Ce que nous faisons concrètement pour un expatrié aux États-Unis
Ce volet expose le droit applicable. La page que nous consacrons à l’expatriation aux États-Unis expose notre intervention : les profils que nous accompagnons, la façon dont nous coordonnons les conseils locaux, et ce qui relève de leur ressort plutôt que du nôtre.
9. Sous quel statut s’installer, et ce que chacun coûte vraiment
Vous avez un projet et un patrimoine. La première question que vous posez n’est presque jamais la bonne : « quel visa dois-je demander ? » Les bonnes questions sont ailleurs, et elles sont quatre. Quelle porte vous est réellement ouverte, compte tenu de ce que vous êtes et de ce que vous possédez ? Combien de temps sépare la décision de l’installation effective ? Combien coûte l’opération, frais officiels compris, et sur quel budget ? Et surtout : ce statut mène-t-il quelque part, ou vous laissera-t-il, au bout de quinze ans de renouvellements réguliers, exactement là où vous êtes aujourd’hui ?
Ce chapitre répond aux quatre. Il le fait avec une réserve de méthode qu’il faut poser d’emblée, parce qu’elle commande la lecture de tout ce qui suit.
Le statut migratoire et la résidence fiscale sont deux systèmes qui ne communiquent pas
C’est le contresens le plus coûteux du dossier américain, et il se rencontre chez des clients par ailleurs très bien conseillés. Un visa n’emporte aucune conséquence fiscale par lui-même. On peut être titulaire d’un E-2 parfaitement en règle et n’être pas résident fiscal des États-Unis ; on peut n’avoir aucun visa, entrer sous exemption touristique, et l’être devenu sans le savoir.
La résidence fiscale fédérale se détermine par deux tests de plein droit, auxquels s’ajoute l’élection de première année du § 7701(b)(4) : la détention d’une carte verte, et le décompte pondéré des jours de présence du substantial presence test. Aucun des deux ne demande quel visa figure sur votre passeport. Le chapitre 3 les expose en détail ; nous ne les reprenons ici que dans la mesure où ils changent le choix du statut.
La réciproque est vraie et plus dangereuse encore : certaines options fiscales détruisent un statut migratoire. Un titulaire de carte verte qui dépose un formulaire 1040-NR en invoquant la convention fournit à l’administration de l’immigration la preuve écrite d’un abandon présumé de son statut. Nous y revenons plus bas : c’est exactement le genre de décision qu’on ne prend jamais avec son seul comptable.
La grille de décision, avant tout le reste
Le choix du statut se joue sur quatre questions, et il se joue vite : chacune ferme des portes que l’on ne rouvre pas.
| La question | Ce qu’elle décide |
|---|---|
| Votre conjoint doit-il travailler dès l’arrivée ? | Si oui : E-1, E-2 ou L-1. Le conjoint y est autorisé à travailler du seul fait de son statut, sans autorisation séparée. H-1B et O-1 sont exclus : le conjoint H-4 doit obtenir une autorisation de travail dans des conditions restreintes, et le conjoint O-3 ne peut pas travailler du tout. |
| Existe-t-il une société française, et y avez-vous un an d’ancienneté ? | Si oui : L-1A ou L-1B, et surtout la trajectoire L-1A vers l’EB-1C, qui est le chemin le plus court vers la carte verte pour un cadre dirigeant. |
| Avez-vous un capital à immobiliser et un projet créateur d’emplois ? | Si oui : E-2 — en gardant à l’esprit, dès le premier jour, qu’il n’ouvre aucun chemin direct vers la résidence permanente. |
| La carte verte est-elle l’objectif prioritaire ? | Alors EB-1A, EB-2 NIW ou EB-5 doivent être lancés en parallèle du statut temporaire, pas après lui. Chaque mois de retard au dépôt est un mois de plus dans la file d’attente. |
Une cinquième question ne figure pas dans ce tableau parce qu’elle relève d’un autre chapitre, mais elle pèse au moins autant : dans quel État vous installez-vous ? La convention fiscale ne lie que l’État fédéral. Un cadre qui gagne son dossier conventionnel à Washington peut rester intégralement imposable en Californie. Le chapitre 8 traite ce point.
Ce que coûtent les frais officiels — et ce qu’ils ne couvrent pas
Les frais de dépôt sont publics et fixés par un barème unique, le formulaire G-1055 des services de l’immigration américains, dont l’édition en vigueur au 29 juillet 2026 est datée du 29 mai 2026. Ce sont les seuls montants que nous publions : ils sont opposables, datés, et vérifiables. Ils ne comprennent ni les droits consulaires du Department of State, ni les honoraires d’avocat, ni les frais de traduction et de légalisation, qui représentent en pratique une part très supérieure du budget.
| Formulaire | Objet | Frais au barème du 29 mai 2026 |
|---|---|---|
| I-129 | Pétition E-1, E-2, E-2C, TN | 1 015 $ en dépôt papier, 965 $ en ligne ; 510 $ pour un petit employeur ou un organisme sans but lucratif |
| I-129 | Pétition H-1B ou H-1B1 | 780 $ papier, 730 $ en ligne ; 460 $ petit employeur ou sans but lucratif |
| I-129 | Pétition L, individuelle ou sous pétition-cadre | 1 385 $ ; 695 $ pour un petit employeur ou un organisme sans but lucratif |
| I-129S | Rattachement d’un cadre à une pétition-cadre L approuvée | 0 $ |
| I-129 | Pétition O (un bénéficiaire en O-1) | 1 055 $ ; 530 $ petit employeur ou sans but lucratif |
| I-129 | Asylum Program Fee, additionnel à toute pétition I-129 | 600 $ ; 0 $ pour un organisme sans but lucratif ; 300 $ pour un petit employeur |
| I-129 | Fraud Prevention and Detection Fee, H-1B et L | 500 $ |
| I-129 | Surtaxe Pub. L. 114-113 : employeur d’au moins 50 salariés dont plus de la moitié en H-1B ou L-1 | 4 000 $ en H-1B ; 4 500 $ en L |
| I-129 | Surtaxe ACWIA, H-1B | 1 500 $ ou 750 $ selon l’effectif |
| Enregistrement H-1B | Inscription à la sélection annuelle | 215 $ par bénéficiaire |
| I-140 | Pétition immigrante employeur ou auto-pétition | 715 $ en dépôt papier |
| I-485 | Ajustement de statut sur le territoire | 1 440 $ papier ; 950 $ pour un enfant de moins de 14 ans déposant avec le I-485 d’un parent |
| I-526 / I-526E | Pétition EB-5, investisseur autonome ou centre régional | 3 675 $, plus 1 000 $ d’EB-5 Integrity Fund pour un I-526E initial déposé depuis le 1er octobre 2022 |
| I-539 | Extension ou changement de statut du conjoint et des enfants | 470 $ papier |
| I-907 | Traitement accéléré : I-129 E-1, E-2, H-1B, L, O et P ; I-140 EB-1, EB-2 (NIW et hors NIW) et EB-3 | 2 965 $ |
| I-407 | Abandon du statut de résident permanent | 0 $ |
| N-400 | Naturalisation | 760 $ en dépôt papier |
Deux lignes de ce tableau méritent qu’on s’y arrête. Le I-129S à 0 $ est ce qui rend la pétition-cadre L si intéressante pour un groupe français : une fois la structure approuvée, chaque cadre transféré coûte, en frais de dépôt, exactement rien. Et le traitement accéléré à 2 965 $couvre désormais l’EB-1C et l’EB-2 avec dérogation d’intérêt national, les deux seules catégories de la famille I-140 qui en étaient exclues, pour les pétitions initiales, jusqu’au 30 janvier 2023 — l’EB-3, elle, n’a jamais été visée par cette exclusion : c’est l’un des rares leviers de compression de délai réellement disponibles, et il se budgète systématiquement.
Sur les délais de traitement : ce que nous ne publierons pas
Aucun délai de traitement chiffré ne figure dans ce chapitre, et c’est délibéré. Les services de l’immigration publient leurs délais formulaire par formulaire et centre de traitement par centre de traitement, sur egov.uscis.gov/processing-times, et ces chiffres bougent d’un mois sur l’autre dans des proportions considérables : un même I-129 peut être instruit en quelques semaines dans un centre et en de nombreux mois dans un autre. Publier une durée dans un guide, c’est publier un chiffre faux quinze jours plus tard.
La règle pratique : relevez le délai vous-même, le jour où vous préparez le dépôt, sur la page officielle, en notant la date du relevé — et construisez votre calendrier sur la borne haute, jamais sur la moyenne. Les deux principales sources de dérapage ne sont d’ailleurs pas les délais affichés : ce sont les demandes de pièces complémentaires, qui remettent le dossier en file d’attente, et les créneaux de rendez-vous consulaire.
E-2, treaty investor : le statut de référence de l’entrepreneur français, et sa faiblesse structurelle
L’E-2 suppose l’existence d’un traité de commerce et de navigation, ou d’un accord international équivalent, entre les États-Unis et votre pays de nationalité. Pour la France, l’instrument est la Convention d’établissement entre les États-Unis d’Amérique et la France, signée à Paris le 25 novembre 1959, entrée en vigueur le 21 décembre 1960, publiée sous la référence TIAS n° 4625, ensemble un protocole et une déclaration conjointe. La liste officielle des pays éligibles et des classifications ouvertes à chacun est tenue par le Department of State ; elle se consulte au moment du dépôt, car les classifications ouvertes et leurs dates d’effet y sont précisées pays par pays.
Les conditions de fond sont au nombre de trois, et elles sont cumulatives : être ressortissant d’un pays lié par un tel traité ; avoir investi, ou être activement en train d’investir, a substantial amount of capital in a bona fide enterpriseaux États-Unis ; et venir solely to develop and direct the investment enterprise, ce qui s’établit par la démonstration d’une détention d’au moins 50 % de l’entreprise ou d’un contrôle opérationnel par une fonction de direction ou tout autre mécanisme sociétaire.
L’investissement substantiel : pourquoi aucun montant n’est le bon
C’est le point sur lequel le marché francophone raconte le plus d’approximations. Vous lirez partout des seuils : 100 000 $, 150 000 $, 200 000 $. Ces montants ne figurent ni au règlement d’application, ni sur la page officielle du service de l’immigration consacrée à l’E-2, consultée le 29/07/2026 : ils décrivent une pratique consulaire observée, pas une règle de droit. Le critère officiel est explicitement proportionnel. Le capital doit être « substantiel par rapport au coût total » de l’acquisition ou de la création de l’entreprise, « suffisant pour garantir l’engagement financier de l’investisseur » et « d’une ampleur telle qu’elle rende vraisemblable le développement effectif de l’entreprise ». Et le texte ajoute la phrase qui renverse le raisonnement habituel : « The lower the cost of the enterprise, the higher, proportionately, the investment must be to be considered substantial. »
Traduction opérationnelle : pour une activité de conseil dont le coût de mise en route est de 120 000 $, il faudra démontrer un investissement proche de la totalité de ce coût — la proportion attendue est très élevée, parce que le dénominateur est faible. Pour une acquisition industrielle à 3 000 000 $, une mise de 900 000 $ peut suffire. Le raisonnement ne se fait donc jamais en valeur absolue, toujours en pourcentage du coût total documenté, et la documentation de ce coût total fait partie du dossier au même titre que la preuve des fonds.
Le capital doit par ailleurs être at riskau sens commercial, avec un objectif de profit : « The capital must be subject to partial or total loss if the investment fails. »Des fonds restés sur un compte bancaire au nom de la société ne sont pas un investissement ; des fonds irrévocablement engagés dans des baux, des équipements, des stocks, des recrutements, oui. L’investisseur doit en outre établir que les fonds ne proviennent, ni directement ni indirectement, d’une activité criminelle : en pratique, la traçabilité complète de l’origine des fonds — cession d’entreprise, vente immobilière, donation familiale avec l’acte notarié, produit d’épargne avec l’historique — est une pièce lourde et à préparer très en amont.
L’entreprise marginale : la première cause de refus, et de loin
Le texte est explicite : « The investment enterprise may not be marginal. A marginal enterprise is one that does not have the present or future capacity to generate more than enough income to provide a minimal living for the treaty investor and his or her family. » Une entreprise nouvelle peut échapper à la qualification même sans capacité actuelle, mais alors « the enterprise should have the capacity to generate such income within five years from the date that the treaty investor’s E-2 classification begins ».
Le plan d’affaires à cinq ans, avec projections d’emplois et de résultat, est donc une pièce de fond, pas une formalité de présentation. C’est là que se perdent la majorité des dossiers français, et toujours sur les mêmes trois profils : l’achat d’un bien locatif, la reprise d’une franchise à faible marge, et l’activité de conseil unipersonnelle sans aucun salarié. Le premier profil bute d’ailleurs sur une seconde condition avant même celle-là.
L’investissement passif est exclu par définition
L’entreprise doit être « a real, active, and operating commercial or entrepreneurial undertaking which produces services or goods for profit ». Un portefeuille de titres n’en est pas une. De l’immobilier locatif détenu en direct non plus. C’est la première chose à dire à un client qui envisage l’E-2 comme un véhicule d’installation adossé à un patrimoine immobilier américain : le montage ne tient pas, et il n’a jamais tenu. Pour de l’immobilier, la question se pose autrement — voir le chapitre 15.
Faire venir un salarié sous E-2 : la condition qu’on lit toujours à moitié
L’E-2 permet aussi de faire venir des employés de l’investisseur, à condition qu’ils aient la même nationalité que l’employeur principal et qu’ils exercent des fonctions d’encadrement ou de supervision, ou à défaut qu’ils justifient de special qualifications — étant précisé, dans le texte lui-même, que« knowledge of a foreign language and culture does not, by itself, meet this requirement ». La connaissance du français et du marché français ne suffit donc pas.
Et lorsque l’employeur principal est une personne morale, la règle comporte deux conditions cumulatives, alors qu’on n’en cite habituellement qu’une. Elle doit être détenue à au moins 50 %par des personnes ayant la nationalité du traité ; et ces détenteurs doivent soit « be maintaining nonimmigrant treaty investor status »aux États-Unis, soit, s’ils sont à l’étranger, « be, if they were to seek admission to this country, classifiable as nonimmigrant treaty investors ». Une société française dont les associés ne sont ni titulaires du statut E-2 ni éligibles à ce statut ne qualifie donc pas comme employeur principal, quelle que soit la part française de son capital. C’est exactement le cas d’une SAS détenue par des fonds ou par des associés qui n’ont aucune intention d’investir personnellement aux États-Unis. Le dossier tombe sur ce point et le client n’a jamais entendu parler de la seconde branche.
Durée, conjoint, et le mur au bout du couloir
Le séjour initial est de deux ans au maximum. Les prorogations et les changements de statut vers l’E-2 sont accordés par tranches de deux ans, et« there is no limit to the number of extensions an E-2 nonimmigrant may be granted ». Un titulaire d’E-2 qui voyage bénéficie en outre, au retour, d’une réadmission automatique de deux ans. En pratique, l’E-2 se renouvelle indéfiniment tant que l’entreprise vit.
Le conjoint et les enfants sont admis dans la même classification, quelle que soit leur nationalité— c’est écrit en toutes lettres : « their nationalities need not be [the same] ». Un investisseur français marié à une Brésilienne fait venir sa femme en E-2 sans difficulté. Et le conjoint admis sous le code E-2Sest autorisé à travailler du seul fait de son statut, sans avoir à demander une autorisation de travail séparée : son document d’admission portant la mention E-2S vaut à lui seul preuve d’autorisation. Le même dispositif existe en E-1S et en L-2S. Pour un couple à deux carrières, c’est un argument décisif, et souvent le seul qui compte réellement.
Sur l’intention, la règle est plus subtile qu’on ne le dit. Le texte impose au titulaire d’E-2 de « maintain an intention to depart the United States upon the expiration or termination of E-1 or E-2 status »— l’E-2 n’est donc pas un statut à double intention au sens où le sont l’H-1B et le L-1. Mais la phrase suivante du même règlement ajoute qu’une demande d’admission, de changement de statut ou de prorogation en E « may not be denied solely on the basis of an approved request for permanent labor certification or a filed or approved immigrant visa preference petition ». La combinaison des deux phrases est une source de contentieux consulaire récurrente : la démarche de carte verte n’est pas en elle-même un motif de refus, mais elle nourrit l’appréciation de l’intention. C’est l’un des points où l’intervention d’un avocat en immigration n’est pas un confort.
Ce que le marché francophone présente le plus mal : l’E-2 ne mène nulle part
Il n’existe aucun chemin directde l’E-2 vers la résidence permanente. Le statut est renouvelable indéfiniment et ne crée strictement aucun droit à la carte verte. Le passage suppose de basculer dans une autre catégorie : l’EB-1C si la structure de groupe le permet, l’EB-2 avec dérogation d’intérêt national, l’EB-5, ou le mariage.
Écrit autrement : on peut passer vingt ans aux États-Unis en E-2, y élever ses enfants, y construire une entreprise, et repartir sans rien — parce que l’entreprise a cessé, parce qu’un renouvellement a été refusé, parce que la structure de détention a changé. Cette phrase doit être dite au client le premier jour, pas la quinzième année.
L’implication pratique est de calendrier : si la résidence permanente fait partie du projet, la démarche EB-2 NIW ou EB-1A doit être engagée en parallèlede l’E-2, dans les premières années, et non « plus tard, quand ce sera stabilisé ». L’EB-2 NIW est d’ailleurs devenu la principale porte de sortie des titulaires d’E-2.
Deux points d’actualité à connaître avant un dépôt. D’abord, une demande de classification E-2 ne peut pas être déposée sur formulaire I-129 depuis l’étranger — le texte officiel est net : « a request for E-2 classification may not be made on Form I-129 if you are physically outside the United States ». Depuis la France, la voie est consulaire, avec son propre calendrier de rendez-vous. Ensuite, depuis le décret présidentiel 14286 du 28 avril 2025, les demandes E-2 portant sur des emplois nécessitant la conduite d’un véhicule utilitaire doivent être accompagnées d’une preuve de maîtrise de l’anglais ; les services de l’immigration acceptent, comme preuve de cette maîtrise, les visas délivrés après le 15 juin 2026.
E-1, treaty trader : le statut du flux, pas du capital
L’E-1 repose sur la même architecture conventionnelle que l’E-2 — la Convention d’établissement de 1959 pour la France — et sur le même régime de durée : séjour initial de deux ans, prorogations de deux ans sans limite de nombre, réadmission automatique de deux ans au retour d’un voyage, conjoint autorisé à travailler sous le code E-1S. La différence porte sur l’objet : là où l’E-2 exige un capital immobilisé, l’E-1 exige un commerce substantiel et continu entre les États-Unis et le pays du traité, dont plus de 50 % doit être réalisé entre les deux pays.
C’est le statut de l’importateur-distributeur : vin, agroalimentaire, luxe, cosmétique, équipement industriel. Il a un avantage réel sur l’E-2, et on l’oublie souvent : il n’exige aucune immobilisation de capital, ce qui le rend accessible à un entrepreneur dont le patrimoine est peu liquide. Sa faiblesse est symétrique : la preuve du « commerce » entre les deux pays est facile à documenter pour des marchandises — connaissements, factures, déclarations douanières — et beaucoup plus difficile pour des services et des activités numériques, où la localisation de la prestation est floue. Un éditeur de logiciel français qui facture des clients américains depuis Paris aura un dossier E-1 laborieux, là où un négociant en vins aura un dossier simple.
Comme l’E-2, l’E-1 n’ouvre aucun chemin direct vers la carte verte, et il obéit à la même règle d’intention non-immigrante. Tout ce qui a été dit plus haut sur la trajectoire à préparer en parallèle vaut identiquement ici.
L-1A et L-1B : le transfert intragroupe, et le compteur que personne ne surveille
Le L-1 est le statut du groupe qui déplace l’un des siens. Il suppose deux séries de conditions : l’une sur l’employeur, l’autre sur le salarié.
Côté employeur, il faut une relation qualifianteentre l’entité étrangère et l’entité américaine — société mère, succursale, filiale ou société affiliée — et il faut que le groupe exerce, ou soit sur le point d’exercer, une activité d’employeur aux États-Unis et dans au moins un autre pays, pendant toute la durée du séjour du bénéficiaire. La notion d’activité est définie de façon exigeante :« doing business means the regular, systematic, and continuous provision of goods and/or services by a qualifying organization and does not include the mere presence of an agent or office ». Une boîte aux lettres américaine ne fait pas un groupe multinational.
Côté salarié, il faut avoir travaillé pour une entité qualifiante à l’étranger pendant une année continue au cours des trois annéesprécédant immédiatement l’admission. Cette condition est arithmétique et elle ne se négocie pas : un cadre recruté il y a huit mois par la maison mère française n’est pas éligible, et le seul remède est d’attendre.
Le L-1A vise les fonctions exécutives ou managériales. La capacité managériale peut aussi viser, selon la doctrine officielle, la capacité du salarié à« manage an essential function of the organization at a high level, without direct supervision of others » — c’est la voie du function manager, qui existe mais qui est très contrôlée : elle suppose de démontrer que la fonction gérée est effectivement essentielle et que le niveau est réellement élevé. Le L-1B vise la connaissance spécialisée, notion dont la définition trop générale est le premier motif de refus de cette sous-catégorie.
Le cas le plus fréquent dans nos dossiers est celui du bureau nouveau : la filiale américaine créée pour l’occasion. Trois conditions supplémentaires s’ajoutent alors : l’employeur doit avoir « secured sufficient physical premises »pour héberger le nouveau bureau ; le salarié doit avoir occupé des fonctions d’exécutif ou de manager pendant une année continue dans les trois ans précédant le dépôt ; et le bureau américain projeté doit être en mesure de « support an executive or managerial position within one year »de l’approbation. Le premier point est celui qui fait tomber les dossiers : une adresse de domiciliation n’est pas un local. Le troisième impose un plan de recrutement crédible à douze mois, dont l’exécution sera vérifiée à la première prorogation.
Les plafonds de sept et cinq ans agrègent le temps passé en statut H
C’est le point le plus mal connu du L-1, et il vaut des années de séjour. Le séjour initial est d’un an pour un bureau nouveau et de trois ansdans tous les autres cas ; les prorogations sont accordées par tranches de deux ans ; le plafond est de sept ans en L-1A et de cinq ans en L-1B. Jusqu’ici, rien que de connu.
Mais le règlement écrit que ce plafond s’apprécie sur le temps passé aux États-Unis « under section 101(a)(15)(L) and/or (H) of the Act ». Le compteur agrège donc le temps passé en statut L et en statut H. Un cadre venu quatre ans en H-1B, puis passé en L-1A par changement de statut sans avoir repassé une année complète hors des États-Unis, ne dispose plus de sept ans mais de trois. Le montage est courant, parce que le règlement précise que les périodes déjà passées aux États-Unis pour une entité du même groupe « shall not be interruptive of the one year of continuous employment abroad » : cela rend le cadre éligible au L-1 sans qu’il soit reparti un an, mais ne remet pas pour autant le compteur du plafond à zéro. Personne ne le lui dira au moment du dépôt, et il le découvrira au refus de la prorogation qu’il croyait acquise.
La seule remise à zérodu compteur est une année complète de résidence et de présence physique hors des États-Unis. Le texte est précis sur ce que cette année supporte : « except for brief visits for business or pleasure », et« such visits do not interrupt the one year abroad, but do not count towards fulfillment of that requirement ». Une année passée en France avec des allers-retours d’affaires n’est donc pas rompue par ces voyages, mais les jours de voyage ne comptent pas dans les douze mois : il faut en réalité un peu plus d’un an de calendrier.
Enfin, en L-1A, le plafond de sept ans est absolu : « no further extensions may be granted ». Et le passage de L-1B à L-1A n’ouvre les sept ans que si le salarié a occupé le poste managérial pendant au moins six mois. Une promotion accordée cinq mois avant l’échéance des cinq ans ne sert à rien.
Le L-1 est en revanche un statut à double intention expressément consacrée, ce qui le distingue nettement de l’E-2 : « an alien may legitimately come to the United States for a temporary period as an L-1 nonimmigrant and, at the same time, lawfully seek to become a permanent resident of the United States provided he or she intends to depart voluntarily at the end of his or her authorized stay ». Engager une démarche de carte verte sous L-1 n’expose donc à aucun risque de requalification d’intention.
Le conjoint relève du statut L-2, et le conjoint admis sous le code L-2S est autorisé à travailler du seul fait de son statut depuis le 30 janvier 2022, sans avoir à déposer de demande d’autorisation de travail : le document d’admission non expiré portant ce code suffit à l’employeur américain.
La pétition-cadre L : la voie normale d’un groupe français, et on n’en parle jamais
Le L-1 se traite habituellement par pétition individuelle, un formulaire I-129 par cadre, à 1 385 $ pièce plus les surtaxes. Il existe une seconde voie, prévue par le règlement, et elle correspond exactement au cas d’usage d’un groupe français qui transfère plusieurs personnes : la pétition-cadre. Le groupe fait approuver une fois pour toutes sa structure et la réalité de ses relations qualifiantes ; ensuite, chaque cadre est rattaché par un formulaire I-129S, facturé 0 $au barème du 29 mai 2026.
La différence est de premier ordre sur trois plans à la fois : le coût, puisque la charge par cadre transféré tombe aux frais consulaires seuls ; le délai, puisque l’essentiel de l’instruction — la démonstration du groupe — a déjà été faite ; et la charge probatoire, puisqu’il n’y a plus à reconstruire l’organigramme et les relations capitalistiques à chaque dossier. Un groupe qui prévoit de déplacer trois cadres ou plus sur cinq ans devrait examiner cette voie avant de déposer sa première pétition individuelle : le seuil de rentabilité est atteint très vite.
Le passage L-1A vers EB-1C : la trajectoire la plus efficace du dispositif
C’est le meilleur enchaînement disponible pour un cadre dirigeant, parce que les conditions de l’EB-1C — la catégorie multinational manager or executivede la première préférence — recoupent presque exactement celles du L-1A, et surtout parce qu’elles dispensent de la certification de travail auprès du ministère du Travail. Le texte : il faut avoir été employé hors des États-Unis « for at least 1 year in the 3 years preceding »la pétition, ou la dernière admission non-immigrante régulière si l’on travaille déjà pour l’employeur américain pétitionnaire ; le pétitionnaire américain doit exercer une activité « for at least 1 year », entretenir une relation qualifiante avec l’entité étrangère, et se proposer d’employer l’intéressé à des fonctions de direction. « No labor certification is required. »
Ce qui est décisif dans cette phrase : l’exigence d’un an d’activité de l’entité américaine. Une filiale créée pour l’occasion sous L-1 new officene peut donc pas porter une pétition EB-1C avant son premier anniversaire d’exploitation réelle. Le calendrier se déduit tout seul : L-1A d’un an, prorogation, puis dépôt de la pétition immigrante lorsque la filiale a un exercice complet derrière elle et un organigramme documenté.
Les motifs d’échec les plus fréquents en L-1 sont, dans l’ordre : la preuve insuffisante de la relation qualifiante entre l’entité française et l’entité américaine — chaîne de détention incomplète, pactes non produits, participations croisées ; le caractère non réellement managérial des fonctions, lorsque le cadre encadre du personnel non professionnel ou qu’aucun organigramme ne peut être produit ; pour le bureau nouveau, l’absence de locaux réels et d’un plan crédible à un an ; et pour le L-1B, une définition de la connaissance spécialisée qui pourrait s’appliquer à n’importe quel salarié du secteur.
H-1B : un quota, une loterie devenue pondérée, et un dispositif de frais suspendu
L’H-1B est le statut du salarié qualifié embauché par un employeur américain dans une specialty occupation. C’est le plus demandé, et c’est aussi le seul dont l’accès dépend d’un tirage au sort.
Le quota annuel de droit commun est de 65 000 visas, dont 6 800sont réservés au programme H-1B1 issu des accords de libre-échange avec le Chili et Singapour — donc inaccessibles à un Français. S’y ajoutent 20 000pétitions exemptées de quota pour les bénéficiaires titulaires d’un masterou d’un diplôme supérieur obtenu dans un établissement d’enseignement supérieur américain. Un masterfrançais, même prestigieux, n’ouvre pas ce second contingent. Au 29 juillet 2026, l’alerte affichée sur les pages officielles indique que le quota de droit commun et le contingent des diplômés avancés étaient tous deux atteints pour l’exercice 2027.
La nouveauté qui change tout pour un profil français est la sélection pondérée par niveau de salaire, applicable dès l’exercice 2027 et issue de la règle finale Weighted Selection Process for Registrants and Petitioners Seeking To File Cap-Subject H-1B Petitions, publiée au 90 FR 60864 le 29 décembre 2025. Le principe : la sélection se fait« generally based on the highest Occupational Employment and Wage Statistics (OEWS) wage level that the beneficiary’s proffered wage equals or exceeds »pour le code professionnel et la zone d’emploi considérés, et le nombre d’entrées dans le tirage dépend de ce niveau.
| Niveau de salaire OEWS atteint ou dépassé | Nombre d’entrées dans la sélection |
|---|---|
| Niveau IV | 4 |
| Niveau III | 3 |
| Niveau II | 2 |
| Niveau I | 1 |
Chaque bénéficiaire n’est compté qu’une fois dans l’allocation numérique, mais ses chances d’être tiré sont multipliées par quatre entre le niveau I et le niveau IV. Un jeune diplômé français payé au niveau d’entrée est désormais structurellement défavorisé par rapport à un cadre confirmé, et cela se négocie : le niveau de salaire proposé par l’employeur est le seul paramètre sur lequel le candidat peut agir. Un second texte pèse directement sur ce calcul : Improving Wage Protections for the Temporary and Permanent Employment of Certain Foreign Nationals in the United States, publié au 91 FR 15454 le 27 mars 2026. Une réforme des barèmes de salaires prévalants déplace mécaniquement les seuils de chaque niveau OEWS, et donc les chances de sélection de chaque candidat. Un dossier construit sur les barèmes antérieurs doit être recalculé.
L’enregistrement à la sélection coûte 215 $ par bénéficiaireet n’a lieu qu’une fois par an. Manquer la fenêtre coûte douze mois de projet, sans aucun recours.
Sur la durée : l’admission initiale est « up to 3 years », prorogeable d’une période équivalente, pour un total de six ans. Une exception vise directement l’entrepreneur : « if you possess a controlling interest in the petitioning organization », la pétition initiale et la première prorogation sont chacune limitées à dix-huit mois. Le fondateur qui se fait pétitionner par sa propre société n’obtient donc pas trois ans, mais un an et demi, deux fois. Au-delà des six ans, deux voies de prorogation existent : par tranches de trois ans pour le bénéficiaire d’une pétition I-140 approuvée en EB-1, EB-2 ou EB-3 mais bloquée par les quotas ; et par tranches plus courtes lorsqu’au moins 365 jours se sont écoulés depuis le dépôt d’une certification de travail.
L’H-1B est un statut à double intentionexpressément consacrée : l’approbation d’une certification de travail permanente ou le dépôt d’une pétition de préférence « shall not be a basis for denying » une pétition H-1B, son extension, un changement de statut ou une admission.
Le conjoint H-4 : le point qui fait renoncer la moitié des couples
Contrairement aux conjoints E et L, le conjoint admis en H-4n’est pas autorisé à travailler du seul fait de son statut. Il doit obtenir un document d’autorisation de travail, dans des conditions restreintes : en substance, lorsque son conjoint titulaire de l’H-1B est bénéficiaire d’une pétition I-140 approuvée ou qu’il bénéficie d’une prorogation au-delà de six ans. Pour un couple français à deux carrières, c’est un critère de choix décisif, et il départage l’H-1B et l’O-1 d’un côté, l’E-2 et le L-1 de l’autre. Nous voyons régulièrement des projets d’expatriation excellents sur le papier échouer sur ce seul paramètre, découvert trop tard : le conjoint qui abandonne une carrière française pour trois ans d’inactivité contrainte finit par ramener la famille.
Le paiement de 100 000 $ : l’état exact du dispositif au 29 juillet 2026
C’est le sujet sur lequel circulent, en français, le plus grand nombre d’affirmations catégoriques et fausses — dans les deux sens. Voici l’état du dispositif, daté, et avec ses références exactes.
