affiliation, les cotisations et la totalisation des périodes d’assurance. La convention fiscale du 31 août 1994 règle qui impose quoi. Ils n’ont ni le même objet, ni le même champ, ni les mêmes parties signataires côté américain, ni la même histoire : l’accord de 1987 ne comporte aucun avenant dans le recueil consolidé publié par le CLEISS, la convention de 1994 en compte deux — 8 décembre 2004 et 13 janvier 2009.

La conséquence pratique est brutale : le fait de cotiser quelque part ne ditrien de qui imposera la pension, et le fait qu’un État impose ne dit rien de qui la paiera. Un Français détaché aux États-Unis cotise en France (accord de 1987) et sera imposé en France sur la pension qui en résultera (convention de 1994) ; le même Français resté dix ans de plus cotise aux États-Unis et sera imposé aux États-Unis sur la pension américaine, y compris s’il vit à Bordeaux. Les deux raisonnements se conduisent séparément, dans cet ordre, et jamais l’un par l’autre.

L’accord du 2 mars 1987 : intitulé exact, chaîne des textes, entrée en vigueur

Premier réflexe de praticien : ne pas écrire « convention ». Le texte s’intitule accord, et son intitulé complet est « Accord de sécurité sociale entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement des États-Unis d’Amérique ». Trois dates circulent dans les contenus français — 1978, 1987, 1988 — parce que trois dates coexistent réellement : celle de la signature de l’accord, celle de la signature de ses instruments d’application, celle de son entrée en vigueur. Les voici, avec leurs lieux de signature, qui ne sont pas les mêmes non plus.

Les trois instruments de la coordination franco-américaine de sécurité sociale
InstrumentSignaturePublication en FranceEntrée en vigueur
Accord de sécurité sociale entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement des États-Unis d’Amérique — texte de base2 mars 1987, à Paris, en deux exemplaires français et anglais, « les deux textes faisant également foi »Décret n° 88-610 du 5 mai 1988, JO du 8 mai 19881er juillet 1988
Arrangement administratif relatif aux modalités d’application de l’Accord du 2 mars 198721 octobre 1987, à Washington DC—1er juillet 1988, par son article 15 : « entrera en vigueur à la même date que l’Accord »
Dispositions pour l’application de l’Accord du 2 mars 1987 et de l’arrangement administratif du 21 octobre 198720 novembre 1987, à Baltimore — et non le 21 octobre—1er juillet 1988, par son article 7

Un piège de citation mérite d’être signalé, parce qu’il fait perdre du temps à tout le monde : le décret du 5 mai 1988 ne contient pas le texte de l’accord. Il comporte deux articles, l’un ordonnant la publication au Journal officiel, l’autre confiant l’exécution au Premier ministre et au ministre des affaires étrangères. Le texte matériel figure au JO du 8 mai 1988 et, sous forme consolidée, dans le recueil de trente et une pages édité par le Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale. Quand on cite un article de l’accord devant une caisse, on cite ce recueil, pas le décret.

Le mécanisme d’entrée en vigueur, à l’article 28, est celui des accords de totalisation américains et il explique le délai de seize mois entre la signature du 2 mars 1987 et l’effet : les deux gouvernements se notifient l’accomplissement de leurs procédures internes, et l’accord entre en vigueur « le premier jour du troisième mois qui suivra la date de la dernière de ces notifications ». Côté américain, la procédure est celle de la section 233(e) de la Social Security Act, codifiée au 42 USC § 433(e) et reprise au 20 CFR 404.1904 : l’accord ne peut entrer en vigueur qu’après une période pendant laquelle au moins une chambre du Congrès a siégé chacun des soixante jours suivant la transmission par le Président, et à la condition qu’aucune des deux chambres n’ait adopté de résolution de désapprobation. C’est un accord exécutif soumis à un droit de veto parlementaire négatif, non un traité ratifié : la différence explique qu’il puisse être modifié par de simples accords complémentaires.

Sur les avenants, il faut être précis et ne rien affirmer de plus que ce que les sources portent. L’article 25 de l’accord prévoit expressément que celui-ci « pourra être modifié à l’avenir par des accords complémentaires qui seront considérés, dès leur entrée en vigueur, comme faisant partie intégrante du présent Accord », ces accords pouvant avoir effet rétroactif s’ils comportent une clause à cet effet. Le recueil consolidé publié par le CLEISS, ouvert intégralement le 29/07/2026, présente sous l’intitulé « textes franco-américains » trois instruments et seulement trois : l’accord, l’arrangement administratif et les dispositions d’application. Aucun avenant n’y figure. La vérification symétrique n’a pas pu être conduite : le site de la Social Security Administration a refusé la connexion le 29/07/2026, et les règles exposées dans ce chapitre au titre du droit américain sont établies sur le texte du 42 USC et du 20 CFR lus sur les dépôts officiels govinfo et eCFR. Avant tout dossier engageant, faire confirmer par le CLEISS l’état de la chaîne des textes.

Le champ matériel : deux périmètres, et il ne faut jamais les confondre

C’est la clé de lecture de tout l’accord, et elle est presque toujours manquée. Le périmètre de l’accord n’est pas le même selon la question posée. Lorsqu’on demande « à quelle législation suis-je soumis, où dois-je cotiser ? », le champ est celui de l’article 2 tout entier. Lorsqu’on demande « quelles prestations sont coordonnées et totalisées ? », le champ se rétrécit brutalement à ce que couvre le titre III de l’accord, intitulé sans ambiguïté « dispositions relatives aux prestations de vieillesse, de survivant et d’invalidité ».

La dissymétrie de l’article 2, qui commande toute la lecture de l’accord
La question poséeLe périmètre qui s’appliqueFondement
Quelle législation m’est applicable ? Où cotise-t-on pour moi ?Tout le champ de l’article 2. Côté français : l’ensemble des branches, y compris maladie-maternité des non-salariés, accidents du travail et maladies professionnelles, prestations familiales. Côté américain : l’OASDI et les chapitres 2 et 21 de l’Internal Revenue Code, c’est-à-dire la SECA et le FICATitre II de l’accord, articles 5 à 10
Quelles prestations sont coordonnées, exportées et totalisées ?Uniquement la vieillesse, les survivants et l’invaliditéTitre III de l’accord, articles 11 à 18

Côté américain, l’article 2 § 1 a) définit le champ par renvoi, et le renvoi est étroit : « le titre II de la loi sur la sécurité sociale et les règlements d’application y relatifs, à l’exception des articles 226, 226 A et 228 dudit titre », ainsi que « les chapitres 2 et 21 du code des impôts de 1986 ». Retenez cette exception : les articles 226 et 226 A sont précisément ceux qui ouvrent le droit à l’assurance hospitalisation de Medicare. Ils sont exclus, en toutes lettres, du champ de l’accord.

Côté français, le champ de l’article 2 § 1 b) est beaucoup plus large : organisation de la sécurité sociale, assurances sociales des salariés agricoles et non agricoles, accidents du travail et maladies professionnelles, prestations familiales, régimes spéciaux, gens de mer, assurance maladie et maternité des travailleurs non salariés, allocation de vieillesse et assurance vieillesse des non-salariés, ministres des cultes, membres des congrégations, avocats, non-salariés agricoles. Cette largeur n’a d’effet que sur la première question — l’affiliation. C’est pourquoi un détachement américain vers la France exonère de toutes les cotisations françaises de sécurité sociale, y compris maladie et allocations familiales, alors que la totalisation ne joue, elle, que pour la retraite et l’invalidité.

Les cinq exclusions qui décident du dossier

Ce que l’accord ne couvre pas compte davantage, en pratique, que ce qu’il couvre. Cinq exclusions structurent tous les dossiers franco-américains, et aucune n’est intuitive.

Les cinq exclusions du champ de l’accord de 1987
Ce qui est hors du champFondementCe que cela vous coûte
L’assurance maladie, dans les deux sensCôté américain, le titre XVIII (Medicare) n’est pas visé et les articles 226 et 226 A du titre II sont expressément exclus (art. 2 § 1 a) i)). Côté français, les législations maladie figurent bien à l’article 2 § 1 b) mais le titre III ne coordonne que vieillesse, survivants et invaliditéVous n’emportez pas votre couverture maladie française aux États-Unis, et un Américain n’emporte pas Medicare en France. Le CLEISS l’écrit ainsi : « La Convention franco-américaine de sécurité sociale du 2 mars 1987 ne comporte aucune disposition vous permettant de bénéficier du remboursement des soins reçus aux États-Unis au titre de votre retraite française. » Voir le chapitre 20
Le chômage, dans les deux sensL’article 2 ne vise aucune législation d’assurance chômage : ni le titre III de la Social Security Act ni le chapitre 23 de l’IRC (FUTA) côté américain ; côté français, l’assurance chômage est gérée hors du code de la sécurité sociale et n’apparaît dans aucun des huit renvois du b)Aucune période de travail américaine n’ouvre ni ne prolonge un droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi, et réciproquement. Le seul moyen de conserver un droit français est une adhésion volontaire à l’assurance chômage des expatriés, souscrite pendant l’expatriation, dont le régime exact doit être vérifié sur le texte du règlement d’assurance chômage en vigueur au jour du départ
Les retraites complémentaires françaises AGIRC-ARRCOLe b) du § 1 de l’article 2 énumère huit législations : le ii) couvre les assurances sociales des salariés, le viii) l’assurance vieillesse des non-salariés, des ministres des cultes et des avocats. L’AGIRC-ARRCO est un régime complémentaire obligatoire de droit privé, géré par des institutions de retraite complémentaire, et ne figure dans aucun de ces huit renvoisL’AGIRC-ARRCO n’applique pas la totalisation avec les credits américains. En revanche, elle est parfaitement exportable : la pension est versée sur un compte à l’étranger, sous réserve du certificat de vie annuel. Et une carrière française trop courte pour que le régime de base liquide peut malgré tout ouvrir des droits en points
Le régime spécial de la fonction publique françaiseArticle 2 § 1 b) v), in fine : « à l’exclusion toutefois du régime spécial de la fonction publique »Un fonctionnaire d’État ne peut pas totaliser ses trimestres du service des retraites de l’État avec des credits américains. Point rarement relevé, et lourd pour les enseignants détachés, les personnels des postes diplomatiques et les agents en disponibilité
L’assurance volontaire à l’étrangerArticle 2 § 2 : l’accord « ne s’applique pas aux dispositions de la législation française qui étendent aux ressortissants français qui travaillent ou ont travaillé en dehors du territoire français le droit d’adhérer à une assurance volontaire »L’adhésion à la Caisse des Français de l’étranger est un contrat d’assurance volontaire de droit français : elle ne bénéficie d’aucune coordination, ne dispense d’aucune cotisation américaine et n’est opposable à personne aux États-Unis

Sur ce dernier point, une précision de texte que la littérature se transmet à l’envers. L’assurance volontaire vieillesse des expatriés ne relève pas des articles L. 762-1 et suivants du code de la sécurité sociale, qui régissent l’assurance volontaire maladie, maternité et invalidité ainsi que l’assurance volontaire accidents du travail des assurés à l’étranger. L’assurance volontaire vieillesse relève des articles L. 742-1 et L. 742-2, la Caisse des Français de l’étranger assurant la réception des demandes et le recouvrement. Ce n’est pas une querelle de référence : c’est le texte qu’il faut opposer à une caisse qui conteste une adhésion ou un rachat, et le second de ces articles est celui qui ouvre, on va le voir, la voie de rattrapage la plus utile du dossier.

Il n’existe pas de totalisation triangulaire — mais il existe une règle du meilleur accord

C’est la situation la plus fréquente des carrières européennes, et elle se traite en deux temps. Premier temps, la mauvaise nouvelle. L’article 2 § 4 de l’accord écarte de son champ les actes de sécurité sociale pris en application des traités européens et les accords conclus avec des États tiers. Le 20 CFR 404.1910(a) dit la même chose côté américain : « An agreement may not provide for combining periods of coverage under more than two social security systems. » Un Français ayant travaillé en Allemagne, puis en France, puis aux États-Unis ne peut pas agréger les trois. Le règlement européen opère entre États membres, l’accord de 1987 opère entre la France et les États-Unis, et les deux ne se cumulent pas.

Second temps, le corollaire positif que les contenus français ignorent aussi. L’absence de triangulation ne signifie pas qu’un seul accord soit applicable. Le 20 CFR 404.1910(b) dispose : « If a person qualifies under more than one agreement, the person will receive benefits from the U.S. only under the agreement affording the most favorable treatment. » Et le (c) hiérarchise la comparaison : le critère premier est le montant, « benefits will be paid only under the agreement under which the highest benefit is payable » au (c)(3) ; le mois d’ouverture du droit le plus précoce, au (c)(1), et la disponibilité des informations nécessaires, au (c)(2), ne départagent que des montants égaux. Un Français ayant aussi cotisé en Allemagne doit donc faire valoir ses deux carrières européennes séparément auprès de la Social Security Administration : il ne les additionnera pas, mais l’institution américaine retiendra celle des deux coordinations qui lui donne le meilleur résultat. Ne pas produire la seconde, c’est renoncer à une comparaison qui ne coûte rien.

Deux règles de champ personnel complètent le tableau, et leur dissociation est très mal comprise. L’article 3 § 1 ferme le bénéfice de l’accord aux ressortissants d’États tiers, sauf s’ils sont réfugiés, apatrides, ayants droit d’un ressortissant, ou couverts par l’article 16. Mais l’article 10 rend les articles 5, 6, 7 et 9 — ceux qui évitent la double cotisation — applicables sans condition de nationalité, sous deux réserves : le détachement en cascade via un État tiers de l’article 6 § 3, et l’article 8, absent de cette liste, dont le § 2 ne vise que « les ressortissants de l’un des États contractants employés par le Gouvernement de cet État contractant ». totalisation américaine et l’exportation des prestations applicables, elles aussi, indépendamment de la nationalité. Concrètement : un ressortissant marocain résidant en France et parti travailler aux États-Unis évite la double cotisation, mais n’obtient pas la totalisation côté français. Les deux questions se posent séparément.

Le détachement : cinq ans pour le salarié, vingt-quatre mois pour l’indépendant

Le principe est celui de la territorialité, à l’article 5 § 1 : une personne occupée sur le territoire d’un État y est soumise « uniquement à la législation de cet État », même si elle réside dans l’autre État ou si le siège de son employeur s’y trouve. Le détachement est l’exception, et il est enfermé dans des durées que l’on ne peut pas négocier.

Législation applicable et durées de détachement, accord du 2 mars 1987
SituationLégislation applicableDurée maximaleFondement
Salarié détaché par son employeur français vers les États-UnisLégislation française uniquement, comme s’il était occupé en FranceDurée prévisible du travail n’excédant pas cinq ansArticle 6 § 1
Travailleur indépendant exerçant habituellement en France et temporairement aux États-UnisLégislation française uniquementDurée prévisible n’excédant pas vingt-quatre moisArticle 7 § 2
Activité non salariée exercée dans les deux ÉtatsLégislation de l’État où est exercée l’activité principale — celui où l’intéressé conserve un siège fixe pendant plus de cent quatre-vingt-trois jours au cours de l’année fiscale ; à défaut, celui où il est présent le plus grand nombre de joursSans limite de duréeArticle 7 § 3 ; arrangement administratif, article 5 § 1
Personnel navigant aérienLégislation de l’État du siège de l’entrepriseSans limiteArticle 6 § 4
Agents publics et salariés au service du Gouvernement français ou d’un organisme en dépendant, en poste aux États-UnisLégislation française uniquementSans limiteArticle 8
Salarié détaché de France vers un État tiers, puis de cet État tiers vers les États-UnisLégislation française, à la condition supplémentaire que le salarié soit ressortissant d’un État contractantCinq ansArticle 6 § 3 — l’une des deux règles d’affiliation conditionnées par la nationalité, l’autre étant l’article 8 § 2 : l’article 10 ne lève la condition de nationalité que pour les articles 5, 6, 7 et 9

Quatre points de lecture que les contenus français ratent régulièrement. Le premier : c’estcinq ans, pas « trois ans renouvelables » ni « cinq ans renouvelables une fois ». L’accord franco-américain ne comporte aucun mécanisme de prolongation de droit ; le seul instrument d’allongement est la dérogation de l’article 9. Le deuxième : le critère est la durée prévisible appréciée au départ, non la durée effective — un détachement prévu pour quatre ans et prolongé de fait au-delà de cinq ans sort du champ. Le troisième : le lien à l’employeur doit exister avant le détachement, la personne devant être assurée « au titre d’un travail effectué pour un employeur sur le territoire de cet État » ; une embauche directe par la filiale américaine n’est pas un détachement, quelle que soit la dénomination retenue dans le contrat. Le quatrième est l’asymétrie salarié/indépendant, qui est totale et systématiquement ignorée : soixante mois pour le salarié détaché, vingt-quatre mois pour l’indépendant. Un consultant français qui facture depuis les États-Unis en tant qu’indépendant n’a que deux ans de couverture française, et l’assiette de ses cotisations, lorsqu’il exerce dans les deux États, estmondiale : l’arrangement administratif, à son article 5 § 2, prévoit que les revenus soumis à cotisation sont ceux tirés de l’activité non salariée exercée « sur le territoire des deux États contractants ».

Le plafond de cinq ans est glissant, et c’est ce qui piège les allers-retours

L’article 4 de l’arrangement administratif du 21 octobre 1987 pose une règle de renouvellement méconnue et verrouillante. Après une première période de détachement certifiée, une nouvelle période ne peut être certifiée que si l’une des deux conditions suivantes est remplie : il s’écoule un délai minimum d’un an entre la fin de la période initiale et le début de la nouvelle ; ou bien la fin de la nouvelle période ne se situe pas au-delà d’un délai de cinq ans à compter de la date de début de la période initiale. La même règle vaut pour les indépendants, avec vingt-quatre mois au lieu de cinq ans.

Traduction opérationnelle : le plafond de cinq ans est un plafond glissant à compter du premier jour du premier détachement, et non un compteur remis à zéro à chaque mission. Un cadre détaché deux ans en 2020, rentré, puis redétaché en 2023 ne dispose pas de cinq nouvelles années : il dispose de ce qui reste des cinq années ouvertes en 2020, sauf s’il s’est écoulé douze mois pleins entre les deux missions.La seule façon de repartir sur cinq ans pleins est une interruption effective d’au moins douze mois, et cette interruption se prépare, elle ne se constate pas après coup.

Au-delà du terme, le retour au principe de l’article 5 § 1 est automatique : aucune décision, aucune notification, aucun formulaire. Le salarié devient assujetti au FICA — 6,2 % de cotisation salariale OASDI dans la limite du plafond de 184 500 $ en 2026, plus 1,45 % Medicare sans plafond — et cesse de cotiser au régime français. Trois conséquences patrimoniales suivent, dont deux sont mauvaises et une est excellente. Mauvaise, la rupture de l’acquisition des trimestres français : passé le détachement, plus aucun trimestre n’est acquis au régime général, sauf adhésion à l’assurance volontaire vieillesse des articles L. 742-1 et L. 742-2, qui est hors du champ de l’accord. Mauvaise également, la perte de la couverture maladie française, sans droit de suite, l’assurance maladie n’étant pas coordonnée. Excellente, en revanche, la mise en route du décompte des quarante trimestres américains, qui est le seuil décisif de tout ce chapitre : chaque année passée hors détachement rapproche du moment où la pension américaine cesse d’être une pension totalisée proratisée pour devenir une pension pleine.

L’article 9 permet aux autorités compétentes de convenir de dérogations aux règles d’affiliation, « en faveur d’une personne ou d’une catégorie de personnes », à la condition que l’intéressé reste soumis à la législation de l’un des deux États. C’est la seule voie pour dépasser cinq ans, et elle a deux caractéristiques qu’il faut annoncer au client : elle est discrétionnaire, aucun droit n’est acquis ; et elle exige le consentement des deux autorités compétentes, qui sont, pour les États-Unis, le Secretary of Health and Human Services, et pour la France, les ministres chargés de la mise en œuvre des législations visées à l’article 2 § 1 b). Ni l’accord, ni l’arrangement administratif du 21 octobre 1987, ni les dispositions d’application du 20 novembre 1987 ne prescrivent de forme de demande, et aucun texte n’en réserve l’initiative à l’employeur ni au salarié. Une demande de dérogation n’est pas une formalité : elle se motive.

Le certificat de couverture : qui le demande, à qui, et en combien de temps

Le certificat est la pièce qui matérialise le détachement. Son effet est défini à l’article 3 § 1 c) de l’arrangement administratif : les certificats « dispensent l’intéressé d’assujettissement obligatoire à la législation de l’autre État contractant ». C’est ce document, et lui seul, qu’un employeur américain oppose à l’administration fiscale fédérale pour justifier de ne pas prélever le FICA. Sans lui, la double cotisation est due et son remboursement suppose une procédure.

Le certificat de couverture : compétences et effets
PointRègleFondement
Qui demandeL’employeur ou le travailleur non salarié — pas le salarié seul dans le cas d’un détachement salarié. Côté américain, le 20 CFR 404.1914 ouvre en outre la demande au salarié lui-même : « requests for certificates of coverage under the U.S. system may be submitted by the employer, employee, or self-employed individual to SSA »Arrangement administratif, art. 3 § 1 a) ; 20 CFR 404.1914
À qui, en FranceRégime général : la caisse primaire d’assurance maladie. Régime spécial : l’organisme gestionnaire de ce régime. Régime minier : la caisse autonome nationale de sécurité sociale dans les mines. Régime agricole : la caisse de mutualité sociale agricole. Gens de mer : l’établissement national des invalides de la marineArrangement administratif, art. 3 § 3 b)
À qui, aux États-UnisLa Social Security AdministrationArrangement administratif, art. 3 § 3 a)
Durée de validitéDélivré « pour la durée de la mission »Arrangement administratif, art. 3 § 1 a)
CirculationL’organisme qui délivre adresse une copie à l’organisme de liaison de l’autre État ; les deux organismes de liaison échangent annuellement des statistiques sur le nombre de certificats délivrésArrangement administratif, art. 3, dernier alinéa, et art. 13

Sur les formulaires, une précision qui évite un aller-retour : « SE 404 » n’est pas un formulaire, c’est une série. Le recueil consolidé en annexe en énumère cinq : le SE 404-01, attestation d’assujettissement à la législation française ; le SE 404-02, attestation concernant la législation applicable, dite « maintien d’affiliation », qui est le certificat de détachement de France vers les États-Unis ; le SE 404-03, formulaire de liaison ; le SE 404-03a, annexe relative à la demande de pension d’invalidité ; et le SE 404-04, rapport médical. Demander « le formulaire SE 404 » à une caisse, c’est demander cinq documents à la fois.

Côté américain, aucune référence de formulaire ne figure dans un texte publié. Le 20 CFR 404.1914 se borne à prévoir que les demandes « may be submitted » à la Social Security Administration, et l’article 2 § 2 de l’arrangement administratif confie l’arrêt des formulaires à l’administration américaine et aux autorités françaises « d’un commun accord ». La référence que l’on rencontre couramment ne peut donc être vérifiée que sur les pages de la Social Security Administration, qui a refusé la connexion le 29/07/2026 : nous ne la citons pas, et nous invitons le lecteur à obtenir la référence exacte auprès du CLEISS ou de sa caisse primaire.

Le délai de délivrance : ce qu’aucun texte ne fixe, et ce qu’il faut donc faire

Les contenus commerciaux annoncent « deux à huit semaines » sans base. Les textes de l’accord, l’arrangement administratif du 21 octobre 1987, les dispositions d’application du 20 novembre 1987 et le 20 CFR partie 404 sous-partie T, lus intégralement le 29/07/2026, ne fixent aucun délai de délivrance. L’article 3 § 1 de l’arrangement prescrit une délivrance « à la demande », sans condition de délai ; l’article 19 § 1 de l’accord se borne à imposer aux institutions de se prêter « leurs bons offices ».

Le délai réel est donc un délai de pratique administrative, sans recours en cas de lenteur et sans engagement opposable. La conséquence est simple et elle est de méthode plus que de droit : la demande se dépose six mois avant le départ, elle se double d’une relance écrite datée à trois mois, et elle ne conditionne jamais la date de la mission. Un détachement qui commence sans certificat n’est pas irrégulier, mais l’employeur américain, lui, prélèvera le FICA jusqu’à réception du document, et c’est ensuite une régularisation à conduire.

