Ce que nous faisons concrètement pour un expatrié aux États-Unis
Ce volet expose le droit applicable. La page que nous consacrons à l’expatriation aux États-Unis expose notre intervention : les profils que nous accompagnons, la façon dont nous coordonnons les conseils locaux, et ce qui relève de leur ressort plutôt que du nôtre.
5. La clause de sauvegarde : ce que la convention ne vous donne pas
Vous venez de lire, revenu par revenu, ce que la convention du 31 août 1994 attribue à la France et ce qu’elle attribue aux États-Unis. Si vous êtes citoyen américain, ou si vous détenez une carte verte, il faut maintenant que vous sachiez ceci : pour l’essentiel de votre patrimoine, ce tableau ne vous est pas opposable. Une phrase de l’article 29 autorise les États-Unis à vous imposer « comme si la Convention n’existait pas », et cette phrase ne souffre que six exceptions inconditionnelles et cinq exceptions conditionnelles, toutes énumérées, toutes limitatives. Aucune ne concerne un dividende, un intérêt, un loyer, un salaire ni une plus-value immobilière ; la seule qui touche une plus-value est l’article 13 § 3 a), limité aux gains sur les biens mobiliers d’un établissement stable.
C’est ce qui rend ce guide différent de tous les autres de la série. Sur l’Espagne, le Portugal, l’Irlande ou les Pays-Bas, la méthode est toujours la même : on identifie l’État de résidence, on classe chaque revenu dans son article répartiteur, on lit la clause d’élimination des doubles impositions, et on obtient une réponse. Ici, cette méthode donne une réponse fausse dès que le client porte un passeport américain ou une carte verte. Elle ne donne pas une réponse approximative : elle donne l’inverse de la bonne, parce qu’elle conclut à une imposition dans un seul État là où il y en aura deux.
Prenons la situation la plus banale de notre clientèle. Un couple franco-américain installé à Bordeaux perçoit 60 000 € de dividendes de sociétés françaises cotées. La lecture conventionnelle ordinaire est immédiate : l’article 10 attribue le droit d’imposer à la France, État de résidence et État de la source, et les États-Unis n’ont aucun titre. Cette lecture est fausse. Les États-Unis imposeront ces dividendes français au titre de la citoyenneté de l’épouse, en revenu ordinaire ou en qualified dividend selon le cas, augmentés le cas échéant de la net investment income tax, et la question ne sera plus « qui impose ? » mais « quel crédit vient effacer quoi, dans quel ordre, et que reste-t-il en haut de la pile ? ». Ce chapitre est là pour que vous ne vous trompiez pas de question.
La règle, telle que nous l’écrivons dans tous nos dossiers
Les États-Unis se réservent le droit d’imposer leurs citoyens et leurs résidents « comme si la convention n’existait pas ». C’est l’article 29 § 2. La clause vise les citoyens américains, les anciens citoyens et anciens résidents de longue durée pendant dix ans après la perte du statut, pour les personnes ayant eu ce statut pendant au moins huit années au cours des quinze dernières années imposables. Elle comporte aussi une branche française, moins connue : la France peut imposer les entités qui ont leur siège de direction effective et qui sont assujetties à l’impôt en France « comme si le paragraphe 3 de l’article 4 n’existait pas ».
La liste des exceptions du § 3 est limitative, et elle se lit en deux temps.
- Le § 3 a) préserve inconditionnellement les avantages des articles 9 § 2 (ajustements corrélatifs), 13 § 3 a), 18 § 1(prestations de sécurité sociale et pensions versées à un résident de l’autre État), 24 (élimination des doubles impositions), 25 (non-discrimination) et 26 (procédure amiable).
- Le § 3 b)préserve les avantages de l’article 18 § 2 (déductibilité transfrontalière des cotisations de retraite) et des articles 19 (rémunérations publiques), 20 (enseignants et chercheurs), 21 (étudiants et stagiaires) et 31 (agents diplomatiques et consulaires), mais seulement au profit des personnes qui ne sont ni citoyennes des États-Unis, ni titulaires d’un statut d’immigrant aux États-Unis. Un Français titulaire d’une carte verte n’est donc pas couvert par le b).
Ce que cela change en pratique.La plupart des raisonnements conventionnels que l’on applique mécaniquement dans les autres pays ne tiennent pas ici dès que le client est citoyen américain ou titulaire d’une carte verte. Avant d’écrire qu’une convention protège, il faut vérifier que l’avantage invoqué figure dans la liste du § 3 — et, s’il s’agit de l’article 18 § 1, vérifier quelle branche du texte est invoquée.
Le texte, et rien que le texte
L’article 29 s’intitule « Dispositions diverses », ce qui est l’euphémisme le plus coûteux de la convention. Son paragraphe 2, dans sa rédaction issue de l’article XIII de l’avenant du 13 janvier 2009, entré en vigueur le 23 décembre 2009, dispose :
Article 29 § 2 — texte intégral
« 2. Nonobstant les dispositions de la présente Convention autres que celles du paragraphe 3, les États-Unis peuvent imposer leurs résidents au sens de l’article 4 (Résident) et leurs citoyens comme si la Convention n’existait pas, et la France peut imposer les entités qui ont leur siège de direction effective et qui sont assujetties à l’impôt en France comme si le paragraphe 3 de l’article 4 de la Convention n’existait pas. Nonobstant les autres dispositions de la Convention, un ancien citoyen ou un ancien résident de longue durée d’un État contractant peut, pendant une période de dix ans suivant la perte de ce statut, être imposé conformément à la législation fiscale de cet État concernant les revenus qui ont leur source dans cet État contractant, ou considérés comme tels. À cette fin, l’expression « résident de longue durée » désigne, par référence à un État contractant, toute personne physique (autre qu’un citoyen de cet État contractant) qui a le statut légal de résident permanent de cet État contractant pendant une durée d’au moins huit années au cours des quinze dernières années imposables. »
Quatre effets distincts sont enfermés dans ces quelques lignes, et il faut les séparer parce qu’ils ne visent pas les mêmes personnes.
Le premier effet vise les citoyens américains, sans condition de résidence.Un citoyen des États-Unis qui vit à Lyon, à Madrid ou à Singapour reste imposable aux États-Unis sur son revenu mondial comme si aucune convention n’existait. La convention ne le protège que par les exceptions du § 3 et par le mécanisme de crédit de l’article 24 § 2 b). Ce n’est pas une clause anti-abus, ce n’est pas une clause de sauvegarde d’intégrité fiscale au sens où l’entend l’OCDE : c’est la traduction conventionnelle de l’imposition fondée sur la citoyenneté, et elle n’a aucun équivalent dans les conventions que la France a signées avec ses autres partenaires.
Le deuxième effet vise « leurs résidents au sens de l’article 4 ». C’est une précision de rédaction dont on tire trop rarement les conséquences. La clause ne dit pas « leurs résidents au sens de leur droit interne » : elle renvoie à la notion conventionnelle. Un titulaire de carte verte ou une personne satisfaisant le substantial presence test, tant qu’il est résident des États-Unis au sens de l’article 4, est atteint par la clause exactement comme un citoyen. En revanche, celui qui obtient le départage de l’article 4 § 4 en faveur de la France n’est plus, pour la convention, un résident des États-Unis : la première branche du § 2 cesse de le viser. Nous verrons plus loin ce que cette porte ouvre réellement, et à quel prix.
Le troisième effet est français, et il est presque toujours passé sous silence. La France s’est réservé, dans la même phrase, le droit d’imposer les entités qui ont leur siège de direction effective et qui sont assujetties à l’impôt en France « comme si le paragraphe 3 de l’article 4 de la Convention n’existait pas ». L’article 4 § 3 est la clause moderne de transparence, qui répute le revenu perçu par une entité fiscalement transparente comme perçu par un résident dans la mesure où le droit de cet État le traite ainsi. La France a donc neutralisé cette transparence pour les entités qu’elle impose elle-même. Si votre schéma repose sur une société de personnes française, un GIE ou un GEIE, la protection que vous croyez tirer de l’article 4 § 3 est susceptible de tomber du côté français. Cette branche est symétrique de la branche américaine, et elle est aussi rarement lue que la première est mal lue.
Le quatrième effet : les dix ans qui suivent la perte du statut
La seconde phrase du § 2 survit à la perte de la nationalité ou de la carte verte. Elle autorise l’État à imposer, pendant dix ansaprès la perte du statut, « les revenus qui ont leur source dans cet État contractant, ou considérés comme tels ». Deux précisions de lecture, qu’il faut faire dans cet ordre.
La condition des huit années sur quinze ne qualifie pas l’ancien citoyen. Le texte dit : « À cette fin, l’expression résident de longue durée désigne… toute personne physique (autre qu’un citoyen de cet État contractant) qui a le statut légal de résident permanent… pendant une durée d’au moins huit années au cours des quinze dernières années imposables. » La définition est expressément réservée au résident de longue durée, et elle exclut de son champ le citoyen. Autrement dit : celui qui renonce à la nationalité américaine est un « ancien citoyen » dès le premier jour, sans aucune condition de durée, et la fenêtre de dix ans s’ouvre pour lui mécaniquement. Le titulaire de carte verte, lui, n’entre dans la clause que s’il a détenu le statut pendant huit années imposables sur les quinze dernières.
La clause conventionnelle n’est pas un impôt : c’est une permission.Elle autorise l’État à imposer « conformément à sa législation fiscale », ce qui suppose que sa législation fiscale prévoie quelque chose. Ce que le droit américain prévoit aujourd’hui pour l’expatriation, c’est le régime du § 877A de l’Internal Revenue Code, et non celui du § 877, éteint par sa propre clause d’extinction pour toute expatriation postérieure au 17 juin 2008. La permission conventionnelle des dix ans et le régime interne du § 877A sont deux objets différents, avec deux compteurs qui se ressemblent et ne coïncident pas : le seuil des huit années sur quinze de la convention et celui du § 877(e)(2) — incorporé par renvoi au § 877A(g)(5) — comptent l’un et l’autre huit années imposables de statut légal de résident permanent sur quinze. Les différences sont ailleurs : la convention vise « les quinze dernières années imposables », le Code la période de quinze années imposables qui se termine avec celle de l’expatriation ; et le Code seul écarte du décompte les années au titre desquelles l’intéressé était traité comme résident d’un État étranger en vertu d’une convention sans renoncer au bénéfice de celle-ci.
Cette précision n’est pas d’école. Nous voyons régulièrement des dossiers dans lesquels un conseil a calculé une durée de détention de carte verte pour en déduire une conclusion d’exit tax américaine, ou l’inverse. Le régime du § 877A, ses trois tests, ses deux exceptions légales et l’imposition qui suit l’expatriation sans limite de temps sont traités au chapitre consacré au retour en France ; la clause conventionnelle des dix ans, elle, n’autorise expressément qu’une imposition portant sur « les revenus qui ont leur source dans cet État contractant, ou considérés comme tels ». Qu’elle couvre, ou non, la cession réputée du patrimoine mondial du § 877A n’est tranché ni par le texte conventionnel, ni par aucune doctrine que nous ayons pu lire : nous ne fermons pas la question.
Deux conventions, deux clauses de sauvegarde — ne jamais raisonner sur la mauvaise
La convention du 31 août 1994 sur les impôts sur le revenu et sur la fortune et la convention du 24 novembre 1978 sur les successions et les donations sont deux instruments distincts. Ils ne définissent pas le rattachement de la même manière — la convention de 1994 raisonne en résidence, celle de 1978 en domicile —, ils ne couvrent pas les mêmes impôts, et ils comportent deux clauses de sauvegarde différentes. Celle de la convention de 1994 est à l’article 29 § 2 ; celle de la convention de 1978 est au § 4 de son article 1er, le § 3 du même article traitant, lui, du cas des résidents des possessions américaines ayant acquis la citoyenneté par ce seul rattachement.
Conséquence de méthode : la clause de l’article 29 § 2 ne dit rien de la section 2801 tax, qui frappe le bénéficiaire américain d’un don ou d’un legs reçu d’un covered expatriate. Une clause de sauvegarde est une réserve interne au champ de sa propre convention : elle ne nomme aucun impôt et n’en protège aucun.Écrire que le § 2801 serait « expressément protégé par la clause de sauvegarde » est un contresens sur la nature même de la clause.
Comment la clause s’est durcie : 1994, 2004, 2009
La rédaction actuelle est le produit de deux avenants. Le mouvement est constant : on est passé d’un critère d’intention à un critère mécanique, et le champ des personnes visées s’est élargi.
| Version | Rédaction du critère « ancien citoyen » |
|---|---|
| Texte d’origine du 31 août 1994 | « the term "citizen" shall include a former citizen whose loss of citizenship had as one of its principal purposes the avoidance of income tax, but only for a period of 10 years following such loss » — un critère d’intention, qui supposait de démontrer un but fiscal |
| Avenant du 8 décembre 2004, article VI (en vigueur le 21 décembre 2006) | « le terme "citoyen" comprend un ancien citoyen ou résident de longue durée dont la renonciation à ce statut a eu comme un de ses objets principaux celui d’échapper à l’impôt (tel que défini selon la législation des États-Unis), mais seulement pendant une période de dix ans » — l’ancien résident de longue durée entre dans le champ, le critère d’intention subsiste. Le même article VI refond la liste des exceptions du § 3 |
| Avenant du 13 janvier 2009, article XIII (en vigueur le 23 décembre 2009) | Critère objectif : ancien citoyen ou ancien résident de longue durée, ce dernier défini comme la personne physique non citoyenne ayant eu le statut légal de résident permanent pendant au moins huit années au cours des quinze dernières années imposables ; imposition pendant dix ans, sur les revenus de source américaine ou considérés comme tels. Le même article XIII modifie le § 3 b) et le § 7 b), et crée le § 9 |
Ce que le passage de 2009 a fait, concrètement : il a supprimé tout débat sur le motif. Sous la rédaction de 2004, un contribuable pouvait plaider que sa renonciation avait un motif familial, professionnel ou personnel, et contester l’application de la clause. Depuis 2009, l’administration américaine n’a plus rien à démontrer : elle compte des années. Cette objectivation est exactement contemporaine du basculement du droit interne américain du § 877 vers le § 877A, opéré par le HEART Actdu 17 juin 2008, qui a également substitué des seuils chiffrés à un critère d’intention. Les deux mouvements vont ensemble, et ils vont dans le même sens.
Un point de cartographie documentaire, pour ceux qui construisent une structuration sur l’architecture de l’article 29 : outre l’échange de lettres joint à la convention et signé à Paris le 31 août 1994, un second échange de lettres, signé à Washington les 19 et 20 décembre 1994, complète l’article 29. Il est publié sous le même décret n° 96-222 du 15 mars 1996 que la convention elle-même. Tout dossier de structuration reposant sur une lecture fine de l’article 29 doit faire lire cet instrument intégralement par le conseil, au même titre que le texte conventionnel.
Pourquoi le raisonnement conventionnel ordinaire ne tient pas ici
L’article 1er de la convention dispose qu’elle « ne s’applique qu’aux personnes qui sont des résidents d’un État contractant ou des deux États contractants, à moins qu’elle n’en dispose autrement ». Ce filtre est doublement percé, et connaître les deux perforations est la condition d’un raisonnement juste.
Percé vers le hautpar l’article 29 § 2, qui rend la convention largement inopposable aux États-Unis à l’égard de leurs propres citoyens et résidents. Percé vers le baspar les stipulations qui s’appliquent expressément à des non-résidents : l’article 25 § 1 vise les nationaux ; l’article 26 § 1 permet de saisir l’autorité compétente de l’État dont on possède la nationalité ; l’article 27 § 1 précise que « l’échange de renseignements n’est pas restreint par les articles 1er et 2 » ; et l’article 18 § 1 vise, depuis l’avenant de 2009, « un citoyen des États-Unis » indépendamment de sa résidence.
Il en résulte que la question « quel État impose ce revenu ? » est, dans le dossier franco-américain, une question mal posée. La bonne séquence en comporte quatre. Elle est imposée par la lettre de l’article 24 § 2 b) i) et de l’article 24 § 1, et elle est presque toujours restituée à l’envers.
L’ordre des opérations pour un binational résident de France, sur un dividende américain
ÉTAPE 1 — Les États-Unis imposent EN TANT QU'ÉTAT DE LA SOURCE
au taux conventionnel de l'article 10 § 2 b) ................. 15 %
ÉTAPE 2 — La France impose EN TANT QU'ÉTAT DE RÉSIDENCE
le revenu entre dans la base française (il n'y a jamais d'exemption d'assiette)
et la France accorde :
soit le crédit de l'article 24 § 1 a) iii)
= montant de l'impôt AMÉRICAIN payé conformément à la Convention
plafonné à l'impôt français correspondant
soit, si le payeur figure dans la liste aa) à dd) du § 1 b),
le crédit égal à l'impôt FRANÇAIS
= exonération française de fait, avec maintien du taux effectif
ÉTAPE 3 — Les États-Unis imposent EN TANT QU'ÉTAT DE LA CITOYENNETÉ
au titre de l'article 29 § 2, en déduisant l'impôt français
« payé APRÈS l'octroi du crédit mentionné au iii du a du paragraphe 1 »
— le crédit ne pouvant réduire la fraction d'impôt américain déjà créditée en France
ÉTAPE 4 — RE-SOURCING de l'article 24 § 2 b) ii)
les revenus visés au § 1, et ceux qui seraient exonérés d'impôt américain
si le contribuable n'était pas citoyen, sont réputés de SOURCE FRANÇAISE
dans la mesure nécessaire pour donner effet à l'étape 3Cette séquence n’est pas une convention de présentation : c’est l’ordre juridique des opérations. L’inverser conduit à annoncer au client un impôt total inférieur à la réalité, parce qu’on suppose que le crédit américain absorbe tout ce que la France a prélevé, alors qu’il ne peut jamais absorber la fraction d’impôt américain déjà créditée par la France.
La Technical Explanationaméricaine de 1994 résume le mécanisme de l’étape 3 : « the United States agrees that, where additional U.S. tax is due solely by reason of citizenship, it will credit the French tax imposed on the basis of residence to the extent that the French tax exceeds the tax that the United States may impose on the basis of source ». Le crédit américain porte donc sur l’impôt français résiduel, pas sur l’impôt français brut.
Le verrou français : l’article 24 § 1 d) iii)
Il existe, du côté français, une stipulation qui referme la porte que le § 3 pourrait sembler entrouvrir, et elle mérite d’être lue mot à mot. Le d) iii) du § 1 de l’article 24 définit le « montant de l’impôt payé aux États-Unis » comme « le montant de l’impôt américain effectivement supporté à titre définitif à raison des revenus considérés, conformément aux dispositions de la Convention, par le résident de France bénéficiaire de ces revenus », puis ajoute : « Cette expression ne comprend pas le montant de l’impôt que les États-Unis peuvent prélever conformément aux dispositions du paragraphe 2 de l’article 29. »
Traduction : la France refuse expressément de créditer l’impôt américain levé au titre de la clause de sauvegarde. Si les États-Unis imposent un binational résident de France sur un dividende américain au taux de son barème fédéral, majoré le cas échéant de la net investment income tax, la France ne lui accordera au titre du iii) que 15 %, plafond conventionnel de l’article 10 § 2 b). Tout ce qui dépasse doit être neutralisé ailleurs — par le § 1 b) de l’article 24 lorsqu’il s’applique, ou par le crédit américain du § 2 b) — et pas par le iii).
Le même d) iii) exclut également l’impôt non définitif. Une retenue américaine de 30 % appliquée faute de formulaire W-8BEN, puis remboursable par voie de refund, n’est pas « effectivement supportée à titre définitif » à hauteur de la fraction remboursable : la France ne créditera que 15 %, et le différentiel de trésorerie restera à la charge du client jusqu’à l’aboutissement de la réclamation américaine. C’est un point de discipline documentaire, pas un point de droit, et il coûte chaque année de l’argent à des clients qui ne l’ont jamais entendu formuler.
Le § 3, texte intégral
Le paragraphe 3 est la seule chose qui se dresse entre vous et la neutralisation complète de la convention. Sa rédaction actuelle résulte de l’article VI de l’avenant de 2004 pour le a) et de l’article XIII de l’avenant de 2009 pour le b).
Article 29 § 3 — texte intégral
« 3. Les dispositions du paragraphe 2 n’affectent pas :
a) les avantages accordés en application des dispositions du paragraphe 2 de l’article 9 (Entreprises associées), du paragraphe 3 (a) de l’article 13 (Gains en capital), du paragraphe 1 de l’article 18 (Pensions), et des articles 24 (Élimination des doubles impositions), 25 (Non-discrimination), et 26 (Procédure amiable) ; ni
b) les avantages accordés en application des dispositions du paragraphe 2 de l’article 18 (Pensions) et des articles 19 (Rémunérations publiques), 20 (Professeurs et chercheurs), 21 (Étudiants et stagiaires) et 31 (Fonctionnaires diplomatiques et consulaires) à des personnes physiques résidentes d’un État contractant qui ne sont pas des citoyens de cet État et n’ont pas, dans cet État, le statut d’immigrant. »
Onze stipulations au total, réparties en deux régimes. Six sont préservées quelle que soit la qualité du bénéficiaire. Cinq ne le sont qu’au profit d’une catégorie de personnes définie par la négative, et cette catégorie exclut précisément ceux qui ont le plus besoin de la protection.
Les six exceptions du a) : ce que chacune préserve, et ce qu’elle ne préserve pas
| Stipulation préservée | Ce qu’elle préserve réellement | Ce qu’elle ne préserve pas |
|---|---|---|
| Article 9 § 2 — ajustement corrélatif | Lorsqu’un État redresse un prix de transfert et impose, l’autre État « procède, suivant les dispositions de l’article 26 (Procédure amiable), à un ajustement approprié du montant de l’impôt qui y a été perçu ». Les États-Unis ne peuvent pas refuser cet ajustement au motif que la société ou son associé est américain : sans cette exception, un redressement français symétrique resterait sans contrepartie | L’article 9 § 2 ne comporte aucun délai de prescription conventionnel propre. Le délai applicable est celui de l’article 26 § 1 : trois ans à compter de la notification de la mesure entraînant l’imposition non conforme — le texte franco-américain, contrairement au modèle OCDE, n’écrit pas « première ». L’exception préserve un droit, elle n’en allonge pas le délai |
| Article 13 § 3 a) — gains sur biens mobiliers d’un établissement stable ou d’une base fixe | La règle de partage temporel : en cas de transfert de biens mobiliers hors de l’État de l’établissement stable, les gains de la période antérieure au transfert restent imposables dans cet État, ceux de la période postérieure dans l’autre. Sans cette exception, les États-Unis pourraient taxer intégralement le gain d’un établissement stable français transféré | Le § 3 a) est la seule branche de l’article 13 protégée. Le § 1 (plus-values immobilières), le § 2 (définition élargie du bien immobilier situé dans un État), le § 4, le § 5 et la clause balai du § 6 sont hors du § 3 a) : la clause de sauvegarde les neutralise intégralement à l’égard d’un citoyen ou d’un résident américain |
| Article 18 § 1 — prestations de sécurité sociale, et pensions versées à un résident de l’autre État | Deux branches, et une seule protège le citoyen américain résidant en France : voir le développement ci-dessous. C’est l’exception la plus rentable du § 3 a) et la plus mal restituée de toute la littérature française | La seconde branche de l’article 18 § 1 est réservée aux versements faits « à un résident de l’autre État contractant ». Elle ne couvre pas le citoyen américain qui réside en France et perçoit une pension privée française |
| Article 24 — élimination des doubles impositions | Toute l’architecture des crédits reste opposable : la France doit accorder ses crédits du § 1, y compris le crédit majoré du § 1 b) au profit des binationaux résidents de France, et les États-Unis doivent accorder le foreign tax credit du § 2 à leurs propres citoyens et résidents. La Technical Explanation de 1994 le dit : « Article 24 confirms the benefit of a foreign tax credit ». Sans cette exception, l’article 24 tomberait tout entier pour les binationaux, et la double imposition serait intégrale | L’article 24 élimine, il n’attribue pas. Il ne rend à aucun moment un revenu non imposable aux États-Unis : il organise l’imputation. Et le d) iii) du § 1 exclut expressément du crédit français l’impôt levé au titre de l’article 29 § 2 |
| Article 25 — non-discrimination | La clause reste opposable aux États-Unis à l’égard de leurs propres citoyens et résidents. Son § 5 est la seule porte ouverte vers la fiscalité des États fédérés : « nonobstant les dispositions de l’article 2 », l’article 25 s’applique aux impôts de toute nature ou dénomination d’un État contractant, de ses subdivisions politiques et de ses collectivités locales | Le § 1 compare les personnes physiques nationales et résidentes de l’État d’imposition « et qui se trouvent dans la même situation », sans la précision du modèle OCDE « notamment au regard de la résidence ». Cette rédaction neutralise la plupart des arguments fondés sur une différence de traitement entre résidents et non-résidents |
| Article 26 — procédure amiable et arbitrage | Un citoyen américain résident de France peut saisir les autorités compétentes, y compris celle de l’État dont il possède la nationalité, et déclencher l’arbitrage obligatoire créé par l’article X de l’avenant de 2009. Sans cette exception, la saving clause aurait privé les binationaux de tout recours conventionnel — c’est-à-dire de tout recours, puisque la double imposition qu’ils subissent naît précisément de la convention et de son articulation avec deux droits internes | L’arbitrage n’est ouvert que si le cas n’est pas un cas particulier dont les deux autorités compétentes considèrent d’un commun accord, avant la date à laquelle les procédures d’arbitrage auraient dû commencer — c’est-à-dire, à défaut d’accord contraire, deux ans après la « date d’ouverture » définie au § 6 b) —, qu’il ne se prête pas à un règlement par voie d’arbitrage. Le pouvoir des deux administrations d’écarter un dossier court donc pendant toute la phase amiable : un contribuable engagé depuis dix-huit mois n’a acquis aucun droit à l’arbitrage |
Une conséquence stratégique de l’article 26 que personne ne signale
Le dernier alinéa du § 5 de l’article 26 pose un butoir absolu : « Un cas non résolu ne doit toutefois pas être soumis à arbitrage lorsqu’une décision le concernant a déjà été rendue par une juridiction ou un tribunal administratif de l’un des États contractants. »
Un contribuable qui saisit le tribunal administratif avantque l’arbitrage n’aboutisse ferme définitivement la voie de l’arbitrage. L’ordre des recours doit être arbitré au tout début du dossier, pas au moment où la procédure amiable s’enlise. Le protocole d’accord annexé à l’avenant de 2009 prévoit d’ailleurs, en sens inverse, que si une procédure judiciaire est en cours, l’acceptation de la décision arbitrale impose de retirer de cette procédure les points résolus par l’arbitrage.
L’article 18 § 1 : deux branches, et une seule vous concerne peut-être
C’est l’endroit où la littérature française se trompe le plus souvent, et l’erreur coûte plusieurs milliers d’euros par an à un retraité binational. Voici la règle exacte.
La règle exacte, à substituer à ce que vous avez lu ailleurs
L’article 18 § 1 comporte deux branches, et le lecteur doit savoir laquelle le concerne. La première — « les sommes payées en application de la législation sur la sécurité sociale ou d’une législation similaire d’un État contractant à un résident de l’autre État contractant ou à un citoyen des États-Unis » — a seule été étendue aux citoyens américains par l’avenant de 2009. Il en résulte que les États-Unis ne peuvent pas imposer un de leurs citoyens résidant en France sur sa pension française de sécurité sociale. La seconde branche — « les sommes versées dans le cadre d’un régime de retraite… au titre d’un emploi antérieur » — reste réservée aux versements faits à un résident de l’autre État contractant. Une pension privée française— ARRCO, AGIRC, régime d’entreprise, PER — servie à un citoyen américain qui réside en Francen’entre donc pas dans le champ de l’article 18 § 1 : l’exception de l’article 29 § 3 a) ne lui procure aucune protection, et les États-Unis l’imposent au titre de la citoyenneté, sous le seul bénéfice du crédit de l’article 24 § 2 b).
Le texte anglais authentique, tel qu’il résulte de l’article VI du protocole du 13 janvier 2009, ne laisse aucune place au doute : « Payments under the social security legislation or similar legislation of a Contracting State to a resident of the other Contracting State or to a citizen of the United States, and pension distributions and other similar remuneration arising in one of the Contracting States in consideration of past employment paid to a resident of the other Contracting State… » Les mots « or to a citizen of the United States » se rattachent grammaticalement à la seule première branche. La Technical Explanationdu protocole de 2009 le confirme en ne visant que les versements « under its social security or similar legislation » : elle ne parle jamais des pensions privées.
Le corollaire, en sens inverse, est tout aussi important et se déduit de la même lecture : un PER français qui sert une rente ou un capital « au titre d’un emploi antérieur » à un résident des États-Unisrelève de la seconde branche, donc de l’imposition exclusive en France, et cette solution est opposable aux États-Unis même lorsque ce résident est un citoyen américain, par l’effet de l’article 29 § 3 a). La même pension servie au même citoyen américain, mais résidant en France, sort du champ. Ce n’est pas la nature du produit qui commande : c’est la résidence du bénéficiaire.
Deux binationaux, la même pension AGIRC-ARRCO de 24 000 € — et deux traitements opposés
CAS A — Binational franco-américain RÉSIDANT AUX ÉTATS-UNIS
Pension AGIRC-ARRCO de source française ................. 24 000 €
Article 18 § 1, seconde branche : versement au titre d'un emploi
antérieur fait « à un résident de l'autre État contractant »
→ imposition EXCLUSIVE en France
Article 29 § 3 a) : l'avantage de l'article 18 § 1 est préservé
→ la saving clause ne permet PAS aux États-Unis de reprendre l'imposition
Élimination côté américain : article 24 § 2 a) i), foreign tax credit
IMPÔT AMÉRICAIN SUR CETTE PENSION ............................ néant
CAS B — Binational franco-américain RÉSIDANT EN FRANCE
Même pension AGIRC-ARRCO ................................ 24 000 €
Article 18 § 1, seconde branche : le bénéficiaire n'est PAS
« un résident de l'autre État contractant » — il réside en France
→ l'article 18 § 1 ne lui est pas applicable
Article 29 § 3 a) ne peut pas préserver un avantage qui n'existe pas
Article 29 § 2 : les États-Unis imposent au titre de la citoyenneté
Seule atténuation : le crédit de l'article 24 § 2 b)
IMPÔT AMÉRICAIN SUR CETTE PENSION ......... celui de son barème fédéral,
sous déduction de l'impôt
français résiduelLa différence ne tient ni au montant, ni au régime, ni à la nationalité : elle tient à la résidence, et à elle seule. C’est la raison pour laquelle un couple binational qui envisage de rentrer en France doit refaire ce calcul avant de décider, et non après.
Les cinq exceptions du b) : la carte verte comme point de bascule
Les exceptions du b) ne bénéficient qu’aux personnes physiques résidentes d’un État qui, dans cet État, sont à la fois non citoyennes etdépourvues du statut d’immigrant. Côté américain, le statut d’immigrant, c’est la carte verte. Deux conditions cumulatives, donc, et la perte d’une seule suffit à fermer les cinq stipulations d’un coup.
| Stipulation préservée | Ce qu’elle préserve | Pour qui elle est fermée |
|---|---|---|
| Article 18 § 2 — déductibilité transfrontalière des cotisations de retraite | Un cadre français installé aux États-Unis peut déduire de son revenu imposable américain ses cotisations à un régime de retraite français, dans les limites financières prévues par la législation américaine, et, s’il exerce une profession dépendante, exclure de son revenu les produits accumulés au sein du régime ainsi que les paiements de son employeur. Deux conditions cumulatives : les cotisations se rapportent à un régime auquel il était affilié AVANT son arrivée, et l’autorité compétente américaine accepte que le régime corresponde de façon générale à un régime local. Le § 2 c) ii) énonce qu’« un régime de retraite français ou tout autre régime de retraite organisé en application de la législation française sur la sécurité sociale est considéré de façon générale comme correspondant » à un régime américain | Fermée au citoyen américain et au titulaire de carte verte. Fermée aussi, par la condition d’affiliation antérieure, à celui qui ouvre son PER après son installation : le § 2 b) i) exige une affiliation avant l’arrivée |
| Article 19 — rémunérations publiques | Un fonctionnaire français en poste aux États-Unis, non citoyen américain et sans carte verte, conserve l’imposition exclusive en France de sa rémunération publique, autre qu’une pension | Fermée au citoyen et au titulaire de carte verte — et, pour ces derniers, l’article 29 § 9 créé en 2009 retourne complètement la solution : voir ci-dessous |
| Article 20 — enseignants et chercheurs | Imposition exclusive dans l’État d’origine des revenus tirés de l’enseignement ou de la recherche, pendant une période n’excédant pas DEUX ANNÉES à compter de la date d’arrivée dans l’autre État, et une seule fois dans une vie. L’article 20 s’applique en outre, par l’article 29 § 1 a) i), sans que soient pris en considération les exonérations, abattements, crédits ou autres déductions de la loi française : sur ce point la convention l’emporte alors même que le droit interne français serait plus favorable | Fermée dès l’obtention de la carte verte. Un chercheur français en J-1 qui obtient sa carte verte au milieu de la période de deux ans perd le bénéfice de l’exonération pour la période restante — c’est un arbitrage réel, et il se pose souvent au pire moment |
| Article 21 — étudiants et stagiaires | Exonération des dons reçus de l’étranger pour l’entretien et les études, des bourses et allocations, et des revenus de services personnels dans la limite d’un seuil ; régime distinct au § 2 pour le stagiaire salarié détaché, pendant douze mois consécutifs. Le § 1 c) plafonne le cumul des articles 20 et 21 à CINQ ANNÉES d’imposition au total | Fermée au titulaire de carte verte. Le titulaire d’un visa F-1 ou J-1 peut invoquer l’article 21 ; celui qui a déposé sa demande de résidence permanente et l’a obtenue, non |
| Article 31 — fonctionnaires diplomatiques et consulaires | Privilèges fiscaux préservés au profit des agents qui ne sont ni citoyens ni immigrants de l’État d’accueil | Fermée au citoyen et au titulaire de carte verte |
Le b) est le point de bascule de la carte verte, et c’est un basculement instantané.Il ne se produit pas à la fin d’une année d’imposition, il ne dépend d’aucun seuil de durée, il ne comporte aucune période de transition : le jour où la résidence permanente est accordée, les articles 18 § 2, 19, 20, 21 et 31 cessent d’être opposables aux États-Unis. Un chercheur qui négocie l’engagement de son employeur à déposer une pétition de résidence permanente doit savoir que cette pétition, une fois aboutie, lui coûtera le reliquat de son exonération de l’article 20 et la déductibilité de ses cotisations de retraite françaises. Ce n’est pas une raison de refuser la carte verte, c’est une raison d’en chiffrer le coût fiscal avant de fixer le calendrier.
Les deux textes authentiques concordent depuis l’avenant de 2009
Les deux textes de la convention font également foi. Le texte anglais de 1994 visait les personnes qui ne sont « neither citizens of, nor have immigrant status in, the United States », mais ce b) a été supprimé et remplacépar le paragraphe 2 de l’article XIII de l’avenant du 13 janvier 2009 : il vise désormais « individuals resident in a Contracting State who are neither citizens of, nor have immigrant status in, that Contracting State », ce qui est exactement la formulation de la version consolidée française.
La règle de conseil que nous appliquons — un Français titulaire d’une carte verte n’est pas couvert par le b)— se lit directement dans les deux textes en vigueur : résident des États-Unis, il y a « le statut d’immigrant », que la carte verte établit par définition. Aucune divergence de rédaction n’a besoin d’être tranchée pour y parvenir, et c’est aussi la lecture qui correspond à la pratique déclarative américaine.