L’acte fondateur est la Proclamation 10973 du président des États-Unis, Restriction on Entry of Certain Nonimmigrant Workers, signée le 19 septembre 2025 et publiée au 90 FR 46027 le 24 septembre 2025, sous le numéro de document 2025-18601. Elle subordonne certaines pétitions H-1B déposées à compter du 21 septembre 2025 à 12 h 01 du matin, heure de la côte Est, au versement additionnel de 100 000 $, présenté comme une condition d’éligibilité.
Le champ n’est pas celui qu’on croit. Sont visées les pétitions déposées pour des bénéficiaires qui se trouvent hors des États-Unis et ne détiennent pas de visa H-1B valide. Le dispositif s’applique aussi lorsqu’une pétition demande une notification consulaire, une notification au point d’entrée ou une inspection préalable ; et lorsqu’une pétition sollicitant un changement de statut, un amendement ou une prorogation est instruite et que l’intéressé est jugé inéligibleà ce changement, cet amendement ou cette prorogation. En revanche, il ne s’applique ni aux visas H-1B déjà délivrés et en cours de validité, ni aux pétitions déposées avant la date d’effet, niaux pétitions d’amendement, de changement de statut ou de prorogation pour une personne se trouvant aux États-Unis lorsque ce changement lui est accordé. Et le bénéficiaire d’une telle pétition accordée n’y est pas soumis s’il quitte ensuite les États-Unis et sollicite un visa sur le fondement de la pétition approuvée.
La proclamation n’a pas été annulée. C’est sa guidance d’application qui l’a été
La distinction est décisive, et l’omettre conduit le lecteur à conclure à tort que le texte présidentiel lui-même est tombé.
Le 8 juin 2026, la U.S. District Court du district du Massachusetts a rendu une ordonnance annulant (vacated) la guidance d’applicationprise par l’agence pour mettre en œuvre l’exigence de paiement — State of California v. Mullin, 1:25-cv-13829 (D. Mass.). Le ministère de la sécurité intérieure a marqué son désaccord et sollicité un sursis à exécution devant la cour d’appel du premier circuit ; l’ordonnance a été suspendue à titre administratif pendant l’instruction de cette demande. Le 24 juillet 2026, la cour d’appel a rejeté la demande de sursis.
Au 29 juillet 2026, l’administration déclare se conformer à l’ordonnance : l’exigence de paiement n’est pas mise en œuvre. Elle annonce dans le même mouvement, en termes exprès, qu’elle percevra le paiement si l’ordonnance venait à être levée. Le barème G-1055 du 29 mai 2026 maintient d’ailleurs la ligne à 100 000 $, avec la mention « ne joignez pas ce paiement à votre pétition ».
Ce qu’il ne faut donc écrire à aucun prix : que le dispositif serait « supprimé », « abandonné » ou « définitivement acquis ». La cour d’appel n’a statué que sur une demande de sursis, jamais au fond. La situation est instable, et le montant en jeu suffit à faire basculer l’économie d’une mobilité :l’état de ce contentieux doit être revérifié sur la page d’alerte officielle avant toute décision, et à nouveau avant tout dépôt.
Une lecture patrimoniale de tout ceci : pour un Français déjà présent aux États-Unis sous un autre statut et qui bascule en H-1B par changement de statut accordé sur place, le dispositif ne s’applique pas, y compris pour ses voyages ultérieurs sur le visa délivré sur ce fondement. Pour un Français recruté depuis Paris, il s’applique — et l’employeur, à qui la charge incombe, arbitrera. La conséquence pratique est brutale et il faut la dire : si le dispositif est rétabli, un profil français recruté depuis la France devient économiquement inintéressant face à un candidat déjà sur le territoire.
O-1A : la porte étroite, et la meilleure préparation à l’EB-1A
L’O-1A est réservé aux personnes justifiant d’une « extraordinary ability in the sciences, education, business, or athletics », démontrée par une acclamation nationale ou internationale soutenue. Il n’est soumis à aucun quota : c’est son premier avantage sur l’H-1B, et il explique qu’il soit devenu la voie de repli des profils qui n’obtiennent pas de tirage.
La durée initiale va jusqu’à trois ans. Les prorogations, en revanche, obéissent à une logique différente de celle des autres statuts : elles sont accordées par tranches déterminées par le temps nécessaire à l’achèvement de l’événement ou de l’activité initiale, « up to one year ». Chaque année suppose donc une nouvelle démonstration : le statut est indéfiniment renouvelable en théorie, et lourd à porter en pratique. L’admission couvre par ailleurs la période de validité de la pétition augmentée de dix jours avant son début et de dix jours après sa fin, mais l’autorisation de travailler ne couvre que la période de validité elle-même.
C’est un statut à double intention : l’approbation d’une certification de travail permanente ou le dépôt d’une pétition de préférence ne peuvent pas fonder un refus. Il est donc parfaitement compatible avec une démarche de carte verte menée en parallèle — et c’est même son principal usage rationnel, parce que la structure probatoire d’un dossier O-1A est la mêmeque celle d’un dossier EB-1A. Les critères de l’EB-1A sont plus exigeants, mais un dossier O-1A bien construit — publications rassemblées, lettres de recommandation obtenues, jurys documentés, rémunération comparée — constitue la matière première du dossier de carte verte. Construire l’un en pensant à l’autre évite de reconstituer deux fois la même démonstration probatoire ; aucun gain de délai ne peut en revanche être chiffré, pour la raison exposée plus haut.
Trois contraintes opérationnelles sont à connaître. Un changement d’employeur impose une nouvelle pétition I-129 ; un changement matériel des conditions d’emploiimpose une pétition modifiée — ce qui, pour un dirigeant dont les fonctions évoluent, arrive plus souvent qu’on ne le pense. Et en cas de rupture à l’initiative de l’employeur, celui-ci — et l’agent le cas échéant, solidairement — doit prendre en charge le coût raisonnable du transport de retour vers le dernier lieu de résidence à l’étranger.
La contrainte familiale, elle, est la plus dure de toutes les catégories examinées : le conjoint et les enfants relèvent du statut O-3, et le texte est sans ambiguïté : « they may not work in the United States under this classification ». Ils peuvent en revanche étudier, à temps plein ou partiel. Avec l’H-4, c’est la seconde grande impasse pour un couple à deux carrières, et elle est plus radicale encore puisqu’aucune autorisation de travail n’est même envisageable dans ce statut.
ESTA et B-1/B-2 : ce qu’ils permettent, ce qu’ils interdisent, et le piège du retraité hivernant
Le Visa Waiver Program, administré par le ministère de la sécurité intérieure en consultation avec le Department of State, permet aux ressortissants des pays désignés de séjourner 90 jours au plusaux États-Unis pour affaires ou tourisme sans visa, sous réserve d’un passeport biométrique et d’une autorisation ESTA. La France y figure depuis le 1er juillet 1989.
La liste faisant foi est celle du ministère de la sécurité intérieure, qui donne pour chaque pays la date d’entrée en vigueur. La page du service des douanes et de la protection des frontières annonce « 42 countries » mais porte la mention « Last Modified : Nov 12, 2024 », et la page consacrée à l’ESTA porte « Last Modified : Jul 10, 2025 » : ni l’une ni l’autre ne peut servir de source à un état du droit courant, et leur silence sur le montant du droit ESTA ne prouve rien. Relevez le montant sur esta.cbp.dhs.gov au moment du dépôt.
Un précédent mérite d’être retenu, parce qu’il contredit une croyance répandue : la Roumanie a été désignée au programme le 9 janvier 2025 sans que la désignation soit jamais mise en œuvre, puis révoquée le 2 mai 2025. La participation au programme est révocable à tout moment et ne constitue jamais un acquis de planification. Un projet patrimonial ne se bâtit pas sur la dispense de visa.
Ce que l’exemption interdit : le séjour au-delà de 90 jours ; le changement de statut sur place ; la prorogation du séjour ; l’exercice d’un emploi ; et, sauf exception, tout recours contre une décision de renvoi. La conséquence opérationnelle est nette : un Français qui projette de déposer un changement de statut vers E-2, L-1 ou H-1B ne doit pas entrer sous ESTA. Il entre sous visa approprié, ou il dépose depuis la France par la voie consulaire.
Le B-1/B-2est le visa de visiteur, affaires ou tourisme, délivré par le Department of State ; la durée d’admission est fixée à l’entrée par le service des frontières et se proroge par formulaire I-539, à 470 $. Le B-1 autorise les réunions, les négociations, les conférences, la prospection ; il n’autorise pas le travail productif rémunéré par une source américaine. La frontière entre les deux est plus étroite qu’on ne le croit, et un consultant qui facture depuis la France une prestation exécutée sur place à New York se trouve du mauvais côté.
Le piège du retraité hivernant : devenir resident alien sans jamais avoir demandé de visa
Un retraité français qui passe chaque hiver dans sa maison de Floride n’a besoin d’aucun visa au-delà de l’ESTA, tant qu’il reste sous 90 jours. Il se croit donc hors de portée de l’administration fiscale américaine. Il se trompe dès qu’il franchit le seuil du substantial presence test, qui additionne les jours de l’année en cours, le tiers des jours de l’année précédente et le sixième de ceux de l’année d’avant.
Le seuil réel, à rythme constant, n’est pas de 183 jours par an mais de 122 — voir le tableau qui suit cet encadré.
Le basculement emporte l’imposition sur le revenu mondial— donc sur les revenus fonciers français, les dividendes, les plus-values, les rachats d’assurance-vie ; l’obligation de déclarer tous les comptes financiers français si leur valeur agrégée dépasse le seuil ; le formulaire 8938 ; et un formulaire 8621 par OPCVM européen détenu. Le retraité ne s’en aperçoit qu’au moment d’une succession ou d’une cession, plusieurs années plus tard, quand la régularisation coûte dix fois la prévention. Le chapitre 13 expose ce que devient l’assurance-vie française dans cette configuration ; le chapitre 24, les obligations déclaratives.
Le remède est simple et son coût est nul. Si votre présence dépasse 121 jours par an, déposez un formulaire 8840chaque année, avant la date limite du 1040-NR, en conservant la preuve que votre foyer fiscal est resté en France. Attention cependant à deux verrous. Le premier : l’exception est fermée si vous avez été présent 183 jours ou plus dans l’année civile en cours. Le second : elle est fermée dès qu’une démarche de carte verte est engagée y compris par un tiers— une pétition I-130 déposée par un conjoint américain, une pétition I-140 ou une certification de travail déposée par un employeur. Le défaut de dépôt du formulaire, enfin, emporte inéligibilité pure et simple à l’exception et réintégration de la totalité des jours de présence, sauf preuve « claire et convaincante » d’une diligence réelle.
| Rythme annuel constant | Calcul pondéré | Résultat |
|---|---|---|
| 90 jours par an — limite de l’exemption de visa | 90 + 30 + 15 = 135 | Non-résident |
| 110 jours par an, sous visa B-2 | 110 + 36,67 + 18,33 = 165 | Non-résident |
| 121 jours par an | 121 + 40,33 + 20,17 = 181,5 | Non-résident — dernière année sûre |
| 122 jours par an | 122 + 40,67 + 20,33 = 183,0 | Résident fiscal américain |
| 150 jours par an | 150 + 50 + 25 = 225 | Résident, mais moins de 183 jours dans l’année en cours : l’exception de lien plus étroit reste ouverte par formulaire 8840 |
Les voies vers la carte verte
Tout ce qui précède décrit des statuts temporaires. La résidence permanente relève d’un autre système, avec ses propres catégories, ses propres quotas et son propre calendrier. Cinq voies concernent réellement un patrimoine français.
EB-1A : la capacité extraordinaire, en auto-pétition
C’est la catégorie la plus exigeante et la plus rapide. Il faut démontrer une« extraordinary ability in the sciences, arts, education, business, or athletics through sustained national or international acclaim », en satisfaisant au moins trois des dix critères réglementaires, ouen justifiant d’une réalisation unique de premier plan — le texte donne comme exemples le prix Pulitzer, l’Oscar, la médaille olympique — assortie de la preuve que vous continuerez d’exercer dans votre domaine. Aucune offre d’emploi, aucune certification de travail ne sont exigées : « no offer of employment or labor certification is required ». C’est une auto-pétition, et c’est ce qui en fait la valeur pour un entrepreneur ou un chercheur sans employeur américain.
Les dix critères :
- prix ou récompenses nationales ou internationales de moindre importance récompensant l’excellence dans le domaine ;
- appartenance à des associations qui exigent de leurs membres des réalisations exceptionnelles ;
- publications, dans des revues professionnelles ou de grands médias, consacrées au candidat et à son travail ;
- participation à des jurys évaluant le travail d’autrui dans le domaine ou un domaine voisin ;
- contributions originales d’importance majeure, scientifiques, savantes, artistiques, sportives ou commerciales ;
- travaux publiés par le candidat dans des revues professionnelles ou de grands médias ;
- exposition d’œuvres lors de manifestations artistiques ou de salons ;
- rôle dirigeant ou critique au sein d’organisations reconnues comme distinguées ;
- rémunération élevée en comparaison de celle des pairs du domaine ;
- succès commerciaux dans les arts du spectacle.
Deux remarques d’expérience. La première : le critère de la rémunération élevée par rapport aux pairsest le plus accessible aux profils d’entreprise, et le plus souvent négligé, parce qu’il suppose un travail de comparaison statistique que personne n’a envie de faire. La seconde : satisfaire trois critères ouvre l’examen, il ne l’emporte pas — l’administration procède ensuite à une appréciation d’ensemble de l’acclamation soutenue. Un dossier qui coche trois cases faiblement échoue.
Une varianteexiste pour les universitaires, l’EB-1B, réservée aux professeurs et chercheurs éminents : reconnaissance internationale, au moins trois ans d’expérience d’enseignement ou de recherche, poste de titulaire ou équivalent, deux des six critèresapplicables à cette sous-catégorie, offre d’emploi exigée mais pas de certification de travail. Lorsque l’employeur est une entité privée, il doit justifier de réalisations documentées et employer au moins trois chercheurs à temps plein.
EB-2 avec dérogation d’intérêt national : la voie la plus praticable pour un entrepreneur français
La dérogation d’intérêt national — national interest waiver — consiste à demander que « the job offer, and thus the labor certification, be waived »parce que cela sert l’intérêt des États-Unis. Les projets éligibles « are not defined by statute », et le demandeur peut auto-pétitionner : il n’a besoin d’aucun employeur pour le parrainer. La pétition doit néanmoins être accompagnée d’un formulaire ETA-9089 complété (annexe A) et d’une détermination finale signée.
L’éligibilité EB-2 préalableest la première marche, et elle élimine beaucoup de candidats avant même l’examen de la dérogation. Deux voies : un diplôme supérieur au bachelor ou son équivalent étranger ; ou un bachelor suivi de cinq ans d’expérience progressive dans la spécialité, cette expérience devant être postérieure au diplôme et se rattacher soit au domaine du diplôme, soit au projet proposé. Et la profession qui sert le projet doit elle-même être une profession exigeant au moins un bachelorpour y entrer. L’exemple donné par l’administration est éclairant et il faut le retenir : un ingénieur titulaire d’un doctorat qui souhaite ouvrir une boulangerie ne remplit pas la condition, parce que « the occupation underlying the endeavor is determinative ». Ce n’est pas votre diplôme qui compte, c’est le métier que suppose votre projet.
Les trois facteurs d’appréciation de la dérogation elle-même sont issus de la décision précédentielle de l’Administrative Appeals Office Matter of Dhanasar, 26 I&N Dec. 884 (AAO, 27 décembre 2016), Interim Decision n° 3882, qui a abrogé Matter of New York State Dep’t of Transportation, 22 I&N Dec. 215 (1998) : « USCIS may grant a national interest waiver if the petitioner demonstrates : (1) that the foreign national’s proposed endeavor has both substantial merit and national importance ; (2) that he or she is well positioned to advance the proposed endeavor ; and (3) that, on balance, it would be beneficial to the United States to waive the job offer and labor certification requirements. »Le demandeur, dans cette affaire, était un chercheur en ingénierie aérospatiale ayant auto-pétitionné en EB-2 ; l’instance d’appel a statué à nouveau au fond et approuvé la pétition. La doctrine d’application figure au manuel de doctrine de l’administration, volume 6, partie F, chapitre 5, section D.
Le conjoint et les enfants non mariés de moins de 21 ans sont éligibles aux statuts immigrants dérivés E-22 et E-23 respectivement — la page officielle consacrée à l’EB-2 écrit « E-21 et E-22 », mais la table réglementaire des symboles de classification du 22 CFR 42.11 réserve l’E-21 au demandeur principal et libelle les deux autres« Spouse of E21 » et « Child of E21 ».
Pour un patrimoine français, c’est la voie la plus praticable lorsqu’il n’y a pas d’employeur américain : entrepreneur, chercheur, cadre de haut niveau exerçant en indépendant. Avec l’EB-1A, c’est la seule qui combine auto-pétition et absence de certification de travail. Et c’est, très concrètement, la principale porte de sortie des titulaires d’E-2 qui veulent cesser de renouveler tous les deux ans.
EB-5 : l’investisseur immigrant depuis la réforme de 2022
Le régime en vigueur est celui de l’EB-5 Reform and Integrity Act of 2022, adopté dans le Consolidated Appropriations Act, 2022 — Public Law 117-103 — signé le 15 mars 2022.
Les montants de 1,8 M$ et 900 000 $ ne sont pas le droit applicable
Les montants d’investissement applicables sont ceux du Reform and Integrity Act : 1 050 000 $ dans le cas général et 800 000 $dans une zone d’emploi ciblée, projets d’infrastructure inclus.
Les montants de 1,8 M$ et 900 000 $que l’on trouve encore en ligne procèdent de la Modernization Rule de 2019, annulée le 22 juin 2021 par la U.S. District Court for the Northern District of California — Behring Regional Center LLC v. Wolf, 20-cv-09263-JSC. Une page officielle les reproduit encore, avec la mention « Last Reviewed/Updated : 03/01/2023 ». Un client qui vous cite ces chiffres a lu une page officielle : elle est simplement périmée.
Deux échéances de calendrier commandent tout dossier EB-5 lancé aujourd’hui. La première indexation quinquennale des montants, indexée sur la variation de l’indice des prix à la consommation urbaine depuis le 15 mars 2022, prend effet pour les pétitions déposées à compter du 1er janvier 2027 : les montants ci-dessus sont donc ceux applicables jusqu’au 31 décembre 2026, et le montant indexé se relève sur la page officielle. Et le programme des centres régionaux est autorisé jusqu’au 30 septembre 2027, date à laquelle il faudra une reconduction législative.
L’exigence de fond est la création de dix emplois à temps pleinpour des salariés éligibles — citoyens américains, résidents permanents ou autres étrangers régulièrement autorisés à travailler, à l’exclusion de l’investisseur, de son conjoint et de ses enfants —, chaque poste supposant au moins 35 heures par semaine. Hors centre régional, ces emplois doivent être directementcréés par la nouvelle entreprise commerciale : c’est lourd, et cela suppose une exploitation réelle. En centre régional, jusqu’à 90 % de l’exigence peut être satisfaite par des emplois indirects, ce qui explique que la quasi-totalité des dossiers passent par cette voie. Pour une entreprise en difficulté — au moins deux ans d’existence et perte nette d’au moins 20 % de l’actif net sur les 12 ou 24 mois précédant la date de priorité — le maintien de l’effectif pendant au moins deux ans peut suffire.
La zone d’emploi ciblée, qui ouvre le montant réduit, est soit une zone rurale— hors zone statistique métropolitaine et hors périmètre d’une ville ou d’un bourg de 20 000 habitants ou plus au dernier recensement décennal —, soit une zone à fort chômage, définie comme le secteur de recensement, ou les secteurs contigus, où l’entreprise exerce à titre principal son activité, dès lors que le taux de chômage moyen pondéré de la zone considérée atteint 150 % de la moyenne nationale.
La réforme de 2022 a créé des réserves de visasqui changent radicalement la file d’attente : 20 % des visas EB-5 de chaque exercice sont réservés à la zone rurale, 10 % à la zone à fort chômage et 2 %aux projets d’infrastructure. Les visas réservés non consommés sont maintenus dans la même catégorie réservée pendant un exercice supplémentaire, puis libérés vers les visas EB-5 non réservés au cours du troisième exercice. Pour un investisseur né en France, cette mécanique a un intérêt limité — la file générale lui est historiquement ouverte —, mais elle explique pourquoi les projets ruraux sont devenus le produit dominant du marché.
Le capital admissiblecomprend les espèces et tous actifs corporels réels, personnels ou mixtes, détenus et contrôlés par l’investisseur, valorisés à leur valeur vénale en dollars. Sont exclus : le capital d’origine illicite ; le capital investi contre billet à ordre, obligation, dette convertible ou tout autre arrangement de dette entre l’investisseur et l’entreprise ; le capital assorti d’un taux de rendement garanti ; et le capital assorti d’un droit contractuel au remboursement, sauf option de rachat exerçable à la seule discrétion de l’entreprise. L’investisseur doit établir qu’il est le propriétaire légal du capital investi.
Le billet à ordre n’est pas exclu dans tous les cas — et c’est décisif pour un patrimoine immobilier
L’administration assortit l’énumération ci-dessus d’une réserve expresse, au paragraphe immédiatement suivant : « Immigrant investors must establish that they are the legal owner of the capital invested. Capital can include their promise to pay (a promissory note) in certain circumstances. »L’exclusion ne vise donc que les arrangements de dette entre l’investisseur et la nouvelle entreprise commerciale— c’est-à-dire l’apport souscrit en échange d’un titre de créance émis par celle-ci, donc structuré en prêt et non en capital. Le billet à ordre souscrit par l’investisseur et garanti sur ses actifs personnels reste admissible, sous réserve de la démonstration de propriété et de licéité des fonds — et sous les deux conditions cumulatives expresses du barème réglementaire : que l’investisseur soit personnellement et principalement obligé, et que les actifs de la nouvelle entreprise commerciale ne garantissent aucune part de cette dette. Pour un patrimoine français majoritairement immobilier, c’est une voie qui évite la liquidation préalable — un prêt bancaire adossé au patrimoine français, dont le produit en numéraire est ensuite investi, en est une autre. Le montage exact se construit avec un avocat spécialisé : ne l’écartez pas au motif, inexact, que « les billets à ordre sont interdits ».
Les frais sont de 3 675 $ pour la pétition I-526 ou I-526E, plus 1 000 $ d’EB-5 Integrity Fundpour un I-526E initial déposé depuis le 1er octobre 2022. Ces montants résultent d’un retour, ordonné par une décision de justice et acté par une nouvelle édition du barème publiée le 14 novembre 2025, aux tarifs antérieurs à la réforme tarifaire du 1er avril 2024 pour l’ensemble des formulaires de la famille EB-5.
La carte verte par mariage avec un citoyen américain
Deux voies : l’ajustement de statutsur le territoire, par pétition I-130 suivie d’une demande I-485 à 1 440 $ ; ou le traitement consulaire, par pétition I-130 puis demande DS-260 auprès du centre national des visas et du consulat. Trois points structurent le dossier patrimonial.
D’abord, le conjoint d’un citoyen américain est un immediate relative : sa catégorie n’est soumise à aucune limite numérique, donc à aucune date de priorité. Le bulletin des visas ne le concerne pas, et l’attente se réduit au délai administratif. C’est, de très loin, la voie la plus rapide.
Ensuite, si le mariage a moins de deux ansà la date d’admission ou d’ajustement, la résidence est conditionnelleet doit être « déconditionnée » par un formulaire I-751déposé dans les 90 jours précédant le deuxième anniversaire de son octroi. Un résident permanent conditionnel peut déposer sa demande de naturalisation dès qu’il remplit les conditions de durée, la période de résidence conditionnelle étant réputée accomplie à titre permanent pour l’application des règles de naturalisation. L’administration ne statuera toutefois pas sur le N-400 avant d’avoir tranché le I-751, les deux dossiers étant instruits ensemble.
Enfin — et c’est le point qui appartient à ce guide plutôt qu’à un manuel d’immigration — le dépôt du I-130 par le conjoint américainest expressément l’une des démarches qui ferment l’exception de lien plus étroit, pour l’année civile entière. Le mariage referme donc, dès le dépôt et sans que vous ayez signé quoi que ce soit, une porte fiscale. Si vous étiez jusque-là non-résident par le jeu du formulaire 8840, cette année-là vous ne le serez plus.
La carte verte par employeur : certification de travail puis pétition
Pour les catégories EB-2 hors dérogation et EB-3, la séquence est longue et elle est séquentielle : détermination du salaire prévalant auprès du ministère du Travail ; campagne de recrutement obligatoire, avec annonces, offre déposée et période d’attente ; dépôt du formulaire ETA-9089, la certification de travail ; une fois celle-ci certifiée, dépôt de la pétition I-140 à 715 $ ; puis, lorsque la date de priorité devient courante, demande d’ajustement I-485 ou demande consulaire DS-260. La date de priorité est celle du dépôt de la certification de travail — chaque mois de retard dans le lancement est un mois de plus dans la file.
Deux effets fiscaux immédiats, déclenchés par votre employeur
Le dépôt de la certification de travail comme celui de la pétition I-140 sont des démarches qui ferment l’exception de lien plus étroit — et ils sont faits par l’employeur, pas par vous. Le dépôt de la demande d’ajustement I-485 la ferme également, et il suffit qu’une demande soit pendante, indépendamment de son issue.
Le salarié apprend très souvent le dépôt après coup, parfois plusieurs mois plus tard. Conséquence pratique, et elle est simple à mettre en œuvre : faites écrire dans votre contrat de travail que l’employeur vous informera avant tout dépôt d’une pétition ou d’une certification vous concernant. Cela ne coûte rien à la négociation, et cela vous permet de savoir, année par année, si votre position fiscale tient encore.
Le bulletin des visas et les dates de priorité
Le Department of State publie chaque mois un Visa Bulletincomportant deux grilles : les Final Action Dates et les Dates for Filing. Les services de l’immigration annoncent chaque mois laquelle des deux s’applique aux demandes d’ajustement de statut. Au 29 juillet 2026, pour le bulletin d’août 2026, la grille applicable était celle des Dates for Filing pour toutes les catégories familiales, et celle des Final Action Datespour toutes les catégories fondées sur l’emploi.
Aucune date de priorité n’est reproduite dans ce chapitre, et pour une raison de fond : ces grilles changent chaque mois, parfois reculent, et une date publiée dans un guide est fausse au bulletin suivant. Relevez-les au bulletin du mois où vous lisez ces lignes. Ce qui est en revanche structurel et se dit sans risque tient en quatre points.
- La chargeabilité se détermine par le pays de naissance, jamais par la nationalité. Un Français né en Inde ou en Chine relève de la colonne de son pays de naissance, avec des files d’attente qui se comptent en années, parfois en décennies. C’est un élément d’anamnèse à poser en première question, et il change complètement le conseil.
- Un Français né en France relève de la colonne « All Chargeability Areas Except Those Listed », historiquement la plus fluide.
- La chargeabilité croiséepermet à un époux de se prévaloir du pays de naissance de son conjoint. C’est un levier majeur, et souvent ignoré, pour un couple franco-indien ou franco-chinois : le conjoint né en France « tire » le dossier hors de la file saturée.
- Les catégories EB-1, EB-2 — dérogation d’intérêt national comprise — et EB-5 non réservésont, pour le reste du monde, historiquement plus rapides que l’EB-3. Mais la situation varie d’un mois à l’autre et ne se présume pas.
La naturalisation : conditions, et ce qu’elle engage à vie
La voie de droit commun exige d’avoir résidé continûment aux États-Unis après l’admission comme résident permanent pendant au moins cinq ansavant le dépôt de la demande, et jusqu’à la naturalisation elle-même. S’y ajoute une condition de résidence de trois moisdans l’État ou le district administratif compétent avant le dépôt.
La notion de résidence continue n’est pas celle que l’on imagine. Elle suppose « maintaining a permanent dwelling place in the United States » pendant toute la période, et la résidence en question « is the same as that alien’s domicile, or principal actual dwelling place, without regard to the alien’s intent ». L’intention est indifférente : seuls comptent les faits.
Deux ruptures sont prévues par la loi. Une absence de plus de six mois — plus de 180 jours — mais de moins d’un an est présuméerompre la continuité ; la présomption est réfragable, le demandeur pouvant établir qu’il n’a pas interrompu sa résidence. Une absence d’un an ou plus la rompt. Le formulaire N-470, s’il est approuvé, permet de préserver la résidence continue pendant une absence programmée.
Les absences répétées de moins de six mois : le profil du dirigeant qui se croit à l’abri
Il existe une troisième rupture, qui n’est pas dans la loi mais dans l’appréciation de l’administration, et c’est celle qui frappe nos clients : « an officer may also review whether an applicant with multiple absences of less than 6 months eachwill be able to satisfy the continuous residence requirement. In some of these cases, an applicant may not be able to establish that his or her principal actual dwelling place is in the United States […] An LPR’s lengthy or frequent absences from the U.S. can also result in a denial of naturalization due to abandonment of permanent residence. »
C’est très exactement le profil du dirigeant français titulaire d’une carte verte qui fait des allers-retours de cinq mois pour ne jamais franchir le seuil des six. Il croit avoir trouvé la règle du jeu. En réalité il s’expose à deux sanctions cumulées : le refus de naturalisation, et la perte pure et simple de la carte verte pour abandon. Cette seconde conséquence ne repose sur aucun texte réglementaire propre : le 8 CFR § 316.5(c)(1) ne traite que des absences de plus de six mois, et le 8 CFR § 316.5(c)(2) que de la revendication volontaire du statut de non-résident fiscal. Les absences répétées de moins de six mois relèvent de la seule appréciation de l’administration, ce qui ne les rend pas moins dangereuses.
La condition de présence physiqueest distincte de la résidence continue et s’y ajoute : il faut démontrer une présence physique aux États-Unis d’au moins 30 mois — au moins 913 jours— avant le dépôt de la demande. Une précision de comptage joue en votre faveur : le jour du départ et le jour du retour comptent tous deux comme des jours de présence physique aux fins de la naturalisation. Sur dix allers-retours annuels pendant cinq ans, cela représente une centaine de jours.
La demande se dépose sur formulaire N-400, à 760 $ en dépôt papier.
La voie du conjoint de citoyen américain réduit la durée de résidence continue à trois ans. La condition de présence physique suit alors la règle générale du manuel de doctrine — « physically present in the United States for at least half the time for which his or her continuous residence is required » —, soit 18 mois. En revanche, trois séries de conditions propres à cette voie — l’exigence de vie commune (living in marital union) pendant les trois ans, les conditions tenant à la qualité de citoyen du conjoint pendant toute la période, et les exceptions au régime — relèvent d’un chapitre dédié du manuel de doctrine et ne se traitent pas de mémoire. Faites-les arbitrer par un avocat en immigration avant de déposer : un dépôt prématuré coûte les frais et repousse la demande.
Ce que votre déclaration d’impôt fait à votre dossier de naturalisation
Le lien entre les deux dossiers est direct et il joue contre vous : « other examples that may raise a rebuttable presumption that an applicant has abandoned his or her LPR status include cases where there is evidence that the applicant voluntarily claimed "nonresident alien" status to qualify for special exemptions from income tax liabilityor fails to file either federal or state income tax returns because he or she considers himself or herself to be a "nonresident alien". »
Un titulaire de carte verte qui a déposé un 1040-NR accompagné d’un formulaire 8833 sur une seule année de la période statutaire fournit lui-même la preuve écrite d’un abandon présumé. La stratégie fiscale et la stratégie migratoire d’un titulaire de carte verte ne peuvent pas être conduites séparément, et le fiscaliste qui recommande la position conventionnelle doit savoir ce qu’il détruit. Les trois risques se cumulent d’ailleurs : perte de la carte verte, inéligibilité à la naturalisation, et — si l’intéressé est résident de longue durée — déclenchement de l’imposition de sortie américaine, que nous abordons juste après.
Les conséquences fiscales à vie du passeport américain
C’est la décision la plus lourde et la moins réversible de tout le parcours, et elle est presque toujours présentée comme l’aboutissement naturel d’une installation réussie. Elle ne l’est pas. C’est un choix fiscal à vie.