Une condition sans équivalent en sens inverse mérite d’être connue des groupes américains qui envoient des salariés en France. L’article 3 § 2 de l’arrangement administratif subordonne la délivrance du certificat américain, pour un détachement des États-Unis vers la France, à l’attestation par l’employeur ou le travailleur non salarié de ce que le salarié « est assuré dans le cadre d’un plan de protection contre les coûts des soins de santé, ainsi que les membres de sa famille qui l’accompagnent ». À défaut, « l’intéressé sera assujetti à la législation française » et exempté de la législation américaine. Autrement dit : un détachement américain vers la France échoue si la couverture santé n’est pas attestée, et le salarié bascule d’office dans le régime français. Le texte de l’arrangement, lu intégralement le 29/07/2026, ne comporte pas de condition symétrique pour un détachement de France vers les États-Unis.

Dernier avertissement, purement pratique : l’arrangement date de 1987 et emploie des dénominations disparues. Le « centre de sécurité sociale des travailleurs migrants » est devenu le CLEISS ; l’« organisme conventionné par les caisses mutuelles régionales » n’existe plus, les travailleurs indépendants relevant du régime général depuis 2020 ; le « ministre de la santé et de la protection sociale » désigne, du côté américain, le Secretary of Health and Human Services. Citer ces noms tels quels devant un interlocuteur de 2026 fait perdre la moitié de l’entretien.

La totalisation : six trimestres d’un côté, aucun seuil de l’autre

Le mot « totalisation » décrit une opération très précise, et elle n’est pas celle qu’on imagine. Elle ne consiste pas à additionner deux carrières pour obtenir une pension plus grosse. Elle consiste, pour l’institution d’un État qui constate qu’un assuré n’a pas assez de périodes chez elle pour ouvrir un droit, à emprunter les périodes accomplies dans l’autre État — uniquement pour vérifier que la condition d’ouverture est remplie —, puis à calculer une pension réduite au prorata de ses propres périodes. L’emprunt sert à ouvrir la porte ; il ne remplit pas la caisse.

Les deux États ne posent pas la même condition d’entrée, et l’asymétrie est importante. Côté américain, il faut au moins six trimestres américains. L’article 12 § 1 de l’accord vise « les personnes totalisant au moins six trimestres d’assurance au titre de la législation des États-Unis mais ne totalisant pas un nombre suffisant de trimestres d’assurance pour avoir droit aux prestations », et le 20 CFR 404.1908(a) le confirme dans les mêmes termes : « an individual must have at least 6 quarters of coverage […] under the U.S. system », avec cette précision de borne ancienne : « no credit will be given […] for periods of coverage acquired before January 1, 1937 ». En dessous de six trimestres américains, la totalisation américaine est fermée : aucune pension américaine, quel que soit le nombre de trimestres français. Les trimestres américains ne sont pas perdus pour autant — ils comptent, en sens inverse, côté français.

Côté français, il n’existe aucun seuil pour la vieillesse. L’article 13 § 4 ouvre la totalisation dès lors que l’assuré « n’a pas de périodes d’assurance suffisantes », sans exiger un nombre minimal de trimestres américains. Le seuil de six trimestres n’apparaît de ce côté que dans deux hypothèses, toutes deux propres à l’invalidité et étrangères à la vieillesse : pour l’invalidité, lorsque l’assuré n’est plus couvert par le régime français, l’article 13 § 5 exigeant qu’il ait accompli « au moins six trimestres d’assurance en vertu de la législation des États-Unis » ou qu’il ait droit à des prestations américaines ; et comme règle d’ordre d’instruction, les dispositions d’application du 20 novembre 1987 prévoyant, à leur article 2, II, 3, que si le relevé américain indique moins de six trimestres, « l’institution française ne peut procéder à la détermination des droits du requérant qu’après avoir reçu la notification de prestations de la sécurité sociale du régime des États-Unis ». Cette seconde règle n’interdit rien : elle allonge le délai, et c’est déjà beaucoup.

Le mécanisme de la totalisation, opération par opération
OpérationRègle exacteFondement
France → États-Unis : conversion« L’institution des États-Unis valide un trimestre d’assurance pour chaque trimestre d’assurance accompli en vertu de la législation française, à la condition qu’ils ne se superposent pas […]. Le nombre total de trimestres d’assurance qui peut être validé pour une année ne peut excéder quatre. »Accord, art. 12 § 2
États-Unis → France : conversion« Un trimestre d’assurance attesté par l’organisme des États-Unis équivaut à un trimestre d’assurance validé au titre de la législation française. »Arrangement administratif, art. 8 § 4
Périodes qui se superposentChaque institution ne prend en compte que les périodes accomplies au titre de la législation qu’elle applique. Une année de détachement, cotisée en France et travaillée aux États-Unis, ne compte donc qu’une fois de chaque côtéArrangement administratif, art. 8 § 3
Imputation américaine des périodes françaisesUn trimestre est crédité « for every 3 months (or equivalent period), or remaining fraction of 3 months, of coverage in a reporting period », les trimestres étrangers étant imputés chronologiquement, uniquement sur des trimestres qui ne sont pas déjà des trimestres américains. L’exemple réglementaire : huit mois de couverture étrangère donnent 2 trimestres pleins, plus un reste de deux mois, soit 3 trimestres20 CFR 404.1908(b)(1)
Réaffectation exceptionnelleSi l’imputation chronologique fait échouer le currently insured status ou la condition d’ouverture d’une période d’invalidité, les trimestres étrangers « may be assigned to different calendar quarters » à l’intérieur de la période de rapport certifiée20 CFR 404.1908(b)(2)
Extinction du droit totalisé américain« Le droit à prestations à la charge des États-Unis […] s’éteint avec l’acquisition de périodes d’assurance suffisantes en vertu de la législation des États-Unis pour ouvrir droit à des prestations égales ou supérieures sans la nécessité de se prévaloir » de la totalisationAccord, art. 12 § 4
Subsidiarité françaiseSi les périodes françaises seules suffisent, l’institution française liquide sans totalisation, sur les seules périodes françaisesAccord, art. 13 § 2
Le couperet de la carrière française très courte« Si la somme des périodes d’assurance accomplies en vertu de la législation française n’atteint pas une année, l’institution française n’est pas tenue d’accorder des prestations sur la base desdites périodes sauf si, en vertu de ces seules périodes, un droit à prestations est acquis. » Ces trimestres sont alors pris en compte par les États-Unis au titre de l’article 12Accord, art. 14

Deux règles de champ méritent encore une phrase. Les périodes accomplies dans un régime spécial français ne reçoivent les périodes américaines que si celles-ci ont été accomplies « dans la même profession ou le même emploi » ; à défaut, elles sont prises en compte au titre du régime général, « compte non tenu de leur spécificité » (article 17 §§ 1 et 2). Et l’article 18 de l’accord rend tout le chapitre applicable par analogie aux droits des conjoints et enfants survivants : une pension de réversion française peut donc être ouverte par totalisation des périodes américaines du défunt.

Le calcul américain, en quatre temps — et le dénominateur que tout le monde se trompe

L’accord énonce le principe à son article 12 § 3 : l’institution américaine calcule d’abord un « montant d’assurance de base théorique » comme si le travailleur avait accompli une durée d’assurance complète « au niveau de gains validés en sa faveur au cours des périodes d’assurance effectivement accomplies », puis applique à ce montant théorique « le quotient formé par la durée des périodes d’assurance du travailleur validées en vertu de la législation des États-Unis divisée par la durée d’une assurance complète ». La mécanique exacte est au 20 CFR 404.1918, et elle est absente de la totalité des contenus français consultables.

Le calcul de la pension américaine totalisée, 20 CFR 404.1918
TempsCe que fait l’administration américaineFondement
1. Position relative de gains (relative earnings position)Pour chaque année créditée d’au moins un trimestre américain, on divise les gains américains réels par le salaire moyen national de l’année, en pourcentage. On additionne ces pourcentages, on divise la somme par le nombre total de trimestres crédités, et on multiplie par 4 — ce qui revient à calculer la position sur une base trimestrielle. Les gains d’une année comportant 1, 2 ou 3 trimestres sont plafonnés à 1/4, 1/2 et 3/4 des gains maximaux créditables de l’année20 CFR 404.1918(b)(3)
2. Relevé de gains théoriquePour chacune des computation base years, on attribue au travailleur cette position relative multipliée par le salaire moyen national de l’année, dans la limite du plafond annuel. Aucune attribution avant l’année des 22 ans, ni à compter de l’année de la retirement age ou du début d’une période d’invalidité, sauf gains américains réels sur ces années20 CFR 404.1918(b) et 404.1047
3. PIA théoriqueCalculé sur ce relevé théorique par la méthode ordinaire de l’AIME, avec indexation des gains théoriques20 CFR 404.210(a) et 404.211
4. PIA proratiséPIA théorique multiplié par le rapport entre le nombre de trimestres américains réels et le nombre de trimestres civils de la coverage lifetime20 CFR 404.1918(a)(3) et (d)

La coverage lifetime n’est pas la durée écoulée de votre carrière : c’est cette durée diminuée de cinq années

C’est l’erreur de calcul la plus coûteuse du dossier, et elle se propage dans tous les chiffrages qui circulent parce qu’elle paraît naturelle. Le dénominateur du prorata n’est pas le nombre d’années écoulées depuis vos 22 ans : ce sont les benefit computation years, et le 20 CFR 404.211(e) les définit comme les années écoulées diminuées de cinq : « For computing old-age insurance benefits and survivors insurance benefits, we subtract 5 from the number of your elapsed years. » L’exemple réglementaire du 20 CFR 404.1918(d) le confirme sans ambiguïté : pour un travailleur comptant trente et une années écoulées, le prorata retenu est « 26 QC’s ÷ 104 quarters (26 years) » — trente et une moins cinq.

Un dénominateur surévalué de cinq années, sur une carrière de quarante ans — 160 trimestres au lieu de 140 —, c’est 12,5 % de pension américaine en moins dans le chiffrage que vous présenterez à votre client. Aucune administration ne rectifiera jamais votre calcul : elle appliquera le sien, qui est le bon, et votre client constatera un écart qu’il ne s’expliquera pas. Le texte réglementaire a été lu le 29/07/2026 sur le dépôt officiel de l’electronic Code of Federal Regulations ; le site de la Social Security Administration, lui, a refusé la connexion ce jour-là.

Le PIA proratisé américain, et son plafond de faveur

ANNÉES ÉCOULÉES (elapsed years)
          = de l’année de vos 22 ans (ou 1951 si plus tard)
            jusqu’à l’année précédant celle de vos 62 ans

        BENEFIT COMPUTATION YEARS
          = années écoulées  -  5

        COVERAGE LIFETIME (en trimestres civils)
          = benefit computation years  x  4

                                      trimestres américains réels
        PIA proratisé = PIA théorique x ───────────────────────────
                                            coverage lifetime

        PLAFOND DE FAVEUR (20 CFR 404.1918(a)(4))

          Si PIA proratisé  >  PIA qui serait calculé SANS totalisation,
          alors le PIA proratisé est RAMENÉ à ce dernier.
          La totalisation ne peut jamais majorer une pension
          déjà ouverte par la seule carrière américaine.
  • PIA théorique :montant d’assurance de base reconstitué comme si toute la coverage lifetime avait été travaillée aux États-Unis à votre position relative de gains américaine
  • Trimestres américains réels :les quarters of coverage effectivement validés par des gains américains, jamais les trimestres français empruntés pour ouvrir le droit
  • Coverage lifetime :les benefit computation years du 20 CFR 404.211(e), converties en trimestres civils : années écoulées diminuées de cinq, multipliées par quatre

Les trimestres français servent à FRANCHIR le seuil des quarante trimestres qui ouvre le droit. Ils n’entrent ni au numérateur ni au dénominateur du prorata : le montant, lui, ne récompense que la carrière américaine. C’est pourquoi une pension américaine totalisée est toujours modeste, et pourquoi elle n’est jamais nulle.

Le calcul français : pension théorique, prorata, et le plafond qui vous protège

Le mécanisme français, à l’article 13 § 4, suit la même logique en trois temps et comporte deux précisions décisives que les contenus français escamotent l’une et l’autre. Premier temps, le b) i) : le droit est examiné en tenant compte des périodes américaines, « tant pour l’ouverture du droit que pour le maintien ou le recouvrement de ce droit ». Deuxième temps, le b) ii) : on calcule une pension théorique, celle « à laquelle l’assuré aurait droit si toutes les périodes d’assurance ou assimilées avaient été accomplies exclusivement sous sa propre législation ». Troisième temps, le b) iii) : on proratise.

La pension française proratisée (accord du 2 mars 1987, art. 13 § 4 b))

PENSION THÉORIQUE
          = pension française calculée sur la TOTALITÉ des périodes
            (françaises + américaines non superposées)

          MAIS le salaire annuel moyen servant de base
          est déterminé « sur la base de la période d’assurance
          accomplie en vertu de la législation française ».
          Le salaire américain, même très élevé, n’y entre JAMAIS.

                                                  (A) périodes françaises
        PENSION VERSÉE = pension théorique  x  ───────────────────────────
                                               (B) total des deux États

          (B) est LIMITÉ au nombre de trimestres requis
              pour une pension de vieillesse complète
              en vertu de la législation française.
  • (A) :les seuls trimestres validés au régime français, régimes complémentaires exclus
  • (B) :la somme des trimestres des deux États, plafonnée à la durée requise de votre génération : 168 trimestres pour un assuré né entre le 1er janvier et le 31 août 1961, 169 du 1er septembre 1961 au 31 décembre 1962, 170 du 1er janvier 1963 au 31 mars 1965, 171 du 1er avril au 31 décembre 1965, 172 à compter du 1er janvier 1966 (art. L. 161-17-3 du code de la sécurité sociale, version en vigueur depuis le 31 décembre 2025, applicable aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026)

Le plafonnement du dénominateur est la clause qui protège l’assuré, et elle n’apparaît nulle part dans les contenus grand public. Sans elle, une carrière américaine de quarante ans diluerait indéfiniment un prorata français : douze trimestres français sur deux cent quarante. Avec elle, le dénominateur cesse de croître à la durée requise, et le prorata cesse de baisser.

L’invalidité obéit à un régime propre, sans équivalent en vieillesse, et il est généreux : l’article 13 § 3 impose à l’institution française de liquider selon la méthode proratisée dès lors que l’assuré a droit aux deux pensions d’invalidité — même si les périodes françaises suffisaient —, mais ajoute un complément différentiel : si la pension française calculée exclusivement selon le droit français, sans l’accord, est plus élevée que le total des deux prestations conventionnelles, la France verse la pension proratisée majorée de la différence. L’accord ne peut donc jamais faire perdre en invalidité. La conversion des prestations américaines se fait au cours mensuel moyen du premier mois du trimestre civil précédant la conversion, et les documents médicaux circulent sans frais entre institutions, un examen demandé par l’une et pratiqué dans l’autre restant à la charge de l’organisme demandeur.

Premier cas chiffré : vingt ans en France, sept ans aux États-Unis, retour en France

Claire est née le 12 mars 1961. Elle a validé 80 trimestres au régime général français de 1985 à 2004, puis a travaillé sept années pleines aux États-Unis de 2005 à 2011 comme salariée d’une filiale américaine, au-delà de la période de détachement, ce qui lui a valu 28 trimestres américains ; elle est ensuite revenue en France et y a validé 60 trimestres de 2012 à 2026. Aucune période ne se superpose. Née avant le 1er septembre 1961, elle relève d’un âge légal de 62 ans et d’une durée requise de 168 trimestres.

Volet américain. Claire a 28 trimestres américains, donc plus que les six requis : la totalisation est ouverte. Elle n’en a pas 40 : sans l’accord, elle n’aurait aucun droit américain. L’institution américaine ajoute ses trimestres français non superposés, à raison d’un pour un et de quatre au maximum par an ; le total dépasse très largement les quarante trimestres exigés par le 42 USC § 414(a). Le droit est ouvert. Reste à le chiffrer. En supposant, pour l’illustration, que sa position relative de gains sur ses sept années américaines ressorte à 175 % du salaire moyen national — profil de cadre expatriée —, le relevé théorique reconstitué conduit à une AIME théorique de l’ordre de 9 000 $.

Le PIA théorique de Claire, calculé pour l’illustration aux points d’inflexion 2026 de 1 286 $ et 7 749 $ ; ceux qui lui seraient réellement opposables sont ceux de 2023, année de ses 62 ans, les points d’inflexion se figeant à l’année d’éligibilité
Tranche du PIA 2026Base retenueTauxMontant mensuel
Jusqu’à 1 286 $ d’AIME1 286 $90 %1 157,40 $
De 1 286 $ à 7 749 $6 463 $32 %2 068,16 $
Au-delà de 7 749 $1 251 $15 %187,65 $
PIA théorique——3 413,21 $ par mois

Vient la proratisation, et c’est ici que le dénominateur décide de tout. Claire a 22 ans en 1983 et 62 ans en 2023 : ses années écoulées vont de 1983 à 2022, soit 40. Ses benefit computation years sont donc de 35 — quarante moins cinq —, et sa coverage lifetime de 140 trimestres civils, non de 160. Son PIA proratisé s’établit à 3 413,21 $ × 28/140, soit 682,64 $ par mois. Le plafond de faveur du 20 CFR 404.1918(a)(4) ne joue pas : sans totalisation, Claire n’aurait aucun droit à comparer.

Ce que Claire touche selon l’âge auquel elle demande sa pension américaine
Âge de liquidation de la pension américaineCoefficientPension mensuelle bruteAprès la retenue américaine de 25,5 %
62 ans70,0 % (36 mois à 5/9 de 1 %, puis 24 mois à 5/12 de 1 %)478 $356 $
67 ans, âge de retraite à taux plein de sa génération100 %683 $509 $
70 ans124,0 % (36 mois de surcote à 2/3 de 1 %)846 $630 $

Volet français, et la surprise. Claire a 140 trimestres français, ce qui suffit à ouvrir un droit à pension de vieillesse en France. L’article 13 § 2 s’applique donc : l’institution française liquide sans totalisation et sur les seules périodes françaises. Ses 28 trimestres américains n’améliorent pas d’un euro sa pension française. Il faut le dire au client avant qu’il ne le découvre, parce que c’est exactement l’inverse de ce qu’il attend.

Reste sa décote, et là aussi la règle circule à l’envers. Si elle liquidait dès 62 ans, en 2023, elle n’aurait validé que 124 trimestres pour 168 requis, et il lui manquerait 44 trimestres au regard de la durée requise. Mais l’article R. 351-27 du code de la sécurité sociale n’applique pas ce nombre : il impose de retenir le plus petit de deux nombres— les trimestres qui séparent l’assuré de l’âge d’annulation de la décote, 67 ans au titre de l’article L. 351-8, et les trimestres qui lui manquent pour la durée requise. Liquidant à 62 ans, Claire est à cinq ans de 67 ans : le nombre retenu est de 20 trimestres, non de 44. Si elle liquidait à 64 ans, avec 136 trimestres validés, il serait de 12. l’on lit partout et qui est inapplicable dès qu’on change d’âge de liquidation ; et les trimestres américains ne réduisent ni l’un ni l’autre de ces deux nombres, puisque la totalisation n’est pas mise en œuvre.

Second cas chiffré : trois ans en France, toute la carrière aux États-Unis

Marc est né en 1962. Il a validé 12 trimestres au régime général français entre 1984 et 1986, puis a fait toute sa carrière aux États-Unis, avec 140 trimestres américains. C’est le cas symétrique du précédent, et il inverse tout : côté américain, 140 trimestres le rendent fully insured et l’article 12 § 4 éteint le régime totalisé, sa pension américaine étant une pension pleine, calculée normalement ; côté français, ses 12 trimestres seuls ne mènent nulle part et c’est la totalisation qui joue.

Le calcul français se déroule ainsi. Totalisation : 12 trimestres français + 140 trimestres américains = 152 trimestres, sur lesquels le droit est examiné. Pension théorique : calculée comme si les 152 trimestres avaient été accomplis en France, mais — et c’est le point capital — le salaire annuel moyen reste déterminé sur les seuls salaires français de 1984 à 1986, revalorisés. Un salaire américain de 300 000 $ pendant trente ans n’entre jamais dans le salaire annuel moyen français. Proratisation, enfin : 12 divisé par le plus petit de 152 et de 169 — la durée requise de la génération 1962 —, soit 7,89 % de la pension théorique.

Ce que la totalisation française apporte à Marc, et ce qu’elle ne lui apporte pas

On lit couramment que la totalisation ferait passer un assuré comme Marc de la décote maximale au taux plein, avec un gain de l’ordre d’un tiers. C’est faux, deux fois. D’abord, 152 trimestres totalisés ne donnent pas le taux plein à un assuré né en 1962, dont la durée requise est de 169 trimestres : il en manque dix-sept. Ensuite et surtout, l’article R. 351-27 impose de retenir le plus petit des deux décomptes — les trimestres jusqu’à 67 ans, les trimestres manquants. Avec douze trimestres comme avec cent cinquante-deux, c’est le premier qui l’emporte : le taux est identique dans les deux hypothèses. Et à 67 ans, il n’y a de décote dans aucune des deux.

Ce que la totalisation lui apporte réellement est double, et suffit à la rendre décisive. Elle ouvre et maintient le droit à pension française (article 13 § 4 a)), là où douze trimestres seuls exposent au couperet de l’article 14. Et elle fait jouer le plafonnement du dénominateur de l’article 13 § 4 b) iii) : le total est limité aux 169 trimestres requis pour le taux plein, ce qui borne la dilution du prorata. Si Marc n’avait eu que trois trimestres français — moins d’une année —, l’institution française n’aurait pas été tenue de liquider quoi que ce soit, et ces trimestres auraient été pris en compte par les États-Unis au titre de l’article 12.

Ne jamais annoncer à un client un gain de pension au titre de la totalisation française lorsque sa carrière française est courte et qu’il liquide à 67 ans : il n’y en a pas. Ce qu’il gagne, c’est l’existence même de la pension.

Quand la totalisation sert, et à qui
Votre situationTotalisation américaine (art. 12)Totalisation française (art. 13)
40 trimestres américains ou plus, et durée requise atteinte en FranceSans objet : l’article 12 § 4 éteint le régime totaliséSans objet : l’article 13 § 2 impose la liquidation sur les seules périodes françaises
6 à 39 trimestres américains, carrière française complèteUtile : elle ouvre un droit américain qui n’existerait pas du toutSans objet
Carrière américaine complète, 4 à 20 trimestres françaisSans objetUtile : elle ouvre le droit et borne le dénominateur du prorata
Moins de 6 trimestres américainsFerméeUtile dès 4 trimestres français
Moins de 4 trimestres françaisUtile : les trimestres français comptent côté américainFaculté de refus de l’institution française (art. 14)
Fonctionnaire d’État françaisSans objet pour le régime du service des retraites de l’État, expressément exclu du champFermée pour ce régime : totalisation impossible avec les credits américains
Périodes en Allemagne, en France et aux États-UnisPas de triangulation, mais application d’office de l’accord bilatéral le plus favorable (20 CFR 404.1910(b))Pas de triangulation

Exportation, cumul, revalorisation : ce que l’accord garantit une fois les pensions liquidées

L’article 11 lève les clauses de résidence dans les deux sens, et c’est une protection réelle. Les dispositions américaines « qui limitent, suspendent ou annulent les droits à prestations ou les paiements de prestations en espèces uniquement pour le motif que la personne réside à l’étranger » ne sont pas applicables aux personnes résidant en France ; symétriquement, les prestations françaises ne peuvent subir aucune restriction « pour le seul motif que la personne […] réside sur le territoire des États-Unis ». Et l’article 12 § 5 rend cette exportation applicable indépendamment de la nationalité : c’est ce qui permet à un Français non ressortissant américain de percevoir sa Social Security à Bordeaux sans condition de séjour.