Une dernière remarque de nomenclature, pour éviter une perte de temps en recherche : le § 3 b) désigne l’article 20 sous l’intitulé « Professeurs et chercheurs », alors que l’article 20 lui-même est intitulé « Enseignants et chercheurs ». Il s’agit d’une divergence de rédaction interne à la version française consolidée, sans portée juridique.
Ce qui n’est pas dans la liste — et c’est l’essentiel de votre patrimoine
Une liste limitative se lit deux fois : dans ce qu’elle contient, et dans ce qu’elle laisse dehors. Voici ce que le § 3 laisse dehors, article par article, pour un citoyen américain ou un titulaire de carte verte.
| Article non protégé | Objet | Ce que la clause de sauvegarde permet aux États-Unis |
|---|---|---|
| Article 6 | Revenus immobiliers, y compris le § 5 sur les sociétés de jouissance d’immeuble et le § 6 sur l’option pour l’imposition sur base nette | Imposer les loyers d’un immeuble français d’un citoyen américain, sans que l’attribution conventionnelle à la France y fasse obstacle |
| Article 7 | Bénéfices des entreprises et établissements stables | Imposer le bénéfice d’une entreprise exploitée en France par un citoyen américain, l’absence d’établissement stable aux États-Unis étant sans effet |
| Articles 10, 11 et 12 | Dividendes, intérêts, redevances | Imposer intégralement, sans plafond conventionnel, les dividendes et intérêts de source française d’un citoyen américain. Les plafonds de retenue de l’article 10 § 2 sont des plafonds de retenue à la source ; ils ne bornent pas l’imposition au titre de la citoyenneté |
| Article 13, sauf le § 3 a) | Plus-values immobilières (§ 1), définition élargie du bien immobilier (§ 2), navires et aéronefs (§ 4), earn-out de propriété intellectuelle (§ 5), clause balai (§ 6) | Imposer la plus-value de cession d’un appartement parisien réalisée par un citoyen américain résidant en France, et la plus-value de cession de titres que la clause balai attribuait pourtant exclusivement à l’État de résidence |
| Articles 14 et 15 | Professions indépendantes, professions dépendantes | Imposer le salaire d’un citoyen américain exercé exclusivement en France, pour un employeur français, payé par un employeur français |
| Articles 16 et 17 | Jetons de présence, artistes et sportifs | Imposer sans limite conventionnelle |
| Article 22 | Autres revenus — gains de jeux et paris, dommages-intérêts punitifs, indemnités de clause de non-concurrence, revenus de contrats financiers, commissions de prêt de titres | Imposer, alors même que le § 1 attribue ces revenus exclusivement à l’État de résidence du bénéficiaire effectif |
| Article 23 | Fortune | Sans objet en pratique du côté américain, qui ne lève aucun impôt sur la fortune. La stipulation compte en revanche pour l’IFI d’un résident des États-Unis, traité au chapitre consacré à l’IFI |
| Article 30 | Limitation des avantages | Sans portée pour une personne physique : le § 2 a) de l’article 30 fait franchir la clause d’office à toute personne physique résidente. Il est faux d’écrire qu’un expatrié doit « satisfaire à la clause de limitation des avantages » — il la satisfait par sa seule qualité de personne physique résidente |
Le constat mérite d’être formulé sans détour : aucune des exceptions du § 3 ne porte sur un revenu du capital, ni sur un revenu d’activité.Les six exceptions inconditionnelles couvrent un mécanisme de prix de transfert, une règle de partage temporel sur les biens d’un établissement stable, les pensions, et trois clauses de procédure ou de principe. Les cinq exceptions conditionnelles couvrent des situations temporaires — enseignement, études, stage, fonction publique, diplomatie — et sont fermées précisément à ceux qui se sont installés durablement. Un patrimoine ordinaire de notre clientèle — un portefeuille, un ou deux immeubles, des parts de société, une assurance-vie — n’est protégé par rien.
Il faut ajouter une précision de champ qui, elle, joue dans l’autre sens et évite un contresens fréquent. La clause de sauvegarde ne concerne que les impôts couverts par la convention, c’est-à-dire, côté américain, les impôts fédérauxsur le revenu de l’article 2 § 1 b). Les impôts des États fédérés — Californie, New York, Massachusetts — sont hors du champ conventionnel dès le départ : la réponse ministérielle à la question écrite au Sénat n° 14672, publiée le 2 juillet 2015, le confirme. Un résident de Californie ne peut donc pas opposer la convention au Franchise Tax Board, mais ce n’est pas la clause de sauvegarde qui l’en empêche : c’est l’article 2. Deux tempéraments : l’article 25 § 5 rend la clause de non-discrimination opposable à ces impôts, et l’article 29 § 7 b) prévoit que « les impôts sur le revenu perçus par les États membres et les collectivités locales des États-Unis à raison de revenus provenant de l’exercice d’une profession indépendante ou d’une activité industrielle ou commerciale… sont déductibles comme dépenses d’exploitation », à l’exclusion des revenus exonérés au titre de l’article 24 § 1 a) i) ou ii). Les prélèvements de sécurité sociale américains — FICA, SECA, Medicare — sont eux aussi exclus par l’article 2 § 1 b) i) : ils relèvent de l’accord de sécurité sociale du 2 mars 1987.
Sur la question, souvent posée, de savoir si un État accorde ou non un crédit pour impôt étranger, le raisonnement se refait État par État, en partant de l’article 2 qui limite la convention aux impôts fédéraux. C’est un point à instruire avec un CPA de l’État concerné, et non une règle générale qui pourrait s’énoncer une fois pour toutes.
Faire l’inventaire des exceptions avant de faire l’inventaire des revenus
Pour un client citoyen américain ou titulaire d’une carte verte, la première chose que nous produisons n’est pas un tableau de revenus : c’est la liste des stipulations conventionnelles qui lui restent réellement opposables, et de celles qui ne le sont pas. C’est ce tri qui dit ce que la convention vaut dans son dossier — et il conduit, plus souvent qu’on ne le croit, à conclure qu’elle ne vaut presque rien. Les points relevant du droit américain sont instruits avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis.
Les autres paragraphes de l’article 29, qui ne sont pas des paragraphes mineurs
L’article 29 ne se réduit pas à ses paragraphes 2 et 3. Sept autres en composent le reste, et trois d’entre eux commandent des situations fréquentes.
Le § 1 est une clause de faveur, et elle joue dans votre sens.« La présente Convention ne réduit en aucune manièreles exonérations, abattements, crédits ou autres déductions qui sont ou pourront être accordés par : a) i) la législation française, dans le cas d’un résident des États-Unis au sens de l’article 4 ou d’un citoyen des États-Unis ; a) ii) la législation américaine ; ou b) un autre traité entre les États contractants. » Le principe est celui de la non-aggravation : la convention ne peut jamais placer le contribuable dans une situation plus défavorable que le droit interne. Notez la rédaction du a) i), qui vise, à côté du résident des États-Unis, « un citoyen des États-Unis » sans condition de résidence : la clause de faveur française bénéficie donc aussi au citoyen américain résident de France. Quatre séries de stipulations y échappent expressément — l’article 6 § 5, l’article 19, l’article 20 et l’article 24 — pour lesquelles la convention l’emporte même si le droit interne était plus favorable.
Le § 5 interdit l’imposition forfaitaire d’après la valeur locative ; il faut savoir qu’il est sans objet aujourd’hui.Le texte dispose qu’un résident d’un État contractant qui dispose d’une ou plusieurs résidences sur le territoire de l’autre État « ne peut être soumis dans cet autre État à un impôt sur le revenu sur une base forfaitaire déterminée d’après la valeur locative » de ces résidences. Cette stipulation neutralisait l’article 164 C du CGI, qui soumettait les non-résidents disposant d’une habitation en France à une base forfaitaire égale à trois fois sa valeur locative réelle. Cet article a été abrogé, à compter du 1er janvier 2016, par le V de l’article 21 de la loi n° 2015-1786 du 29 décembre 2015 de finances rectificative pour 2015, à la suite de la décision du Conseil d’État du 11 avril 2014 (n° 332885), qui a jugé cet article contraire à la libre circulation des capitaux. La stipulation conventionnelle est aujourd’hui sans objet en droit interne français ; elle ne conserve qu’une portée préventive à l’égard de toute réintroduction d’une imposition forfaitaire de même nature. Elle ne doit pas être présentée comme une protection active.
Le § 7 a) aligne la qualification française des stock-options sur la qualification américaine, et il ne le fait que dans un sens.Pour l’imposition par la France des résidents de France citoyens américains, « les avantages, autres que les gains en capital, obtenus en raison de la levée d’une option d’achat d’actions d’une société résidente des États-Unis sont considérés comme des revenus lorsque, et dans la mesure où, la levée de l’option ou l’aliénation des actions donne naissance à un revenu ordinaire pour l’application de l’impôt américain ». C’est une règle de qualification, au seul bénéfice de l’imposition par la France des binationaux — et non une règle de répartition. La convention ne comporte aucune clause de répartition pro rata temporisdu gain d’acquisition entre les deux États.
Le § 9, créé en 2009, retourne l’article 19 pour les agents publics français.« Nonobstant les dispositions de l’article 19, les rémunérations, autres que les pensions, payées par la France ou l’une de ses collectivités locales ou l’une de ses personnes morales de droit public à une personne physique au titre de services rendus à la France… ne sont imposables qu’aux États-Unis si les services sont rendus aux États-Unis et si la personne physique est un résident des États-Unis et en possède la nationalité ou est un étranger admis à séjourner en permanence aux États-Unis. » Le § 9 étend au titulaire de carte verte la solution que l’article 19 § 1 b) réservait aux nationaux, et il est unilatéral : il ne vise que les rémunérations payées par la France. Pour l’agent public français recruté localement aux États-Unis et titulaire d’une carte verte, la conjonction du § 3 b) — qui lui ferme l’article 19 — et du § 9 — qui attribue l’imposition aux seuls États-Unis — produit un résultat cohérent et rarement anticipé.
Les trois derniers paragraphes se citent pour mémoire, mais l’un d’eux est un verrou. Le § 4exonère de droits de timbre boursiers, dans l’État d’origine de l’ordre, les transactions sur valeurs mobilières exécutées dans l’autre État par l’intermédiaire d’une bourse. Le § 6réserve intégralement l’imposition américaine du revenu dit excess inclusionafférent aux droits résiduels d’un Real Estate Mortgage Investment Conduit, au sens de la section 860 G de l’Internal Revenue Code : la convention ne l’affecte en rien. Le § 8, enfin, réserve aux seules autorités compétentes la question de savoir si une mesure relève de la convention, et dispose que lorsqu’une mesure fiscale en relève, seules les clauses de non-discrimination de la convention s’appliquent, à l’exclusion de celles de tout autre traité, réserve faite du GATT pour le commerce des marchandises. C’est un verrou contre l’invocation d’un traité d’amitié ou d’un accord d’investissement à l’encontre d’une mesure fiscale.
Mode d’emploi : six situations, la clause, l’exception, et ce qu’il vous reste
Tout ce qui précède est du droit. Ce qui suit est de la pratique : six profils que nous rencontrons chaque mois, et pour chacun la même trilogie — la clause vous atteint-elle, quelle exception joue, que vous reste-t-il réellement.
1. Le binational franco-américain qui vit en France
La clause vous atteint intégralement.Vous êtes citoyen des États-Unis : la première branche du § 2 vous vise, sans condition de résidence, sans condition de durée, sans condition de lien avec le territoire américain. Il faut ajouter un point que la plupart des conseils français ignorent : dans votre situation, la double résidence conventionnelle n’existe le plus souvent même pas. Le départage de l’article 4 § 4 ne joue que lorsqu’une personne est résidente des deux États « selon les dispositions des paragraphes 1 et 2 », et le § 2 a) refuse déjà à la France de considérer comme résident des États-Unis le citoyen américain ou le titulaire de carte verte qui n’y séjourne pas à titre principal. Vous n’avez donc pas de tie-breakerà gagner : vous êtes résident de France, point, et les États-Unis vous imposent en parallèle au titre de la citoyenneté.
Les exceptions qui jouent. Toutes celles du § 3 a), et elles ne sont pas négligeables. Votre pension française de sécurité socialeéchappe intégralement à l’impôt américain — c’est la première branche de l’article 18 § 1, étendue aux citoyens américains en 2009, et la Technical Explanationdu protocole parle d’« exclusive jurisdiction » de la France. L’article 24 reste opposable : c’est lui qui organise la totalité des crédits qui vous évitent la double imposition pleine. L’article 25 vous protège d’une discrimination fondée sur la nationalité, y compris devant un État fédéré par le jeu de son § 5. L’article 26 vous ouvre la procédure amiable et l’arbitrage — et vous pouvez saisir l’autorité compétente de l’État dont vous possédez la nationalité, donc l’IRS, sans passer par la DGFiP.
Ce qui ne joue pas, et qu’on vous a probablement dit l’inverse.Votre retraite complémentaire AGIRC-ARRCO, votre régime d’entreprise, votre PER : la seconde branche de l’article 18 § 1 ne vise que les versements faits « à un résident de l’autre État contractant », et vous n’en êtes pas un. Les États-Unis imposent ces rentes au titre de la citoyenneté, sous le seul bénéfice du crédit de l’article 24 § 2 b). L’article 18 § 2, qui aurait pu rendre déductibles vos cotisations, vous est fermé par le § 3 b), qui exclut les citoyens.
Ce qu’il vous reste, et il faut aller le chercher.Le levier le plus puissant de votre dossier n’est pas dans l’article 29 : il est au § 1 b) de l’article 24. Lorsque le bénéficiaire est une personne physique à la fois résidente de France et citoyenne des États-Unis, le crédit du i) — celui qui est égal à l’impôt français, donc qui produit une exonération française de fait — est étendu aux dividendes de sociétés américaines, aux intérêts et aux redevances de source américaine, à condition que le payeur relève de l’une des quatre catégories aa) à dd) : les États-Unis eux-mêmes ou une subdivision politique ; une société dont la principale catégorie d’actions fait l’objet de transactions importantes et régulières sur un marché boursier réglementé ; une société résidente des États-Unis dont vous détenez moins de 10 %des droits de vote et dont moins de 50 % sont détenus par des résidents de France ; ou un résident des États-Unis dont au plus 25 % du revenu brut de l’exercice précédent provenait de l’étranger. Le § 1 b) s’étend aussi aux gains en capital d’aliénation des biens générant ces revenus, aux bénéfices tirés d’opérations sur un marché public d’options ou à terme situé aux États-Unis, aux revenus qui seraient exonérés au titre des articles 20 ou 21 si vous n’étiez pas citoyen, et aux pensions alimentaires et rentes viagères de source américaine.
Le § 1 b) a une condition de forme, et elle est éliminatoire
Dernier alinéa du § 1 b) : « Les dispositions du présent b sont applicables uniquement si le résident de France qui est un citoyen des États-Unis prouve qu’il a satisfait à ses obligations relatives à l’impôt fédéral sur le revenu aux États-Unis, et après réception par l’administration fiscale française de toute attestation requise par l’autorité compétente française, ou sur demande en restitution de l’impôt payé formulée auprès de l’administration fiscale française et accompagnée de toute attestation requise. »
Autrement dit : le seul mécanisme qui neutralise véritablement la double imposition des revenus de source américaine d’un binational résident de France est conditionné à sa conformité déclarative américaine. Le binational qui n’a jamais déposé de 1040 ne peut pas l’invoquer. C’est la raison, très concrète, pour laquelle une régularisation américaine n’est pas seulement une opération défensive : elle ouvre un droit français.
Deux disqualifiants du § 1 b) méritent d’être signalés, parce qu’ils frappent des profils courants. Un dividende versé par une petite société américaine non cotée, détenue à 15 % par le binational, n’en bénéficie pas : ni le cc), dont le seuil de 10 % est dépassé, ni le bb), qui suppose la cotation. Et une société américaine dont plus de 25 % du revenu brut est de source étrangère — holding internationale, société à filiales européennes — fait perdre le bénéfice du § 1 b) à ses actionnaires binationaux résidents de France par l’effet du dd). C’est un paramètre de structuration, et il se vérifie avant la souscription, pas au moment de la déclaration.
Deux dernières choses jouent en votre faveur. La CSG et la CRDS entrent dans le champ de la conventionet sont créditables sur l’impôt fédéral américain, avec un délai de dix ans pour les réclamations ; cette réclamation est réservée au salariéet fermée à l’employeur, l’IRS énonçant que les employeurs américains ne peuvent pas demander de remboursement au titre d’un crédit d’impôt étranger pour la CSG et la CRDS retenues ou payées pour le compte de leurs salariés. Le montage consistant à faire porter la réclamation par l’employeur est donc exclu. Et l’article 29 § 7 a) aligne la qualification française du gain de levée de vos stock-options américaines sur la qualification américaine, ce qui évite au moins une divergence de catégorie.
Le crédit d’impôt étranger sur la net investment income tax : un contentieux, pas un droit
Christensen v. United States, 168 Fed. Cl. 263, U.S. Court of Federal Claims, décision du 23 octobre 2023, dossier n° 20-935T. La cour a jugé que l’article 24(2)(a) de la convention franco-américaine, qui accorde le crédit « in accordance with the provisions and subject to the limitations of the law of the United States », restait bridé par l’architecture interne de l’Internal Revenue Code ; c’est l’article 24(2)(b), dépourvu de ce renvoi, qui a fondé l’imputation du crédit d’impôt étranger sur la net investment income taxdu § 1411. Appel du gouvernement américain, dossier n° 24-1284 devant le United States Court of Appeals for the Federal Circuit ; plaidoirie tenue le 3 mars 2026 devant les juges Chen, Hughes et Stark. Aucune décision d’appel n’est publiée au 29 juillet 2026.
Deux décisions de première instance ont admis cette imputation ; le gouvernement américain a fait appel et les plaidoiries se sont tenues le 3 mars 2026 devant le Federal Circuit. Aucune décision d’appel n’est publiée au 29 juillet 2026.L’issue n’étant pas acquise, aucune réclamation ne doit être engagée sans l’avis d’un CPA américain, et le bénéfice éventuel ne doit jamais être intégré à un chiffrage de rendement.
Il ne faut en déduire ni que toute clause d’élimination des doubles impositions produirait le même effet — la solution dépend de la présence ou de l’absence du renvoi au droit interne américain dans le paragraphe invoqué —, ni que la question serait tranchée.
2. Le titulaire de carte verte rentré en France
La clause vous atteint, mais par une porte que vous pouvez fermer. Tant que vous êtes résident des États-Unis au sens de l’article 4, la première branche du § 2 vous vise exactement comme un citoyen. Or, à la différence du citoyen, vous pouvez cesser de l’être : si vous obtenez le départage de l’article 4 § 4 en faveur de la France — foyer d’habitation permanent, puis centre des intérêts vitaux, puis séjour habituel, puis nationalité —, vous n’êtes plus, pour la convention, un résident des États-Unis, et la clause de sauvegarde cesse de vous atteindre par cette branche. C’est la différence fondamentale entre votre situation et celle du citoyen : la carte verte se rend, la citoyenneté ne se dépose pas comme un formulaire.
Ce que cette porte coûte, et ce qu’elle ne rapporte pas.La position conventionnelle se matérialise par un formulaire : le Form 8833 (Treaty-Based Return Position Disclosure, section 6114 de l’IRC), et il est obligatoirepour un titulaire de carte verte invoquant l’article 4 § 4, en vertu du Treas. Reg. § 301.7701(b)-7 b) et c). La Publication 519 précise par ailleurs qu’invoquer un départage conventionnel dans un autre pays peut conduire à une date de fin de résidence antérieureau 31 décembre — ce qui est en soi un avantage de calendrier. Mais deux conséquences doivent être écrites en toutes lettres avant qu’un client ne dépose ce formulaire.
Ce que le départage conventionnel ne vous dispense pas de faire
Une position conventionnelle de non-résidence régulièrement prise — 1040-NR accompagné du Form 8833 — ne dispense d’aucune obligation d’information, sauf d’une seule.
- Le Treas. Reg. § 301.7701(b)-7(a)(3) traite le dual resident taxpayer comme un résidentdes États-Unis pour toutes les fins du Code autres que le calcul de l’impôt sur le revenu, et cite expressément la détermination du statut de controlled foreign corporation du § 957. Form 5471, Form 8865, Form 8858, Form 3520 et 3520-A, Form 8621 : tous restent dus.
- Le Form 8938fait l’objet d’une dispense propre, au Treas. Reg. § 1.6038D-2(e)(2), à la double conditiond’un dépôt en temps utile du Form 1040-NR accompagné du Form 8833, et seulement pour la fraction de l’année couverte par ce 1040-NR— jamais pour l’année entière.
- Le FBARsurvit également au départage, mais par un chemin distinct : il ne relève pas du Code, il relève du Bank Secrecy Act. C’est le 31 CFR § 1010.350(b)(2) qui définit le United States person comme « an individual who is a resident alien under 26 U.S.C. 7701(b) and the regulations thereunder but using the definition of "United States" provided in 31 CFR 1010.100(hhh) ». Le renvoi aux « regulations thereunder » embarque le règlement -7(a)(3) ; la substitution de définition géographique élargit en outre le champ aux territoires et possessions.
La seconde conséquence est du ressort de l’immigration, et elle est plus lourde que la première : le dépôt d’une déclaration de non-résident nourrit une présomption d’abandon de la résidence permanente, dont la base réglementaire est opposable — 8 CFR § 316.5(c)(2). Ce n’est pas une pratique de guichet, c’est un règlement. Si vous entendez conserver votre carte verte pour une raison quelconque — un retour envisagé, un enfant scolarisé, une naturalisation en cours —, la position conventionnelle est à écarter, et elle doit l’être après consultation d’un avocat en immigration, jamais d’un fiscaliste seul.
Les exceptions qui jouent, et celles qui restent fermées.Tant que vous détenez la carte verte, le § 3 b) vous est fermé : les articles 18 § 2, 19, 20, 21 et 31 ne vous sont pas opposables contre les États-Unis, puisque vous avez « dans cet État, le statut d’immigrant ». Le § 3 a) joue en revanche pleinement : pension française de sécurité sociale, crédits de l’article 24, non-discrimination, procédure amiable.
Le compteur qu’il faut arrêter de mal calculer. Le seuil de huit années d’imposition sur quinze qui fait de vous un long-term resident pour le régime d’expatriation peut être atteint en six ans et six jours calendaires : carte verte reçue le 28 décembre de l’année N, formulaire I-407 déposé le 3 janvier de l’année N+7, soit les années d’imposition N à N+7 — huit années. Le raccourci est d’un peu moins de deux années. Ne fondez aucune décision de calendrier sur un décompte en années pleines de détention.
3. Le retraité américain installé en France
C’est le seul des six profils pour lequel la convention fonctionne à peu près comme le lecteur l’attend — et c’est parce que ses revenus sont, presque tous, dans la liste du § 3 a).
La clause vous atteint, et l’exception la neutralise sur l’essentiel. Votre Social Securityaméricaine relève de la première branche de l’article 18 § 1 : versée à un résident de l’autre État contractant, elle n’est imposable qu’aux États-Unis. Vos distributions de 401(k), de 403(b) ou d’un plan d’employeur relèvent de la seconde branche — sommes versées dans le cadre d’un régime de retraite au titre d’un emploi antérieur, payées à un résident de l’autre État contractant — : elles sont, elles aussi, imposables aux seuls États-Unis. Et l’article 29 § 3 a) préserve l’ensemble contre la clause de sauvegarde.
Distribution annuelle d’un 401(k) de 50 000 €, retraité citoyen américain résidant en France
Distribution annuelle du 401(k) ............................. 50 000 €
DROIT D'IMPOSER
Article 18 § 1, seconde branche : plan constitué aux États-Unis,
versement au titre d'un emploi antérieur, bénéficiaire résident de France
→ ÉTATS-UNIS EXCLUSIVEMENT
Article 29 § 3 a) : l'avantage est préservé contre la saving clause
IMPÔT AMÉRICAIN (hypothèse de taux effectif 22 %)
50 000 x 22 % ............................................. 11 000 €
CÔTÉ FRANÇAIS
Base française : le revenu ENTRE dans la base
(il n'existe pas d'exemption d'assiette dans cette convention) 50 000 €
Crédit de l'article 24 § 1 a) i) — l'article 18 ne figure PAS
dans la liste du iii) — égal à l'impôt français correspondant
→ EXONÉRATION
IMPÔT FRANÇAIS NET SUR LA PENSION .............................. 0 €
EFFET RÉSIDUEL, QUI N'EST PAS NUL
Le revenu relève le TAUX MOYEN appliqué à vos autres revenus français.
Sur un foyer qui perçoit par ailleurs des revenus fonciers français,
c'est le seul poste réellement chiffrable de l'opération.La démonstration vaut en sens inverse pour la pension française d’un résident des États-Unis : imposable en France seule, avec foreign tax credit américain au titre de l’article 24 § 2 a) i).
Ce qu’il vous reste à surveiller, et ce n’est pas rien.D’abord, la symétrie entre l’individual retirement accountaméricain et le PER individuel français n’est pas acquise. La condition de la seconde branche de l’article 18 § 1 est une condition d’« emploi antérieur » ; un traditional IRAalimenté par cotisations individuelles, sans lien avec un emploi salarié, pose exactement la même difficulté qu’un PER individuel — a fortiori hors rolloverd’un plan d’employeur. Nous traitons ce point comme incertain, et non comme acquis. Il doit être arbitré avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis avant tout acte irréversible, en particulier avant une consolidation de plans ou une conversion.
Ensuite, l’article 18 attribue le droit d’imposer. Il ne dit rien de l’assiette : ni du traitement des produits capitalisés en franchise dans l’État de la source, ni du traitement de la basis— la fraction non imposable correspondant aux cotisations déjà taxées —, ni de la conversion d’un plan en Roth. Ces questions relèvent du droit interne de chaque État et se règlent avec un CPA, pas avec le texte conventionnel.
Enfin, si vous percevez également une pension privée française, revenez au cas n° 1 : elle n’est pas protégée, parce que vous n’êtes pas un résident de l’autre État contractant à son égard. Un retraité binational qui perçoit une Social Securityaméricaine, un 401(k) et une retraite AGIRC-ARRCO française voit donc les deux premiers protégés et le troisième exposé. C’est contre-intuitif, c’est textuel, et c’est presque toujours restitué à l’envers.
4. Le conjoint français d’un citoyen américain
La clause ne vous atteint pas — tant que vous ne faites rien.Vous n’êtes ni citoyen des États-Unis, ni résident des États-Unis au sens de l’article 4. La première branche du § 2 ne vous vise pas. Le mariage, en lui-même, ne vous fait entrer ni dans le champ de la clause, ni dans celui de l’impôt fédéral américain. C’est un point qu’il faut dire d’emblée, parce que beaucoup de conjoints français vivent avec l’idée inverse.
Deux événements vous y font entrer.Le premier est l’installation aux États-Unis : dès que vous devenez résident par le substantial presence testou par l’obtention d’une carte verte, vous êtes un « résident au sens de l’article 4 » et la clause vous vise. Le second est l’élection du § 6013(g), par laquelle le conjoint non-résident accepte d’être traité comme un résident aux fins de l’impôt sur le revenu, afin de permettre au couple de déposer une déclaration conjointe.
Ce qu’il vous reste si vous vous installez sans être naturalisé.C’est la bonne nouvelle du profil : aussi longtemps que vous n’êtes ni citoyen ni titulaire d’une carte verte, le § 3 b) vous est ouvert. Vous pouvez donc invoquer l’article 18 § 2 pour déduire de votre revenu imposable américain vos cotisations à un régime de retraite français auquel vous étiez affilié avant votre arrivée. Vous pouvez invoquer l’article 20 si vous venez enseigner ou chercher, l’article 21 si vous venez étudier ou effectuer un stage, l’article 19 si vous êtes agent public français. Ces stipulations sont fermées à votre conjoint et ouvertes à vous. C’est l’une des rares asymétries qui joue dans le bon sens, et elle disparaît le jour de votre naturalisation ou de l’obtention de votre carte verte.
Avant de signer l’élection du § 6013(g) : la question exacte à poser
L’élection du § 6013(g) est un arbitrage, pas une formalité. Elle se compare au dépôt séparé, dont le barème 2026 est exactement la moitiédu barème conjoint, seuil par seuil, sur toute la courbe — la rupture n’est pas là : elle est avec le célibataire, qui n’atteint 37 % qu’à 640 600 $ quand le conjoint déposant séparément y entre dès 384 350 $. S’y ajoute que trois des quatre déductions nouvellesissues de la loi du 4 juillet 2025 — seniors, pourboires, heures supplémentaires — exigent le dépôt conjoint pour un contribuable marié : le dépôt séparé les ferme mécaniquement.
Mais l’enjeu principal n’est pas là. Il est de savoir si l’élection fait entrer l’intégralité de votre patrimoine françaisdans le champ du FBAR et du Form 8938. La question à poser à un avocat fiscaliste américain, dans ces termes : le conjoint non-résident traité comme résident aux fins de l’impôt sur le revenu devient-il United States person au sens du 31 CFR 1010.350(b), dont la définition renvoie au § 7701(b) sans mentionner l’élection ? Et specified individual au sens du Treas. Reg. § 1.6038D-1(a)(1) ?Ce point doit être arbitré avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis avant tout acte irréversible. Pièces à réunir : relevés de tous vos comptes financiers français au 31 décembre des six dernières années, contrats d’assurance-vie et relevés annuels, parts de sociétés françaises et pactes d’associés.
Un dernier point, qui ne relève pas de l’article 29 mais qui décide de la valeur de tout le reste dans votre couple. Si votre conjoint venait à renoncer à la citoyenneté américaine en étant covered expatriate, les transmissions qu’il vous consentirait ensuite tomberaient sous la section 2801 tax. La franchise conjugale de 194 000 $ que l’on rencontre dans la littérature n’existe pas dans ce contexte : l’exception conjugale du § 2801 renvoie à la déduction maritale des §§ 2523 ou 2056, et l’hypothèse substituée porte sur la citoyenneté du covered expatriate, jamais sur celle du conjoint receveur. Si le conjoint receveur est citoyen américain, l’exception est totale ; s’il ne l’est pas — conjoint français non naturalisé, titulaire de carte verte —, les §§ 2523(i)(1) et 2056(d)(1)(A) refusent toute déduction maritale et l’exception est de zéro. Seule subsiste la franchise de 19 000 $par année civile, tous donateurs confondus. Le sujet est développé au chapitre consacré à l’estate tax et à la convention successorale de 1978 ; il est cité ici pour une seule raison : la naturalisation du conjoint receveur est, sur ce point précis, un paramètre de plusieurs centaines de milliers de dollars.
5. L’Américain accidentel qui n’a jamais vécu aux États-Unis
La clause vous atteint intégralement, et le fait que vous n’ayez jamais mis les pieds là-bas n’y change rien.Le § 2 vise « leurs citoyens ». Il ne pose aucune condition de présence, de lien économique, de conscience du statut ou de possession d’un passeport. Vous êtes né dans un hôpital américain pendant l’expatriation de vos parents, ou d’un parent américain à Neuilly : vous êtes citoyen des États-Unis, et la convention leur permet de vous imposer sur vos revenus mondiaux comme si elle n’existait pas.
Les exceptions qui jouent.Celles du § 3 a), donc votre pension française de sécurité sociale le jour venu, les crédits de l’article 24, la non-discrimination, la procédure amiable. Et voici le piège qui rend votre profil particulier : le mécanisme le plus protecteur pour vous, le crédit majoré du § 1 b) de l’article 24, est conditionné à la preuve que vous avez satisfait à vos obligations relatives à l’impôt fédéral sur le revenu aux États-Unis. Or c’est précisément ce que vous n’avez jamais fait. La convention vous prend donc par les deux bouts : elle vous soumet à l’impôt américain sans condition, et elle subordonne votre principale protection française à une conformité que vous n’avez pas.
Ce qu’il vous reste, et c’est plus que ce qu’on vous a dit.La littérature française répète volontiers qu’il n’y a pas de sortie. C’est faux. Le § 877A(g)(1)(B) de l’Internal Revenue Code comporte deux exceptions légales qui écartent le statut de covered expatriate alors même que les seuils de revenu ou de patrimoine sont franchis — et elles sont faites pour les binationaux franco-américains.
| Exception | Conditions cumulatives |
|---|---|
| Binational de naissance | (1) être devenu à la naissance citoyen des États-Unis et citoyen d’un autre État ; (2) à la date d’expatriation, être toujours citoyen de cet autre État et y être imposé comme résident ; (3) avoir été résident des États-Unis au sens du § 7701(b)(1)(A)(ii) pendant dix exercices au plus sur les quinze qui se terminent avec celui de l’expatriation |
| Renonciation avant 18 ans et demi | (1) la renonciation intervient avant l’âge de 18 ans et demi ; (2) l’intéressé a été résident des États-Unis pendant dix exercices au plus avant la date de renonciation |
Ce que ces exceptions n’écartent pas, et c’est là que tout se joue. Le § 877A(g)(1)(B) ne neutralise que les tests de revenu et de patrimoine. Le test de conformité du § 877(a)(2)(C) demeure : sans certification sur Form 8854 du respect des obligations fiscales des cinq exercices précédents, le binational de naissance redevient covered expatriate, et avec lui la totalité du § 2801, qui frappera à 40 % et sans limite de temps les héritiers américains qu’il pourrait avoir. Pour votre profil, la certification est la seule chose qui compte.
Une seconde voie existe et elle est plus courte, si vous entrez dans ses conditions : les Relief Procedures for Certain Former Citizens, ouvertes aux anciens citoyens ayant renoncé après le 18 mars 2010, sans historique déclaratif, qui ne dépassent pas le seuil d’impôt fédéral net moyen du § 877(a)(2)(A), dont le patrimoine net est inférieur à 2 000 000 $à la date d’expatriation comme à celle du dépôt, et dont la dette fiscale cumulée n’excède pas25 000 $sur six ans. Le bénéfice : aucun impôt, aucune pénalité, aucun intérêt, et pas de statut de covered expatriate. Une réserve doit figurer dans le même mouvement : ces procédures sont offertes « without a specific termination date » — elles peuvent être fermées à tout moment, l’IRS s’engageant seulement à l’annoncer avant de les clore. Un dossier éligible aujourd’hui ne le sera pas nécessairement dans deux ans.
Sur la régularisation elle-même, un point de méthode vaut, sur un patrimoine français de 900 000 €, environ 45 000 €. Les Streamlined Foreign Offshore Procedures, sans pénalité, supposent de satisfaire un test de non-résidence — et ce test diffère selon votre statut. Pour un citoyen américain ou un titulaire de carte verte, il faut, dans au moins une des trois dernières années d’imposition dont la date de dépôt est échue, ne pas avoir eu d’abode aux États-Unis etavoir été physiquement hors des États-Unis pendant au moins 330 jours pleins. Pour un Américain accidentel qui vit en France depuis toujours, c’est évidemment acquis. Appliquer par erreur l’autre test oriente vers la procédure domestique, qui coûte 5 % de la valeur agrégée la plus élevée des actifs en défaut.
Enfin, le coût administratif de la renonciation elle-même a été divisé par plus de cinq : le droit de traitement de la demande de certificat de perte de nationalité est passé de 2 350 $ à 450 $ par une règle finale publiée au 91 FR 12296, effective le 13 avril 2026, sans rétroactivité ni remboursement pour ceux qui ont payé l’ancien montant. La règle temporaire du 9 juin 2026, qui modifie le barème du 22 CFR 22.1 du 1er juillet au 31 décembre 2026, ne concerne pas ce droit : elle crée un droit distinct de 750 $ pour un rendez-vous accéléré de visa B1/B2. Le tarif de 450 $ n’est assorti d’aucune date d’extinction, mais le barème consulaire est révisé périodiquement et se revérifie avant tout rendez-vous.