Le citoyen américain est imposé sur son revenu mondial quel que soit son lieu de résidence, et la clause de sauvegarde de l’article 29 § 2 de la convention de 1994 réserve expressément aux États-Unis ce droit d’imposition — le chapitre 5 en détaille la portée. Concrètement, un Français naturalisé américain qui revient vivre à Paris dépose chaque année un formulaire 1040 complet, ainsi que la déclaration de comptes financiers étrangers et, le cas échéant, les formulaires 8938, 8621, 5471, 3520 et 3520-A. Ses véhicules d’épargne français — assurance-vie, PEA, OPCVM, SCPI, SCI — sont analysés au regard du droit américain, avec des requalifications lourdes à la clé : c’est l’objet des chapitres 13 et 14, et c’est le point qui concentre le danger de tout ce guide.
On ne sort de ce système qu’en renonçant formellement à la nationalité devant un officier diplomatique ou consulaire, avec délivrance d’un Certificate of Loss of Nationality. C’est une procédure consulaire, pas une formalité postale : elle suppose un rendez-vous, un entretien, et elle a un coût.
Le droit de renonciation a été divisé par plus de cinq — et il est borné dans le temps
Le droit exigé pour le traitement administratif d’une demande de Certificate of Loss of Nationality a été réduit de 2 350 $ à 450 $ par une règle finale publiée au 91 FR 12296 (document 2026-04931), effective le 13 avril 2026 ; une correction publiée au 91 FR 20583 (document 2026-07601) s’applique à la même date. Il n’y a ni rétroactivité, ni remboursementpour ceux qui ont payé l’ancien montant.
Une réserve de calendrier, et elle est inhabituelle : le barème consulaire du 22 CFR 22.1 a été réécrit le 9 juin 2026 (91 FR 34772), et cette table est en vigueur du 1er juillet au 31 décembre 2026. Le montant de 450 $ est inchangé, mais le barème est explicitement borné dans le temps : le droit doit être revérifié au 1er janvier 2027.
Et au-delà de certains seuils, la renonciation déclenche une imposition de sortie américaine. Nous en donnons ci-dessous la mécanique d’ensemble, parce qu’elle commande la décision d’abandon d’un statut ; le détail — calcul de l’assiette, sursis, formulaire 8854, sort des plans de retraite, taxe du § 2801 qui frappe l’héritier américain — relève du chapitre 32.
Abandonner le statut : le formulaire I-407 et le seuil qu’on franchit sans être prévenu
Trois choses doivent être comprises dans cet ordre, parce que chacune conditionne la suivante.
Première chose : partir ne suffit pas
Le statut fiscal attaché à la carte verte est défini ainsi : est résident permanent régulier celui qui a le statut d’avoir été régulièrement autorisé à résider de façon permanente aux États-Unis comme immigrant, et dont ce statut n’a pas été révoqué et n’a pas été administrativement ou judiciairement déclaré abandonné. Le règlement ajoute : « resident status is deemed to continue unless it is rescinded or administratively or judicially determined to have been abandoned ».
Trois conséquences, et elles surprennent tous les clients. Un seul jourde détention de la carte verte dans l’année civile suffit à faire de vous un résident fiscal pour cette année. Le départ physiquedes États-Unis ne met pas fin au statut fiscal, et le fait de rendre sa carte à un agent à la frontière non plus : tant qu’aucun des événements limitatifs n’est intervenu, vous restez imposable sur votre revenu mondial et tenu de vos obligations déclaratives. Et une carte verte physiquement expiréen’emporte aucune conséquence fiscale : le texte ne vise ni l’expiration du document, ni la fin de sa validité. Nous rencontrons régulièrement des personnes rentrées en France depuis huit ans, avec une carte périmée dans un tiroir, et huit années de déclarations américaines non déposées.
Il n’existe que trois façons de sortir du régime.
- La rescision : le prononcé d’une décision administrative ou judiciaire définitive d’exclusion ou d’éloignement. Ce n’est pas une voie qu’on choisit.
- La détermination d’abandon, qui peut être initiée par vous. Elle est acquise au dépôt du formulaire I-407, Record of Abandonment of Lawful Permanent Resident Status, ou d’une lettre exprimant l’intention d’abandonner le statut accompagnée de la carte, auprès des services de l’immigration ou d’un officier consulaire. Si vous procédez par lettre, le règlement exige un envoi recommandé avec avis de réception, et vous impose de conserver copie de la lettre ainsi que la preuve de son envoi et de sa réception. Le formulaire I-407 est gratuit et s’adresse aux services de l’immigration, à l’attention du service I-407, 7 Product Way, Lee’s Summit, Missouri 64002.
- L’élection conventionnelle : le fait de commencer à être traité comme résident d’un pays étranger en application d’une convention fiscale, sans renoncer aux avantages de cette convention, et d’en aviser l’administration. Cette phrase, introduite par le HEART Act de 2008, transforme un simple dépôt de formulaire 8833 en fait générateur d’expatriation. Les instructions du formulaire le disent elles-mêmes : le résident de longue durée qui dépose ce formulaire pour être traité comme résident d’un pays étranger « will be deemed to have terminated [his] U.S. residency status for federal income tax purposes », peut être soumis à l’imposition du § 877A, et « must file Form 8854 ».
Le dépôt du I-407 est transmis à l’IRS, automatiquement
La page officielle du formulaire porte deux mentions qu’il faut lire avant de signer : « if you file this form with us, we will provide your name and the filing date to the Internal Revenue Service », au titre du § 6039G(d)(3) du code fiscal ; et « there may be significant income tax consequences when you are no longer a lawful permanent resident, such as being subject to an expatriation tax ». Aucune stratégie ne peut donc reposer sur l’espoir que l’administration fiscale ignore le dépôt. Et l’ordre des opérations est impératif : on ne dépose jamais un I-407 avant d’avoir établi la conformité déclarative des cinq exercices précédents. Nous expliquons pourquoi deux paragraphes plus loin.
Deuxième chose : le seuil de résident de longue durée, huit années sur quinze
C’est ce seuil qui décide si votre sortie sera fiscalement neutre ou coûteuse, et il se franchit sans que personne ne vous prévienne. La définition : est long-term residenttoute personne, autre qu’un citoyen américain, qui a été résident permanent régulier des États-Unis pendant au moins 8 années d’imposition au cours de la période de 15 années d’impositionse terminant avec celle de l’événement. Cette définition figure au § 877(e)(2), et c’est la seulechose qui survive de ce paragraphe : elle est incorporée par renvoi au § 877A(g)(5), qui est le texte réellement applicable.
Le décompte exact d’une année : six ans et six jours suffisent
Le décompte est en années d’imposition, pas en années pleines. Une carte verte reçue le 28 décembre de l’année Nconsomme l’année d’imposition N tout entière — quatre jours de détention effective, une année de compteur. Symétriquement, un formulaire I-407 déposé le 3 janvier de l’année N+7consomme l’année N+7 entière.
Le compte : années d’imposition N à N+7, soit huit années, pour six ans et six joursde détention calendaire réelle : du 28 décembre de l’année N au 28 décembre de l’année N+6 il s’écoule six ans, et six jours de plus jusqu’au 3 janvier de l’année N+7. Le raccourci est donc de près de deux années. Mais l’enseignement pratique demeure : on peut devenir résident de longue durée en un peu plus de six ans de calendrier, et donc entrer dans le champ de l’imposition de sortie sans jamais avoir eu le sentiment d’avoir « fait huit ans ».
Conséquence de conseil, et elle est datée : si la sortie fait partie des hypothèses, la décision se prend avant l’entrée dans la huitième année d’imposition, et le compteur se tient à jour année par année dès la première.
La seconde phrase de la définition ouvre le seul levier légal de pilotage du seuil : une personne « shall not be treated as a lawful permanent resident for any taxable year if such individual is treated as a resident of a foreign country for the taxable year under the provisions of a tax treaty […] and does not waive the benefits of such treaty ». Chaque année pendant laquelle vous avez été traité comme résident conventionnel de la France, sans renoncer aux avantages du traité, ne compte pasdans les huit. C’est réel, c’est textuel — et c’est un piège, parce que cela suppose précisément de déposer chaque année un 1040-NR accompagné d’un formulaire 8833, avec toutes les conséquences migratoires exposées plus haut. Ce levier existe sur le papier ; il est rarement utilisable en pratique par quelqu’un qui veut conserver sa carte verte.
Troisième chose : ce que déclenche le franchissement du seuil
Pour toute expatriation postérieure au 17 juin 2008 — c’est-à-dire pour tous les dossiers d’aujourd’hui —, le régime applicable est celui du § 877A de l’Internal Revenue Code, et non celui du § 877. Le § 877 comporte sa propre clause d’extinction : « this section shall not apply to any individual whose expatriation date (as defined in section 877A(g)(3)) is on or after the date of the enactment of this subsection »— § 877(h), introduit par le HEART Act, Pub. L. 110-245, 17 juin 2008. Le § 877(e)(2) ne survit que comme définition du long-term resident, incorporée par renvoi au § 877A(g)(5). Toute la littérature française, et beaucoup de littérature américaine, continue de citer le § 877 comme droit vivant : c’est faux depuis dix-huit ans.
Les trois tests du covered expatriate : impôt fédéral net moyen des cinq années précédentes supérieur à 211 000 $pour 2026 — c’est un montant d’impôt, pas de revenu, et l’erreur inverse fait qualifier à tort des clients qui ne le sont pas ; patrimoine net supérieur à 2 000 000 $ à la date d’expatriation, montant non indexédepuis 2008 ; ou défaut de certification de conformité fiscale des cinq exercices précédents sur formulaire 8854.
Deux exceptions légales, et elles visent les binationaux franco-américains : le binational de naissancecitoyen d’un autre État à la naissance, toujours citoyen de cet État et imposé comme résident de cet État à la date d’expatriation, et résident des États-Unis pendant dix exercices au plus sur quinze ; et la renonciation avant l’âge de 18 ans et demi, avec dix exercices de résidence au plus. Ces exceptions n’écartent que les tests de revenu et de patrimoine : le test de conformité demeure, et sans certification sur formulaire 8854 le binational redevient covered expatriate.
Le rebasement à l’entrée en résidence est au § 877A(h)(2), non au § 877(e)(3) : les biens détenus par toute personne physiqueà la date à laquelle elle est devenue résidente au sens du § 7701(b) sont réputés avoir, à cette date, une base au moins égale à leur valeur vénale. Le Français naturalisé américain qui renonce en bénéficie comme l’ancien titulaire de carte verte. Cela suppose d’avoir documenté la valeur vénale de chaque actif à la date exacte de votre residency starting date.
Exclusion de gain : 910 000 $ pour 2026.
Ce qui suit l’expatriation, sans limite de temps : la section 2801 tax. Elle frappe le bénéficiaire américaind’un don ou d’un legs reçu d’un covered expatriate, à 40 %, au-delà d’une franchise de 19 000 $ par année civiletous donateurs confondus. Elle s’applique, en vertu de la loi, aux transmissions reçues à compter du 17 juin 2008 ; mais le règlement final TD 10027 ne vise, lui, que les transmissions reçues à compter du 1er janvier 2025, et le sort des transmissions reçues entre ces deux dates — taxation, modalités déclaratives, prescription — n’est réglé ni par les instructions du Form 708, qui ne comportent aucune rubrique de rattrapage, ni par aucune source publiée que nous ayons pu ouvrir : ce point se pose au conseil américain avant toute conclusion. Il n’existe aucune limite de temps : ni le § 2801, ni la partie 28 du 26 CFR ne font courir de délai depuis l’expatriation.
Le chapitre 32 développe chacun de ces points, ainsi que l’articulation avec l’exit tax française de l’article 167 bis du CGI, qui obéit à une logique entièrement différente et dont il ne faut jamais transposer les taux ni les assiettes. Retenez seulement, ici, que la sortie est taxée des deux côtés de l’Atlantique, et que les deux dispositifs ne se compensent pas.
La séquence de sortie d’un titulaire de carte verte, dans l’ordre
- Calculer le compteurannée d’imposition par année d’imposition, en déduisant les années couvertes par une position conventionnelle régulièrement déclarée.
- Décider avant le franchissement du seuil de huit années.Au-delà, la sortie devient un fait générateur potentiel d’imposition de sortie.
- Vérifier la conformité des cinq derniers exercices — 1040, déclaration de comptes étrangers, 8938, 8621, 5471, 3520 — avant tout dépôt de I-407 : c’est le troisième test qui se joue là, et il ne dépend ni de votre revenu ni de votre patrimoine. Un titulaire modeste qui a omis ses déclarations de comptes pendant cinq ans devient covered expatriate par ce seul test. Le chapitre 24 expose les voies de régularisation.
- Documenter la valeur vénale de chaque actif à la date d’entrée en résidence, pour bénéficier du rebasement — si cela n’a pas été fait à l’arrivée, c’est le dernier moment pour reconstituer ce qui peut l’être.
- Déposer le formulaire I-407, gratuit, en sachant que le dépôt est transmis à l’administration fiscale.
- Établir la date de fin de résidenceet déposer la déclaration exigée par le règlement, signée sous peine de parjure, avec les pièces établissant l’abandon.
- Déposer le formulaire 8854— déclaration initiale et annuelle d’expatriation — et, le cas échéant, la déclaration de l’année de sortie à double statut.
Le calendrier réel, du premier rendez-vous au premier formulaire 1040
Un projet d’installation correctement conduit se compte en dix-huit mois à deux ansentre le premier rendez-vous et le dépôt du premier formulaire 1040. Les séquences en six mois qu’on vous présentera supposent trois choses à la fois : que tout se passe bien, qu’aucune demande de pièces complémentaires ne soit émise, et que votre patrimoine français n’ait besoin d’aucune restructuration. Aucune de ces trois hypothèses ne se vérifie en pratique, et la troisième est celle qui coûte le plus cher.
Le calendrier ci-dessous est construit sur des jalons juridiques — dates statutaires, dates de bascule fiscale, dates de dépôt obligatoires —, qui sont certains, et non sur des durées administratives, qui ne le sont pas.
T-18 à T-12 mois : les décisions qui ne se rattrapent pas
Trois chantiers, et le troisième est celui où se joue la valeur du conseil patrimonial.
Le choix du statut, par la grille de décision du début de ce chapitre. Le choix de l’État, qui est une décision fiscale autant que personnelle : existence d’un impôt d’État sur le revenu, règles de résidence propres à cet État, et surtout — le chapitre 8 y insiste — le fait que certains États n’appliquent pas les conventions fiscales, de sorte que gagner son dossier conventionnel au niveau fédéral ne libère de rien au niveau local.
Et l’audit du patrimoine français : inventaire des contrats d’assurance-vie, des OPCVM et SICAV, des PEA, des SCI et SCPI, des parts de sociétés non cotées, des trusts et des libéralités antérieures. Ces sujets relèvent des chapitres 12, 13 et 14, mais c’est ici, à T-18 mois, qu’ils doivent être traités : après l’entrée en résidence, la plupart des arbitrages deviennent eux-mêmes des faits générateurs d’imposition américaine. Un arbitrage d’assurance-vie fait le lendemain de l’arrivée peut déclencher un rattrapage rétroactif sur toutes les années antérieures.
Une action de cette fenêtre coûte zéro euro aujourd’hui et vaut potentiellement des centaines de milliers dans dix ans : faire établir, à date certaine, la valeur vénale de chaque actif significatif. Expertises immobilières, relevés de portefeuille datés, valorisations de parts sociales. C’est ce qui ouvrira le rebasement du § 877A(h)(2) si le projet aboutit à une carte verte puis à une sortie. Sans cette photographie, le rebasement existe en droit et ne se prouve pas en fait.
T-12 à T-6 mois : la mécanique administrative
- Constitution de l’entité américaine pour un E-2 ou un L-1 new office, avec des locaux réels : le règlement exige des « sufficient physical premises », et l’E-2 exige une entreprise « real, active, and operating ».
- Plan d’affaires à cinq ans, qui est le cœur du test de l’entreprise non marginale.
- Pour l’H-1B : enregistrement à la sélection, 215 $ par bénéficiaire, en intégrant la pondération par niveau de salaire OEWS et la réforme des salaires prévalants du 27 mars 2026.
- Dépôt du formulaire I-129 pour les catégories E, L et O, ou de la pétition immigrante — I-140 pour EB-1A et EB-2 NIW, I-526 ou I-526E pour EB-5.
- Traitement accéléré : à budgéter systématiquement, 2 965 $. C’est le seul levier de compression de délai réellement disponible, et il ne se décide pas au dernier moment.
- Prise de rendez-vous consulaire. Rappel : une demande E-1 ou E-2 ne peut pas être déposée sur formulaire I-129 depuis l’étranger, elle se fait auprès du Department of State.
T-6 à T-0 : la date d’arrivée, le seul levier fiscal entièrement gratuit
C’est le point que personne ne signale et qui vaut, pour un patrimoine significatif, plus que tous les autres réunis. La règle est arithmétique : le substantial presence test exige 183 jours pondérés et31 jours dans l’année en cours. Sans historique de présence antérieure, une arrivée en cours d’année ne le déclenche que si la présence résiduelle atteint 183 jours.
| Date d’arrivée, sans présence antérieure | Jours restants dans l’année | Test satisfait l’année N ? | Conséquence |
|---|---|---|---|
| 1er juin | 214 | Oui | Résident du 1er juin ; année à double statut |
| 1er juillet | 184 | Oui, d’une journée | Résident du 1er juillet ; année à double statut |
| 2 juillet | 183 | Oui, exactement | Résident du 2 juillet |
| 3 juillet | 182 | Non | Non-résident toute l’année N ; résidence au 1er janvier N+1 |
| 1er août | 153 | Non | Non-résident toute l’année N |
| 1er octobre | 92 | Non | Non-résident toute l’année N |
Décaler l’arrivée du 2 au 3 juillet fait basculer une année entière de revenu mondial français hors du champ américain : cession de titres, rachat d’assurance-vie, distribution de dividendes, prime de départ, plus-value immobilière française. Vingt-quatre heures de déménagement.
Quatre précautions encadrent ce levier.
- Il ne joue ques’il n’existe pas d’historique de présence significatif. Un cadre venu plusieurs fois en repérage doit refaire le calcul avec les pondérations du tiers et du sixième : ses voyages de l’année précédente comptent.
- Il ne joue paspour un titulaire de carte verte : le test de la carte verte s’applique dès le premier jour de présence en cette qualité, quelle que soit la date.
- Il est neutralisési l’intéressé opte pour l’élection de première année ou pour l’élection du § 6013(h) — ces options font précisément entrer plus tôt dans la résidence. Le calcul se fait donc globalement, jamais critère par critère.
- Et si la date est manquée, tout n’est pas perdu : la règle de minimis des dix jours ne produit pas le même effet — les jours écartés restent comptés au substantial presence test, de sorte que la résidence commence le 3 juillet de l’année N et non le 1er janvier N+1 — mais elle évite de déplacer le déménagement. Un couple arrivé le 25 juin, dont la présence du 25 juin au 2 juillet peut être rattachée à la France — déménagement, remise des clés, formalités — et qui n’excède pas dix jours, voit sa date de début de résidence fixée au 3 juillet. Le conseil impraticable (« décalez votre déménagement d’un mois ») devient un conseil praticable : documentez vos dix premiers jours, jour par jour, pièce par pièce.
Les autres actions de cette fenêtre : réaliser en France, avant la date de début de résidence, les opérations à forte plus-value latente qui deviendraient imposables aux États-Unis après ; louer effectivement le logement français si l’on veut faire trancher en faveur des États-Unis le critère du foyer d’habitation permanent, ou au contraire le conserver disponible si l’on veut préserver la résidence française ; l’inscription au registre des Français établis hors de France ; l’ouverture du dossier de numéro de sécurité sociale américain — qui ne peut être demandé qu’après admission et activation du statut, un numéro fiscal individuel par formulaire W-7 prenant le relais pour le conjoint et les enfants ; et la demande de certificat de couverture au titre de l’accord de sécurité sociale franco-américain en cas de détachement, traitée au chapitre 20.
Année 1 : les échéances déclaratives
| Échéance | Objet |
|---|---|
| Dans les jours de l’arrivée | Vérifier le document d’admission I-94 — classe d’admission et date limite de séjour — sur i94.cbp.dhs.gov. Une erreur de saisie à la frontière se corrige en quelques jours et devient un cauchemar en quelques mois. |
| Semaines 1 à 4 | Demande du numéro de sécurité sociale ; ouverture des comptes ; permis de conduire — attention, c’est un acte constitutif de domicile d’État, à ne pas accomplir avant d’avoir arbitré le chapitre 8. |
| Toute l’année | Tenue du calendrier de présence, jour par jour, avec les justificatifs. C’est la pièce que personne ne constitue et que tout le monde regrette. |
| 15 avril N+1 | Dépôt de la déclaration de l’année d’arrivée à double statut ; formulaire 8840 si l’exception de lien plus étroit est invoquée ; formulaire 8833 si la position conventionnelle est invoquée — sous peine de 1 000 $ par position pour une personne physique ; déclaration conjointe signée par les deux époux en cas d’élection du § 6013(g) ou du § 6013(h). |
| 15 avril N+1, prorogé automatiquement | Déclaration de comptes financiers étrangers auprès du FinCEN — voir le chapitre 24. |
| 15 octobre N+1 | Limite de la prorogation par formulaire 4868. Elle est obligatoire si l’on attend de satisfaire le test de présence de l’année N+1 pour exercer l’élection de première année, avec paiement d’au moins 90 % de l’impôt calculé comme non-résident dès le 15 avril. |
| Mai-juin N+1 | Déclaration française : période de résidence française de l’année de départ, puis régime des non-résidents. |
Les délais qui bloquent, et dont personne ne prévient
- L’élection de première année ne peut pas être déposée avant d’avoir satisfait le test de présence de l’année suivante.Un couple arrivé en octobre 2026 qui veut opter devra attendre l’été 2027 et proroger sa déclaration 2026 jusqu’au 15 octobre 2027, en payant d’ici le 15 avril 2027 au moins 90 % de l’impôt calculé comme s’il était non-résident. La trésorerie se provisionne dix-huit mois à l’avance.
- Les élections des § 6013(g) et § 6013(h) sont des cartouches uniques. Une extinction — et non une simple suspension — interdit définitivement toute nouvelle élection, même avec un autre conjoint. Une élection faite à la légère la première année condamne toutes les suivantes.
- Toute démarche de carte verte, y compris faite par un tiers, ferme l’exception de lien plus étroit pour l’année civile entière— pétition I-130 déposée par le conjoint, pétition I-140 ou certification de travail déposées par l’employeur. Le salarié apprend souvent le dépôt après coup.
- L’oubli du formulaire 8840 est irrattrapable en soi :le défaut de dépôt emporte inéligibilité à l’exception et réintégration de tous les jours de présence, sauf preuve claire et convaincante de diligence. Il reste alors la voie conventionnelle, plus lourde, plus visible, et destructrice pour un titulaire de carte verte.
- Le compteur de résident de longue durée tourne en années d’imposition, pas en années pleines.Une carte verte obtenue en décembre consomme l’année entière. La décision de sortie se prend avant l’entrée dans la huitième année d’imposition.
- La règle dite no lapse :être résident une partie de l’année N et une partie de l’année N+1 rend résident dès le 1er janvier N+1. Un simple retour ponctuel en janvier N+1 après un départ en décembre N annule tout le bénéfice d’une date de fin de résidence anticipée.
- Le statut d’exempt individualde l’étudiant cesse d’être automatique à partir de la sixième année civile, quel que soit le mois d’arrivée : le décompte se fait « for any part of »cinq années civiles. Un étudiant arrivé en août 2021 bascule résident fiscal au 1er janvier 2026, après quatre années et demie de présence réelle. L’exemption peut être conservée au-delà s’il établit qu’il n’a pas l’intention de résider à titre permanent aux États-Unis et qu’il s’est substantiellement conformé aux exigences de son visa — mais un dépôt de I-485 ou de I-140 ferme définitivement cette porte. C’est l’un des accidents les plus fréquents du dossier « enfant français aux États-Unis », et il embarque avec lui les comptes français que les parents lui ont ouverts.
- L’enregistrement à la sélection H-1B n’a lieu qu’une fois par an, et le quota de l’exercice 2027 était déjà atteint au 29 juillet 2026. Manquer la fenêtre coûte douze mois.
- La date de priorité est figée au dépôt de la certification de travail — ou de la pétition I-140 pour les auto-pétitions. Chaque mois de retard au lancement est un mois de plus dans la file, et il ne se rattrape jamais.
- Le dépôt du formulaire I-407 est transmis à l’administration fiscale. Il ne doit jamais intervenir avant que la conformité déclarative des cinq années précédentes ait été établie.
- Le contentieux sur le paiement H-1B de 100 000 $ n’est pas jugé au fond.Sa réactivation changerait l’économie de tout recrutement depuis la France. Vérifiez l’état de la procédure avant chaque décision de mobilité.
- Les délais de rendez-vous consulaire et les demandes de pièces complémentaires sont les deux principales sources de dérapage, et aucune des deux ne se prévoit. Construisez le calendrier avec un matelas, pas avec une durée moyenne.
Ce que nous ne tranchons pas, et ce qu’il faut demander à un avocat en immigration
Un cabinet de gestion de patrimoine n’est pas un cabinet d’immigration, et un fiscaliste ne remplace pas un avocat en immigration — pas plus que l’inverse. Les points suivants doivent être arbitrés avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis avant tout acte irréversible. Nous vous donnons les questions dans les termes où elles doivent être posées, et les pièces à réunir avant le rendez-vous : c’est ce qui fait la différence entre une consultation utile et une consultation exploratoire.
Les quatre questions à poser, et les pièces à préparer
Les questions.
- Mon compteur de séjour L-1 agrège-t-il du temps passé en statut H, et combien de mois me reste-t-il exactement ?
- Mes allers-retours de moins de six mois compromettent-ils la résidence continue exigée pour la naturalisation, ou m’exposent-ils à un abandon de la carte verte ?
- Les associés de la société qui m’emploie satisfont-ils la double condition du 8 CFR 214.2(e)(3)(ii) — 50 % de détention par des personnes de nationalité française etqualité d’investisseur E-2, actuelle ou potentielle ?
- Le contentieux sur la guidancede la Proclamation 10973 est-il tranché à ce jour ?
Les pièces.
Historique complet de vos statuts et de vos visas ; passeports avec l’intégralité des tampons d’entrée et de sortie ; documents d’admission I-94 ; toutes les pétitions déposées et approuvées ; organigramme du groupe avec la détention et la nationalité de chaque associé ; contrats de travail successifs. Ajoutez-y, pour le volet patrimonial, votre historique de présence physique jour par jour sur les trois dernières années — c’est la pièce qui manque toujours et qui décide de tout.
Deux autres sujets appellent un spécialiste distinct. La fiscalité de l’État d’arrivée ou de départ relève d’un expert-comptable de cet État : la convention franco-américaine ne lie que l’État fédéral, et le raisonnement se refait État par État, sans généralisation. Et la qualification américaine de vos enveloppes françaises — assurance-vie au regard du § 7702, statut des supports, plan d’épargne retraite au regard de la Revenue Procedure 2020-17 — relève d’un tax attorneyou d’un expert-comptable américain, contrat par contrat et fonds par fonds. Les chapitres 13 et 14 posent les questions exactes et listent les pièces : deux des impasses que l’on vous décrira n’en sont pas, et c’est précisément pour cela qu’on ne tranche pas de mémoire.
Ce qu’il faut retenir avant de choisir
Le statut qui vous fait vivre
E-2, E-1, L-1, H-1B, O-1 : ils vous autorisent à travailler et à faire venir votre famille. Aucun ne crée de droit à rester.
Le statut qui vous fait rester
EB-1A, EB-1C, EB-2 avec dérogation d’intérêt national, EB-5, mariage, employeur : la résidence permanente est un autre système, avec ses files d’attente.
Ce qui se paie à la sortie
Huit années d’imposition sur quinze font de vous un résident de longue durée. Le seuil se franchit en six ans et six jours de calendrier, et personne ne vous prévient.
Faire arbitrer votre statut et votre patrimoine ensemble, pas l’un après l’autre
Le choix du statut d’installation et le sort de votre patrimoine français se décident dans la même conversation, et dix-huit mois avant le départ. Nous établissons avec vous le calendrier, les jalons juridiques, les pièces à documenter à date certaine, et les points à faire trancher par nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis. Bilan patrimonial de 1 h, sans engagement.
Une dernière chose, et c’est celle que nous répétons le plus souvent en rendez-vous. Le coût du statut n’est pas dans les frais de dépôt : quelques milliers de dollars, une fois. Il est dans les décisions que le statut rend irréversibles — la date d’arrivée qui fait basculer une année de revenu mondial, le compteur qui tourne pendant que vous ne le regardez pas, l’arbitrage d’assurance-vie fait trois semaines trop tard, la déclaration de non-résidence déposée sur le conseil d’un comptable qui ignorait ce qu’elle ferait à votre carte verte. Aucune de ces décisions ne se reprend, et toutes se préparent.
10. L’année du départ : le calendrier que personne ne vous donne
La décision est prise. Reste la question que personne ne vous pose dans cet ordre : qu’est-ce qu’il faut faire, quand, auprès de qui, et qu’est-ce qui ne se rattrape plus une fois la date passée. Ce chapitre ne réexplique ni la résidence fiscale, ni la convention, ni l’exit tax : il les tient pour acquises et il les met dans un calendrier. C’est le seul chapitre du guide où l’essentiel de la valeur tient à des dates plutôt qu’à des règles.
L’année du transfert a une particularité qu’aucune autre année ne partage : elle est coupée en deux de chaque côté de l’Atlantique, et les deux coupures ne tombent pas nécessairement au même endroit. Côté français, vos revenus de la période de résidence relèvent du barème sur le revenu mondial, ceux de la période de non-résidence du régime des non-résidents, et les deux jeux se déclarent sur deux supports distincts. Côté américain, vous êtes dual-status individual, avec un régime déclaratif propre et six interdictions que le chapitre 3 détaille. Entre la fin de la première période et le début de la seconde, il peut y avoir une jointure parfaite, un recouvrement, ou un trou de plusieurs mois. Ce sont trois situations fiscales entièrement différentes, et c’est votre date de départ qui décide laquelle vous obtenez.
Il faut le dire dès l’ouverture, parce que c’est ce qui fait la différence entre un dossier conduit et un dossier subi : la plupart des arbitrages patrimoniaux de l’expatriation américaine ne se jouent pas dans le montage, ils se jouent dans l’ordre des opérations. Un rachat exécuté trois semaines trop tard, un compromis signé en janvier plutôt qu’en décembre, une expertise non commandée, une déclaration de suivi omise : chacun de ces quatre événements coûte, sur des dossiers ordinaires, entre dix mille et cent mille euros, et aucun des quatre ne suppose la moindre erreur de raisonnement juridique. Ils supposent seulement que personne n’a tenu le calendrier.
Les quatre dates qui commandent tout le reste
1. La date de transfert du domicile fiscal français.Elle coupe votre année française en deux, elle déclenche le fait générateur de l’exit tax si vous êtes dans son champ (chapitre 11), elle fait basculer vos débiteurs français du prélèvement à la source vers la retenue de l’article 182 A, et elle ferme votre obligation de déclarer vos comptes étrangers sur la 3916.
2. La residency starting date américaine.Elle ouvre l’imposition mondiale américaine et elle fixe la date à laquelle la valeur vénale de chacun de vos actifs doit être documentée, faute de quoi le rebasement du § 877A(h)(2) existera en droit sans se prouver en fait. Ses règles sont au chapitre 3.
3. Le 31 décembre de l’année suivant le transfert.C’est le couperet de l’exonération totale de l’ancienne résidence principale, au quatrième alinéa du 1 du I de l’article 244 bis A du CGI.
4. Le 15 avril de l’année suivant le départ.C’est la date à laquelle se déposent, ensemble, votre première déclaration américaine — dual-status l’année d’arrivée —, votre premier FBAR et vos premiers formulaires d’information. Les pénalités de cette échéance-là se comptent en dizaines de milliers de dollars par formulaire.