Une clause plus technique mérite d’être connue parce qu’elle empêche un double-abattement : l’article 10 § 3 de l’arrangement administratif dispose que les prestations proratisées de vieillesse, de survivants ou d’invalidité servies par un État « ne sont pas réduites par suite de la prise en compte de prestations proratisées de même nature qui sont versées par un organisme de l’autre État ». La France ne peut donc pas réduire sa pension proratisée au motif que les États-Unis en servent une, et réciproquement. En revanche, le § 2 du même article autorise chaque État à appliquer ses règles internes de réduction ou de suspension pour d’autres motifs — cumul emploi-retraite notamment, et l’on verra que la règle américaine réserve ici une surprise désagréable.

Enfin, chaque pension est revalorisée selon les règles de l’État qui la sert (article 9 de l’arrangement) : la pension française suit les revalorisations françaises, la pension américaine suit le cost-of-living adjustment américain, qui a été de + 2,8 % à effet de décembre 2025, donc perçu à compter du versement de janvier 2026. Le paiement est fait directement au bénéficiaire, il peut intervenir dans la monnaie de l’État débiteur, et l’article 23 § 2 de l’accord engage les deux gouvernements à prendre « immédiatement les mesures nécessaires » en cas de restriction de change. Deux pensions, deux monnaies, deux calendriers de revalorisation : le risque de change n’est pas couvert par l’accord, et il se pilote comme un risque de portefeuille.

Les credits américains : 1 890 $ en 2026, quatre par an, et un seuil qui commande tout

L’unité de compte américaine s’appelle le quarter of coverage, ou credit. Elle porte le nom d’un trimestre et n’en est pas un : c’est un seuil de gains annuels, et le calendrier lui est indifférent. En 2026, il faut 1 890 $ de gains soumis à cotisation pour valider un credit, avec un maximum de quatre par année civile : un salarié qui gagne 7 560 $ au mois de janvier a ses quatre credits pour l’année entière. C’est l’exact inverse de la logique française du trimestre civil, et cela a une conséquence de conseil immédiate : un stage rémunéré de trois mois, une mission courte, une facturation d’indépendant de quelques milliers de dollars valent une année pleine de credits.

Le statut assuré se décline en deux notions qu’il ne faut pas confondre. Le fully insured status — celui qui ouvre la retraite personnelle et les prestations de survivant — est atteint de deux manières alternatives, au 42 USC § 414(a) : soit un credit par année civile écoulée après 1950 ou, si elle est postérieure, l’année des 21 ans, et avant l’année du décès ou, si elle est antérieure, l’année des 62 ans, avec un minimum de six credits ; soit, en tout état de cause, quarante credits. Le currently insured status, lui, exige au moins six credits au cours des treize trimestres se terminant avec celui du décès, de l’ouverture du droit à retraite ou de la dernière période d’invalidité ; il ne sert qu’à certaines prestations de survivants.

Deux précisions de lecture, parce que la formule courte « quarante credits, soit dix ans » est vraie en pratique mais masque une porte utile. La borne des 62 ans compte : les années postérieures n’exigent plus de credit, contrairement à ce que suggèrent les tableaux qui l’omettent. Et les deux branches étant alternatives, la première ne peut jamais être plus contraignante que la seconde : quarante credits suffisent toujours, mais une personne décédée ou devenue invalide jeune peut être fully insured avec six credits seulement, si elle en compte un par année écoulée depuis ses 21 ans. Pour une carrière transfrontalière interrompue tôt — décès d’un conjoint parti travailler aux États-Unis à 26 ans, par exemple —, c’est cette branche-là qu’il faut tester en premier, et pratiquement personne ne la teste.

Les cotisations qui construisent les credits, paramètres 2026
Prélèvement 2026Taux salariéTaux employeurAssiette
OASDI — retraite, survivants, invalidité6,2 %6,2 %Salaire, dans la limite de la contribution and benefit base de 184 500 $
Assurance hospitalisation (Medicare partie A)1,45 %1,45 %Salaire, sans plafond
Additional Medicare Tax0,9 %—Fraction du salaire au-delà de 200 000 $ pour un célibataire, 250 000 $ en déclaration conjointe, 125 000 $ en déclaration séparée
SECA — travailleurs indépendants12,4 % au titre de l’OASDI et 2,9 % au titre de Medicare—Net earnings from self-employment

Du salaire au PIA : l’AIME, les points d’inflexion 2026, et l’année qui les fige

Le calcul américain part de l’AIME, la moyenne mensuelle des gains indexés. Les gains soumis à cotisation de chaque année sont indexés sur l’évolution de l’indice national des salaires jusqu’à l’année des 60 ans, les années postérieures étant retenues en valeur nominale ; les 35 meilleures années sont ensuite additionnées et divisées par 420 mois. Retenez cette dernière phrase : le diviseur est fixe. Les années manquantes ne sont pas ignorées, elles comptent pour zéro, et c’est le mécanisme qui pénalise le plus lourdement une carrière transfrontalière.

Le PIA américain 2026, points d’inflexion et taux

PIA mensuel =

            90 %  x  la fraction d’AIME jusqu’à 1 286 $
          + 32 %  x  la fraction d’AIME entre 1 286 $ et 7 749 $
          + 15 %  x  la fraction d’AIME au-delà de 7 749 $

        Formule publiée pour les personnes devenant éligibles
        en 2026 (Federal Register du 3 novembre 2025,
        document 2025-19763).

        PLAFOND DE PRESTATION FAMILIALE 2026

            150 %  x  la fraction de PIA jusqu’à 1 643 $
          + 272 %  x  la fraction de PIA entre 1 643 $ et 2 371 $
          + 134 %  x  la fraction de PIA entre 2 371 $ et 3 093 $
          + 175 %  x  la fraction de PIA au-delà de 3 093 $
  • AIME :moyenne mensuelle des 35 meilleures années de gains indexés, divisée par 420 mois, les années manquantes comptant pour zéro
  • PIA :Primary Insurance Amount, la pension due à l’âge de retraite à taux plein, avant décote, surcote et retenues
  • Plafond de prestation familiale :il écrête la somme des prestations dérivées servies sur un même compte : lorsqu’un conjoint et deux enfants ouvrent des droits, leurs prestations sont réduites proportionnellement pour tenir dans ce plafond, la prestation du travailleur lui-même n’étant jamais réduite

La formule est fortement redistributive : 90 % sur la première tranche, 15 % au-delà de la seconde. Un cadre expatrié qui aura beaucoup cotisé pendant peu d’années récupère donc proportionnellement peu. C’est une raison de plus pour ne pas mesurer l’intérêt d’une pension américaine à l’aune des cotisations versées.

Les points d’inflexion se figent à 62 ans, pas au jour où vous liquidez

C’est l’erreur la plus fréquente des simulateurs approximatifs et elle fausse tous les arbitrages d’ajournement. Les bend points applicables à votre dossier sont ceux de l’année où vous devenez éligible, c’est-à-dire de l’année de vos 62 ans— jamais ceux de l’année où vous demandez votre pension. Une personne née en 1964, qui atteint 62 ans en 2026, conserve à vie les points d’inflexion de 1 286 $ et 7 749 $, même si elle liquide à 70 ans en 2034. Seul le cost-of-living adjustment s’applique ensuite, année après année.

Conséquence pratique : différer sa demande ne fait pas bénéficier de points d’inflexion plus favorables, et le cost-of-living adjustment s’applique de toute façon, que vous ayez ou non liquidé. Le seul gain de l’ajournement est la surcote, qui est déjà considérable — mais il ne faut pas lui en ajouter un imaginaire.

Un dispositif marginal mérite une phrase, parce qu’il revient régulièrement dans les questions : le special minimum, réservé aux carrières longues à bas salaires, exige au moins onze années de couverture, une année de couverture supposant des gains atteignant 25 % du plafond de cotisation « ancienne loi » pour les années antérieures à 1991 et 15 % ensuite. Après le cost-of-living adjustment de 2,8 %, son montant part de 53,50 $ par mois pour onze années de couverture. Il est presque toujours inférieur au PIA ordinaire, et sans aucun intérêt pour la clientèle qui nous consulte.

L’âge de retraite à taux plein, et le piège du 1er janvier

L’âge de retraite à taux plein américain — la full retirement age— est défini au 42 USC § 416(l) par référence à l’année où l’intéressé atteint l’early retirement age, fixé à 62 ans pour la retraite et les prestations de conjoint, et à 60 ans pour les prestations de veuf ou de veuve. Le facteur d’augmentation est de deux mois par année civile.

L’âge de retraite à taux plein américain par année de naissance
Année de naissance62 ans atteints enÂge de retraite à taux pleinFondement
1937 et avantavant 200065 ans§ 416(l)(1)(A)
1938200065 ans et 2 mois§ 416(l)(1)(B) et (3)
1939200165 ans et 4 moisidem
1940200265 ans et 6 moisidem
1941200365 ans et 8 moisidem
1942200465 ans et 10 moisidem
1943 à 19542005 à 201666 ans§ 416(l)(1)(C)
1955201766 ans et 2 mois§ 416(l)(1)(D) et (3)
1956201866 ans et 4 moisidem
1957201966 ans et 6 moisidem
1958202066 ans et 8 moisidem
1959202166 ans et 10 moisidem
1960 et après2022 et après67 ans§ 416(l)(1)(E)

Reste la règle du 1er janvier, que l’on présente souvent comme une pratique administrative alors qu’elle est réglementaire et opposable. Le 20 CFR 404.2(c)(4) dispose qu’« an individual attains a given age on the first moment of the day preceding the anniversary of his birth corresponding to such age » : une personne née un 1er janvier atteint chaque âge le 31 décembre de l’année précédente. Un client né le 1er janvier 1960 atteint donc 62 ans le 31 décembre 2021, c’est-à-dire avant le 1er janvier 2022 : il relève du 42 USC § 416(l)(1)(D) et son âge de retraite à taux plein est de 66 ans et 10 mois, celui de la génération 1959, et non de 67 ans. Deux mois de pension pleine, sur une espérance de service de vingt ans, ne se laissent pas sur la table par négligence de lecture.

Décote et surcote : trois fractions distinctes, et un écart de 77 %

Le 42 USC § 402(q)(1)(A) ne pose pas une décote mais trois fractions différentes selon la nature de la prestation, et les contenus français n’en citent presque jamais que la première. Le texte, lu le 29/07/2026 sur le dépôt officiel de l’United States Code : réduction de « 5/9 of 1 percent of such amount if such benefit is an old-age insurance benefit, 25/36 of 1 percent of such amount if such benefit is a wife’s or husband’s insurance benefit, or 19/40 of 1 percent of such amount if such benefit is a widow’s or widower’s insurance benefit ». Le § 402(q)(9)(A) ajoute que, pour les seules prestations de retraite personnelle, de conjoint et de conjointe, la fraction devient « five-twelfths of 1 percent » au-delà de 36 mois d’anticipation ; les prestations de veuf et de veuve relèvent du (q)(9)(B).

Les trois taux de réduction pour liquidation anticipée, 42 USC § 402(q)
PrestationRéduction par mois d’anticipationRéduction maximale
Retraite personnelle (old-age)5/9 de 1 % pour les 36 premiers mois, puis 5/12 de 1 % au-delà30 % à 62 ans, pour un âge de retraite à taux plein de 67 ans
Conjoint (wife’s / husband’s)25/36 de 1 % pour les 36 premiers mois, puis 5/12 de 1 % au-delà35 % à 62 ans, pour un âge de retraite à taux plein de 67 ans
Veuf ou veuve (widow’s / widower’s)Fraction révisée par interpolation linéaire entre 28,5 % au mois des 60 ans et 0 % à l’âge de retraite à taux plein (42 USC § 402(q)(9)(B)), soit environ 0,339 % par mois pour un âge à taux plein de 67 ans ; la fraction de 19/40 de 1 % du § 402(q)(1)(A) ne produit 28,5 % que sur une période de réduction de 60 mois28,5 % à 60 ans

La surcote, elle, est unique : le delayed retirement credit du 42 USC § 402(w) est de 2/3 de 1 % par mois, soit 8 % par an, pour les personnes nées après 1942, et il s’arrête à 70 ans. Au-delà, plus rien ne s’accumule : différer après 70 ans est une perte sèche.

Décote et surcote pour une génération née en 1960 ou après
Âge de liquidationÉcart à l’âge de retraite à taux pleinCalcul du coefficientPourcentage du PIA
62 ans− 60 mois36 × 5/9 de 1 % + 24 × 5/12 de 1 % = 20 % + 10 %70,0 %
63 ans− 48 mois20 % + 5 %75,0 %
64 ans− 36 mois20 %80,0 %
65 ans− 24 mois13,33 %86,7 %
66 ans− 12 mois6,67 %93,3 %
67 ans — âge de retraite à taux plein00100,0 %
68 ans+ 12 mois+ 8 %108,0 %
69 ans+ 24 mois+ 16 %116,0 %
70 ans+ 36 mois+ 24 %124,0 %

L’écart entre 62 et 70 ans est de 77 % de prestation : 124 divisé par 70. C’est un rendement d’ajournement qu’aucun produit d’épargne ne reproduit, puisqu’il s’agit d’une rente viagère indexée sur l’inflation américaine, et il vaut à l’identique pour une pension totalisée proratisée — le mécanisme s’applique au PIA proratisé, l’écart absolu étant simplement plus petit. Nous y revenons dans la section consacrée à l’ordre de liquidation, parce que c’est le premier levier du dossier.

Travailler après avoir liquidé : le test en dollars, et le test des 45 heures que personne ne voit venir

Le retirement earnings test retient une partie de la prestation d’un bénéficiaire qui travaille avant d’avoir atteint son âge de retraite à taux plein. Pour 2026 : le montant exonéré est de 2 040 $ par mois, soit 24 480 $ par an, pour un bénéficiaire qui atteindra cet âge après 2026, avec une retenue d’un dollar pour deux dollars de gains excédentaires ; il passe à 5 430 $ par mois, soit 65 160 $ par an, pour celui qui l’atteint en 2026 et pour les seuls mois antérieurs, avec une retenue d’un dollar pour trois. À compter du mois de l’âge de retraite à taux plein, il n’y a plus ni plafond ni retenue.

Deux précisions rassurantes avant la mauvaise nouvelle. Le test ne porte que sur les revenus d’activité : pensions, dividendes, intérêts, plus-values, loyers et distributions de plans de retraite n’entrent pas dans son assiette. Et les retenues ne sont pas perdues : à l’âge de retraite à taux plein, la prestation est recalculée à la hausse par le jeu de l’adjusted reduction period du 42 USC § 402(q)(7), qui retranche de la période de réduction les mois pour lesquels aucune prestation n’a été servie du fait d’une déduction. Ce mécanisme est distinct de la surcote du § 402(w), qui rémunère l’ajournement volontaire : on les confond souvent, et le premier est celui qui s’applique ici.

Une activité exercée en France ne relève pas du test en dollars — elle relève d’un test bien plus dur

Voici le piège, et il vise exactement notre clientèle. Un salaire versé par un employeur français pour un travail effectué en France n’est ni un wage au sens du titre II de la Social Security Act, ni un net earning from self-employment : il n’entre pas dans l’assiette du plafond de 24 480 $. Mais la loi américaine ne laisse pas l’activité française sans conséquence — elle lui applique un test entièrement distinct, le foreign work test du 42 USC § 403(c)(1), qui ne dépend d’aucun montant : déduction de la prestation pour tout mois « in which such individual is under retirement age […] and for more than forty-five hours of which such individual engaged in noncovered remunerative activity outside the United States ».

Traduction : un bénéficiaire qui n’a pas atteint son âge de retraite à taux plein et qui travaille en France plus de quarante-cinq heures dans un mois perd la totalité de sa prestation de ce mois, même s’il ne gagne rien. Un consultant français de 64 ans qui facture trois jours par mois depuis Paris perd sa Social Security du mois, là où le même revenu gagné aux États-Unis n’aurait déclenché aucune retenue. Le même mécanisme frappe le titulaire d’une pension d’invalidité américaine qui reprend une activité réduite en France.

Deux conséquences opérationnelles. D’abord, à compter du mois de l’âge de retraite à taux plein, ni le test en dollars ni le test des 45 heures ne s’appliquent : pour un retraité qui entend poursuivre une activité de conseil en France, l’ajournement de la demande américaine cesse d’être un arbitrage financier pour devenir une évidence. Ensuite, l’article 10 § 2 de l’arrangement administratif de 1987 se borne à autoriser l’application de ces règles internes : il ne définit aucune assiette, et il ne peut pas fonder l’inclusion de gains français dans le plafond en dollars.

Ce que touchent le conjoint, l’ex-conjoint et les enfants

Le système américain sert des prestations dérivées sur le compte de l’assuré, et elles sont exportables en France par l’effet de l’article 11 § 1 de l’accord, indépendamment de la nationalité. C’est un droit que les conjoints français de ressortissants américains ignorent presque toujours, et il ne se réclame pas tout seul.

Les prestations dérivées de la Social Security, et leurs conditions réelles
PrestationMontant de référenceConditionsFondement
Conjoint (spouse’s benefit)50 % du PIA de l’assuré, à l’âge de retraite à taux plein du conjointLe conjoint doit avoir 62 ans, ou avoir à charge un enfant de moins de 16 ans ou invalide ; l’assuré doit avoir liquidé42 USC § 402(b)(1) et (c)(1)
Conjoint divorcéIdemMariage d’au moins dix ans « immediately before the date the divorce became effective ». Mais si le divorce remonte à deux ans au moins, la liquidation par l’ex-conjoint n’est plus exigée : il suffit qu’il ait 62 ans et soit fully insured42 USC § 416(d) ; § 402(b)(4) et (c)(4)
Veuf ou veuve100 % du PIA de l’assuré décédé, à l’âge de retraite à taux plein du survivantÂge minimal de 60 ans, ou 50 ans si le survivant est invalide ; l’early retirement age est fixé à 60 ans pour cette prestation42 USC § 402(e) et (f) ; § 416(l)(2)
Enfants50 % du PIA du vivant de l’assuré ; 75 % du PIA s’il est décédéEnfant de moins de 18 ans, 19 s’il est scolarisé, ou invalide avant 22 ans42 USC § 402(d)(2)

Deux règles qui changent le conseil, et que les guides français inversent

Première règle : le conjoint divorcé depuis plus de deux ans n’a pas à attendre que son ex-conjoint dépose sa demande. La condition « l’assuré doit avoir liquidé » est vraie du conjoint marié. Elle est fausse du conjoint divorcé depuis au moins deux ans : le 42 USC § 402(b)(4) — et le § 402(c)(4) dans les mêmes termes pour l’ex-époux — ouvre le droit à l’ancien conjoint d’un assuré « who is not entitled to old-age or disability insurance benefits, but who has attained age 62 and is a fully insured individual », sous réserve que le divorce remonte à « not less than 2 years ». C’est le mécanisme de l’independently entitled divorced spouse. Une Française divorcée d’un Américain qui, lui, diffère sa demande jusqu’à 70 ans pour maximiser sa surcote n’a rien à attendre : chaque mois d’attente est un mois de prestation définitivement perdu, la rétroactivité d’une demande étant plafonnée à six mois.

Seconde règle : la prestation de l’ex-conjoint est hors du plafond familial. Le schéma franco-américain typique — un assuré américain remarié, une première épouse française mariée plus de dix ans, des enfants du second lit — fait systématiquement croire à un partage : la première épouse « prendrait » sur le plafond de prestation familiale et réduirait ce que touche la seconde famille. C’est faux. Le 42 USC § 403(a)(3)(C) écarte du plafond les prestations servies à un conjoint divorcé et à un conjoint divorcé survivant : elles sont déterminées « without regard to this subsection », et les prestations des autres ayants droit sont calculées « as if no such divorced spouse […] were entitled to benefits ». Aucune négociation de divorce n’a à intégrer cette prétendue concurrence, et aucune seconde famille n’a à la redouter.

Le trou des années à zéro, et pourquoi franchir la barre des quarante credits change tout

L’AIME divise par 420 mois, quoi qu’il arrive. Une carrière de douze ans aux États-Unis produit donc vingt-trois années à zéro, qui divisent l’AIME par près de trois. La totalisation ne compense pas ce trou : elle ouvre le droit, mais le PIA théorique du 20 CFR 404.1918 est reconstitué à partir de la seule position relative de gains américaine, puis proratisé. Le trou est donc doublement pénalisant, et l’arithmétique produit un résultat qui surprend.

Le prorata contre le calcul ordinaire : illustration, calculs de l’auteur sur les paramètres 2026
Hypothèse : cadre à 150 000 $ par an pendant douze ans, rien avant ni aprèsRésultat
AIME sans totalisation, douze années de gains plafonnés et vingt-trois zéros sur 420 moisenviron 4 100 $
PIA correspondant, au barème 2026 : 90 % × 1 286 + 32 % × 2 8142 058 $ par mois
PIA théorique reconstitué selon le 20 CFR 404.1918, à position relative de gains constanteenviron 3 200 $ par mois
PIA proratisé : 48 trimestres américains ÷ 140 trimestres de coverage lifetime, soit 35 benefit computation yearsenviron 1 097 $ par mois

Le PIA calculé sans totalisation, 2 058 $, est ici supérieur au PIA proratisé, 1 097 $. Le 20 CFR 404.1918(a)(4) ne joue pas dans ce sens-là — « if the pro rata PIA is higher than the PIA which would be computed […] without totalization, the pro rata PIA will be reduced to the later PIA » —, et surtout, avec 48 credits, le travailleur est fully insured par ses seules années américaines : l’article 12 § 4 de l’accord éteint le régime totalisé, et il perçoit la prestation ordinaire de 2 058 $.

Le seuil des quarante credits est le conseil le plus rentable du dossier américain

Tout se joue à cette frontière. En deçà de quarante credits, vous subissez le prorata : votre pension est le PIA théorique multiplié par un rapport qui excède rarement 0,25. Au-delà, vous sortez du régime totalisé et vous percevez une pension pleine, calculée comme celle de n’importe quel travailleur américain. Sur l’illustration ci-dessus, franchir la barre fait passer la pension mensuelle de 1 097 $ à 2 058 $ — un quasi-doublement, pour quelques trimestres de plus.

Faire franchir cette barre à un client qui compte 32 ou 36 credits est l’un des actes les plus rentables que nous ayons à conduire, et il est étonnamment accessible : il suffit de gains américains soumis à cotisation de 7 560 $ par an pour valider quatre credits, y compris par une activité indépendante déclarée aux États-Unis, avec la cotisation SECA correspondante. Le raisonnement se fait sur le relevé de carrière américain, credit par credit, et il se fait avant de couper tout lien professionnel avec les États-Unis, pas après.

Le Social Security Fairness Act : le WEP et le GPO sont abrogés, et presque tous les contenus français l’ignorent

C’est le changement le plus important des dix dernières années pour une carrière franco-américaine, et il est passé inaperçu en France. Pendant des décennies, deux dispositifs amputaient les prestations américaines de ceux qui percevaient aussi une pension fondée sur un emploi « non couvert » par la sécurité sociale américaine — ce qu’est, par construction, toute pension française : CNAV, AGIRC-ARRCO, régime de la fonction publique.

Le Social Security Fairness Act, Public Law 118-273 du 5 janvier 2025
ÉlémentContenu
IntituléSocial Security Fairness Act of 2023
Véhicule et numéroH.R. 82, 118e Congrès — Public Law 118-273
Date de promulgation5 janvier 2025
Date d’effetPrestations mensuelles du titre II dues pour les mois postérieurs à décembre 2023, soit à compter de janvier 2024 (§ 4 de la loi)
Ce qui est abrogé — Government Pension OffsetLe § 202(k)(5) de la Social Security Act (42 USC § 402(k)(5)) et ses coordinations aux § 202(b)(2), (c)(2), (e)(2)(A) et (f)(2)(A). Effet : suppression de l’abattement de deux tiers de la pension non couverte sur les prestations de conjoint et de survivant
Ce qui est abrogé — Windfall Elimination ProvisionLes § 215(a)(7), § 215(d)(3) et § 215(f)(9) de la Social Security Act (42 USC § 415) et leurs coordinations. Effet : suppression de la formule de PIA dégradée, qui ramenait le taux de la première tranche de 90 % à 40 % au maximum
Population concernéeEnviron 3,2 millions de personnes voyaient, en janvier 2025, leur prestation réduite ou supprimée par le GPO, le WEP, ou les deux

Le profil-type que cela concerne est exactement le nôtre : un Français ayant travaillé quinze ans en France puis quinze ans aux États-Unis, percevant une pension CNAV et une Social Security. Avant 2024, le Windfall Elimination Provision pouvait ramener le taux de la première tranche du PIA de 90 % à 40 %, soit une perte de l’ordre de 600 $ par mois aux paramètres de l’époque, et le Government Pension Offset pouvait absorber intégralement une prestation de conjoint ou de survivant. Depuis janvier 2024, ces réductions n’existent plus. Tout chiffrage de bi-carrière antérieur à 2025 est à refaire, et toute source française qui décrit encore le WEP comme applicable est à écarter.