6. Le Français devenu citoyen américain après vingt ans à New York
La clause vous atteint pour la vie, et vous l’avez choisi sans qu’on vous l’explique.Le jour de votre naturalisation, trois choses se sont produites simultanément. Vous êtes entré dans la première branche du § 2, définitivement et où que vous viviez ensuite. Vous avez perdu, si vous ne les aviez pas déjà perdues avec la carte verte, les cinq stipulations du § 3 b). Et vous avez basculé du côté des personnes pour lesquelles les deux exceptions du § 877A(g)(1)(B) sont fermées : vous n’étiez pas binational à la naissance, et vous n’avez évidemment pas renoncé avant vos dix-huit ans et demi.
Ce qui vous attend si vous renoncez. Les trois tests du covered expatriatevous sont applicables sans exception : un impôt fédéral net moyen des cinq années précédentes supérieur à 211 000 $pour 2026 — il s’agit d’un montant d’impôt payé, non de revenu perçu ; un patrimoine net supérieur à 2 000 000 $à la date d’expatriation, montant non indexédepuis 2008 ; ou le défaut de certification de conformité fiscale des cinq exercices précédents sur Form 8854. L’exclusion de gain applicable à la mark-to-market tax est de 910 000 $ pour 2026.
Le rebasement à l’entrée en résidence vous est ouvert — et le texte n’est pas celui qu’on cite
La plus-value accumulée avant votre arrivée n’entre pas dans l’assiette de l’exit tax américaine.Le § 877, régulièrement invoqué, a été neutralisé par sa propre clause d’extinction : « This section shall not apply to any individual whose expatriation date… is on or after the date of the enactment of this subsection » (26 USC § 877(h), introduit par le HEART Act, Pub. L. 110-245, 17 juin 2008). La disposition en vigueur est le § 877A(h)(2) : « property which was held by an individual on the date the individual first became a resident of the United States (within the meaning of section 7701(b)) shall be treated as having a basis on such date of not less than the fair market value of such property on such date ».
Deux différences de portée avec le texte abrogé : le bénéficiaire est toute personne physique devenue résidente après avoir été non-résidente — donc aussi le Français naturalisé américain qui renonce à sa nationalité, et pas seulement l’ancien titulaire de carte verte ; et la date de référence est la residency starting dateau sens du § 7701(b), non une date d’installation appréciée en fait.
Ce que cela impose de faire, et dans les semaines de l’installation, pas dix ans plus tard : documenter et conserver la valeur vénale de chaque actif à la date exacte de la residency starting date. Expertises immobilières, relevés de portefeuille datés, valorisations de parts sociales. Sans cette photographie, le rebasement existe en droit et ne se prouve pas en fait.
Il faut nommer ici ce qui est pénible, parce que c’est votre situation exacte : vous êtes arrivé il y a vingt ans, personne ne vous a dit de faire cette photographie, et il est trop tard pour la prendre. Ce qui peut encore se faire, c’est une reconstitution à partir de pièces datables — actes notariés d’acquisition, relevés de portefeuille archivés, comptes annuels et rapports d’évaluation de sociétés non cotées, avis d’imposition français de l’époque. Elle est plus fragile qu’une expertise contemporaine, elle prend plusieurs mois, et elle doit être conduite avant, jamais après, le dépôt du Form 8854.
Et ce n’est pas fini le jour de la renonciation.La seconde phrase de l’article 29 § 2 vous rattrape : ancien citoyen, vous pouvez être imposé pendant dix anssuivant la perte du statut, conformément à la législation fiscale américaine, sur les revenus de source américaine ou considérés comme tels — sans qu’aucun article répartiteur de la convention y fasse obstacle. Si vous conservez un immeuble à Brooklyn, un portefeuille chez un intermédiaire américain ou une participation dans une société américaine, la clause vaut pour eux.
Le point que la convention ne traite pas du tout, et qui coûtera le plus cher : l’État de New York.La convention ne lie que l’État fédéral. New York applique ses propres critères, et deux voies statutaires permettent de perdre la qualité de résident sans changer de domicile. La règle des 30 jours, au § 605(b)(1)(A)(i) de la Tax Law, exige cumulativement de ne maintenir aucun logement permanent dans l’État, d’en maintenir un hors de l’État, et de ne pas y passer plus de trente jours dans l’année. La règle des 548 jours, au § 605(b)(1)(A)(ii), exige d’être présent au moins 450 jours dans un ou plusieurs pays étrangersau cours d’une période de 548 jours consécutifs, sans que ni vous, ni votre conjoint, ni vos enfants mineurs ne passiez plus de 90 joursdans l’État pendant cette période. Pour un Français quittant New York pour la France, la règle des 548 jours est l’outil de première intention, à condition d’être documentée jour par jour : elle ne suppose aucun contrat de travail, elle n’est pas plafonnée en revenus incorporels, mais elle impose le déplacement de la famille. Rappel de méthode qui décide de bien des dossiers : « any part of a day spent in New York State » compte pour un jour entier. Le détail de ces régimes appartient au chapitre consacré au choix de l’État.
Six profils, six réponses différentes — et la vôtre n’est dans aucun tableau générique
La clause de sauvegarde ne se lit pas : elle se croise avec votre statut d’immigration, la date d’acquisition de ce statut, votre résidence effective et la nature exacte de chacun de vos revenus. Nous produisons ce croisement ligne à ligne, et nous écrivons noir sur blanc les points que nous ne tranchons pas, avec la question à poser au conseil américain et les pièces à réunir.
Ce que la clause coûte à ceux qui n’ont rien choisi
Il faut le dire simplement, parce que c’est vrai et parce qu’aucun guide commercial ne le dit : l’article 29 § 2 frappe des gens qui n’ont pris aucune décision. Un enfant né dans un hôpital de Boston pendant l’expatriation de deux ans de ses parents. Un adulte de cinquante ans qui apprend son statut au moment où sa banque française lui demande de signer un formulaire d’auto-certification. Un conjoint qui a accepté une déclaration conjointe sans savoir qu’elle pourrait faire entrer son propre patrimoine dans un champ déclaratif étranger. Une veuve qui découvre, au règlement de la succession, que la retraite complémentaire de son mari était imposable dans un pays où il n’avait pas vécu depuis trente ans.
Ce qui est pénible mérite d’être nommé, et nous ne le maquillons pas. Le premier coût est un coût de temps et de conformité, et il est permanent : une déclaration fédérale par an, à vie, indépendamment de tout impôt dû ; un FBAR distinct ; le cas échéant un Form 8938 ; un Form 8621 par fonds détenu et par an dès lors que le patrimoine financier français est investi en OPCVM. Le coût de préparation croît avec le nombre de lignes de fonds et d’entités : c’est le seul facteur que nous puissions énoncer honnêtement, et il faut demander un devis nominatif au CPA avant de s’engager, pas après.
Le deuxième coût est un coût de renoncement patrimonial. Les enveloppes françaises que tout conseiller recommanderait à un résident de France — assurance-vie multisupport, PEA, PER — perdent une part importante de leur intérêt, et deviennent parfois l’actif le plus coûteux du patrimoine, une fois le regard américain posé dessus. Le chapitre consacré aux enveloppes françaises détaille cette chaîne : elle est longue, chacun de ses maillons est mal traité en français, et deux des impasses que l’on vous décrira n’en sont pas.
Le troisième coût est le plus difficile à faire admettre : aucun conseil français ne peut trancher seul un point américain, et aucun conseil américain ne tranchera seul un point français. Un dossier franco-américain suppose deux professionnels qui se parlent, ce qui coûte plus cher qu’un seul et prend plus de temps. Nous préférons l’écrire que de laisser croire l’inverse.
Ce qui peut encore se faire, et dans quel ordre
La clause de sauvegarde n’est pas une fatalité indifférenciée. Elle laisse subsister des droits réels, et la plupart des dossiers que nous reprenons n’en exploitent aucun. Voici l’ordre dans lequel nous travaillons.
1. Rétablir la conformité déclarative américaine
C’est la première étape, et pas seulement pour éteindre un risque de pénalité. Elle conditionne le crédit majoré du § 1 b) de l’article 24, qui est le seul mécanisme capable de neutraliser la double imposition de vos revenus de source américaine. Elle conditionne aussi la certification du Form 8854, sans laquelle les deux exceptions du § 877A(g)(1)(B) tombent. Un binational non conforme est un binational qui paie deux fois sur des revenus que la convention pouvait exonérer.
2. Inventorier les exceptions du § 3 a) qui vous concernent réellement
La pension française de sécurité sociale d’un citoyen américain résidant en France est exonérée d’impôt américain, et cette exonération est massivement ignorée. L’article 25 reste opposable, y compris devant un État fédéré par son § 5. L’article 26 vous ouvre la procédure amiable et l’arbitrage obligatoire — un recours réel, à condition de ne pas l’avoir fermé en saisissant d’abord une juridiction.
3. Traiter le statut d’immigration comme un paramètre fiscal, pas comme un acquis
La carte verte referme cinq stipulations d’un coup, le jour où elle est accordée. Le départage conventionnel de l’article 4 § 4 rouvre une porte, mais il déclenche une présomption réglementaire d’abandon de la résidence permanente et ne dispense d’aucune obligation d’information sauf du Form 8938, et pour la seule fraction d’année couverte. La naturalisation, enfin, ferme les deux exceptions du § 877A(g)(1)(B) pour toujours.
Deux points doivent être arbitrés avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis avant tout acte irréversible, et nous les posons systématiquement dans ces termes. Le premier concerne le statut de covered expatriate d’un binational : mon client relève-t-il de l’une des deux exceptions du § 877A(g)(1)(B) — binational de naissance imposé comme résident de l’autre État et résident des États-Unis pendant dix exercices au plus sur quinze, ou renonciation avant l’âge de 18 ans et demi ? Si oui, la certification de conformité du § 877(a)(2)(C) sur Form 8854 est-elle en état d’être signée pour les cinq exercices précédents ?Pièces à réunir : actes d’état civil établissant la double nationalité à la naissance, avis d’imposition français des quinze dernières années, historique de résidence année par année, déclarations américaines des cinq derniers exercices, FBAR des six derniers exercices.
Le second concerne la fiscalité de l’État de départ ou d’arrivée, et il se pose à un CPA de l’État concerné : la convention franco-américaine ne liant que l’État fédéral, quels sont les critères de résidence et de source de cet État, et quel est le coût, au niveau de l’État, des arbitrages envisagés ? L’État accorde-t-il un crédit pour impôt étranger ?Pièces à réunir : historique de présence jour par jour dans l’État, baux et actes de propriété avec leurs dates, permis de conduire, immatriculations, inscription électorale, relevés bancaires locaux, contrat de travail et calendrier de mission.
Ce que ce chapitre ne traite pas
Trois sujets touchent de près la clause de sauvegarde sans lui appartenir, et ils ont leur propre chapitre. Le régime d’expatriation du § 877A— ses trois tests, son exclusion de 910 000 $, son rebasement, et la section 2801 tax qui frappe le bénéficiaire américain sans limite de temps — appartient au chapitre du retour en France. La convention successorale du 24 novembre 1978, qui raisonne en domicileet porte sa propre clause de sauvegarde au § 4 de son article 1er, appartient au chapitre de l’estate tax. Et le sort américain des enveloppes françaises — assurance-vie, PEA, PER, et la chaîne du § 7702, de l’ investor control, du régime PFIC et de l’excise taxdu § 4371 — appartient au chapitre qui leur est consacré. Ce que ce chapitre-ci vous donne, et qui commande les trois autres : la certitude de ne plus jamais lire un tableau conventionnel sans avoir d’abord vérifié si l’article 29 § 2 vous l’a rendu inopposable.
7. L’impôt fédéral 2026 : ce que vous paierez vraiment, barème en main
La question que vous posez n’est pas « quel est le taux marginal américain ». C’est « sur 250 000 $ de salaire, combien me restera-t-il ? » Ce chapitre y répond, poste par poste, avec deux chiffrages complets à la fin. Mais il faut d’abord accepter une chose : aux États-Unis, il n’y a pas un impôt sur le revenu, il y en a quatrequi se superposent au seul niveau fédéral, et ils n’ont ni la même assiette, ni les mêmes seuils, ni les mêmes règles de retenue.
Le premier est l’impôt fédéral sur le revenu du § 1 de l’Internal Revenue Code, sept tranches de 10 à 37 %. Le deuxième est la net investment income taxdu § 1411, 3,8 % sur les revenus du capital, dont les seuils n’ont jamais été indexés depuis 2013. Le troisième regroupe les prélèvements sociaux fédéraux — 6,2 % de Social Securitysous plafond, 1,45 % de Medicare déplafonné, 0,9 % d’Additional Medicare Taxau-delà de seuils numériquement identiques à ceux du § 1411 — 250 000, 200 000 et 125 000 $ — mais assis sur une tout autre matière : les seuls salaires, et non les revenus du capital. Le quatrième est l’alternative minimum tax du § 55, que le Tax Cuts and Jobs Act avait presque éteinte et que la loi du 4 juillet 2025 vient de rouvrir par un mécanisme que la presse a présenté comme un allègement et qui est un durcissement.
S’ajoute, pour la plupart des Français qui s’installent, un cinquième étage : l’impôt de l’État. Il n’est pas traité ici mais au chapitre 8, parce qu’il ne se raisonne pas de la même façon — la convention franco-américaine ne lie que l’État fédéral, et le choix de la juridiction est une décision de vie autant qu’une décision fiscale. Sachez seulement, en lisant ce qui suit, que les totaux fédéraux que nous calculons sont des planchers pour un résident de Californie ou de l’État de New York, et des totaux réels pour un résident de Floride, du Texas, du Nevada ou du Wyoming.
La date de gel de tous les chiffres de ce chapitre
Les montants indexés pour 2026 proviennent de la Revenue Procedure 2025-32, publiée le 9 octobre 2025. Elle porte elle-même l’avertissement suivant, que nous reproduisons parce qu’il conditionne tout : « This revenue procedure sets forth inflation-adjusted items for 2026 for various Code provisions as in effect on October 9, 2025. […] To the extent amendments to the Code are enacted for 2025 or 2026 after October 9, 2025, taxpayers should consult additional guidance to determine whether these adjustments remain applicable for 2026. » Autrement dit : ce sont les montants du droit au 9 octobre 2025, et toute loi fiscale postérieure les remet en cause. Notre droit de référence est arrêté au 29 juillet 2026.
L’ordre des opérations : comment se construit réellement l’impôt fédéral
Avant les barèmes, il faut la charpente. Un contribuable français lit une déclaration américaine comme il lit une 2042, en cherchant des cases ; or le 1040 n’est pas un formulaire de cases, c’est une cascade. Chaque étage conditionne le suivant, et la plupart des erreurs de conseil viennent d’un raisonnement mené au mauvais étage — typiquement, appliquer un taux de plus-value avant d’avoir positionné le revenu ordinaire, ou calculer un plafond SALT sur le revenu imposable au lieu du revenu brut ajusté modifié.
La cascade du formulaire 1040, exercice 2026
Revenu brut mondial (gross income)
- déductions « above the line » : moitié de la self-employment
tax hors § 1401(b)(2), versements à un plan de retraite
déductible, intérêts d’emprunt étudiant, HSA...
= REVENU BRUT AJUSTÉ (adjusted gross income, AGI)
+ montants exclus au titre des §§ 911, 931 et 933
= MAGI -- l’assiette des DÉGRESSIVITÉS : plafond SALT,
déduction seniors, pourboires, heures supplémentaires,
seuil du NIIT
AGI - le PLUS ÉLEVÉ de :
- la déduction forfaitaire (32 200 / 24 150 / 16 100 $)
- le total des déductions détaillées, après plafond SALT,
après plancher caritatif de 0,5 %, après plafond
d’intérêts d’emprunt, PUIS après rabot 2/37 du § 68
- la déduction du § 199A, calculée SANS le § 68
= REVENU IMPOSABLE (taxable income)
Sur le revenu imposable :
1. barème du § 1(j) sur la fraction ORDINAIRE
2. taux du § 1(h) sur la fraction de PLUS-VALUES LONGUES,
qui se pose AU-DESSUS du revenu ordinaire
3. contrôle AMT du § 55 : on paie le PLUS ÉLEVÉ des deux
4. - crédits (child tax credit, crédit d’impôt étranger...)
= IMPÔT SUR LE REVENU
À AJOUTER, hors de cette cascade :
- NIIT du § 1411 : 3,8 % sur assiette et seuils PROPRES
- FICA ou self-employment tax : sur le seul revenu du travail
- Additional Medicare Tax : MÊMES seuils que le NIIT,
mais assiette limitée aux salairesRetenez trois choses de cette cascade. Le MAGI et le revenu imposable sont deux notions distinctes, et ce sont les dégressivités qui se calculent sur le MAGI. Le NIIT et le FICA vivent en dehors : ils ne se déduisent de rien et ne sont réduits par aucune déduction du barème. Et le contrôle AMT intervient après tout le reste, ce qui explique qu’il surprenne toujours.
Les quatre statuts de dépôt, et pourquoi le vôtre n’est pas toujours celui que vous croyez
Avant le barème vient le statut. Il y en a quatre pour une personne physique :married filing jointly (MFJ), married filing separately (MFS),head of household (HoH) et single. Le choix n’est pas libre : il découle de votre situation matrimoniale au 31 décembre et, pour un couple franco-américain, du statut fiscal de votre conjoint.
C’est le point de départ de l’arbitrage le plus structurant du dossier. Un Français installé aux États-Unis, marié à une conjointe restée non-résidente, ne peut pas déposer en MFJsans exercer l’élection du § 6013(g), qui traite le conjoint non-résident comme résident américain pour toute l’année et pour les années suivantes. À défaut d’élection, il dépose en MFS. Et l’élection a un prix que le gain de barème ne couvre presque jamais : elle soumet le conjoint à l’impôt américain sur son revenu mondial— loyers français, dividendes, plus-values, produits de contrats d’assurance-vie — et déclenche pour lui les obligations FBAR et 8938 sur l’intégralité de son patrimoine français. Cet arbitrage est traité au chapitre 3 ; retenez ici qu’il commande la colonne du barème dans laquelle vous vous rangez.
| Revenu imposable (MFJ et surviving spouse) | Impôt fédéral |
|---|---|
| Jusqu’à 24 800 $ | 10 % du revenu imposable |
| 24 800 – 100 800 $ | 2 480 $ + 12 % de la fraction au-delà de 24 800 $ |
| 100 800 – 211 400 $ | 11 600 $ + 22 % au-delà de 100 800 $ |
| 211 400 – 403 550 $ | 35 932 $ + 24 % au-delà de 211 400 $ |
| 403 550 – 512 450 $ | 82 048 $ + 32 % au-delà de 403 550 $ |
| 512 450 – 768 700 $ | 116 896 $ + 35 % au-delà de 512 450 $ |
| Au-delà de 768 700 $ | 206 583,50 $ + 37 % au-delà de 768 700 $ |
| Revenu imposable (single) | Impôt fédéral |
|---|---|
| Jusqu’à 12 400 $ | 10 % |
| 12 400 – 50 400 $ | 1 240 $ + 12 % |
| 50 400 – 105 700 $ | 5 800 $ + 22 % |
| 105 700 – 201 775 $ | 17 966 $ + 24 % |
| 201 775 – 256 225 $ | 41 024 $ + 32 % |
| 256 225 – 640 600 $ | 58 448 $ + 35 % |
| Au-delà de 640 600 $ | 192 979,25 $ + 37 % |
| Revenu imposable (head of household) | Impôt fédéral |
|---|---|
| Jusqu’à 17 700 $ | 10 % |
| 17 700 – 67 450 $ | 1 770 $ + 12 % |
| 67 450 – 105 700 $ | 7 740 $ + 22 % |
| 105 700 – 201 750 $ | 16 155 $ + 24 % |
| 201 750 – 256 200 $ | 39 207 $ + 32 % |
| 256 200 – 640 600 $ | 56 631 $ + 35 % |
| Au-delà de 640 600 $ | 191 171 $ + 37 % |
| Revenu imposable (married filing separately) | Impôt fédéral |
|---|---|
| Jusqu’à 12 400 $ | 10 % |
| 12 400 – 50 400 $ | 1 240 $ + 12 % |
| 50 400 – 105 700 $ | 5 800 $ + 22 % |
| 105 700 – 201 775 $ | 17 966 $ + 24 % |
| 201 775 – 256 225 $ | 41 024 $ + 32 % |
| 256 225 – 384 350 $ | 58 448 $ + 35 % |
| Au-delà de 384 350 $ | 103 291,75 $ + 37 % |
Une idée fausse circule sur ce dernier barème, et elle fausse tous les conseils qu’on en tire. On lit couramment que le dépôt séparé ne serait pas symétrique du dépôt conjoint, ses tranches basses coïncidant avec celles du célibataire. C’est l’inverse. Le barème dudépôt séparé est exactement la moitié du barème conjoint, seuil par seuil, sur toute la courbe : 12 400 contre 24 800, 50 400 contre 100 800, 105 700 contre 211 400, 201 775 contre 403 550, 256 225 contre 512 450, 384 350 contre 768 700. La rupture n’est pas là. Elle est avec lecélibataire, dont le barème coïncide avec celui du dépôt séparé jusqu’à la tranche à 35 %, puis s’en détache : le célibataire n’atteint 37 % qu’à 640 600 $, le conjoint déposant séparément dès 384 350 $.
La conséquence de conseil est précise. Pour un Français marié à une non-résidente, le passage en dépôt séparé ne coûte rienpar rapport au dépôt conjoint dans les tranches basses : l’assiette est simplement scindée, et le total des deux moitiés reproduit le barème conjoint. Mais si vous portez seul un revenu élevé, le dépôt séparé déclenche le taux de 37 % à un niveau de revenu individueltrès inférieur à celui d’un célibataire — et il ferme, comme on le verra plus loin, trois des quatre déductions nouvelles de 2025. C’est l’un des paramètres de l’arbitrage sur l’élection du § 6013(g), et il joue contre elle beaucoup moins souvent qu’on ne le croit.
| Revenu imposable (successions et trusts) | Impôt fédéral |
|---|---|
| Jusqu’à 3 300 $ | 10 % |
| 3 300 – 11 700 $ | 330 $ + 24 % |
| 11 700 – 16 000 $ | 2 346 $ + 35 % |
| Au-delà de 16 000 $ | 3 851 $ + 37 % |
Ce dernier barème n’est pas un détail technique : il commande tout schéma de trust américain et toute succession en cours de règlement. Un trust atteint 37 % à 16 000 $de revenu retenu, là où un couple marié y arrive à 768 700 $. C’est un rapport de 48 pour 1. Le même seuil de 16 000 $ déclenche la net investment income taxpour un trust. Les conséquences patrimoniales sont traitées au chapitre 23.
La déduction forfaitaire, et les deux cas où elle vous est fermée
Le barème s’applique au taxable income, c’est-à-dire au revenu brut ajusté diminué soit de la déduction forfaitaire (standard deduction), soit du total de vos déductions détaillées (itemized deductions). Vous prenez la plus élevée des deux. Pour 2026 :
| Statut | Déduction forfaitaire 2026 | Compléments |
|---|---|---|
| MFJ / surviving spouse | 32 200 $ | + 1 650 $ par critère d’âge (65 ans) ou de cécité, pour chaque conjoint |
| Head of household | 24 150 $ | + 2 050 $ par critère d’âge ou de cécité : le § 2(b)(1) réserve ce statut à qui n’est pas marié et n’est pas surviving spouse, donc le supplément majoré du § 63(f)(3) s’applique toujours |
| Single | 16 100 $ | + 2 050 $ par critère d’âge ou de cécité |
| Married filing separately | 16 100 $ | + 1 650 $ par critère |
| Personne à charge | Le plus élevé de 1 350 $ ou de (450 $ + revenu d’activité) | Plafonnée au montant de droit commun du statut |
Deux exclusions doivent être connues avant l’arrivée, parce qu’elles frappent précisément l’année où l’on s’installe. Le nonresident alienn’a pas droit à la déduction forfaitaire, et le contribuable en annéedual-status— celui qui est non-résident sur une fraction de l’année et résident sur l’autre, c’est-à-dire vous, l’année de votre installation — n’y a pas droit non plus. Un cadre qui arrive le 1er juillet et gagne 125 000 $ sur son semestre américain sera donc imposé sur 125 000 $, sans les 16 100 $ que le même revenu aurait dégagés l’année suivante. Il peut en revanche, s’il est marié au 31 décembre à un citoyen ou à un résident américain, exercer l’élection du § 6013(h) : elle le fait traiter comme résident pour l’année entière, ouvre le dépôt conjoint et rétablit la déduction forfaitaire — au prix de l’imposition de son revenu mondial sur les douze mois. C’est l’une des raisons pour lesquelles la date d’installation dans l’année n’est jamais neutre : le calendrier opérationnel est traité au chapitre 10.
L’exemption personnelle du § 151, elle, est fixée à zéro à titre permanentdepuis la loi du 4 juillet 2025, qui a supprimé la date-butoir du 1er janvier 2026 initialement prévue. Il n’y a donc plus rien à attendre de ce côté : le système américain a définitivement remplacé l’abattement par tête par une déduction forfaitaire élevée. Une seule exception, et elle est temporaire : la déduction seniors, examinée plus bas.
Le kiddie tax : pourquoi loger un portefeuille au nom de vos enfants ne marche pas
Le réflexe français consiste à ouvrir un compte-titres au nom de l’enfant pour utiliser sa propre tranche basse. Aux États-Unis, le § 1(g) l’a neutralisé depuis longtemps, et il le fait par un mécanisme qu’il faut comprendre pour ne pas se tromper de montant.
Le texte s’applique à l’enfant qui n’a pas atteint 18 ans à la clôture de l’exercice, et à l’enfant plus âgé qui remplit les conditions d’âge du § 152(c)(3) — l’étudiant — etdont le revenu d’activité au sens du § 911(d)(2) n’excède pas la moitié de ce que coûte son entretien. Pour ces enfants, l’impôt est le plus élevéde deux calculs : l’impôt de droit commun sur leur revenu imposable, ou l’impôt calculé sur ce revenu diminué dunet unearned income, augmenté de la quote-part de l’allocable parental tax— c’est-à-dire de l’impôt supplémentaire qu’auraient supporté les parents si ce revenu non salarial avait figuré dans leur propre déclaration.
Le montant charnière pour 2026 est de 1 350 $. Il joue deux fois : une première fois comme déduction forfaitaire de la personne à charge, une seconde fois dans la définition du net unearned incomedu § 1(g)(4)(A). Le résultat pratique : les premiers 1 350 $ de revenus de placement de l’enfant sont absorbés, la tranche suivante est imposée au barème de l’enfant, et au-delà de 2 700 $ de revenus non salariaux, c’est le taux marginal des parents qui s’applique. Sur un portefeuille de 100 000 $ rapportant 3 %, le seuil est déjà franchi.
Le § 1(g)(7) ouvre une élection parentalepermettant de rattacher directement le revenu de l’enfant à la déclaration des parents, ce qui évite de déposer une déclaration séparée pour lui. Elle est enfermée dans quatre conditions du § 1(g)(7)(A) : le revenu brut de l’enfant doit provenir exclusivement d’intérêts et de dividendes— y compris ceux de l’Alaska Permanent Fund —, se situer entre1 350 $ et 13 500 $(dix fois le montant charnière), aucun acompte d’impôt ne doit avoir été versé au nom et sous le numéro fiscal de l’enfant, et aucune retenue de backup withholdingdu § 3406 ne doit avoir été opérée. Une seule ligne de plus-value réalisée dans l’année ferme l’élection et impose de déposer pour l’enfant. Un dernier chiffre à noter pour les familles concernées par l’alternative minimum tax : l’exonération AMT d’un enfant relevant du § 1(g) est plafonnée à son revenu d’activité majoré de 9 750 $.
Le One Big Beautiful Bill Act du 4 juillet 2025, mesure par mesure
La loi publique 119-21 du 4 juillet 2025 est la réforme fiscale la plus lourde depuis 2017. Elle fait trois choses différentes qu’il ne faut pas confondre : elle pérennisedes dispositions du Tax Cuts and Jobs Act qui devaient expirer fin 2025, ellecréequatre déductions nouvelles toutes assorties d’une date d’expiration au 31 décembre 2028, et elle durcitplusieurs régimes, dont l’AMT et les déductions détaillées. Le tableau qui suit donne, pour chaque mesure, sa date d’effet etsa date d’expiration, lues dans les clauses d’entrée en vigueur du texte promulgué.
| Mesure | Code | Date d’effet | Expiration |
|---|---|---|---|
| Taux 10/12/22/24/32/35/37 rendus permanents ; indexation modifiée au-dessus des tranches à 12 % et 22 % | § 1(j) | Exercices ouverts après le 31/12/2025 | Aucune |
| Déduction forfaitaire majorée rendue permanente et rehaussée (bases 15 750 / 23 625 / 31 500 $) | § 63(c)(7) | Exercices ouverts après le 31/12/2024 | Aucune |
| Exemption personnelle à zéro rendue permanente ; création de la déduction seniors de 6 000 $ | § 151(d)(5) | Exercices ouverts après le 31/12/2024 | Déduction seniors : exercices ouverts avant le 1/1/2029 |
| Child tax credit permanent, porté à 2 200 $ et indexé ; SSN exigé pour l’enfant et pour le déclarant | § 24(h) | Exercices ouverts après le 31/12/2024 | Aucune |
| Déduction QBI rendue permanente ; déduction plancher de 400 $ si le QBI atteint 1 000 $ | § 199A(i) | Plancher : exercices ouverts après le 31/12/2025 | Aucune |
| Abattement estate et gift porté à 15 000 000 $, indexé à partir de 2027 | § 2010(c)(3) | Décès et donations après le 31/12/2025 | Aucune |
| Exonérations AMT majorées rendues permanentes ; taux de reprise porté de 25 % à 50 % | § 55(d)(4) | Exercices ouverts après le 31/12/2025 | Aucune |
| Plafond de 750 000 $ d’intérêts d’emprunt immobilier rendu permanent ; primes d’assurance emprunteur de nouveau traitées comme intérêts | § 163(h)(3)(F) | Exercices ouverts après le 31/12/2025 | Aucune |
| Limitation des pertes de sinistre rendue permanente, étendue aux catastrophes déclarées par un État | § 165(h)(5) | Exercices ouverts après le 31/12/2025 | Aucune |
| Suppression permanente des miscellaneous itemized deductions ; exception nouvelle pour les enseignants et entraîneurs | § 67(g) et (h) | Exercices ouverts après le 31/12/2025 | Aucune |
| Nouveau plafonnement 2/37 de l’avantage des déductions détaillées, appliqué après toute autre limitation | § 68 | Exercices ouverts après le 31/12/2025 | Aucune |
| Suppression permanente de la déduction des frais de déménagement, sauf militaires et communauté du renseignement | § 217(k) et § 132(g) | Exercices ouverts après le 31/12/2025 | Aucune |
| Pertes de jeu déductibles à 90 % seulement, et toujours dans la limite des gains | § 165(d) | Exercices ouverts après le 31/12/2025 | Aucune |
| Plafond SALT relevé et dégressif | § 164(b)(6) et (7) | Exercices ouverts après le 31/12/2024 | Retour à 10 000 $ pour les exercices ouverts après 2029 |
| Déduction des pourboires qualifiés, 25 000 $, dépôt conjoint obligatoire si marié | § 224 | Exercices ouverts après le 31/12/2024 | 31/12/2028 |
| Déduction des heures supplémentaires, 12 500 $ (25 000 $ en dépôt conjoint), dépôt conjoint obligatoire si marié | § 225 | Exercices ouverts après le 31/12/2024 | 31/12/2028 |
| Déduction des intérêts de crédit auto, 10 000 $, VIN sur la déclaration | § 163(h)(4) | Exercices ouverts après le 31/12/2024 | 31/12/2028 |
| Amortissement bonus à 100 % rendu permanent | § 168(k) | Biens acquis après le 19 janvier 2025 | Aucune |
| Plafond § 179 porté à 2 500 000 $, seuil de réduction à 4 000 000 $, indexés à partir de 2026 | § 179 | Exercices ouverts après le 31/12/2024 | Aucune |
| Déduction caritative des non-itemizers portée à 1 000 / 2 000 $, rendue permanente | § 170(p) | Exercices ouverts après le 31/12/2025 | Aucune |
| Plancher de 0,5 % de la contribution base pour les dons des itemizers | § 170(b)(1)(I) | Exercices ouverts après le 31/12/2025 | Aucune |
| QSBS : exclusion échelonnée 3/4/5 ans, plafond par émetteur 15 M$, actifs bruts 75 M$ | § 1202 | Exercices ouverts après le 4 juillet 2025 | Aucune |
| Suppression du plafond de reversement du crédit d’impôt sur les primes d’assurance santé : l’excédent devient intégralement remboursable | § 36B(f)(2)(B) | Exercices ouverts après le 31/12/2025 | Aucune |
| Charges d’intérêts et de recherche-développement retirées de l’allocation au net CFC tested income pour la limitation du crédit d’impôt étranger | § 904(b)(5) | Exercices ouverts après le 31/12/2025 | Aucune |
Deux points de vigilance sur cette loi
La « section 899 » n’existe pas.Une prétendue section 899 de l’Internal Revenue Code, présentée comme une taxe de rétorsion sur les investisseurs de pays appliquant certaines fiscalités numériques, a beaucoup circulé pendant les débats parlementaires. La recherche plein texte de la loi promulguée en donnezéro occurrence. Toute mention d’une section 899 comme droit positif est fausse, et nous n’en tenons aucun compte dans nos chiffrages.
La définition du MAGI de cette loi réintègre les revenus exclus au titre des §§ 911, 931 et 933.Elle figure au § 164(b)(7)(B)(iv) pour le plafond SALT, au § 151(d)(5)(C)(iii)(II) pour la déduction seniors et au § 224(b)(2)(B) pour les pourboires. Autrement dit : l’exclusion des revenus d’activité étrangers estréintégréepour le calcul de toutes les dégressivités nouvelles. C’est un piège spécifiquement tendu aux expatriés, et il annule l’essentiel de l’intérêt de ces déductions pour un contribuable qui pratique le § 911.
Le plafond SALT : le calendrier complet, et la surtaxe de 11 points que personne ne voit
La déduction des impôts d’État et locaux — state and local taxes, en abrégé SALT — a été plafonnée à 10 000 $ en 2018. La loi de 2025 relève ce plafond, mais elle le renddégressif et le fait retomber à 10 000 $ en 2030. C’est un dispositif à durée de vie de quatre ans, et il faut le lire comme tel : rien de ce qu’il permet aujourd’hui n’est acquis pour un projet de long terme.
| Année | Plafond (§ 164(b)(7)(A)) | Seuil de dégressivité (§ 164(b)(7)(B)) |
|---|---|---|
| 2025 | 40 000 $ | 500 000 $ |
| 2026 | 40 400 $ | 505 000 $ |
| 2027 à 2029 | 101 % du montant de l’année précédente | 101 % de l’année précédente |
| 2030 et suivantes | 10 000 $ | Sans objet |
Le calcul exact du plafond SALT 2026
Plafond applicable = 40 400 $ - 30 % x (MAGI - 505 000 $)
avec un plancher absolu de 10 000 $ (§ 164(b)(7)(B)(iii))
et MAGI = revenu brut ajusté + tout montant exclu
au titre des §§ 911, 931 ou 933
POUR UN DÉPÔT SÉPARÉ, LE PLAFOND ET LE SEUIL SONT
RÉDUITS DE MOITIÉ
Plafond de départ ......................... 20 200 $
Seuil de dégressivité .................... 252 500 $
Plancher .................................. 5 000 $
Plancher atteint dès un MAGI de .......... 303 166 $
TROIS POINTS DE REPÈRE POUR LES AUTRES STATUTS
MAGI jusqu’à 505 000 $ .... plafond plein de 40 400 $
MAGI de 606 333 $ ......... plancher de 10 000 $ atteint
Entre les deux ............ chaque dollar de MAGI retire
0,30 $ de déductionLe point de bascule à 606 333 $ se vérifie en une ligne : 30 % de l’excédent doit atteindre 30 400 $, soit un excédent de 101 333 $ au-dessus de 505 000 $.