Le choix de la date : le seul paramètre que vous maîtrisez entièrement
Presque tout, dans un dossier d’expatriation, vous est imposé : le calendrier consulaire, le calendrier de l’employeur, celui de l’acquéreur de votre appartement, celui du fonds qui ne vous répond pas. La date à laquelle vous transférez effectivement votre domicile est, dans la plupart des dossiers, le dernier paramètre qui reste négociable, et c’est celui dont la valeur fiscale est la plus élevée. Il faut donc l’arbitrer en dernier, une fois l’inventaire fait, et jamais en premier.
Côté américain, la mécanique est celle du substantial presence test, exposée au chapitre 3 : sans historique de présence significatif, une arrivée à compter du 3 juilletne laisse que 182 jours dans l’année civile et ne déclenche pas le test, tandis qu’une arrivée le 2 juillet en laisse 183 et le déclenche. Le chapitre 3 expose aussi la règle des dix jours du Treas. Reg. § 301.7701(b)-4(c)(1), qui n’emporte pas le même effet : les jours écartés le sont pour la seule détermination de la date de début de résidence, non pour le décompte du test lui-même, de sorte qu’elle avance ou recule cette date sans faire sortir l’année entière du champ américain, à condition de documenter les dix premiers jours. Nous n’y revenons pas. Ce qu’il faut retenir ici, et qui n’est pas dans le chapitre 3, c’est ce que cette bascule vaut en euros sur un dossier réel.
Côté français, il n’y a pas de seuil de jours et il n’y a pas de couperet. L’article 4 B du CGI fonctionne par critères alternatifs — foyer ou lieu de séjour principal, activité professionnelle, centre des intérêts économiques — et il faut qu’aucun des trois ne soit plus rempli pour que l’intéressé cesse d’être domicilié en France, sans qu’aucune durée n’ait à être atteinte. La coupure de l’année est donc entièrement commandée par les faits — départ du conjoint et des enfants, résiliation du bail ou mise en location du logement, changement d’école, déménagement du mobilier — et c’est pour cela qu’elle doit être documentée le jour même et non reconstituée deux ans plus tard devant un vérificateur.
Croisez les deux, et vous obtenez trois configurations, dont la troisième n’est presque jamais signalée.
| Configuration | Quand elle se produit | Ce qu’elle produit |
|---|---|---|
| Jointure | La residency starting date américaine coïncide, ou peu s’en faut, avec le transfert du domicile français | Aucun jour n’échappe aux deux systèmes, aucun jour n’est saisi par les deux. C’est la configuration recherchée, et elle se construit. |
| Recouvrement | Un séjour américain antérieur au transfert du domicile français fait démarrer le substantial presence test avant que le foyer n’ait quitté la France | Vous êtes simultanément résident des deux États. Le départage de l’article 4 § 4 de la convention s’applique (chapitre 3), au prix d’un Form 8833 et d’une position à défendre. Un cadre venu six mois en préfiguration se trouve dans ce cas sans l’avoir voulu. |
| Trou de résidence | Le transfert du domicile français intervient au second semestre et la présence américaine résiduelle n’atteint pas 183 jours | Vous n’êtes plus résident de France au sens de l’article 4 B, et pas encore résident des États-Unis au sens du § 7701(b). Pendant cette période, vous n’êtes résident d’aucun des deux États au sens de l’article 4 de la convention. |
Le trou de résidence : la configuration que personne ne signale, et ce qu’elle coûte
L’article 4 § 1 de la convention définit le résident d’un État contractant comme « toute personne qui, en vertu de la législation de cet Etat, est assujettie à l’impôt dans cet Etat en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction, de son siège social, ou de tout autre critère de nature analogue », et il ajoute, dans une seconde phrase que l’on lit rarement : « Toutefois, cette expression ne comprend pas les personnes qui ne sont assujetties à l’impôt dans cet Etat que pour les revenus de sources situées dans cet Etat ou pour la fortune qui y est située ».
Un nonresident alienqui dépose un Form 1040-NR sur ses seuls revenus de source américaine n’est donc pasrésident des États-Unis au sens de la convention. S’il a par ailleurs cessé d’être domicilié en France, il n’est résident d’aucun des deux États pendant tout l’intervalle. Conséquence directe : il ne peut obtenir ni attestation de résidence américaine, ni formulaire 5000-SDcertifié, donc il ne peut opposer aucune stipulation conventionnelle à un débiteur français. Les revenus dont l’exonération française repose sur la convention — produits d’un rachat d’assurance-vie par l’article 11 ou l’article 22, plus-value de cession d’une participation substantielle par l’article 13 § 6 — redeviennent imposables en France pendant cette fenêtre.
Ceux dont l’exonération repose sur le droit interne français, en revanche, ne bougent pas : une plus-value de cession de valeurs mobilières ordinaires ne figure pas dans la liste des revenus de source française de l’article 164 B du CGI, et elle reste hors du champ quelle que soit la résidence conventionnelle du cédant. La distinction entre « protégé par le droit interne » et « protégé par la convention » est d’ordinaire une subtilité de rédaction. Dans un trou de résidence, c’est la ligne de partage entre zéro et douze mille euros.
Ce point doit être arbitré avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis avant tout acte irréversible. La question exacte à leur poser : pour la période comprise entre la fin de la résidence fiscale française et la residency starting dateaméricaine, mon client peut-il se prévaloir de la qualité de résident des États-Unis au sens de l’article 4 de la convention du 31 août 1994, et peut-il obtenir un Form 6166 au titre de cette période ? Les pièces à réunir : calendrier de présence jour par jour aux États-Unis sur les trois années concernées, copie de l’I-94 et du visa, justificatifs du transfert du foyer hors de France, calendrier des opérations patrimoniales projetées avec leur date d’exécution contractuelle.
Deux dates sur un même dossier : le chiffrage
Voici le dossier. M. C., 57 ans, célibataire, directeur industriel d’un groupe lyonnais, prend la direction de la filiale américaine. Son employeur lui laisse le choix entre deux dates de prise de fonctions : le 15 mai 2026 ou le 15 septembre 2026. Il n’est jamais venu aux États-Unis : aucun report pondéré de jours ne vient s’ajouter au décompte. Son foyer part avec lui à la date retenue.
Deux opérations patrimoniales figurent à son calendrier 2026, et il n’en maîtrise la date d’aucune des deux. Le 1er octobre 2026, il rachète intégralement un contrat d’assurance-vie souscrit en 2009, dont toutes les primes ont été versées avant le 27 septembre 2017 : valeur de rachat 480 000 €, dont 160 000 € de produits. Le contrat était nanti au profit d’un établissement prêteur en garantie d’un concours professionnel dont la mainlevée n’intervient qu’à cette date. Le 5 novembre 2026, il cède un portefeuille de titres cotés reçus en 2019, dégageant260 000 € de plus-value ; la fenêtre de cession que lui impose son engagement d’actionnaire ne s’ouvre pas avant le 1er novembre. La valeur globale de ses titres reste inférieure à 800 000 € et il ne détient aucune participation représentant au moins 50 % des bénéfices d’une société : il est hors du champ de l’exit tax, que traite le chapitre 11. Son salaire américain est de 26 000 $ par mois. Le taux de change retenu dans cet exemple est celui de tout le guide, 1,10 $ pour 1 €.
Date A — prise de fonctions le 15 mai 2026
DÉCOMPTE AMÉRICAIN
15 mai → 31 décembre 2026 = 231 jours
231 ≥ 183 → substantial presence test SATISFAIT
Residency starting date = 15 mai 2026 → année dual-status
CÔTÉ FRANÇAIS — les deux opérations sont postérieures au transfert
Rachat du 1er octobre
Droit interne : prélèvement obligatoire du II bis de l’art. 125-0 A
160 000 × 7,5 % = 12 000 €
(pas d’abattement de 4 600 €, réservé aux domiciliés)
prélèvements sociaux = 0 €
Convention : art. 11 ou art. 22 → imposition exclusive aux États-Unis
sur production d’un 5000-SD certifié → 0 €
Cession de titres du 5 novembre
Hors de la liste de l’art. 164 B, participation < 25 % → 0 €
TOTAL FRANCE ................................................ 0 €
CÔTÉ AMÉRICAIN — fraction résidente, célibataire, sans standard deduction
Revenu ordinaire
salaire américain 26 000 $ × 7,5 mois ......... 195 000 $
produits du rachat 160 000 € × 1,10 ........... 176 000 $
total ... 371 000 $
impôt du barème 2026 sur 371 000 $ ............ 98 619 $
impôt du barème sur le seul salaire ........... 39 398 $
surcoût imputable au rachat ................... 59 221 $
Plus-value longue 260 000 € × 1,10 = 286 000 $, empilée au-dessus
de 371 000 $ de revenu ordinaire
de 371 000 à 545 500 $ → 174 500 × 15 % ...... 26 175 $
de 545 500 à 657 000 $ → 111 500 × 20 % ...... 22 300 $
total .... 48 475 $
Net investment income tax (§ 1411), seuil célibataire 200 000 $
au minimum sur la plus-value : 286 000 × 3,8 % .. 10 868 $
SURCOÛT FÉDÉRAL DES DEUX OPÉRATIONS ............. 118 564 $
soit environ 107 785 €- Barème fédéral 2026, célibataire :seuils d’entrée 12 400 / 50 400 / 105 700 / 201 775 / 256 225 / 640 600 $ (Rev. Proc. 2025-32, § 4.01)
- Seuils de plus-value longue, célibataire :0 % jusqu’à 49 450 $, 15 % jusqu’à 545 500 $, 20 % au-delà (Rev. Proc. 2025-32, § 4.03)
- L’année dual-status ferme la déduction forfaitaire de 16 100 $ :le calcul est fait sans elle
- L’étage de l’impôt d’État s’ajoute à ce chiffre et n’est pas compris ici :voir le chapitre 8
La France ne perçoit rien, parce que la convention lui retire le rachat et que le droit interne lui retire la plus-value mobilière. Les États-Unis perçoivent tout, parce que les deux opérations tombent dans la fraction résidente de l’année dual-status. Ce n’est pas une double imposition : c’est un transfert intégral de la matière imposable d’un système vers l’autre, et il se produit du mauvais côté.
- Le traitement américain du contrat d’assurance-vie français est traité au chapitre 13 ; le chiffrage ci-dessus retient l’hypothèse la plus simple, l’imposition des produits en revenu ordinaire
Date B — prise de fonctions le 15 septembre 2026
DÉCOMPTE AMÉRICAIN
15 septembre → 31 décembre 2026 = 108 jours
108 < 183 → substantial presence test NON satisfait
Nonresident alien pour toute l’année 2026
Residency starting date = 1er janvier 2027
CÔTÉ AMÉRICAIN — les deux opérations sont hors champ
Un nonresident alien n’est imposable que sur ses revenus de source
américaine. Ni le rachat d’un contrat français, ni la cession de
titres français ne le sont.
Net investment income tax : § 1411(e)(1) l’écarte expressément
pour le nonresident alien.
TOTAL ÉTATS-UNIS SUR LES DEUX OPÉRATIONS ............... 0 $
(le salaire américain des 108 jours reste déclaré sur un 1040-NR)
CÔTÉ FRANÇAIS — les deux opérations sont postérieures au transfert
Rachat du 1er octobre
M. C. n’est plus résident de France et n’est pas encore
résident des États-Unis : il ne peut pas produire de 5000-SD.
La convention ne lui est pas opposable.
160 000 × 7,5 % ..................................... 12 000 €
prélèvements sociaux ................................. 0 €
Cession de titres du 5 novembre
Protégée par le droit interne, non par la convention :
hors de la liste de l’art. 164 B .................... 0 €
TOTAL FRANCE ........................................... 12 000 €
ÉCART ENTRE LES DEUX DATES
Date A : environ 107 785 € de charge fiscale
Date B : 12 000 € de charge fiscale
ÉCART BRUT ................................. environ 95 785 €- Aucun historique de présence antérieur :la règle ne joue pas pour un cadre venu plusieurs fois en préfiguration
Quatre mois de décalage, environ 95 000 € d’écart, et pas une ligne de montage. Il faut nommer l’effet de sens inverse : sous la Date B, quatre mois de rémunération supplémentaires restent imposables en France au barème progressif, à un taux marginal de 41 %, au lieu de l’être aux États-Unis à un taux marginal fédéral qui, dans ce dossier, va de 24 à 35 % selon la position de ces quatre mois dans la pile. Cet effet inverse se chiffre à quelques milliers d’euros. Il n’inverse pas l’arbitrage : il l’entame.
- Elle ne joue pas non plus pour un titulaire de carte verte, dont la résidence démarre au premier jour de présence en qualité de lawful permanent resident
- Elle est détruite par la first-year choice du § 7701(b)(4) et par l’élection du § 6013(h), qui font précisément entrer plus tôt dans la résidence
- Le trou de résidence de la Date B doit être arbitré avec un conseil américain avant d’être exploité
Trois enseignements, et le troisième est le moins évident. Le premier : la valeur du décalage n’est pas dans le décalage lui-même, elle est dans le fait que deux opérations à forte matière imposable tombaient au second semestre. Sur un dossier sans opération de cette nature, l’écart entre les deux dates est proche de zéro et le débat n’a pas lieu d’être. La date ne s’arbitre qu’après l’inventaire.
Le deuxième : le raisonnement inverse est tout aussi vrai. Si les deux opérations avaient été exécutables au premier semestre, la bonne réponse aurait été de les exécuter avant la date de début de résidence américaineet de ne pas toucher à la date de départ. Déplacer l’opération est toujours plus simple que déplacer la famille, quand c’est possible. Ici, ce ne l’était pas, ce qui est le cas ordinaire d’un contrat nanti et d’une fenêtre de cession contractuelle.
Le troisième : la Date B coûte 12 000 € qu’elle n’aurait pas dû coûter, et ces 12 000 € sont le prix du trou de résidence. Un rachat exécuté avant le 15 septembre, alors que M. C. était encore résident français, aurait supporté 7,5 % d’impôt sur le revenu mais après application de l’abattement annuel de 4 600 €, plus 17,2 % de prélèvements sociaux : la charge aurait été supérieure. Un rachat exécuté en 2027, une fois la résidence américaine acquise, n’aurait rien coûté en France mais serait entré dans l’assiette américaine. Il n’existe pas, dans ce dossier, de date parfaite pour cette opération-là : il existe une date la moins mauvaise, et elle se calcule.
La date se calcule, elle ne se choisit pas au feeling
Sur un dossier d’expatriation américaine, nous produisons l’arbitrage de date sous la forme d’un tableau à deux colonnes : ce que chaque opération de l’année coûte si elle tombe avant la residency starting date, ce qu’elle coûte si elle tombe après. C’est un travail d’inventaire avant d’être un travail de fiscalité, et il n’a de sens qu’une fois toutes les lignes recensées. Les points relevant du droit américain sont instruits avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis.
La déclaration française de l’année du transfert, écran par écran
Elle se dépose l’année suivant le départ, pendant la campagne ordinaire, et elle est obligatoirement en lignesi votre résidence principale est équipée d’un accès internet. C’est la déclaration la plus technique que vous déposerez jamais en France, et c’est aussi la seule que le service en ligne ne sait pas calculer.
À l’écran des renseignements personnels, quatre points sont à traiter et trois d’entre eux sont régulièrement omis. Il faut cocher la mention indiquant que l’adresse portée n’est pas celle du 1er janvier de l’année en cours, parce que vous avez déménagé l’année précédente — même si vous avez déjà signalé votre changement d’adresse par la messagerie sécurisée, ce qui est contre-intuitif et fait perdre des dossiers. Il faut indiquer que le déménagement est à l’étranger et saisir la nouvelle adresse. Il faut indiquer la date de départ de France, qui n’est pas une information d’agrément : c’est elle qui commande la coupure entre les deux jeux de revenus. Il faut enfin indiquer si vous êtes locataire d’une résidence secondaire en France après le départ, et répondre, dans la rubrique consacrée aux non-résidents, à la question de savoir si vous êtes fonctionnaire en poste à l’étranger. Vous pouvez, si vous le souhaitez, indiquer une adresse de correspondance en France : c’est facultatif, et c’est souvent utile.
À l’écran des revenus, l’administration décrit la coupure en deux phrases qu’il faut lire littéralement : « Vous devez déclarer la totalité de vos revenus perçus du 1er janvier à la date de votre départ de France » d’une part, et « Vous devez déclarer uniquement vos revenus de source française imposables en France perçus après votre départ, entre la date de votre départ et le 31 décembre » d’autre part, en sélectionnant l’annexe 2042-NR dans la rubrique des déclarations annexes.
La 2042-NR n’est due que l’année du départ, et seulement s’il y a quelque chose à y porter. L’administration le précise dans son parcours usager : « si après votre départ de France, vous ne percevez plus de revenus de source française imposables en France, vous ne devez pas compléter l’annexe 2042-NR ». Dans ce cas, il faut l’indiquer expressément dans le cadre des informations complémentaires, faute de quoi l’administration vous relancera. À partir de l’année suivante, il n’y a plus de 2042-NR du tout : vous déposez une 2042 ordinaire, accompagnée des seules annexes correspondant à vos revenus français.
L’ordre des saisies, et les deux cases qu’il ne faut jamais intervertir
1. REVENUS DE LA PÉRIODE RÉSIDENTE (1er janvier → date du départ)
2042 principale, revenu MONDIAL
+ 2047 pour les revenus de source étrangère de cette période
+ 2044 ou 2044-SPE pour les revenus fonciers au régime réel
2. PRÉLÈVEMENT À LA SOURCE de la période résidente
case 8HV
« le montant de retenue à la source du PAS prélevée par votre
caisse de retraite ou votre employeur s’affichera pour la
partie de l’année où vous êtes résident fiscal de France
en rubrique 8HV »
3. REVENUS DE LA PÉRIODE NON RÉSIDENTE (départ → 31 décembre)
annexe 2042-NR, revenus de SOURCE FRANÇAISE imposables en France
+ 2044 pour la quote-part postérieure des revenus fonciers
4. RETENUE À LA SOURCE DES NON-RÉSIDENTS
case 8TA
« La case 8TA sera à compléter du montant de retenue à la source
des non-résidents qui aura été prélevé par votre caisse de
retraite ou votre employeur »
5. DÉTAIL OBLIGATOIRE dans le cadre « INFORMATIONS »
pour chaque déclarant et chaque employeur ou caisse de retraite :
– noms et prénoms du déclarant concerné
– nom et adresse de l’employeur ou de la caisse de retraite
– mention des revenus versés à des artistes et sportifs
– nature des revenus soumis à la retenue
– DURÉE D’ACTIVITÉ ou période concernée (mois, semaines, jours)
– montant des revenus imposables
– retenue prélevée par chaque débiteur
Le total doit être égal au montant porté en 8TA.
Détail saisi en ligne → ne pas remplir l’annexe 2041-E.- Les deux ne se cumulent jamais sur un même flux :le basculement est exclusif
La confusion des cases 8HV et 8TA est la première source d’erreur de cette déclaration, et elle est mécaniquement redressée : elle conduit soit à imputer deux fois la même retenue, soit à n’en imputer aucune. La durée d’activité n’est pas une formalité : c’est elle qui permet à l’administration de convertir les tranches annuelles du tarif de l’article 182 A en base mensuelle, hebdomadaire ou journalière, et c’est cette conversion qui détermine le montant définitivement acquis au Trésor.
- 8HV = prélèvement à la source de l’article 204 A, période de résidence
- 8TA = retenue à la source de l’article 182 A, période de non-résidence
- En déclaration papier, l’annexe 2041-E reste le support du détail
Un dernier point, et il déroute tout le monde : l’année du départ, le service en ligne ne calcule pas votre impôt. L’administration l’écrit sans détour : « Lorsque vous remplissez une annexe 2042-NR […], vous ne pouvez pas avoir accès au montant estimé de votre impôt ni au détail du calcul de celui-ci. Vos déclarations vont nécessiter un calcul de votre impôt par les services compétents. Vous aurez connaissance du montant de votre impôt, à la réception de votre avis d’imposition. » Vous déposez donc une déclaration dont vous ne connaissez pas le résultat, et vous attendez un avis établi manuellement. Deux conséquences pratiques : il faut provisionner à l’aveugle, et il faut vérifier l’avis ligne à ligne à sa réception, parce que c’est la seule occasion de constater une erreur d’imputation avant qu’elle ne devienne une réclamation.
La répartition des revenus avant et après : la règle de partage, et les cas où elle se discute
Le principe est dans l’article 12 du CGI, dont la rédaction n’a pas bougé depuis le 1er juillet 1979 : « L’impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année. » Ce qui commande le rattachement d’un revenu à l’une ou l’autre période, c’est donc le moment où vous en avez disposé, et non celui où le droit à le percevoir est né. Le parcours usager de l’administration emploie d’ailleurs, dans les deux branches de sa consigne, le même mot : revenus perçus.
Dit autrement, et c’est la formulation à retenir : un salaire de juin versé le 5 juillet, après un départ le 30 juin, relève de la période de non-résidence. Une prime de résultat au titre de l’année précédente, versée le 30 juin, relève de la période où elle est versée, quelle que soit la période qu’elle rémunère. Un loyer d’octobre encaissé en octobre relève de la période de non-résidence, même si le bail a été signé dix ans plus tôt. Le décalage entre le fait générateur économique et l’encaissement est, dans un dossier de départ, un levier réel : un solde de tout compte négocié à trente jours n’a pas le même régime qu’un solde de tout compte versé la veille du départ.
| Revenu | Période résidente : 1er janvier → départ | Période non résidente : départ → 31 décembre |
|---|---|---|
| Salaire français | 2042, rubrique 1AJ, prélèvement à la source en 8HV | 2042-NR si l’emploi est encore exercé en France, retenue de l’article 182 A en 8TA |
| Salaire américain | 2042 et 2047 : le résident français est imposé sur son revenu mondial, avec le crédit conventionnel | Hors du champ français |
| Pension française | 2042, rubrique 1AS | 2042-NR, rubrique 1AL, retenue de l’article 182 A |
| Revenus fonciers français | 2042 et 2044, quote-part antérieure au départ | 2042-NR et 2044, quote-part postérieure |
| Dividendes de sociétés françaises | 2042 : prélèvement forfaitaire unique de 12,8 % sur le brut, ou, sur option globale, barème après l’abattement de 40 % de l’article 158, 3, 2° | Hors déclaration : retenue de 12,8 % à la source, article 187 du CGI |
| Intérêts de source française | 2042 | Néant : exonération de droit interne, et article 11 § 1 de la convention |
| Rachat d’assurance-vie française | 2042 | Prélèvement obligatoire du II bis de l’article 125-0 A, sauf convention opposée |
| Plus-value de cession de valeurs mobilières | 2042 et 2074 | Néant, sauf participation substantielle de l’article 244 bis B ou titres à prépondérance immobilière |
| Plus-value immobilière française | 2048-IMM chez le notaire, hors 2042 | 2048-IMM chez le notaire, avec représentant fiscal accrédité si le prix excède 150 000 € |
| Gains d’actionnariat salarié : RSU, options, BSPCE | Régime de droit commun des traitements et salaires | Retenue de l’article 182 A ter, au prorata de la période d’activité exercée en France : voir le chapitre 18 |
| Comptes détenus à l’étranger, dont les comptes américains | 3916 obligatoire | Néant : l’obligation cesse avec la qualité de résident |
Deux lignes de ce tableau méritent qu’on s’y arrête, parce qu’elles produisent des résultats contre-intuitifs. La ligne des dividendes : après le départ, ils sortent complètement de votre déclaration française. La retenue de 12,8 % de l’article 187 est prélevée par l’établissement payeur et l’affaire est close côté français, le plafond conventionnel de 15 % de l’article 10 § 2 b) étant supérieur au taux interne, aucun formulaire n’est nécessaire pour l’obtenir. La ligne des plus-values mobilières : elles disparaissent purement et simplement du champ français, parce qu’elles ne figurent pas dans la liste des revenus de source française de l’article 164 B. C’est l’une des rares bonnes nouvelles du dossier, et elle n’a besoin d’aucune convention pour tenir.
Les formulaires, et à qui les envoyer
Le tableau qui suit est celui que nous remettons au client. Sa colonne de droite est la plus importante des trois : c’est celle où se produisent les erreurs les plus coûteuses, parce qu’une déclaration déposée au mauvais service n’est pas une déclaration déposée en retard, c’est une déclaration qui n’existe pas.
| Formulaire | Objet | Quand | Où |
|---|---|---|---|
| 2042 | Déclaration principale. L’année du départ, elle porte les revenus du 1er janvier à la date du départ ; les années suivantes, elle sert de support aux annexes | Campagne annuelle | En ligne, sur l’espace particulier |
| 2042 C | Revenus et charges complémentaires, dont la case 8TM du taux moyen | Selon les revenus | En ligne |
| 2042-NR | Revenus de source française imposables en France perçus après le départ | L’année du départ uniquement | En ligne, à cocher dans les déclarations annexes |
| 2047 | Revenus encaissés à l’étranger pendant la période de résidence française | L’année du départ | En ligne |
| 2044 ou 2044-SPE | Revenus fonciers au régime réel | Chaque année tant qu’il y a des revenus fonciers français | En ligne |
| 2042-IFI | Impôt sur la fortune immobilière, si le patrimoine immobilier français net excède 1 300 000 € | Chaque année | En ligne — voir le chapitre 17 |
| 3916 et 3916-bis | Comptes, contrats d’assurance-vie et de capitalisation, comptes d’actifs numériques détenus à l’étranger | Uniquement tant que vous êtes résident fiscal français, donc y compris au titre de l’année du départ | Annexée à la 2042 |
| 2041-TM | Détail des revenus mondiaux à l’appui de la demande de taux moyen, avec attestation sur l’honneur | Avec la déclaration, si la case 8TM est servie | Joint à la déclaration |
| 2074-ETD | Exit tax, déclaration de transfert. Sous sursis automatique — le cas des États-Unis — elle se dépose l’année suivant le transfert | Campagne suivant le transfert, avec les 2042 et 2042 C | Au SIP dont dépendait votre domicile en France avant le transfert, et non au SIPNR |
| 2074-ETS3 ou 2074-ETSL | Exit tax, déclarations de suivi | Selon la composition du patrimoine placé sous sursis : voir le chapitre 11 | Avec les 2042 et 2042 C, que vous ayez ou non encore des revenus de source française |
| 2048-IMM ou 2048-M | Plus-value immobilière, ou plus-value de titres à prépondérance immobilière | À la cession | Déposée par le notaire ou par le représentant fiscal accrédité |
| 5000-SD, 5002, 5003 | Attestation de résidence pour l’application de la convention | Avant le versement | Remis au payeur français, après certification par l’IRS |
Le paradoxe de la 2074-ETD : le sursis automatique ne va pas au service des non-résidents
Pour un départ vers les États-Unis, le sursis de paiement de l’exit tax est automatique : aucune garantie à constituer, aucun représentant fiscal à désigner, aucune demande expresse à formuler. Le chapitre 11 en expose le mécanisme complet. Ce qui relève de ce chapitre-ci, c’est le circuit : la 2074-ETD déposée sous sursis automatique va au service des impôts dont dépendait votre domicile en France avant le transfert, pas au service des impôts des particuliers non-résidents. C’est l’inverse de l’intuition, et l’inverse du circuit applicable au sursis sur option, dont le premier dépôt — quatre-vingt-dix jours avant le départ — va bien au service des non-résidents.
Deuxième particularité, qui surprend en 2026 : la 2074-ETD n’existe qu’au format papieret ne peut pas faire l’objet d’une déclaration en ligne. Conservez-en une copie : c’est elle qui servira de base à toutes les déclarations de suivi des années suivantes, et l’administration ne vous en renverra pas d’exemplaire.
Le service des impôts des particuliers non-résidents : compétence, adresse, procédures
Il s’agit d’un service à compétence nationale, rattaché à la Direction des impôts des non-résidents. Sa compétence commence l’année qui suit votre départ, et seulement si vous conservez des revenus de source française imposables en France, ou si vous relevez de l’impôt sur la fortune immobilière. Jusque-là, votre dossier reste géré par votre dernier centre des finances publiques, qui traite en particulier la déclaration de l’année du départ. Le basculement est automatique : il n’y a aucune démarche à accomplir pour l’obtenir, et il ne faut pas en accomplir.
L’adresse postale est : SIPNR, 10 rue du Centre, TSA 10010, 93465 Noisy-le-Grand Cedex. Le téléphone est le +33 1 72 95 20 42, joignable de 9 h à 16 h. Le canal que nous recommandons pour tout ce qui n’exige pas un envoi papier reste la messagerie sécuriséede l’espace particulier : elle horodate, elle conserve, et c’est la seule chose qui compte le jour où une date de dépôt est contestée. Un courrier postal envoyé depuis les États-Unis, sans suivi, ne prouve rien.
Trois précautions valent d’être écrites, parce qu’elles font gagner des mois. La première : créez votre espace particulier avant de partiret emportez identifiant et mot de passe. L’administration le demande explicitement, et pour cause : la récupération d’un accès perdu depuis l’étranger, sans numéro de téléphone français et sans adresse postale française, est une épreuve. La deuxième : signalez votre nouvelle adresse à votre dernier centre des finances publiques dès que vous la connaissez, et non l’année suivante à l’occasion de la déclaration. La troisième : n’écrivez jamais au service des non-résidents avant qu’il ne soit compétent ; votre message sera renvoyé, avec le délai que cela suppose.
L’adresse et le prélèvement à la source : couper le robinet, et ce qui arrive si on l’oublie
Commençons par lever le malentendu le plus répandu. Le prélèvement à la source n’est pas un impôt, et il n’a jamais changé les règles de calcul de l’impôt sur le revenu. La brochure officielle l’écrit ainsi : « Le prélèvement à la source concerne uniquement les modalités de paiement de l’impôt sur le revenu. Les règles de calcul de l’impôt sur le revenu ne sont pas modifiées et vous devez toujours souscrire une déclaration de revenus l’année suivant celle de leur perception. » Ce que le départ change n’est donc pas la charge fiscale : c’est le tuyau par lequel elle transite.
Ce tuyau change de nature à la date du transfert. Tant que vous êtes résident, votre salaire ou votre pension française supporte le prélèvement à la source de l’article 204 A, au taux personnalisé. Dès que vous cessez de l’être, le même flux bascule sur la retenue à la source de l’article 182 A, qui est hors du champ du prélèvement à la source. La brochure range expressément parmi les revenus hors champ les « revenus perçus par les non-résidents soumis en France à une retenue à la source spécifique (articles 182 A et suivants du CGI) », et précise que ces revenus sont « déclarés séparément ». Les deux prélèvements ne se cumulent jamais sur un même flux : le basculement est exclusif.
Mais ce basculement, personne ne l’opère à votre place. Ce sont vos débiteurs— employeur, caisse de retraite, gestionnaire locatif, organisme de prévoyance — qui doivent passer du prélèvement à la source à la retenue de l’article 182 A, et ils ne le font que s’ils sont informés de votre changement de résidence. Un employeur non informé continue d’appliquer le prélèvement à la source. Le résultat est le pire des deux mondes : un prélèvement payé qu’il faudra faire imputer, et une retenue non prélevée qu’il faudra régulariser, sur une déclaration qui n’est déjà pas simple. Prévenez-les par écrit et avec accusé, deux mois avant le départ.
Les quatre gestes du prélèvement à la source, dans l’ordre
1. SIGNALER LE DÉPART
Rubrique « Gérer mon prélèvement à la source » de l’espace
particulier, ET message par la messagerie sécurisée indiquant
la date effective du transfert.
Effet : l’administration coupe le taux personnalisé.
2. INFORMER LES DÉBITEURS FRANÇAIS
Employeur, caisse de retraite, gestionnaire locatif, assureur.
Effet : ce sont EUX qui basculent du PAS vers la retenue
de l’article 182 A. Sans information, ils ne basculent pas.
3. ARRÊTER OU MODULER LES ACOMPTES
Acomptes de PAS afférents aux revenus fonciers et aux BIC/BNC.
Sans démarche, ils continuent d’être prélevés sur le compte
bancaire au titre d’un impôt calculé selon le régime
des RÉSIDENTS.