Sur la mise en œuvre effective, les pages de la Social Security Administration ont refusé la connexion le 29/07/2026 ; les jalons ci-dessous proviennent du Congressional Research Service, source primaire du Congrès, produit IF13181 dans sa version du 10 mars 2026. Au 7 juillet 2025, l’administration avait achevé l’envoi de plus de 3,1 millions de paiements de rattrapage représentant 17 milliards de dollars. Au 30 septembre 2025, elle avait enregistré plus de 387 000 nouvelles demandes initiales depuis la promulgation, dont, au 27 août 2025, 164 434 émanant de conjoints et de survivants qui auraient été précédemment atteints par le Government Pension Offset. Ce n’est pas une réforme annoncée : c’est une réforme payée.

Le piège qui subsiste : la rétroactivité de la LOI n’est pas celle de la DEMANDE

L’abrogation vaut à compter de janvier 2024. Mais la loi n’a pas modifié les règles de rétroactivité des demandes du § 202(j) de la Social Security Act (42 USC § 402(j)). Il en résulte trois situations très différentes, et la troisième est celle qui coûte cher.

Vous étiez déjà au paiement avant 2024, avec une prestation réduite par le WEP ou le GPO : l’ajustement remonte à janvier 2024, et il a été traité d’office. Vous avez déposé votre demande en 2024 : l’ajustement court à compter du mois de dépôt. Vous n’avez jamais déposé de demande parce que votre prestation aurait été intégralement absorbée par le GPO — situation extrêmement fréquente chez les conjoints de ressortissants américains ayant fait carrière en France — : la rétroactivité est de six mois au maximum avant le mois de dépôt, pour un demandeur ayant dépassé l’âge de retraite à taux plein, et de rien du tout s’il ne l’a pas atteint.

L’exemple que donne le Congressional Research Service mérite d’être repris tel quel : une personne de 70 ans dont la prestation de conjoint ou de survivant aurait été intégralement compensée par le GPO dépose sa demande le 5 février 2025. Elle ne perçoit d’arriérés que pour les six mois précédant le mois de dépôt, soit d’août 2024 à janvier 2025— et non depuis janvier 2024. Quatre sénateurs ont demandé le 1er avril 2025 que l’administration verse les arriérés jusqu’à janvier 2024 ; elle a répondu le 25 avril 2025 que la loi n’avait pas modifié les règles de rétroactivité, et le Congressional Research Service indiquait, au 10 mars 2026, n’avoir identifié aucune réponse publique à la lettre de relance du 5 février 2026.

Ce qu’il faut faire, et sans attendre. Tout client franco-américain qui a renoncé à demander une prestation de conjoint ou de survivant parce que le GPO l’aurait annulée doit déposer une demande immédiatement. Chaque mois de retard est un mois d’arriéré définitivement perdu. Un dépôt conservatoire — une simple déclaration écrite d’intention adressée à l’administration, suivie d’une demande formelle dans les six mois — fige la date. C’est l’acte le plus urgent de tout ce chapitre.

La fiscalité des pensions : l’article 18 § 1 impose dans l’État de la source, et il comporte deux branches

On passe ici de l’accord de 1987 à la convention fiscale du 31 août 1994, et le résultat surprend tous ceux qui connaissent d’autres conventions françaises. Le modèle de l’OCDE attribue l’imposition des pensions privées à l’État de résidence du retraité ; la quasi-totalité des conventions françaises fait de même. La convention franco-américaine fait l’inverse : elle attribue une compétence exclusive à l’État de la SOURCE, tant pour les prestations de sécurité sociale que pour les pensions au titre d’un emploi antérieur. La lecture article par article de la convention est au chapitre 4 et sa clause de sauvegarde au chapitre 5 ; on ne reprend ici que ce qui décide du sort d’un bi-carrière.

L’article 18 § 1 comporte deux branches, et une seule protège le citoyen américain

L’article 18 § 1 comporte deux branches, et le lecteur doit savoir laquelle le concerne. La première — « les sommes payées en application de la législation sur la sécurité sociale ou d’une législation similaire d’un État contractant à un résident de l’autre État contractant ou à un citoyen des États-Unis » — a seule été étendue aux citoyens américains par l’avenant de 2009. Il en résulte que les États-Unis ne peuvent pas imposer un de leurs citoyens résidant en France sur sa pension française de sécurité sociale. La seconde branche — « les sommes versées dans le cadre d’un régime de retraite […] au titre d’un emploi antérieur » — reste réservée aux versements faits à un résident de l’autre État contractant. Une pension privée française— ARRCO, AGIRC, régime d’entreprise, PER — servie à un citoyen américain qui réside en France n’entre donc pas dans le champ de l’article 18 § 1 : l’exception de l’article 29 § 3 a) ne lui procure aucune protection, et les États-Unis l’imposent au titre de la citoyenneté, sous le seul bénéfice du crédit de l’article 24 § 2 b).

Il faut être précis sur le mécanisme, parce qu’on lit souvent que « l’article 29 § 3 a) ne préserverait rien ». Ce n’est pas exact : cet article préserve bien, contre la clause de sauvegarde, les avantages du paragraphe 1 de l’article 18 — sans restriction, seconde branche comprise. Mais il ne peut préserver que ce que ce paragraphe accorde, et la seconde branche n’accorde rien à celui qui n’est pas résident de l’autre État. La différence n’est pas cosmétique : c’est le même article 29 § 3 a) qui garantit, à l’inverse, qu’un binational résidant en France ne doit aucun impôt américain sur sa pension CNAV.

Deux précisions de texte complètent la règle. La première tient à la règle de source autonome de la seconde phrase du § 1 : une pension privée ne « provient » d’un État que si elle est « payée par un régime de retraite ou tout autre plan de retraite constitué dans cet État ». Ni la localisation de l’employeur, ni le lieu d’exercice de l’activité passée, ni la résidence du débiteur final n’entrent en compte. Un plan constitué dans un État tiers et servant une rente à raison d’un emploi exercé aux États-Unis échappe donc à l’article 18 § 1 : il relève de l’article 22, donc de l’État de résidence.

La seconde concerne les pensions publiques, et elle prend à contre-pied la lecture intuitive. On s’attend à ce qu’elles relèvent de l’article 19, consacré aux rémunérations publiques. Elles n’en relèvent pas : le § 1 a) de l’article 19 vise les rémunérations « autres que les pensions ». Une pension de la fonction publique française relève donc de l’article 18 § 1, comme sommes versées dans le cadre d’un régime de retraite au titre d’un emploi antérieur, et elle est imposable exclusivement dans l’État de la source — la France. Le résultat est le même que sous l’article 19, mais le fondement diffère, et le régime au regard de la clause de sauvegarde diffère avec lui : l’article 18 § 1 est protégé par l’article 29 § 3 a), sans condition de nationalité ; l’article 19 ne l’est que par le § 3 b), au seul profit des personnes qui ne sont ni citoyennes des États-Unis ni titulaires d’un statut d’immigrant. Pour un ancien fonctionnaire français devenu titulaire d’une carte verte, la nuance vaut le montant de l’impôt.

Qui impose quoi, pension par pension, sous la convention du 31 août 1994
Vous êtesVous percevezQui impose, exclusivementCe qui se passe dans l’autre État
Résident de France, non citoyen américainUne pension de Social Security américaineLes États-Unis — retenue à la source de 25,5 % effectifs (85 % de la prestation au taux de 30 %, 26 USC § 871(a)(3))La France écarte l’imposition par un crédit égal à l’impôt français (art. 24 § 1 a) i)), mais retient le revenu pour le calcul du taux effectif
Résident de France, citoyen américainUne pension de Social Security américaineLes États-UnisMême mécanisme en France. Côté américain, l’imposition suit le § 86 au barème ordinaire et non le § 871(a)(3), la clause de sauvegarde jouant à plein
Résident de France, citoyen américainUne pension française de sécurité sociale (CNAV)La France seuleLes États-Unis ne peuvent pas imposer : c’est l’effet combiné de l’ajout « ou à un citoyen des États-Unis » en 2009 et de l’exception à la clause de sauvegarde de l’art. 29 § 3 a). L’une des rares brèches réelles dans l’imposition mondiale des citoyens américains
Résident des États-Unis, non citoyen américainUne pension française de sécurité sociale, une pension AGIRC-ARRCO, une pension de la fonction publique françaiseLa France — la première branche pour la sécurité sociale, la seconde pour les régimes de retraite au titre d’un emploi antérieur, le régime étant constitué en FranceExonération conventionnelle aux États-Unis
Résident de France, citoyen américainUne pension AGIRC-ARRCO, une pension de régime d’entreprise, une rente de PERLa France ET les États-UnisLa seconde branche n’a pas été étendue aux citoyens américains en 2009 : elle vise les versements faits à un résident de l’autre État. Les États-Unis imposent au titre de la citoyenneté, sous le seul bénéfice du crédit de l’art. 24 § 2 b)

Chiffrage : un retraité français rentré en France après quinze ans aux États-Unis

Prenons le profil le plus fréquent de nos dossiers. Un cadre français a travaillé vingt-cinq ans en France, puis quinze ans aux États-Unis à 150 000 $ par an ; il est rentré et réside en France. Il n’est ni citoyen américain ni titulaire d’une carte verte. Quinze années lui valent 60 credits : il est fully insured par sa seule carrière américaine, l’article 12 § 4 de l’accord éteint le régime totalisé, et sa pension américaine est une pension pleine, calculée comme celle de n’importe quel travailleur américain. La totalisation ne joue nulle part : ni côté américain, ni côté français où ses trimestres suffisent.

Sur la même hypothèse de gains que l’illustration précédente — quinze années de gains plafonnés au lieu de douze —, son AIME ressort à environ 5 125 $ et son PIA, au barème 2026, à 2 385,88 $ par mois : 90 % de la première tranche de 1 286 $, soit 1 157,40 $, plus 32 % des 3 839 $ suivants, soit 1 228,48 $. C’est une illustration construite sur des paramètres publiés, pas une simulation individuelle : les gains théoriques et les indexations réelles supposent la table complète des salaires moyens nationaux, que l’administration américaine seule détient.

Ce que coûte réellement une pension américaine perçue depuis la France
Étage du chiffrageCalculRésultat annuel
Pension américaine brute, à l’âge de retraite à taux plein2 385,88 $ × 1228 630,56 $
Retenue américaine à la source, 26 USC § 871(a)(3)85 % de la prestation imposée au taux de 30 % du § 871(a)(1), soit 25,5 % effectifs, prélevés directement, sans abattement, sans déclaration américaine à souscrire pour cette prestation seule− 7 300,79 $
Pension américaine nette encaissée—21 329,77 $
Supplément d’impôt français dû au taux effectifVoir le calcul ci-dessous+ 2 988 € d’impôt français supplémentaire

Le second étage est celui que personne n’anticipe. Supposons que ce retraité perçoive par ailleurs 34 000 € de pensions françaises nettes imposables, et que sa pension américaine représente 26 000 € une fois convertie au cours de l’année de perception — le cours étant une donnée de marché que nous ne figeons pas ici. Il est célibataire, une part, sans autre revenu ni charge déductible. Au barème 2026 applicable aux revenus 2025 — tranches à 11 600, 29 579, 84 577 et 181 917 € —, son impôt sur un revenu mondial de 60 000 € ressort à 11 103,99 €. Le crédit d’impôt de l’article 24 § 1 a) i) est égal à l’impôt français correspondant aux revenus américains, soit 11 103,99 × 26/60 = 4 811,73 €. Il lui reste donc 6 292,26 € d’impôt français à payer, alors que ses seules pensions françaises auraient supporté 3 303,99 €. La pension américaine, exonérée en France, lui coûte 2 988 € d’impôt français supplémentaire— c’est le prix du maintien du taux effectif.

Les 25,5 % américains sont une charge définitive : rien ne s’impute

Le crédit de l’article 24 § 1 a) i) est égal au montant de l’impôt français correspondant à ces revenus, pas à l’impôt étranger — l’article 18 ne figure pas dans la liste des revenus ouvrant droit au crédit égal à l’impôt américain du iii). Autrement dit : la retenue américaine de 25,5 % ne s’impute sur rien, ni en France ni ailleurs. Elle est une charge sèche, définitive, et elle s’ajoute au supplément d’impôt français produit par le taux effectif. Sur notre exemple, le coût total de la pension américaine, tous prélèvements confondus, dépasse 37 % de son montant brut : 6 630 € de retenue américaine au cours implicite de l’exemple, plus 2 988 € de supplément français, sur 26 000 €.

Et il n’y a pas de porte de sortie conventionnelle. La Publication 915 de l’administration fiscale américaine, édition 2025, énumère les résidents des États dont les prestations de sécurité sociale américaines sont exonérées d’impôt américain — Canada, Égypte, Allemagne, Irlande, Israël, Italie, Japon, Roumanie, Royaume-Uni — et mentionne un taux réduit de 15 % pour les résidents de Suisse ainsi qu’un régime propre à l’Inde : la France ne figure dans aucune de ces listes. Ce n’est pas une lacune de la convention, c’est son choix : l’article 18 § 1 attribuant l’imposition à l’État de la source, il n’y a rien à exonérer côté américain.

Chiffrage inverse : un retraité installé aux États-Unis, quinze ans de carrière française

Le cas symétrique se lit de la même manière et donne un résultat très différent. Une personne résidant aux États-Unis perçoit 22 000 € de pensions françaises par an, dont 14 000 € de pension de base et 8 000 € d’AGIRC-ARRCO. L’article 18 § 1 attribue l’imposition à la France, source de la pension, par sa première branche pour la pension de base et par sa seconde pour la complémentaire — les deux régimes étant constitués en France, et l’intéressé étant résident de l’autre État contractant.

Ce que la France prélève sur les pensions d’un retraité résidant aux États-Unis
Prélèvement françaisBaseTauxMontant annuel
Retenue à la source des non-résidents (art. 182 A du CGI, version en vigueur depuis le 1er juillet 2026)Fraction de 17 275 € à 22 000 €, soit 4 725 € — la fraction inférieure à 17 275 € est au taux de 0 %12 % en métropole567 €
Cotisation d’assurance maladie de l’article L. 131-9 du code de la sécurité sociale — pension de base du régime général14 000 €3,20 % (art. D. 242-8, 1°)448 €
Même cotisation — pension autre que celle du régime général, dont AGIRC-ARRCO8 000 €4,20 % (art. D. 242-8, 2°)336 €
CSG, CRDS, CASA—Néant : l’article L. 136-1 exige cumulativement le domicile fiscal en France ET la charge d’un régime obligatoire français d’assurance maladie. Un non-résident ne remplit pas la première condition0 €
Total des prélèvements français22 000 €6,14 % du brut1 351 €

Deux caractéristiques rendent ce résultat très favorable, et il faut les nommer. La retenue de l’article 182 A est libératoire de l’impôt sur le revenu pour ses tranches à 0 % et à 12 %, en vertu de l’article 197 B du CGI : ce n’est pas un acompte, il n’y a rien à régulariser, et la fraction correspondante sort de l’assiette du barème. Et la première tranche, jusqu’à 17 275 € annuels, est à taux zéro : une pension française modeste servie à un résident des États-Unis peut être intégralement exonérée d’impôt français. Seule la cotisation maladie de l’article L. 131-9 reste due, et elle se justifie : c’est la contrepartie de la prise en charge par la France des soins reçus lors des séjours temporaires en France.

Côté américain, la pension française est exonérée par la convention. Elle doit néanmoins être déclarée, et l’exonération se revendique : une position conventionnelle se prend sur un formulaire et non par abstention. Pour un citoyen américain résidant aux États-Unis, la protection existe également, et par le même chemin : la seconde branche de l’article 18 § 1 accorde bien un avantage aux versements faits à un résident de l’autre État — ce qu’il est vis-à-vis d’une pension de source française — et l’article 29 § 3 a) préserve cet avantage contre la clause de sauvegarde. Le raisonnement est textuel et il tient ; il ne dispense pas de le formaliser avec le professionnel qui prépare la déclaration américaine, ce qui est de toute façon nécessaire pour la seule tenue du dossier.

Un dernier point sur les taux de la cotisation maladie, parce qu’une source répandue les donne faux. Ils figurent à l’article D. 242-8 du code de la sécurité sociale, dans sa version en vigueur depuis le 30 septembre 2018 issue du décret n° 2018-821 du 27 septembre 2018 : 3,20 % pour les avantages de retraite servis par les organismes du régime général des salariés, 4,20 % pour les avantages de retraite autres, dont l’AGIRC-ARRCO, et 1 % pour les personnes remplissant les conditions de l’article L. 136-1 et donc redevables de la CSG. Le décret n° 2017-1895 du 30 décembre 2017, que l’on cite couramment comme source de ces taux, avait en réalité porté les deux premiers à 4,9 % et 5,9 % : il dit le contraire de ce qu’on lui fait dire, et il a été défait par le décret de 2018. Quant au taux de 7,1 % appliqué aux pensions de travailleurs indépendants, il s’agit d’un chiffre publié par le CLEISS ; sa base réglementaire ne figure pas à l’article D. 242-8 et n’a pas été identifiée au 29/07/2026. Nous le donnons avec sa source, et nous le faisons confirmer par la caisse avant tout chiffrage engageant.

Pour le retraité qui, à l’inverse, réside en France, la CSG est due sur ses pensions, y compris de source étrangère : le rescrit BOI-RES-RSA-000219 du 11 août 2025 l’énonce en toutes lettres — « Sous réserve des stipulations des conventions fiscales bilatérales, ces contributions s’appliquent que les pensions soient de source française ou étrangère. » —, qu’elles soient versées sous forme de rente ou en capital. Les taux dépendent du revenu fiscal de référence du foyer de l’avant-dernière année et comportent quatre niveaux, à l’article L. 136-8 du code de la sécurité sociale dans sa version en vigueur depuis le 27 juin 2026 issue de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 : taux normal 8,3 %, taux médian 6,6 %, taux réduit 3,8 %, et exonération en dessous des seuils de l’article 1417 du CGI. Cet article a été modifié deux fois en six mois : sa version applicable se vérifie à la date de la liquidation, pas à la date où l’on a lu un article de presse.

Dans quel ordre liquider : la réponse n’est presque jamais « les deux en même temps »

Rien n’oblige à liquider les deux pensions ensemble, et l’article 1er § 2 des dispositions d’application du 20 novembre 1987 l’autorise expressément : « à la demande du requérant, l’attribution d’une pension de vieillesse peut être différée par l’un ou l’autre des deux pays ». C’est la stipulation qui rend possible le seul véritable arbitrage de ce chapitre.

Liquider la pension française d’abord, différer l’américaine

C’est la configuration à examiner en premier dans presque tous les dossiers de bi-carrière, et elle repose sur une asymétrie de rendement massive entre les deux systèmes.

Liquider les deux en même temps

C’est le choix par défaut, celui que produit l’absence de décision. Il n’est pas absurde, mais il doit être choisi et non subi.

Liquider l’américaine d’abord, différer la française

Configuration minoritaire, qui ne se justifie que par des paramètres français : atteindre l’âge d’annulation de la décote, ou compléter une durée d’assurance.

Sur les délais, il faut dire la vérité plutôt que de recopier des durées qui ne reposent sur rien. Aucun texte ne fixe de délai d’instruction ni de délivrance : ni l’accord, ni l’arrangement administratif, ni les dispositions d’application, ni le 20 CFR partie 404 sous-partie T, tous lus intégralement le 29/07/2026. L’article 19 § 1 de l’accord se borne à imposer aux institutions de se prêter « leurs bons offices ». Ce que les textes révèlent, en revanche, ce sont les causes structurelles de lenteur, et elles sont connues d’avance : le dossier transite par les organismes de liaison — la Social Security Administration d’un côté, le CLEISS de l’autre — au moyen du formulaire de liaison SE 404-03 ; et l’article 2, II, 3 des dispositions d’application — qui figure sous l’intitulé « dispositions propres à l’invalidité » et ne vaut donc que pour une demande d’invalidité déposée aux États-Unis — interdit à l’institution française de déterminer les droits, lorsque le relevé américain indique moins de six trimestres, tant qu’elle n’a pas reçu la notification de prestations américaine. franco-américain n’attend pas une caisse, il en attend deux, et la seconde attend la première.

Trois protections procédurales compensent en partie, et il faut les activer explicitement. L’article 21 § 2 dispose que toute demande écrite déposée auprès d’une institution d’un État sauvegarde les droits au titre de la législation de l’autre État si l’intéressé le demande ; le § 3 produit le même effet, même sans demande expresse, dès lors que l’intéressé fournit au moment du dépôt des informations indiquant que des périodes ont été accomplies sous la législation de l’autre État. Il faut donc toujours déclarer l’existence de l’autre carrière au moment du dépôt : c’est cette mention, et elle seule, qui fige la date dans les deux pays. L’article 22 ajoute que les demandes, recours et autres documents soumis à un délai dans un État sont recevables s’ils sont déposés dans le même délai auprès d’une institution de l’autre État. Et l’article 20 interdit de rejeter un document au motif qu’il est rédigé dans la langue officielle de l’autre État, tout en dispensant d’authentification et de légalisation les pièces produites : aucune traduction assermentée, aucune apostille ne peut être exigée.

Ce qui se perd faute d’avoir demandé à temps

Un dossier de retraite transfrontalière ne se perd pas par mauvaise stratégie : il se perd par retard. Voici les cinq pertes que nous constatons le plus souvent, avec ce qui les cause et ce qui les évite.

Les cinq pertes les plus fréquentes, et ce qui les évite
Ce qui se perdPourquoiCe qui l’évite
Les arriérés de prestation de conjoint ou de survivant américaineLa rétroactivité d’une demande est plafonnée à six mois avant le mois de dépôt pour un demandeur ayant dépassé l’âge de retraite à taux plein, et elle est nulle en deçà (42 USC § 402(j)). L’abrogation du Government Pension Offset n’a pas modifié cette règle : chaque mois d’attente est perdu sans retourDéposer immédiatement, ou à tout le moins déposer une déclaration écrite d’intention qui fige la date, suivie d’une demande formelle dans les six mois
Les trimestres français non validés pendant l’expatriationPassé la période de détachement, plus aucun trimestre n’est acquis au régime général français, l’assurance volontaire vieillesse étant expressément exclue du champ de l’accordTrois voies, dans cet ordre de coût croissant : le détachement lui-même, qui maintient l’affiliation française cinq ans sans aucune démarche supplémentaire ; l’adhésion à l’assurance volontaire vieillesse des articles L. 742-1 et L. 742-2 du code de la sécurité sociale, décidée au départ ; et, à défaut, le rachat après coup des périodes d’activité salariée exercées hors de France, ouvert par l’article L. 742-2 au barème de l’article L. 351-14-1
Le droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploiAucune période américaine ne se totalise pour le chômage : l’accord ne vise aucune législation d’assurance chômage, d’aucun côtéUne adhésion volontaire à l’assurance chômage des expatriés, souscrite pendant l’expatriation. Elle se décide au départ et son régime exact se vérifie sur le texte du règlement d’assurance chômage en vigueur au jour du départ
L’exonération de cotisations américaines pendant un détachementSans certificat de couverture, l’employeur américain prélève le FICA : c’est le document, et lui seul, qui dispense « d’assujettissement obligatoire à la législation de l’autre État contractant »Déposer la demande de certificat six mois avant le départ, la relancer par écrit à trois mois, et ne jamais faire dépendre la date de la mission de la réception du document
La comparaison avec un second accord de totalisationUn assuré ayant aussi cotisé dans un autre État lié aux États-Unis par un accord bilatéral se voit appliquer d’office « the agreement affording the most favorable treatment » (20 CFR 404.1910(b)) — mais l’administration ne peut comparer que ce qu’elle connaîtProduire les deux relevés de carrière étrangers à l’appui de la demande américaine. La comparaison ne coûte rien et elle n’est jamais faite d’office sur une carrière non déclarée

Deux règles transitoires méritent encore d’être connues, parce qu’elles ouvrent des droits qu’on croit éteints. L’article 27 § 2 impose de prendre en considération les périodes accomplies avant l’entrée en vigueur de l’accord, sous la seule réserve de la date la plus ancienne admise par chaque législation — le 1er janvier 1937 côté américain. Et l’article 27 § 5 prévoit que les prestations non liquidées ou suspendues sont, à la demande de l’intéressé, liquidées ou rétablies à compter du 1er juillet 1988, et que les droits liquidés avant cette date peuvent être révisés sur demande. Une carrière américaine des années soixante-dix, qu’un client croit perdue parce qu’on lui a dit un jour qu’elle était trop courte, mérite d’être ressortie du carton.