Voilà pour la mécanique. L’effet qu’elle produit est plus intéressant que la règle elle-même. Entre 505 000 $ et 606 333 $ de MAGI, chaque dollar de revenu supplémentaire vous retire 0,30 $ de déduction. Sur cette bande, un couple comme un célibataire relèvent encore de la tranche à 35 % — le taux de 37 % ne commence qu’à 768 700 $ de revenu imposable en dépôt conjoint et 640 600 $ pour un célibataire : les 0,30 $ de déduction perdus représentent donc 0,105 $ d’impôt supplémentaire, en plus des 0,35 $ que le barème prélève déjà. Votre taux marginal réel atteint 45,5 %sur cette bande de 100 000 $, au seul niveau fédéral, avant impôt d’État. Aucun barème ne le montre. C’est la zone où un bonus, une levée d’options ou une plus-value coûtent le plus cher, et c’est aussi la zone où un décalage d’une opération sur l’exercice suivant produit le plus d’effet.
Une remarque de méthode : le dépôt séparé ne subit pas seulement un plafond divisé par deux, mais aussi un seuil de dégressivité divisé par deux. Un Français marié à une non-résidente et déposant en MFS voit donc son plafond SALT commencer à fondre dès 252 500 $ de MAGI et atteindre son plancher de 5 000 $ à 303 166 $. C’est un niveau de revenu très ordinaire pour un cadre supérieur à New York ou en Californie, et beaucoup de simulateurs ne divisent que le plafond.
Les quatre déductions nouvelles, et les conditions qu’on ne vous dit pas
On les résume partout comme « pas d’impôt sur les pourboires, pas d’impôt sur les heures supplémentaires ». Ce sont en réalité quatre déductions plafonnées, dégressives, conditionnées et temporaires. Elles présentent un intérêt réel : elles sont ouvertes aux contribuables qui détaillent leurs déductions commeà ceux qui prennent la déduction forfaitaire — elles se prennent en plus, sur une annexe dédiée du formulaire 1040. Mais leurs conditions d’accès sont plus étroites que leur nom ne le laisse croire.
| Seniors § 151(d)(5)(C) | Pourboires § 224 | Heures sup. § 225 | Intérêts crédit auto § 163(h)(4) | |
|---|---|---|---|---|
| Montant maximal | 6 000 $ par personne éligible (12 000 $ si les deux conjoints ont 65 ans et plus) | 25 000 $ | 12 500 $ (25 000 $ en dépôt conjoint) | 10 000 $ |
| Seuil de réduction (MAGI) | 75 000 / 150 000 $ | 150 000 / 300 000 $ | 150 000 / 300 000 $ | 100 000 / 200 000 $ |
| Rythme de réduction | 6 % de l’excédent | 100 $ par tranche de 1 000 $ | 100 $ par tranche de 1 000 $ | 200 $ par tranche de 1 000 $ |
| Extinction totale | — | — | — | 150 000 $ / 250 000 $ de MAGI |
| Dépôt conjoint obligatoire si marié | Oui | Oui | Oui | Non |
| Identifiant exigé | SSN du bénéficiaire | SSN du contribuable | SSN du contribuable | Aucun SSN ; en revanche le numéro VIN du véhicule sur la déclaration |
| Années couvertes | 2025 à 2028 | 2025 à 2028 | 2025 à 2028 | 2025 à 2028 |
Trois des quatre déductions sont fermées au dépôt séparé.Seniors, pourboires et heures supplémentaires exigent, pour un contribuable marié au sens du § 7703, le dépôt d’une déclaration conjointe — le § 224(f) et le § 225(e) le disent dans les mêmes termes que le § 151(d)(5)(C)(v). Le Français marié à une non-résidente qui a écarté l’élection du § 6013(g) et dépose en married filing separatelyperd donc mécaniquement les trois. Seule la déduction d’intérêts de crédit auto reste ouverte en dépôt séparé. Cette information circule à l’envers dans plusieurs tableaux comparatifs qui ne portent la condition que sur la déduction seniors : elle pèse sur les trois.
La déduction d’intérêts de crédit auto mérite deux précisions supplémentaires, parce qu’elle est celle qui concerne le plus de lecteurs et qu’elle est mal décrite. Ellen’exige aucun numéro de sécurité sociale— le seul identifiant qu’elle impose est le numéro VIN du véhicule, porté sur la déclaration. Et son rythme de réduction est de 200 $ par tranche de 1 000 $ de MAGI au-delà du seuil, soit le doublede celui des pourboires : la déduction de 10 000 $ est donc entièrement éteinte à 150 000 $ de MAGI(250 000 $ en déclaration conjointe). Autant dire qu’elle ne sert à personne dans la clientèle de ce guide. Ses conditions de fond, au demeurant, sont restrictives : prêt contractéaprès le 31 décembre 2024, véhicule de tourisme de poids total en charge inférieur à 14 000 livres, assemblage final aux États-Unis, usage personnel. Un véhicule européen importé n’ouvre aucun droit.
Sur les pourboires, la définition est plus étroite que le nom du dispositif. Le § 224(d) vise les pourboires en espèces perçus dans une profession qui, au 31 décembre 2024, recevait coutumièrement et régulièrement des pourboires, selon une liste établie par le secrétaire au Trésor. Les règlements définitifs listant ces professions ont été publiés au Federal Register du 13 avril 2026 et sont effectifs depuis le 12 juin 2026. Sont exclus : les montants non volontaires, négociés ou fixés par le bénéficiaire — notamment les frais de service automatiques imposés d’office aux grandes tablées, qui ne sontpas des qualified tips —, ainsi que les sommes perçues dans unespecified service trade or businessau sens du § 199A(d)(2), condition qui s’apprécie au niveau de l’employeur pour un salarié.
Notre appréciation, sans détour : pour la clientèle patrimoniale française, ces quatre déductions sont marginales. Les pourboires et les heures supplémentaires ne concernent pas ces professions. La déduction d’intérêts auto s’éteint bien avant les niveaux de revenu en cause. Seule la déduction seniors de 6 000 $ par personne éligiblea une portée réelle, pour un couple de retraités français installés en Floride dont le revenu reste sous 150 000 $ — et elle disparaît pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2029.
Les crédits familiaux 2026, et l’obstacle du numéro de sécurité sociale
Une déduction réduit l’assiette ; un crédit réduit l’impôt, dollar pour dollar. Sur un revenu familial ordinaire, les crédits pèsent souvent plus que les déductions, et ils sont l’endroit où une famille française perd de l’argent sans le savoir — non pas par méconnaissance du montant, mais par une condition d’identification que personne ne lui signale à temps.
| Dispositif | Montant 2026 | Texte |
|---|---|---|
| Child tax credit | 2 200 $ par enfant qualifié | § 24(a) |
| dont fraction remboursable | 1 700 $ | § 24(d)(1)(A) |
| Crédit d’adoption | 17 670 $, réduit à partir de 265 080 $ de MAGI et éteint à 305 080 $ | § 23 |
| dont fraction remboursable, nouveauté de 2025 | 5 120 $ | Section 70402 de la P.L. 119-21 |
| Adoption assistance program de l’employeur | 17 670 $, mêmes seuils | § 137 |
| Earned income credit, trois enfants et plus | 8 231 $ au maximum | § 32 |
| Cafeteria plan et health FSA | 3 400 $ ; report maximal de 680 $ sur l’exercice suivant | § 125(i) |
| Fringe transport : transport collectif et stationnement | 340 $ par mois pour chacun des deux volets | § 132(f) |
| Employer-provided childcare credit | 500 000 $, porté à 600 000 $ pour une petite entreprise éligible, indexé à partir de 2027 | § 45F |
L’obstacle, pour une famille française, tient en trois lettres : SSN. Lechild tax credit exige un numéro de sécurité sociale valable pour l’emploi, délivré avant la date limite de dépôt, et la loi de 2025 a étendu l’exigence au déclarant lui-même, là où elle ne visait auparavant que l’enfant. Un enfant titulaire d’un simple ITIN — le numéro d’identification fiscale délivré à ceux qui n’ont pas droit au SSN — n’ouvre pas droit aux 2 200 $. Le calendrier compte donc autant que le droit : la demande de SSN pour chaque membre du foyer qui y a droit doit être engagée dès l’arrivée, pas au moment de préparer la déclaration. C’est une démarche administrative qui prend plusieurs semaines, elle est traitée au chapitre 26, et la manquer coûte 2 200 $ par enfant et par an. La même exigence de SSN pèse désormais sur trois des quatre déductions nouvelles.
Une mesure de la loi de 2025 mérite un mot séparé, parce qu’elle change le risque financier d’un foyer sans employeur — préretraité, entrepreneur en création, conjoint sans activité. La section 71305 supprime le plafond de reversementdu crédit d’impôt sur les primes d’assurance santé du § 36B, pour les exercices ouverts après le 31 décembre 2025. Jusque-là, un foyer qui avait sous-estimé son revenu en début d’année ne reversait l’excédent de subvention que dans une limite plafonnée ; désormais,l’excédent est intégralement remboursable. Une plus-value réalisée en décembre, un dividende exceptionnel, une prime non anticipée peuvent donc déclencher un reversement de plusieurs milliers de dollars sur la déclaration de l’année suivante. Pour un foyer couvert sur le marché individuel, l’estimation de revenu communiquée à l’ouverture de la couverture n’est plus une formalité : c’est un engagement financier. Le sujet est repris au chapitre 20.
Le nouveau § 68 : le rabot de 2/37 sur vos déductions détaillées
C’est la mesure la moins commentée de la loi de 2025, et elle s’applique pour lapremière fois à l’année d’imposition 2026. Le § 68 a été entièrement réécrit :
26 USC § 68, texte en vigueur
« (a) IN GENERAL. — In the case of an individual, the amount of the itemized deductions otherwise allowable for the taxable year (determined without regard to this section) shall be reduced by 2/37 of the lesser of — (1) such amount of itemized deductions, or (2) so much of the taxable income of the taxpayer for the taxable year (determined without regard to this section and increased by such amount of itemized deductions) as exceeds the dollar amount at which the 37 percent rate bracket under section 1 begins with respect to the taxpayer.
(b) COORDINATION WITH OTHER LIMITATIONS. — This section shall be applied afterthe application of any other limitation on the allowance of any itemized deduction. »
Traduit : le mécanisme ramène de 37 % à 35 % la valeur de la dernière tranche de vos déductions détaillées. Deux points de 37 sont confisqués, d’où la fraction 2/37. Ilne mord que si votre revenu imposable, réintégration faite des déductions détaillées, dépasse le seuil d’entrée de la tranche à 37 %— soit 768 700 $ en dépôt conjoint, 640 600 $ pour un célibataire et pour un head of household, et384 350 $ seulement en dépôt séparé. En dessous, aucun effet.
Le § 68(b) impose de l’appliquer en dernier, après toute autre limitation. Un dossier haut de gamme empile donc quatre étages dans cet ordre : plafond SALT dégressif, puis plancher caritatif de 0,5 %, puis plafond de 750 000 $ de dette d’acquisition pour les intérêts d’emprunt, puis rabot de 2/37 sur ce qui reste. Une exclusion expresse, à connaître : la déduction du § 199A se calcule sans tenir compte du § 68.
Il y a une ironie de calcul qu’on découvre en faisant les chiffrages : à très haut revenu, le § 68 ne s’applique souvent pas — non parce qu’on y échappe, mais parce que la dégressivité SALT a déjà tellement rogné les déductions détaillées que la déduction forfaitaire est devenue plus avantageuse. On le vérifie au second chiffrage de ce chapitre : le dirigeant à 1 M$ prend la déduction forfaitaire de 32 200 $ et le § 68 reste lettre morte pour lui. Le rabot frappe surtout les profils à fortes déductions non plafonnées — dons caritatifs importants, frais médicaux exceptionnels, intérêts d’emprunt sur une dette antérieure au 16 décembre 2017.
Plus-values : court terme, long terme, et les taux dérogatoires qu’on oublie
Une plus-value détenue un an ou moinsest du court terme : elle est imposée au barème ordinaire, jusqu’à 37 %. Au-delà d’un an, elle relève des taux préférentiels du § 1(h) : 0, 15 ou 20 %. Les qualified dividendsdu § 1(h)(11) suivent le même barème préférentiel. C’est le premier écart avec le réflexe français, où la durée de détention n’a plus d’incidence sur les titres acquis depuis 2018 : aux États-Unis, elle en a une, et elle est brutale — un jour de moins et vous passez de 15 % à 35 %.
| Statut | Plafond du taux 0 % | Plafond du taux 15 % | Au-delà |
|---|---|---|---|
| MFJ / surviving spouse | 98 900 $ | 613 700 $ | 20 % |
| Head of household | 66 200 $ | 579 600 $ | 20 % |
| Single | 49 450 $ | 545 500 $ | 20 % |
| Married filing separately | 49 450 $ | 306 850 $ | 20 % |
| Successions et trusts | 3 300 $ | 16 250 $ | 20 % |
Ce mécanisme d’empilement est décisif et il est constamment mal compris. La plus-value ne s’impose pas isolément : elle se place au-dessus de votre revenu ordinaire, et c’est la position du sommet de la pile qui détermine le taux. Un couple dont le revenu ordinaire imposable atteint déjà 567 800 $ ne bénéficie d’aucune tranche à 0 % : ses premières plus-values entrent directement dans la tranche à 15 %, et tout ce qui dépasse 613 700 $ passe à 20 %.
Et le taux réel n’est pas 20 %. Au-dessus des seuils de la net investment income tax, la plus-value longue supporte 20 % + 3,8 % = 23,8 %au seul niveau fédéral. Trois taux dérogatoires s’y ajoutent, tous à connaître :
| Nature du gain | Taux maximal | Texte |
|---|---|---|
| Collectibles détenus plus d’un an : or, œuvres d’art, antiquités, pièces, vins de collection | 28 % | § 1(h)(4) et § 1(h)(5) |
| Unrecaptured section 1250 gain : amortissements repris sur un immeuble locatif | 25 % | § 1(h)(6) |
| Fraction non exclue d’une plus-value QSBS | 28 % | § 1(h)(4)(A)(ii) |
Le taux de 28 % sur les métaux précieux est un point de conseil récurrent pour une clientèle française habituée à considérer l’or comme un actif neutre. Un fonds indiciel adossé à de l’or physique est fréquemment traité comme un collectiblepour l’application du § 1(h)(4) : le taux préférentiel de 15 ou 20 % ne s’applique pas. La documentation fiscale de chaque véhicule — la section « Taxation of U.S. Holders » du prospectus américain — doit être lue avant tout arbitrage or, et cette lecture ne se délègue pas à un tableau comparatif.
Le taux de 25 % sur l’unrecaptured section 1250 gainconcerne quant à lui tout lecteur qui détient un bien locatif américain. Les amortissements pratiqués pendant la détention sont repris à la cession à un taux propre de 25 %, distinct du taux de la plus-value. Le sujet est traité au chapitre 15, mais il faut le savoir en établissant le budget d’une revente.
La wash sale rule du § 1091 : le piège de la purge de moins-values
En France, vous vendez une ligne en moins-value le 20 décembre, vous la rachetez le 22, et l’imputation est acquise : aucune règle ne l’empêche. Aux États-Unis, cette opération est neutralisée par le § 1091, dont voici le texte : la perte n’est pas déductible « where it appears that, within a period beginning 30 days beforethe date of such sale or disposition and ending 30 days after such date, the taxpayer has acquired (by purchase or by an exchange on which the entire amount of gain or loss was recognized by law), or has entered into a contract or option so to acquire,substantially identical stock or securities ».
Trois éléments à retenir. La fenêtre est de 61 jours au total, et elle estsymétrique : un achat effectué trente jours avantla vente en moins-value la neutralise tout autant qu’un rachat postérieur. Un simple contrat ou une option d’achat suffisent à déclencher la règle. Et la perte refusée n’est pas perdue : le § 1091(d) l’ajoute au prix de revient des titres rachetés, ce qui la reporte à la cession suivante.
Deux questions se posent ensuite, et nous ne les tranchons pas ici. La première est celle du rachat opéré sur un autre compte— compte de retraite, compte du conjoint : le texte du § 1091 vise l’acquisition « par le contribuable » et ne mentionne ni le conjoint, ni les comptes de retraite. La seconde est celle des actifs numériques : le § 1091 vise les stocks or securities, et son application aux cryptoactifs n’est pas réglée par ce texte. Ces deux points doivent être arbitrés avec votre CPA avantd’exécuter une opération de purge de moins-values, en lui posant la question dans ces termes exacts : le rachat que j’envisage, sur ce compte-là et sur cet actif-là, déclenche-t-il le § 1091 ? Il vaut mieux poser la question à 500 $ qu’à découvrir la réponse sur un avis de rectification.
Le QSBS du § 1202 après la réforme : trois ans au lieu de cinq
Le § 1202 exonère, sous conditions, la plus-value de cession de titres de qualified small business. C’est l’un des plus puissants dispositifs du droit fiscal américain, et la loi de 2025 l’a substantiellement élargi. Deux régimes coexistent désormais, séparés par uneapplicable date qui est le 4 juillet 2025, date de promulgation.
| Titres acquis le 4 juillet 2025 ou avant | Titres acquis après le 4 juillet 2025 | |
|---|---|---|
| Durée de détention exigée | Plus de 5 ans, sans échelonnement | 3 ans : 50 % exclus ; 4 ans : 75 % ; 5 ans et plus : 100 % |
| Plafond par émetteur | 10 000 000 $, ou 10 fois la base selon le § 1202(b)(1)(B) | 15 000 000 $, indexé pour les exercices ouverts après 2026 |
| Actifs bruts de la société à l’émission | 50 000 000 $ au plus | 75 000 000 $ au plus, indexés pour les exercices ouverts après 2026, pour les titres émis après le 4 juillet 2025 |
| Taux applicable à la fraction non exclue | 28 % (§ 1(h)(4)(A)(ii)) | 28 % |
Un point que la présentation commerciale du dispositif oublie systématiquement : la même section 70431 confirme rétroactivement que le gain exclu n’est PAS un élément de préférence pour l’AMT : sous l’intitulé « Continued treatment as not item of tax preference », elle réécrit le § 57(a)(7) pour ne viser que les titres acquis « on or before the date of the enactment of the Creating Small Business Jobs Act of 2010 », et cette réécriture prend effet comme si elle avait été incluse dans la section 2011 de cette loi de 2010. Autrement dit : pour tout titre acquis après le 27 septembre 2010, l’exclusion du § 1202 ne crée aucune assiette d’alternative minimum tax. C’est un point à vérifier avec le CPA plutôt qu’un risque à provisionner.
Portée pour un lecteur français : le § 1202 exige une domestic C corporation. Il ne bénéficie jamais à des titres de société française, quelle que soit sa forme. En revanche il est décisif pour le Français fondateur ou salarié equityd’une start-up américaine, et la fenêtre nouvelle de trois ans change radicalement la valeur d’une sortie rapide. L’avantage est acquis au niveau de l’actionnaire : il subsiste s’il redevient résident de France — sous réserve de l’articulation conventionnelle et du régime français de la plus-value, qui, lui, ignore totalement le § 1202. Le chapitre 32 traite ce retour.
Faire chiffrer votre première année américaine avant de signer le contrat de travail
Un package de rémunération américain se négocie en brut et se vit en net. Nous reconstituons, avant la signature, ce que votre première année laissera réellement : impôt fédéral au barème 2026, NIIT sur vos revenus de capitaux français et américains, FICA, effet de l’année dual-status sur la déduction forfaitaire, arbitrage entre dépôt conjoint et dépôt séparé si votre conjoint reste non-résident, et calendrier d’acomptes pour éviter la pénalité de sous-paiement de la première année. Sur les points que ce chapitre ne tranche pas — imputation du crédit d’impôt étranger sur le NIIT, application du § 1091 à un rachat sur compte de retraite — la mise en relation avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis et avec un CPA fait partie de l’accompagnement. Bilan patrimonial d’1 h. Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine, CIF, COA et COBSP, ORIAS 23002291.
La net investment income taxde 3,8 % : l’impôt qui s’élargit tout seul
Le § 1411 impose une surtaxe de 3,8 % sur le moindrede deux montants : votre net investment incomede l’année, ou l’excédent de votre revenu brut ajusté modifié sur un seuil. Ce mécanisme du « moindre des deux » est ce qui fait que la surtaxe monte progressivement et non d’un coup : un couple à 280 000 $ de revenus dont 40 000 $ de dividendes paie 3,8 % sur 30 000 $, pas sur 40 000 $.
| Statut | Seuil § 1411(b) | Année d’établissement du seuil |
|---|---|---|
| MFJ / surviving spouse | 250 000 $ | 2013 — jamais indexé |
| Married filing separately | 125 000 $ | 2013 — jamais indexé |
| Tous autres statuts | 200 000 $ | 2013 — jamais indexé |
| Successions et trusts | Seuil de la tranche supérieure du § 1(e), soit 16 000 $ en 2026 | Indexé par ricochet |
L’absence d’indexation n’est pas une négligence de rédaction : ces montants sont ceux de 2013 et le texte ne prévoit aucun mécanisme d’actualisation. C’est un impôt dont l’assiette s’élargit mécaniquement chaque année, sans qu’aucun vote ne soit nécessaire. Ce que la loi appelait « haut revenu » en 2013 correspond, en 2026, à un cadre moyen supérieur d’une grande métropole. Sur treize ans d’inflation, le seuil de 250 000 $ a perdu une fraction considérable de sa valeur réelle, et rien n’indique que cela change.
| Entre dans l’assiette du § 1411 | N’y entre pas |
|---|---|
| Intérêts, dividendes, rentes, redevances | Salaires et traitements — non listés au § 1411(c)(1) |
| Loyers | Revenus de travail indépendant soumis au § 1401(b) — § 1411(c)(6) |
| Plus-values nettes de cession | Revenus d’une activité non passive du contribuable — § 1411(c)(1)(A)(ii) et (c)(2) |
| Revenus d’activités passives et de négoce d’instruments financiers | Distributions des plans des §§ 401(a), 403(a), 403(b), 408, 408A et 457(b) — § 1411(c)(5) |
| Le tout net des déductions correctement allouables | Revenus exclus du revenu brut, par construction |
L’exclusion des distributions de plans de retraite américains mérite d’être lue jusqu’au bout, parce qu’elle est à double tranchant. Un rachat sur un 401(k), un IRA ou un Roth IRA n’entre pasdans l’assiette de la surtaxe. Mais ilaugmente votre MAGI, et peut donc faire franchir le seuil à vos autresrevenus. Un rachat massif d’IRA effectué la même année qu’une cession de titres coûte ainsi deux fois : une fois au barème ordinaire sur le rachat, une seconde fois en faisant basculer la plus-value dans l’assiette du § 1411. Étaler l’un ou l’autre sur deux exercices est l’un des rares actes d’optimisation à la fois simple et significatif.
Le § 1411(e)(1) exclut expressément le nonresident alien du champ de la surtaxe.C’est l’un des trois ou quatre arguments les plus solides en faveur du statut de non-résident pour un Français fortement doté en revenus de capitaux — et c’est aussi ce qui donne son prix à l’élection du § 6013(g). Attention : une élection faite au titre du § 6013(g), qui vaut pour l’impôt sur le revenu du chapitre 1, n’emporte pas par elle-même application du § 1411 au conjoint non-résident. Une électiondistincte, propre au § 1411, est prévue par le Treas. Reg. § 1.1411-2 pour permettre au couple de bénéficier du seuil de 250 000 $. À défaut, le conjoint américain est traité comme un déposant séparé pour la seule surtaxe, et son seuil tombe à 125 000 $.
Cette élection propre au § 1411 est enfermée dans une fenêtre temporelle qui la rend fréquemment irrattrapable : elle doit être formulée sur la déclaration — originale ou rectificative — de lapremièreannée d’imposition postérieure à 2013 au cours de laquelle le conjoint américain est soumis au § 1411 tout en étant marié à un non-résident. Elle n’est pas reformulable année par année. Un couple qui a laissé passer cette première année reste traité au seuil de 125 000 $ aussi longtemps que la situation perdure. C’est pourquoi la combinaison « élection 6013(g) sans élection 1411 » est si souvent définitive en pratique, et pourquoi elle doit être vérifiée dans l’historique déclaratif de tout nouveau client binational.
Le crédit d’impôt étranger s’impute-t-il sur le NIIT ? L’état exact du contentieux
La question vaut des dizaines de milliers de dollars par an pour tout binational franco-américain résidant en France, et elle n’est pas tranchée. Voici les termes du débat, sans arrondi.
Le crédit d’impôt étranger de droit interne, celui du § 901, s’impute sur les impôts duchapitre 1 de l’Internal Revenue Code. Le § 1411 figure auchapitre 2A. L’administration en déduit qu’aucun crédit d’impôt étranger ne peut réduire la surtaxe de 3,8 %. Les contribuables opposent que la clause d’élimination des doubles impositions d’une convention crée un créditautonome, non bridé par cette architecture interne.
Deux décisions de première instance leur ont donné raison.Christensen v. United States, 168 Fed. Cl. 263, U.S. Court of Federal Claims, décision du 23 octobre 2023, dossier n° 20-935T.La cour a jugé que l’article 24(2)(a) de la convention franco-américaine, qui accorde le crédit « in accordance with the provisions and subject to the limitations of the law of the United States », restait bridé par l’architecture interne du Code ; c’est l’article 24(2)(b), dépourvu de ce renvoi, qui a fondé l’imputation du crédit sur le § 1411. La seconde est Bruyea v. United States, 174 Fed. Cl. 238, même juridiction, 5 décembre 2024, dossier n° 23-766T, rendue sur l’article XXIV de la convention américano-canadienne — un citoyen américain résident du Canada, environ 2 M$ d’impôt canadien acquitté sur une cession immobilière, et une réclamation de 263 523 $ au titre de l’imputation sur la surtaxe.
Ce que nous écrivons, et ce que nous n’écrivons pas
Deux décisions de première instance ont admis cette imputation ; le gouvernement américain a fait appel et les plaidoiries se sont tenues le 3 mars 2026 devant leFederal Circuit — dossiers n° 24-1284 pour Christensen et n° 25-1563 pourBruyea, traités comme affaires jumelles, devant les juges Chen, Hughes et Stark.Aucune décision d’appel n’est publiée au 29 juillet 2026.L’issue n’étant pas acquise, aucune réclamation ne doit être engagée sans l’avis d’un CPA américain, et le bénéfice éventuel ne doit jamais être intégré à un chiffrage de rendement.
Il ne faut pas non plus en déduire que touteclause d’élimination des doubles impositions produirait le même effet : la solution dépend de la présence ou de l’absence du renvoi au droit interne américain dans le paragraphe invoqué. Pour les contribuables les plus exposés, une réclamation protective déposée dans le délai de prescription du § 6511 se discute avec un CPA. Elle se présente comme telle, et jamais comme un droit acquis.
FICA, Additional Medicare Tax et self-employment tax
Un Français regarde souvent les prélèvements sociaux américains avec soulagement, en comparant les 23 % de charges salariales françaises aux 7,65 % de FICA. La comparaison est trompeuse parce qu’elle ignore ce que ces cotisations achètent — la couverture santé n’en fait pas partie avant 65 ans, et c’est le sujet du chapitre 20. Mais sur le seul plan du prélèvement, voici les chiffres.
| Prélèvement | Taux salarié | Taux employeur | Assiette 2026 |
|---|---|---|---|
| OASDI (Social Security) | 6,2 % | 6,2 % | Salaire plafonné à 184 500 $ |
| Medicare (HI) | 1,45 % | 1,45 % | Salaire déplafonné |
| Additional Medicare Tax, § 3101(b)(2) | 0,9 % | Aucune part patronale | Fraction excédant 200 000 $ (single), 250 000 $ (MFJ), 125 000 $ (MFS) |
Deux pièges sur l’Additional Medicare Tax, et ils frappent des profils opposés. Le premier : la retenue à la source est aveugle au statut matrimonial. L’employeur retient les 0,9 % dès que le salaire qu’ilverse dépasse 200 000 $, sans considérer le conjoint. Un couple à deux salaires de 180 000 $ chacun — 360 000 $, soit 110 000 $ au-dessus du seuil conjoint — ne subitaucune retenueet découvre une dette de 990 $ à la liquidation. C’est ce couple-là qui doit ajuster son formulaire W-4 ou verser des acomptes. Le second : il n’y a aucune part patronale. Contrairement au reste du FICA, l’Additional Medicare Tax est intégralement à la charge du salarié. Elle se liquide sur le formulaire 8959.
Pour un indépendant, la self-employment tax du § 1401 remplace le FICA à un taux global de15,3 % : 12,4 % d’OASDI plafonnés à 184 500 $ et 2,9 % de Medicare déplafonnés, auxquels s’ajoutent les 0,9 % d’Additional Medicare Tax au-delà des seuils. L’assiette est le net earnings from self-employment, soit 92,35 % du bénéfice net.
La moitié de cette taxe est déductible dans le calcul du revenu brut ajusté, au titre du § 164(f)(1) — mais uniquement la moitié des taxes du § 1401 hors § 1401(b)(2). La fraction de 0,9 % d’Additional Medicare Taxn’ouvre droit àaucunedéduction. Le texte l’exclut expressément, et beaucoup de tableaux l’oublient parce qu’ils énoncent la déductibilité juste après avoir mentionné les 0,9 %.
Deux points spécifiquement franco-américains. Un travailleur détachémuni d’un certificat de couverture délivré au titre de l’accord de sécurité sociale franco-américain est exonéré de FICA et de self-employment taxaux États-Unis ; un indépendant français qui s’installe y est en revanche normalement affilié. Et l’exclusion du § 911ne réduit pas la self-employment tax : un consultant français sous § 911 peut se retrouver à zéro d’impôt fédéral sur le revenu et à 15,3 % deself-employment tax. C’est un résultat qui surprend, et il est parfaitement régulier.
Un mot du coût employeur, parce qu’il pèse sur la négociation salariale même s’il ne figure pas sur votre fiche de paie. Un employeur américain supporte, en sus du salaire brut : 6,2 % d’OASDI plafonnés, 1,45 % de Medicare déplafonnés, le chômage fédéral (FUTA), le chômage d’État (SUTA, dont le taux varie par État et par employeur), et dans certains États des contributions dédiées. Pour un salaire de 250 000 $, la seule part patronale FICA ressort à 11 439 + 3 625 = 15 064 $. C’est une fraction de ce qu’un employeur français paie sur le même brut, et c’est un argument de négociation qu’un candidat français n’utilise presque jamais.
L’alternative minimum tax 2026 : ce qui a changé, et qui la déclenche
L’AMT est un impôt parallèle : on recalcule le revenu en réintégrant certains « éléments de préférence », on applique une exonération, puis un taux de 26 ou 28 %, et on paie le plus élevé des deux impôts. Le Tax Cuts and Jobs Actl’avait quasiment éteinte en supprimant ses principaux déclencheurs. La loi de 2025 la rouvre partiellement, et par un mécanisme régulièrement présenté comme un allègement alors que c’est un durcissement.
La section 70107 fait trois choses : elle rend permanentes les exonérations majorées du TCJA, elle porte le taux de reprise de l’exonération de 25 % à 50 %, et elle regèle le seuil de reprise de 1 000 000 $ en dépôt conjoint sur l’année civile 2025 pour son indexation, le § 55(d)(4)(B) précisant qu’il n’est pas indexé pour les exercices ouverts avant le 1er janvier 2027. Date d’effet : exercices ouverts après le 31 décembre 2025, donc dès 2026.
| Statut | Exonération § 55(d)(1) | Début de reprise § 55(d)(2) | Extinction complète |
|---|---|---|---|
| MFJ / surviving spouse | 140 200 $ | 1 000 000 $ | 1 280 400 $ |
| Single | 90 100 $ | 500 000 $ | 680 200 $ |
| Married filing separately | 70 100 $ | 500 000 $ | 640 200 $ |
| Successions et trusts | 31 400 $ | 104 800 $ | 167 600 $ |
Le durcissement tient en une phrase : à 50 % de reprise, l’exonération conjointe de 140 200 $ disparaît sur une bande de 280 400 $ de revenu AMT, contre 560 800 $ à l’ancien taux de 25 %. La fenêtre où l’AMT mord est doncdeux fois plus étroite et deux fois plus raide. Sur cette fenêtre, chaque dollar de revenu AMT supplémentaire fait perdre 0,50 $ d’exonération : le taux marginal AMT effectif atteint 28 % × 1,5 = 42 %. Personne ne calcule ce chiffre avant de lever des options.
| Déclencheur | Mécanisme |
|---|---|
| Levée d’incentive stock options | Le bargain element — écart entre la valeur du titre et le prix d’exercice — est un ajustement AMT l’année de la levée (§ 56(b)(3)). C’est le déclencheur n° 1 pour les Français salariés de la tech américaine |
| Déduction forfaitaire | Elle n’est pas admise en AMT (§ 56(b)(1)(E)) : le revenu AMT d’un contribuable qui ne détaille pas est son revenu imposable majoré de la déduction forfaitaire, ce qui rapproche mécaniquement du seuil de reprise |
| SALT élevé avec un MAGI inférieur à 505 000 $ | La déduction SALT est admise jusqu’à 40 400 $ en régime normal, et n’est pas déductible du tout en AMT : c’est là, avant toute dégressivité, que l’écart entre les deux assiettes est maximal |
| Obligations private activity | Intérêts exonérés en régime normal, taxés en AMT (§ 57(a)(5)) |
| Amortissements accélérés | Ajustement AMT sur certains biens |
Un actif fiscal souvent oublié pour finir : l’AMT payée au titre d’ajustements de report — typiquement une levée d’options non qualifiée comme telle — génère uncrédit d’AMT au titre du § 53, imputable sur l’impôt régulier des années suivantes. Ce crédit ne se transporte pas. Il se perd si vous cessez d’avoir un impôt fédéral régulier à absorber, ce qui arrive précisément quand on rentre en France. Un Français qui a levé des incentive stock optionsen 2024, payé 180 000 $ d’AMT, et qui rentre en 2027 sans réaliser la plus-value côté américain, laisse ce crédit derrière lui. L’inventaire des crédits d’AMT fait partie du bilan patrimonial de retour, et il commande parfois l’ordre des opérations.