4. VÉRIFIER LES ACOMPTES DE PRÉLÈVEMENTS SOCIAUX
Ils sont distincts des acomptes d’impôt sur le revenu et
portent notamment sur les revenus fonciers et les rentes
viagères. Ils suivent la même logique et se traitent
au même endroit.- Un acompte prélevé à tort n’est pas perdu :il s’impute. Mais il immobilise votre trésorerie une année entière
Le geste n° 3 est celui qu’on oublie, parce qu’il ne concerne pas un employeur mais un prélèvement automatique dont on ne se souvient plus. Un propriétaire bailleur qui part en mai continue, sans intervention, de voir partir chaque 15 du mois un acompte calculé sur son taux de résident, jusqu’à la révision de septembre de l’année suivante.
- Le signalement dans « Gérer mon prélèvement à la source » ne dispense pas de cocher, sur la déclaration de l’année suivante, la mention de changement d’adresse
- Les revenus de source étrangère ouvrant droit à un crédit d’impôt égal à l’impôt français sont eux aussi hors du champ du prélèvement à la source
La régularisation : ce que l’avis d’imposition fera, et ce qu’il ne fera pas
Il faut ici corriger une idée fausse qui circule dans à peu près tous les contenus français sur l’expatriation, et qui coûte cher parce qu’elle conduit à réclamer ce qui n’est pas dû, ou à ne pas réclamer ce qui l’est : la retenue à la source des non-résidents n’est pas un acompte. Ses deux premières tranches sont libératoires. L’article 197 B du CGI est explicite : pour la fraction n’excédant pas la limite supérieure du tarif de l’article 182 A, « cette fraction n’est pas prise en compte pour le calcul de l’impôt sur le revenu établi en vertu de l’article 197 A a et la retenue à laquelle elle a donné lieu n’est pas imputable ». L’administration le confirme dans les mêmes termes : « Les revenus soumis aux tranches de 0 % et 12 % ont un caractère libératoire. Cela signifie que, après application de l’abattement de 10 %, ces revenus ne sont pas inclus dans le calcul de votre impôt sur le revenu. » Seule la retenue au taux de 20 % est déduite de l’impôt.
Le tarif de l’article 182 A, dans sa version en vigueur depuis le 1er juillet 2026, s’applique à la fraction des sommes qui excède 17 275 €, au taux de 12 % jusqu’à 50 112 €et de 20 % au-delà. Ces limites sont des limites annuelles, et c’est là que le départ en cours d’année produit son effet le plus contre-intuitif : le tarif est converti en base trimestrielle, mensuelle, hebdomadaire ou journalière selon la durée d’activité rémunérée. Une même somme versée au titre de deux mois d’activité et au titre de douze mois d’activité ne supporte pas la même retenue, et l’écart est spectaculaire.
Le même solde de tout compte, sur deux mois ou sur douze
ASSIETTE
24 000 − abattement de 10 % ....................... 21 600 €
(l’abattement de 10 % est plafonné ; le plafond suit la première
tranche du barème et se relève au millésime de la déclaration)
HYPOTHÈSE 1 — DURÉE D’ACTIVITÉ DE DEUX MOIS
Tarif mensuel × 2 : 0 % ≤ 2 880 €
12 % de 2 880 € à 8 352 €
20 % au-delà de 8 352 €
0 % sur 2 880 ................................... 0 €
12 % sur (8 352 − 2 880) = 5 472 ................. 656,64 €
20 % sur (21 600 − 8 352) = 13 248 .............. 2 649,60 €
RETENUE ........................................ 3 306,24 €
Régularisation 197 A / 197 B
fraction libératoire 8 352 € → hors assiette,
retenue de 656,64 € NON imputable
assiette résiduelle 21 600 − 8 352 = 13 248 €
taux minimum : 13 248 ≤ 29 579 → 20 % → 2 649,60 €
imputation de la retenue à 20 % → 2 649,60 €
solde à payer .................................. 0 €
CHARGE TOTALE .................................. 3 306,24 €
soit 13,78 % du brut
HYPOTHÈSE 2 — MÊME SOMME, DURÉE D’ACTIVITÉ DE DOUZE MOIS
Tarif annuel : 0 % ≤ 17 275 €
12 % de 17 275 € à 50 112 €
20 % au-delà
0 % sur 17 275 .................................. 0 €
12 % sur (21 600 − 17 275) = 4 325 ................ 519 €
RETENUE .......................................... 519 €
21 600 € ≤ 50 112 € → TOTALITÉ LIBÉRATOIRE
CHARGE TOTALE .................................... 519 €
soit 2,16 % du brut- Tarif de l’article 182 A, III, version en vigueur au 1er juillet 2026 :17 275 € et 50 112 €
- Conversions du barème :trimestre 4 319 € et 12 528 € ; mois 1 440 € et 4 176 € ; semaine 332 € et 964 € ; jour 55 € et 161 €
- Taux minimum de l’article 197 A :20 % jusqu’à 29 579 € de revenu net imposable, 30 % au-delà, pour l’imposition des revenus 2025
Le rapport est de un à six pour un montant identique. C’est la raison pour laquelle le détail exigé dans le cadre « INFORMATIONS » réclame la durée d’activité, et c’est la raison pour laquelle un solde de tout compte concentré sur deux mois de préavis est un mauvais calendrier. Quand la négociation de sortie le permet, étaler le versement sur une durée d’activité plus longue — ou le faire porter par une période de référence annuelle, lorsque sa nature le justifie — n’est pas une astuce : c’est l’application du tarif tel qu’il est écrit.
- Prélèvements sociaux sur un salaire ou une pension de source française servis à un non-résident : néant
Deux mécanismes de régularisation s’articulent avec ce dispositif, et ils ne servent pas au même public.
La régularisation par voie de rôle.L’article 197 B en prévoit une expressément en cas de pluralité de débiteurs : chaque payeur applique le tarif à ses seuls versements, ce qui sous-estime mécaniquement la retenue globale, et « la situation du contribuable est, s’il y a lieu, régularisée par voie de rôle ». Un cadre qui perçoit la même année un solde de tout compte de son employeur, une indemnité d’un organisme de prévoyance et une première pension de retraite complémentaire est dans ce cas. Il ne faut ni s’en étonner, ni y voir une erreur : c’est le texte qui l’organise. Le même article ouvre une clause inverse, moins connue : le contribuable « peut demander le remboursement de l’excédent de retenue à la source opérée lorsque la totalité de cette retenue excède le montant de l’impôt qui résulterait de l’application des dispositions du a de l’article 197 A à la totalité de la rémunération ».
La demande de taux moyen.C’est l’autre voie, et elle est très souvent conseillée à tort. Le a de l’article 197 A permet au contribuable qui justifie que le taux de l’impôt français sur l’ensemble de ses revenus, français et étrangers, serait inférieur au taux minimum de 20 ou 30 %, d’obtenir l’application de ce taux moyen à ses seuls revenus de source française. Elle se formule en servant la case 8TM de la déclaration 2042 C, en portant le détail sur le formulaire 2041-TM, qui permet d’attester sur l’honneur l’exactitude des informations fournies. Les pièces attendues sont la copie certifiée conforme de l’avis d’imposition émis par l’État de résidence et le double de la déclaration de revenus qui y a été souscrite ; pour un résident des États-Unis, les pièces naturelles sont le Form 1040 complet avec ses annexes et le transcriptdélivré par l’IRS.
Trois choses à savoir avant de la former. D’abord, elle est globale : elle oblige à déclarer à l’administration française l’intégralité des revenus mondiaux du foyer, catégorie par catégorie et source par source, et à les justifier. Ensuite, elle est presque toujours défavorable à un cadre parti aux États-Unis avec un revenu élevé : un revenu mondial de 195 000 € produit, au barème 2026 pour une part, un taux moyen de l’ordre de 33 %, très au-dessus des 20 % du taux minimum. Elle est en revanche souvent favorable à un retraité modeste et à une année de transition à faibles revenus : sur 38 000 € de revenus mondiaux, le taux moyen tombe à 11,85 %, et l’économie sur 24 000 € de revenu foncier français atteint 1 956 €. Enfin, et c’est le point le plus mal compris : sur des salaires et des pensions, le taux moyen est fréquemment moins favorable que le mécanisme libératoire de l’article 197 B, parce que ce dernier fait purement et simplement sortir de l’assiette la fraction taxée à 0 et 12 %. Le taux moyen se calcule ; il ne se demande pas par principe.
Si la demande n’a pas été formée au dépôt, elle peut l’être par réclamation contentieuse. L’article R* 196-1 du livre des procédures fiscales fixe le délai : la réclamation doit être présentée « au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle » de la mise en recouvrement du rôle, du versement de l’impôt contesté lorsqu’il n’a pas donné lieu à rôle, ou de la réalisation de l’événement qui la motive. C’est aussi la fenêtre dans laquelle se corrige une erreur d’imputation entre les cases 8HV et 8TA. Passé ce terme, l’avis est définitif.
La déclaration de l’année du départ ne se simule pas : elle se prépare
C’est la seule déclaration française dont le service en ligne refuse de calculer le résultat. Nous la préparons en amont, poste par poste, avec le chiffrage de la retenue de l’article 182 A, la vérification du caractère libératoire de ses deux premières tranches, et le test du taux moyen fait avant d’être demandé plutôt qu’après. Le contrôle de l’avis à sa réception fait partie du travail.
Le compte bancaire français : ce qu’il faut avoir fait avant de le fermer
La question arrive toujours au même moment, trois semaines avant le déménagement, et la réponse spontanée est presque toujours mauvaise. Non, il ne faut pas fermer votre compte français en partant. Et si vous devez le fermer, il y a six choses à faire avant, dont quatre sont irréversibles.
La raison de le garder est mécanique, et elle est écrite noir sur blanc par l’administration. Pour payer un impôt français en ligne, « vous devez disposer d’un compte bancaire domicilié en France ou dans les pays de la zone SEPA (les 27 pays-membres de l’Union européenne ainsi que le Royaume-Uni (y compris Gibraltar), l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège, la Suisse et Monaco) ». Les États-Unis n’y figurent pas, et ne peuvent pas y figurer : la zone SEPA est européenne. Un compte américain, si volumineux soit-il, ne permet pas de payer un impôt français en ligne. Or, en partant, vous conservez très probablement des impôts français à payer : un solde d’impôt sur le revenu au titre de l’année du départ, les impositions afférentes aux biens immobiliers que vous conservez, le cas échéant l’impôt sur la fortune immobilière, et les prélèvements sociaux sur vos revenus fonciers de source française.
Il faut donc poser le problème à l’envers de la façon dont il est posé d’ordinaire : la question n’est pas « puis-je fermer mon compte ? », c’est « par quel canal vais-je payer mes impôts français pendant les dix prochaines années ? ». Posez par écrit, avant de partir, la question à votre établissement : votre compte peut-il être maintenu avec une adresse américaine, à quelles conditions, et avec quels moyens de paiement ? La réponse relève de la politique de conformité de chaque établissement et non d’une règle de droit ; obtenez-la par écrit, et posez-la avant le déménagement, pas après.
Les six choses à faire avant de fermer un compte français, et pourquoi elles ne se rattrapent pas
1. Télécharger et archiver l’intégralité des relevés.Le 31 CFR 1010.420 impose de conserver, pour chaque compte financier étranger déclaré au FBAR, « the name in which each such account is maintained, the number or other designation of such account, the name and address of the foreign bank or other person with whom such account is maintained, the type of such account, and the maximum value of each such account during the reporting period », et ajoute : « Such records shall be retained for a period of 5 years and shall be kept at all times available for inspection as authorized by law. » Un compte clos ne délivre plus de relevés, et la valeur maximale de l’année ne se reconstitue pas.
2. Relever la valeur maximale de l’année civile, compte par compte.C’est la donnée qui alimente le FBAR, et c’est celle qui manque toujours. Le seuil de 10 000 $ s’apprécie sur la valeur agrégéede tous vos comptes étrangers, à n’importe quel moment de l’année : six comptes de 2 000 $ franchissent le seuil et doivent tous être déclarés. Le franchissement d’une seule journée suffit, et le cas typique est celui de la vente d’un bien français dont le prix transite par le compte du notaire puis par votre compte bancaire.
3. Conserver les justificatifs d’alimentation du compte.Ils ne servent à rien tant que vous êtes aux États-Unis. Ils deviennent décisifs le jour d’un retour : l’article L. 23 C du livre des procédures fiscales permet à l’administration, lorsqu’une obligation déclarative de compte étranger n’a pas été respectée au moins une fois au cours des dix années précédentes, de demander toutes justifications sur l’origine des avoirs, et l’article 755 du CGI répute, à défaut de réponse, ces avoirs constituer « un patrimoine acquis à titre gratuit » taxé au taux le plus élevé — soit 60 % — sur la valeur la plus élevée connue de l’administration. Le chapitre 32 traite du retour ; la constitution du dossier, elle, se fait maintenant.
4. Vérifier que rien n’est domicilié dessus.Acomptes de prélèvement à la source non encore arrêtés, prélèvements d’impositions locales, cotisations d’assurance, versements programmés sur un contrat. Un prélèvement rejeté sur un compte clos produit une majoration, une relance et parfois une procédure de recouvrement, à laquelle vous répondrez depuis Chicago.
5. Ne pas le fermer avant d’avoir déposé la déclaration de l’année du départ. Cette déclaration donne lieu à un avis établi manuellement, plusieurs mois après le dépôt, et il faudra le payer.
6. Se souvenir qu’un compte clos reste déclarable.L’article 1649 A du CGI vise les comptes « ouverts, détenus, utilisés ou clos » à l’étranger ; le FBAR raisonne de même, sur la valeur maximale atteinte au cours de l’année. Fermer un compte le 3 février n’efface pas l’obligation de le déclarer au titre de l’année entière.
Le pendant de ce raisonnement, c’est la déclaration 3916, et c’est le piège le plus fréquent de l’année du départ. L’obligation de déclarer les comptes détenus à l’étranger pèse sur les personnes physiques fiscalement domiciliées en France. Elle cesse le jour où vous cessez de l’être. Mais elle couvre toute la période antérieure, l’année du départ comprise, et un cadre qui prépare son installation ouvre presque toujours un compte courant et un compte-titres américains plusieurs mois avantde quitter la France. Ces comptes-là, ouverts alors qu’il était encore résident, doivent figurer sur la 3916 déposée l’année suivante, au titre de l’année du départ. Personne n’y pense, parce qu’au moment de la déclaration l’intéressé n’est plus résident et considère que le sujet ne le concerne plus.
| Manquement | Texte de sanction | Montant |
|---|---|---|
| Compte bancaire ou financier étranger non déclaré, cas général — les États-Unis ont conclu avec la France une convention d’assistance administrative | Article 1736, IV, 2, du CGI | 1 500 € par compte et par an |
| Compte d’actifs numériques non déclaré, article 1649 bis C | Article 1736, X, du CGI | 750 € par compte et par an, porté à 1 500 € si la valeur vénale des comptes excède 50 000 € |
| Contrat d’assurance-vie ou de capitalisation souscrit à l’étranger, article 1649 AA | Article 1766 du CGI — et non l’article 1736 | 1 500 € par contrat et par an |
| Trust non déclaré, article 1649 AB | Article 1736, IV bis, du CGI | 20 000 € par manquement, forfaitaires : l’amende proportionnelle censurée en 2017 n’a pas été rétablie |
| Rectification portant sur des sommes figurant sur un compte, un contrat ou des biens en trust non déclarés | Article 1729-0 A du CGI | Majoration de 80 % des droits rappelés, qui exclut l’application concurrente des amendes ci-dessus, lesquelles ne subsistent que comme plancher |
À quoi s’ajoute l’allongement du délai de reprise, avec une exception que la plupart des contenus omettent. L’article L. 169 du livre des procédures fiscales porte le délai à dix ans en cas de manquement à l’article 1649 A, « toutefois […] cette extension de délai ne s’applique pas lorsque le contribuable apporte la preuve que le total des soldes créditeurs de ses comptes à l’étranger n’a pas excédé 50 000 € à un moment quelconque de l’année ». Un couple détenant six comptes américains s’expose donc à 90 000 € d’amende si le total de ses soldes a franchi 50 000 € à un moment quelconque de chaque année, et à 27 000 € — trois ans de reprise de droit commun — s’il apporte la preuve contraire. Cette exception est propre à l’article 1649 A :un contrat d’assurance-vie étranger non déclaré et un trust non déclaré restent sous le délai de dix ans, sans seuil.
Le calendrier opérationnel, de T-12 à T+24
Ce qui suit est le calendrier que nous tenons sur un dossier. Une précision de méthode s’impose avant de le lire : il est bâti sur des jalons juridiques— dates statutaires, dates de bascule fiscale, dates de dépôt obligatoires — et non sur des durées administratives. C’est délibéré. Les délais de traitement de l’administration américaine de l’immigration et des postes consulaires ne sont pas publiés sous une forme qui permette de les engager, et un guide qui publie des durées consulaires publie des durées fausses six mois plus tard. Là où le délai réel compte, nous le donnons comme un ordre de grandeur observé, et nous le disons.
Une seconde précision, plus importante encore : un projet d’installation aux États-Unis correctement conduit se compte en dix-huit mois à deux ansentre le premier rendez-vous et le dépôt de la première déclaration américaine. Les séquences de six mois que présentent les guides commerciaux supposent que tout se passe bien, qu’aucune demande de pièces complémentaires n’est émise, qu’aucun rendez-vous consulaire ne glisse et que le patrimoine français n’a besoin d’aucune restructuration. Aucune de ces trois hypothèses ne se vérifie en pratique.
T-12 à T-9 : l’inventaire, et rien d’autre
Cette phase ne comporte aucune décision. Elle comporte un recensement, et c’est le recensement qui commandera toutes les décisions ultérieures — y compris celle de la date. Un dossier qui commence par une décision et finit par l’inventaire se refait entièrement.
| Échéance | Ce qu’il faut faire, et auprès de qui | Délai réel | Si vous la manquez |
|---|---|---|---|
| T-12 | Évaluer le patrimoine mobilier : êtes-vous dans le champ de l’exit tax de l’article 167 bis, c’est-à-dire domicilié fiscalement en France pendant au moins six des dix années précédant le transfert ET au-delà de 800 000 € de titres ou d’une participation représentant au moins 50 % des bénéfices d’une société ? Voir le chapitre 11 | Une demi-journée avec les relevés de fin d’année | Le fait générateur est le transfert. Après lui, il est trop tard pour arbitrer quoi que ce soit |
| T-12 | Cartographier ligne à ligne tous les OPCVM, FCP, FCPE, SCPI, OPCI et ETF de droit européen détenus, quel que soit le contenant : compte-titres, PEA, assurance-vie, épargne salariale | Deux à quatre semaines, la difficulté étant d’obtenir les inventaires détaillés des contrats | Chacune de ces lignes est un PFIC potentiel, et chaque PFIC appelle un Form 8621 annuel. Un contrat multisupport ordinaire en contient quinze à quarante. Voir les chapitres 13 et 14 |
| T-12 | Demander à chaque société de gestion, fonds par fonds, le PFIC Annual Information Statement du Treas. Reg. § 1.1295-1(g), et les éléments permettant d’apprécier les huit conditions du Treas. Reg. § 1.1296-2(d) | Plusieurs semaines, et une proportion élevée de non-réponses | Sans réponse, l’élection QEF est fermée et l’élection mark-to-market ne peut pas être instruite : vous vous retrouvez par défaut sous le régime punitif du § 1291 |
| T-11 | Recenser les gains d’actionnariat salarié non dénoués : options, actions gratuites, BSPCE, avec leurs dates d’attribution et d’acquisition définitive | Une semaine, auprès du service des ressources humaines | Le prorata de source française se calcule sur la période d’activité exercée en France entre l’attribution et l’acquisition définitive. Une date d’attribution introuvable est un litige. Voir le chapitre 18 |
| T-10 | Choisir l’État de destination avec le regard fiscal : existence d’un impôt d’État sur le revenu, règles de résidence propres à cet État, application ou non des conventions fiscales par cet État | Un rendez-vous, mais la décision est souvent déjà prise pour des raisons professionnelles | La convention franco-américaine ne lie que l’État fédéral. Un déménagement d’État peut peser plus lourd qu’un dossier conventionnel. Voir le chapitre 8 |
| T-9 | Identifier et retenir le CPA ou le tax attorney américain qui suivra la première année, et demander un devis nominatif | Deux à six semaines pour obtenir des propositions comparables | La coordination des deux systèmes ne s’improvise pas en avril de l’année suivante, quand tout le monde est saturé |
T-9 à T-6 : les arbitrages patrimoniaux
C’est ici que se joue l’essentiel de la valeur, et c’est ici qu’il faut être le plus prudent. Les arbres de décision que l’on trouve partout — « rachetez avant de partir », « arbitrez intégralement vers le fonds en euros », « clôturez le PEA » — reposent sur deux prémisses qui sont fausses en général et vraies seulement dans certains dossiers : que l’élection mark-to-marketdu § 1296 serait fermée aux fonds français, et que l’échec d’un contrat au § 7702 emporterait mécaniquement l’attribution de ses supports au souscripteur. Ni l’une ni l’autre n’est exacte, et le chapitre 13 le démontre. Aucune de ces branches ne doit être exécutée avant validation par un CPA ou un tax attorney américain, contrat par contrat et fonds par fonds.
| Échéance | Ce qu’il faut faire, et auprès de qui | Délai réel | Si vous la manquez |
|---|---|---|---|
| T-9 | Instruire le sort de chaque contrat d’assurance-vie : conservation, arbitrage interne, rachat partiel, rachat total. Instruction conjointe avec le conseil américain | Six à dix semaines, le temps de réunir les pièces et d’obtenir une position | Un rachat exécuté en qualité de résident a un coût connu et calculable. Après la residency starting date, le coût américain n’est pas calculable sans l’analyse préalable |
| T-9 | Instruire le sort du PEA : conservation, arbitrage vers des titres vifs, clôture. Le PEA n’est pas clôturé par le transfert du domicile hors de France | Quatre à six semaines | Le PEA est hors du champ de l’exit tax, mais ses OPCVM sont dans le champ PFIC. Voir le chapitre 13 |
| T-8 | Faire établir la liste exacte des cas de déblocage anticipé applicables à votre plan d’épargne salariale, plan par plan, auprès du teneur de compte | Deux à quatre semaines | Aucune recommandation de déblocage ne s’écrit sans cette liste : les cas de déblocage ne sont pas les mêmes d’un plan à l’autre, et la rupture du contrat de travail n’en est pas toujours un |
| T-6 | Si l’ancienne résidence principale doit être vendue : engager la mise en vente. Pas la réflexion — la mise en vente | Le délai médian d’une transaction française, du mandat à l’acte, se compte en mois et non en semaines | L’exonération totale du quatrième alinéa du 1 du I de l’article 244 bis A exige une cession au plus tard le 31 décembre de l’année suivant celle du transfert, et l’absence de toute mise à disposition de tiers dans l’intervalle |
| T-6 | Arbitrer la date de départ elle-même, une fois — et seulement une fois — l’inventaire achevé et les opérations de l’année recensées avec leur date d’exécution contractuelle | Un rendez-vous, sur la base du chiffrage à deux colonnes | Vous prenez la date que l’employeur vous propose, qui est la bonne une fois sur deux |
L’immobilier français : deux exonérations, jamais cumulables, et un piège de calendrier
L’exonération de l’ancienne résidence principale du non-résident figure au quatrième alinéa du 1 du I de l’article 244 bis A du CGI. Elle est totale. Quatre conditions cumulatives : l’immeuble constituait votre résidence principale à la date du transfertde votre domicile fiscal hors de France ; le transfert s’effectue vers un État de l’Union européenne ou vers un État lié à la France par une convention d’assistance administrative etune convention d’assistance mutuelle en matière de recouvrement, non inscrit sur la liste des États et territoires non coopératifs ; la cession intervient au plus tard le 31 décembre de l’année suivant celle du transfert ; et l’immeuble n’a pas été mis à la disposition de tiers, à titre gratuit ou onéreux, entre le transfert et la cession.
L’exonération dite « des 150 000 € »figure à l’article 150 U, II, 2°. Elle est plafonnée à 150 000 € de plus-value nette imposable et à une résidence par contribuable, mais son délai est beaucoup plus long : la cession doit intervenir au plus tard le 31 décembre de la dixième année suivant celle du transfert, ou sans condition de délai si vous avez eu la libre disposition du bien au moins depuis le 1er janvier de l’année précédant celle de la cession. Le délai de cinq ans que l’on rencontre encore correspond à une rédaction abrogée.
Le piège de calendrier.« Au plus tard le 31 décembre de l’année suivant celle du transfert » signifie, pour un départ le 1er juillet 2026, une cession au plus tard le 31 décembre 2027. Compte tenu des délais réels d’une transaction immobilière en France, la mise en vente doit être engagée avant le départ.
La réserve qu’il faut connaître avant d’engager la vente sur ce fondement.La condition de destination de cette exonération est rédigée dans les mêmes termes que celle du sursis de paiement automatique de l’exit tax, dont la notice 2074-ETD millésime 2026 indique expressément qu’elle est remplie par les États-Unis. L’analyse converge donc vers l’éligibilité, mais aucune source administrative ne l’énonce pour un départ vers les États-Unis : une demande de rescrit s’impose avant d’engager la vente sur ce seul fondement.
Et un point d’exécution que les vendeurs découvrent chez le notaire : même exonéré, un cédant résidant aux États-Unis doit désigner un représentant fiscal accréditédès lors que le prix excède 150 000 € et que le bien est détenu depuis moins de trente ans. Le principe figure au IV de l’article 244 bis A, la dispense propre aux résidents de l’Union et de l’Espace économique européen au IV bis, et les dispenses tirées du prix et de la durée de détention relèvent de la doctrine administrative. Le notaire ne peut pas régulariser l’acte sans cette désignation : elle s’anticipe deux mois avant la signature.
T-6 à T-1 : la mécanique administrative, et les délais qui bloquent
| Échéance | Ce qu’il faut faire, et auprès de qui | Délai réel | Si vous la manquez |
|---|---|---|---|
| T-6 | Réaliser en France, avant la date de début de résidence américaine, les opérations à forte plus-value latente qui peuvent l’être : cessions de titres, rachats, arbitrages | Variable, mais toujours plus long que prévu quand un tiers doit donner mainlevée | L’opération bascule dans l’assiette américaine, avec l’écart chiffré en tête de ce chapitre |
| T-4 | Créer votre espace particulier sur impots.gouv.fr et emporter identifiant et mot de passe. L’administration le recommande expressément : « créez votre espace Finances publiques sur ce site avant de partir » | Une heure | La récupération d’un accès perdu depuis l’étranger, sans numéro de téléphone ni adresse postale en France, prend des semaines |
| T-4 | Vérifier auprès de votre établissement, par écrit, que votre compte français sera maintenu avec une adresse américaine, et avec quels moyens de paiement | Deux à quatre semaines pour obtenir une réponse écrite | Vous découvrez la réponse au moment où un prélèvement d’impôt est rejeté |
| T-3 | Commander les expertises et valorisations datées de chaque actif significatif : immobilier, parts de sociétés non cotées, portefeuilles | Quatre à huit semaines pour une expertise immobilière ou une valorisation de titres non cotés | Le rebasement du § 877A(h)(2), qui neutralise la plus-value accumulée avant votre arrivée pour le seul calcul de l’exit tax du § 877A(a) — et pour aucun autre impôt —, existe en droit et ne se prouve pas en fait. Voir le chapitre 3 |
| T-2 | Prévenir par écrit tous vos débiteurs français : employeur, caisse de retraite, gestionnaire locatif, assureur, établissement bancaire | Immédiat, mais le basculement de paie prend un ou deux cycles | Ils continuent d’appliquer le prélèvement à la source. Vous cumulez un prélèvement à faire imputer et une retenue à régulariser |
| T-2 | Demander l’arrêt ou la modulation des acomptes de prélèvement à la source et des acomptes de prélèvements sociaux | Une semaine, depuis l’espace particulier | Les acomptes continuent d’être prélevés sur un compte que vous vous apprêtez peut-être à fermer, au titre d’un impôt calculé selon le régime des résidents |
| T-2 | Si une cession immobilière est engagée : mandater le représentant fiscal accrédité | Deux mois avant la signature de l’acte | Le notaire ne peut pas régulariser l’acte. La vente est reportée, et l’acquéreur peut se retirer |
| T-2 | Préparer la demande de Form 8802 en vue de l’obtention du Form 6166, l’attestation de résidence américaine que réclame le formulaire 5000-SD | Le traitement par l’IRS se compte en semaines, et la demande ne peut porter que sur une année au titre de laquelle vous êtes résident des États-Unis | Pour toute opération exécutée dans les semaines qui suivent le départ, vous ne disposerez pas de l’attestation : le débiteur français appliquera la retenue et vous devrez en demander la restitution |
| T-1 | Inscription au registre des Français établis hors de France, et demande de certificat de couverture au titre de l’accord de sécurité sociale de 1987 en cas de détachement | Quelques semaines | Le volet social est traité au chapitre 20 : ses conséquences sont autonomes de celles du volet fiscal |
T-0 : le mois du départ, et les cinq gestes de vingt minutes
Ce sont les actes les moins coûteux et les plus rentables de tout le dossier. Chacun prend moins d’une demi-heure, aucun ne peut être fait plus tard, et l’omission de l’un d’eux se paie couramment en dizaines de milliers d’euros dix ans après.
| Geste | Ce qu’il produit | Si vous ne le faites pas |
|---|---|---|
| Arrêter la date exacte du transfert du domicile, et l’adosser à des pièces datées : billets, état des lieux, résiliation de bail ou bail de location, inscription scolaire des enfants, contrat de travail | C’est la date qui coupe votre année française en deux, qui déclenche le fait générateur de l’exit tax et qui ferme votre obligation 3916 | Vous la reconstituez trois ans plus tard, devant un vérificateur, avec des relevés de carte bancaire |
| Photographier la valeur vénale de chaque actif à la date exacte de la residency starting date américaine : relevés de portefeuille datés, expertises, valorisations de parts sociales | Le rebasement du § 877A(h)(2) : les biens détenus à la date où vous devenez résident sont réputés avoir, à cette date, une base au moins égale à leur valeur vénale | Le rebasement reste vrai en droit et devient inopposable en fait. Il concerne toute personne devenue résidente, y compris celle qui prendra plus tard la nationalité américaine |
| Ouvrir un calendrier de présence jour par jour, aux États-Unis et hors des États-Unis, et le tenir sans interruption | Il alimente le substantial presence test, la règle des dix jours, les règles de résidence de votre État, et le compteur de résidence continue en cas de projet de naturalisation | Vous le reconstituez à partir de tampons de passeport incomplets, ce qui est exactement ce que l’administration attend de vous pour retenir sa propre version |
| Relever votre I-94 sur le site des douanes américaines dans les jours de l’arrivée : classe d’admission et date limite de séjour | C’est la pièce qui fait foi de votre statut, et elle comporte des erreurs plus souvent qu’on ne le croit | Une erreur de classe d’admission découverte deux ans plus tard est une régularisation d’immigration, pas une correction |
| Signaler votre nouvelle adresse à votre dernier centre des finances publiques, depuis l’espace particulier | L’administration l’écrit : « vous devez signaler votre nouvelle adresse à votre dernier centre des finances publiques » | Vos courriers, dont votre avis d’imposition, partent à une adresse que vous n’occupez plus. Le délai de réclamation, lui, court |
T+1 à T+6 : l’installation, et les vérifications que personne ne fait
| Échéance | Ce qu’il faut faire, et auprès de qui | Délai réel | Si vous la manquez |
|---|---|---|---|
| Semaines 1 à 4 | Demande de numéro de sécurité sociale américain, une fois le statut activé ; à défaut, demande d’ITIN par Form W-7 pour le conjoint et les enfants | Plusieurs semaines, et le numéro conditionne à peu près tout le reste | Sans numéro d’identification, plusieurs crédits d’impôt fédéraux sont fermés et l’ouverture de comptes est bloquée |
| Semaines 1 à 8 | Permis de conduire local, immatriculation des véhicules, inscription sur les listes électorales locales le cas échéant | Variable selon l’État | Attention : ce sont des actes constitutifs de domicile au sens des règles de résidence des États, et ils sont opposables. Voir le chapitre 8 |
| Premier bulletin de paie français postérieur au départ | Vérifier que le prélèvement à la source a cessé et que la retenue de l’article 182 A s’est substituée à lui | Un à deux cycles de paie | Chaque mois d’erreur est une ligne à corriger sur la déclaration de l’année du départ, et une pièce justificative à produire |
| Mois 2 | Vérifier sur l’espace particulier que les acomptes de prélèvement à la source et de prélèvements sociaux ont effectivement cessé ou été modulés | Immédiat | Les acomptes continuent, et ils s’imputeront un an plus tard |
| Mois 3 | Constituer le dossier de preuves de la résidence : contrat de travail, bail ou acte d’acquisition, relevés bancaires locaux, inscriptions scolaires | Continu | Ces pièces se réunissent en trois mois et se reconstituent en trois ans. Voir le chapitre 3 |
T+6 à T+12 : les deux premières campagnes déclaratives, presque simultanées
Les échéances qui suivent ne se comptent pas en mois depuis le départ mais en dates fixes de l’année suivante. Selon que vous êtes parti en mars ou en novembre, elles tombent entre quatre et quinze mois après votre installation. Elles tombent en revanche toujours au même endroit du calendrier, et elles se chevauchent : la campagne américaine s’ouvre en février et se referme le 15 avril, la campagne française s’ouvre en avril et se referme début juin. Sur l’année du départ, il faut préparer les deux ensemble, parce que chacune a besoin de chiffres que l’autre produit.