Un mot, enfin, sur ce qui se perd après la liquidation. La retraite complémentaire française est exportable, mais son versement à l’étranger est subordonné à la production annuelle d’un certificat de vie : un certificat non retourné suspend le versement, et le rétablissement suppose une démarche. Ce n’est pas une formalité de plus dans une liste : c’est la première cause d’interruption de pension chez nos clients installés hors de France, et elle se traite par un rappel de calendrier, pas par de la vigilance.

Les trois points que nous faisons arbitrer avant tout acte irréversible

Trois questions, sur ce chapitre, ne sont pas tranchées par une source que nous puissions opposer. Nous ne les tranchons pas non plus : nous les faisons arbitrer avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis, ou avec un certified public accountant américain, avant tout acte irréversible. Voici, pour chacune, la question à leur poser et les pièces à réunir.

Ce que nous ne tranchons pas seuls, et ce qu’il faut apporter au spécialiste
Le point ouvertLa question exacte à poserLes pièces à réunir
La qualification conventionnelle d’un compte de retraite individuel américain alimenté par versements volontaires, sans lien avec un emploiCe compte relève-t-il de la seconde branche de l’article 18 § 1, qui exige que les sommes proviennent d’un régime de retraite constitué aux États-Unis « au titre d’un emploi antérieur » ? À défaut, l’article 22 attribue-t-il l’imposition à l’État de résidence, donc à la France ? La solution diffère-t-elle selon que le compte a été alimenté par transfert depuis un plan d’employeur ou par versements personnels ?Historique complet des versements, année par année, avec leur origine ; documents de transfert s’il y en a eu ; règlement du plan d’origine ; déclarations américaines des exercices concernés
La CSG et la CRDS sur une distribution de plan de retraite américain perçue par un résident de FranceLa CSG et la CRDS entrant dans le champ de la convention de 1994, et l’article 18 § 1 attribuant l’imposition aux seuls États-Unis, le crédit de l’article 24 § 1 a) i) neutralise-t-il ces contributions comme il neutralise l’impôt sur le revenu ? Quelle position déclarative retenir, et quelle documentation constituer pour la soutenir ?Relevés annuels du plan ; avis d’imposition français des trois derniers exercices ; historique des distributions ; le cas échéant, la position déjà retenue par le préparateur américain
Le régime de retenue à la source applicable à une distribution de plan de retraite au profit d’un non-résidentComment s’articulent le § 1441 et le § 3405 pour cette distribution, selon qu’elle est périodique ou en capital, et quelle documentation le teneur de compte exige-t-il pour appliquer le taux conventionnel ?Nature exacte du plan ; nature de la distribution envisagée ; formulaire de déclaration de statut fiscal remis au teneur de compte et sa date ; correspondance avec l’établissement

Une dernière remarque de méthode, qui vaut pour tout ce chapitre. Les paramètres américains de 2026 exposés ici — valeur du credit, points d’inflexion, plafond de cotisation, montants exonérés du test en dollars, cost-of-living adjustment — proviennent du texte réglementaire publié au Federal Register du 3 novembre 2025, lu sur le dépôt officiel du gouvernement américain, et non des pages pédagogiques de la Social Security Administration, dont le serveur a refusé la connexion le 29/07/2026. Le texte réglementaire prime sur ces pages pour l’état du droit ; il ne les remplace pas pour les points de pratique administrative — références de formulaires, adresses de dépôt, délais constatés —, qui se vérifient auprès du CLEISS, de la caisse compétente ou de l’administration américaine au moment de la demande.

Bilan patrimonial

Reconstituer vos deux carrières avant de liquider quoi que ce soit

Nous reprenons votre relevé de carrière français et votre relevé de credits américain ligne à ligne : nombre exact de trimestres et de credits, seuils franchis ou à franchir, ouverture ou non de la totalisation de chaque côté, chiffrage des deux pensions à 62, 67 et 70 ans, coût fiscal réel de la pension américaine en France, prélèvements dus, et ordre de liquidation. Nous vous disons ce qui reste à gagner avant la liquidation, et ce qui se perd chaque mois que vous attendez. Bilan patrimonial de 45 min, à distance ou à Chambéry.

Relevés de carrière des deux paysSeuil des 40 creditsTotalisation et prorataSurcote et ordre de liquidationFiscalité des pensionsWEP et GPO abrogés
§ 20SANTE·74 MIN

20. Se soigner aux États-Unis : ce que ça coûte vraiment, et le trou de couverture que personne ne prévoit

En France, la question ne se pose pas. On change de travail, on divorce, on tombe malade, on prend sa retraite : la carte Vitale continue de fonctionner. Elle a fonctionné avant que vous ne cotisiez, elle fonctionnera après. C’est la raison pour laquelle les Français qui partent aux États-Unis n’instruisent presque jamais ce poste correctement : ils cherchent l’équivalent d’une mutuelle, alors qu’ils devraient chercher l’équivalent d’un régime de base. Il n’y en a pas.

Une fois l’Atlantique franchi, la santé cesse d’être un droit attaché à la personne pour devenir un contrat attaché à une situation : à un emploi, à un revenu, à un âge, à un statut migratoire. Le jour où la situation change, le contrat change ou disparaît. Et comme le prix des soins n’a aucun rapport avec ce qu’un Français a en tête, la disparition du contrat ne se traduit pas par une gêne : elle se traduit par une facture à cinq ou six chiffres. C’est pour cette raison que la santé entre, aux États-Unis, dans les trois postes qui décident du budget d’un ménage expatrié, avec le logement et la fiscalité — et c’est le seul des trois dont l’erreur peut être irréversible.

Ce chapitre traite l’architecture américaine porte par porte, le vocabulaire qui décide de la facture et son chiffrage 2026, le seuil des 400 % du seuil de pauvreté qui commande les subventions du marché individuel — et qui n’est pas calculé sur l’année que tout le monde croit —, Medicare dans ses quatre parties avec ses primes, ses majorations de revenu et sa pénalité de retard viagère, deux budgets complets, la Caisse des Français de l’Étranger et ce qu’elle ne fait pas ici, le retour en France et son trou de trois mois, la prévoyance et la dépendance, et enfin ce qu’il advient de celui qui n’est pas assuré du tout. Ce qu’il ne traite pas : les cotisations FICA et l’Additional Medicare Tax, qui relèvent du chapitre 7 ; la totalisation des carrières, l’accord de sécurité sociale du 2 mars 1987 et le calcul des pensions, qui relèvent du chapitre 19 ; le compte épargne santé considéré comme véhicule d’épargne, qui relève du chapitre 18 ; les écoles, la banque et la voiture, qui relèvent du chapitre 26.

Les cinq chiffres de ce chapitre sur lesquels il ne faut pas se tromper

1. Le plafond des 400 % pour la couverture 2026 se calcule sur les seuils de pauvreté 2025. Il est de 84 600 $ pour un couple, non de 86 560 $. Un couple à 85 000 $ que la plupart des sources déclarent éligible ne l’est pas, et le dollar de trop coûte de l’ordre de 20 000 $.

2. La pénalité de retard à la partie B de Medicare est viagère. Dix pour cent de la prime standard par tranche de douze mois de retard, sans limitation de durée, recalculée chaque année sur la prime de l’année. Neuf ans de retard coûtent environ 43 800 $ sur vingt ans de retraite, et davantage en réalité.

3. On n’achète pas la partie A seule. Le 42 USC § 1395i-2(a) subordonne son achat à l’inscription à la partie B. Pour un Français à carrière américaine courte, le ticket d’entrée à Medicare n’est pas de 565 $ par mois mais de 767,90 $, soit 9 214,80 $ par an et par personne.

4. La Caisse des Français de l’Étranger rembourse aux tarifs français. Sur une hospitalisation américaine, le reste à charge est de l’ordre de 90 %. Aux États-Unis, la CFE seule ne constitue pas une couverture santé.

5. Au retour, la protection universelle maladie exige trois mois de résidence ininterrompue. Entre la fin du contrat américain et l’ouverture des droits français, il existe un trou de trois mois pleins que rien ne comble automatiquement.

Quatre portes, aucune universalité, et un seul droit opposable

Il n’existe aux États-Unis aucun régime universel d’assurance maladie pour la population active. L’accès aux soins passe par quatre portes, dont vous n’ouvrirez normalement qu’une, et deux dispositifs de transition qui ne sont pas des couvertures mais des sursis.

Les portes d’accès aux soins aux États-Unis, et ce qui les ferme
PorteQui l’emprunteCe qui la ferme
L’assurance de l’employeur (employer-sponsored insurance)Les salariés d’un employeur qui en offre une, et leur famille si l’employeur étend la couvertureLa fin du contrat de travail, la réduction du temps de travail sous le seuil du plan, et le passage du conjoint à un statut sans couverture
Le marché individuel de l’Affordable Care Act (Marketplace, Exchange)Indépendants, créateurs d’entreprise, préretraités, salariés dont l’employeur n’offre rienRien ne la ferme, mais au-delà de 400 % du seuil de pauvreté fédéral la subvention disparaît intégralement, ce qui multiplie le prix par trois ou quatre
MedicaidLes personnes à faibles ressources, sous condition de statut migratoireLe statut : un titulaire de visa E-2, L-1, H-1B ou O-1 n’est pas un « étranger qualifié » au sens du 8 USC § 1641 et n’a aucun accès au Medicaid de droit commun
MedicareLes 65 ans et plus, les invalides de longue durée, les insuffisants rénaux terminauxL’absence de quarante trimestres de cotisation Medicare, l’absence de résidence américaine, et le calendrier d’inscription
COBRA (transition)Le salarié qui perd sa couverture d’employeur et prolonge le même plan à ses fraisDix-huit mois, trente-six dans certains cas, et un prix qui est celui de la prime totale majorée de 2 %
Les régimes courts non conformes à l’ACA (short-term limited-duration insurance)Personne, dans une clientèle patrimonialeCes produits ne sont pas soumis aux garanties de l’ACA : ils peuvent exclure des affections préexistantes et plafonner les prestations. À déconseiller

Une seule règle est universelle, et il faut savoir exactement ce qu’elle donne, parce que la conversation française sur le sujet est presque toujours fausse dans les deux sens. Le 42 USC § 1395dd — la loi dite EMTALA— impose à tout service d’urgences d’un hôpital participant à Medicare de pratiquer, pour toute personne qui s’y présente, un examen médical de dépistage approprié destiné à déterminer s’il existe une urgence médicale, puis, si elle existe, de dispenser les soins nécessaires à la stabilisation de l’état du patient ou d’organiser son transfert. Cette obligation ne dépend ni de l’assurance, ni de la nationalité, ni du statut migratoire, ni de la capacité à payer. C’est un vrai droit, et il sauve des vies.

Ce n’est pas un droit à la gratuité. Le texte impose de soigner, il n’impose pas de ne pas facturer, et il s’arrête à la stabilisation — pas à la guérison, pas à la rééducation, pas au traitement de fond de la maladie qui a provoqué l’urgence. Un Français non assuré victime d’un infarctus sera pris en charge ; il recevra ensuite la facture, et il devra trouver seul la suite du parcours. Le dernier développement de ce chapitre est consacré à cette facture, à ce qu’elle contient et à la manière dont elle se négocie.

Le vocabulaire qui décide de la facture, et qu’aucune traduction ne rend

Un contrat américain se lit avec cinq mots, et le prix réel d’une année de soins est la somme de six couches, pas d’une seule. La faute la plus courante d’un Français qui compare deux offres d’emploi est de comparer les primes : c’est la couche la moins discriminante des six.

Les six couches à additionner pour connaître le prix d’une année de soins
CoucheCe que c’estOrdre de grandeur 2026
1. La prime (premium)La cotisation mensuelle, due que l’on se soigne ou non. Pour un salarié, c’est la part salariale ; l’employeur paie le reste, et ce reste fait partie de votre rémunération réelle6 850 $ par an de part salariale pour une couverture familiale, sur une prime totale de 26 993 $ (enquête KFF, édition 2025)
2. La franchise (deductible)La somme que vous payez intégralement avant que l’assureur n’intervienne. Elle se recharge chaque 1er janvier, et il existe le plus souvent une franchise individuelle et une franchise familiale distinctes1 700 $ (individuel) et 3 400 $ (familial) au minimum réglementaire d’un plan à franchise élevée ; couramment 1 500 à 5 000 $ par personne dans les plans ordinaires
3. Le ticket modérateur forfaitaire (copay)Une somme fixe par acte : consultation, urgence, médicament. Elle ne s’impute pas toujours sur la franchise, et cela se lit dans le plan20 à 75 $ par consultation
4. La coassurance (coinsurance)Votre quote-part en pourcentage, une fois la franchise consommée. C’est le mécanisme qui transforme une hospitalisation en detteTypiquement 20 % — c’est aussi le taux structurel de la partie B de Medicare
5. Le plafond annuel de reste à charge (out-of-pocket maximum)Le seul chiffre qui borne réellement votre risque. Au-delà, le plan paie 100 %. La prime n’y entre pas10 600 $ par personne et 21 200 $ par famille au maximum légal du marché ACA pour 2026 ; 8 500 $ et 17 000 $ au maximum d’un plan à franchise élevée
6. Le hors réseau (out-of-network)Les dépassements pratiqués par un prestataire non conventionné par votre plan. Ils ne s’imputent pas sur le plafond de la couche 5Non borné

La couche 6 est celle qui ruine, et la couche 5 est celle qu’il faut négocier. Le plafond annuel de reste à charge est le seul paramètre qui répond à la question qui compte vraiment : « quel est le pire scénario financier d’une année de maladie ? » Deux plans dont les primes salariales diffèrent de 100 $ par mois mais dont les plafonds diffèrent de 8 000 $ ne sont pas comparables. Et ce plafond ne joue que dans le réseau : une intervention pratiquée dans un hôpital conventionné par un anesthésiste qui ne l’est pas produisait, jusqu’en 2022, une facture résiduelle sans plafond.

Sur ce point précis, le droit a changé et il faut connaître exactement la portée du changement. Le 42 USC § 300gg-131, intitulé « Balance billing in cases of emergency services » et issu du No Surprises Act (Pub. L. 116-260, div. BB, titre I, § 104(a), 27 décembre 2020), dispose, pour les exercices de plan ouverts à compter du 1er janvier 2022, que le service d’urgences d’un hôpital non conventionné « shall not bill, and shall not hold liable, the participant, beneficiary, or enrollee » au-delà du ticket modérateur applicable, et impose la même interdiction au praticien non conventionné. Le cas de l’anesthésiste non conventionné intervenant dans un hôpital conventionné, qui n’est pas un acte d’urgence, relève pour sa part du 42 USC § 300gg-132, « Balance billing in cases of non-emergency services performed by nonparticipating providers at certain participating facilities », qui prohibe la même facturation sous réserve d’une information et d’un consentement préalables du patient. Le reste à charge du patient est ramené au niveau intra-réseau, et le litige de tarif se règle entre l’assureur et le prestataire, hors de votre présence.

Ce que cela ne couvre pas : les soins programmés que vous choisissez de faire pratiquer hors réseau. Le patient qui tient à un chirurgien non conventionné reste exposé intégralement, et son reste à charge ne s’impute pas sur le plafond annuel. La règle de conduite est simple et elle vaut d’être écrite : pour tout acte programmé, faire confirmer par écrit et par l’assureur, et non par le cabinet du praticien, que l’établissement et chacun des intervenants sont conventionnés.

Le plafond légal de reste à charge du marché ACA mérite d’être suivi à la trace, parce que plusieurs valeurs différentes ont circulé pour la seule année 2026. Le mécanisme figure au 45 CFR 156.130(a)(2) : le plafond d’une couverture individuelle est celui de 2014 — 6 350 $ — majoré du premium adjustment percentage de l’année, et le plafond des autres couvertures vaut exactement le double, les montants étant arrondis au multiple de 50 $ inférieur. La règle finale HHS Marketplace Integrity and Affordability, 90 FR 27074 du 25 juin 2025, a modifié la méthode de calcul de ce pourcentage à compter de 2026 et arrêté, pour l’année de plan 2026, un plafond de 10 600 $ en couverture individuelle et de 21 200 $ pour les autres couvertures, en remplacement des 10 150 $ et 20 300 $ publiés dans les paramètres du 8 octobre 2024. Si vous lisez encore ces derniers chiffres quelque part, ils sont périmés.

L’assurance de l’employeur : ce qu’il faut lire dans l’offre, et dans quel ordre

C’est la porte la plus fréquente pour un salarié expatrié, et c’est aussi la ligne de la négociation salariale que les Français traitent en dernier alors qu’elle vaut, pour une famille, plus qu’une augmentation de 20 000 $ brut. Les données de référence sont celles de l’enquête annuelle KFF sur les avantages sociaux des employeurs : pour l’édition 2025, prime familiale moyenne de 26 993 $ par an, dont 6 850 $ à la charge du salarié, et prime individuelle moyenne de 9 325 $. L’édition 2026 de l’enquête n’était pas parue au 29/07/2026 : ces montants sont à utiliser en les datant, et à réactualiser à la parution.

Un levier fiscal réel, et rarement expliqué à un nouvel arrivant : la part salariale de la prime est en règle générale prélevée avant impôt, dans un plan de cafétéria du § 125 de l’Internal Revenue Code. Elle échappe alors à l’impôt fédéral et aux cotisations FICA — c’est l’un des très rares allégements d’assiette encore ouverts à un salarié américain. Dans le même plan, le compte de dépenses de santé (health FSA) est plafonné à 3 400 $ pour 2026, avec un report maximal de 680 $ sur l’exercice suivant. Ce report limité est le piège du dispositif : ce qui n’est pas consommé est perdu.

Voici l’ordre dans lequel lire une offre de couverture, et il n’est pas l’ordre dans lequel la brochure la présente.

L’ordre de lecture d’une offre de couverture santé américaine
RangCe qu’il faut demanderPourquoi ce rang
1La prime salariale mensuelle pour la couverture FAMILIALE, pas individuelleL’écart entre les deux est du simple au triple, et beaucoup d’employeurs subventionnent lourdement le salarié et faiblement les ayants droit. C’est là que se cache le vrai coût d’un conjoint sans emploi
2Le plafond annuel de reste à charge, par personne et pour la familleC’est le seul chiffre qui borne le risque. Il commande votre besoin d’épargne de précaution en dollars
3La franchise, par personne et pour la famille, et ce qui s’y imputeUne franchise « familiale agrégée » se comporte très différemment d’une franchise « individuelle emboîtée » lorsqu’un seul membre du foyer est malade
4La structure du réseau (HMO, PPO, EPO) et le sort du hors réseauUn HMO impose le passage par un médecin traitant et ne rembourse rien hors réseau ; un PPO coûte plus cher et laisse le choix. Pour une famille avec une pathologie suivie, c’est le paramètre décisif
5La liste des médicaments couverts (formulary) et son niveau de prise en chargeUn traitement de fond non inscrit au formulaire n’est pas remboursé du tout, et le prix américain d’un médicament de spécialité n’a aucun rapport avec son prix français
6L’existence d’une couverture dentaire et optiqueElles sont presque toujours vendues à part, plafonnées à quelques milliers de dollars par an, et l’orthodontie d’un adolescent excède couramment le plafond
7La couverture des soins reçus hors des États-UnisElle est quasi systématiquement nulle. Un salarié qui rentre en France trois semaines par an n’est pas couvert pendant ces trois semaines

Le septième point est celui que les Français découvrent le plus tard, souvent aux urgences d’un hôpital français pendant les vacances d’été. Il se règle par un contrat d’assurance voyage annuel ou par le maintien d’une adhésion à la Caisse des Français de l’Étranger, dont c’est précisément l’un des trois usages réels — voir plus bas.

Franchise élevée et compte épargne santé : le seul triple avantage fiscal du droit américain

Une famille d’options s’est imposée dans les entreprises américaines : le plan à franchise élevée (high-deductible health plan), dont la prime est basse et la franchise haute, adossé à un compte épargne santé (health savings account) qui permet de provisionner la franchise en franchise d’impôt. Les deux vont ensemble : on ne peut alimenter le second que si l’on est couvert par le premier.

Plans à franchise élevée et comptes épargne santé — paramètres 2026 (Rev. Proc. 2025-19)
ParamètreFondement20262025
Versement maximal sur le compte épargne santé, couverture individuelle§ 223(b)(2)(A)4 400 $4 300 $
Versement maximal, couverture familiale§ 223(b)(2)(B)8 750 $8 550 $
Versement complémentaire à partir de 55 ans§ 223(b)(3)1 000 $ — montant fixé par la loi, non indexé1 000 $
Franchise minimale du plan, couverture individuelle§ 223(c)(2)(A)(i)1 700 $1 650 $
Franchise minimale du plan, couverture familiale§ 223(c)(2)(A)(i)3 400 $3 300 $
Reste à charge maximal du plan, couverture individuelle§ 223(c)(2)(A)(ii)8 500 $8 300 $
Reste à charge maximal du plan, couverture familiale§ 223(c)(2)(A)(ii)17 000 $16 600 $
Remboursement de santé à prestations exclues (EBHRA)§ 54.9831-1(c)(3)(viii)2 200 $2 150 $

Le compte épargne santé est le seul véhicule à triple avantage fiscal du droit américain : versement déductible, capitalisation exonérée, retrait exonéré s’il finance une dépense de santé qualifiée. Après 65 ans, les retraits non médicaux sont imposés au barème sans pénalité, et le compte se comporte alors comme un plan de retraite. Son traitement comme véhicule d’épargne, ses règles d’investissement et son articulation avec les autres enveloppes américaines relèvent du chapitre 18.

Le compte épargne santé est un piège au retour, et il se vide avant de partir

Ce compte n’a aucun équivalent en droit français, et la convention fiscale du 31 août 1994 ne le vise pas : il ne verse pas une pension au titre d’un emploi antérieur, et l’article 18 ne lui est donc pas applicable. Le rattachement le plus probable est celui de l’article 22 — autres revenus, imposables dans l’État de résidence —, ce qui conduirait la France à imposer les produits au fil de l’eau, chaque année, alors même que les États-Unis ne les imposent pas. Le report d’imposition américain qui fait tout l’intérêt du compte n’a alors aucune valeur.

La version consolidée de la convention de 1994 publiée par la DGFiP et le commentaire BOI-INT-CVB-USA-10, consultés le 29/07/2026, ne mentionnent pas ce type de compte. Ce point doit être arbitré avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis avant tout acte irréversible. La question exacte à leur poser : « à quel article de la convention de 1994 se rattache un health savings account, et la France impose-t-elle ses produits annuellement au titre de l’article 22 ou seulement au retrait ? » Pièces à réunir : règlement du compte, historique des versements et des retraits date par date, relevés de valorisation au 31 décembre de chaque exercice, justificatifs de toutes les dépenses de santé engagées depuis l’ouverture et non encore remboursées.

La conduite de prudence consiste à vider le compte avant le retour, en le faisant financer des dépenses de santé qualifiées — ce qui est possible pour toute dépense engagée depuis l’ouverture du compte et non encore remboursée, sans limite de temps, à condition d’en avoir conservé les justificatifs. Et dans tous les cas, le compte est un compte étranger à déclarer en France au titre de l’article 1649 A du CGI : voir le chapitre 24.