Déduction forfaitaire ou déductions détaillées : l’arbitrage, et ce qu’un Français ne peut pas déduire
Le seuil à battre en 2026 est de 32 200 $ en dépôt conjoint,24 150 $ pour un head of household et16 100 $pour un célibataire ou un déposant séparé. Un locataire célibataire installé dans un État sans impôt sur le revenu n’atteindra pratiquement jamais 16 100 $ de déductions détaillées : il prend la déduction forfaitaire, point. Un propriétaire new-yorkais ou californien détaille presque toujours — jusqu’à ce que la dégressivité SALT ramène sa déduction d’impôts d’État à 10 000 $ et le renvoie à la déduction forfaitaire. C’est exactement ce qui se produit au second chiffrage de ce chapitre.
| Déduction détaillée | État du droit en 2026 | Texte |
|---|---|---|
| Impôts d’État et locaux (SALT) | Plafond de 40 400 $, dégressif de 30 % au-delà de 505 000 $ de MAGI, plancher de 10 000 $ | § 164(b)(6) et (7) |
| Intérêts d’emprunt immobilier | Plafond permanent de 750 000 $ de dette d’acquisition (1 000 000 $ pour les emprunts antérieurs au 16 décembre 2017) ; les primes d’assurance emprunteur redeviennent assimilées à des intérêts | § 163(h)(3)(F) |
| Intérêts sur un home equity | Déductibles seulement s’ils financent l’acquisition, la construction ou l’amélioration substantielle du logement | § 163(h)(3)(F)(i)(I) |
| Dons caritatifs | Plafond de 60 % de la contribution base pour les dons en numéraire aux organismes publics ; nouveau plancher de 0,5 % | § 170(b)(1) |
| Frais médicaux | Fraction excédant 7,5 % du revenu brut ajusté | § 213(a) |
| Pertes de sinistre | Uniquement catastrophes déclarées fédéralement ou par un État | § 165(h)(5) |
| Pertes de jeu | 90 % seulement des pertes, et dans la limite des gains | § 165(d) |
| Intérêts d’investissement | Dans la limite du revenu net d’investissement | § 163(d) |
| Miscellaneous itemized deductions | Supprimées de façon permanente ; exception nouvelle pour les frais des enseignants et entraîneurs | § 67(g) et (h) |
Sur les dons caritatifs, la loi de 2025 fait deux choses de sens opposé, toutes deux applicables aux exercices ouverts après le 31 décembre 2025. Elle avantage ceux qui ne détaillent pas : la déduction du § 170(p) passe de 300 $ (600 $ en dépôt conjoint) à1 000 $ (2 000 $), et le dispositif devient permanent. Et ellepénalise ceux qui détaillent : le nouveau § 170(b)(1)(I) n’admet les dons que « to the extent that the aggregate of such contributions exceeds 0,5 percent of the taxpayer’s contribution basefor the taxable year ».
L’effet combiné se chiffre : un contribuable qui détaille, avec 500 000 $ decontribution base, perd la déduction de ses 2 500 premiers dollarsde dons, chaque année. Le regroupement pluriannuel des dons — donner deux ans en une fois — était déjà rationnel du fait de la déduction forfaitaire élevée ; il le devient davantage, puisque le plancher de 0,5 % est annuel et se paie donc une fois par année de don, pas une fois par dollar donné.
Quatre réflexes français qui ne fonctionnent pas
| Réflexe français | Réalité américaine |
|---|---|
| Déduire les frais de gestion du portefeuille et les honoraires de conseil patrimonial | Non déductibles depuis 2018, et désormais définitivement : la section 70110 a rendu la règle permanente et l’a redésignée au § 67(h), le § 67(g) accueillant désormais la définition des frais d’enseignant. Aucun droit d’entrée, aucun frais de gestion, aucun honoraire d’expert-comptable n’est déductible |
| Déduire les frais de déménagement professionnel | Non déductibles, définitivement, sauf militaires et communauté du renseignement (§ 217(k)). Une prime de relocation versée par l’employeur est du salaire imposable |
| Déduire la pension alimentaire versée | Non déductible pour les jugements de divorce postérieurs au 31 décembre 2018, et corrélativement non imposable chez le bénéficiaire. Les conventions antérieures restent sous l’ancien régime, sauf modification expresse — un point à vérifier avant toute renégociation |
| Déduire les cotisations à un plan de retraite français | En principe non déductibles. L’article 18 de la convention franco-américaine traite spécifiquement les cotisations à un régime de retraite de l’autre État : le point relève du chapitre 13 et ne se traite pas de mémoire |
Une dernière limitation à connaître pour qui lance une activité américaine : le§ 461(l). La perte nette dégagée par l’ensemble de vos activités professionnelles n’est imputable sur vos autres revenus qu’à concurrence de256 000 $ (512 000 $en déclaration conjointe) en 2026. L’excédent — l’excess business loss— est reporté en avant sous forme de déficit reportable. Concrètement : un Français qui lance une activité américaine déficitaire tout en percevant des revenus de capitaux ne compense pas dollar pour dollar l’année de la perte. Le chapitre 25 traite le sujet côté entrepreneur.
Le § 199A : 20 % de déduction, et pourquoi une profession libérale n’en garde rien
Le § 199A permet de déduire 20 %du revenu net d’activité éligible — entreprise individuelle, S corporation, partnership, LLC — sans avoir à détailler ses déductions. C’est le dispositif le plus généreux du droit fiscal américain pour un indépendant, et la loi de 2025 l’a rendu permanent en supprimant sa date-butoir de fin 2025. Elle y ajoute une déduction plancher de 400 $pour tout contribuable disposant d’au moins 1 000 $ de qualified business income, pour les exercices ouverts après le 31 décembre 2025, les deux montants étant indexés à partir de 2027. Et le § 199A se calcule sans appliquer le nouveau § 68.
Mais il existe une limitation qui prime toutes les autres, et qu’on ne trouve presque jamais dans les présentations du dispositif : elle figure au premier alinéa du texte.
La limitation d’ensemble du § 199A(a)
Déduction = le MOINDRE de :
(1) le combined qualified business income amount
(2) 20 % de [ revenu imposable - plus-value nette ]
CE QUE CELA PRODUIT
Dirigeant, QBI de 300 000 $
Revenu imposable ......................... 900 000 $
dont plus-value nette .................... 800 000 $
Base de la limitation (2) ................ 100 000 $
Plafond ..................... 20 % x 100 000 = 20 000 $
La déduction tombe de 60 000 $ à 20 000 $
du seul fait de la plus-value réalisée la même année.26 USC § 199A(a). C’est la première vérification à faire, avant même les seuils et la limitation salaires/capital. Réaliser une plus-value l’année d’un fort QBI détruit tout ou partie de la déduction : c’est un arbitrage de calendrier, pas une fatalité.
| Statut | Seuil § 199A(e)(2) | Fin de la plage de transition § 199A(b)(3)(B) |
|---|---|---|
| MFJ | 403 500 $ | 553 500 $ |
| Married filing separately | 201 775 $ | 276 775 $ |
| Tous autres statuts | 201 750 $ | 276 750 $ |
Au-delà du seuil, deux limitations s’enclenchent progressivement sur la plage de transition. La première est la limitation dite « W-2 wages / capital » : la déduction ne peut excéder 50 % des salaires versés par l’activité, ou 25 % des salaires majorés de 2,5 % de la base non amortie des biens. Un consultant seul, sans salarié et sans immobilisation, y perd sa déduction. La seconde est l’exclusion des specified service trades or businessesdu § 199A(d)(2) : santé, droit, comptabilité, actuariat, arts du spectacle, sport, conseil financier, courtage, et toute activité dont l’actif principal est la réputation ou le savoir-faire de ses dirigeants.
La conséquence est brutale et elle vise directement une partie de notre clientèle : un cabinet de conseil, un médecin, un avocat, un conseiller financier français installé aux États-Unisest une specified service trade or business. Au-dessus de la plage de transition — 553 500 $ en dépôt conjoint, 276 750 $ pour un célibataire — la déduction s’éteint totalement. Non pas partiellement : totalement. Un médecin français à 600 000 $ de bénéfice ne déduit rien ; le même bénéfice tiré d’une activité de production ou de négoce, avec des salariés, ouvre droit à 120 000 $ de déduction. À ce niveau de revenu, les deux relèvent de la tranche à 35 % : c’est un écart de 42 000 $ d’impôt annuel entre deux entrepreneurs au même revenu.
Un rappel qui évite une déception : le § 199A exige un revenu effectivement connecté à une activité exercée aux États-Unis (qualified trade or business within the United States, § 199A(c)(3)(A)(i)). Le bénéfice d’une SARL, d’une SAS ou d’une entreprise individuelle française n’y ouvre jamaisdroit, même s’il est imposable aux États-Unis chez un citoyen ou un resident alien.
Le § 911 : inutile à celui qui s’installe, décisif à celui qui rentre
L’exclusion des revenus d’activité étrangers — foreign earned income exclusion, en abrégé FEIE — est le dispositif dont on parle le plus dans les forums d’expatriés américains, et celui qui sert le moins au lecteur de ce guide. Voici pourquoi, après les chiffres.
| Élément | Montant 2026 | Source |
|---|---|---|
| Exclusion du revenu d’activité étranger, § 911(b)(2)(D)(i) | 132 900 $ | Rev. Proc. 2025-32, § 4.39 |
| Base housing amount (16 % de l’exclusion) | 21 264 $ | Notice 2026-25 |
| Plafond général des dépenses de logement (30 % de l’exclusion) | 39 870 $ | Notice 2026-25 |
| Exclusion de logement maximale de droit commun | 18 606 $ | 39 870 - 21 264 |
| Garches, Paris, Sèvres, Suresnes et Versailles — liste limitative | 73 600 $ de plafond annuel, soit 201,64 $ par jour | Notice 2026-25, section 3 |
| Lyon | 40 700 $, soit 111,51 $ par jour | Notice 2026-25, section 3 |
| Reste de la France | Plafond général de 39 870 $ | Notice 2026-25 |
Les conditions d’accès sont régulièrement présentées comme « trois conditions cumulatives », ce qui est faux et ferme le dispositif à des gens auxquels il est ouvert. Il y adeux conditions cumulatives, dont la seconde est alternative :
- Un tax home à l’étranger— le lieu principal d’activité, avec une perspective d’emploi indéfinie et non temporaire ;
- l’un des deux tests de présence, dont les conditions tenant à la qualité du contribuable diffèrent. Le bona fide residence testsuppose une résidence de bonne foi dans un pays étranger pendant une période ininterrompue couvrant une année d’imposition entière ; le texte le réserve aux citoyens américains, un resident alienn’y accédant que par le jeu de la clause de non-discrimination d’une convention fiscale applicable. Le physical presence test exige 330 jours pleinsde présence à l’étranger sur une période de 12 mois consécutifs, la période pouvant être à cheval sur deux années civiles ; il est ouvert indifféremment au citoyen ou au résident des États-Unis, sans condition de convention.
Cette précision n’est pas académique : un Français resident alien détaché hors des États-Unis pendant 330 jours sur douze mois est éligible au § 911 sans avoir à invoquer quoi que ce soit de conventionnel. Le formulaire est le 2555.
Trois limites en réduisent fortement la portée. La première est la règle de superposition du § 911(f), et c’est l’erreur la plus fréquente : l’exclusionne fait pas descendre de tranche. L’impôt sur le revenu non exclu se calcule au taux qui se serait appliqué si l’exclusion n’avait pas été pratiquée. Celui qui exclut 132 900 $ et conserve 100 000 $ imposables ne paie pas l’impôt du barème sur 100 000 $ : il paie la différence entre l’impôt sur 232 900 $ et l’impôt sur 132 900 $. La deuxième : le § 911(d)(6) interdit tout crédit d’impôt étranger au titre d’un impôt frappant un revenu exclu. La troisième : l’exclusion est réintégrée au MAGI pour la dégressivité SALT, la déduction seniors et les déductions pourboires et heures supplémentaires. Et rappelons-le, elle ne réduit pas la self-employment tax.
Ne sont pas du foreign earned income : la rémunération des agents de l’État fédéral américain, les rémunérations pour services rendus dans les eaux ou espaces aériens internationaux, les pensions et rentes, y compris les prestations de Social Security, la valeur des repas et du logement fournis par l’employeur, et les revenus perçus au-delà de l’année suivant celle où les services ont été rendus. Sont également hors champ par nature les dividendes, intérêts, loyers et plus-values : l’ exclusion ne porte que sur le revenu d’activité.
Sens 1 — le Français installé aux États-Unis
Son tax home est aux États-Unis. Il n’a, par construction, aucun revenu d’activité étranger au sens du § 911.
Sens 2 — l’US person qui vit en France
Binational, ancien titulaire de carte verte rentré en France, conjoint américain. Là, le § 911 est central — et il est presque toujours le mauvais choix.
Le piège du § 911 n’est pas d’en sortir, c’est d’y rentrer
On lit partout que le contribuable qui a coché le § 911 une année ne pourrait plus y renoncer librement pendant cinq ans. Le § 911(e)(2) dit exactement l’inverse.La révocation est de droit : elle peut être formulée pour toute année postérieure à celle de l’élection. Ce qui est verrouillé, c’est laré-élection : « Except with the consent of the Secretary, any taxpayer who makes such a revocation for any taxable year may not make another election under this section for any subsequent taxable year before the 6th taxable year after the taxable year for which such revocation was made. »
Concrètement : un client qui a révoqué l’exclusion en N — par exemple pour une année de retour en France à forte imposition française — ne pourra pas la reprendre avant N+6 s’il repart ensuite vers un pays à faible fiscalité, sauf agrément de l’IRS. C’est la date de la révocation, et non celle de l’élection, qui commande. À vérifier systématiquement dans l’historique déclaratif de tout nouveau client binational.
Le crédit d’impôt étranger des § 901 et § 904 : paniers, plafond, report
C’est l’outil qui compte réellement pour un binational franco-américain. Seuls ouvrent droit au crédit les income, war profits and excess profits taxes— les impôts sur le revenu, à l’exclusion des taxes sur le chiffre d’affaires, des droits de mutation, des impôts sur la fortune et, en principe, des cotisations sociales.
L’exception française est majeure et elle est acquise : la CSG et la CRDS ouvrent droit au crédit d’impôt étranger.La page de l’IRS consacrée auForeign Tax Credit l’indique expressément et ouvre un délai de dix anspour les réclamations rectificatives. La position antérieure de l’administration, qui les traitait comme des cotisations couvertes par l’accord de sécurité sociale franco-américain, a été abandonnée en 2019. Pour un binational qui a payé de la CSG pendant dix ans sans jamais la créditer, l’enjeu de la rectification se compte en dizaines de milliers d’euros.
Deux limites à cette exception. La première est expresse : la même page réserve la réclamation au salarié. Un employeur américain ne peut pasdéposer de demande de remboursement au titre d’un crédit d’impôt étranger pour la CSG ou la CRDS retenue ou acquittée pour le compte de ses salariés. Le montage consistant à faire porter la réclamation par l’employeur, parfois proposé dans les dossiers de détachement, est donc exclu. La seconde est de méthode : la page de l’IRS vise expressément la CSG et la CRDS, et les pages officielles consultées le 29/07/2026 ne mentionnent pas le prélèvement de solidarité de l’article 235 ter du CGI ni les autres contributions. Nous n’extrapolons pas : ce point doit être arbitré avec un CPA américain avant d’être intégré à une réclamation.
Le contribuable choisit chaque année entre le crédit — formulaire 1116 pour les personnes physiques — et la déductionde l’impôt étranger comme déduction détaillée du § 164(a)(3). Le choix est global pour l’année : on ne peut pas créditer certains impôts et déduire les autres. Le crédit est presque toujours plus avantageux, puisqu’il s’impute dollar pour dollar sur l’impôt tandis que la déduction ne réduit que l’assiette. L’exception classique est l’année où le contribuable n’a pas d’impôt américain à absorber et où la déduction crée ou augmente un déficit reportable.
La limitation du § 904, panier par panier
Revenu imposable de source
étrangère DU PANIER
Crédit ≤ Impôt américain x ------------------------------
Revenu imposable MONDIAL
RÈGLE D’OR : le calcul est fait SÉPARÉMENT PAR PANIER.
Un excédent d’impôt étranger sur un panier ne peut jamais
être absorbé par une capacité inemployée sur un autre.- Passive category income :Dividendes, intérêts, loyers passifs, plus-values de portefeuille, revenus de SCPI françaises
- General category income :Salaires, revenus professionnels, revenus fonciers exploités activement
- § 951A category (GILTI) :Revenus attribués d’une société étrangère contrôlée
- Foreign branch category :Bénéfices d’une succursale étrangère
- Treaty-resourced income :Revenus re-sourcés à l’étranger par application d’une convention — un panier distinct par convention, formulaires 8833 et 1116 séparés
26 USC § 904(d). Les paniers se déclarent sur le formulaire 1116, un exemplaire par panier.
Le panier treaty-resourcedest l’outil clé du binational, et il est très peu utilisé. Il permet, pour un citoyen américain résident de France, de traiter comme de source française des revenus que le droit interne américain considère comme de source américaine, afin d’y imputer l’impôt français. Il exige le dépôt d’un formulaire 8833et d’un formulaire 1116 séparé. C’est technique, c’est du travail de CPA, et cela vaut souvent plusieurs milliers de dollars par an.
Le report des crédits inutilisés est de un an en arrière et dix ans en avant, et il s’effectue panier par panier. Voilà qui produit une situation structurelle qu’il faut savoir exploiter : un binational franco-américain accumule des crédits inutilisés dans le panier general, parce que l’impôt français sur les salaires excède l’impôt américain sur le même revenu. Ces crédits expirentau bout de dix ans. Une opération exceptionnelle générant de l’impôt américain — levée de stock-options, conversion d’un plan de retraite en Roth, cession — peut être calée pour les consommer avant leur péremption. C’est l’un des rares actes d’optimisation à la fois simples et significatifs pour cette clientèle, et il suppose de tenir un inventaire daté de ses crédits, panier par panier, année par année.
Une dispense pratique pour finir : le formulaire 1116 n’est pas exigé si l’impôt étranger n’excède pas 300 $(600 $ en dépôt conjoint)etque la totalité du revenu étranger est du revenu passif figurant sur un document de type 1099. Le crédit se porte alors directement sur le 1040. Au-delà, le 1116 est obligatoire, panier par panier. La modification apportée au § 904(b)(5) par la loi de 2025 — retrait des charges d’intérêts et de recherche-développement de l’allocation au net CFC tested income, pour les exercices ouverts après le 31 décembre 2025 — ne concerne que l’actionnaire d’une société étrangère contrôlée ; nous la mentionnons pour mémoire.
Le calendrier déclaratif : dates, extensions, acomptes et pénalités
Le système américain est déclaratif et il pardonne mal. Les dates ci-dessous doivent figurer dans votre agenda dès la première année, parce que la pénalité de sous-paiement de la première année est l’incident le plus fréquent d’un dossier de primo-arrivant.
| Situation | Échéance |
|---|---|
| Déclaration 1040 de l’année 2025 | 15 avril 2026 |
| Déclaration 1040 de l’année 2026 | 15 avril 2027 |
| Résident à l’étranger, ou militaire en poste hors des États-Unis | Extension automatique de 2 mois, soit le 15 juin |
| Extension supplémentaire par formulaire 4868 | 15 octobre |
| Extension discrétionnaire pour les contribuables à l’étranger | 15 décembre — Treas. Reg. § 1.6081-1(a) et Publication 54, sur lettre motivée, et jamais de droit |
| 1040-NR d’un non-résident percevant des salaires ou rémunérations soumis à retenue à la source américaine, ou disposant d’un bureau ou établissement aux États-Unis | 15 avril |
| 1040-NR de tout autre non-résident | 15 juin |
| FBAR — FinCEN 114 | 15 avril, avec prorogation automatique au 15 octobre |
Trois précisions sur ce tableau, chacune coûteuse si on l’ignore. D’abord,l’extension automatique de deux mois est un délai de dépôt etde paiement, mais elle n’arrête pas les intérêts. Le Treas. Reg. § 1.6081-5(a) accorde « an extension of time for filing returns of income and for paying any tax shown on the return », là où l’extension obtenue par formulaire 4868 n’est, elle, jamais un délai de paiement (§ 1.6081-4(c)). Ce qui court malgré tout, ce sont les intérêts : même en bénéficiant de l’extension, vous devez des intérêts sur tout impôt non payé à la date normale d’échéance. Les intérêts du § 6601 courent depuis le 15 avril. Une extension mal comprise coûte donc de l’argent sans que personne ne vous prévienne.
Ensuite, pour le 1040-NR, le critère de la date n’est ni le lieu du salariat,nil’existence d’une activité américaine : c’est la perception de salaires ou de rémunérations non salariales soumis à retenue à la source américaine, ou l’existence d’un bureau ou établissement aux États-Unis. Un non-résident qui exerce une activité américaine sans retenue et sans établissement dépose au 15 juin.
Enfin, l’extension au 15 décembre existe et elle est utile — un dossier franco-américain complet, avec les 8621 d’un contrat d’assurance-vie et les 5471 d’une société française, n’est presque jamais prêt au 15 octobre. Mais son siège est le Treas. Reg. § 1.6081-1(a) — qui plafonne les extensions à six mois « other than in the case of taxpayers who are abroad » — et la Publication 54, non le Treas. Reg. § 1.6081-5, qui n’accorde que les deux mois automatiques, ni les pages généralistes de l’IRS consacrées aux citoyens et résidents à l’étranger, qui n’en font pas état dans leur version consultée le 29/07/2026. Elle s’obtient par lettre motivée et n’est pas de droit. On ne construit pas un calendrier sur elle.
Les acomptes du § 6654, et le piège de la première année
Les échéances 2026 sont les 15 avril, 15 juin, 15 septembre 2026 et 15 janvier 2027. Le calendrier n’est pas trimestriel malgré son nom : les deux premiers acomptes sont séparés de deux mois, pas de trois.
Les safe harbors du § 6654(d)(1)(B)
Aucune pénalité si vos versements atteignent
LE PLUS FAIBLE de :
(1) 90 % de l’impôt de l’année en cours
(2) 100 % de l’impôt de l’année précédente
-- porté à 110 % si le revenu brut ajusté
de l’année précédente excédait 150 000 $
(75 000 $ en dépôt séparé)
AUTRE EXCEPTION
Aucune pénalité si le solde dû est
inférieur à 1 000 $ (§ 6654(e)(1)).Le safe harbor (2) suppose une déclaration américaine de douze mois pour l’année précédente (§ 6654(d)(1)(B)(ii)).
Voilà pourquoi la première année est piégée : un Français qui s’installe n’a pas d’année précédente américaine. Le safe harbordes 100 % ou 110 % lui est fermé, faute de déclaration de douze mois pour l’année N-1. Seul lui reste celui des 90 % de l’impôt de l’année en cours — ce qui suppose d’estimer correctement son impôt américain dès le premier acompte du 15 avril, alors qu’il vient d’arriver, qu’il ne connaît pas encore son bonus, et que son employeur retient sur la base d’un W-4 rempli à la hâte. C’est la source numéro un de pénalités pour primo-arrivants, et elle est entièrement évitable.
Le levier de rattrapage existe, et il est puissant. Le § 6654(g) répute les retenues à la source opérées sur salaire étalées uniformément sur l’année, quelle que soit leur date réelle. Une majoration de retenue décidée en novembre régularise doncrétroactivementles trois premiers acomptes. Un acompte versé en décembre, non. La règle pratique tient en une phrase : si vous découvrez en fin d’année que vous êtes en retard, ne versez pas un acompte, demandez à votre employeur d’augmenter la retenue sur les dernières paies.
| Manquement | Sanction |
|---|---|
| Défaut de dépôt, § 6651(a)(1) | 5 % de l’impôt dû par mois de retard, plafonné à 25 % |
| Défaut de paiement, § 6651(a)(2) | 0,5 % par mois, plafonné à 25 % |
| Dépôt à plus de 60 jours de retard, § 6651(a) | Minimum égal au plus faible de 535 $ ou de 100 % de l’impôt dû — montant applicable aux déclarations à déposer en 2027, soit celles de l’année d’imposition 2026 |
| Sous-paiement d’acomptes, § 6654 | Intérêt au taux de sous-paiement, non déductible |
| Trimestre 2026 | Taux d’intérêt § 6621 applicable aux particuliers |
|---|---|
| T1 — 1er janvier au 31 mars 2026 | 7 % |
| T2 — 1er avril au 30 juin 2026 | 6 % |
| T3 — 1er juillet au 30 septembre 2026 | 7 % |
| T4 | Non publié au 29/07/2026 |
La capitalisation quotidiennemérite d’être soulignée pour un lecteur français habitué aux intérêts de retard mensuels de l’administration fiscale : sur un sous-paiement de 60 000 $ porté pendant un an à 7 %, l’écart entre capitalisation annuelle et quotidienne représente environ 150 $. C’est peu. Ce qui n’est pas peu, c’est que cet intérêt n’est pas déductible, et qu’il se cumule avec la pénalité de défaut de paiement.
Premier chiffrage : cadre célibataire, 250 000 $ de salaire
Hypothèses.Célibataire, sans personne à charge, revenu exclusivement salarial W-2 de 250 000 $, locataire — donc aucune property taxet aucun intérêt d’emprunt —, aucun don, aucun versement à un plan de retraite déductible, aucune couverture santé prélevée avant impôt. Année pleine de résidence, pas d’année dual-status. Ces hypothèses sont volontairement dépouillées : elles donnent le coût brut d’un salaire, et tout ce que vous ajouterez ensuite — 401(k), health savings account, prime d’assurance santé prélevée avant impôt — jouera dans le bon sens.
| Poste | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Déduction forfaitaire (single) | — | 16 100 $ |
| Revenu imposable fédéral | 250 000 - 16 100 | 233 900 $ |
| Impôt fédéral sur le revenu | 41 024 + 32 % x (233 900 - 201 775) | 51 304 $ |
| NIIT § 1411 | Le salaire n’est pas du net investment income | 0 $ |
| OASDI | 184 500 x 6,2 % | 11 439 $ |
| Medicare | 250 000 x 1,45 % | 3 625 $ |
| Additional Medicare Tax | (250 000 - 200 000) x 0,9 % | 450 $ |
| Total FICA salarié | 11 439 + 3 625 + 450 | 15 514 $ |
| TOTAL PRÉLEVÉ AU NIVEAU FÉDÉRAL | 51 304 + 15 514 | 66 818 $ |
| Taux effectif fédéral sur le brut | 66 818 / 250 000 | 26,7 % |
| CE QU’IL RESTE APRÈS LE FÉDÉRAL | 250 000 - 66 818 | 183 182 $ |
Trois observations sur ce chiffrage. Le plafond SALT est pleinà 40 400 $ : avec un MAGI de 250 000 $, très en dessous de 505 000 $, aucune dégressivité ne joue. Le § 68 est sans effet : le revenu imposable, à 233 900 $, est très inférieur au seuil d’entrée de la tranche à 37 % (640 600 $ pour un célibataire). Et le taux marginal réel sur le dernier dollar de salaire ressort à 32 % + 1,45 % + 0,9 % = 34,35 %au niveau fédéral, bien au-dessus des 32 % affichés par le barème.
Ce contribuable-là a intérêt à un plan d’épargne retraite d’employeur : chaque dollar versé en 401(k) traditionnel lui économise les 32 % du barème — et 32 % seulement, car le § 3121(v)(1)(A) maintient les versements électifs dans l’assiette du FICA : ni le 1,45 % de Medicare ni le 0,9 % d’Additional Medicare Taxne sont épargnés, sans compter l’économie d’impôt d’État éventuelle. C’est le sujet du chapitre 18, mais le calcul se lit déjà ici. En revanche, il ne bénéficie d’aucune des quatre déductions nouvelles : pas de pourboires, pas d’heures supplémentaires, pas de 65 ans, et sa déduction d’intérêts de crédit auto est éteinte depuis 150 000 $ de MAGI.
Second chiffrage : dirigeant marié, 1 000 000 $ dont 400 000 $ de capital
Hypothèses. Dépôt conjoint, deux enfants majeurs non à charge, revenu composé de600 000 $ de salaire W-2 et de 400 000 $ de plus-values long terme et de dividendes qualifiés. Un seul conjoint perçoit le salaire. Aucune déduction détaillée autre que le SALT. Aucun revenu d’activité éligible au § 199A : le salaire W-2 n’ouvre pas droit à la déduction, et l’on suppose l’absence de toute activité indépendante. Aucun élément de préférence AMT.
Première chose à faire, avant tout calcul d’impôt : le plafond SALT. 40 400 $ moins 30 % de (1 000 000 − 505 000) = 40 400 − 148 500, doncplancher de 10 000 $. Ce plancher est très en dessous de la déduction forfaitaire conjointe de 32 200 $ : notre dirigeant prend donc la déduction forfaitaire, dans n’importe quel État. Deux conséquences, et elles sont lourdes. Son impôt fédéral est identique qu’il vive en Floride ou à Manhattan : le fédéral n’amortit plus du tout l’impôt d’État. Et le § 68, qui ne frappe que les déductions détaillées, ne s’applique pas à lui.
| Poste | Calcul | Montant |
|---|---|---|
| Déduction forfaitaire (MFJ) | Supérieure au plafond SALT de 10 000 $ | 32 200 $ |
| Revenu imposable total | 1 000 000 - 32 200 | 967 800 $ |
| dont revenu ordinaire | 967 800 - 400 000 | 567 800 $ |
| Impôt sur le revenu ordinaire | 116 896 + 35 % x (567 800 - 512 450) | 136 269 $ |
| Plus-values, tranche à 0 % | Plafond de 98 900 $ déjà absorbé par le revenu ordinaire | 0 $ |
| Plus-values, tranche à 15 % | (613 700 - 567 800) x 15 % = 45 900 x 15 % | 6 885 $ |
| Plus-values, tranche à 20 % | (967 800 - 613 700) x 20 % = 354 100 x 20 % | 70 820 $ |
| Impôt fédéral sur le revenu | 136 269 + 6 885 + 70 820 | 213 974 $ |
| NIIT § 1411 | 3,8 % x le moindre de (400 000 ; 1 000 000 - 250 000) | 15 200 $ |
| OASDI | 184 500 x 6,2 % | 11 439 $ |
| Medicare | 600 000 x 1,45 % | 8 700 $ |
| Additional Medicare Tax | (600 000 - 250 000) x 0,9 % | 3 150 $ |
| Total FICA salarié | 11 439 + 8 700 + 3 150 | 23 289 $ |
| TOTAL PRÉLEVÉ AU NIVEAU FÉDÉRAL | 213 974 + 15 200 + 23 289 | 252 463 $ |
| Taux effectif fédéral sur le brut | 252 463 / 1 000 000 | 25,2 % |
| CE QU’IL RESTE APRÈS LE FÉDÉRAL | 1 000 000 - 252 463 | 747 537 $ |
Le résultat surprend : le taux effectif fédéral du dirigeant à 1 M$ (25,2 %) est inférieur à celui du cadre à 250 000 $ (26,7 %). Ce n’est pas une erreur de calcul, c’est la structure du système. Deux mécanismes l’expliquent. D’abord, 400 000 $ de son revenu sont du capital long terme, taxé à 15 puis 20 % au lieu de 35 %. Ensuite, la cotisation OASDI est plafonnée à 184 500 $ de salaire : elle représente 4,6 % du salaire du cadre et 1,9 % de celui du dirigeant. Le système fédéral américain est progressif sur le revenu du travail et dégressif sur la part du capital : c’est le fait dominant, et il commande toute la stratégie patrimoniale d’un expatrié à revenus élevés.
| Taux marginal réel sur le dernier dollar, au niveau fédéral | Cadre à 250 000 $ | Dirigeant à 1 M$ |
|---|---|---|
| Salaire | 32 % + 1,45 % + 0,9 % = 34,35 % | 35 % + 1,45 % + 0,9 % = 37,35 % |
| Plus-value long terme | 15 % + 3,8 % = 18,8 % : à 250 000 $ de MAGI, le seuil NIIT de 200 000 $ est déjà dépassé de 50 000 $ | 20 % + 3,8 % = 23,8 % |
| Dividende qualifié | 15 % + 3,8 % = 18,8 % | 20 % + 3,8 % = 23,8 % |
| Intérêt obligataire | 32 % + 3,8 % = 35,8 % | 35 % + 3,8 % = 38,8 % |
Deux enseignements de conseil, pour finir sur ces chiffrages. Le premier : pour le dirigeant,chaque dollar d’impôt d’État est supporté intégralement, sans aucun amortissement fédéral, parce que la dégressivité SALT l’a renvoyé à la déduction forfaitaire. Le point de bascule est à 606 333 $ de MAGI : au-dessus, la localisation coûte son prix nominal. C’est ce qui rend l’arbitrage entre États si tranchant à ce niveau de revenu, et c’est le sujet du chapitre 8. Le second : sur ces deux dossiers, l’écart entre le taux affiché par le barème et le taux marginal réel est de 2,35 à 3,8 points. Un candidat qui négocie une augmentation de 50 000 $ en raisonnant « tranche à 35 % » se trompe de 1 175 $ par an — les 2,35 points de FICA déplafonné qu’il n’a pas comptés —, avant impôt d’État.
Ce que ces chiffrages ne disent pas
L’honnêteté commande de lister ce que nous avons volontairement laissé de côté, parce que chacun de ces postes est réel et qu’aucun n’apparaît sur une fiche de paie.
| Poste absent des tableaux | Ordre de grandeur | Où il est traité |
|---|---|---|
| Impôt de l’État et impôt municipal | 0 $ en Floride, au Texas, au Nevada et au Wyoming ; plusieurs dizaines de milliers de dollars en Californie ou à New York City à ces niveaux de revenu | Chapitre 8 |
| Property tax | Moyennes d’État de 0,28 % (Hawaï) à 2,38 % (New Jersey) ; pour une acquisition californienne de 2026, retenir 1,20 % du prix payé, et non le taux effectif moyen de 0,70 % qui est un artefact statistique | Chapitres 8 et 15 |
| Assurance santé | La part salariale d’une couverture familiale d’employeur ressort en moyenne à 6 850 $ par an ; sans employeur, le coût complet est sans commune mesure | Chapitre 20 |
| Taxe de vente | Environ 7 % du budget de consommation taxable en Floride, près de 9 % en Californie — aucune récupération professionnelle, contrairement à la TVA | Chapitre 8 |
| Part patronale FICA | 15 064 $ sur un salaire de 250 000 $ | Ce chapitre — elle ne vous est pas prélevée mais elle pèse sur la négociation |
| Conformité fiscale française et américaine | Honoraires de double déclaration, formulaires 8621 par fonds, 5471 par société, 3520 par trust | Chapitres 14 et 24 |
Un dernier mot sur la comparaison avec la France, puisque c’est la question qui vient toujours ensuite. Elle ne se fait pas taux contre taux. Le cadre célibataire de notre premier cas paie 26,7 % au fédéral et il n’a, en contrepartie, ni couverture maladie sans employeur, ni droits à retraite comparables sur cette seule cotisation, ni gratuité scolaire équivalente dans les secteurs où la property taxest basse. Le dirigeant du second cas paie 25,2 % au fédéral sur un revenu majoritairement patrimonial, là où la même structure de revenus en France supporterait le prélèvement forfaitaire unique et, selon la composition du patrimoine, l’impôt sur la fortune immobilière. Les deux systèmes ne prélèvent ni les mêmes assiettes, ni au même moment : le comparatif honnête se fait sur un cycle de vie complet, et il figure au chapitre 27.
Ce que nous ne tranchons pas, et les questions à poser
Quatre points de ce chapitre dépassent ce qu’un guide peut affirmer. Nous les nommons avec la question exacte à poser et les pièces à réunir, parce qu’un renvoi vague à « un spécialiste » ne sert à rien.
| Point non tranché | À qui le poser | La question exacte, et les pièces |
|---|---|---|
| Imputation d’un crédit d’impôt étranger sur le NIIT du § 1411 | CPA américain | « Compte tenu de l’appel pendant devant le Federal Circuit dans les affaires n° 24-1284 et 25-1563, une réclamation protective dans le délai du § 6511 est-elle opportune pour mes exercices ouverts ? » Pièces : déclarations américaines et avis d’imposition français des dix derniers exercices, formulaires 1116 déposés, formulaires 8960 |
| Application du § 1091 à un rachat opéré sur un compte de retraite ou sur le compte du conjoint | CPA américain | « Le rachat que j’envisage, sur ce compte et sur cet actif, déclenche-t-il le § 1091 ? » Pièces : relevés des deux comptes, ordres passés dans la fenêtre de 61 jours, identification ISIN ou CUSIP des lignes vendues et rachetées |
| Application du § 1091 aux actifs numériques | CPA américain | « Le § 1091 vise les stocks or securities : quelle position retenez-vous pour un actif numérique, et quelle documentation faut-il conserver ? » Pièces : historique complet des transactions, y compris les mouvements entre portefeuilles |
| Créditabilité des prélèvements sociaux français autres que la CSG et la CRDS | CPA américain | « La page de l’IRS vise expressément la CSG et la CRDS : sur quelle base traitez-vous le prélèvement de solidarité de l’article 235 ter du CGI ? » Pièces : avis d’imposition français détaillant ligne par ligne les prélèvements sociaux acquittés |
S’y ajoute un point de calendrier plus qu’un point de droit : les barèmes des États pour 2026 n’étaient pas tous publiés au 29 juillet 2026, et aucun montant californien indexé pour 2026 ne l’était. Tout chiffrage intégrant un impôt d’État doit donc être refait dès parution des tables de l’année. C’est le genre de détail qui fait la différence entre un chiffrage et une estimation, et nous préférons le dire.