| Échéance | Ce qu’il faut faire, et auprès de qui | Délai réel | Si vous la manquez |
|---|---|---|---|
| 15 avril N+1 | Déclaration américaine de l’année d’arrivée : Form 1040 portant la mention manuscrite « Dual-Status Return », avec le Form 1040-NR joint sous la mention « Dual-Status Statement » comme état des revenus de la fraction non résidente | La préparation d’une première année dual-status prend plusieurs semaines et n’est pas une déclaration ordinaire | Pénalités de dépôt tardif, et un dossier qui démarre mal auprès de l’administration qui vous suivra dix ans |
| 15 avril N+1 | Form 8833 si une position conventionnelle est prise, et Form 8840 si la closer connection exception est invoquée | Immédiat, si l’analyse a été faite | 1 000 $ par position omise pour le Form 8833 ; pour le Form 8840, l’inéligibilité à l’exception et la réintégration de tous les jours de présence, sauf preuve claire et convaincante de diligence |
| 15 avril N+1, prorogé de plein droit au 15 octobre | FBAR, formulaire FinCEN 114, déposé exclusivement sur le système de télédéclaration du Bank Secrecy Act — jamais avec la déclaration de revenus | Immédiat, une fois les valeurs maximales connues | 16 536 $ par formulaire omis en cas de manquement non délibéré ; en cas de manquement délibéré, le plus élevé de 165 353 $ ou de 50 % du solde, par compte et par année. Voir le chapitre 24 |
| 15 avril N+1 | Form 8938, Form 8621 pour chaque PFIC, Forms 3520 et 3520-A le cas échéant, Form 720 si des primes ont été versées à un assureur étranger | C’est le poste qui prend le plus de temps, et son volume dépend du nombre de lignes de fonds recensées à T-12 | 10 000 $ par formulaire pour le 8938, et pour le 8621 la suspension du délai de prescription du § 6501(c)(8), que l’administration lit comme portant sur la totalité de la déclaration — le texte ne visant que ce « to which such information relates », et aucune décision n’ayant tranché sa portée exacte |
| Avril à juin N+1 | Déclaration française de l’année du départ : 2042, 2047, 2044 le cas échéant, annexe 2042-NR, cases 8HV et 8TA, détail dans le cadre « INFORMATIONS », et 3916 pour les comptes américains ouverts avant le départ | Deux à quatre semaines, sans possibilité de simuler le résultat | 1 500 € par compte américain omis et par an, et un délai de reprise porté à dix ans sauf preuve que le total des soldes est resté sous 50 000 € |
| Avril à juin N+1 | 2074-ETD si vous êtes dans le champ de l’exit tax, accompagnée des 2042 et 2042 C, au format papier, adressée au service des impôts dont dépendait votre domicile avant le transfert | Le formulaire n’existe pas en ligne : prévoir l’envoi et conserver une copie | Le sursis automatique n’est pas administrativement constaté. Voir le chapitre 11 |
| Avril à juin N+1 | Décision sur le taux moyen : case 8TM et formulaire 2041-TM, ou abstention | Le calcul se fait avant de cocher, jamais après | Une demande formée sans calcul oblige à déclarer l’intégralité des revenus mondiaux à l’administration française pour un résultat le plus souvent défavorable |
Le seuil du Form 8938 pour un Français installé aux États-Unis
C’est l’erreur la plus fréquente des guides d’expatriation, et elle vient d’un contresens sur le sens du mouvement. Les seuils majorés du Form 8938 — 200 000 / 300 000 $ pour un célibataire et 400 000 / 600 000 $ pour un couple — sont réservés aux contribuables dont le tax home est à l’étranger. Un Français installé aux États-Unis a son tax home aux États-Unis : il relève des seuils bas, soit 50 000 $au dernier jour de l’année ou 75 000 $ à un moment quelconque pour un célibataire, et 100 000 / 150 000 $ pour un couple déposant conjointement.
Les deux branches du presence abroad test qui ouvre les seuils majorés exigent untax home à l’étranger. Le Treas. Reg. § 1.6038D-2(a)(3) et (a)(4) réserve ces seuils au specified individual qui est un qualified individual au sens du § 911(d)(1), et la phrase liminaire de ce texte définit celui-ci comme « an individual whose tax home is in a foreign country » avant de distinguer la bona fide residence du (A) et les 330 jours pleinssur douze mois consécutifs du (B). La seconde branche dispense de démontrer une résidence de bonne foi ; elle ne dispense pas d’avoir son tax home hors des États-Unis.
T+12 à T+24 : la vérification, le suivi, et le couperet du 31 décembre
| Échéance | Ce qu’il faut faire, et auprès de qui | Délai réel | Si vous la manquez |
|---|---|---|---|
| 15 octobre N+1 | Terme de la prorogation obtenue par Form 4868, obligatoire si vous avez décidé d’exercer la first-year choice et devez attendre d’avoir satisfait le substantial presence test de l’année suivante | L’élection ne peut pas être déposée avant que le test de l’année suivante ne soit satisfait | L’élection est perdue pour l’année visée. Et la prorogation suppose d’avoir payé, au 15 avril, le montant d’impôt que vous prévoyez de devoir, calculé comme si vous étiez non-résident sur l’année entière |
| Automne N+1 | Réception de l’avis d’imposition français de l’année du départ, établi manuellement. Le vérifier ligne à ligne : imputation de la retenue portée en 8TA, sortie de l’assiette de la fraction taxée à 0 et 12 %, taux minimum de 20 ou 30 % correctement appliqué | Le délai entre le dépôt et l’avis se compte en mois sur cette déclaration-là | Vous payez l’avis tel qu’il est. La correction devient une réclamation contentieuse |
| 31 décembre N+1 | Couperet de l’exonération totale de l’ancienne résidence principale du non-résident : la cession doit être signée | Aucun : c’est une date de forclusion | L’exonération totale est perdue. Il reste celle de l’article 150 U, II, 2°, plafonnée à 150 000 € de plus-value nette et à une résidence par contribuable |
| Avril à juin N+2 | Deuxième campagne française : plus de 2042-NR. Une 2042 ordinaire, accompagnée des seules annexes correspondant à vos revenus français, adressée au service des impôts des particuliers non-résidents, qui est devenu automatiquement votre service gestionnaire | Une campagne ordinaire | Le régime des non-résidents s’applique de plein droit : le taux minimum, les retenues, l’absence de prélèvements sociaux hors immobilier |
| Avril à juin N+2, puis chaque année | Déclarations de suivi de l’exit tax : 2074-ETS3 ou 2074-ETSL selon la composition du patrimoine placé sous sursis, accompagnées des 2042 et 2042 C, « que vous disposiez encore ou non de revenus de source française » | Selon le cas, chaque année ou seulement lors d’un événement. Voir le chapitre 11 | Le défaut de dépôt entraîne « la fin du sursis de paiement et l’exigibilité immédiate de l’impôt en sursis » si la situation n’est pas régularisée dans les trente jours suivant la notification d’une mise en demeure |
| 15 avril N+2 | Première déclaration américaine sur une année pleine : Form 1040 ordinaire, avec l’ensemble des formulaires d’information, aux seuils bas du Form 8938 | Le volume de travail est supérieur à celui de l’année dual-status, parce que l’année est entière | Les pénalités de l’année pleine sont les mêmes que celles de l’année d’arrivée, sur une assiette plus large |
| 31 décembre de la deuxième année suivant la mise en recouvrement | Terme de la réclamation contentieuse de l’article R* 196-1 du livre des procédures fiscales : c’est la fenêtre pour corriger une erreur d’imputation, demander le taux moyen a posteriori ou obtenir la restitution d’une retenue excédentaire | Le délai court depuis la mise en recouvrement, pas depuis le dépôt | L’imposition est définitive |
Un calendrier tenu, pas un calendrier lu
Le calendrier ci-dessus n’a de valeur que s’il est instancié sur des dates réelles : la vôtre de départ, celles de vos opérations, celles de vos campagnes. Nous le produisons sous forme d’échéancier daté, avec le nom du service destinataire pour chaque pièce, et nous le rouvrons à chaque campagne pendant les deux premières années. Les points relevant du droit américain sont instruits avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis.
Le départ échelonné : quand la famille ne part pas le même jour
C’est la configuration la plus fréquente, et c’est celle que les calendriers types ne prévoient jamais. Le cadre part en mars pour prendre ses fonctions ; le conjoint et les enfants restent jusqu’à la fin de l’année scolaire, en juin ou en juillet. Entre les deux, la situation n’est pas « un peu de chaque » : elle est parfaitement déterminée par deux jeux de règles qui ne se parlent pas, et le résultat est presque toujours contraire à l’intuition.
Côté français, le foyer commande.L’article 4 B du CGI fonctionne par critères alternatifs, et le premier d’entre eux est le foyer ou le lieu de séjour principal. Tant que le conjoint et les enfants demeurent en France, le foyer y est resté, et le cadre parti seul en mars a de fortes chances de demeurer domicilié en France jusqu’au départ effectif de sa famille, quelle que soit sa présence physique aux États-Unis pendant cette période. Le chapitre 3 expose les critères et la jurisprudence qui les éclaire ; ce qu’il faut en retenir ici, c’est que la date de transfert du foyer n’est pas la date du premier avion, et qu’elle se documente sur des faits familiaux, pas sur des tampons de passeport.
Côté américain, chacun compte pour soi. Le substantial presence testest un test individuel : le cadre arrivé en mars et le conjoint arrivé en juillet ont deux residency starting datesdistinctes, et rien n’impose qu’elles coïncident. Il est donc parfaitement possible — et même banal — que l’un des deux époux soit résident des États-Unis pour toute une année pendant que l’autre ne l’est pour aucun jour. Les élections des § 6013(g) et § 6013(h) permettent de rétablir une imposition conjointe ; elles sont des cartouches uniques, dont l’extinction interdit définitivement toute nouvelle élection entre ces deux mêmes personnes : le § 6013(g)(6) vise « such two individuals », le § 6013(h)(2) « such 2 individuals » — c’est le couple qui perd le droit d’élire, non la personne. Le chapitre 3 les traite. Elles ne se déclenchent pas dans la précipitation d’une première déclaration.
Le croisement produit un foyer fiscal mixte du côté français, et c’est une situation que le droit interne connaît et règle. Lorsque l’un des époux ou partenaires ne remplit pas les critères de domiciliation, l’obligation fiscale du foyer porte sur « l’ensemble des revenus de l’époux ou du partenaire domicilié en France, les revenus de source française de l’autre époux ou partenaire » (BOI-IR-CHAMP-10, publié le 28/07/2016, § 90). Autrement dit : pendant les quelques mois où le conjoint reste en France, le salaire américain du conjoint parti n’entre pas dans l’assiette française, mais son éventuel revenu de source française y entre, et le foyer reste imposé conjointement, avec application du barème et du quotient familial.
Trois conséquences pratiques, et elles se traitent au calendrier. La première : si vous voulez que votre départ fiscal date de mars, il faut que le foyer parte en mars — la location du logement familial, la résiliation des inscriptions scolaires et le déménagement du mobilier sont les pièces qui l’établissent, pas votre contrat de travail. La deuxième : un décalage de quatre mois entre les deux départs peut faire tomber le conjoint sous le seuil des 183 jours américains alors que vous l’avez franchi, ce qui produit deux régimes déclaratifs différents sous le même toit pour la même année. La troisième, la plus coûteuse : pendant cette période, les opérations patrimoniales réalisées par le conjoint resté en France restent intégralement dans l’assiette française, y compris sur des actifs qui, quatre mois plus tard, en seraient sortis. Une cession de titres au nom du conjoint, en avril, est un choix de calendrier, même quand personne n’a eu conscience d’en faire un.
La trésorerie de l’année du départ, et l’année blanche qui n’en est pas une
Un dernier volet, rarement traité, et qui provoque pourtant plus d’appels que tous les autres réunis : l’année du départ est une année où l’on paie beaucoup, tard, et sans avoir pu le prévoir.
Trois causes se cumulent. D’abord, vous ne pouvez pas simuler votre impôt français : dès que l’annexe 2042-NR est servie, le service en ligne cesse de calculer, et le montant n’est connu qu’à la réception d’un avis établi manuellement, plusieurs mois après le dépôt. Ensuite, les deux systèmes appellent leurs fonds à des moments différents : la retenue américaine sur votre salaire commence dès le premier bulletin, alors que le solde français de l’année du départ n’est appelé qu’à l’automne de l’année suivante. Enfin, le prélèvement à la source français a pu être coupé trop tôt ou trop tard, ce qui décale d’autant le solde.
Deux points de trésorerie méritent d’être écrits noir sur blanc. Le premier concerne ceux qui envisagent la first-year choice : l’élection ne peut pas être déposée avant d’avoir satisfait le substantial presence testde l’année suivante, ce qui impose de proroger la déclaration jusqu’au 15 octobre, et de payer au 15 avril le montant d’impôt que vous prévoyez de devoir, calculé comme si vous étiez non-résident sur l’année entière. Un couple arrivé en octobre qui veut opter doit provisionner cette somme six mois à l’avance. Le second concerne l’exit tax : pour un départ vers les États-Unis, le sursis de paiement est automatique, il n’y a donc aucun décaissement au départ, aucune garantie à constituer et aucun représentant fiscal à désigner à ce titre. C’est la meilleure nouvelle de tout le dossier, et le chapitre 11 en expose les conditions et les pièges de suivi.
Ce qui reste, en revanche, appelle des fonds sur un compte français : le solde d’impôt sur le revenu de l’année du départ, les impositions afférentes aux biens immobiliers conservés, les prélèvements sociaux sur les revenus fonciers, et le cas échéant l’impôt sur la fortune immobilière. Aucun de ces prélèvements ne peut être réglé en ligne depuis un compte américain, pour la raison de zone SEPA exposée plus haut. Provisionnez, et provisionnez sur un compte que vous n’aurez pas fermé.
Ce qui devient irrattrapable une fois la date passée
Tout le reste se rattrape, au prix d’une réclamation, d’une régularisation ou d’un surcoût. Les huit lignes qui suivent ne se rattrapent pas. C’est la seule liste de ce chapitre qu’il faut relire avant de fixer une date.
| Ce qui se ferme | À quelle date | Ce que coûte l’oubli |
|---|---|---|
| Réaliser une opération à forte plus-value latente hors du champ américain | La veille de la residency starting date | L’opération entre dans l’assiette fédérale, au barème ordinaire ou au barème des plus-values longues, augmentée le cas échéant de la net investment income tax de 3,8 %, et de l’impôt de l’État. Sur le dossier chiffré plus haut : environ 107 000 € au lieu de 12 000 € |
| Documenter la valeur vénale de chaque actif pour le rebasement du § 877A(h)(2) | Le jour de la residency starting date | Le rebasement subsiste en droit et devient inopposable en fait. Sur un patrimoine de plusieurs millions détenu quinze ans, l’enjeu est l’intégralité de la plus-value antérieure à l’arrivée dans la seule assiette de l’exit tax du § 877A(a) : le § 877A(h)(2) ne rehausse la base pour aucun autre impôt américain |
| Vendre l’ancienne résidence principale sous l’exonération totale de l’article 244 bis A | 31 décembre de l’année suivant celle du transfert | Perte de l’exonération totale. Reste l’article 150 U, II, 2°, plafonné à 150 000 € de plus-value nette et à une résidence par contribuable |
| Déposer le Form 8840 pour invoquer la closer connection exception | La date limite de dépôt de la déclaration | Inéligibilité à l’exception et réintégration de tous les jours de présence, sauf preuve claire et convaincante de diligence |
| Déposer le Form 8833 pour une position conventionnelle | Avec la déclaration | 1 000 $ par position, au titre du § 6712 |
| Déclarer sur la 3916 les comptes américains ouverts avant le départ | La campagne suivant l’année du départ | 1 500 € par compte et par an, délai de reprise porté à dix ans sauf preuve que le total des soldes n’a excédé 50 000 € à aucun moment de l’année, et majoration de 80 % de l’article 1729-0 A sur les droits rappelés |
| Déposer les déclarations de suivi de l’exit tax | Chaque campagne, selon le cas applicable | Fin du sursis et exigibilité immédiate de l’impôt en sursis, si la situation n’est pas régularisée dans les trente jours d’une mise en demeure |
| Ne pas revenir aux États-Unis en janvier de l’année suivant une date de fin de résidence anticipée | 1er janvier de l’année suivante | La règle no lapse rend résident du 1er janvier celui qui est résident une partie de l’année précédente et une partie de l’année en cours. Trois jours passés à vider un appartement détruisent le bénéfice d’une date de fin anticipée. Voir le chapitre 3 |
Ce que nous ne tranchons pas, et la question exacte à poser
Quatre points de ce chapitre ne se règlent pas depuis la France, et il serait malhonnête de les présenter comme acquis. Chacun doit être arbitré avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis, ou avec le professionnel désigné ci-dessous, avant tout acte irréversible.
Le trou de résidence. La question, posée à un tax attorney américain : pour la période comprise entre la fin de la résidence fiscale française et la residency starting dateaméricaine, mon client peut-il se prévaloir de la qualité de résident des États-Unis au sens de l’article 4 de la convention du 31 août 1994, et peut-il obtenir un Form 6166 au titre de cette période ?Pièces à réunir : calendrier de présence jour par jour sur trois ans, I-94 et visa, justificatifs du transfert du foyer hors de France, calendrier des opérations patrimoniales avec leur date d’exécution contractuelle.
L’exonération de l’article 244 bis A appliquée à un départ vers les États-Unis.La condition de destination de cette exonération est rédigée dans les mêmes termes que celle du sursis de paiement automatique de l’exit tax, dont la notice 2074-ETD millésime 2026 indique expressément qu’elle est remplie par les États-Unis. L’analyse converge donc vers l’éligibilité, mais aucune source administrative ne l’énonce pour un départ vers les États-Unis : une demande de rescrit s’impose avant d’engager la vente sur ce seul fondement.
L’étage de l’État.La question, posée à un CPA de l’État concerné : la convention franco-américaine ne liant que l’État fédéral, quels sont les critères de résidence et de source de cet État, et quel est le coût, au niveau de l’État, des arbitrages de calendrier envisagés ? L’État accorde-t-il un crédit pour impôt étranger ?Pièces à réunir : historique de présence jour par jour dans l’État, baux et actes de propriété avec leurs dates, permis de conduire, immatriculations, inscription électorale, relevés bancaires locaux, contrat de travail et calendrier de mission. Le raisonnement se refait État par État, en partant de l’article 2 de la convention, qui limite celle-ci aux impôts fédéraux : rien de ce qui vaut pour un État ne se transpose à un autre, et surtout pas le traitement du crédit pour impôt étranger.
Le déblocage anticipé de l’épargne salariale.La question, posée au teneur de compte du plan : la rupture du contrat de travail est-elle un cas de déblocage anticipé pour ce plan précis, au regard des textes réglementaires applicables et du régime propre au plan d’épargne retraite d’entreprise collectif ?Aucune recommandation de déblocage ne s’écrit sans la liste exacte applicable au plan du client : elle varie d’un plan à l’autre, et l’enjeu — trois à cinq lignes de fonds communs de placement d’entreprise, donc trois à cinq Form 8621 par an — ne justifie pas de raisonner par analogie.
Ce que ce chapitre ne traite pas
Quatre sujets touchent l’année du départ de si près qu’on les croirait siens, et ils appartiennent à d’autres chapitres, où ils sont traités en entier plutôt qu’en résumé. Les règles de résidence elles-mêmes — substantial presence test, green card test, closer connection exception, first-year choice, dates de début et de fin, règle des dix jours, règle no lapse, année dual-status, élections des § 6013(g) et § 6013(h), départage conventionnel — sont au chapitre 3 : ce chapitre-ci les applique, il ne les expose pas. L’exit tax française de l’article 167 bis— son champ, ses deux assiettes qu’il ne faut jamais confondre, son sursis automatique pour un départ vers les États-Unis, son dégrèvement à deux ou cinq ans — est au chapitre 11 ; ce chapitre-ci n’en porte que les échéances déclaratives. Le sort américain de vos enveloppes françaises— assurance-vie, PEA, plan d’épargne retraite, et la chaîne du § 7702, de l’investor control, du régime PFIC et de l’excise tax du § 4371 — est au chapitre 13, et c’est là que se prennent les décisions que le calendrier ci-dessus se borne à situer dans le temps. Enfin, le détail des obligations déclaratives des deux administrations — FBAR, Form 8938, Form 8621, Forms 3520 et 3520-A, 3916, avec leurs seuils et leurs sanctions — est au chapitre 24.
Ce que ce chapitre-ci vous laisse, et qui ne figure dans aucun des quatre autres : la conviction qu’un dossier d’expatriation américaine se perd rarement sur une règle mal comprise, et presque toujours sur une date mal placée. L’inventaire d’abord, la date ensuite, les arbitrages en dernier. Dans cet ordre, et jamais dans un autre.
11. L’exit tax française : ce qu’elle prend, ce qu’elle exige, et ce qu’elle rend
Vous avez trois questions et elles arrivent toujours dans le même ordre. Suis-je concerné ? Combien ? Et qu’est-ce que je dois déposer avant de partir ? Ce chapitre y répond dans cet ordre, et il commence par la seule chose que presque tout le monde confond : le taux qui sert à calculer l’impôt et le taux qui sert à calculer la garantie ne s’appliquent pas à la même base. Un client qui inverse les deux se trompe d’un facteur deux et demi sur le montant qu’il croit devoir immobiliser, et il découvre trop tard qu’il a organisé sa trésorerie autour d’un chiffre qui n’existait pas.
Disons tout de suite la bonne nouvelle, parce qu’elle change la nature du dossier. Pour un transfert de domicile fiscal vers les États-Unis, le sursis de paiement est automatique : aucune garantie à constituer, aucun représentant fiscal à désigner, aucune demande à formuler. Le sujet reste lourd — il porte sur des centaines de milliers d’euros d’impôt calculé et mis en sursis — mais il ne se joue pas sur le nantissement d’un portefeuille ni sur une caution bancaire à négocier dans les quatre-vingt-dix jours précédant le départ. Il se joue sur trois choses : la date exacte du transfert, la valeur retenue au jour du fait générateur, et la discipline déclarative des cinq années suivantes. C’est cette troisième qui fait tomber les dossiers, jamais la première.
L’exit tax n’est pas une pénalité de départ. C’est un impôt sur des plus-values que vous n’avez pas encaissées, établi au moment où vous êtes encore résident de France, et dont le paiement est suspendu jusqu’à ce que vous les encaissiez — ou dégrevé si vous ne les encaissez pas assez vite pour que l’administration y voie un départ motivé par la vente. Toute la mécanique tient dans cette phrase : la France constate la richesse au moment où elle vous perd, puis attend de voir ce que vous en faites.
Deux chiffres, deux assiettes, et il ne faut jamais les confondre
Le taux d’imposition. Pour un transfert de domicile fiscal hors de France en 2026, les plus-values latentes et les créances de complément de prix entrant dans le champ de l’exit tax sont imposées à 31,4 % : 12,8 %d’impôt sur le revenu au taux forfaitaire de l’article 200 A, et 18,6 %de prélèvements sociaux depuis la LFSS 2026. Pour un départ en 2025, le total était de 30,0 % (12,8 % + 17,2 %).
Ces 31,4 % ne sont pas le total.L’assiette de l’exit tax entre dans votre revenu fiscal de référencede l’année du transfert, et elle y déclenche deux contributions que presque aucune documentation ne mentionne. La contribution exceptionnelle sur les hauts revenusde l’article 223 sexies du CGI frappe la fraction du revenu fiscal de référence comprise entre 250 000 € et 500 000 € à 3 %, et l’excédent à 4 %, pour une personne seule ; le mécanisme de lissage du II du même article peut la réduire lorsque le revenu fiscal de référence des deux années précédentes est resté sous le seuil, et cela se vérifie sur les avis d’imposition, cela ne se présume pas. La contribution différentielle sur les hauts revenusde l’article 224 du CGI assure ensuite une imposition minimale de 20 % du revenu de référence, la plus-value étant retenue pour le quartde son montant en qualité de revenu exceptionnel au sens du II de cet article — l’impôt sur le revenu et la contribution de l’article 223 sexies qui s’y rapportent l’étant également.
Et le mécanisme d’élimination de la double imposition ne les absorbe pas. L’imputation ouverte par le 5 du VIII de l’article 167 bis est limitativement énumérée : contribution sociale généralisée, contribution au remboursement de la dette sociale et prélèvement de solidarité, puis, pour le reliquat, impôt sur le revenu. Ni l’article 223 sexies ni l’article 224 n’y figurent : si la plus-value est ensuite imposée aux États-Unis, ces deux contributions restent dues en France en plus de l’impôt américain. Le dossier n° 4 du chapitre 27chiffre cet effet, et c’est lui qui décide de l’arbitrage entre céder avant le départ et céder après.
Ces 31,4 % ne sont pas le total.L’assiette de l’exit tax entre dans votre revenu fiscal de référencede l’année du transfert, et elle y déclenche deux contributions que presque aucune documentation ne mentionne. La contribution exceptionnelle sur les hauts revenusde l’article 223 sexies du CGI frappe la fraction du revenu fiscal de référence comprise entre 250 000 € et 500 000 € à 3 %, et l’excédent à 4 %, pour une personne seule ; le mécanisme de lissage du II du même article peut la réduire lorsque le revenu fiscal de référence des deux années précédentes est resté sous le seuil, et cela se vérifie sur les avis d’imposition, cela ne se présume pas. La contribution différentielle sur les hauts revenusde l’article 224 du CGI assure ensuite une imposition minimale de 20 % du revenu de référence, la plus-value étant retenue pour le quartde son montant en qualité de revenu exceptionnel au sens du II de cet article — l’impôt sur le revenu et la contribution de l’article 223 sexies qui s’y rapportent l’étant également.
Et le mécanisme d’élimination de la double imposition ne les absorbe pas. L’imputation ouverte par le 5 du VIII de l’article 167 bis est limitativement énumérée : contribution sociale généralisée, contribution au remboursement de la dette sociale et prélèvement de solidarité, puis, pour le reliquat, impôt sur le revenu. Ni l’article 223 sexies ni l’article 224 n’y figurent : si la plus-value est ensuite imposée aux États-Unis, ces deux contributions restent dues en France en plus de l’impôt américain. Le dossier n° 4 du chapitre 27chiffre cet effet, et c’est lui qui décide de l’arbitrage entre céder avant le départ et céder après.
Le taux de la garantie. Il est de 12,8 % du montant TOTAL des plus-values et créances — c’est l’alinéa relatif au montant des garanties du V de l’article 167 bis. Trois précisions capitales : la garantie est calculée sur le montant brut, sans abattement pour durée de détention dans le seul régime de droit commun à 12,8 %— pour les titres acquis ou souscrits avant le 1er janvier 2018 et en cas d’option pour le barème, la notice 2074-ETD assimile le transfert à une cession à titre onéreux et réduit de l’abattement de l’article 150-0 D la plus-value latente qui sert d’assiette à la garantie ; elle ne porte que sur l’impôt sur le revenu, pas sur les prélèvements sociaux ; et elle n’est due qu’en cas de sursis SUR OPTION.
L’erreur à ne jamais commettre : appliquer 31,4 % à l’assiette de la garantie, ou 12,8 % à l’assiette de l’imposition après abattements. Ce sont deux calculs distincts, sur deux assiettes distinctes.
Trois patrimoines, six chiffres, et l’écart que personne n’anticipe
Un tableau vaut mieux qu’une explication, parce que l’écart entre les deux colonnes est précisément ce qui se perd dans la conversation. Les trois patrimoines ci-dessous sont exprimés en plus-values latentes, pas en valeur de portefeuille : c’est le gain non réalisé qui sert d’assiette, pas la valeur des titres. Un dirigeant qui détient pour 4 millions d’euros de titres souscrits 120 000 € a une plus-value latente de 3,88 millions ; un cadre qui détient 4 millions de titres acquis 3,6 millions en a une de 400 000 €. Les deux ont le même patrimoine et pas du tout le même dossier.
| Plus-values latentes brutes | Impôt sur le revenu à 12,8 % | Prélèvements sociaux à 18,6 % | IMPÔT TOTAL (31,4 %) | GARANTIE si sursis sur option (12,8 % du brut) |
|---|---|---|---|---|
| 1 200 000 € | 153 600 € | 223 200 € | 376 800 € | 153 600 € |
| 5 000 000 € | 640 000 € | 930 000 € | 1 570 000 € | 640 000 € |
| 12 000 000 € | 1 536 000 € | 2 232 000 € | 3 768 000 € | 1 536 000 € |
Lisez la ligne du milieu, qui est celle du dossier type de notre clientèle. Sur 5 millions d’euros de plus-values latentes, l’impôt établi au titre de l’exit tax est de 1 570 000 € et la garantie, si elle était due, serait de 640 000 €. Le rapport entre les deux est de 2,45. Ce n’est pas une nuance de calcul : c’est la différence entre nantir 640 000 € d’un portefeuille et croire qu’il faut en nantir 1,57 million. Nous avons vu des clients différer un départ de neuf mois pour reconstituer une trésorerie qu’on ne leur demandait pas, et d’autres calibrer une caution bancaire sur la mauvaise base et se voir opposer un complément.
Retenez la règle sous sa forme la plus courte. L’impôt se calcule sur 31,4 % d’une assiette qui peut être réduite par un abattement pour durée de détention si — et seulement si — vous optez pour le barème. La garantie se calcule sur 12,8 % d’une assiette qui ne connaît aucun abattement au taux forfaitaire, et qui suit au contraire l’abattement de l’article 150-0 D pour les titres antérieurs à 2018 lorsque l’option pour le barème est exercée. Les deux nombres se ressemblent, ils portent le même pourcentage de 12,8 % dans leur définition, et c’est exactement pour cette raison qu’ils se confondent dans les mémoires. Écrivez-les côte à côte sur la première page de votre dossier.
Êtes-vous dans le champ ? Deux conditions cumulatives, et une exception qui n’en a qu’une
L’imposition des plus-values latentes suppose deux conditions qui doivent être réunies ensemble. La première tient à votre passé français, la seconde à la taille de votre portefeuille. Ne pas les remplir toutes les deux, c’est sortir du champ.
Première condition : avoir été fiscalement domicilié en France pendant au moins six années au cours des dix années précédant le transfert. Le calcul se fait de date à date, et non par années civiles. C’est une précision qui change des dossiers entiers : un cadre revenu en France en mars 2021 après huit ans à Londres, et qui repart en février 2027, n’aura pas six années de domiciliation française dans les dix précédentes. Il est hors du champ, quel que soit le montant de son portefeuille. Un autre, revenu en octobre 2019, les aura. Entre les deux, dix-sept mois de calendrier valent plusieurs centaines de milliers d’euros.