Le marché individuel et la falaise des 400 % : le dollar qui coûte 20 000 $

C’est le point le plus actionnable de tout ce chapitre, et c’est aussi celui où la quasi-totalité des sources françaises publie un chiffre faux. Il concerne trois profils que nous voyons constamment : le créateur d’entreprise qui n’a pas d’employeur, le consultant indépendant, et surtout le couple de préretraités français installé en Floride ou en Arizona entre 60 et 65 ans, c’est-à-dire dans la fenêtre où l’on n’a plus d’employeur et pas encore Medicare.

Le crédit d’impôt sur les primes du § 36B de l’Internal Revenue Code plafonne la part de revenu qu’un ménage consacre à la prime du plan de référence — le deuxième plan de catégorie silver le moins cher de sa zone. Les majorations temporaires de l’American Rescue Plan Act, prolongées par l’Inflation Reduction Act, ont expiré au 31 décembre 2025. À compter des exercices ouverts en 2026, la table du § 36B(b)(3)(A)(i) retrouve son régime ordinaire, et avec elle le plafond de 400 % du seuil de pauvreté fédéral au-delà duquel le crédit tombe à zéro. Ce n’est pas une dégressivité : c’est une falaise.

Les seuils de pauvreté à utiliser pour la couverture 2026 sont ceux de 2025, et non ceux de 2026

Le 26 USC § 36B(d)(3)(B) impose de retenir « the most recently published poverty line as of the 1st day of the regular enrollment period for coverage during such calendar year ». La période d’inscription pour 2026 s’étant ouverte le 1er novembre 2025, la table applicable est celle publiée au Federal Register du 17 janvier 2025 (doc. 2025-01377) : 15 650 $ pour une personne, 21 150 $ pour deux, 26 650 $ pour trois, 32 150 $ pour quatre, + 5 500 $ par personne supplémentaire (48 États contigus et district de Columbia).

Le plafond de 400 % du seuil de pauvreté pour la couverture 2026 est donc de 84 600 $ pour un couple et de 128 600 $ pour une famille de quatre. Les seuils publiés le 15 janvier 2026 (Federal Register, doc. 2026-00755 : 15 960 $ / 21 640 $ / 27 320 $ / 33 000 $, + 5 680 $) gouverneront l’année de couverture 2027.

La falaise, chiffrée. Un couple de préretraités français installé en Floride avec 84 500 $ de revenus reste sous le plafond : sa prime est plafonnée à 9,96 % du revenu, soit environ 8 416 $ par an. À 84 601 $, le crédit disparaît intégralement. La prime réelle d’un couple de 60-62 ans sur le marché individuel se situe couramment entre 25 000 et 35 000 $ par an : le coût marginal du dollar qui fait franchir le seuil est de l’ordre de 20 000 $.

Voici la table complète, pour les tailles de foyer que nous rencontrons, et il faut la lire deux fois : la colonne de droite est celle qui compte, et elle est inférieure de près de 2 000 $ pour un couple à ce que publient la plupart des sources.

Le seuil de 400 % du seuil de pauvreté fédéral pour l’année de couverture 2026 (48 États contigus et district de Columbia)
Personnes au foyerSeuil de pauvreté applicable à la couverture 2026 (table de 2025)Plafond des 400 % — couverture 2026Pour mémoire : table de 2026, applicable à la couverture 2027
115 650 $62 600 $15 960 $
221 150 $84 600 $21 640 $
326 650 $106 600 $27 320 $
432 150 $128 600 $33 000 $
Par personne supplémentaire+ 5 500 $+ 22 000 $+ 5 680 $

Sous le plafond, la subvention se calcule par différence : vous payez un pourcentage de votre revenu, l’État fédéral paie le reste de la prime de référence. La table des pourcentages pour 2026 figure à la Rev. Proc. 2025-25, § 3.01.

Part de revenu consacrée à la prime de référence en 2026 (Rev. Proc. 2025-25, § 3.01)
Revenu du foyer, en % du seuil de pauvreté fédéralPourcentage initialPourcentage final
Moins de 133 %2,10 %2,10 %
Au moins 133 % et moins de 150 %3,14 %4,19 %
Au moins 150 % et moins de 200 %4,19 %6,60 %
Au moins 200 % et moins de 250 %6,60 %8,44 %
Au moins 250 % et moins de 300 %8,44 %9,96 %
Au moins 300 % et au plus 400 %9,96 %9,96 %
Au-delà de 400 %Aucun crédit—

La falaise des 400 %, mise en équation

Prime nette = Prime du plan de référence − [ Prime du plan de référence − (pourcentage applicable × revenu du foyer) ]  … tant que revenu ≤ 400 % du seuil de pauvreté
        Prime nette = Prime réelle du plan  … dès le premier dollar au-delà
  • Revenu du foyer :le MAGI du § 36B, qui comprend les plus-values de cession, les conversions Roth, les distributions de plans de retraite, les revenus fonciers français et les intérêts exonérés
  • Pourcentage applicable :9,96 % entre 300 % et 400 % du seuil de pauvreté pour 2026
  • Plafond :62 600 $ (1 personne), 84 600 $ (2), 106 600 $ (3), 128 600 $ (4) pour la couverture 2026
  • Prime réelle :couramment 25 000 à 35 000 $ par an pour un couple de 60-62 ans sur le marché individuel

Calcul du cabinet, à partir des paramètres du § 36B et de la Rev. Proc. 2025-25 § 3.01. Sous le plafond, votre prime est plafonnée en pourcentage de revenu et la subvention absorbe l’écart avec la prime réelle. Au-delà, la subvention ne diminue pas : elle disparaît. Le taux marginal implicite du dollar qui franchit le seuil approche 2 000 000 %.

Trois conséquences de gestion patrimoniale en découlent, et elles font du pilotage du revenu entre 60 et 65 ans l’arbitrage dominant d’un préretraité français aux États-Unis.

Première conséquence : tout entre dans le MAGI. Une plus-value de cession d’un bien français, une conversion d’un plan de retraite en Roth, une distribution de 401(k), un revenu foncier de source française, une soulte d’indivision successorale : chacun de ces événements, dont aucun n’est un « salaire », peut faire franchir la falaise. Le calendrier de ces opérations doit être arbitré à la lumière de la couverture santé, et pas seulement de l’impôt. C’est un cas rare où le paramètre de santé prime sur le paramètre fiscal : 20 000 $ de prime supplémentaire coûtent plus cher que la plupart des optimisations que l’on pourrait faire la même année.

Deuxième conséquence : le plafonnement du remboursement de l’avance de crédit a été supprimé. Le crédit du § 36B est versé par avance, sur la base du revenu que vous estimez en novembre pour l’année suivante. Jusqu’en 2025, si votre revenu réel dépassait votre estimation, le remboursement de l’excédent d’avance était plafonné par le § 36B(f)(2)(B). Le § 71305 de l’One Big Beautiful Bill Act (P.L. 119-21 du 4 juillet 2025) a abrogé ce plafonnement pour les exercices ouverts après le 31 décembre 2025 : l’excédent devient intégralement remboursable. Un couple qui a estimé 82 000 $ en novembre 2025, perçu l’avance toute l’année 2026, puis réalisé une plus-value imprévue en décembre 2026 devra restituer l’intégralité de la subvention perçue, en une fois, sur sa déclaration d’avril 2027.

Troisième conséquence : sous 250 % du seuil de pauvreté, un second dispositif s’ajoute au crédit, et il ne joue que sur les plans silver. Les réductions de participation aux frais (cost-sharing reductions) abaissent la franchise et le plafond de reste à charge d’un plan silver, sans toucher à la prime. Pour un foyer dont le revenu est compris entre 100 % et 200 % du seuil de pauvreté, le plafond annuel de reste à charge tombe à 3 500 $ pour l’année de plan 2026 (90 FR 27074). Choisir un plan bronze parce que sa prime est moins chère fait perdre l’intégralité de cet avantage : c’est la faute la plus fréquente des ménages modestes sur le marché individuel, et elle se paie à la première hospitalisation.

Un dernier point, propre au salarié et non à l’indépendant. Une couverture d’employeur ferme normalement l’accès au marché subventionné. Elle cesse toutefois d’être réputée « abordable » lorsque la part salariale excède 9,96 % du revenu du foyer pour 2026, et l’accès au marché subventionné se rouvre alors. Pour une famille dont l’employeur subventionne le salarié mais pas les ayants droit, le calcul mérite d’être fait chaque automne : il est plus souvent favorable qu’on ne le croit.

Une parenthèse française qui a sa place ici : la CSG et la CRDS sont créditables, mais pas par l’employeur

Les contributions sociales françaises — CSG et CRDS — entrent dans le champ de la convention fiscale de 1994 et sont créditables sur l’impôt américain ; l’administration fiscale américaine l’a reconnu, et l’actualité BOFiP `ACTU-2020-00030` du 19 février 2020 en fait état, le commentaire `BOI-INT-CVB-USA-10` situant cette reconnaissance en juillet 2019. Le délai de réclamation est de dix ans.

Ce qui est systématiquement omis, et qui condamne un montage que l’on nous soumet régulièrement : la réclamation est réservée au salarié. La page de l’IRS consacrée au crédit d’impôt étranger l’écrit en toutes lettres — « U.S. employers may not file for refunds claiming a foreign tax credit for CSG/CRDS withheld or otherwise paid on behalf of their employees ». Faire porter la réclamation par l’employeur américain, ou par la filiale américaine du groupe français, est exclu. Le récit qui circule sur l’origine de cette reconnaissance — un mémoire déposé devant l’U.S. Tax Court en juin 2019 — relève de la presse professionnelle : l’actualité BOFiP `ACTU-2020-00030` et le commentaire `BOI-INT-CVB-USA-10`, consultés le 29/07/2026, ne le mentionnent pas. Nous écrivons la règle, pas le récit.

COBRA : dix-huit mois, quatre fois le prix, et un compteur qui continue de tourner

Lorsque le contrat de travail américain prend fin, la couverture prend fin avec lui, souvent le dernier jour du mois. Le dispositif dit COBRA, du nom de la loi budgétaire de 1985 qui l’a institué et dont le régime figure aujourd’hui au 29 USC § 1161 et suivants, permet de prolonger le même plan, avec le même réseau et les mêmes garanties, à condition d’en payer la totalité du prix.

Le régime de COBRA
PointRègleFondement
Durée, cessation d’emploi ou réduction d’horaires18 mois29 USC § 1162(2)(A)
Extension pour invalidité29 mois, si l’invalidité est constatée dans les 60 premiers jours29 USC § 1162(2)(A)
Autres événements ouvrant droit : décès, divorce, perte du statut d’enfant à charge36 mois29 USC § 1162(2)(A)
PrimeAu plus 102 % de la prime applicable — c’est-à-dire la prime totale, part employeur comprise, majorée de 2 % de frais de gestion29 USC § 1162(3)
Prime pendant l’extension pour invaliditéAu plus 150 %29 USC § 1162(3)
Contenu de la couvertureIdentique à celle des salariés actifs de la même catégorie ; aucune condition d’assurabilité, aucun questionnaire de santé29 USC § 1162(1) et (4)
Cessation anticipéeCessation par l’employeur de tout régime collectif au bénéfice de l’ensemble de ses salariés, souscription d’une nouvelle couverture collective, ouverture du droit à Medicare, ou défaut de paiement dans les 30 jours de l’échéance29 USC § 1162(2)(B) à (D)

Le chiffre qu’il faut avoir en tête avant de démissionner. Sur la base de la prime familiale totale de l’enquête KFF 2025, soit 26 993 $, COBRA revient à environ 27 533 $ par an, soit 2 294 $ par mois— contre 571 $ par mois pendant l’emploi. Le choc est de l’ordre de quatre fois, et il intervient précisément le mois où le salaire s’arrête. C’est le premier poste de dépense d’un Français dont le contrat de travail américain prend fin, et il doit être provisionné dans la trésorerie de départ au même titre que le loyer.

Deux pièges de séquence, l’un anodin et l’autre coûteux. Le premier : le défaut de paiement dans les trente jours de l’échéance met fin à la couverture, définitivement et sans mise en demeure. Un virement international qui arrive avec dix jours de retard suffit. Le second est le sujet du développement suivant : COBRA n’est pas une couverture fondée sur une activité en cours, et il ne suspend donc pas le compteur de la pénalité de retard à la partie B de Medicare. Une personne qui souscrit COBRA à 64 ans en se croyant couverte, et qui atteint 65 ans sous COBRA, accumule des mois de pénalité viagère.

Face à COBRA, le marché individuel est presque toujours l’alternative à instruire, parce que la perte de la couverture d’employeur ouvre une période d’inscription spéciale sur ce marché et que le revenu de l’année de rupture est souvent, mécaniquement, plus bas. L’arbitrage se joue sur trois paramètres : la continuité du réseau — décisive si un traitement est en cours —, le prix, et l’effet sur le MAGI de l’année.

Medicaid : ce à quoi un titulaire de visa n’a pas droit, et ce qu’il conserve

Medicaid est un programme fédéral-État sous condition de ressources, dont l’extension par l’ACA porte le plafond à 133 % du seuil de pauvreté, majoré d’un abattement de cinq points, soit 138 % en pratique dans les États qui ont adopté l’extension. Pour une clientèle patrimoniale, il n’est pas une couverture : il est un sujet de deux façons, par la condition de statut migratoire d’abord, par la récupération sur succession ensuite.

Sur le statut, il faut être précis, parce que la formule courante — « un titulaire de visa n’a aucun accès à Medicaid » — est trop large. L’étranger « qualifié » au sens du 8 USC § 1641 entré aux États-Unis à compter du 22 août 1996 n’est pas éligible aux prestations fédérales sous condition de ressources pendant cinq ans à compter de son entrée. Trois tempéraments, tous textuels : le délai ne s’applique ni aux réfugiés, bénéficiaires de l’asile, personnes dont l’éloignement a été suspendu, entrants cubains et haïtiens et immigrants amérasiens (§ 1613(b)(1)) ; ni aux anciens combattants libérés avec les honneurs, aux militaires en service actif et à leurs conjoints et enfants mineurs à charge (§ 1613(b)(2)) ; et le § 1613(c)(2)(A) exclut de la notion de prestation fédérale sous condition de ressources la prise en charge d’une urgence médicale. Il reste exact qu’un titulaire de visa E-2, L-1, H-1B ou O-1 n’est pas un « étranger qualifié » et n’a aucun accès au Medicaid de droit commun ; écrire qu’il n’a « aucun accès à Medicaid » est en revanche inexact — il conserve l’accès aux soins d’urgence.

Sur la succession, la règle transforme Medicaid, pour un ménage qui possède un patrimoine, en avance remboursable. Le 42 USC § 1396p(b) impose aux États de récupérer sur la succession du bénéficiaire décédé le coût des prestations servies à compter de ses 55 ans, pour les services d’établissement de soins de longue durée, les services à domicile et communautaires et les services hospitaliers et pharmaceutiques qui s’y rattachent — les États pouvant étendre la récupération à l’ensemble des prestations du plan d’État. La récupération est différée tant que vit le conjoint survivant, et tant qu’il existe un enfant de moins de 21 ans ou un enfant répondant aux critères d’invalidité ; d’autres membres du foyer, notamment un frère ou une sœur ayant résidé dans ce logement pendant au moins un an avant l’admission en établissement et l’enfant qui a hébergé et soigné le parent avant son institutionnalisation, peuvent y faire obstacle plus durablement. Pour un couple franco-américain propriétaire d’un logement aux États-Unis, la conclusion pratique est qu’on ne finance pas la dépendance par Medicaid sans avoir mesuré ce que l’État reprendra sur le patrimoine.

Medicare : la double porte, et pourquoi la totalisation ne la franchit pas

À 65 ans, l’architecture change entièrement. Medicare n’est pas un régime universel des personnes âgées : c’est un régime contributif, dont l’accès est subordonné à une carrière américaine ou à une résidence américaine durable. Le 42 USC § 1395o ouvre deux portes, et il faut savoir dans laquelle on se trouve avant de faire le moindre calcul.

Les deux portes d’accès à Medicare (42 USC § 1395o et § 1395i-2)
VoieConditionCe qu’elle ouvre
1. Le droit à la partie AÊtre « entitled to hospital insurance benefits under part A », c’est-à-dire remplir les conditions du § 226 de la Social Security Act — en pratique quarante trimestres de cotisation MedicareLa partie A sans prime, et le droit de s’inscrire à la partie B quel que soit le lieu de résidence. C’est le point décisif pour qui envisage un aller-retour France–États-Unis
2. L’âge et la résidenceAvoir 65 ans, être « a resident of the United States », et être citoyen américain ou résident permanent légal ayant résidé aux États-Unis de façon continue pendant les cinq années précédant la demandeLa partie B payante, et — à la condition supplémentaire d’être inscrit à la partie B — l’achat de la partie A au tarif du § 1395i-2

La totalisation ne franchit pas la première porte, et c’est la règle que la quasi-totalité des contenus français manque. Le 20 CFR 404.1911 dispose qu’une personne « may not become entitled to hospital insurance benefits under section 226 or section 226A of the Act by combining » ses périodes américaines et ses périodes étrangères. Trois fondements concordants : ce règlement ; le 42 USC § 433(c)(1), qui n’autorise la combinaison que pour les prestations de vieillesse, de survivants et d’invalidité ; et l’accord de sécurité sociale du 2 mars 1987 lui-même, dont l’article 2 § 1 a) i) exclut expressément les articles 226, 226 A et 228 du titre II. Un Français ayant 24 trimestres américains et 140 trimestres français obtiendra une pension de Social Security proratisée — voir le chapitre 19 — et devra pourtant acheter sa partie A.

On n’achète pas la partie A seule : le ticket d’entrée est de 9 214,80 $ par an et par personne

Le 42 USC § 1395i-2(a) subordonne l’achat de la partie A à quatre conditions cumulatives : avoir 65 ans, être inscrit à la partie B, être résident des États-Unis et y être soit citoyen américain, sans aucune condition de durée, soit résident permanent légal ayant résidé aux États-Unis de façon continue pendant les cinq années précédentes, et ne pas être par ailleurs titulaire d’un droit à la partie A.

Un Français comptant moins de 30 trimestres américains et souhaitant une couverture Medicare doit donc acquitter 565 $ (partie A) + 202,90 $ (partie B) = 767,90 $ par mois en 2026, soit 9 214,80 $ par an, hors partie D, hors majoration de revenu et hors franchises (1 736 $ en partie A, 283 $ en partie B). Pour un couple dans cette situation, le socle incompressible est de 18 429,60 $ par an. C’est ce chiffre-là, et non 6 780 $, qu’il faut opposer au coût d’une assurance privée internationale au moment de décider où l’on prend sa retraite.

Les quatre parties de Medicare, et les chiffres 2026

Les quatre parties de Medicare
PartieObjetFinancement
A — Hospital InsuranceHospitalisation, soins infirmiers qualifiés, soins palliatifs, une partie des soins à domicileLa cotisation Medicare de 1,45 % prélevée pendant la vie active ; sans prime pour la quasi-totalité des bénéficiaires, avec prime pour les autres
B — Supplementary Medical InsuranceMédecins, soins externes, matériel médical durablePrime mensuelle, franchise annuelle, et coassurance de 20 %
C — Medicare AdvantageAlternative privée intégrant A et B, souvent D, parfois des garanties supplémentairesLa prime du plan, en plus de la prime de partie B. Ces plans sont tenus à un plafond annuel de reste à charge intra-réseau (42 CFR 422.100(f)(4)), ce que Medicare d’origine ne comporte pas
D — Médicaments délivrés en villePrise en charge des médicaments de villePrime du plan, franchise, coassurance, et majoration de revenu le cas échéant

Ce que Medicare ne couvre pas, et qui structure un budget de retraite : les soins dentaires courants, l’optique courante, l’audition — appareils compris —, et surtout les soins de longue durée (custodial care), c’est-à-dire l’équivalent américain de l’EHPAD. Un couple français qui compare sa retraite en France et aux États-Unis compare presque toujours des primes et oublie ces quatre postes, dont le dernier est le plus lourd.

Les chiffres 2026 sont publiés par CMS le 14 novembre 2025 et repris dans la mise à jour tarifaire MM14279 du 5 décembre 2025, applicable au 1er janvier 2026.

Medicare partie A — participation aux frais 2026
Partie A — participation aux frais20262025
Franchise hospitalière par période de prestations (couvre les 60 premiers jours)1 736 $1 676 $
Coassurance journalière, 61e au 90e jour434 $419 $
Coassurance journalière, jours de réserve à vie (91e au 150e)868 $838 $
Coassurance journalière en établissement de soins infirmiers qualifiés, jours 21 à 100217 $209,50 $
Medicare partie A — primes 2026 (CMS, mise à jour tarifaire MM14279)
Partie A — prime pour ceux qui n’ont pas 40 trimestresPrime mensuelle 2026Prime majorée de 10 % en cas de retard d’inscription
30 à 39 trimestres de couverture, ou conjoint en ayant au moins 30311 $342,10 $
Moins de 30 trimestres565 $621,50 $
Medicare partie B — prime, franchise et coassurance 2026
Partie B20262025Variation
Prime mensuelle standard202,90 $185,00 $+ 9,7 %
Franchise annuelle283 $257 $+ 10,1 %
Coassurance20 %20 %—
Prime « médicaments immunosuppresseurs seuls »121,60 $——

Un mot sur la partie D, souvent traitée comme un détail et qui a été profondément refondue. Pour l’année civile 2026, le régime standard défini par CMS comporte une franchise annuelle de 615 $, une coassurance de 25 % pendant la phase de couverture initiale, puis une phase catastrophique dans laquelle le bénéficiaire ne supporte aucun reste à charge, atteinte lorsque ses dépenses personnelles atteignent 2 100 $ dans l’année. La prime nationale de référence (base beneficiary premium) s’établit à 38,99 $ par mois pour 2026, montant publié par CMS le 28 juillet 2025 ; la prime réelle dépend du plan choisi et de l’État. Ce plafond de 2 100 $ est une nouveauté de première importance pour un retraité sous traitement coûteux : c’est le seul plafond de reste à charge que comporte Medicare d’origine, et il ne concerne que les médicaments.

La majoration selon le revenu, et le décalage de deux ans que tous les plans de cession oublient

Les primes des parties B et D sont majorées au-delà de certains seuils de revenu. La majoration — dite income-related monthly adjustment amount— est assise sur le revenu brut ajusté modifié de l’avant-dernière année, soit 2024 pour l’année 2026. Ce décalage de deux ans est le piège : la majoration frappe au moment où le revenu a disparu, à cause d’un revenu exceptionnel réalisé deux ans plus tôt.

Majorations de revenu applicables aux parties B et D pour 2026 (CMS, 14 novembre 2025)
MAGI 2024, déclaration individuelleMAGI 2024, déclaration communeMajoration partie BPrime mensuelle totale de partie BMajoration partie D
≤ 109 000 $≤ 218 000 $0,00 $202,90 $0,00 $
> 109 000 $ et ≤ 137 000 $> 218 000 $ et ≤ 274 000 $81,20 $284,10 $14,50 $
> 137 000 $ et ≤ 171 000 $> 274 000 $ et ≤ 342 000 $202,90 $405,80 $37,50 $
> 171 000 $ et ≤ 205 000 $> 342 000 $ et ≤ 410 000 $324,60 $527,50 $60,40 $
> 205 000 $ et < 500 000 $> 410 000 $ et < 750 000 $446,30 $649,20 $83,30 $
≥ 500 000 $≥ 750 000 $487,00 $689,90 $91,00 $

Pour les personnes mariées qui ont vécu ensemble et déclarent séparément, la table est brutale : aucune majoration jusqu’à 109 000 $, puis 446,30 $ de majoration de partie B et 83,30 $ de partie D entre 109 000 $ et 391 000 $, et 487,00 $ et 91,00 $ au-delà. Il n’y a que deux marches là où le dépôt conjoint en compte cinq. Pour un Français marié à une non-résidente et déposant en married filing separately, c’est un paramètre à intégrer à l’arbitrage sur l’élection du § 6013(g) traité au chapitre 7.