Reconstituer votre impôt fédéral avant de décider quoi que ce soit
Barème 2026 et statut de dépôt, arbitrage entre déduction forfaitaire et déductions détaillées après dégressivité SALT et rabot du § 68, calcul du NIIT sur vos revenus de capitaux français et américains, contrôle AMT si vous détenez des incentive stock options, inventaire de vos crédits d’impôt étrangers panier par panier avec leur date de péremption, et calendrier d’acomptes de la première année. Nous travaillons avec votre CPA lorsque vous en avez un, et nous vous mettons en relation avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis sur les points que ce chapitre laisse ouverts. Bilan patrimonial d’1 h.
8. Le choix de l’État : pourquoi la Floride ne suffit pas, et ce que coûte un départ mal coupé de New York
Vous avez lu que la Floride et le Texas ne lèvent pas d’impôt sur le revenu. C’est vrai. Ce que la phrase ne dit pas, c’est ce que ces États prennent à la place, ni combien il en coûte de s’y installer sans avoir d’abord coupé proprement avec celui qu’on quitte. Un dirigeant qui déménage de Manhattan à Miami peut économiser plus de cent mille dollars par an ; le même dirigeant, s’il garde son appartement new-yorkais et y passe cent quatre-vingt-quatre jours, restera imposé par l’État de New York sur son revenu mondial, loyers parisiens compris, et n’aura aucun crédit d’impôt à opposer puisque la Floride ne prélève rien qui puisse être crédité. Il aura payé le déménagement pour rien, et il l’apprendra deux ans plus tard.
Ce chapitre traite les trois questions dans cet ordre : ce que prélèvent réellement les neuf États sans impôt sur le revenu, ce que coûtent la Californie et l’État de New York barème en main, et — c’est le cœur — comment se détermine la résidence d’État, comment se conduit un audit de résidence, et quelles ruptures opérer, dans quel ordre. Il se termine par la taxe foncière, l’impôt successoral des États, et un tableau de décision par profil qui ne dit pas toujours ce qu’on attend.
Une précision liminaire, parce qu’elle commande tout le reste. Le chapitre 3 a montré que la convention franco-américaine du 31 août 1994 ne vise, côté américain, que « the Federal income taxes imposed by the Internal Revenue Code ». Gagner le départage conventionnel contre les États-Unis, déposer un 1040-NR, obtenir la qualité de résident de France au sens de l’article 4 : rien de tout cela ne produit d’effet automatique sur l’impôt d’un État. Vous avez deux systèmes de résidence à gérer, et ils ne communiquent pas.
La date de gel des chiffres de ce chapitre, et une réserve qu’il faut lire avant les tableaux
Les montants fédéraux sont ceux de 2026. Les barèmes de la Californie et de l’État de New York que nous publions sont ceux de 2025, et c’est délibéré : au 29 juillet 2026, les 2026 California Tax Rate Schedulesn’ont pas été trouvées sur ftb.ca.gov, et la page tax rates and tables de tax.ny.gov ne propose des barèmes que pour les années 2022 à 2025. Les instructions californiennes du formulaire 540-ES pour 2026 renvoient elles-mêmes aux tables de 2025 pour le calcul des acomptes.
Conséquence directe : la standard deductioncalifornienne étant indexée par le même coefficient que les tranches, son montant 2026 n’est pas davantage connu. Le dernier millésime publié est celui de 2025 : 5 706 $ pour un célibataire ou un conjoint déposant séparément, 11 412 $ pour un couple, un head of householdou un conjoint survivant qualifié. Ce sont ces montants que retiennent nos deux chiffrages, en cohérence avec les tables de taux 2025 reproduites plus bas. Les montants de 5 540 $ et 11 080 $ qui circulent encore sont ceux de 2024 et ne doivent pas être repris pour 2025. Toute simulation individuelle se refait dès parution des tables.
Les taux effectifs de taxe foncière cités plus bas proviennent d’unecompilation privée des données du Census Bureau (American Community Survey, estimation quinquennale). Le Census Bureau est la source primaire, la compilation en est l’agrégateur. Ces taux rapportent l’impôt médian payé à la valeur déclarée par les ménages, non à une base d’évaluation fiscale : ils décrivent une moyenne d’État et ne prédisent aucun avis d’imposition.
Le tabouret à trois pieds : aucun État ne renonce à s’asseoir
Un État américain finance ses écoles, sa police, ses routes et ses tribunaux avec trois ressources principales : l’impôt sur le revenu, la taxe sur les ventes, la taxe foncière. Il peut renoncer à l’une des trois. Il ne renonce jamais aux trois, et il compense presque toujours sur les deux autres. Comprendre cela dispense de la moitié des illusions qui circulent sur les « États sans impôt ».
Deux exemples opposés le montrent d’un coup. Le New Hampshire ne lève ni impôt sur le revenu, ni taxe sur les ventes — 0,00 % de taxe de vente combinée, seul cas du pays parmi les États sans impôt sur le revenu — et affiche en contrepartie un taux effectif de taxe foncière de 2,15 %, le troisième du pays. Le Tennessee a supprimé son dernier impôt sur le capital et affiche une taxe de vente combinée de 9,61 %, l’une des plus élevées des États-Unis. Ni l’un ni l’autre n’est « moins cher » dans l’absolu : ils prélèvent sur des assiettes différentes, et l’assiette qui vous concerne dépend de ce que vous possédez et de ce que vous dépensez.
Un second réflexe français doit tomber tout de suite : il n’existe aucune taxe fédérale sur la valeur ajoutéeni aucune taxe fédérale générale sur les ventes. La fiscalité de la consommation est intégralement d’origine étatique et locale, sous forme de sales and use tax, assise sur la vente au détail au consommateur final, sans aucun mécanisme de récupération en amont. Trois conséquences pour vous. Les prix affichés en magasin sont hors taxe, et le montant payé en caisse dépasse le prix étiqueté. La use taxexiste : un résident qui achète hors de son État un bien qu’il y rapporte en doit théoriquement la taxe, et la ligne figure sur les déclarations d’État. Et un indépendant habitué à récupérer la TVA sur ses achats professionnels ne récupère rien— l’exonération pour revente ne vaut que pour les biens réellement revendus en l’état.
| État | Taux d’État | Taux local moyen | Taxe de vente combinée |
|---|---|---|---|
| New Hampshire | 0,00 % | 0,00 % | 0,00 % |
| Alaska | 0,00 % | 1,82 % | 1,82 % |
| Wyoming | 4,00 % | 1,56 % | 5,56 % |
| South Dakota | 4,20 % | 1,91 % | 6,11 % |
| Floride | 6,00 % | 0,98 % | 6,98 % |
| Texas | 6,25 % | 1,95 % | 8,20 % |
| Nevada | 6,85 % | 1,39 % | 8,24 % |
| New York | 4,00 % | 4,54 % | 8,54 % |
| Californie | 7,25 % | 1,74 % | 8,99 % |
| Washington | 6,50 % | 3,01 % | 9,51 % |
| Tennessee | 7,00 % | 2,61 % | 9,61 % |
Ordre de grandeur à retenir : la charge de consommation aux États-Unis estinférieure de moitié environà la TVA française à 20 %. C’est un élément réel de pouvoir d’achat, et il compense partiellement le coût de la santé et de la taxe foncière. Sur un budget de consommation taxable de 80 000 $, la taxe de vente représente environ 5 600 $ en Floride et 7 200 $ en Californie : la différence entre États est réelle mais secondaire, l’écart avec la France ne l’est pas.
Les neuf États sans impôt sur le revenu, un par un
Neuf États ne lèvent pas d’impôt sur le revenu des salaires en 2026 : l’Alaska, la Floride, le Nevada, le New Hampshire, le South Dakota, le Tennessee, le Texas, l’État de Washington et le Wyoming. Trois d’entre eux imposent, ou ont imposé jusqu’à une date récente, certains revenus du capital — et c’est exactement la catégorie de revenus qui intéresse la clientèle de ce guide.
| État | Impôt sur les salaires | Impôt sur le capital | Taxe de vente combinée | Taxe foncière effective |
|---|---|---|---|---|
| Floride | Aucun | Aucun | 6,98 % | 0,78 % |
| Texas | Aucun | Aucun | 8,20 % | 1,40 % |
| Washington | Aucun | Oui — plus-values mobilières longues, 7 % puis 9,9 % | 9,51 % | 0,75 % |
| Nevada | Aucun | Aucun | 8,24 % | Non publié au niveau de l’État sur les pages consultées le 29/07/2026 |
| Wyoming | Aucun | Aucun | 5,56 % | Non publié au niveau de l’État sur les pages consultées le 29/07/2026 |
| South Dakota | Aucun | Aucun | 6,11 % | Non publié au niveau de l’État sur les pages consultées le 29/07/2026 |
| Tennessee | Aucun | Aboli à compter du 1er janvier 2021 | 9,61 % | Non publié au niveau de l’État sur les pages consultées le 29/07/2026 |
| New Hampshire | Aucun | Aboli à compter du 1er janvier 2025 | 0,00 % | 2,15 % |
| Alaska | Aucun | Aucun | 1,82 % (municipal) | Non publié au niveau de l’État sur les pages consultées le 29/07/2026 |
Floride
Taxe de vente d’État de 6 %, taxe foncière locale à0,78 % de taux effectif moyen, impôt sur les sociétés à5,50 %. La structure des recettes est nette et parlante :39,0 % viennent de la taxe de vente et 34,8 % de la taxe foncière. Autrement dit, la Floride vit du tourisme — la taxe de vente frappe les visiteurs, qui ne votent pas — et de l’immobilier. Aucune franchise taxne pèse sur les personnes physiques. Recettes fiscales d’État et locales par habitant :5 141 $.
C’est, avec le Texas, l’un des deux seuls grands États d’accueil à n’imposer ni les salaires, ni les revenus du capital, ni les plus-values. Et la Floride ne lève aucun impôt successoral d’État. Pour un patrimoine majoritairement mobilier, c’est la combinaison la plus favorable des États-Unis. Le prix à payer se trouve ailleurs : dans l’assurance habitation, dans l’assurance inondation, et dans le fait qu’un non-résident y est exclu des deux mécanismes qui protègent le résident de la hausse foncière. Nous y reviendrons longuement.
Texas
Le contre-modèle exact de la Floride, et l’erreur la plus fréquente est de les traiter comme équivalents. 40,7 % des recettes viennent de la taxe foncièreet 37,7 % de la taxe de vente. Le taux effectif foncier de 1,40 %est presque le double du taux floridien. Sur une maison de 800 000 $, cela représente environ 11 200 $ par an au Texas contre 6 240 $ en Floride. Sur une résidence de 1 500 000 $, l’écart annuel atteint9 300 $. Sur dix ans, sans indexation, c’est près de cent mille dollars de différence entre deux États que la presse patrimoniale française range dans la même case.
S’ajoute la franchise tax, ou margin tax : un impôt assis sur la marge des entités, dont le seuil de non-imposition est de 2 650 000 $ de chiffre d’affaires annualisé pour le rapport 2026— contre 2 470 000 $ en 2025 —, aux taux de 0,375 % ou 0,75 % selon l’activité, avec une échéance déclarative au 15 mai. Les entreprises individuelles y échappent totalement. Il n’existe pas, en revanche, d’impôt texan classique sur les bénéfices des sociétés. Un dirigeant français qui installe au Texas une structure d’exploitation doit donc raisonner sur le chiffre d’affaires, pas sur le résultat : une société déficitaire au-dessus du seuil est redevable.
Côté résident, deux mécanismes bornent la charge foncière. L’exonération deresidence homestead applicable aux impôts scolairesa été portée de 100 000 $ à 140 000 $de valeur d’évaluation par la SB 4 de la 89e législature et l’amendement constitutionnel SJR 2, approuvé par les électeurs le 4 novembre 2025sous le numéro de bulletin « Proposition 13 » — à ne pas confondre avec la Proposition 13 californienne, qui n’a rien à voir. Elle s’applique à compter de l’année d’imposition 2025, sans décalage d’exercice, le texte imposant à l’évaluateur de recalculer l’impôt scolaire 2025 comme si la réforme avait été en vigueur. Elle figure au Tax Code§ 11.13(b). S’y ajoute un plafond de 10 % par ansur la valeur d’évaluation de la residence homestead (Tax Code § 23.23).
Un non-résident n’a droit à aucun des deux
Ni l’exonération scolaire de 140 000 $, ni le plafond de 10 %. Le Français qui achète une maison à Austin ou à Houston sans y établir sa résidence permanente paie la taxe foncière texane sur la valeur de marché intégrale, réévaluée chaque année, sans butoir. Sur le marché le plus lourdement imposé des grands États d’accueil, c’est la configuration la plus coûteuse. Le montant exact de l’exonération applicable à l’année considérée se vérifie auprès de l’appraisal districtdu comté : le montant voté et le montant effectivement appliqué peuvent différer d’un exercice, le temps du processus de conformité.
Nevada
Ni impôt sur le revenu des personnes physiques, ni impôt sur les sociétés. Le financement repose sur la taxe de vente (8,24 % combinés), sur les taxes sur les jeux, et sur deux prélèvements que le Français ignore et qui frappent l’entrepreneur.
La commerce taxest due par les entreprises dont le chiffre d’affaires brut de source nevadienne excède 4 000 000 $ par année fiscale, avec des taux variant par secteur d’activité. La déclaration est due dans les quarante-cinq jours suivant la clôture de l’exercice au 30 juin : pour l’exercice 2025-2026, le 14 août 2026. La modified business taxest, elle, assise sur la masse salariale de l’employeur : 1,17 % des salaires bruts totaux pour les entreprises générales, les 50 000 premiers dollars de salaires par trimestreétant exonérés, et 1,554 % pour les établissements financiers et les activités minières, après déduction des prestations de santé et sansexonération de tranche basse. Ces taux sont en vigueur depuis le 1er juillet 2023.
Traduction opérationnelle : le Nevada est un excellent État pour percevoir des dividendes et réaliser des plus-values, et un État qui taxe le fait d’employer. Un consultant seul n’y paie pratiquement rien. Un dirigeant qui y installe une équipe de trente personnes y paie une contribution sur les salaires que ni la Floride ni le Texas ne lèvent sous cette forme.
Wyoming et South Dakota
Ce sont les deux seuls États du pays à ne lever ni impôt sur les sociétés, ni taxe sur le chiffre d’affaires. Sur le papier, ce sont les juridictions les plus légères des États-Unis. En pratique, ils financent leurs budgets sur des assiettes très particulières, et ils sont peu compatibles avec la vie que la plupart des clients envisagent.
Le Wyoming vit largement de la severance taxsur l’extraction — charbon, gaz, pétrole, trona — et de la fiscalité foncière minière. La page d’accueil du Wyoming Department of Revenue, consultée le 29/07/2026, n’expose que trois divisions : accise, taxes minières, taxe foncière. Sa taxe de vente combinée,5,56 %, est la plus faible des États sans impôt sur le revenu qui en lèvent une. Le South Dakotarepose sur une taxe de vente à assiette très large ; son administration fiscale indique elle-même que l’État « does not impose a state income tax » et qu’il ne lève ni droits de succession, ni impôt successoral, l’impôt sur les héritages ayant été abrogé par référendum avec effet au 1er juillet 2001.
Ces deux États servent surtout, dans les montages qu’on vous proposera, de lieu d’immatriculation de sociétés. C’est un autre sujet, et il ne faut pas le confondre avec celui-ci : immatriculer une société dans un État ne vous y domicilie pas, et n’a aucun effet sur l’impôt sur le revenu que vous devez à l’État où vous vivez réellement. Une société du Wyoming détenue par un résident de Californie reste, pour son associé, un revenu de source californienne dès lors que l’activité s’y exerce.
Tennessee : l’impôt sur les intérêts et dividendes est mort en 2021
La Hall income tax, qui frappait uniquement les intérêts et les dividendes, a été supprimée pour les périodes ouvertes à compter du 1er janvier 2021, au terme d’une réduction d’un point par an engagée en 2017. La documentation officielle du Tennessee Department of Revenuel’énonce en toutes lettres. Le Tennessee est donc, depuis cinq exercices, un État sans aucun impôt sur le revenu, salarial ou patrimonial.
La contrepartie est immédiatement visible : 9,61 %de taxe de vente combinée, l’un des taux les plus élevés du pays. Pour un retraité dont les dépenses courantes représentent une part importante du revenu, ce transfert d’assiette n’est pas neutre : il a supprimé un impôt qu’on paie sur un revenu qu’on peut différer, et laissé un prélèvement qu’on paie chaque fois qu’on consomme.
New Hampshire : la sortie s’est achevée en 2025, et la note est foncière
Le New Hampshire prélevait une taxe de 3 %sur les intérêts et dividendes au-delà de 2 400 $ pour un célibataire et 4 800 $ pour un couple. Elle est abrogée pour les périodes ouvertes à compter du 1er janvier 2025 : l’abrogation, votée en 2023, a été avancée de 2026 à 2025, et la dernière année de dépôt est donc 2024. Le New Hampshire Department of Revenue Administration l’a formalisé par un technical information release de 2025.
Le New Hampshire est ainsi devenu le seul État du pays sans impôt sur le revenu etsans taxe de vente. Le tabouret ne tient plus que sur un pied, et ce pied porte tout : 2,15 % de taux effectif de taxe foncière, troisième rang national. Sur une maison de 800 000 $, cela représente environ17 200 $ par an— presque trois fois la charge floridienne. Pour un rentier qui vit d’un portefeuille et loue son logement, c’est une juridiction remarquable. Pour un propriétaire, c’est l’un des États les plus coûteux du pays.
Alaska
Aucun impôt sur le revenu, aucune taxe de vente à l’échelle de l’État — seulement des taxes municipales, 1,82 %en moyenne. L’État se finance sur les redevances pétrolières et verse chaque année à ses résidents un Permanent Fund Dividend. Le montant applicable à 2026 n’a pas été retrouvé sur les pages consultées le 29/07/2026 et n’est donc pas publié ici : il se relève auprès de l’Alaska Department of Revenue avant tout chiffrage.
L’Alaska figure dans ce chapitre par exactitude, pas par recommandation. Aucun dossier de la clientèle patrimoniale française ne s’y est jamais résolu.
Washington : l’exception qui doit vous faire relire le tableau
L’État de Washington n’impose pas les salaires, mais impose les plus-values mobilières de long terme depuis 2022.C’est un impôt d’accise — une capital gains excise tax, chapitre 82.87 du Revised Code of Washington— et non un impôt sur le revenu, distinction qui lui a permis de survivre au procès constitutionnel. Pour vous, la qualification juridique est indifférente : le prélèvement est réel et il frappe précisément ce que la clientèle de ce guide réalise.
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Nature | Capital gains excise tax, chapitre 82.87 RCW |
| Taux | 7 % jusqu’à 1 000 000 $ de plus-value imposable ; 9,9 % au-delà |
| Loi instituant le taux majoré | ESSB 5813, chapitre 421, Laws of 2025 |
| Entrée en vigueur du taux majoré | Année d’imposition 2025, déclarations dues en 2026 |
| Déduction forfaitaire 2025 | 278 000 $, indexée annuellement, identique pour un célibataire et pour un couple — le montant 2026 n’a pas été retrouvé sur les pages consultées le 29/07/2026 |
| Déduction pour dons caritatifs 2025 | Plafonnée à 111 000 $, pour les dons excédant 278 000 $ |
| Échéance déclarative | Règle permanente : même date que la déclaration fédérale. Pour la seule année d’imposition 2025, le 15 avril 2026 a été reporté au 1er mai 2026 par alignement sur un report fédéral de catastrophe naturelle — mesure non reconductible |
| Territorialité | L’impôt ne porte que sur les plus-values allouées à l’État de Washington. Un crédit est accordé pour l’impôt sur le revenu ou d’accise légalement dû à une autre juridiction sur la même plus-value |
Les exonérations expressescomptent autant que le taux, et elles dessinent le profil de client pour qui Washington reste viable : sont hors champ l’immobilieret les participations dans des entités tirant leur plus-value d’immobilier, les actifs logés dans des comptes de retraite, les actifs sous menace d’expropriation, certains cheptels agricoles, les biens amortissables relevant des §§ 167(a)(1) ou 179 de l’Internal Revenue Code, le bois et les dividendes forestiers, les permis de pêche commerciale et la survaleur de concession automobile. Une déduction pour cession d’entreprise familiale qualifiée s’y ajoute.
Ce qu’une cession d’entreprise coûte dans l’État de Washington
Plus-value mobilière de long terme réalisée 5 000 000 $
- déduction forfaitaire (montant 2025) - 278 000 $
= Assiette imposable 4 722 000 $
Tranche à 7 % : 1 000 000 $ x 7 % = 70 000 $
Tranche à 9,9 %: 3 722 000 $ x 9,9 % = 368 478 $
= IMPÔT D’ÉTAT DE WASHINGTON 438 478 $
Le même dossier en Floride, au Texas,
au Nevada ou au Wyoming = 0 $Calcul du cabinet, sur les taux publiés par le Department of Revenue de l’État de Washington et la déduction forfaitaire de 2025, seul millésime publié au 29 juillet 2026. Washington n’est pas un « État sans impôt » pour un client dont le patrimoine est mobilier : sur une cession, il coûte un ordre de grandeur comparable à celui de plusieurs États qui lèvent, eux, un impôt sur le revenu. Le vrai refuge des plus-values mobilières reste la Floride, le Texas, le Nevada ou le Wyoming.
Et Washington lève un impôt successoral d’État, avec une double césure au 1er juillet
C’est le second piège washingtonien, et il est plus lourd encore que le premier pour un patrimoine familial. L’estate taxde l’État de Washington frappe à partir d’un abattement de 3 000 000 $à compter du 1er juillet 2026 — contre 15 000 000 $ au niveau fédéral. Le barème part de10 % dès le premier dollar taxable.
La chronologie est piégeuse et impose de dater toute simulation au jour du décès : abattement de 2 193 000 $ et taux marginal supérieur de 20 % du 1er janvier au 30 juin 2025 ; 3 000 000 $ et 35 %du 1er juillet au 31 décembre 2025 ; 3 076 000 $ et 35 % du 1er janvier au 30 juin 2026 ; puis 3 000 000 $ et retour à 20 %au-delà de 9 000 000 $ à compter du 1er juillet 2026. La déduction pour intérêts d’entreprise familiale qualifiée suit son propre calendrier, plafonnée à 3 076 000 $ à compter de 2026.
Un couple français installé à Seattle avec un patrimoine mondial de 6 000 000 $ ne doit rien à l’estate taxfédérale et peut devoir plusieurs centaines de milliers de dollars à son État. L’économie d’impôt sur le revenu de quinze années d’installation y passe en une succession.
La Californie : 13,30 % de taux marginal, et pas un dollar de taux préférentiel sur les plus-values
La Californie indexe son barème chaque année sur l’indice des prix californien et publie les tax rate schedulesde l’année N en fin d’été N. Les tables ci-dessous sont celles de 2025, dernière année publiée au 29 juillet 2026.
| Revenu imposable — célibataire et conjoint déposant séparément (2025) | Impôt californien |
|---|---|
| 0 – 11 079 $ | 1,00 % |
| 11 079 – 26 264 $ | 110,79 $ + 2,00 % |
| 26 264 – 41 452 $ | 414,49 $ + 4,00 % |
| 41 452 – 57 542 $ | 1 022,01 $ + 6,00 % |
| 57 542 – 72 724 $ | 1 987,41 $ + 8,00 % |
| 72 724 – 371 479 $ | 3 201,97 $ + 9,30 % |
| 371 479 – 445 771 $ | 30 986,19 $ + 10,30 % |
| 445 771 – 742 953 $ | 38 638,27 $ + 11,30 % |
| Au-delà de 742 953 $ | 72 219,84 $ + 12,30 % |
| Revenu imposable — couple déposant conjointement et conjoint survivant qualifié (2025) | Impôt californien |
|---|---|
| 0 – 22 158 $ | 1,00 % |
| 22 158 – 52 528 $ | 221,58 $ + 2,00 % |
| 52 528 – 82 904 $ | 828,98 $ + 4,00 % |
| 82 904 – 115 084 $ | 2 044,02 $ + 6,00 % |
| 115 084 – 145 448 $ | 3 974,82 $ + 8,00 % |
| 145 448 – 742 958 $ | 6 403,94 $ + 9,30 % |
| 742 958 – 891 542 $ | 61 972,37 $ + 10,30 % |
| 891 542 – 1 485 906 $ | 77 276,52 $ + 11,30 % |
| Au-delà de 1 485 906 $ | 144 439,65 $ + 12,30 % |
Au-dessus du barème vient une surtaxe qui a changé de nom et que beaucoup de simulateurs ont perdue en route. L’ancienne Mental Health Services Tax, née de la Proposition 63 de 2004, s’appelle désormais Behavioral Health Services Taxdepuis la Proposition 1 et le SB 326. C’est le même prélèvement : 1 % sur la fraction du revenu imposable excédant 1 000 000 $. Les instructions du formulaire 540-ES pour 2026 en donnent la feuille de calcul.
Deux choses en découlent. D’abord, le taux marginal californien maximal est de 13,30 %(12,30 % + 1,00 %). Ensuite — et c’est le point que personne ne dit — elle frappe aussi le non-résident : le libellé vise expressément le nonresident California source taxable income. Un Français qui ne réside pas en Californie mais y réalise plus de 1 000 000 $ de revenu de source californienne — levée d’options sur une société californienne, cession d’un immeuble situé dans l’État — acquitte la surtaxe. Quitter la Californie ne met pas à l’abri des revenus qui y ont leur source.
Le prélèvement californien qu’on oublie systématiquement : la contribution invalidité déplafonnée
La State Disability Insurance californienne est à la charge exclusive du salarié. Son taux est de 1,3 % en 2026, et surtout elle est déplafonnée depuis le 1er janvier 2024, en application du SB 951. Ce n’est donc plus une cotisation : c’est un impôt proportionnel de 1,3 % sur l’intégralité du salaire, sans butoir.
Sur un salaire de 1 000 000 $, cela représente 13 000 $ par anà la seule charge du salarié. C’est pourquoi le taux marginal californien réel sur le revenu salarial est de 14,6 %et non de 13,3 %. Il est en principe déductible comme impôt d’État sur le revenu au titre du plafond SALT fédéral — mais la dégressivité du plafond, exposée au chapitre 7, l’absorbe entièrement pour les hauts revenus.
Deux anomalies de calendrier à connaître, parce qu’elles produisent des pénalités. Il n’y a pas de troisième acompte californien : la répartition est 30 % — 40 % — 0 % — 30 %, aux échéances des 15 avril, 15 juin, 15 septembre 2026 et 15 janvier 2027. Et au-dessus de 1 000 000 $ de revenu brut ajusté californien, le refuge de l’année précédente disparaît : il ne suffit plus de verser 110 % de l’impôt de l’année passée, il faut estimer l’année en cours. C’est l’erreur la plus coûteuse et la plus courante des cessions d’entreprise californiennes.
Mais le fait dominant de la fiscalité californienne n’est aucun de ces chiffres. C’est une absence : la Californie ne connaît aucun taux préférentiel sur les plus-values de long terme. Elles sont imposées au barème ordinaire, jusqu’à 13,30 %. Un Français dont l’essentiel du revenu vient du capital paie donc 13,30 % en Californie là où il paierait 0 % en Floride, sur une assiette que le fédéral, lui, taxe à taux réduit. C’est ce qui explique la migration continue des dirigeants de la technologie vers le Nevada, l’Idaho, le Texas et la Floride — et c’est aussi ce qui explique la réputation redoutable des contrôles de résidence californiens, sur lesquels nous reviendrons.
| Élément | Californie |
|---|---|
| Taux préférentiel sur les plus-values longues | Aucun — barème ordinaire, jusqu’à 13,30 % |
| Impôt successoral d’État | Aucun |
| Impôt sur les héritages | Aucun |
| Taxe foncière | 1,20 % du prix payé pour un acheteur de 2026 — le taux effectif moyen de 0,70 % est un artefact statistique produit par les bases gelées de la Proposition 13, et il sous-estime la charge d’environ 42 % |
| Taxe de vente combinée | 8,99 % |
| Impôt sur les sociétés | 8,84 % |
| Recettes fiscales d’État et locales par habitant | 8 942 $ |
L’État de New York : le barème n’est que la moitié de l’histoire
Le chapitre 59 des lois de 2025 a engagé une baisse de taux et les tables de retenue à la source de janvier 2026 la reflètent : une réduction supplémentaire de 0,2 point est mise en place progressivement sur deux ans à partir de l’année d’imposition 2026, pour les contribuables dont le revenu imposable n’excède pas 215 400 $ (323 200 $ pour un couple). La baisse ne porte que sur les cinq tranches les plus basses : les quatre tranches supérieures — 6,85, 9,65, 10,30 et 10,90 % — ne sont pas concernées. Les tables publiées ci-dessous sont celles de 2025, seul millésime disponible sur tax.ny.gov au 29 juillet 2026.
| Revenu imposable — couple déposant conjointement (2025) | Impôt de l’État de New York |
|---|---|
| 0 – 17 150 $ | 4 % |
| 17 150 – 23 600 $ | 686 $ + 4,5 % |
| 23 600 – 27 900 $ | 976 $ + 5,25 % |
| 27 900 – 161 550 $ | 1 202 $ + 5,5 % |
| 161 550 – 323 200 $ | 8 553 $ + 6,0 % |
| 323 200 – 2 155 350 $ | 18 252 $ + 6,85 % |
| 2 155 350 – 5 000 000 $ | 143 754 $ + 9,65 % |
| 5 000 000 – 25 000 000 $ | 418 263 $ + 10,30 % |
| Au-delà de 25 000 000 $ | 2 478 263 $ + 10,90 % |
L’État de New York ne se contente pas d’un barème progressif. Au-delà de 107 650 $ de revenu brut ajusté new-yorkais, il reprend le bénéfice des tranches inférieurespar des feuilles de calcul dédiées, qui ajoutent à l’impôt un montant de récupération de base et un avantage incrémental appliqué au prorata de l’excédent, dans la limite de 50 000 $. Le mécanisme est invisible dans n’importe quel simulateur qui se contente du barème.
| Feuille | Statut | Condition sur le revenu brut ajusté new-yorkais | Récupération de base | Avantage incrémental |
|---|---|---|---|---|
| 3 | Couple | Au-delà de 323 200 $ (revenu imposable ≤ 2 155 350 $) | 1 140 $ | 2 747 $ |
| 4 | Couple | Au-delà de 2 155 350 $ | 3 887 $ | 60 350 $ |
| 5 | Couple | Au-delà de 5 000 000 $ | 64 237 $ | 32 500 $ |
| 8 | Célibataire ou dépôt séparé | Au-delà de 215 400 $ (revenu imposable ≤ 1 077 550 $) | 568 $ | 1 831 $ |
| 9 | Célibataire ou dépôt séparé | Au-delà de 1 077 550 $ | 2 399 $ | 30 172 $ |
| 10 | Célibataire ou dépôt séparé | Au-delà de 5 000 000 $ | 32 571 $ | 32 500 $ |
À quoi s’ajoute, pour un résident de la ville de New York, un impôt municipal qui s’empile intégralement sur l’impôt d’État. Son barème est quasi plat : il atteint son taux maximal de 3,876 % dès 50 000 $ de revenu imposable pour un célibataire et 90 000 $pour un couple. Autrement dit : à partir d’un revenu de cadre moyen, vivre dans les cinq arrondissements coûte 3,876 % de plus, linéairement, sans plafond. La commune de Yonkers applique une surtaxe distincte ; les autres communes de l’État ne prélèvent pas d’impôt sur le revenu.
Taux marginal cumulé maximal d’un résident de la ville de New York : 10,90 % d’État + 3,876 % de ville = 14,776 %, hors impôt fédéral. C’est le taux nominal le plus élevé des États-Unis. Il ne passe sous celui de la Californie que sur une bande étroite : de un million à 2 155 350 $ pour un couple, de un million à 1 077 550 $ pour un célibataire, où le cumul new-yorkais n’est que de 6,85 % + 3,876 % = 10,726 %. Au-delà de ces seuils, la tranche d’État à 9,65 % porte le cumul à 13,526 % et repasse au-dessus des 13,30 % californiens. Et comme en Californie, il n’existe aucun taux préférentiel new-yorkais sur les plus-values — elles suivent le barème ordinaire, État et ville comprises.
Le même patrimoine, quatre juridictions : ce que l’écart vaut réellement
Les tableaux qui suivent sont des calculs du cabinet, faits sur les barèmes fédéraux 2026 et les barèmes d’État 2025, seuls publiés. Ils ne valent pas simulation individuelle et se refont dès parution des tables d’État. Ils servent à une seule chose : donner l’ordre de grandeur exact de ce dont on parle, parce que les articles qui vous diront « la Floride est plus avantageuse » ne le chiffrent jamais.
Premier cas : cadre célibataire, 250 000 $ de salaire
Hypothèses : célibataire sans personne à charge, revenu exclusivement salarial de 250 000 $, aucun don, aucun plan de retraite déductible. Les prélèvements sociaux fédéraux sont identiques partout et s’élèvent à 15 514 $(11 439 $ de Social Securitysur la base plafonnée de 184 500 $, 3 625 $ de Medicare, 450 $ d’Additional Medicare Tax). La surtaxe du § 1411 est nulle : un salaire n’est pas du revenu de placement.
| Poste | Floride | Texas | Californie | New York City |
|---|---|---|---|---|
| Impôt fédéral sur le revenu | 51 304 $ | 51 304 $ | 49 285 $ | 48 370 $ |
| Prélèvements sociaux fédéraux | 15 514 $ | 15 514 $ | 15 514 $ | 15 514 $ |
| Impôt de l’État | 0 $ | 0 $ | 19 158 $ | 16 013 $ |
| Impôt municipal | 0 $ | 0 $ | 0 $ | 9 255 $ |
| Contribution invalidité d’État | 0 $ | 0 $ | 3 250 $ | 0 $ |
| Total prélevé | 66 818 $ | 66 818 $ | 87 207 $ | 89 152 $ |
| Taux effectif sur le brut | 26,7 % | 26,7 % | 34,9 % | 35,7 % |
| Taxe foncière, résidence de 500 000 $ | 3 900 $ | 7 000 $ | 6 000 $ | 6 500 $ |
| Total, propriétaire | 70 718 $ | 73 818 $ | 93 207 $ | 95 652 $ |
| Taux effectif, propriétaire | 28,3 % | 29,5 % | 37,3 % | 38,3 % |
Trois lectures. L’écart entre la Floride et la ville de New York ressort à 22 334 $ par an pour un locataire, soit 9,0 pointsde taux effectif. Le Texas n’est pas la Floride : à revenu identique et bien identique, la taxe foncière texane coûte 3 100 $ de plus par an sur une résidence de 500 000 $. Et la déduction SALT amortit encore une partie du coût de l’État à ce niveau — elle réduit l’impôt fédéral de 2 934 $ à New York et de 2 019 $ en Californie par rapport à la Floride. Cet amortisseur disparaît au cas suivant, et c’est ce qui change la nature du problème.