Seconde condition : un seuil, et il est alternatif. À la date du transfert, vous devez détenir, avec les membres de votre foyer fiscal, soit une participation directe ou indirecte d’au moins 50 % dans les bénéfices sociaux d’une société, soit un portefeuille de droits sociaux, valeurs mobilières, titres ou droits dont la valeur globale excède 800 000 €. L’une ou l’autre suffit. Et les deux ne produisent pas la même assiette : la première branche vous rend imposable sur la plus-value latente constatée sur cette participation ; la seconde, sur l’ensemble du portefeuille.
La branche des 50 % est celle qu’on sous-estime, parce que la détention indirecte s’y apprécie par produit des participations et qu’elle agrège le foyer. L’exemple est celui de la notice elle-même : si Madame X détient 45 % des droits dans les bénéfices sociaux d’une société A et que Monsieur X détient 20 % des droits dans les bénéfices sociaux d’une société B qui détient elle-même 80 % du capital de la société A, alors ils détiennent ensemble 61 %— 45 % + (20 % × 80 %) — des droits dans les bénéfices sociaux de A. Les titres de A sont dans le champ. Aucun des deux époux, pris isolément, n’approche le seuil.
Les créances de complément de prix obéissent à une règle différente, et plus dure. Les créances trouvant leur origine dans une clause de complément de prix du 2 du I de l’article 150-0 A du CGI — la clause d’earn-outd’une cession passée, par laquelle le cessionnaire s’engage à vous verser un complément indexé sur l’activité de la société cédée — sont imposables dès lors que la seule condition des six années sur dix est remplie. Aucune condition de seuil. Un dirigeant qui a vendu sa société l’an dernier, qui n’a plus de participation, dont le portefeuille est de 400 000 €, et qui conserve une clause de complément de prix valorisée à 900 000 €, est dans le champ de l’exit tax pour cette créance. Il ne l’imagine pas une seconde.
Les plus-values en report d’imposition sont un troisième étage, et le transfert y met fin par lui-même.Le départ met fin au report et rend immédiatement imposables les plus-values placées en report dont vous disposez à la date du transfert : échanges de titres antérieurs à 2000, cessions réinvesties avant 2006, apports de créance de complément de prix de l’article 150-0 B bis, apports-cessions de l’article 150-0 B ter, ainsi que les dispositifs de réinvestissement de l’ancien article 150-0 D bis, les reports de l’article 150-0 B quater sur cession de titres de fonds monétaires et ceux de l’article 150-0 B quinquies au titre du compte PME innovation. Nous verrons plus loin pourquoi ce troisième étage est, de loin, le plus dangereux des trois : il ne bénéficie pas du dégrèvement par écoulement du temps.
| Dans le champ de l’exit tax | Hors du champ |
|---|---|
| Plus-values latentes sur droits sociaux, valeurs, titres ou droits du 1 du I de l’article 150-0 A : titres de sociétés françaises ou étrangères, titres participatifs, effets publics et titres d’emprunt négociables, obligations, usufruit et nue-propriété portant sur ces titres, et titres représentatifs des mêmes valeurs — SICAV et parts de FCP notamment | Les titres détenus dans un PEA ou un PEA-PME |
| Plus-values latentes sur les parts ou actions visées à l’article 244 bis A, pour les transferts intervenus à compter du 1er janvier 2019 — c’est-à-dire les sociétés à prépondérance immobilière relevant de cet article | Les parts de sociétés à prépondérance immobilière relevant de l’article 150 UB du CGI |
| Créances trouvant leur origine dans une clause de complément de prix (2 du I de l’article 150-0 A) — sans condition de seuil | Les parts de fonds commun de créances dont la durée à l’émission est supérieure à cinq ans |
| Plus-values de cession ou d’échange placées sous un régime de report d’imposition dont le report n’a pas expiré à la date du transfert | Les moins-values latentes : elles ne sont pas concernées par le dispositif (voir ci-dessous) |
| Titres détenus dans un compte PME innovation ouvert à compter du 1er janvier 2017, dès lors que les conditions de champ sont respectées | — |
Le PEA est hors du champ, et c’est un vrai argument — côté français seulement. L’exclusion est écrite noir sur blanc dans la notice. Elle ne dit rien du sort américain de l’enveloppe, qui est traité au chapitre 13et qui est, lui, tout sauf favorable : l’exonération française du PEA n’a aucun effet aux États-Unis, et un PEA investi en OPCVM concentre le coût de conformité le plus élevé du patrimoine. Ne réglez pas votre exit tax en aggravant votre dossier américain. Ces deux arbitrages se font ensemble ou pas du tout.
L’asymétrie que personne ne vous dit : vos moins-values latentes ne comptent pas
La notice est explicite : les moins-values latentes ne sont pas concernées par le dispositif de l’exit tax.Si, lors du transfert de votre domicile fiscal hors de France, vous constatez sur l’une de vos participations une moins-value latente, celle-ci ne doit pas être incluse dans le total des plus-values latentes calculées.
Ce qui suit vaut la peine d’être écrit en toutes lettres, parce que le réflexe est exactement inverse. Cette moins-value latente n’est pas imputablesur les plus-values latentes constatées au titre d’autres participations. Elle n’est pas imputablesur d’autres plus-values réelles, ni sur les créances de complément de prix. Et elle n’est pas reportable.
Conséquence chiffrée sur un portefeuille ordinaire. Un contribuable détient deux lignes : une participation opérationnelle en plus-value latente de 2 000 000 € et un portefeuille de growthen moins-value latente de 600 000 €. Son gain économique net est de 1 400 000 €. Son assiette d’exit tax est de 2 000 000 €, et son impôt de 628 000 € au lieu des 439 600 € qu’un raisonnement en net donnerait — 188 400 € d’écart. La seule parade est de réaliser la moins-value avantle transfert, ce qui la transforme en moins-value de cession — mais l’imputation ne joue pas sur l’exit tax des plus-values latentes : au titre de l’année du transfert, la notice ne rend ces moins-values imputables que sur les plus-values brutes placées en report d’imposition, et, au titre des années de suivi, sur les plus-values réelles ultérieures.
Le fait générateur : une date, et c’est la veille
Tout se cristallise à une date, et cette date n’est ni celle du déménagement, ni celle du bail américain, ni celle du premier jour de travail. La notice la définit ainsi : « Le transfert du domicile fiscal est réputé intervenir le jour précédant celui à compter duquel vous cessez d’être soumis en France à une obligation fiscale sur l’ensemble de vos revenus. » La veille du jour où vous cessez d’être résident fiscal français. Pas le jour même.
Cette formulation renvoie donc à la détermination de la résidence fiscale française, qui est traitée au chapitre 3— critères de l’article 4 B du CGI, puis départage conventionnel de l’article 4 de la convention du 31 août 1994. Nous ne la refaisons pas ici. Retenez seulement que la date du fait générateur de l’exit tax n’est pas une date que vous choisissez en remplissant un formulaire : elle est la conséquence d’un raisonnement sur les faits, et elle doit être établie et documentée avant que vous ne valorisiez quoi que ce soit. Une valorisation faite au 31 décembre alors que le transfert est intervenu le 14 septembre est une valorisation à refaire.
Deux cas particuliers sont relevés par la notice, et l’un des deux surprend. Pour les transferts vers les collectivités d’outre-mer de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, le transfert de domicile n’intervient pas lors du transfert physique du foyer d’habitation mais au terme de la cinquième année de résidence dans ces collectivités, délai apprécié de date à date. Et si vous avez la nationalité française, le transfert de votre domicile dans la principauté de Monacone constitue pas un transfert de domicile fiscal hors de France : vous restez résident fiscal français et continuez à remplir vos obligations déclaratives en France. Ces deux points n’intéressent pas directement un départ vers les États-Unis, mais ils intéressent les trajectoires — Monaco puis New York, Saint-Barthélemy puis Miami — et ils déplacent la date du fait générateur de plusieurs années.
Comment chaque ligne se valorise, et pourquoi c’est là que se joue le montant
L’assiette n’est pas donnée par un relevé de compte. Chaque plus-value latente se détermine par différence entre la valeur des titres à la date du transfert et leur prix ou valeur d’acquisition. Les deux termes de cette soustraction demandent du travail, et le second plus que le premier.
Pour les titres cotés sur un marché réglementé ou organisé, la valeur retenue est le dernier cours connu à la date du transfert, ou la moyenne des trente derniers cours précédant le transfert. C’est une option, et sur un titre volatil elle vaut de l’argent. Sur une ligne de 1 500 000 € dont le cours a progressé de 12 % en six semaines, la moyenne des trente derniers cours peut réduire l’assiette de plusieurs dizaines de milliers d’euros — et l’impôt de 31,4 % de cet écart. Ce choix se fait ligne par ligne, à la lecture des historiques de cours ; il ne se fait pas au jugé.
Pour les titres de sociétés non cotées, vous devez estimer la valeur vénale.Le verbe est celui de la notice, et il faut en mesurer la portée : c’est vous qui portez l’évaluation, et c’est vous qui la défendrez. Une évaluation de bloc de contrôle faite sur un multiple de résultat, sans rapport écrit, sans comparables, sans décote motivée pour absence de liquidité ou pour minorité, est une évaluation qui se discute en contrôle cinq ans plus tard, quand la société a été vendue à un prix que vous ne connaissiez pas au moment du départ. Le rapport d’évaluation daté du jour du transfert est la pièce la plus rentable du dossier. Pour les autres titres — SICAV et parts de FCP notamment — vous devez également estimer la valeur à la date du transfert.
Le prix d’acquisition dépend de la nature des titres. Pour des titres fongibles acquis à des prix différents, le prix à retenir est le prix moyen pondéré. L’exemple de la notice mérite d’être suivi jusqu’au bout, parce qu’il montre l’effet d’une cession intercalaire sur le stock résiduel : acquisition en N de 100 titres A à 95 €, en N+2 de 50 titres à 110 €, cession en N+3 de 60 titres ; le prix moyen pondéré est alors de [(100 × 95) + (50 × 110)] / 150 = 100 €, et après la cession le stock est de 90 titres à ce PMP de 100 € ; une acquisition en N+8 de 500 titres à 180 € porte le PMP, au transfert de N+9, à 167,80 €. Pour des titres individualisables, on retient au contraire le prix effectivement payé, ligne par ligne.
Les frais d’acquisition majorent le prix de revient, et ils sont presque toujours oubliés.Pour les acquisitions à titre onéreux : frais de bourse et de courtage, commissions de négociation, de souscription, d’attribution et de service de règlement différé, honoraires d’experts, droits d’enregistrement, frais d’acte. Pour les acquisitions à titre gratuit : frais d’acte et de déclaration, et droits de mutation proprement dits — ce qui, sur des titres reçus par donation ou succession, représente souvent une somme considérable. La notice ouvre par ailleurs une évaluation forfaitaire égale à 2 % du prix ou de la valeur d’acquisition, réservée aux titres acquis avant le 1er janvier 1987. Sur un bloc familial détenu depuis quarante ans, ces 2 % se prennent sans justificatif.
L’option pour le barème : l’abattement que le taux forfaitaire ferme
Voici le point que la plupart des présentations manquent, et il vaut plusieurs centaines de milliers d’euros sur un dossier de dirigeant. On répète — à juste titre — qu’il ne faut jamais appliquer 12,8 % à une assiette après abattements. On en conclut — à tort — qu’aucun abattement n’existe. Ce n’est pas ce que dit la notice.
Au taux forfaitaire de 12,8 %, qui s’applique de droit, « aucun abattement proportionnel pour durée de détention, que ce soit de droit commun ou renforcé, ne peut s’appliquer sur les plus-values latentes ». Sur option globale, expresse et irrévocable pour le barème progressif — case 2OP de la déclaration 2042 —, les plus-values latentes afférentes à des parts ou actions de sociétés, ou à des droits démembrés portant sur ces parts ou actions, acquises ou souscrites avant le 1er janvier 2018, bénéficient, uniquement pour leur imposition à l’impôt sur le revenu, de l’abattement proportionnel pour durée de détention de l’article 150-0 D du CGI : abattement de droit commun du 1 ter, abattement renforcé du 1 quater.
| Abattement | Titres concernés | Durée de détention à la date du transfert | Taux |
|---|---|---|---|
| Droit commun | Actions, parts de sociétés et droits démembrés portant sur elles, acquis ou souscrits avant le 1er janvier 2018 — ainsi que les parts ou actions d’OPC dont l’actif est constitué pour plus de 75 % de parts ou actions de sociétés | Au moins 2 ans et moins de 8 ans | 50 % |
| Droit commun | Idem | Au moins 8 ans | 65 % |
| Renforcé | Titres de sociétés satisfaisant six conditions cumulatives : créée depuis moins de 10 ans à la souscription et non issue d’une restructuration d’activités préexistantes, PME de moins de 250 personnes avec 50 M€ de chiffre d’affaires ou 43 M€ de total de bilan, aucune garantie en capital aux associés, passible de l’impôt sur les bénéfices, siège dans l’UE ou l’EEE sous convention d’assistance, activité opérationnelle | Au moins 1 an et moins de 4 ans | 50 % |
| Renforcé | Idem | Au moins 4 ans et moins de 8 ans | 65 % |
| Renforcé | Idem | Au moins 8 ans | 85 % |
| Aucun | Titres acquis ou souscrits à compter du 1er janvier 2018 | Quelle qu’elle soit | 0 % |
Trois précisions qui commandent l’arbitrage. D’abord, une même plus-value latente peut être réduite, pour des fractions distinctes, des deux types d’abattement — c’est le cas des titres d’une même PME acquis pour partie dans les dix ans suivant la création de la société et pour partie au-delà. Ensuite, lorsque les titres sont entrés dans votre patrimoine à la suite d’un échange relevant du sursis d’imposition de l’article 150-0 B, la durée de détention se calcule à partir de la date d’acquisition des titres remis à l’échange : l’antériorité n’est pas perdue. Enfin, et c’est le piège de rédaction : pour les lignes d’abattement, « les calculs s’effectuent colonne par colonne afin de respecter les durées de détention ». On ne prend pas un abattement moyen sur une ligne fongible : on répartit les titres par tranche de durée, puis la plus-value au prorata.
Reste la question qui compte : l’option est-elle rentable ? Elle se tranche par une comparaison, et cette comparaison a un point mort exact.
Le point mort de l’option pour le barème
AU TAUX FORFAITAIRE (de droit)
IR = 12,8 % x plus-value latente BRUTE
PS = 18,6 % x plus-value latente BRUTE
Aucun abattement pour durée de détention
SUR OPTION POUR LE BARÈME (case 2OP)
IR = barème progressif appliqué à
(plus-value latente BRUTE x (1 - taux d’abattement))
PS = 18,6 % x plus-value latente BRUTE <-- INCHANGÉ
LE POINT MORT
L’option est favorable si et seulement si le taux moyen
d’imposition que le barème fait ressortir sur l’assiette
ABATTUE reste inférieur à :
12,8 % / (1 - taux d’abattement)
Abattement de 50 % ......... point mort à 25,6 %
Abattement de 65 % ......... point mort à 36,6 %
Abattement de 85 % ......... point mort à 85,3 %
MAIS L’OPTION EST GLOBALE
Elle porte sur l’ENSEMBLE des revenus de capitaux
mobiliers, gains nets, profits et créances réalisés par
TOUS les membres du foyer au titre de l’année du
transfert. Le point mort doit donc être calculé sur
l’année entière, jamais sur la seule exit tax.Le point mort se lit ainsi : avec un abattement de 65 %, il faut que le barème progressif taxe l’assiette abattue à moins de 36,6 % en moyenne pour que l’option batte le taux forfaitaire. Avec un abattement de 85 %, le point mort dépasse 85 % : l’option est pratiquement toujours gagnante sur la seule exit tax — son coût sur les autres revenus de l’année du transfert reste, lui, à calculer à part.
Un exemple pour ancrer le raisonnement. Une dirigeante a souscrit les titres de sa société en 2004 et transfère son domicile fiscal à Boston en 2026 ; la plus-value latente sur ce bloc est de 3 280 000 €, et la durée de détention dépasse huit ans. Au taux forfaitaire, son impôt sur le revenu est de 12,8 % × 3 280 000 € = 419 840 €. Sur option pour le barème avec l’abattement de droit commun de 65 %, l’assiette d’impôt sur le revenu tombe à 1 148 000 €. L’option est gagnante si l’impôt supplémentaire que le barème fait naître sur cette assiette abattue reste inférieur à 419 840 €. Dans les deux cas, les prélèvements sociaux restent de 18,6 % × 3 280 000 € = 610 080 € : l’abattement ne les touche pas, et aucun calcul ne doit laisser croire l’inverse.
Deux réserves ferment le sujet. La première : l’option étant globale, elle soumet au barème tous les dividendes, intérêts et plus-values réalisées de l’année du transfert par l’ensemble du foyer. Sur une année de départ, qui est très souvent une année de cession de résidence principale, de rachat d’épargne et de prime de départ, ce périmètre n’est pas neutre. La seconde : quelle que soit la modalité d’imposition retenue, les plus-values placées en report d’imposition en application de l’article 150-0 B ter restent, lors de l’expiration du report, imposées à un taux d’imposition historique. Le report ne suit pas l’option.
Le taux d’imposition moyen, quand l’option pour le barème est exercée
IREXIT
Taux d’imposition = ─────────────────────────────────────────
moyen Somme des plus-values et créances
imposées au barème de l’impôt sur
le revenu
IREXIT = impôt sur le revenu résultant du barème appliqué
à (revenus de source française et étrangère
+ plus-values et créances d’exit tax)
MOINS
impôt sur le revenu résultant du barème appliqué
aux SEULS revenus de source française et étrangère
Le barème applicable est celui en vigueur au titre de
l’année du transfert du domicile fiscal.C’est la formule de la notice. Elle produit un taux moyen propre au dossier, dont dépend ensuite le calcul de l’impôt à dégrever ou à restituer lors de chaque événement de suivi. Le conserver par écrit avec la déclaration 2074-ETD évite d’avoir à le reconstituer cinq ans plus tard.
L’abattement fixe de 500 000 € du dirigeant partant à la retraite — et il fonctionne aussi au taux forfaitaire
Il existe un second abattement, d’une nature entièrement différente, et il est presque toujours absent des présentations de l’exit tax. Les plus-values latentes constatées sur les titres de PME détenus par un dirigeant partant à la retraite ouvrent droit, dans les conditions de l’article 150-0 D ter du CGI, à un abattement fixe de 500 000 € — porté à 600 000 € par la loi de finances pour 2025 lorsque la cession, réalisée à compter du 1er janvier 2025, intervient directement ou indirectement au profit d’un jeune agriculteur.
Sa particularité décisive : cet abattement fixe « est applicable quelles que soient les modalités d’imposition des plus-values (12,8 % ou barème progressif) ». Il ne suppose donc pas de renoncer au taux forfaitaire, contrairement à l’abattement proportionnel. En revanche, les deux abattements ne sont pas cumulables : pour des titres acquis avant le 1er janvier 2018, un choix doit être opéré.
Les conditions, et elles sont exigeantes. Vous devez avoir fait valoir vos droits à la retraite avantle transfert de votre domicile fiscal hors de France — la date retenue étant celle d’entrée en jouissance des droits acquis dans le régime obligatoire de base auquel vous étiez affilié. Vous ne devez plus exercer, à la date du transfert, de fonction salariée ou de direction dans la société. Vous devez avoir exercé personnellement, de manière effective et continue pendant les cinq années précédant le transfert, une fonction de direction dont la rémunération a représenté plus de la moitié de vos revenus professionnels. Vous devez avoir détenu, de manière continue pendant ces cinq années, au moins 25 % des droits de vote ou des droits dans les bénéfices sociaux, directement, par personne interposée ou par votre groupe familial. Et vous avez l’obligation de céder, dans les deux années qui suivent votre départ à la retraite, l’intégralité des titres ou plus de 50 % des droits de vote.
C’est cette dernière condition qui rend le montage difficile à combiner avec le sursis.Une cession dans les deux ans du départ à la retraite est un événement qui met fin au sursis de paiement et rend l’impôt exigible. Le gain de l’abattement fixe se paie donc, le plus souvent, par la perte du dégrèvement à deux ou cinq ans. L’arbitrage est chiffrable, il n’est jamais évident, et il ne se fait pas sans les conditions tenant à la société, qui figurent au BOFiP de la série RPPM-PVBMI-20-40 et qui doivent être vérifiées une à une.
Le chiffrage de l’exit tax se fait avant la date du transfert, pas après
Nous produisons, ligne par ligne, l’assiette de l’article 167 bis à la date exacte du fait générateur : valorisation de chaque participation, prix moyen pondéré reconstitué, frais d’acquisition, durée de détention par tranche, et comparaison chiffrée entre le taux forfaitaire et l’option pour le barème sur l’année entière. Les points relevant du droit américain sont instruits avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis.
Le sursis de paiement : pour les États-Unis, il est automatique
L’article 167 bis prévoit un sursis de paiement qui suspend l’exigibilité de l’imposition jusqu’à la réalisation d’un événement entraînant son expiration. Ce sursis est applicable automatiquement ou sur demande expresse, et sa nature dépend du pays de destination — initialement, ou après un premier départ. C’est la ligne de partage la plus importante du dispositif : elle sépare un dossier qui se règle par une déclaration papier déposée l’année suivante d’un dossier qui suppose un représentant fiscal, une négociation de garanties et un dépôt quatre-vingt-dix jours avant le départ.
La règle, telle que nous l’écrivons dans tous nos dossiers
Pour un départ vers les États-Unis, le sursis de paiement est AUTOMATIQUE.Les États-Unis figurent nommément dans la liste des États ayant conclu avec la France une convention d’assistance administrative etune convention d’assistance mutuelle en matière de recouvrement, et n’étant pas non coopératifs au sens de l’article 238-0 A du CGI. Conséquences : aucune garantie à constituer, aucun représentant fiscal à désigner, aucune demande expresse à formuler.
Cette lecture est celle de l’administration, et elle est contestée.La cour administrative d’appel de Paris, le 10 novembre 2022 (n° 21PA01182), a jugé que la clause d’assistance au recouvrement de la convention franco-américaine n’a pas « une portée similaire à celle de la directive 2010/24/UE », son article 28 § 5 écartant l’assistance à l’égard des nationaux de l’État requis. Tant que le point n’est pas tranché, un départ vers les États-Unis se prépare en envisageant les deux régimes : celui du sursis de plein droit, que la notice admet, et celui du sursis sur demande avec garantie, que cette jurisprudence rendrait applicable. La différence ne porte pas sur le montant de l’impôt, mais sur la trésorerie à immobiliser au départ.
La déclaration 2074-ETD se dépose l’année qui suitcelle du transfert, au service des impôts dont dépendait votre domicile avant le départ, en même temps que les déclarations 2042 et 2042 C.
Deux mots sur la mécanique de cette liste, parce qu’elle demande une vérification et une seule. Le texte du cas n° 1 vise le transfert vers un État membre de l’Union européenne « ou dans un autre État ou territoire ayant conclu avec la France une convention d’assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l’évasion fiscales ainsi qu’une convention d’assistance mutuelle en matière de recouvrement » d’une portée similaire à celle de la directive 2010/24/UE du 16 mars 2010, cet État n’étant pas non coopératif. L’administration en publie l’énumération dans la notice de chaque millésime. Celle du millésime 2026, qui vaut pour les transferts intervenus à compter du 1er janvier 2025, y fait figurer les États-Unisaux côtés du Royaume-Uni, du Japon, de la Corée du Sud, de l’Inde, du Mexique, de la Norvège, de Monaco et d’une soixantaine d’autres. La notice servant les transferts de 2026 paraîtra avec la campagne déclarative de 2027 : c’est elle qu’il faudra ouvrir le moment venu, et c’est la seule vérification que ce point appelle.
Sursis automatique — destination États-Unis
Le régime que vous connaîtrez. Il ne se demande pas, il s’applique. Ce qui reste à votre charge est déclaratif, et il l’est intégralement.
Sursis sur option — destination hors liste
Le régime auquel vous basculeriez si votre destination changeait, ou si vous quittiez plus tard les États-Unis pour un État qui n’est pas sur la liste.
Les garanties recevables, et ce qu’elles immobilisent réellement
Ce paragraphe ne concerne pas un départ vers les États-Unis. Il concerne les trajectoires, et elles sont fréquentes : New York puis Dubaï, San Francisco puis Singapour, Miami puis les Bahamas. Le jour où vous quittez un État de la liste pour un État qui n’y figure pas, le sursis automatique tombe, l’impôt devient exigible, et la seule façon de le remettre en sursis est de demander le sursis sur option — donc de constituer des garanties, cette fois pour de bon, sur un impôt établi cinq ans plus tôt. Autant savoir dès le départ ce que cela recouvre.
La doctrine administrative renvoie, pour la constitution des garanties de l’exit tax, aux règles du troisième alinéa de l’article R* 277-1 du livre des procédures fiscales et aux articles R* 277-2, R. 277-4 et R. 277-6 du même livre. Le BOI-RPPM-PVBMI-50-10-30, publié le 26/03/2013, en donne l’énumération : « versement en espèces effectué à un compte d’attente au Trésor, par des créances sur le Trésor, par la présentation d’une caution, par des valeurs mobilières, des marchandises déposées dans les magasins agréés par l’État et faisant l’objet de warrant endossé à l’ordre du Trésor, par des affectations hypothécaires ou par des nantissements de fonds de commerce ». Le même bulletin précise que cette énumération n’est pas exhaustive. Ce bulletin datant de 2013, ses éléments de procédure doivent être lus à la lumière de la notice du millésime en cours : le délai de dépôt de la déclaration, en particulier, est aujourd’hui de quatre-vingt-dix jours avant le transfert, et non des trente jours que porte encore ce texte.
Deux règles de procédure valent d’être connues avant de négocier quoi que ce soit. Le contribuable dispose d’un délai de quinze joursà compter de la réception de l’invitation du comptable pour déclarer les garanties qu’il s’engage à constituer ; il peut aussi, sans attendre cette invitation, proposer spontanément des garanties. Et si le comptable estime ne pas pouvoir accepter les garanties offertes, il doit notifier sa décision par lettre recommandée avec accusé de réception dans un délai de quarante-cinq jours à compter du dépôt de l’offre : son silence vaut acceptation. Le contribuable peut par ailleurs être autorisé, à tout moment, à remplacer la garantie constituée par une autre d’une valeur au moins égale.
Sur le coût réel, nous ne publions aucun montant — les tarifs de caution, les frais d’inscription et les commissions se négocient dossier par dossier et un chiffre écrit ici serait faux pour le vôtre. Nous publions en revanche les facteurs de coût, parce qu’ils décident de l’arbitrage bien plus que le tarif affiché. Une caution est rémunérée par une commission annuelle, proportionnelle au montant garanti, et elle est presque toujours elle-même contre-garantie par un nantissement d’actifs : vous payez la commission etvous immobilisez le sous-jacent. Un nantissement de compte-titres restreint la gestion du portefeuille nanti pendant toute la durée du sursis — c’est-à-dire potentiellement cinq ans — au moment précis où votre allocation devrait être révisée pour tenir compte du régime PFIC américain. Une affectation hypothécaire emporte des frais d’inscription, puis des frais de mainlevée à la sortie, et elle grève un bien dont vous pourriez avoir besoin comme apport dans une acquisition américaine. Un versement en espèces à un compte d’attente au Trésor, enfin, est la solution la plus simple et la plus coûteuse en rendement d’opportunité : 640 000 € immobilisés cinq ans, ce sont 640 000 € qui ne travaillent pas. Demandez un devis nominatif écrit avant d’arbitrer, et faites-le chiffrer sur cinq ans, pas sur un an.
Une dernière mécanique, qui prend beaucoup de dossiers à revers. L’option pour le barème peut déclencher un complément de garantie.La notice est explicite : « Si, à la suite de l’établissement du montant de l’impôt sur le revenu résultant de l’application, sur option, du barème progressif, le montant d’impôt sur le revenu est supérieur aux garanties constituées à hauteur de 12,8 %, vous êtes tenu de constituer, dans le mois suivant la réception de l’avis d’imposition émis au titre de l’exit tax, un complément de garantie. » Un mois. Sur un dossier où la garantie initiale portait sur 640 000 € et où le barème fait ressortir 900 000 € d’impôt sur le revenu, il faut trouver 260 000 € de garantie supplémentaire en trente jours, depuis l’étranger. Et pour les plus-values placées en report au titre de l’article 150-0 B ter, le montant des garanties est déterminé par application du taux historique, non des 12,8 %.
Le dégrèvement : deux ans, cinq ans, et les quinze ans qui n’existent plus
C’est la partie du dispositif qui rend l’exit tax supportable, et c’est aussi celle sur laquelle circule le chiffre le plus faux du sujet.
Le dégrèvement, tel qu’il est en vigueur
L’imposition afférente aux plus-values latentes est dégrevée à l’expiration d’un délai de deux ans si la valeur globale des titres et droits est inférieure à 2 570 000 € à la date du transfert, ou de cinq ans si elle excède ce montant — à condition d’avoir conservé les titres dans votre patrimoine à l’expiration de ce délai. Le délai de quinze ans est abrogé et n’existe plus.Un amendement de rétablissement a été adopté en séance à l’Assemblée nationale le 3 novembre 2025, puis est tombé le 21 novembre 2025 avec le rejet de la première partie du projet de loi de finances, avant toute navette : il n’a jamais été soumis au Sénat ni figuré dans un texte définitif.
Il faut être précis sur le récit de cet amendement, parce que trois versions fausses circulent en parallèle et qu’aucune n’est anodine pour un client qui construit un calendrier de cession à dix ans. Il n’a pasété « rejeté en commission mixte paritaire » : aucune commission mixte paritaire n’a eu à en connaître. Il n’a pasété « abandonné en navette » : il n’y a pas eu de navette. Il n’a pasdonné lieu à un « compromis à huit ans ». Il a été adopté en séance le 3 novembre 2025, puis il est tombé le 21 novembre 2025 avec la première partie du projet de loi de finances qui le portait, avant que le Sénat n’en soit saisi. Le droit applicable est resté celui de deux ans et cinq ans, et c’est celui que reproduit la notice du millésime en cours.
Le seuil de 2 570 000 € s’apprécie sur la valeur globale des titres et droits à la date du transfert, non sur la plus-value. C’est une distinction de première importance et elle joue souvent contre l’intuition. Un cadre qui part avec 3 100 000 € de titres acquis 2 700 000 € a 400 000 € de plus-value latente et relève du délai de cinq ans. Un dirigeant qui part avec 2 400 000 € de titres souscrits 40 000 € a 2 360 000 € de plus-value latente et relève du délai de deux ans. Le second a six fois plus d’impôt en sursis et l’obtient dégrevé deux fois et demie plus vite.
La condition de conservation appelle une lecture attentive.Pour bénéficier du dégrèvement, vous devez avoir conservé dans votre patrimoine, à l’expiration du délai, les titres pour lesquels une plus-value latente avait été calculée. Deux opérations ne rompent pas la chaîne : si vous avez échangévos titres après votre départ dans les conditions de l’article 150-0 B du CGI, ou si vous les avez apportésà une société dans les conditions de l’article 150-0 B ter, il vous suffit d’avoir conservé les titres reçuslors de l’échange ou de l’apport à l’issue du délai. Une fusion subie, une offre publique d’échange, un apport à une holding personnelle ne détruisent donc pas mécaniquement le bénéfice du dégrèvement. Une vente, si.