Le piège du décalage de deux ans, chiffré sur une cession d’entreprise

Cession en 2024 → MAGI 2024 > 750 000 $ → primes 2026 majorées au dernier palier

        Partie B : 689,90 $ × 12 × 2 personnes = 16 557,60 $
        Partie D : (38,99 + 91,00) $ × 12 × 2   =  3 119,76 $
                                                  ------------
        Total 2026 pour le couple               = 19 677,36 $

        Sans majoration : (202,90 + 38,99) × 12 × 2 = 5 805,36 $
        Surcoût de l’année                          = 13 872,00 $
  • MAGI de l’avant-dernière année :2024 pour l’année de prime 2026
  • Dernier palier :750 000 $ de MAGI en déclaration commune
  • 38,99 $ :prime nationale de référence de partie D pour 2026 ; la prime réelle dépend du plan

Calcul du cabinet, aux paramètres CMS 2026. La majoration est révisable en cas d’« événement de vie qualifiant » — retraite, divorce, décès du conjoint, cessation d’activité — mais une cession d’actifs n’en est pas un. Un couple qui cède son entreprise l’année de ses 63 ans paie la majoration à 65 ans, quand ses revenus ont déjà chuté.

La conséquence de conseil est simple à énoncer et systématiquement oubliée : dans tout plan de cession, de conversion Roth ou de distribution exceptionnelle conduit entre 62 et 64 ans, il faut ajouter au chiffrage fiscal une ligne « majoration Medicare N+2 ». Elle n’est pas énorme en valeur absolue, mais elle est certaine, et elle surprend toujours.

Medicare ne rembourse rien en France — et il faut pourtant continuer de payer

Le 42 USC § 1395y(a)(4) exclut de la prise en charge les services « not provided within the United States », sous des exceptions de proximité frontalière du § 1395f(f) — hôpital étranger plus proche en cas d’urgence, transit vers l’Alaska — dont aucune ne peut jouer pour la France. Un Franco-Américain installé à Bordeaux qui continue de payer 202,90 $ par mois de partie B ne reçoit aucune prestation tant qu’il reste en France. Il paie pour un droit qu’il n’exerce pas.

Et il a pourtant, presque toujours, intérêt à continuer. C’est le paradoxe le plus coûteux de tout ce chapitre, et il tient à la nature de la pénalité de retard.

La pénalité de retard à la partie B : dix pour cent par an, à vie

Le texte tient en une phrase, et sa portée est considérable. Le 42 USC § 1395r(b) dispose que la prime mensuelle « shall be increased by 10 percent of the monthly premium so determined for each full 12 months » pendant lesquels l’intéressé aurait pu être inscrit et ne l’était pas. Trois caractéristiques, dont la troisième change tout.

Les trois caractéristiques de la pénalité de retard à la partie B
CaractéristiquePortée
10 % par tranche de douze mois pleins de retardLes mois incomplets ne comptent pas : onze mois de retard ne coûtent rien, treize coûtent 10 %
La majoration est calculée sur la prime standard de l’année en coursElle suit donc l’inflation des primes, qui a été de 9,7 % entre 2025 et 2026. Un chiffrage à prime constante est un plancher, jamais une estimation
Elle est viagèreLe § 1395r(b) ne comporte aucune limitation de durée. Cinq ans de retard, c’est + 50 % sur la prime de partie B jusqu’au décès

Une comparaison montre que le caractère viager de cette pénalité est un choix délibéré du législateur, et non un oubli. Pour la partie A achetée, le § 1395i-2(d) plafonne la majoration à 10 % et ne l’applique que pendant une durée égale au double du nombre de mois de retard : « any percent increase effected under section 1395r(b) […] may not exceed 10 percent and shall only apply to premiums paid during a period equal to twice the number of months ». C’est ce qui explique que les primes majorées de partie A publiées par CMS pour 2026 soient de 621,50 $ et 342,10 $ — un seul palier, et un seul.

Pénalité de partie B et pénalité de partie A : deux régimes qui n’ont rien à voir
Partie BPartie A achetée
Taux de la majoration10 % par tranche de douze mois, cumulatif et sans plafond10 %, plafonné à 10 %
Durée d’applicationÀ vieDeux fois le nombre de mois de retard
Base de calculLa prime standard de l’année, recalculée chaque annéeLa prime de l’année

Les mois qui ne comptent pas dans le décompte. Sont exclus les mois pendant lesquels l’intéressé était couvert par un régime collectif au titre d’une activité en cours— la sienne ou celle de son conjoint. Le § 1395r(b) renvoie au plan « described in section 1395y(b)(1)(A)(v) […] by reason of the individual’s (or the individual’s spouse’s) current employment status ». La formule porte tout le sujet : c’est l’activité en cours qui suspend le compteur, pas la couverture.

Le compteur de la pénalité de partie B : ce qui l’arrête et ce qui le laisse tourner
Ce qui suspend le compteur de la pénalitéCe qui ne le suspend pas
Un régime collectif d’employeur au titre d’une activité en cours, la vôtre ou celle de votre conjointCOBRA — il n’y a plus d’activité en cours
Le même régime, si c’est votre conjoint qui travaille et vous couvreUn plan d’anciens salariés (retiree coverage), pour la même raison
—Une assurance individuelle du marché ACA
—Une assurance française, la Caisse des Français de l’Étranger, ou la protection universelle maladie française

La dernière ligne est celle qui piège les Franco-Américains, et elle mérite d’être écrite en toutes lettres : être parfaitement couvert en France ne suspend rien. Le droit américain ne connaît pas la couverture française. Chaque mois passé en France sans partie B est un mois de pénalité, quelle que soit la qualité de votre couverture française.

Le scénario du Français qui rentre puis repart, déroulé sur vingt ans

La situation. Bruno, 63 ans, franco-américain, 45 trimestres de cotisation Medicare, rentre vivre en France en 2026. Il a droit à la partie A sans prime au titre de la première porte du § 1395o. Il s’inscrit à la partie A à 65 ans, puisqu’elle est gratuite, mais refuse la partie B : Medicare ne rembourse rien en France, et il est couvert par la protection universelle maladie. Le raisonnement est imparable et il est faux.

À 74 ans, il repart s’installer en Floride auprès de ses petits-enfants.

Est-il éligible à la partie B ? Oui, et il l’était depuis ses 65 ans : la première porte du § 1395o ne pose aucune condition de résidence, seulement le droit à la partie A.

Le compteur a-t-il tourné ? Oui, pendant neuf ans : aucun des mois passés en France n’était couvert par un régime collectif au titre d’une activité en cours.

Quand peut-il s’inscrire ? Pendant la période générale d’inscription, du 1er janvier au 31 mars (42 USC § 1395p(e)). Depuis le 1er janvier 2023, la couverture prend effet le premier jour du mois suivant celui de l’inscription (42 CFR 407.25) et non plus le 1er juillet : l’attente maximale est d’environ douze mois, contre quinze sous l’ancien régime.

Quelle pénalité ? Neuf tranches de douze mois, soit + 90 %, à vie. Aux paramètres 2026 : 202,90 $ × 1,90 = 385,51 $ par mois, soit 4 626,12 $ par an au lieu de 2 434,80 $. Le surcoût annuel est de 2 191,32 $. Sur vingt ans d’espérance de vie et à prime constante, 43 826 $— et davantage en réalité, puisque la pénalité est recalculée chaque année sur la prime standard, qui a augmenté de 9,7 % entre 2025 et 2026.

Le calcul inverse, qui donne la réponse pratique. S’il avait maintenu la partie B pendant ses neuf années françaises, il aurait payé 202,90 $ × 12 × 9 ≈ 21 913 $ pour rien. Il aurait en revanche évité 43 826 $ de pénalité. Maintenir la partie B est donc, pour un retour temporaire en France, le calcul le plus souvent gagnant— et il est presque systématiquement pris à l’envers.

Le seuil de bascule se raisonne ainsi, et nous le présentons comme un raisonnement et non comme une règle de droit. Maintenir la partie B revient à payer la prime pendant les N années d’absence ; ne pas la maintenir revient à payer 10 % × N de pénalité pendant les M années de vie restantes après le retour aux États-Unis. La bascule intervient lorsque M approche dix ans : au-delà d’une espérance de vie résiduelle de dix ans après le retour, il faut maintenir la partie B. En deçà — et seulement en deçà — la résiliation devient défendable. Ce qui revient à dire, pour presque tous nos clients qui rentrent en France avant 75 ans en gardant l’idée d’un possible retour : on garde la partie B.

Reste la question, très concrète, de savoir s’il existe une porte de sortie pour celui qui s’est trompé. Les périodes d’inscription sont les suivantes.

Les périodes d’inscription à la partie B
PériodeDuréeFondement
InitialeSept mois : le mois des 65 ans, les trois mois précédents et les trois suivants42 USC § 1395p(d)
GénéraleDu 1er janvier au 31 mars de chaque année ; effet au premier jour du mois suivant l’inscription depuis le 1er janvier 202342 USC § 1395p(e) ; 42 CFR 407.25
Spéciale, régime collectifPendant la couverture par un régime collectif au titre d’une activité en cours, et jusqu’au dernier jour du huitième mois consécutif suivant la fin de cette couverture42 USC § 1395p(i)

Le 42 CFR 407.23, applicable depuis le 1er janvier 2023, a créé cinq périodes d’inscription spéciales supplémentaires : catastrophe ou urgence déclarée par une autorité fédérale, d’un État ou locale (b) ; non-inscription résultant d’une information erronée ou d’une présentation trompeuse de l’employeur, du régime collectif, d’un courtier ou de leur représentant (c) ; sortie de détention (d) ; perte de la couverture Medicaid (e) ; et « autres conditions exceptionnelles » que CMS peut prévoir (f), l’intéressé devant démontrer avoir manqué une période d’inscription « because of an event or circumstance outside of the individual’s control ».

Le (f) est la seule porte, et elle est étroite. Le 42 CFR 407.23, consulté le 29/07/2026, ne prévoit pas de période d’inscription spéciale au bénéfice des personnes revenant d’un séjour à l’étranger, et un départ volontaire pour la France n’est pas un événement échappant au contrôle de l’intéressé. Le texte réglementaire ne dispense pas d’instruire, dossier par dossier, la pratique administrative de CMS au titre du (f). La branche (c) mérite en revanche d’être creusée dans un dossier réel : un salarié à qui son employeur ou l’administrateur de son plan a écrit qu’il était « couvert » et n’avait pas à s’inscrire tient là un fondement textuel, à condition d’en avoir conservé la trace écrite.

Ce que ça coûte réellement : deux budgets complets

Les chiffres qui précèdent ne servent à rien pris isolément. Voici ce qu’ils donnent une fois additionnés, sur les deux configurations que nous rencontrons le plus souvent.

Premier budget : une famille de quatre personnes couverte par l’employeur. Hypothèses : deux adultes de 42 et 40 ans, deux enfants de 8 et 11 ans ; plan PPO familial de l’employeur, part salariale au niveau de la moyenne KFF 2025 ; franchise familiale de 4 000 $ ; coassurance de 20 % ; plafond de reste à charge de 14 000 $ ; consommation médicale d’une année ordinaire.

Budget santé annuel d’une famille française de quatre personnes, couverture d’employeur — calcul du cabinet aux paramètres 2026
PosteDétailCoût annuel
Prime salarialeMoyenne KFF 2025, couverture familiale6 850 $
Franchise consomméeUne hospitalisation courte d’un enfant, un IRM, quatre consultations spécialisées4 000 $
Coassurance20 % de 12 000 $ de dépenses au-delà de la franchise2 400 $
Tickets modérateurs forfaitaires18 consultations de médecine générale et de pédiatrie à 35 $630 $
MédicamentsTickets modérateurs et médicaments non couverts900 $
Soins dentairesContrat séparé : prime 600 $, deux détartrages, deux caries, un début d’orthodontie3 400 $
OptiqueContrat séparé et deux paires de lunettes950 $
TOTAL, année ordinaire≈ 19 130 $
TOTAL, année catastrophiquePrime + plafond de reste à charge atteint + dentaire et optique : 6 850 + 14 000 + 4 350≈ 25 200 $

Le même ménage en France, à revenus équivalents : cotisation d’assurance maladie fondue dans les prélèvements sociaux, mutuelle familiale de l’ordre de 150 à 250 € par mois, reste à charge annuel de quelques centaines d’euros hors dentaire et optique. L’écart de trésorerie est de l’ordre de 15 000 $ par an, et il doit être intégré à toute comparaison de rémunération France–États-Unis. Une offre américaine à 180 000 $ contre un salaire français de 110 000 € ne se compare pas sans cette ligne.

Et le même ménage sans employeur, sur le marché individuel, avec 140 000 $ de revenus — soit au-delà des 128 600 $ qui constituent le plafond des 400 % pour une famille de quatre en 2026 : aucun crédit d’impôt, prime réelle d’un plan silver familial couramment comprise entre 20 000 et 30 000 $ par an, franchise et coassurance en sus. C’est la situation exacte d’un créateur d’entreprise français, et c’est la ligne la plus lourde de son plan d’affaires la première année. Elle doit y figurer avant toute projection de rémunération.

Second budget : un couple de retraités de 68 et 66 ans, tous deux titulaires de quarante trimestres américains, revenu sous les seuils de majoration. Ils sont donc dans la meilleure configuration possible : partie A gratuite, aucune majoration de revenu.

Budget santé annuel d’un couple de retraités sous Medicare, année ordinaire — calcul du cabinet aux paramètres CMS 2026
PosteDétailCoût annuel du couple
Primes de partie B202,90 $ × 12 × 24 869,60 $
Primes de partie DPrime nationale de référence 38,99 $ × 12 × 2 ; la prime réelle dépend du plan935,76 $
Franchises de partie B283 $ × 2566 $
Coassurance de partie B20 % de 14 000 $ de services couverts dans l’année2 800 $
Partie D — franchise et coassuranceFranchise de 615 $ pour l’un des deux, puis 25 % de coassurance≈ 1 365 $
SOUS-TOTAL Medicare≈ 10 536 $
Dentaire, optique, auditionNon couverts par Medicare, à budgéter séparément — c’est le poste qui croît le plus vite avec l’âge, appareils auditifs et prothèses en têteÀ chiffrer sur devis
Soins de longue duréeNon couverts par Medicare. Seul Medicaid les prend en charge, sous condition de ressources et avec récupération sur successionVoir ci-après

Une précision structurelle qui explique l’existence de tout un marché privé. Le barème de la partie B publié par CMS pour 2026 énonce une franchise annuelle de 283 $ et une coassurance de 20 %, et il n’énonce aucun plafond annuel de reste à charge— là où le 45 CFR 156.130(a) en impose un aux plans du marché ACA et le 42 CFR 422.100(f)(4) en impose un aux plans Medicare Advantage. La coassurance de 20 % de la partie B s’applique donc sans borne : sur 300 000 $ de soins dans l’année, elle représente 60 000 $. C’est la raison pour laquelle un retraité américain souscrit soit un contrat complémentaire, soit un plan Medicare Advantage. Un Français qui prend sa retraite aux États-Unis avec Medicare seul et sans complémentaire n’a pas une couverture : il a un plancher.

Sur une année catastrophique— une hospitalisation, une intervention lourde, une rééducation —, le même couple ajoute la franchise hospitalière de 1 736 $ par période de prestations, la coassurance de 20 % sur l’intégralité des actes de partie B et, au pire, 2 100 $ par personne de reste à charge de médicaments. Il n’existe pas de chiffre de sortie : c’est précisément le problème.

Et le même couple à carrière américaine courte, moins de 30 trimestres, qui doit acheter la partie A : ajouter 565 $ × 12 × 2 = 13 560 $ aux 4 869,60 $ de primes de partie B, ce qui porte le socle incompressible à 18 429,60 $ avant le moindre soin. C’est ce chiffre qu’il faut mettre en regard du coût d’une retraite prise en France, et il pèse souvent plus lourd, dans la décision finale, que l’écart d’impôt sur le revenu.

La Caisse des Français de l’Étranger : ce qu’elle est, ce qu’elle coûte, et ce qu’elle ne fait pas ici

La CFE est l’organisme de l’assurance volontaire des expatriés. Elle est expressément exclue du champ de l’accord de sécurité sociale de 1987 par l’article 2 § 2 de celui-ci, qui écarte « les dispositions de la législation française qui étendent aux ressortissants français qui travaillent ou ont travaillé en dehors du territoire français le droit d’adhérer à une assurance volontaire ». L’adhésion est donc un contrat d’assurance volontaire de droit français : elle ne produit aucun effet au regard du droit américain, ne dispense d’aucune cotisation américaine et n’est opposable à aucun assureur ni prestataire aux États-Unis. Voir le chapitre 19 pour le champ de l’accord.

Un point de texte que la littérature transmet à l’envers, et qui compte dès qu’on écrit un dossier. Deux corps de règles distincts coexistent : l’assurance volontaire maladie, maternité et invalidité et l’assurance volontaire accidents du travail relèvent des articles L. 762-1 à L. 762-10 du code de la sécurité sociale ; l’assurance volontaire vieillesse relève, elle, des articles L. 742-1 et L. 742-2, la CFE assurant la réception des demandes et le recouvrement. Citer L. 762-1 pour la branche vieillesse est une erreur courante, et elle fait perdre du temps devant une caisse.

Les trois branches de la CFE, à souscrire séparément
BrancheObjetCe qu’il faut en penser dans un dossier américain
Maladie – maternité – invaliditéRemboursement des soins, indemnités journalières, pension d’invaliditéInsuffisante seule aux États-Unis, pour la raison exposée ci-dessous. Réellement utile pour les soins reçus en France et pour la continuité au retour
Accidents du travail et maladies professionnellesRéservée aux actifsÀ examiner pour un salarié détaché, en articulation avec la couverture de l’employeur américain
VieillesseAcquisition de trimestres au régime général français pendant l’expatriationC’est le vrai enjeu patrimonial de la CFE, et il est presque toujours oublié

La branche vieillesse mérite un développement, parce qu’elle décide de la retraite française. Un cadre français parti dix ans aux États-Unis sans adhérer à l’assurance volontaire vieillesse ne valide pas quarante trimestres français. Aux paramètres de la génération 1970, qui doit réunir 172 trimestres, l’effet est lourd, et la totalisation franco-américaine ne le compense pas lorsque la carrière française est par ailleurs longue — voir le chapitre 19. La décision se prend au départ, les possibilités d’adhésion rétroactive étant encadrées ; le délai exact applicable à votre situation doit être confirmé auprès de la CFE avant le départ.

Ce n’est pas pour autant la seule voie ouverte, et il faut le dire parce qu’on lit souvent le contraire. Le détachement de l’article 6 § 1 de l’accord de 1987 maintient le salarié soumis à la législation française pendant cinq ans — donc affilié au régime général, donc validant des trimestres français — sans aucune adhésion à la CFE. Et l’article L. 742-2 du code de la sécurité sociale permet d’acquérir a posteriori des droits à l’assurance vieillesse pour les périodes d’activité salariée exercées hors du territoire français, les cotisations étant celles de l’article L. 351-14-1. Trois voies, donc, et le choix entre elles se fait avant le départ.

Venons-en aux cotisations. Le barème des adhésions individuelles résulte de l’arrêté du 6 mars 2026 modifiant l’arrêté du 3 janvier 2019, publié au Journal officiel du 28 mars 2026 et applicable au 1er avril 2026. Les montants ci-dessous sont trimestriels.

Cotisations trimestrielles CFE des adhésions individuelles au 1er avril 2026 (arrêté du 6 mars 2026, JORF du 28 mars 2026)
Tranche d’âgeCouverture SOLOCouverture FAMILLEÉquivalent annuel SOLO
0 à 24 ans180 €528 €720 €
25 à 29 ans189 €564 €756 €
30 à 34 ans291 €600 €1 164 €
35 à 39 ans315 €726 €1 260 €
40 à 44 ans411 €843 €1 644 €
45 à 49 ans453 €981 €1 812 €
50 à 54 ans546 €1 068 €2 184 €
55 à 59 ans636 €1 233 €2 544 €
60 à 64 ans828 €1 476 €3 312 €
65 à 69 ans867 €1 545 €3 468 €
70 ans et plus909 €1 623 €3 636 €

Un couple de 67 ans en couverture FAMILLE paie donc 6 180 € par an. Deux précautions de citation, qui évitent de se tromper de population. L’arrêté du 6 mars 2026 comporte six articles : les articles 1er et 2 modifient les deux barèmes d’adhésion individuelle de l’arrêté de 2019, chacun contenant deux tableaux à une seule colonne de montants par tranche d’âge ; l’article 3 modifie le barème des employeurs, avec trois tableaux dont les colonnes sont les niveaux de rémunération — égale ou supérieure au plafond de la sécurité sociale, supérieure ou égale aux deux tiers du plafond, inférieure — et les lignes les tranches d’âge (première ligne : moins de 30 ans, 657 € / 438 € / 330 €) ; l’article 4 modifie un taux figurant à l’article 5 de l’arrêté de 2019, l’article 5 fixe l’entrée en vigueur et l’article 6 ordonne la publication.Toute citation d’un montant doit indiquer lequel des articles 1er, 2 ou 3 le porte : les trois barèmes ne concernent pas la même population. Pour mémoire, le plafond annuel de la sécurité sociale, utile aux cotisations assises sur le revenu, est de 48 060 € pour 2026.

Le principe qui disqualifie la CFE seule aux États-Unis

La CFE rembourse aux tarifs de la sécurité sociale française, et non au coût réel des soins. C’est structurellement inadapté à un marché où les prix n’ont aucune commune mesure avec la base de remboursement française. Une hospitalisation de trois jours à New York facturée 45 000 $ sera remboursée sur la base du tarif français de la même prestation, soit quelques milliers d’euros : le reste à charge est de l’ordre de 90 %.

Aux États-Unis, la CFE seule ne constitue pas une couverture santé. Elle doit impérativement être complétée par une assurance dite « au premier euro » — c’est-à-dire une assurance internationale qui couvre le coût réel — ou par une assurance locale américaine. Ses trois intérêts propres dans le contexte américain sont la continuité des droits au retour en France, la branche vieillesse, et le remboursement des soins reçus lors des séjours en France.

Les cotisations CFE ont été sensiblement relevées au 1er avril 2026 : la hausse est constatable en comparant les barèmes publiés par la caisse pour avril 2025 et avril 2026. Nous ne publions pas de taux de hausse global, faute d’avoir refait le calcul poste par poste sur source primaire. Ce qu’il faut en retenir dans un plan à dix ans, c’est que ce barème est un barème administré, révisé par arrêté, et qu’il n’offre aucune garantie de stabilité tarifaire.

CFE seule

L’adhésion à la Caisse des Français de l’Étranger, sans complément.

CFE + assurance au premier euro

L’adhésion CFE complétée par une assurance internationale couvrant le coût réel des soins.

Assurance locale américaine seule

Plan d’employeur ou plan du marché individuel, sans adhésion française.

Le retour en France, et le trou de trois mois que personne ne prévoit

C’est le sujet le plus mal traité de toute la littérature de l’expatriation, et c’est aussi le plus facile à régler — à condition d’y penser avant. Les droits à l’assurance maladie française s’ouvrent par deux voies, et une seule est immédiate.

Les deux voies d’ouverture des droits à l’assurance maladie au retour
VoieConditionDélaiFondement
L’activité professionnelleExercer une activité professionnelle en FranceImmédiat, dès l’affiliation par l’employeurAffiliation au titre de l’activité
La résidence — protection universelle maladieRésidence stable et régulière en France, prouvée par la production d’éléments établissant une résidence « de manière ininterrompue depuis plus de trois mois »Trois moisCSS, art. L. 160-1 et L. 160-5 ; art. D. 160-2, version en vigueur depuis le 1er mai 2021

Le II de l’article D. 160-2 dispense du délai de trois mois plusieurs catégories : réfugiés et bénéficiaires de la protection subsidiaire, mineurs demandeurs d’asile autorisés à demeurer sur le territoire, Français de retour d’un volontariat international, membres de famille rejoignant un assuré déjà installé, personnes accueillies dans certains établissements sociaux, étudiants et stagiaires relevant d’accords de coopération culturelle ou scientifique. L’énumération du II de l’article D. 160-2, consultée le 29/07/2026, ne comporte pas de dérogation générale au profit des Français de retour d’expatriation. Un cadre qui rentre d’un poste aux États-Unis n’entre dans aucune des catégories dispensées, sauf à reprendre immédiatement une activité professionnelle — auquel cas c’est la première voie qui joue et le délai ne court pas.