Second cas : dirigeant marié, 1 000 000 $ dont 400 000 $ de capital
Hypothèses : couple déposant conjointement, 600 000 $ de salaire et 400 000 $ de plus-values longues et de dividendes qualifiés. À ce niveau de revenu, le plafond SALT s’effondre : 40 400 $ − 30 % × (1 000 000 − 505 000) tombe sous le plancher, et le plafond est ramené à 10 000 $. Les déductions détaillées deviennent donc inférieures à la déduction forfaitaire de 32 200 $ : le couple prend la forfaitaire partout, l’impôt fédéral devient identique dans les quatre juridictions, et l’impôt d’État n’est plus amorti du tout.
| Poste | Floride | Texas | Californie | New York City |
|---|---|---|---|---|
| Impôt fédéral sur le revenu | 213 974 $ | 213 974 $ | 213 974 $ | 213 974 $ |
| Surtaxe du § 1411 (3,8 %) | 15 200 $ | 15 200 $ | 15 200 $ | 15 200 $ |
| Prélèvements sociaux fédéraux | 23 289 $ | 23 289 $ | 23 289 $ | 23 289 $ |
| Impôt de l’État | 0 $ | 0 $ | 88 243 $ | 67 400 $ |
| Impôt municipal | 0 $ | 0 $ | 0 $ | 37 913 $ |
| Contribution invalidité d’État | 0 $ | 0 $ | 7 800 $ | 0 $ |
| Total prélevé | 252 463 $ | 252 463 $ | 348 506 $ | 357 776 $ |
| Taux effectif sur le brut | 25,2 % | 25,2 % | 34,9 % | 35,8 % |
| Taxe foncière, résidence de 1 500 000 $ | 11 700 $ | 21 000 $ | 18 000 $ | 19 500 $ |
| Total, propriétaire | 264 163 $ | 273 463 $ | 366 506 $ | 377 276 $ |
| Taux effectif, propriétaire | 26,4 % | 27,3 % | 36,7 % | 37,7 % |
Les cinq enseignements de ce second cas
1. L’écart annuel entre la Floride et la ville de New York atteint 113 113 $pour un propriétaire. Sur dix ans, à revenu constant et sans capitalisation, c’est plus d’un million de dollars.
2. La dégressivité du plafond SALT change la nature du problème.Au premier cas, l’impôt d’État était déductible et donc amorti d’environ un tiers par l’économie fédérale. Ici, le plafond est à son plancher de 10 000 $ : chaque dollar d’impôt d’État est supporté intégralement. Le point de bascule se situe à 606 333 $ de revenu brut ajusté modifié. Au-dessus, la localisation coûte son prix nominal.
3. L’absence de taux préférentiel d’État sur les plus-values est le vrai coût de la Californie et de New York.Les 400 000 $ de capital supportent 20 % et 3,8 % au fédéral, mais 11,3 % de plus en Californie et 6,85 % + 3,876 % à New York City, contre 0 % en Floride et au Texas.
4. Le taux marginal réel n’est pas celui du barème.Sur le dernier dollar de plus-value : 20 % + 3,8 % + 11,3 % = 35,1 %en Californie ; 20 % + 3,8 % + 6,85 % + 3,876 % = 34,5 % à New York City ; 23,8 %en Floride et au Texas. Sur le dernier dollar de salaire de ce couple en Californie : 35 % + 1,45 % + 0,9 % + 11,3 % + 1,3 % =49,95 %. La combinaison « 35 % + 13,3 % » que l’on lit parfois ne décrit aucun contribuable existant : le taux d’État n’atteint 13,3 % qu’au-delà de 1 485 906 $ de revenu imposable californien pour un couple — voir le Schedule Y ci-dessus —, niveau auquel le taux marginal fédéral est de 37 % et non de 35 %.
5. Texas et Floride divergent, encore.L’écart de taxe foncière représente 9 300 $ par an sur une résidence de 1 500 000 $, soit 3,7 points de l’écart de coût avec New York. Pour un client propriétaire, la Floride domine ; pour un client locataire, l’écart s’efface.
Ce que ces tableaux ne montrent pas doit être dit dans le même mouvement, sinon ils mentent par omission. Ils ignorent l’assurance santé, qui pèse couramment de 9 000 à 14 000 $ par an pour une famille de cadre même bien couverte, et dont vous supportez l’intégralité en l’absence d’employeur. Ils ignorent la taxe de vente, de l’ordre de 5 600 $ en Floride à 7 200 $ en Californie sur 80 000 $ de consommation taxable. Ils ignorent l’assurance habitation, qui sur certains marchés floridiens dépasse la taxe foncière du même bien. Ils ignorent la scolarité privée, de 20 000 à 60 000 $ par enfant et par an, et corrélée négativement au niveau de taxe foncière du secteur — une taxe foncière basse s’accompagne souvent d’un système scolaire public moins bien doté. Et ils ignorent le coût récurrent de la double conformité déclarative pour qui conserve du patrimoine en France.
La résidence d’État : le sujet qui décide de tout le reste
Tout ce qui précède suppose une chose que personne ne vérifie : que vous soyez réellement résident de l’État dont vous appliquez le régime. C’est ici que se perdent les dossiers, et pour des montants qui dépassent de loin ceux que la planification fédérale fait gagner. Un Français qui a soigné son statut fédéral, sa position conventionnelle et son calendrier de départ peut être rattrapé par un État sur des critères qui n’ont aucun équivalent en droit français.
Un État peut vous imposer comme résident sur l’intégralité de votre revenu mondial par deux voies distinctes et indépendantes, dont il suffit qu’une seule soit remplie. La première est le domicile : notion subjective, héritée de la common law, qui désigne le foyer véritable, fixe et permanent, celui où l’on entend revenir après toute absence. La seconde est la statutory residency : notion objective et mécanique, qui ne dépend ni de l’intention, ni de la source des revenus, ni du lieu de travail, mais d’un décompte de jours et de l’existence d’un logement.
Le fait dominant : la résidence statutaire ne se discute pas
Un Français domicilié en France, non-résident au sens fédéral, peut devenir résident de l’État de New York pour son revenu mondial— y compris ses loyers parisiens, ses dividendes français et ses plus-values mobilières — parce qu’il a gardé un pied-à-terre à Manhattan et qu’il y a passé cent quatre-vingt-quatre jours. Aucun raisonnement sur le domicile, aucune intention déclarée, aucun certificat de résidence français ne fait échec à ce constat. C’est le point que les conseils français ratent le plus souvent : le domicile n’est pas le sujet.
New York : la résidence statutaire, deux conditions cumulatives
Le texte est celui de l’article 605(b)(1)(B) de la Tax Lawnew-yorkaise, et il faut le lire en entier, clause finale comprise : est résident l’individu « who maintains a permanent place of abode in this state and spends in the aggregate more than one hundred eighty-three days of the taxable year in this state, whether or not domiciled in this state for any portion of the taxable year, unless such individual is in active service in the armed forces of the United States ».
Première condition : un logement permanent maintenu dans l’État.La définition officielle est celle d’un bâtiment ou d’une structure où l’on peut vivre, entretenu de façon permanente et propre à un usage toute l’année. Quatre points en découlent, et chacun surprend un lecteur français. La propriété est indifférente : une location suffit. On peut avoir plusieurs logements permanents simultanément. Le logement détenu ou loué par le conjointest en général un logement permanent du contribuable. Et ne sont pasdes logements permanents une structure impropre à l’usage annuel utilisée uniquement pour les vacances, ni une caserne ou toute structure dépourvue des équipements ordinaires d’un logement — cuisine, salle de bains.
La règle des dix mois est une règle d’année d’entrée ou de sortie, pas une règle générale
C’est l’un des points les plus mal repris de toute la littérature française, et la conclusion qu’on en tire est habituellement inversée.
Le point de départ est réglementaire : la Regulation105.20(a)(2) exige que le logement soit maintenu « for substantially all of the taxable year », c’est-à-dire, selon les Nonresident Audit Guidelinesde décembre 2021, « generally, the entire taxable year disregarding small portions of such year ». Avant l’année d’imposition 2022, la division de contrôle interprétait cette formule comme une période excédant onze mois ; à compter de 2022, comme une période excédant dix mois — mais les Guidelines précisent que cette règle des dix mois n’est appliquée que dans les années où le contribuable acquiert ou cède sa résidence.
La conséquence pratique est l’inverse de celle qu’on lit partout. Les Guidelines citent précisément le cas du contribuable qui commence à louer un appartement à New York en mars pour illustrer une hypothèse de non-résidence statutaire, parce que l’année en cause est une année d’acquisition — et cela même s’il a passé plus de cent quatre-vingt-trois jours dans l’État. À l’inverse, le propriétaire d’une maison dans le nord de l’État qui la loue quelques mois chaque été resteréputé maintenir un logement permanent toute l’année : la location n’intervient ni en année d’acquisition, ni en année de cession.
Le bulletin public Permanent Place of Abode de tax.ny.gov, plus ancien, retient encore la formule des onze mois. Ce sont les Guidelines qui expriment la doctrine de contrôle effectivement appliquée.
Seconde condition : plus de cent quatre-vingt-trois jours de présence dans l’État. Il faut donc 184 jourspour basculer, et le décompte est brutal : « any part of a day spent in New York State » compte pour une journée entière, y compris pour celui qui entre et repart le même jour. Il n’est pas nécessaire d’avoir dormi dans le logement permanentpour que la journée compte. Les exceptions sont restreintes : jours passés en transit sans y exercer d’activité, et jours d’hospitalisation. Le champ de l’exception de transit est étroit et fortement contentieux : ne le traitez jamais comme un droit généralcouvrant vos jours de déplacement professionnel.
Comparez avec le test fédéral du chapitre 3 et vous verrez ce qui rend le test new-yorkais plus dangereux, alors qu’il paraît plus doux : il n’y a aucune pondération des années antérieures. Chaque année se juge seule. Un dirigeant qui a passé quatre-vingts jours à New York pendant trois ans et cent quatre-vingt-cinq la quatrième bascule pour la totalité de cette quatrième année, sur son revenu mondial, sans que ses trois années sobres lui servent à quoi que ce soit.
Les deux décisions qui bornent la notion de logement permanent
Matter of Gaied v. New York State Tax Appeals Tribunal, New York Court of Appeals, 18 février 2014, 22 N.Y.3d 592, 2014 NY Slip Op 01101. Le contribuable, domicilié dans le New Jersey, possédait à Staten Island un immeuble où vivaient ses parents ; il y séjournait occasionnellement pour s’en occuper et louait les deux autres appartements. La Cour a jugé qu’il n’existait aucune base rationnelleà l’interprétation selon laquelle le seul entretien d’un logement suffit à en faire un logement permanent : le contribuable doit avoir un residential interestdans le bien, c’est-à-dire l’utiliser réellement comme sa résidence.
Matter of Obus v. New York State Tax Appeals Tribunal, Appellate Division, Third Department, 30 juin 2022, 206 A.D.3d 1511, rôle n° 533310. Contribuable domicilié dans le New Jersey, travaillant dans la ville de New York, propriétaire d’une maison de vacances à Northville, dans le comté de Fulton, à plus de deux cents milles de son lieu de travail et occupée au plus trois semaines par an. La cour a jugé que cette maison n’était pas un logement permanent susceptible de déclencher la résidence statutaire, là où le Tribunal fiscal avait retenu l’inverse au motif qu’elle était propre à un usage toute l’année. La Court of Appealsa refusé l’autorisation de pourvoi, laissant la décision d’appel en l’état.
Ce que ces deux décisions ne disent pas
Elles assouplissentla notion de logement permanent ; elles ne l’abolissent pas. Un appartement réellement occupé lors de vos séjours à New York reste un logement permanent, et le fait qu’il s’agisse d’une « résidence secondaire » ne change rien. Obus repose sur un faisceau — éloignement du lieu de travail, usage minime, absence de tout lien fonctionnel avec la vie du contribuable — et non sur la seule qualification de résidence secondaire. Ne construisez jamais une position sur la phrase « une résidence secondaire n’est pas un logement permanent » : elle n’est pas ce que les décisions ont jugé.
New York : le domicile et les cinq facteurs primaires
Le domicile est le lieu du foyer principal, celui où l’on entend revenir. Il subsiste tant qu’un nouveau domicile n’a pas été acquis, et la charge de la preuve d’un changement pèse sur celui qui l’invoque, au standard de la preuve claire et convaincante— plus exigeant que la simple prépondérance. C’est ce standard, rappelé par les Nonresident Audit Guidelines à partir de Matter of Newcomb, 192 N.Y. 238, et de Bodfish v. Gallman, qui explique la réputation des audits de résidence new-yorkais.
| Facteur primaire | Ce que l’auditeur examine réellement |
|---|---|
| Home | Toutes les résidences détenues ou louées, où qu’elles soient, leur taille, leur valeur, leur usage, leur caractère. Un vérificateur compare la maison de Floride et l’appartement de New York : si le second est manifestement le foyer de la vie, le premier ne pèse rien |
| Active Business Involvement | La participation active à une entreprise et le lieu de cette participation. Diriger depuis Miami une société dont toutes les décisions se prennent à New York n’est pas une délocalisation |
| Time | La répartition du temps entre New York et les autres lieux. Ce facteur se prouve, il ne se déclare pas |
| Items « Near and Dear » | La localisation des biens auxquels le contribuable tient : œuvres d’art, collections, albums de famille, animaux. C’est le facteur que les Français trouvent le plus étrange, et il est réellement examiné |
| Family Connections | Le lieu de vie du conjoint et des enfants mineurs, y compris l’établissement scolaire |
Un point de méthode change tout et il est écrit noir sur blanc dans les Guidelines : l’auditeur n’explore les « autres facteurs » que si les facteurs primaires désignent New York ou sont d’un poids au moins équivalent. Les autres facteurs — inscription sur les listes électorales, permis de conduire, immatriculation des véhicules, comptes bancaires, adhésions à des clubs, polices d’assurance, lieu de dépôt des déclarations — ne sont donc jamais déterminants à eux seuls.
C’est l’erreur de conseil la plus répandue, et elle est vendue chaque année à des centaines de clients : rendre son permis de conduire new-yorkais, changer son inscription électorale et déposer une déclaration de domicile en Floride ne fait pas perdre le domicile new-yorkaissi la maison, l’entreprise, le temps, les objets chers et la famille restent à New York. Ces démarches sont utiles : elles sont la sixième ligne d’une liste de six, et elles ne peuvent pas compenser les cinq premières.
Sortir de la résidence new-yorkaise sans changer de domicile : deux voies, et elles sont de droit
La règle de droit commun veut qu’on ne perde son domicile qu’en en acquérant un autre. Elle est vraie, et elle est presque toujours présentée comme sans exception. Elle en comporte deux, inscrites dans la Tax Law elle-même, qui font perdre la qualité de résident à un domiciliaire sans aucun changement de domicile. Elles sont peu connues et elles sont décisives pour un Français.
La règle des trente jours — § 605(b)(1)(A)(i).Le domiciliaire n’est pas résident s’il réunit cumulativementtrois conditions : il ne maintient aucun logement permanent dans l’État, il maintient un logement permanent hors de l’État, et il ne passe pas plus de trente joursdans l’État au cours de l’année d’imposition. C’est la voie du client qui a réellement vendu ou résilié son logement new-yorkais.
La règle des 548 jours — § 605(b)(1)(A)(ii).Le domiciliaire n’est pas résident si, au cours d’une période de 548 jours consécutifs, il est présent au moins 450 jours dans un ou plusieurs pays étrangers, et si, pendant cette période, ni lui, ni son conjoint, ni ses enfants mineurs ne passent plus de quatre-vingt-dix joursdans l’État de New York. C’est l’équivalent new-yorkais du refuge californien des 546 jours, à trois différences majeures près : il ne suppose aucun contrat de travail, il n’est pas plafonné en revenus incorporels, et il impose le déplacement de la famille.
Pour un Français qui rentre en France, la règle des 548 jours est l’outil de première intention
Elle est faite pour le contribuable envoyé à l’étranger, c’est-à-dire exactement pour vous si vous quittez New York pour la France. Elle ne demande ni contrat d’emploi, ni seuil de revenu, ni acquisition d’un domicile nouveau — trois obstacles qui ferment les autres voies à la clientèle patrimoniale.
Elle exige en revanche une chose sur laquelle personne ne transige : une documentation jour par jour, tenue au fil de l’eau, sur une période de dix-huit mois, et pour chaque membre du foyer. Et elle ne fait pas obstacle à la résidence statutaire du § 605(b)(1)(B) si un logement permanent est conservé et les 184 jours franchis : les deux voies restent indépendantes.
La Californie : trois outils, et il ne faut pas les confondre
La Californie ne connaît pas de résidence statutaire construite comme celle de New York — logement permanent et184 jours. On en conclut couramment qu’elle n’aurait aucun décompte de jours. C’est faux, et l’erreur est coûteuse. Elle superpose trois outils, et il faut les distinguer un par un.
Un. Une présomption de résidence par comptage de jours. La publication 1031 du Franchise Tax Board l’énonce : « You will be presumed to be a California resident for any taxable year in which you spend more than nine months in this state. » Au-delà de neuf mois de présence dans l’année, c’est au contribuable de renverser la présomption. En deçà, aucune présomption ne joue, ni dans un sens ni dans l’autre. Cette présomption est réfragable— c’est toute la différence avec le couperet new-yorkais — mais elle renverse la charge de la preuve.
Deux. Le critère de fond du closest connection. « The underlying theory of residency is that you are a resident of the place where you have the closest connections. […] it is the strength of your ties, not just the number of ties, that determines your residency. » L’administration énumère les rattachements à comparer : temps passé dans et hors de Californie, localisation du conjoint et des enfants, résidence principale, État du permis de conduire, immatriculation des véhicules, licences professionnelles, inscription électorale, banques, point d’origine des opérations financières, localisation des médecins, dentistes, experts-comptables et avocats.
Trois. Un refuge contractuel de 546 jours, dont il faut connaître les cinq conditions réelles parce que deux d’entre elles le ferment à la clientèle de ce guide.
| Condition du refuge californien des 546 jours | Portée |
|---|---|
| Séjour hors de Californie au titre d’un contrat de travail, pendant une période ininterrompue d’au moins 546 jours consécutifs | Fondement du régime : l’intéressé est alors traité comme non-résident |
| Période ininterrompue, sans addition des jours passés à l’étranger au titre de deux contrats distincts | Disqualifiant pour les missions fractionnées |
| Perception de plus de 200 000 $ de revenus incorporels — intérêts, dividendes, plus-values, redevances — au cours de n’importe quelle année d’imposition couverte par le contrat | DISQUALIFIANT. C’est la condition qui ferme le refuge à toute clientèle patrimoniale |
| But principal de l’absence consistant à éviter l’impôt californien | Disqualifiant |
| Retours en Californie plafonnés à 45 jours par année d’imposition couverte | Contrainte de calendrier stricte |
| Extension du même traitement au conjoint qui accompagne l’intéressé pendant les 546 jours | Favorable, et souvent ignorée |
Il faut en tirer une conclusion contre-intuitive et la dire clairement : en contrepartie de l’absence de couperet, la résidence californienne est plus difficile à réfuter que la résidence new-yorkaise. Le décompte de jours n’y est qu’un indice parmi d’autres, et l’analyse du closest connection peut conclure à la résidence bien en deçà de neuf moisde présence. À New York, vous pouvez calculer votre sécurité. En Californie, vous ne le pouvez pas : vous ne pouvez que la construire par les faits.
L’audit de résidence : ce que l’administration examine réellement
Un audit de résidence n’est pas un contrôle fiscal au sens français. On ne vous demande pas de justifier une charge : on vous demande de prouver où vous étiez, jour par jour, pendant trois ans, et où se trouvait le centre réel de votre vie. La charge de la preuve pèse sur vous, et elle pèse sur la démonstration d’une absence, ce qui est toujours plus difficile que la démonstration d’une présence.
Les Nonresident Audit Guidelinesdécrivent sans détour ce que l’auditeur exploite. Ce ne sont pas des déclarations : ce sont des traces.
| Source de preuve exploitée | Ce qu’elle établit | Ce qu’il faut en faire dès aujourd’hui |
|---|---|---|
| Relevés de badges d’accès aux immeubles de bureaux | Une présence horodatée sur le lieu de travail, y compris pour une visite d’une heure | Savoir que l’employeur les conservera et les remettra sur demande de l’administration : ce n’est pas une pièce dont vous disposez |
| Relevés de télépéage | Les entrées et sorties de l’État, à la minute | Conserver les vôtres, et savoir que l’administration les obtiendra de toute façon |
| Relevés de cartes de crédit et de paiement | La géolocalisation de la dépense quotidienne — restaurants, pharmacies, stations-service | C’est la source la plus utilisée. Elle joue dans les deux sens : une carte utilisée quotidiennement en Floride vaut preuve de présence en Floride |
| Données de bornage téléphonique | La localisation continue de l’appareil | Elles ont été demandées et obtenues dans des dossiers réels. Ne construisez pas une position que le téléphone contredira |
| Agendas professionnels et personnels | L’intention et le déroulé réel des journées | Un agenda tenu sérieusement est une pièce à décharge redoutable ; un agenda contradictoire avec le reste du dossier détruit la crédibilité de l’ensemble |
| Consommation d’énergie, d’eau et d’internet des deux logements | L’occupation effective de chacun | Un logement à consommation nulle ne prouve pas l’occupation. Un logement à consommation normale la prouve |
| Localisation des médecins, dentistes, vétérinaires, avocats et experts-comptables | Le centre réel de la vie personnelle | Ce sont des changements longs à opérer et faciles à négliger. Ils se font dans les six mois du déménagement, pas trois ans après |
Un dossier reconstitué a peu de valeur ; un dossier tenu au fil de l’eau en a énormément
C’est la seule chose que nous demandons systématiquement à nos clients qui s’installent ou quittent un État à fiscalité lourde : un journal de présence horodaté, tenu en continu, alimenté chaque semaine, avec les cartes d’embarquement, les relevés de compagnies aériennes et l’historique I-94 téléchargeable auprès du Customs and Border Protection. Cela prend quelques minutes par semaine. Cela vaut, dans les dossiers que nous voyons, plusieurs centaines de milliers de dollars.
Conservez ces pièces cinq ans. Le délai de reprise varie d’un État à l’autre et il n’est pas alignésur le délai fédéral de trois ans : vérifiez le délai propre à votre État avant de détruire quoi que ce soit.
Le cas d’espèce : déménager de New York ou de Californie vers la Floride
Voici le scénario que nous voyons le plus souvent, et qui échoue le plus souvent. Le client achète en Floride, y demande l’exonération de homestead, y transfère son permis de conduire, dépose une déclaration de domicile — et continue :
- à conserver son appartement new-yorkais ou sa maison californienne ;
- à y passer de cent cinquante à cent quatre-vingt-dix jours par an ;
- à y diriger son entreprise, ou à y tenir les réunions qui comptent ;
- à y laisser son conjoint, ou ses enfants scolarisés ;
- à y conserver ses collections, ses œuvres, ses archives de famille.
Il croit avoir déménagé. Il a déménagé son adresse postale.
Ce qui se produit à New York
Même si le changement de domicile est admis — ce qui suppose déjà d’avoir emporté les cinq facteurs primaires —, la résidence statutaire rattrape le contribuable si l’appartement est maintenu et si la présence dépasse 183 jours. Elle frappe le revenu MONDIAL, et pour l’année entière, même si le domicile a effectivement changé en cours d’année.
Ce qui se produit en Californie
Il n’y a pas de couperet à 183 jours, mais l’analyse du closest connection conduit au même résultat lorsque la famille, l’activité et la résidence principale restent en Californie. Et l’administration conserve, en tout état de cause, la faculté d’imposer le revenu de SOURCE californienne d’un non-résident.
Ce qui rend la note insupportable
Un contribuable statutairement résident de New York et domicilié en Floride ne dispose d’AUCUN crédit d’impôt d’État à opposer : la Floride ne lève pas d’impôt sur le revenu, il n’y a donc rien à créditer. La totalité du revenu mondial est frappée par New York, sans atténuation d’aucune sorte.
La liste des liens à couper, dans l’ordre de leur poids probatoire
L’ordre importe autant que le contenu, et il n’est pas celui que suggère le bon sens. Les deux premières lignes valent, à elles seules, plus que les quatre suivantes réunies.
| Priorité | Action | Facteur visé | Ce qui la fait échouer en pratique |
|---|---|---|---|
| 1 | Vendre ou résilier le logement d’origine — ou, à défaut, en limiter la disponibilité à moins de dix mois par an | Logement permanent et facteur Home | Le garder « pour les enfants », le prêter à un proche en gardant les clés, ou le mettre en location saisonnière tout en s’y installant l’été |
| 2 | Descendre sous 183 jours de présence, avec un journal horodaté conservé au fil de l’eau | Time et résidence statutaire | Compter les jours de mémoire en fin d’année, et découvrir en audit que les demi-journées d’escale comptent pour des journées entières |
| 3 | Déplacer le siège de l’activité professionnelle et la direction effective | Active Business Involvement | Changer l’adresse du siège sans déplacer les réunions, les décisions et les équipes |
| 4 | Déplacer le conjoint et les enfants mineurs, changer d’établissement scolaire | Family Connections | Laisser les enfants finir l’année scolaire « juste cette année », deux années de suite |
| 5 | Déplacer physiquement les objets de valeur affective : œuvres, collections, archives familiales | Items Near and Dear | Les laisser dans l’appartement d’origine, ou dans un garde-meuble situé dans l’État d’origine |
| 6 | Permis de conduire, inscription électorale, immatriculation, comptes bancaires, assurances, médecins, avocats, testament | Autres facteurs | Croire que cette ligne suffit. Elle ne suffit jamais, mais son absence est fatale si les cinq précédentes sont serrées |
Ce que coûte un audit perdu : le dirigeant du second cas, rattrapé par la résidence statutaire new-yorkaise
SITUATION. Couple, 1 000 000 $ de revenu dont 400 000 $ de capital.
Domicile transféré en Floride. Appartement new-yorkais conservé.
187 jours de présence dans l’État de New York en année N.
CE QUE LE CLIENT A DÉCLARÉ
Impôt de l’État de New York 0 $
CE QUE L’ÉTAT DE NEW YORK RÉCLAME
Impôt d’État sur le revenu MONDIAL de l’année entière
(barème 2025 + récupération des tranches basses) 67 400 $
Crédit d’impôt d’État opposable
(la Floride ne prélève rien) 0 $
= RAPPEL POUR UNE SEULE ANNÉE 67 400 $
SUR LA PÉRIODE HABITUELLEMENT VÉRIFIÉE — TROIS ANNÉES
Rappels cumulés 202 200 $
+ intérêts de retard et pénalités d’État,
selon la procédure applicable non chiffré
CE QUE LE DÉMÉNAGEMENT DEVAIT RAPPORTER, PAR AN 105 313 $
CE QU’IL A RAPPORTÉ, PAR AN 0 $Calcul du cabinet, sur les barèmes d’État 2025 et le second cas chiffré plus haut. L’impôt municipal de la ville de New York n’est pas compté ici : il suit ses propres règles de résidence, qui doivent être examinées séparément et qui peuvent alourdir encore le rappel. Le montant du crédit opposable est nul par construction, et c’est le cœur du problème : le mécanisme qui protège celui qui déménage vers un État à fiscalité lourde ne protège pas celui qui déménage vers un État à fiscalité nulle.
Ce chiffrage vaut d’être relu à l’envers. La question n’est pas « combien vais-je économiser en partant ? » mais « combien vais-je perdre si je pars à moitié ? ». Un départ complet rapporte cent cinq mille dollars par an ; un départ à moitié ne rapporte rien et expose à trois ans de rappels. Il n’y a pas de position intermédiaire rentable, et c’est la seule chose que ce chapitre doit vous faire retenir.
Le choix de l’État se décide avant le premier vol, pas après
Nous cartographions vos liens avec l’État que vous quittez, nous chiffrons l’écart réel entre les juridictions envisagées — impôt sur le revenu, taxe foncière, assurance, impôt successoral d’État — et nous construisons avec vous le calendrier de rupture, dans l’ordre où il doit être exécuté. Bilan patrimonial : 1 h.
L’articulation avec le fédéral et avec la convention : une règle conditionnelle, pas un dogme
On lit partout que « les États n’appliquent pas les conventions fiscales ». L’affirmation est trop générale et elle est fausse comme règle absolue. Ce qui est exact, c’est que la règle est conditionnelle, et que la condition tient au champ d’application de la convention invoquée, pas à une hostilité de principe des États.
L’administration californienne le formule elle-même de manière conditionnelle : une convention peut exonérer certains revenus de l’impôt fédéral, et « generally, unless the treaty specifically excludes the income from taxation by California, the income is taxable » ; puis, en conséquence, « tax treaties between the United States and other countries which expressly limit their application to federal income taxes do not apply to California ». Ce n’est pas un refus : c’est un test. Il faut, pour conclure, ouvrir l’article 2 de la convention — ce que le chapitre 3 fait, et qui montre qu’elle vise, côté américain, les seuls impôts fédéraux. La convention franco-américaine tombe donc, effectivement, dans le cas d’exclusion. Mais le raisonnement doit être refait État par État, sur le texte de l’État concerné, et non présumé.
Trois choses que nous ne publions pas, et pourquoi
Nous n’écrivons pas que « les États n’accordent aucun crédit pour impôt étranger ».Cette affirmation n’a pas été vérifiée État par État sur les sites officiels au 29/07/2026. Elle doit être posée à un expert-comptable de l’État concerné, et non recopiée d’un article. La question exacte à lui poser figure plus bas.
Nous ne transposons pas au niveau des États le crédit d’impôt étranger sur la CSG et la CRDS.La reconnaissance de leur créditabilité par l’administration fiscale américaine, située en juillet 2019 par la doctrine française, joue au niveau fédéral. Elle ne dit rien de l’impôt d’un État, et la réclamation correspondante est en tout état de cause réservée au salarié : l’administration américaine précise que les employeurs ne peuvent pas déposer de demande de remboursement au titre d’un crédit d’impôt étranger pour la CSG et la CRDS retenues ou payées pour le compte de leurs salariés.
Nous ne publions pas le mécanisme de dégressivité de l’abattement successoral new-yorkais au-delà du seuil.Il circule sous le nom de « falaise », il est probablement exact, et il n’a pas été lu sur le texte de la Tax Law§ 952 ni sur les instructions du formulaire ET-706. Le mécanisme applicable au-delà du seuil doit être vérifié sur les instructions du formulaire ET-706 de l’année du décès.
Deux conséquences pratiques, immédiates. La première : gagner le départage conventionnel ne vous protège pas de l’impôt d’un État. Un Français qui obtient la qualité de résident de France au sens de la convention et dépose un 1040-NR peut rester résident californien imposable sur son revenu mondial. La seconde : les revenus que la convention attribue exclusivement à la France peuvent être imposés par un État qui n’est pas lié par elle. C’est le mécanisme par lequel des loyers parisiens finissent dans l’assiette de l’État de New York.
Ce point doit être arbitré avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis, et avec un expert-comptable de l’État concerné, avant tout acte irréversible— achat immobilier, inscription scolaire, immatriculation, cession de titres. La question à leur poser, mot pour mot : la convention franco-américaine ne liant que l’État fédéral, quels sont les critères de résidence et de source de cet État, quel est le coût, au niveau de l’État, des arbitrages envisagés — purge de plus-values latentes, conversion d’un plan de retraite, liquidation d’un compte d’épargne santé —, et cet État accorde-t-il un crédit pour impôt étranger ?Les pièces à réunir : historique de présence jour par jour dans l’État ; baux, actes de propriété et dates d’acquisition ou de cession du logement ; permis de conduire, immatriculations, inscription électorale ; relevés bancaires locaux ; contrat de travail et calendrier de mission.
L’impôt successoral et l’impôt sur les héritages des États : l’étage que personne ne regarde
Deux impôts existent, et le lecteur français les confond systématiquement parce qu’il n’a d’équivalent que pour l’un des deux.
| Estate tax | Inheritance tax | |
|---|---|---|
| Redevable | La succession, avant partage | Chaque héritier, sur sa part |
| Barème | Fonction de la taille de la succession | Fonction du lien de parenté |
| Analogue français | Aucun | Les droits de mutation à titre gratuit |
| Qui le lève | Une douzaine d’États, avec des abattements très inférieurs au fédéral | Cinq États selon les compilations disponibles |
Le fait structurant tient en une phrase. L’abattement fédéral est de 15 000 000 $en 2026 ; les abattements d’État descendent jusqu’à 1 000 000 $. Un patrimoine de 4 000 000 $ ne doit rien au fédéral et peut devoir plusieurs centaines de milliers de dollars à son État.Pour un Français dont le patrimoine mondial se situe dans cette fourchette — c’est-à-dire pour la majorité de nos clients —, l’État de résidence au jour du décès pèse davantage que le fédéral.
Les États levant un impôt successoral en 2026
Quatre juridictions ont été vérifiées sur leur source administrative officielle et sont seules publiées ici avec leurs seuils.
| État | Abattement 2026 | Taux | Point à connaître |
|---|---|---|---|
| Washington | 3 076 000 $ jusqu’au 30 juin 2026, puis 3 000 000 $ | Barème partant de 10 % dès le premier dollar taxable ; taux marginal supérieur de 35 % jusqu’au 30 juin 2026, puis retour à 20 % au-delà de 9 000 000 $ | Double césure au 1er juillet, en 2025 comme en 2026. Toute simulation se date au jour du décès |
| New York | 7 350 000 $ (7 160 000 $ en 2025) | Selon la table du formulaire ET-706 | Le seuil de dépôt se mesure sur le patrimoine brut FÉDÉRAL, donc mondial — voir ci-dessous |
| Massachusetts | 2 000 000 $, non indexé | Assorti d’un crédit pouvant atteindre 99 600 $ institué par la loi du 4 octobre 2023 | L’abattement le plus bas des grands États du Nord-Est |
| Oregon | 1 000 000 $, non indexé | De 10 % à 16 % | L’abattement le plus bas relevé sur source officielle |
Les compilations disponibles citent également, comme levant un impôt successoral en 2026, le Connecticut, le District of Columbia, Hawaï, l’Illinois, le Maine, le Maryland, le Minnesota, le Rhode Island et le Vermont. Ces juridictions n’ont pas été vérifiées sur les sites de leurs administrations fiscales dans le cadre de ce guide, et nous ne publions aucun de leurs seuils.Si votre projet vous conduit dans l’une d’elles, le seuil et la mécanique doivent être relevés directement auprès de l’administration concernée avant tout conseil.
Le cas new-yorkais est contre-intuitif, et il frappe un Français qui ne réside pas aux États-Unis
La succession d’un non-résident doit déposer une déclaration ET-706 dès lors que deux conditions cumulativessont réunies : la succession comprend des biens immobiliers ou des meubles corporels situés dans l’État de New York, et le patrimoine brut fédéraldu défunt, majoré des donations à réintégrer, excède l’exclusion de base — 7 350 000 $ pour les décès de 2026.
Le seuil ne se mesure donc pas sur l’actif new-yorkais, mais sur le patrimoine mondial.Un Français dont le patrimoine mondial vaut 12 000 000 $ et qui possède un appartement de 900 000 $ à Manhattan peut ne rien devoir en estate taxfédérale, grâce au crédit unifié proratisé de la convention successorale franco-américaine du 24 novembre 1978 — et devoir néanmoins déposer l’ET-706 et acquitter l’impôt successoral de l’État de New York sur son bien new-yorkais.
La convention de 1978 ne le protège pas : elle ne vise, côté américain, que les impôts fédéraux. C’est une lacune décisive et rarement énoncée : une structure montée pour l’estate taxfédérale peut être sans effet, ou d’un effet tout différent, au niveau de l’État.