Et voici le point qu’il faut absolument avoir en tête : le dégrèvement par écoulement du temps ne vise que les plus-values LATENTES.La notice le dit dans la même phrase que les délais — « pour l’imposition (impôt sur le revenu et prélèvements sociaux) afférente aux plus-values latentes ». Les plus-values en report d’imposition et les créances de complément de prixn’en bénéficient pas. Elles restent en sursis jusqu’à leur propre événement — expiration du report, perception du complément, décès, donation, retour en France. C’est la raison pour laquelle un apport-cession réalisé juste avant un départ est l’une des opérations les plus contre-productives du dossier : elle transforme une plus-value latente, dégrevable en deux ou cinq ans, en une plus-value en report qui, elle, ne se dégrèvera jamais par le seul écoulement du temps.
| Événement | Ce qui est dégrevé ou restitué | Condition propre pour un résident des États-Unis |
|---|---|---|
| Expiration du délai de 2 ans (valeur globale des titres et droits inférieure à 2 570 000 € au transfert) ou de 5 ans (au-delà) | L’imposition — impôt sur le revenu ET prélèvements sociaux — afférente aux plus-values latentes | Avoir conservé les titres, ou les titres reçus en échange (150-0 B) ou en apport (150-0 B ter) |
| Donation des titres | L’impôt afférent aux plus-values latentes | Ouverte SANS condition supplémentaire : les États-Unis figurent dans la liste du cas n° 1. Un donateur domicilié hors de cette liste doit démontrer que la donation n’a pas pour motif principal d’éluder l’impôt |
| Rétablissement du domicile fiscal en France | L’imposition afférente aux créances et aux plus-values | Détenir encore les titres ou créances concernés à la date du retour |
| Décès du contribuable | L’impôt afférent aux plus-values latentes, aux créances de complément de prix et à certaines plus-values antérieurement en report | Aucune |
| Imposition effective de la plus-value de cession selon l’article 244 bis A ou l’article 244 bis B du CGI | L’imposition afférente à cette plus-value latente ; toutefois, lorsque l’imposition effective est celle de l’article 244 bis B, SEUL l’impôt sur le revenu est dégrevé ou restitué et les prélèvements sociaux restent dus | S’apprécie au regard de la convention internationale le cas échéant applicable |
| Expiration d’un délai de 5 ans à compter du réinvestissement | L’impôt sur le revenu afférent à la plus-value placée en report en vertu de l’ancien article 150-0 D bis | Aucune |
| Transfert du domicile vers un État membre de l’Union européenne, ou vers un autre État partie à l’accord sur l’EEE ayant conclu avec la France les deux conventions et n’étant pas non coopératif au sens de l’article 238-0 A du CGI, alors que vous ne bénéficiez pas du sursis | L’imposition acquittée | Situation d’un retour d’Amérique vers l’Europe après un passage hors liste |
| Réalisation d’une plus-value réelle INFÉRIEURE à la plus-value latente déclarée, ou d’une moins-value | Dégrèvement ou restitution PARTIELS lorsque la plus-value réelle est inférieure à la plus-value latente déclarée ; dégrèvement ou restitution TOTAUX, pour les titres concernés, en cas de moins-value (art. 167 bis, VIII, 2) | Même mécanique pour un complément de prix perçu d’un montant inférieur à la créance déclarée |
Ce qui fait tomber le sursis : dix événements, et le onzième qui n’est pas dans la liste
L’imposition devient exigible lors de la survenance de l’un des événements suivants. La liste est celle de la notice, et elle mérite d’être lue en entier une fois, parce que la moitié de ses items n’est pas une vente.
Un : la cession des titres, c’est-à-dire la transmission à titre onéreux — vente, apport, échange —, à l’exception de deux opérations réalisées alors que vous êtes déjà domicilié à l’étranger : les échanges répondant aux conditions de l’article 150-0 B et les apports de titres répondant aux conditions de l’article 150-0 B ter. Dans ces deux situations, le sursis expire non pas à l’opération, mais lors de la survenance des mêmes événements que ceux qui entraînent l’expiration du sursis ou du report d’imposition correspondant. Deux : le rachat par la société de ses propres titres. Trois : l’annulation des titres. Quatre : le remboursement des obligations et titres assimilés.
Cinq : la donation des titres— mais uniquement pour l’impôt afférent à la plus-value latente lorsque, à la date de la donation, vous êtes domicilié dans un État autre que ceux de la liste du cas n° 1, sauf à démontrer l’absence d’un but principalement fiscal. Un résident des États-Unis n’est pas dans ce cas : pour lui, la donation est un événement de dégrèvement, pas d’exigibilité. La donation reste en revanche un événement d’exigibilité pour certaines plus-values antérieurement placées en report. Six : le décès du contribuable, pour l’impôt afférent à certaines plus-values antérieurement en report — le décès étant, pour les plus-values latentes, une cause de dégrèvement.
Sept : la perception d’un complément de prix, ou l’apport ou la cession à titre onéreux de la créance issue d’une clause de complément de prix ; la donation d’une telle créance entraîne l’exigibilité lorsque vous êtes domicilié hors de la liste du cas n° 1, sauf démonstration de l’absence de but principalement fiscal. Huit : la transmission, le rachat ou l’annulation, avant l’expiration du délai de cinq ans suivant le réinvestissement, des titres reçus en contrepartie du réinvestissement, pour l’impôt afférent aux plus-values placées en report en vertu de l’ancien article 150-0 D bis. Neuf : le nouveau transfert de votre domicile fiscal, si le pays où vous étiez domicilié vous permettait de bénéficier du sursis automatique et que celui vers lequel vous partez ne le permet pas. Dix : le retrait de liquidités ou de titres du compte PME innovation, pour les plus-values réalisées et constatées dans ce compte à la date du transfert.
Le onzième événement, et c’est le piège le plus fréquent
Il ne figure pas dans la liste des événements, parce que ce n’en est pas un : c’est un manquement. La notice l’écrit deux fois, sous forme d’avertissement encadré.
« Le défaut de dépôt des déclarations n° 2074-ETS3/ETSL, n° 2042 et n° 2042 C entraîne la fin du sursis de paiement et l’exigibilité immédiate de l’impôt en sursissi vous n’avez pas régularisé votre situation dans les trente jourssuivant la notification d’une mise en demeure. » Et pour les événements de dégrèvement : « le défaut de dépôt des déclarations n° 2074-ETS3, n° 2042 et n° 2042 C suite à la réalisation d’un événement entraînant le dégrèvement ou la restitution de l’impôt implique l’exigibilité immédiate de l’impôt en sursis de paiement si vous ne régularisez pas votre situation dans les trente jours suivant la notification d’une mise en demeure. »
Notez la seconde phrase : ne pas déclarer un événement qui vous est FAVORABLE peut rendre exigible l’impôt qui aurait dû être dégrevé.C’est arithmétiquement absurde et parfaitement conforme au texte. Notez aussi que les déclarations de suivi doivent être accompagnées des 2042 et 2042 C, « que vous disposiez encore ou non de revenus de source française ». Un contribuable installé à Austin, sans le moindre revenu français, doit déposer une déclaration française vide pour préserver un sursis de 1,5 million d’euros. Personne ne le lui rappellera.
Les obligations déclaratives, et la sanction qui n’est pas une amende
Le dispositif s’articule autour de deux déclarations. La 2074-ETD se souscrit au titre du transfert et porte les plus-values latentes, les créances de complément de prix et les plus-values en report détenues à la date du transfert. La 2074-ETS, déclinée en plusieurs versions selon la date du départ, assure le suivi des impositions : pour un transfert intervenu depuis le 1er janvier 2014, c’est la 2074-ETS3, et sa variante allégée 2074-ETSLlorsqu’aucun événement n’est intervenu dans l’année.
| Déclaration | Quand | Où | Avec quoi |
|---|---|---|---|
| 2074-ETD — sursis automatique (cas des États-Unis) | L’année qui suit celle du transfert, dans les mêmes délais que la déclaration de revenus | Au service des impôts dont dépendait votre domicile en France avant le transfert | En même temps que la 2042 et la 2042 C |
| 2074-ETD — sursis sur option | DEUX dépôts : au plus tard 90 jours AVANT le transfert, puis l’année suivante | Premier dépôt au service des impôts des particuliers non-résidents ; second dépôt au service dont dépendait le domicile antérieur | Premier dépôt : avec la proposition de garantie, SANS les 2042 et 2042 C. Second dépôt : avec la mention « deuxième dépôt dans le cas du sursis sur option » portée distinctement et lisiblement en haut de la déclaration, et avec les 2042 et 2042 C |
| 2074-ETS3 — cas 1 : uniquement des plus-values latentes | UNIQUEMENT l’année suivant celle où survient un événement mettant fin au sursis ou entraînant un dégrèvement | Selon la situation | Avec les 2042 et 2042 C, et tous les justificatifs de l’événement |
| 2074-ETS3 — cas 2 : uniquement des créances et/ou des plus-values en report | CHAQUE ANNÉE suivant celle du transfert, qu’un événement soit intervenu ou non | Selon la situation | Avec les 2042 et 2042 C. Une 2074-ETSL peut remplacer la 2074-ETS3 si aucun événement n’est intervenu |
| 2074-ETS3 — cas 3 : les deux à la fois | CHAQUE ANNÉE, pour l’ensemble | Selon la situation | Idem cas 2 |
| Information sur papier libre | Dans les DEUX MOIS suivant tout nouveau transfert de domicile fiscal postérieur au départ de France | Au service des impôts des particuliers non-résidents | En indiquant l’ancienne et la nouvelle adresse ; à rappeler ensuite sur la première page de la 2074-ETS3 |
Deux détails matériels valent plus que leur apparence. Le premier : « la déclaration n° 2074-ETD n’existe qu’en format papier et ne peut donc pas faire l’objet d’une déclaration en ligne ». Vous allez donc envoyer, depuis les États-Unis ou depuis la France selon le calendrier, un document papier qui fixe une assiette de plusieurs millions d’euros, et dont vous n’aurez aucune trace numérique si vous ne la fabriquez pas vous-même. Le second : la notice donne un conseil qui n’en est pas un — photocopiez la 2074-ETD et conservez-la. Elle est « indispensable pour effectuer le suivi ultérieur de votre imposition ». Cinq ans plus tard, quand il faudra reconstituer le prix moyen pondéré d’une ligne fongible pour justifier un dégrèvement, c’est cette copie qui fera foi dans votre dossier — pas votre mémoire, et pas nécessairement l’archive du service.
Quant à la sanction, il faut la nommer pour ce qu’elle est. Ce n’est pas une amende, c’est la déchéance du sursis.La notice 2074-ETD-NOT n° 51602#15, consultée le 29/07/2026, mentionne comme sanction du défaut de déclaration de suivi la fin du sursis et l’exigibilité immédiate de l’impôt, sans viser d’amende autonome. L’article 1770 decies du CGI, que l’on rencontre parfois cité à ce propos, ne concerne pas l’exit tax : il sanctionne les manquements aux obligations du II de l’article 1586 octies, à raison de 200 € par salarié concerné et 100 000 € au plus, et son abrogation par l’article 55 de la loi n° 2022-1726 du 30 décembre 2022 prend effet au 1er janvier 2030. Retenez donc l’ordre de grandeur réel : le prix d’un formulaire oublié n’est pas de quelques centaines d’euros, il est de la totalité de l’impôt en sursis. Sur le patrimoine médian de notre tableau, 1 570 000 €.
Ce que l’exit tax française ne fait pas : elle ne vous donne aucune base américaine
Vient le moment le plus désagréable du chapitre, et il faut le dire sans détour. Vous avez payé — ou mis en sursis, ou obtenu le dégrèvement — un impôt français calculé sur une plus-value latente. Cette opération n’ouvre, en droit américain, aucune réévaluation établie de votre prix de revient— le point n’est pas tranché, et l’hypothèse de travail prudente est donc la moins favorable, celle que nous retenons ici. Le jour où vous cédez les titres depuis les États-Unis, la base fiscale américaine reste votre prix de revient historique, converti en dollars aux taux d’acquisition, et les États-Unis imposent la plus-value totale— y compris la fraction déjà constatée par la France au titre de l’article 167 bis, et y compris celle qui vous a été dégrevée.
Le mécanisme du § 877A(h)(2) de l’Internal Revenue Code, qui répute les biens détenus à la date d’entrée en résidence avoir une base au moins égale à leur valeur vénale à cette date, est un mécanisme américain, réservé au calcul de l’exit tax américaine du § 877A à la sortie : le chapitre 9 et le chapitre 32le traitent. Il ne réévalue pas votre base pour l’impôt sur le revenu courant, et il s’applique de plein droit — sauf option irrévocable pour l’écarter — mais il reste inexploitable sans preuve : il suppose que vous ayez documenté la valeur vénale de chaque actif à la date exacte de votre residency starting date. Faites cette photographie dans les semaines de l’installation — c’est le même jeu de valorisations que celui de la 2074-ETD, à quelques jours près, et vous n’aurez jamais d’occasion moins coûteuse de le produire.
Le point que nous ne tranchons pas, et la question exacte à poser
L’articulation entre l’imposition établie au titre de l’article 167 bis lors du transfert et l’imposition américaine de la plus-value ultérieure n’est pas réglée par le texte conventionnel. L’article 13 § 6 de la convention du 31 août 1994 attribue aux États-Unis l’imposition exclusive des plus-values de cession de titres réalisées par un résident des États-Unis ; l’exit tax, elle, frappe une plus-value latente, au moment du transfert, alors que vous êtes encore résident de France. Ni le même fait générateur, ni le même moment, ni le même État imposant.
Ce point doit être arbitré avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis avant tout acte irréversible— et « acte irréversible » veut dire ici : avant la signature de la cession, pas après. La question à leur poser, dans ces termes : l’impôt français établi au titre de l’article 167 bis du CGI lors du transfert du domicile, qu’il ait été acquitté ou mis en sursis, ouvre-t-il un crédit d’impôt étranger imputable aux États-Unis lors de la cession ultérieure des mêmes titres, au regard de l’article 24 § 2 a) i) de la convention et des règles de source du chapitre 1 de l’Internal Revenue Code, et une réévaluation de base est-elle susceptible d’être revendiquée sur un quelconque fondement ?
Pièces à réunir avant de poser la question : la 2074-ETD de l’année du départ et toutes ses annexes ; l’avis d’imposition émis au titre de l’exit tax ; l’état de suivi de chaque exercice depuis ; le rapport d’évaluation des titres à la date du transfert ; la table de capitalisation ; la preuve du prix de revient historique en euros et sa conversion en dollars aux taux d’acquisition ; le projet d’acte de cession. Sans l’avis d’imposition, la question ne peut pas être instruite.
Le sursis se perd par oubli, jamais par décision
Sur les dossiers d’exit tax que nous reprenons, la difficulté n’est presque jamais le calcul : c’est le suivi. Nous mettons en place le calendrier des déclarations 2074-ETS3 ou 2074-ETSL, l’archivage de la 2074-ETD et de l’avis d’imposition, et l’alerte sur les événements qui font tomber le sursis — y compris ceux, comme un simple changement de pays de résidence, que personne ne rattache spontanément à la fiscalité française.
Sept anticipations légitimes, ce qu’elles coûtent et ce qui les fait échouer
Ce qui suit relève de l’organisation du calendrier et de l’usage des options que le texte lui-même ouvre. Aucune de ces sept lignes n’est un montage ; toutes ont un coût, et toutes ont une manière de rater. Nous donnons les deux à chaque fois, parce qu’une stratégie présentée sans son mode d’échec n’est pas un conseil.
1. Faire tomber la condition d’antériorité — six ans sur dix, de date à date
C’est la seule anticipation qui sort intégralement du champ, et elle ne concerne qu’une population précise : celle des retoursen France. Un cadre qui rentre d’un poste à l’étranger, passe quatre ans en France et repart, n’a pas six années de domiciliation française dans les dix précédentes. Il est hors champ, quels que soient son portefeuille et sa participation. Ce qu’elle coûte : rien, si le calendrier professionnel s’y prête ; tout, s’il faut différer un départ de dix-huit mois pour l’obtenir, car pendant ce temps la plus-value latente continue de croître et l’écart peut dépasser le gain fiscal. Ce qui la fait échouer : le calcul de date à date, qui ne pardonne pas les approximations d’un mois, et la reconstitution imprécise des périodes de domiciliation antérieures — qui se prouvent, elles, par des avis d’imposition et non par des souvenirs. Ce point s’instruit avec le chapitre 3.
2. Réaliser les moins-values avant le transfert
Puisque les moins-values latentes ne sont ni imputables ni reportables dans le dispositif, la seule façon de les faire compter est de les réaliser avant la date du fait générateur. Elles deviennent alors des moins-values de cession, imputables selon les règles de droit commun sur les plus-values de l’année et des dix années suivantes. Attention : au titre de l’année du transfert, la notice ne les rend imputables que sur les plus-values brutes placées en report d’imposition, et non sur les plus-values latentes de l’exit tax ; l’économie ne se matérialise donc que s’il existe des plus-values en report, ou des plus-values réelles ultérieures, à absorber. Ce qu’elle coûte : les frais de transaction, et surtout la sortie effective d’une position que vous ne souhaitiez peut-être pas vendre. Ce qui la fait échouer : un rachat trop rapide des mêmes titres, qui pose une question de réalité de la cession ; et le calendrier, puisque la moins-value doit être réalisée, donc dénouée, avant le jour précédant celui où vous cessez d’être soumis en France à une obligation fiscale sur l’ensemble de vos revenus.
3. Choisir entre le taux forfaitaire et le barème sur un calcul, pas sur un principe
Sur un bloc souscrit avant 2018 et détenu depuis plus de huit ans, l’abattement de 65 % déplace le point mort à 36,6 % de taux moyen sur l’assiette abattue. Sur un bloc de PME éligible à l’abattement renforcé de 85 %, il le déplace à 85,3 % — autrement dit, sur la seule exit tax, l’option est presque toujours gagnante. Ce qu’elle coûte : l’option est globale et irrévocable, et elle soumet au barème tous les revenus de capitaux mobiliers, gains nets, profits et créances de tousles membres du foyer au titre de l’année du transfert. Sur une année de départ chargée, l’addition ailleurs peut effacer le gain sur l’exit tax. Ce qui la fait échouer : des titres acquis à compter du 1er janvier 2018, qui n’ouvrent aucunabattement proportionnel ; une durée de détention reconstituée à la louche alors qu’elle se calcule de date à date, colonne par colonne ; et l’oubli que les prélèvements sociaux, eux, restent assis sur le brut.
4. Ne rien vendre pendant deux ou cinq ans
C’est la stratégie la plus efficace du chapitre, et c’est aussi la moins spectaculaire. Conserver les titres jusqu’au terme du délai de deux ans — ou de cinq ans si la valeur globale des titres et droits excédait 2 570 000 € au transfert — éteint définitivement l’impôt sur le revenu etles prélèvements sociaux afférents aux plus-values latentes. Sur la ligne médiane de notre tableau, l’attente vaut 1 570 000 €. Ce qu’elle coûte : une contrainte de liquidité de deux à cinq ans, sur une position concentrée, dans une devise qui n’est plus celle de vos dépenses — et le risque de marché qui va avec. Un dirigeant qui refuse une offre d’acquisition pour attendre le dégrèvement peut perdre bien plus que l’impôt qu’il économise. Ce qui la fait échouer : une cession partielle, qui rompt le sursis à due concurrence ; un rachat de titres par la société ; un déménagement vers un État hors liste avant le terme ; et surtout, le défaut de déclaration de suivi, qui fait tomber le sursis avant que le dégrèvement ne soit acquis.
5. Donner les titres depuis les États-Unis
Pour un contribuable domicilié dans un État de la liste du cas n° 1 — donc pour un résident des États-Unis —, la donation des titres entraîne le dégrèvementde l’impôt afférent aux plus-values latentes, sans avoir à démontrer l’absence d’un but principalement fiscal. C’est une porte ouverte, et elle est ouverte sans condition supplémentaire. Ce qu’elle coûte : elle est irréversible, et elle déclenche une fiscalité de transmission qui n’a rien de neutre — droits de mutation à titre gratuit français selon les règles de territorialité de l’article 750 ter du CGI, traitées au chapitre 22, et exposition américaine du donateur comme du donataire, traitée aux chapitres 21 et 23. Une donation qui économise 600 000 € d’exit tax et déclenche 800 000 € de droits est un mauvais calcul. Ce qui la fait échouer : une donation faite avantle départ, qui relève d’une tout autre analyse — les titres ne sont alors plus dans votre patrimoine au fait générateur, mais l’opération doit être réelle, complète et documentée, et ce point s’arbitre avec le notaire ; et l’oubli de déposer la 2074-ETS3 déclarant l’événement, qui transforme un dégrèvement en exigibilité. Précision qui n’est jamais dite : les moins-values réelles constatées à l’occasion d’une donation ne sont pas imputables.
6. Liquider ses droits à la retraite avant le transfert, quand l’abattement fixe le justifie
Le dirigeant de PME qui remplit les conditions de l’article 150-0 D ter emporte un abattement fixe de 500 000 €sur l’assiette d’impôt sur le revenu, et il l’emporte même au taux forfaitaire de 12,8 %. En valeur absolue, cela représente 64 000 € d’impôt sur le revenu en moins. Ce qu’il coûte : la liquidation effective des droits à la retraite avant le transfert, la cessation de toute fonction salariée ou de direction dans la société à cette date, et l’engagement de céder l’intégralité des titres — ou plus de 50 % des droits de vote — dans les deux années suivant le départ à la retraite. Ce qui le fait échouer : précisément cette dernière obligation. Une cession dans les deux ans est un événement qui met fin au sursis : vous gagnez 64 000 € d’abattement et vous perdez le dégrèvement à deux ou cinq ans, qui pouvait valoir plusieurs centaines de milliers d’euros. Ajoutez que l’abattement fixe et l’abattement proportionnel ne sont pas cumulables, et que les conditions tenant à la société doivent être vérifiées une à une. Cette voie ne se retient que sur un chiffrage complet, et elle est minoritaire.
7. Ne PAS faire d’apport-cession juste avant de partir
Nous rangeons cette ligne parmi les anticipations parce qu’elle relève de la même délibération, et parce qu’elle est l’inverse d’un réflexe très répandu. Apporter ses titres à une holding personnelle sous le régime du report de l’article 150-0 B ter, quelques mois avant un départ, paraît prudent : on structure, on prépare la cession, on loge la trésorerie future dans une société. Le résultat fiscal, du point de vue de l’exit tax, est exactement contraire à l’objectif. La plus-value cesse d’être une plus-value latente, dégrevable au bout de deux ou cinq ans par le seul écoulement du temps, et devient une plus-value en report, qui n’ouvre droit à aucun dégrèvement de cette nature et reste en sursis jusqu’à son propre événement. Elle bascule au surplus, définitivement, sur un taux d’imposition historiqueque l’option pour le barème ne modifie pas, et sa garantie éventuelle se calcule à ce même taux. Ce que l’abstention coûte : l’absence de structure de réinvestissement, qui a par ailleurs sa logique. Ce qui la rend nécessaire : le fait que la même opération, réalisée aprèsle départ, ne rompt pas le sursis, l’article 150-0 B ter figurant expressément parmi les exceptions du premier événement d’exigibilité, et la condition de conservation se reportant alors sur les titres reçus en contrepartie de l’apport. Le même acte, six mois plus tard, ne produit pas le même dégât.
Huit affirmations qui circulent et qui ne tiennent pas
Chacune de ces huit phrases nous a été rapportée par un client, et chacune venait d’une source qu’il jugeait sérieuse. Nous les reprenons dans l’ordre de leur coût.
« Au bout de quinze ans, c’est effacé. »Non : le délai de quinze ans est abrogé. Les délais en vigueur sont de deux ans, ou de cinq ans au-delà de 2 570 000 € de valeur globale des titres et droits à la date du transfert. La bonne nouvelle, pour une fois, va dans le sens du contribuable : le dégrèvement arrive trois à sept fois plus vite qu’on ne le croit. Le danger de cette phrase n’est pas fiscal, il est comportemental : un client qui croit devoir attendre quinze ans renonce d’avance et cède ses titres la troisième année.
« La garantie, c’est 31,4 % du montant. »Non : la garantie est de 12,8 % du montant brut et hors prélèvements sociaux — sans abattement pour durée de détention au taux forfaitaire, l’abattement de l’article 150-0 D jouant en revanche sur son assiette pour les titres antérieurs à 2018 en cas d’option pour le barème. Et elle n’est due qu’en cas de sursis sur option.
« Il faut quand même déposer une garantie pour partir aux États-Unis. » Non. Les États-Unis figurent dans la liste des États ouvrant le sursis automatique : ni garantie, ni représentant fiscal, ni demande expresse. Un conseil qui vous fait négocier une caution bancaire pour un départ vers New York vous fait payer une commission annuelle pour rien.
« Puisque le sursis est automatique, il n’y a rien à faire. »C’est l’erreur la plus coûteuse du chapitre, et elle est le miroir de la précédente. Le sursis est automatique dans son octroi, il ne l’est pas dans son maintien. La 2074-ETD doit être déposée l’année suivant le transfert ; les déclarations de suivi doivent l’être selon le cas applicable à la composition de votre patrimoine d’exit tax, accompagnées des 2042 et 2042 C, « que vous disposiez encore ou non de revenus de source française » ; et trente jours après une mise en demeure non régularisée, la totalité de l’impôt devient exigible.
« L’exit tax me donne un prix de revient réévalué aux États-Unis. » Le point n’est pas tranché, et la seule hypothèse de travail prudente est l’hypothèse défavorable : la base américaine reste le prix de revient historique tant qu’un conseil américain n’a pas établi le contraire sur votre dossier. Ce point figure ci-dessus avec la question exacte à poser aux conseils américains et les pièces à réunir. Ne construisez aucun chiffrage de net vendeur sur l’hypothèse favorable.
« Une fois résident des États-Unis, je vends sans impôt français : la convention donne le droit d’imposer aux seuls États-Unis. »L’article 13 § 6 dit bien cela pour la plus-value de cession, et le chapitre 4le développe. Mais l’exit tax n’est pas une imposition de la cession : c’est une imposition de la plus-value latente, établie quand vous étiez encore résident de France, et la cession n’en est que l’événement d’exigibilité. La convention ne l’efface pas, et le texte conventionnel ne tranche pas leur articulation : c’est précisément le point ouvert.
« Je mets tout dans un PEA et le problème disparaît. »Le PEA est effectivement hors du champ de l’exit tax, et c’est un vrai avantage. Mais les versements y sont plafonnés à 150 000 € pour le PEA classique — ce qui en fait un instrument sans rapport avec un bloc de contrôle valorisé plusieurs millions —, et l’enveloppe concentre le coût de conformité américain le plus lourd du patrimoine dès lors qu’elle est investie en OPCVM. Le chapitre 13détaille ce que le PEA devient une fois l’Atlantique franchi. Sortir d’un impôt français en entrant dans un régime déclaratif américain punitif n’est pas un arbitrage : c’est un transfert de problème.
« Je pars six mois, je vends, je reviens. » Le rétablissement du domicile fiscal en France est effectivement une cause de dégrèvement — mais seulement si vous détenez encore les titres ou créances concernés à la date du retour. Vendre puis rentrer, c’est réaliser l’événement d’exigibilité avantl’événement de dégrèvement, dans cet ordre et dans cet ordre seulement. Ajoutez que la condition des six années sur dix se calcule de date à date, que le retour rouvre l’intégralité des obligations françaises, et qu’un séjour américain de six mois peut suffire à créer une résidence fiscale américaine — le chapitre 3l’explique. Cette phrase n’est pas une stratégie, c’est un cumul de risques.
Avant le premier rendez-vous : les pièces, et la question
Un rendez-vous d’exit tax mal préparé se solde par un second rendez-vous. Ce n’est pas une question d’honoraires — c’est une question de temps : la valorisation à la date du fait générateur ne se reconstitue pas rétroactivement sans peine, et certaines pièces ne s’obtiennent plus une fois que vous êtes parti. Voici ce qu’il faut avoir en main, et ce qu’il faut demander.
Les pièces à réunir — et l’ordre dans lequel les réunir
Établir la date du fait générateur.Avis d’imposition français des dix dernières années, année par année, pour prouver les six années de domiciliation sur dix, calculées de date à date ; historique de vos adresses successives ; contrat de travail ou lettre de mission américaine avec sa date d’effet ; date d’entrée effective aux États-Unis et statut d’immigration obtenu.
Établir le périmètre.Composition complète du foyer fiscal et détention de chacun de ses membres ; organigramme de participation avec les pourcentages de droits dans les bénéfices sociaux, y compris les chaînes de détention indirecte et les participations détenues par le conjoint ; relevés de tous les comptes-titres, PEA et PEA-PME distingués ; liste des clauses de complément de prix issues de cessions passées, avec les contrats de cession correspondants ; état de toutes les plus-values placées en report d’imposition, avec l’année et le fondement de chaque report.
Établir la valeur.Rapport d’évaluation daté des titres non cotés, avec sa méthode ; historique des cours des trente séances précédant la date envisagée du transfert, pour chaque ligne cotée ; dernières valeurs liquidatives des SICAV et FCP ; comptes annuels des trois derniers exercices des sociétés non cotées et table de capitalisation à jour.
Établir le prix de revient.Avis d’opéré de chaque acquisition, avec sa date ; actes de donation ou déclarations de succession pour les titres reçus à titre gratuit, avec le montant des droits de mutation acquittés ; justificatifs des frais d’acquisition ; historique complet des échanges relevant de l’article 150-0 B, pour reconstituer l’antériorité de détention.
Établir les durées.Pour chaque ligne, la date d’acquisition ou de souscription, au jour près, et la répartition du nombre de titres par tranche de durée de détention. C’est le tableau que l’on ne pense presque jamais à préparer, et sans lequel l’arbitrage entre taux forfaitaire et barème ne peut pas être calculé.
Si vous relevez du régime du dirigeant partant à la retraite : notification d’entrée en jouissance des droits à la retraite, procès-verbaux établissant vos fonctions de direction sur les cinq années précédentes, justificatifs de la part de cette rémunération dans vos revenus professionnels, et historique de détention prouvant les 25 % continus.
Sur la question à poser, il faut la scinder, parce que deux professions distinctes y répondent et qu’aucune des deux ne répond à la place de l’autre.
À l’avocat fiscaliste français, ou à nous : compte tenu de la date envisagée du transfert de mon domicile fiscal, quelle est l’assiette exacte de l’article 167 bis du CGI dans mon dossier — plus-values latentes ligne par ligne, créances de complément de prix, plus-values en report —, l’option pour le barème progressif est-elle favorable une fois calculée sur l’ensemble des revenus du foyer de l’année du transfert, et quel est le calendrier déclaratif complet des cinq années suivantes, y compris le cas de suivi applicable à la composition de mon patrimoine d’exit tax ?
Aux avocats américains, avec lesquels ce point doit être arbitré avant tout acte irréversible : l’impôt français établi au titre de l’article 167 bis lors du transfert du domicile, qu’il ait été acquitté ou mis en sursis, ouvre-t-il un crédit d’impôt étranger imputable aux États-Unis lors de la cession ultérieure des mêmes titres, et sur quel fondement ? À défaut, quelle est la base fiscale américaine de ces titres, et quelles valorisations dois-je documenter à la date exacte de ma residency starting date au sens du § 7701(b) pour préserver le bénéfice du § 877A(h)(2) le jour où je quitterai les États-Unis ?
Une dernière remarque, et elle vaut pour tout le chapitre. L’exit tax se joue avant la date du transfert pour son assiette et son option, et pendant les cinq années suivantespour sa survie. Entre les deux, il n’y a presque rien à faire — et c’est exactement pour cela qu’on oublie. Le jour où vous fixez la date de votre départ, fixez aussi les cinq échéances déclaratives qui la suivront, et mettez-les dans le même calendrier que vos obligations américaines. Le chapitre 10assemble ce calendrier des deux côtés de l’Atlantique ; le chapitre 24 en donne le versant déclaratif américain, qui commence, lui, dès la première année.
Faire chiffrer l’exit tax avant de fixer la date du départ
Nous établissons l’assiette de l’article 167 bis ligne par ligne à la date du fait générateur, l’arbitrage chiffré entre le taux forfaitaire et l’option pour le barème sur l’ensemble des revenus du foyer, le calendrier déclaratif des cinq années suivantes, et la liste des points qui doivent être tranchés côté américain avant toute cession — avec la question exacte à poser et les pièces à joindre. 7 rue Ernest Filliard, 73000 Chambéry — backoffice@hagnere-patrimoine.fr — +33374472018.