Le trou de couverture d’un retour, déroulé jour par jour
PériodeCouverture américaineCouverture française
Jusqu’au 30 juin — dernier jour du contrat de travailPlan de l’employeurAucune
1er au 15 juillet — préparation du déménagementCOBRA si souscrit, sinon rienAucune
15 juillet au 14 octobre — installation en FranceAucune : ni Medicare ni une assurance américaine ne couvrent la FranceAucune : le délai de trois mois de l’article D. 160-2 court
À partir du 15 octobre—PUMa — mais une activité reprise le 1er octobre aurait ouvert les droits dès le 1er octobre

Le trou est de trois mois pleins, et il tombe exactement au moment où la famille effectue son bilan de santé de retour, scolarise les enfants et affronte le stress d’un déménagement transatlantique. Il se comble de trois façons, par ordre de robustesse.

Un : adhérer à la CFE avant de quitter les États-Unis et maintenir l’adhésion pendant la période de transition. La CFE rembourse les soins reçus en France, ce qui neutralise le trou. C’est la solution la plus sûre et la moins connue — et c’est aussi celle qui justifie, à elle seule, une adhésion CFE maintenue pendant toute l’expatriation par quiconque envisage un retour. Deux : reprendre une activité professionnelle dès l’arrivée, même à temps partiel : les droits s’ouvrent immédiatement au titre de l’activité, hors du délai de trois mois. Trois : souscrire une assurance voyage ou expatriation temporaire couvrant la France pour la période de carence : c’est la solution la plus coûteuse et la moins protectrice, et les exclusions d’affections préexistantes y sont la règle.

Les pièces du dossier santé d’un retour, à réunir avant le départ des États-Unis
Pièce à réunir avant de quitter les États-UnisPourquoi
Attestation de fin de couverture santé américaine (certificate of creditable coverage)Preuve de la date de rupture, exigée par certains assureurs et utile en cas de litige de prise en charge
Relevé de carrière américain (Social Security Statement)Indispensable à toute totalisation ultérieure, et beaucoup plus difficile à obtenir depuis la France
Formulaires W-2 et 1099 des cinq dernières annéesReconstitution des gains américains, et pièces d’un éventuel dossier de conformité
Relevés des plans de retraite — 401(k), IRA — avec la basisDétermination ultérieure de la fraction non imposable au retour
Justificatif d’adresse française : bail, facture, attestation d’hébergementPreuve de la résidence au sens de l’article D. 160-2 : c’est cette pièce qui fait courir les trois mois
Acte de naissance et livret de famille à jourRattachement des ayants droit
Radiation du registre des Français établis hors de FranceBascule administrative, et cohérence du dossier
Attestation de non-affiliation à un régime étrangerExigée par certaines caisses primaires
Justificatifs de toutes les dépenses de santé engagées et non remboursées depuis l’ouverture du compte épargne santéSeule façon de vider ce compte sans imposition avant le retour

Le cas particulier du retraité français qui reste aux États-Unis

Une personne qui a fait sa carrière en France, perçoit une pension française et s’installe aux États-Unis conserve un droit à la prise en charge de ses soins lors de ses séjours en France. Le fondement est l’article L. 160-3 du code de la sécurité sociale, complété par l’article R. 160-23, et le champ en est plus large qu’on ne le lit d’ordinaire.

Article L. 160-3 : la condition de quinze années ne s’applique qu’à deux des quatre catégories
CatégorieBénéficiaireCondition de durée d’assurance de quinze ans
1°Titulaire d’une pension ou rente de vieillesse, ou d’une pension de réversion, servie par un régime de base françaisOui
2°Titulaire d’une rente ou allocation d’accident du travail ou de maladie professionnelleNon
3°Titulaire d’une pension de vieillesse substituée à une pension d’invalidité, ou d’une pension d’invalidité servie par un régime de base françaisOui
4°Personnes mentionnées à l’article L. 117-3 du code de l’action sociale et des famillesNon

Dans tous les cas, l’intéressé doit résider à l’étranger et n’exercer aucune activité professionnelle, et la couverture s’étend aux enfants mineurs à charge sans activité professionnelle. Présenter les quatre conditions comme cumulatives pour tous conduit à refuser à tort le bénéfice de l’article à un rentier accident du travail dont la carrière française est courte : il faut lire l’article catégorie par catégorie.

Le conjoint n’est pas couvert, et c’est un angle mort complet des contenus grand public

L’article L. 160-3 vise l’intéressé et ses enfants mineurs. Le CLEISS l’écrit sans ambiguïté : le conjoint qui réside avec vous à l’étranger et vous accompagne en séjour en France ne peut pas obtenir la prise en charge par le régime français des soins de santé. Un couple de retraités installé en Floride dont un seul membre a une carrière française doit donc assurer l’autre séparément pour ses séjours en France.

Deux autres limites à connaître : pour une hospitalisation, la prise en charge au-delà d’un mois est subordonnée à une reconnaissance préalable de la nécessité de poursuite des soins. Et l’organisme compétent n’est pas votre ancienne caisse primaire mais le CNAREFE, le Centre national des retraités français à l’étranger, rattaché à la caisse primaire de Seine-et-Marne, qui gère l’affiliation et les remboursements des retraités du régime général résidant hors de l’Union européenne, de l’Espace économique européen et de la Suisse.

Cette prise en charge a une contrepartie, et c’est elle qui explique une ligne que nos clients découvrent sur leur relevé de pension. Un retraité résidant hors de France n’est pas redevable de la CSG : l’article L. 136-1 du code de la sécurité sociale pose deux conditions cumulatives— être domicilié en France pour l’établissement de l’impôt sur le revenu et être à la charge d’un régime obligatoire français d’assurance maladie —, et un résident des États-Unis n’en remplit aucune. Il reste en revanche redevable de la cotisation d’assurance maladie de l’article L. 131-9, qui est un prélèvement distinct.

La cotisation d’assurance maladie du retraité résidant hors de France (article L. 131-9)
PensionTauxFondement
Avantages de retraite servis par les organismes du régime général des salariés3,20 %CSS, art. D. 242-8, 1°
Avantages de retraite autres que ceux du régime général, dont AGIRC-ARRCO4,20 %CSS, art. D. 242-8, 2°
Personnes remplissant les conditions de l’article L. 136-1, donc redevables de la CSG1 %CSS, art. D. 242-8, alinéa 1er
Pensions de travailleurs indépendants7,1 % — chiffre publié par le CLEISS ; sa base réglementaire ne figure pas à l’article D. 242-8 et n’a pas été identifiée au 29/07/2026Publication CLEISS

Une précision de source qui évite une erreur répandue : le décret n° 2017-1895 du 30 décembre 2017, régulièrement cité comme fondement de ces taux, avait en réalité porté les deux premiers à 4,9 % et 5,9 % ; il a été défait par le décret n° 2018-821 du 27 septembre 2018, dont est issue la version en vigueur de l’article D. 242-8. Ne pas le citer comme source des taux actuels. Le régime fiscal des pensions elles-mêmes — quelle pension est imposable où, et sous quel article de la convention de 1994 — relève du chapitre 19.

Prévoyance et dépendance : ce qui suit le départ, et ce qui ne le suit pas

Trois risques doivent être instruits séparément, parce qu’ils ne suivent pas les mêmes règles : l’invalidité, le décès et la dépendance.

Invalidité, décès, dépendance : ce que les régimes publics font et ne font pas
RisqueCouverture publique américaineCouverture publique française exportée
InvaliditéSocial Security Disability Insurance, titre II — dans le champ de l’accord de 1987 (art. 2 § 1 a) i)) ; totalisation par l’article 12, exportation vers la France par l’article 11 § 1La pension d’invalidité française est exportable (article 11 § 2 de l’accord) et totalisable
Décès et survivantsPrestations de survivants du titre II — dans le champ de l’accord (art. 2 § 1 a) i)) ; totalisation par l’article 12, exportation vers la France par l’article 11 § 1La pension de réversion est exportable
DépendanceAucune couverture publique fédérale. Medicare ne couvre pas les soins de longue durée ; seul Medicaid les prend en charge, sous condition de ressources et avec récupération sur successionL’allocation personnalisée d’autonomie est une prestation d’aide sociale départementale, soumise à une condition de résidence en France

Un piège dont la victime typique est le retraité américain installé en France qui n’a pas encore atteint l’âge de retraite à taux plein et qui reprend une activité réduite. Le 42 USC § 403(c)(1) impose de retenir la totalité de la prestation mensuelle pour tout mois au cours duquel un bénéficiaire n’ayant pas atteint l’âge de retraite à taux plein a exercé plus de quarante-cinq heures d’activité rémunérée non couverte hors des États-Unis, quel que soit le montant perçu. Trois jours de conseil facturés depuis Paris font perdre la prestation du mois entier, là où le même revenu gagné aux États-Unis n’aurait déclenché, en deçà du montant annuel exonéré du test en dollars, aucune retenue. Le mécanisme et son articulation avec la retraite américaine sont développés au chapitre 19.

Vos contrats français de prévoyance et de dépendance : une clause, pas une règle

Les contrats français de prévoyance — décès, incapacité, invalidité — et de dépendance comportent presque tous une clause de territorialité. Leur sort en cas d’expatriation ne se règle pas par une règle de droit mais par une stipulation contractuelle, et elle se lit contrat par contrat. Le maintien d’un contrat français en cas d’expatriation aux États-Unis dépend exclusivement de la clause de territorialité du contrat, qu’il faut lire avant le départ ; l’accord de sécurité sociale de 1987 n’a aucun effet sur ces contrats, qui ne relèvent pas de son article 2.

Trois paramètres commandent la réponse : la clause de territorialité des conditions générales ; la poursuite du lien avec le souscripteur lorsque le contrat est un contrat collectif d’entreprise — la rupture du contrat de travail français emportant en général la sortie du groupe assuré ; et la poursuite du paiement des primes avec déclaration du changement de résidence, dont l’omission est en elle-même une cause de déchéance dans beaucoup de contrats.

Le point de droit qui, lui, est certain : l’article 2 § 2 de l’accord de 1987 exclut de son champ les dispositions françaises ouvrant l’assurance volontaire aux Français travaillant hors de France. Une prévoyance souscrite volontairement depuis les États-Unis, y compris auprès de la CFE, ne bénéficie d’aucune coordination.

Côté américain, la dépendance relève d’un marché privé assorti d’un dispositif fiscal fédéral qu’il faut chiffrer avant d’en attendre quoi que ce soit. Les primes d’un contrat qualifié au sens du § 7702B de l’Internal Revenue Code sont assimilées à des frais médicaux, dans la limite d’un plafond annuel fonction de l’âge atteint à la clôture de l’exercice.

Primes d’assurance dépendance déductibles en 2026 (§ 213(d)(10), Rev. Proc. 2025-32 § 4.27)
Âge atteint à la clôture de l’exercicePrime prise en compte comme frais médicaux en 2026
40 ans ou moins500 $
Plus de 40 ans et 50 ans au plus930 $
Plus de 50 ans et 60 ans au plus1 860 $
Plus de 60 ans et 70 ans au plus4 960 $
Plus de 70 ans6 200 $

Deux réserves qui vident largement l’avantage pour notre clientèle. Ces frais ne sont déductibles que dans le cadre des déductions détaillées et au-delà du seuil de 7,5 % du revenu brut ajusté du § 213(a) : pour un cadre en activité, la déduction est en pratique nulle. Et les prestations périodiques d’un contrat qualifié ne sont exclues du revenu que dans la limite de 430 $ par jour en 2026, sauf à justifier de dépenses réelles supérieures. À signaler enfin, parce que c’est récent et peu connu : le § 401(a)(39) de l’Internal Revenue Code, issu du SECURE 2.0, ouvre une distribution qualifiée d’un plan à cotisations définies destinée à financer une assurance dépendance certifiée, plafonnée à 2 600 $ en 2026 et exonérée de la pénalité de retrait anticipé du § 72(t).

Sans assurance : ce que coûte un accident, ce que contient la facture, et comment on la négocie

Il faut traiter ce cas sans détour, parce qu’il se produit : le mois de battement entre deux emplois, le visiteur qui prolonge son séjour, l’étudiant dont l’assurance universitaire s’est arrêtée en juin, le retraité qui n’a pas compris qu’il devait acheter la partie A. Une hospitalisation de trois jours à New York facturée 45 000 $ n’est pas un exemple d’école : c’est un ordre de grandeur ordinaire, et une intervention lourde avec passage en réanimation se compte en centaines de milliers de dollars.

Première chose à savoir : vous ne recevrez pas une facture, vous en recevrez plusieurs. L’établissement facture l’occupation, le plateau technique, les consommables et le personnel soignant ; les médecins facturent séparément, chacun pour son compte — l’urgentiste, l’anesthésiste, le radiologue, le pathologiste, le chirurgien. Ces factures arrivent à des dates différentes, de la part d’entités différentes, et la première n’annonce pas les suivantes. La règle de conduite : ne payer aucune facture avant d’avoir reçu, ou réclamé, la facture détaillée (itemized bill) de chaque émetteur.

Deuxième chose : le prix affiché n’est le prix de personne. Le tarif de base d’un hôpital américain — le chargemaster— est un prix brut que presque aucun payeur n’acquitte : les assureurs paient des tarifs négociés, très inférieurs. Depuis 2021, le 45 CFR partie 180 impose à chaque hôpital de rendre publics ses tarifs standard : un fichier lisible par machine contenant, pour chaque acte, le prix brut, les prix négociés par payeur, les prix négociés minimum et maximum anonymisés et le prix comptant remisé (discounted cash price), ainsi qu’une liste en langage clair d’au moins 300 prestations comparables. Le manquement est sanctionné par une pénalité civile journalière, fonction du nombre de lits.

Cette obligation est l’outil de négociation le plus efficace dont dispose un patient non assuré, et presque personne ne s’en sert. Le prix comptant remisé publié par l’établissement est un prix qu’il s’est engagé publiquement à pratiquer : le demander par écrit, en citant la publication de l’hôpital, transforme une facture brute en une facture négociée. Et comme le même fichier publie, à côté du prix brut, les prix négociés minimum et maximum anonymisés, il vous dit lui-même de combien vous pouvez négocier : c’est la seule pièce du dossier que l’établissement ne peut pas vous contester.

Troisième chose : la plupart des hôpitaux américains sont des organismes sans but lucratif, et cela leur impose des obligations précises. Le § 501(r) de l’Internal Revenue Code subordonne leur exonération à quatre séries d’exigences, dont trois intéressent directement un patient endetté :

Les obligations du § 501(r) de l’Internal Revenue Code applicables aux hôpitaux sans but lucratif
ObligationTexteCe que vous pouvez en faire
Une politique d’aide financière écrite§ 501(r)(4) : critères d’éligibilité, méthode de calcul des sommes facturées, procédure de demande, mesures de publicité de la politique dans la communauté, et une politique distincte imposant de dispenser les soins d’urgence sans discriminationDemander la financial assistance policy de l’établissement, et déposer une demande. Beaucoup de politiques couvrent intégralement les patients dont le revenu est inférieur à un multiple du seuil de pauvreté, et partiellement au-delà
Une limitation des sommes facturées§ 501(r)(5) : les personnes éligibles à l’aide ne peuvent être facturées « not more than the amounts generally billed to individuals who have insurance covering such care », et la facturation au tarif brut est prohibéeC’est le fondement textuel qui permet d’exiger d’être facturé au tarif assureur, et non au chargemaster. La différence est l’essentiel de la facture
Une limitation des actions de recouvrement§ 501(r)(6) : aucune « extraordinary collection action » avant que l’organisme n’ait fait des efforts raisonnables pour déterminer si l’intéressé est éligible à l’aide financièreOpposer cette disposition à un recouvrement engagé avant l’instruction de votre demande d’aide. Cela suspend en pratique la procédure et rouvre la négociation

L’ordre des démarches, pour un patient non assuré qui reçoit une facture : réclamer la facture détaillée de chaque émetteur ; en vérifier ligne à ligne le contenu, les erreurs de codage et les doublons étant fréquents ; demander la politique d’aide financière et déposer une demande avant de payer quoi que ce soit ; opposer le § 501(r)(5) pour être facturé au tarif généralement facturé aux assurés ; produire le prix comptant remisé publié au titre du 45 CFR partie 180 ; et négocier un échéancier sans intérêt, que la plupart des établissements accordent. Ne jamais régler par carte de crédit ni par un crédit médical proposé par l’établissement : cela transforme une dette négociable en dette bancaire, qui ne l’est plus.

Ce qu’il advient si l’on ne paie pas : la créance est cédée à un organisme de recouvrement, et l’incident finit par affecter le dossier de crédit — dont le chapitre 26 explique pourquoi il commande, aux États-Unis, la location d’un logement, le financement d’une voiture et parfois l’accès à un emploi. Une dette médicale non traitée n’est donc pas seulement une dette : c’est un handicap durable dans la vie quotidienne.

Les cas où l’état de santé d’un proche doit faire renoncer au projet

Il faut le dire, parce qu’aucun guide commercial ne le dit : il existe des configurations familiales dans lesquelles l’expatriation américaine est un mauvais projet, et où le bon conseil est de ne pas partir. Commençons par écarter la fausse raison, celle qui inquiète tout le monde et qui n’est plus un obstacle.

L’exclusion des affections préexistantes est interdite. Le 42 USC § 300gg-3(a) dispose qu’« a group health plan and a health insurance issuer offering group or individual health insurance coverage may not impose any preexisting condition exclusion with respect to such plan or coverage ». Un plan d’employeur ou un plan du marché ACA ne peut donc ni refuser un assuré, ni exclure sa pathologie, ni la tarifer plus cher. Un diabète, une sclérose en plaques, un antécédent de cancer ne ferment aucune porte de l’assurance conforme. Ce qui reste vrai — et qui explique la confusion — c’est que les produits non conformes à l’ACA — assurances voyage, régimes courts à durée limitée — ne sont pas soumis à l’interdiction du § 300gg-3 et peuvent donc, eux, exclure une affection préexistante. La conclusion pratique est inverse de celle qu’on entend : il faut fuir ces produits, pas l’assurance américaine conforme.

Les vraies difficultés sont ailleurs, et elles sont au nombre de quatre.

Le formulaire de médicaments. Un plan ne peut pas exclure votre maladie, mais il peut ne pas inscrire votre traitement à sa liste de médicaments remboursés, ou l’inscrire au palier le plus cher. Pour un traitement de spécialité, l’écart entre un médicament couvert et un médicament non couvert se compte en dizaines de milliers de dollars par an. Cela ne se vérifie pas dans une brochure : cela se vérifie en cherchant la dénomination commune internationale du traitement dans le formulaire du plan, plan par plan, avant de signer le contrat de travail.

Le réseau. Une pathologie rare se soigne dans un nombre restreint de centres. Si aucun de ces centres n’est conventionné par le plan proposé, la couverture existe sur le papier et pas dans les faits, et le hors réseau n’est pas plafonné. Ce point se vérifie avant le départ, par écrit, auprès de l’assureur et non de l’employeur.

L’enfant en situation de handicap. C’est le cas le plus lourd, et celui où nous conseillons le plus souvent de ne pas partir. Les prestations françaises liées au handicap relèvent de l’aide sociale — l’allocation personnalisée d’autonomie en est l’exemple type, et elle est soumise à une condition de résidence en France. Le sort de chacune de ces prestations doit être vérifié, prestation par prestation, auprès de la caisse et du département avant le départ ; aucune ne doit être présumée exportable. En face, un titulaire de visa non immigrant n’est pas un « étranger qualifié » et n’a aucun accès au Medicaid de droit commun, qui est précisément le programme qui finance aux États-Unis l’accompagnement du handicap lourd et les services à domicile. La scolarisation adaptée relève du district scolaire et varie considérablement d’un district à l’autre. Une famille qui part avec un enfant lourdement handicapé quitte un filet de sécurité pour un espace où elle n’en a aucun pendant toute la durée du visa.

Le parent âgé et dépendant qui suivrait. Un ascendant de plus de 65 ans qui rejoint ses enfants aux États-Unis n’a ni carrière Medicare, ni les cinq années de résidence permanente qu’exige la seconde porte du § 1395o. Il n’a donc, pendant cinq ans, aucun accès à Medicare, et la dépendance n’est couverte par aucun régime public : c’est un coût intégralement privé, dans le pays où il est le plus élevé au monde. Le calcul se fait avant le départ, pas après.

Ces quatre situations, et les autres configurations où les États-Unis ne sont pas la bonne réponse, sont traitées au chapitre 31. Nous préférons perdre un dossier qu’accompagner un départ dont nous savons qu’il coûtera à la famille plus que ce qu’il lui rapportera.

Le calendrier : ce qui se fait avant, et ce qui ne se rattrape pas après

Le calendrier santé d’une expatriation américaine
ÉchéanceActionCe qu’il en coûte de l’oublier
T–6 moisLire l’offre de couverture de l’employeur dans l’ordre des sept points, et négocier la part salariale familiale au même titre que le salaireUn écart de 500 $ par mois sur la prime familiale, soit 6 000 $ par an, jamais rattrapable une fois le contrat signé
T–6 moisVérifier le formulaire de médicaments et le conventionnement des centres de soins pour toute pathologie suivie dans la familleUne couverture qui existe sur le papier et pas dans les faits
T–3 moisDécider de l’adhésion à la CFE, branche par branche, et notamment de la branche vieillesseDes trimestres français perdus, que la totalisation ne compense pas, et l’adhésion rétroactive est encadrée
T–3 moisLire la clause de territorialité de chaque contrat français de prévoyance et de dépendance, et déclarer le changement de résidenceUne déchéance de garantie découverte au moment du sinistre
T–1 moisSouscrire une couverture pour la période entre le départ de France et la prise d’effet du plan américain — laquelle intervient rarement le jour de l’arrivéeUn accident pendant les premières semaines, période où le risque est statistiquement le plus élevé
À l’arrivéeOuvrir le compte épargne santé si le plan est à franchise élevée, et conserver le justificatif de chaque dépense de santéUn compte impossible à vider proprement au retour
Chaque automneRefaire le calcul du MAGI prévisionnel avant la période d’inscription du 1er novembreLa falaise des 400 %, et depuis 2026 le remboursement intégral de l’avance de crédit
À 64 ans et 8 moisOuvrir le dossier Medicare : période initiale de sept mois autour du 65e anniversaireDix pour cent de pénalité viagère par tranche de douze mois de retard
Avant tout retour en FranceDécider du sort de la partie B en raisonnant sur l’espérance de vie résiduelle après un éventuel retour aux États-Unis, et adhérer à la CFE43 826 $ de pénalité sur vingt ans, et trois mois sans couverture au retour
Bilan patrimonial

Faire chiffrer votre poste santé avant de signer, pas après

La couverture santé décide du budget d’une expatriation américaine autant que la fiscalité, et ses erreurs sont les plus difficiles à corriger : une pénalité Medicare est viagère, un trimestre français non validé ne se rachète pas toujours, un trou de couverture au retour ne se comble pas rétroactivement. Nous instruisons ce poste avec vous, chiffres en main, en articulation avec le reste de votre patrimoine.

Couverture santé USMedicare et pénalité de partie BCFE et retour en FranceFalaise des 400 %

Ce que nous vous disons, en cinq phrases

La santé n’est pas un poste de dépense parmi d’autres : c’est le poste qui décide si votre expatriation américaine est rentable. Une famille de quatre dépense couramment 19 000 $ par an avec une bonne couverture d’employeur, et l’on ne compare pas une rémunération américaine à une rémunération française sans retrancher cet écart de 15 000 $.

Entre 60 et 65 ans, le pilotage du revenu au-dessous de 84 600 $ pour un couple devient l’arbitrage patrimonial dominant, et il prime sur l’optimisation fiscale.

La pénalité de retard à la partie B de Medicare est le seul dispositif de tout ce guide dont l’erreur ne se corrige jamais : elle est viagère, et elle suit l’inflation des primes.

La Caisse des Français de l’Étranger ne vous couvre pas aux États-Unis, mais elle est le seul instrument qui neutralise le trou de trois mois du retour et qui protège vos trimestres français. Ces deux raisons suffisent à la souscrire, et à la souscrire avant le départ.

Et lorsqu’un membre de la famille a une pathologie lourde ou un handicap, la bonne réponse est parfois de ne pas partir. Nous le dirons.