Les États levant un impôt sur les héritages
Cinq États sont cités par les compilations : le Kentucky, le Maryland, le Nebraska, le New Jersey et la Pennsylvanie. Deux ont été vérifiés sur source officielle.
| Pennsylvanie — bénéficiaire | Taux |
|---|---|
| Conjoint survivant ; parent recevant d’un enfant de 21 ans ou moins | 0 % |
| Descendants directs et héritiers en ligne directe | 4,5 % |
| Frères et sœurs | 12 % |
| Tous autres héritiers, hors organismes caritatifs et entités exonérées | 15 % |
| New Jersey — classe | Bénéficiaires | Régime |
|---|---|---|
| A | Conjoint, partenaire d’union civile, enfants, beaux-enfants, petits-enfants, parents, grands-parents | Exonérés |
| C | Frères et sœurs, conjoint d’un enfant décédé | 25 000 $ exonérés, puis 11 % sur les 1 075 000 $ suivants, 13 % sur les 300 000 $ suivants, 14 % sur les 300 000 $ suivants, 16 % au-delà de 1 700 000 $ |
| D | Tous autres | 15 % sur les 700 000 premiers dollars, 16 % au-delà |
Le Kentucky, le Nebraska et le Maryland n’ont pas été vérifiés sur source officielledans le cadre de ce guide : nous n’en publions aucun taux ni aucun seuil. Le Maryland cumulerait un impôt successoral et un impôt sur les héritages, le Nebraska prélèverait le sien au niveau du comté ; ces points se vérifient auprès des administrations concernées.
Ce qu’il faut en retenir pour un Français, en trois lignes
Un non-résident non domicilié peut être redevable de l’impôt successoral d’un Étatsur ses biens situés dans cet État — l’appartement de Manhattan, la maison de Seattle. La Floride ne levant aucun impôt successoral, un bien floridien n’est exposé qu’à l’estate taxfédérale ; un bien new-yorkais est exposé aux deux.
La convention franco-américaine sur les successions ne couvre pas les impôts des États.Elle ne neutralise ni l’impôt successoral new-yorkais, ni l’impôt sur les héritages de Pennsylvanie.
Le choix de l’État de retraite est un choix successoral.Floride, Texas, Nevada, Wyoming, South Dakota, Californie : aucun impôt successoral d’État. New York, Massachusetts, Oregon, État de Washington : oui, et avec des abattements sans commune mesure avec le fédéral.
La taxe foncière : le vrai coût de détention, et pourquoi la comparaison française est trompeuse
La property tax est un impôt local — comté, municipalité, district scolaire, districts spéciaux — assis sur la valeur vénaledu bien. Elle ne relève ni du budget fédéral, ni, dans la quasi-totalité des cas, du budget de l’État. La formule est partout la même, et chacun de ses trois termes est un lieu de bataille.
La formule, et ce qui se conteste dans chacun de ses termes
Impôt dû = ( valeur d’évaluation − exonérations ) × taux composite
VALEUR D’ÉVALUATION fixée par l’évaluateur du comté
→ recours administratif ANNUEL, à délai très court
EXONÉRATIONS fixées par la constitution et la loi de l’État
→ demande à déposer, souvent avant le 1er mars
TAUX COMPOSITE chaque collectivité superposée vote le sien,
(millage) et ils s’ADDITIONNENT
→ par le vote, jamais par le recours
Un « mill » = un millième de dollar par dollar de valeur
d’évaluation, soit 0,1 %. Un taux composite de 18 mills = 1,8 %.Un avis d’imposition de comté floridien liste couramment huit à quinze lignes de millage superposées : comté, municipalité, district scolaire pour sa part d’État et pour sa part locale, district de gestion des eaux, district d’incendie, district d’éclairage, district hospitalier, autorité de transport. Il n’y a pas « un » taux : il y a une pile.
Trois écarts avec la France doivent être énoncés sans détour, parce qu’ils invalident le raisonnement français par analogie.
L’assiette suit le marché.La valeur cadastrale française est déconnectée du prix ; la valeur d’évaluation américaine, non. Un marché qui monte de 40 % fait monter l’impôt de 40 % en l’absence de plafonnement — et le plafonnement, quand il existe, est réservé au résident.
La taxe foncière finance l’école.C’est le lien le plus structurant du système américain : la qualité du district scolaire est capitalisée dans le prix des maisons, et le prix des maisons finance l’école. Un Français qui « économise » sur la taxe foncière en achetant dans un district bon marché paiera l’école privée. C’est un arbitrage, pas une économie.
Elle est payée par le propriétaire, y compris non-résident, sans aucun abattement. Il n’existe pas d’exonération de non-résident. Il existe, au contraire, des exonérations dont il est exclu — et c’est le sujet de la section suivante.
| État | Taux effectif moyen | Sur un bien de 800 000 $ | Commentaire |
|---|---|---|---|
| New Jersey | 2,38 % | ≈ 19 040 $/an | Le plus élevé du pays |
| Illinois | 2,32 % | ≈ 18 560 $/an | Fourchette de 0,83 % à 2,28 % entre comtés |
| New Hampshire | 2,15 % | ≈ 17 200 $/an | Contrepartie de l’absence d’impôt sur le revenu ET de taxe de vente |
| Connecticut | 1,98 % | ≈ 15 840 $/an | |
| Texas | 1,40 % | ≈ 11 200 $/an | 40,7 % des recettes fiscales de l’État ET des collectivités locales — le Texas ne lève aucune taxe foncière d’État |
| New York | 1,30 % | ≈ 10 400 $/an | |
| Floride | 0,78 % | ≈ 6 240 $/an | 34,8 % des recettes de l’État ; fourchette de 0,53 % à 0,99 % entre comtés |
| Washington | 0,75 % | ≈ 6 000 $/an | |
| Californie | 0,70 % | ≈ 5 600 $/an | ARTEFACT STATISTIQUE — voir l’avertissement ci-dessous |
| Delaware | 0,55 % | ≈ 4 400 $/an | |
| Louisiane | 0,51 % | ≈ 4 080 $/an | |
| Alabama | 0,43 % | ≈ 3 440 $/an | |
| Hawaï | 0,28 % | ≈ 2 240 $/an | Le plus bas du pays |
Deux avertissements sans lesquels ce tableau est dangereux
La moyenne d’État ne sert à rien pour un dossier réel.Les écarts internes vont de un à trois. La seule donnée utilisable est le taux composite du comté et de la municipalité du bien, lisible sur l’avis d’imposition d’un bien voisin ou sur le site de l’évaluateur du comté, qui publie l’historique parcelle par parcelle. Faites-le avant de signer, pas après.
Le taux effectif californien de 0,70 % est un artefact statistique.Il résulte du décalage entre les bases gelées des propriétaires anciens et les valeurs de marché actuelles. Pour un acheteur de 2026, le taux réel est de l’ordre de 1,1 % à 1,25 %de son prix d’achat. Retenir 0,70 % dans un chiffrage d’acquisition californienne sous-estime la charge d’environ 42 %. Nos chiffrages californiens retiennent 1,20 %.
Contester : la seule action qui rapporte tous les ans
Le recours contre l’évaluation est annuel, administratif, et à délai très court. Le calendrier est celui de la notification d’évaluation, pas celui de l’avis d’imposition : quand vous recevez la facture, le délai de recours est en général déjà passé.
| État | Date de référence de l’évaluation | Instance de premier degré | Délai type |
|---|---|---|---|
| Floride | 1er janvier | Value Adjustment Board du comté, après tentative de conférence informelle avec l’évaluateur | 25 jours à compter de l’envoi de l’avis de transparence tarifaire, généralement en août — § 194.011 des Florida Statutes |
| Texas | 1er janvier | Appraisal Review Board | 15 mai, ou 30 jours après la notification, selon le plus tardif — Tax Code § 41.44 |
| Californie | 1er janvier | Assessment Appeals Board du comté | Période de dépôt ordinaire du 2 juillet au 15 septembre, ou au 30 novembre selon le comté |
| New York | Date de statut imposable, usuellement au 1er mars | Board of Assessment Review, puis procédure judiciaire | Grievance Day, quatrième mardi de mai dans la plupart des communes |
| New Jersey | 1er octobre de l’année précédente | County Board of Taxation, puis Tax Court of New Jersey | Selon le calendrier du comté |
Ce qu’il faut vous dire, et que personne ne dit à un Français : ce recours est normal, banal, et exercé massivementpar les propriétaires américains. Ne pas le faire, année après année, n’est pas de la discrétion : c’est une négligence coûteuse, et elle se capitalise, puisque la base contestée sert de point de départ à toutes les revalorisations suivantes. Il existe un marché de conseils rémunérés au pourcentage de l’économie obtenue ; leur intérêt est alors aligné sur le vôtre. Lisez la convention d’honoraires avant de signer : certains cabinets y ajoutent des frais de dossier dus quelle que soit l’issue.
L’exonération de homestead et Save Our Homes : ce que la Floride donne au résident et refuse au non-résident
Deux dispositions distinctes de la Constitution de Floride sont constamment confondues, y compris par des professionnels. La première est une exonération d’assiette. La seconde est un plafonnement de la progressionde cette assiette. Elles n’ont ni le même fondement, ni le même effet, et c’est la seconde qui compte vraiment sur la durée.
L’exonération de homestead — article VII, section 6.« Every person who has the legal or equitable title to real estate and maintains thereon the permanent residence of the owner, or another legally or naturally dependent upon the owner, shall be exempt from taxation thereon, except assessments for special benefits, up to the assessed valuation of twenty-five thousand dollars and, for all levies other than school district levies, on the assessed valuation greater than fifty thousand dollars and up to seventy-five thousand dollars ». Le dispositif comporte deux volets : les 25 000 premiers dollars de valeur d’évaluation sont exonérés de tousles impôts fonciers, y compris scolaires ; un second volet, initialement fixé à 25 000 $ et désormais indexé chaque 1er janviersur la variation des prix, ne s’applique qu’à la fraction de valeur d’évaluation excédant 50 000 $, et uniquement aux impôts non scolaires. La tranche comprise entre 25 000 $ et 50 000 $ ne bénéficie d’aucune exonération.
Ne retenez jamais « 50 000 $ » comme montant total
C’est le montant du droit antérieur à l’indexation du second volet. Depuis que ce second volet est indexé, le total dépasse 50 000 $ et il augmente chaque année. Le montant applicable se relit sur la table d’indexation publiée par le Department of Revenuede Floride, millésime par millésime. Un chiffre figé, dans ce guide comme ailleurs, serait faux dès l’année suivante.
Le plafonnement Save Our Homes — article VII, section 4(d).« those changes in assessments shall not exceed the lower of the following: a. Three percent (3%) of the assessment for the prior year. b. The percent change in the Consumer Price Index » (art. VII, § 4(d)(1)), mis en œuvre par le § 193.155 des Florida Statutes. Le plafonnement court à compter de l’année suivant l’obtention du homestead, et il est réinitialisé au changement de propriétaire — le bien est alors réévalué à sa valeur de marché. Le mécanisme de portabilitypermet de transférer le différentiel accumulé entre valeur de marché et valeur d’évaluation vers un nouveau homestead floridien, dans la limite de 500 000 $ et dans un délai de trois anssuivant l’abandon du précédent. C’est ce qui permet à un Floridien installé de longue date de déménager sans reprendre l’impôt à zéro.
| Mécanisme | Résident permanent de Floride | Non-résident propriétaire en Floride |
|---|---|---|
| Exonération de homestead | Oui, deux volets | Non |
| Plafonnement Save Our Homes à 3 % (ou l’indice des prix, si inférieur) | Oui | Non |
| Portability du différentiel accumulé | Oui, plafonnée à 500 000 $, dans les trois ans | Non |
| Plafonnement applicable, à défaut | — | 10 % par an sur la valeur d’évaluation, hors impôts scolaires (§§ 193.1554 et 193.1555 des Florida Statutes) |
L’écart entre les deux colonnes est modeste la première année et se creuse mécaniquement ensuite. Sur une maison de 800 000 $ dont la base initiale est le prix payé, avec un taux composite de 1,20 % et un marché progressant de 5 % par an, le différentiel de taxe foncière entre un résident bénéficiant du plafonnement et un non-résident ressort à environ 17 700 $ sur dix ans. Avec un marché progressant de 8 % par an, sur les mêmes bases, le cumul de taxe foncière du non-résident atteint 139 071 $ contre 103 175 $ pour le résident : l’écart passe à environ 36 000 $.
Il faut être honnête sur la portée de ce chiffre. Sur dix ans, ce n’est pas un argument décisif. C’est au-delà de dix ans que l’écart devient décisif : le plafonnement à 3 % est un effet cumulatif, et son intérêt se mesure sur quinze ou vingt ans — pas sur la durée de détention moyenne d’une résidence secondaire. Si votre horizon est une décennie, ce n’est pas ce mécanisme qui doit emporter la décision d’établir votre résidence permanente en Floride. Si votre horizon est une vie, il pèse lourd.
Ce qui peut changer au 1er janvier 2027, et ce qu’il ne faut surtout pas en tirer
La législature de Floride a adopté en 2026 une seule résolution de révision constitutionnelle soumise aux électeurs : CS/HJR 1-F, portée au scrutin du 3 novembre 2026 sous le numéro d’Amendement 3. En cas d’approbation par 60 % des votants, l’exonération de homesteadapplicable aux seuls prélèvements non scolaires passerait à150 000 $ au 1er janvier 2027, puis à250 000 $au 1er janvier 2028, et serait ensuite indexée. Point décisif pour un arrivant : le texte réserve l’exonération majorée aux résidents floridiens au 31 décembre 2026, celui qui s’installe ensuite restant à 50 000 $ pendant quatre ans. Le dispositif plus ambitieux qui circule — majoration de 100 000 $ par an pendant dix ans et exonération totale à compter de 2037 — était celui de la résolution CS/CS/HJR 203, morte en commission des appropriations le 13 mars 2026 : elle ne sera pas soumise aux électeurs.
Statut au 29 juillet 2026 : ce sont des projets de révision constitutionnelle soumis au vote des électeurs. Ils ne sont pas en vigueur.Aucune de ces valeurs ne doit être intégrée à un chiffrage, ni servir de motif à différer ou à accélérer une acquisition. C’est une échéance à surveiller, ce n’est pas un droit.
La Californie : la Proposition 13 n’est pas un avantage pour l’entrant
La Proposition 13, article XIII A de la Constitution de Californie, plafonne le taux ad valorem à 1 % de la valeur d’acquisition, avec une revalorisation annuelle limitée à 2 % et une réévaluation à la valeur de marché lors du changement de propriétaireou en cas de construction nouvelle. Deux corrections s’imposent immédiatement.
Le plafond de 1 % ne couvre pas tout.Il ne couvre ni les prélèvements affectés au service d’une dette approuvée par les électeurs, ni les contributions de districts spéciaux — dont les districts d’équipement communautaires, fréquents dans les lotissements récents. L’avis d’imposition réel dépasse donc régulièrement 1 % de la base, souvent 1,1 % à 1,25 %, davantage en zone de district spécial. Un budget bâti sur 1 % est faux.
Et la Proposition 13 gèle la base à la valeur d’acquisition — pour l’acquéreur, cette valeur d’acquisition est le prix qu’il vient de payer.Le Français qui achète 1 500 000 $ une maison dont le voisin, propriétaire depuis 1995, paie l’impôt sur une base de 300 000 $, paiera cinq foisce que paie son voisin, pour la maison d’en face, dès la première année. La Proposition 13 n’est pas un avantage pour l’entrant : c’est un avantage pour celui qui reste, et il ne s’acquiert qu’avec le temps. S’y ajoute une mauvaise surprise de calendrier : le rôle supplémentairede l’année d’achat, un avis complémentaire qui vient rattraper au prorata la différence entre l’ancienne base et la nouvelle, en plus de l’avis ordinaire. Beaucoup d’acheteurs le découvrent six mois après la signature.
La Proposition 19 a fermé une porte que les familles françaises croient ouverte
Avant la Proposition 19, un enfant héritant de la maison de ses parents conservait la base d’imposition gelée, même s’il n’y habitait paset quelle qu’en soit la valeur. Depuis le 16 février 2021, l’exclusion ne s’applique que si le bien devient la résidence principale de l’enfant, et elle est plafonnée.
Le plafonnement est une limite de valeur, et non le montant de la base transmise — c’est l’erreur de lecture la plus répandue, et elle multiplie par quatre l’impôt annoncé au client. La limite est égale à la base d’origine indexée majorée de 1 000 000 $ ; pour les transmissions du 16 février 2025 au 15 février 2027, le montant indexé est de 1 044 586 $. Si la valeur vénale est inférieure ou égaleà cette limite, la base d’origine indexée est reprise telle quelle, sans aucune majoration. Si elle est supérieure, seul l’excédent au-delà de la limiteest ajouté à la base d’origine indexée. Exemple publié par l’administration californienne : base indexée 300 000 $, valeur vénale 1 500 000 $, limite 1 300 000 $, excédent 200 000 $ — base imposable après transmission : 500 000 $.
Conséquence pour un patrimoine familial implanté en Californie : la maison achetée 400 000 $ en 1998, valant 3 000 000 $ en 2026 et transmise à un enfant qui n’y habitera pas, est entièrement réévaluée : la base d’origine, portée par la revalorisation annuelle de 2 % à environ 696 000 $ en 2026, cède la place à la valeur de marché, et la taxe foncière passe d’environ 8 400 $ à environ 36 000 $ par an. Le raisonnement français « on garde la maison de famille et on la loue » a ici un coût considérable, et il se chiffre avant le décès, pas après.
L’assurance : le poste qui peut dépasser la taxe foncière, et qui n’apparaît dans aucun comparatif
En France, l’assurance habitation coûte quelques centaines d’euros et n’entre dans aucun arbitrage patrimonial. Sur deux marchés américains — la Floride pour le vent, la Californie pour l’incendie de forêt — elle est devenue un poste de premier rang, un facteur de décote et, dans les cas extrêmes, un obstacle à la vente. Deux mécanismes en sont la cause, et ils n’ont pas d’équivalent français : le risque catastrophique est concentré et corrélé, de sorte que l’assureur ne mutualise plus mais achète de la réassurance dont le prix se répercute directement ; et l’assureur peut se retirer, le non-renouvellement étant un acte de gestion ordinaire du marché américain.
Sur un bien floridien de front de mer, la prime annuelle d’assurance habitation, augmentée de la prime d’inondation, peut excéder la taxe foncière du même bien— d’autant plus facilement que le taux effectif floridien est bas. Le raisonnement patrimonial français, qui traite l’assurance comme un poste résiduel et la fiscalité foncière comme le poste principal, s’inverse ici. Un chiffrage d’acquisition floridienne qui ne fait pas figurer l’assurance sur la même ligne que la taxe foncière est un chiffrage faux.
Nous ne publions aucune prime moyenne d’État, et c’est délibéré. Le régulateur floridien documente les mouvements tarifaires — il a annoncé le 13 janvier 2026 une baisse moyenne de 8,7 %de l’assureur public de dernier ressort applicable aux renouvellements du printemps 2026, concernant plus de 330 000 assurés dans les soixante-sept comtés, et l’entrée de dix-sept nouvelles compagnies sur le marché depuis les réformes de 2022-2023 — mais aucune prime moyenne d’État pour 2026 n’a été retrouvéesur les pages du régulateur consultées le 29/07/2026, et les moyennes qui circulent varient d’un facteur trois selon la méthode. La seule méthode fiable est d’exiger un devis d’assurance avant la fin de la période d’inspection : la prime dépend du comté, de l’année de construction, de la conformité aux normes de vent, de la distance à la côte, de l’altitude du plancher et de l’âge de la toiture.
Trois points de structure valent plus que n’importe quel montant. La franchise ouragan s’exprime en pourcentage de la valeur assurée du bâtiment— souvent 2 %, 5 % ou 10 % — et non en montant fixe : sur une maison assurée 800 000 $, une franchise de 5 % laisse 40 000 $ à votre chargeavant tout versement. L’exclusion des dommages d’infiltration et de moisissure se vérifie ligne à ligne. Et l’assurance inondation n’est jamais comprisedans la police habitation américaine standard : elle s’achète séparément.
Assurance inondation : deux pièges qui frappent précisément le non-résident
Le plafond de hausse annuelle dépend du statut d’occupation, et vous tombez du mauvais côté. Le plafond de 18 %par an, que tout le monde cite, s’applique « except as provided in paragraph (4) ». Et ce paragraphe impose une hausse annuelle de 25 %, jusqu’à atteinte du tarif de plein risque, aux catégories énumérées au 42 USC § 4014(a)(2) — dont (A) toute résidence qui n’est pas la résidence principale d’une personne physique et (D) tout bien d’entreprise. Le pied-à-terre du non-résident, la maison de villégiature et le bien locatif relèvent donc du glissement de 25 % par an. Un budget d’assurance inondation construit sur 18 % pour cette clientèle est faux, et il l’est du mauvais côté.
L’autorisation du programme fédéral d’assurance inondation expire le 30 septembre 2026.Elle est temporaire et reconduite par le Congrès ; elle a déjà lapsé lors de la fermeture administrative de l’automne 2025 avant d’être rétablie rétroactivement. Pendant une interruption, l’agence fédérale conserve le pouvoir de régler les sinistres sur les polices en cours mais ne peut plus émettre ni renouveler de polices.
Traduction opérationnelle : une signature prévue en zone inondable début octobre 2026 peut être bloquéefaute de police souscriptible, alors même que le prêteur l’exige. C’est un risque de calendrier à intégrer dès maintenant dans la planification d’un achat d’automne, et personne ne vous préviendra.
Côté californien, le problème est de nature réglementaire. Le régime issu de la Proposition 103 de 1988 soumet toute hausse tarifaire à l’approbation préalable du commissaire aux assurances et interdisait, dans sa mise en œuvre historique, l’usage des modèles catastrophes prospectifs et la répercussion du coût de la réassurance : le résultat, à partir de 2023, a été un retrait massif des assureurs du marché résidentiel des zones exposées aux incendies. La Sustainable Insurance Strategy adoptée fin 2024 autorise désormais les modèles prospectifs et la répercussion du coût net de la réassurance, en contrepartie de l’engagement des assureurs de souscrire, dans les zones sinistrées par les incendies, un volume de polices au moins égal à 85 % de leur part de marché à l’échelle de l’État ; les compagnies de petite taille, les nouveaux entrants et celles qui souscrivent peu en zone incendie, hors d’état d’atteindre ce seuil, doivent accroître leurs souscriptions dans ces zones d’au moins 5 %, puis de 5 % tous les deux ans jusqu’à l’atteindre, et porte le plafond commercial du marché résiduel à 20 000 000 $ par structure. Le marché résiduel californien ne couvre que l’incendie, non la multirisque : une couverture complète suppose de l’adosser à une police complémentaire, donc deux polices, deux primes, deux franchises, et ses plafonds de garantie sont bornés — ce qui pose un problème direct pour les biens de valeur élevée, c’est-à-dire pour vous.
Le tableau de décision, par profil — et les cas où le calcul ne penche pas du côté qu’on croit
Ce qui suit est une opinion motivée, pas une règle de droit. Elle repose sur les chiffres de ce chapitre et sur ce que nous voyons dans les dossiers. Elle se discute, et elle doit être refaite sur votre situation : la variable qui décide n’est presque jamais celle qu’on croit en arrivant.
| Profil | Ce qui décide réellement | Notre lecture | Le cas où l’intuition se trompe |
|---|---|---|---|
| Cadre salarié, 200 000 à 400 000 $ de revenu W-2 | Le marché de l’emploi avant la fiscalité, puis la taxe foncière du secteur et le coût de la scolarité | L’écart entre la Floride et la ville de New York ressort à 22 334 $ par an sur 250 000 $, soit 9,0 points de taux effectif. À ce niveau, le plafond SALT est encore plein : l’impôt d’État reste déductible et amorti d’environ un tiers. L’écart est réel, il n’est pas décisif à lui seul | Si vous vous installez en Floride ou au Texas dans un secteur où l’école publique impose de basculer sur le privé, 20 000 à 60 000 $ par enfant et par an effacent la totalité du gain fiscal. Une taxe foncière basse s’accompagne souvent d’un système scolaire public moins bien doté : c’est un arbitrage, pas une économie |
| Cadre salarié dont l’employeur reste en Californie ou dans l’État de New York | La source du revenu, pas la résidence | Déménager ne met pas à l’abri d’un revenu qui a sa source dans l’État quitté. Les salaires exercés en Californie, les loyers d’immeubles californiens, les plus-values immobilières californiennes et la surtaxe de 1 % sur le revenu de source californienne au-delà de 1 000 000 $ restent dus par le non-résident | Le déménagement peut ne rien rapporter du tout, alors que le dossier de résidence a été monté correctement. C’est l’un des rares cas où la bonne réponse est de ne pas déménager, et d’attendre le changement d’employeur |
| Dirigeant, 1 000 000 $ et plus, dont une part significative de capital | La part du capital dans le revenu, et la fiscalité de l’entité | Floride et Texas sont les deux seuls grands États d’accueil à n’imposer ni les salaires, ni le capital, ni les plus-values. L’écart annuel avec la ville de New York atteint 113 113 $ pour un propriétaire, et le plafond SALT étant à son plancher, chaque dollar d’impôt d’État est supporté intégralement | Floride et Texas divergent au niveau de l’entité. Le Texas taxe la marge, avec un seuil de non-imposition mesuré sur le chiffre d’affaires annualisé — 2 650 000 $ pour le rapport 2026 ; la Floride taxe le bénéfice à 5,50 %. Une société à fort chiffre d’affaires et faible marge est mieux traitée là où l’impôt suit le résultat. Cet arbitrage se modélise entité par entité, il ne se déduit pas du régime des personnes physiques |
| Dirigeant qui emploie | La masse salariale, pas le revenu personnel | Le Nevada taxe le fait d’employer : 1,17 % des salaires bruts totaux au-delà de 50 000 $ par trimestre pour les entreprises générales, 1,554 % pour les établissements financiers et les activités minières, plus une taxe sur le chiffre d’affaires au-delà de 4 000 000 $. Ni la Floride ni le Texas ne lèvent de prélèvement équivalent sous cette forme | Le Nevada, souvent présenté comme le meilleur État pour un dirigeant, est excellent pour percevoir et médiocre pour employer. Un consultant seul n’y paie pratiquement rien ; une équipe de trente personnes y coûte une contribution que la Floride ne connaît pas |
| Dirigeant préparant une cession | L’État de résidence l’ANNÉE de la cession, et lui seul | Sur une plus-value mobilière de 5 000 000 $, l’État de Washington prélève environ 438 478 $ ; la Floride, le Texas, le Nevada et le Wyoming prélèvent zéro. La Californie applique son barème ordinaire jusqu’à 13,30 %, sans aucun taux préférentiel | L’État de Washington est classé partout parmi les « États sans impôt sur le revenu ». Pour un fondateur qui cède, c’est l’un des plus coûteux du pays. Et en Californie, le refuge de l’année précédente disparaît au-dessus de 1 000 000 $ de revenu brut ajusté : l’acompte doit être estimé sur l’année en cours, sous peine de pénalité |
| Retraité, patrimoine de 3 000 000 à 8 000 000 $ | L’impôt successoral de l’État, et le coût de la santé avant 65 ans | Floride, Texas, Nevada, Wyoming, South Dakota et Californie ne lèvent aucun impôt successoral d’État. L’abattement fédéral est de 15 000 000 $ ; celui de l’État de Washington descend à 3 000 000 $, celui du Massachusetts à 2 000 000 $, celui de l’Oregon à 1 000 000 $ | Un retraité qui choisit l’État de Washington pour l’absence d’impôt sur le revenu y trouve un impôt successoral qui frappe dès 3 000 000 $, avec un barème partant de 10 %. L’économie d’impôt sur le revenu de quinze années d’installation peut y passer en une succession. Et la Californie, pourtant la plus chère du pays sur le revenu, est l’une des mieux placées à la transmission : aucun impôt successoral, aucun impôt sur les héritages |
| Retraité propriétaire de sa résidence | La taxe foncière, et l’assurance | 0,78 % en Floride, 1,40 % au Texas, 2,15 % au New Hampshire. Sur une maison de 800 000 $, l’écart entre la Floride et le New Hampshire atteint environ 11 000 $ par an | Le New Hampshire est le seul État sans impôt sur le revenu ET sans taxe de vente. Pour un rentier locataire, c’est une juridiction remarquable. Pour un retraité propriétaire, c’est l’un des États les plus coûteux du pays : le tabouret ne tient que sur un pied, et ce pied est le vôtre |
| Rentier, revenus mobiliers, pas d’activité | L’absence d’impôt d’État sur le capital, et surtout le fait que l’État ignore la convention | Floride, Texas, Nevada et Wyoming : zéro sur les dividendes, les intérêts et les plus-values. Le Tennessee a supprimé son impôt sur les intérêts et dividendes à compter du 1er janvier 2021, le New Hampshire à compter du 1er janvier 2025 | C’est le profil pour qui le choix de l’État pèse le PLUS, et pour la raison qu’on n’attend pas. La convention franco-américaine ne lie que l’État fédéral : un rentier français résident de Californie ou de l’État de New York y est imposable sur ses loyers parisiens et ses dividendes français, revenus que la convention peut pourtant attribuer à la France au niveau fédéral. Le patrimoine resté en France devient l’assiette d’un impôt d’État |
| Rentier locataire | La taxe foncière, qu’il croit ne pas payer | Elle est intégrée au loyer. Un locataire d’un État à 2,15 % de taux effectif la paie, indirectement, dans son quittancement | Le raisonnement « je loue, donc la taxe foncière ne me concerne pas » ne tient pas. Ce qui change, c’est qu’il ne la contrôle pas, ne peut pas la contester et ne bénéficie d’aucune exonération de résidence permanente |
Trois vérités que ce tableau ne dit pas assez fort
Le seuil de bascule est à 606 333 $ de revenu brut ajusté modifié.En dessous, le plafond SALT amortit une partie substantielle de l’impôt d’État par l’économie fédérale, et l’écart entre juridictions se réduit d’environ un tiers. Au-dessus, le plafond est à son plancher de 10 000 $ et la localisation coûte son prix nominal. Si votre revenu est proche de ce seuil, l’arbitrage géographique est beaucoup moins tranchant qu’on ne vous le dira.
Le coût de la santé domine tout, avant 65 ans.Le crédit d’impôt sur les primes d’assurance santé disparaît intégralement au-delà de 84 600 $ de revenu pour un couple et 128 600 $pour une famille de quatre, en couverture 2026, ces seuils étant calculés sur les tables de pauvreté publiées en janvier 2025. La prime réelle d’un couple de soixante à soixante-deux ans sur le marché individuel se situe couramment entre 25 000 et 35 000 $ par an : le coût marginal du dollar qui fait franchir le seuil est de l’ordre de 20 000 $. Aucun écart entre États ne pèse cela.
Et le meilleur État, mal quitté, ne vaut rien.Le gain de la Floride est de cent mille dollars par an pour un dirigeant. Il tombe à zéro, et se transforme en trois années de rappels, si l’appartement de départ est conservé et le décompte de jours franchi. L’ordre de priorité de ce chapitre est donc : d’abord couper, ensuite choisir.
Ce qu’il faut faire, et dans quel ordre
Le choix de l’État se décide avant le premier vol. Où l’on achète, où l’on scolarise, où l’on immatricule, où l’on prend un permis de conduire : ce sont des actes constitutifs de domicile, opposables, et ils ne se rattrapent pas. Un Français qui achète une maison, y installe sa famille, y scolarise ses enfants et y obtient un permis de conduire, tout en restant sous les seuils du test fédéral, est non-résident au sens fédéral et pourtant, très probablement, domicilié dans cet État. Si l’État ne lève pas d’impôt sur le revenu, cela n’a aucune conséquence. La même séquence en Californie ou dans l’État de New York en a une, immédiate et lourde : imposition d’État sur le revenu mondial dès la première année, alors même qu’aucun impôt fédéral n’est dû sur ce revenu mondial.
| Séquence | Ce qui se fait | Pourquoi à ce moment-là |
|---|---|---|
| Avant toute décision | Chiffrer l’écart réel entre les deux ou trois juridictions envisagées, en intégrant l’impôt d’État, la taxe foncière du COMTÉ visé, l’assurance, l’impôt successoral d’État et le coût scolaire | Le chiffrage sur les moyennes d’État se trompe d’un facteur deux. Le taux composite du comté est public, parcelle par parcelle |
| Avant le départ de l’État quitté | Cartographier les cinq facteurs primaires et arrêter le calendrier de rupture, ligne par ligne, dans l’ordre exposé plus haut | Les lignes 1 et 2 — logement et décompte de jours — valent plus que les quatre suivantes réunies, et elles supposent des décisions longues : vendre, résilier, déménager la famille |
| Dès le premier jour | Ouvrir le journal de présence horodaté et le tenir chaque semaine, pour chaque membre du foyer | Un dossier reconstitué trois ans plus tard n’a presque aucune valeur probante. Un dossier tenu au fil de l’eau en a énormément |
| Dans les six mois | Déplacer les rattachements personnels : médecins, dentistes, vétérinaire, avocat, expert-comptable, comptes courants, objets de valeur affective | Ce sont des changements longs, et ce sont ceux que l’auditeur vérifie en dernier — donc ceux qui font basculer un dossier serré |
| Année du déménagement | Déposer une déclaration de résident partiel dans l’État de départ | L’absence de déclaration dans l’État quitté est le premier signal qui déclenche un audit |
| Avant toute cession importante | Vérifier l’État de résidence de l’ANNÉE de la cession, et l’existence d’un impôt d’État sur les plus-values | Une cession réalisée un an trop tôt dans le mauvais État coûte plusieurs centaines de milliers de dollars, sans rattrapage possible |
| Chaque année | Contester l’évaluation foncière, dans le délai de l’avis d’évaluation et non de l’avis d’imposition | Le délai est de vingt-cinq à trente jours selon les États. Quand la facture arrive, il est passé |
Deux points de ce chapitre doivent être arbitrés avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis et avec un expert-comptable de l’État concerné, avant tout acte irréversible. Le premier est celui du crédit pour impôt étranger au niveau des États : nous ne publions pas d’affirmation générale sur ce point, faute de vérification État par État, et la question doit être posée dans les termes exacts rappelés plus haut. Le second est le mécanisme applicable au-delà du seuil d’abattement successoral new-yorkais, qui doit être vérifié sur les instructions du formulaire ET-706 de l’année du décès avant tout chiffrage de transmission. Dans les deux cas, les pièces à réunir sont les mêmes : historique de présence jour par jour dans l’État, actes de propriété et baux avec leurs dates, permis, immatriculations et inscriptions, relevés bancaires locaux, inventaire du patrimoine mondial avec valorisations datées, et statut de citoyenneté et de domicile de chaque membre du couple.
Choisir son État, c’est arbitrer six impôts à la fois — pas un seul
Impôt d’État sur le revenu, impôt sur les plus-values, taxe foncière du comté, assurance, impôt successoral d’État, et le coût d’une résidence mal coupée. Nous chiffrons l’écart réel entre les juridictions que vous envisagez, nous construisons le calendrier de rupture avec l’État que vous quittez, et nous coordonnons l’arbitrage avec nos avocats partenaires spécialisés sur les États-Unis. Bilan patrimonial : 1 h.
Une dernière chose, et c’est peut-être la seule à retenir si vous ne deviez retenir qu’une phrase de ce chapitre. La Floride ne suffit pas, non parce qu’elle serait moins avantageuse qu’on ne le dit — elle l’est autant qu’on le dit —, mais parce que le gain se joue entièrement du côté de l’État qu’on quitte. On ne gagne pas en arrivant quelque part : on gagne en partant vraiment. Et partir vraiment se prouve, jour par jour, pièce par pièce, pendant toute la durée où l’administration de l’État quitté conserve le droit de vous le demander — trois ans à compter du dépôt d’une déclaration dans cet État, six anssi le revenu déclaré a été minoré de plus de 25 %, et sans aucune limite de temps si aucune déclaration n’y a été déposée (New York, Tax Law § 683, a, c et d).

