Réduisez votre pression fiscale avec un expert patrimonial
IR, plus-values, flat tax, prélèvements sociaux, CEHR ou CDHR : nous modélisons les bons arbitrages avant que l'impôt ne tombe.
Votre Interlocuteur Sur Ce Sujet
Quentin Hagnéré
CGP indépendant spécialisé en fiscalité patrimoniale
Quentin Hagnéré accompagne les foyers fiscalisés, dirigeants et investisseurs sur les arbitrages IR, plus-values, flat tax, prélèvements sociaux et stratégies d'optimisation avant déclaration.
Votre officine a signé une belle année, et c'est précisément là que naît le problème : sur le compte courant de la SEL d'exploitation dorment 150 000, 200 000, parfois 300 000 € qui ne rapportent presque rien pendant que l'inflation les grignote. À 2 % d'inflation, 200 000 € laissés à 0 % perdent près de 4 000 € de pouvoir d'achat chaque année — sans que la moindre ligne n'apparaisse au bilan. Mais avant de chercher le bon placement, une étape que beaucoup de titulaires sautent : combien de ce cash est réellementexcédentaire ? Une pharmacie porte un besoin en fonds de roulement lourd et atypique — stock de médicaments, créances de tiers payant en attente de remboursement par l'Assurance maladie et les mutuelles, dettes envers les grossistes-répartiteurs — qu'il ne faut surtout pas immobiliser.
Et là, bonne nouvelle structurelle : une personne morale à l'IS ne paie aucun prélèvement social — ni les 17,2 %, ni les 18,6 %. Là où sortir la trésorerie en dividende coûte 31,4 % en 2026 (12,8 % d'impôt + 18,6 % de prélèvements sociaux), plus des cotisations TNS au-delà de 10 % du capital, capitaliser dans la société l'emporte nettement sur la distribution. Encore faut-il choisir la bonne enveloppe — et ne pas transformer son officine en société de gestion de portefeuille, au risque de fragiliser son Pacte Dutreil à la transmission.
Chez Hagnéré Patrimoine (ORIAS 23002291, CIF membre CNCEF Patrimoine, COA, COBSP), nous structurons la trésorerie excédentaire de SELARL et SELAS d'officine. On prend les choses dans l'ordre : d'abord ce qui est vraimentplaçable une fois le BFR couvert, ensuite où le loger à l'IS, enfin quand il devient plus propre de remonter le surplus vers une SPFPL de pharmacie. Le résumé qui suit tient en une minute de lecture — gardez-le sous la main avant votre prochain bilan comptable.
À retenir en 60 secondes
- Ne placez que le surplus durable. Couvrez d'abord le BFR de l'officine (stock de médicaments, créances de tiers payant, dettes grossistes) et un matelas de précaution. L'erreur n°1 : laisser 200 000 € dormir à 0 % sur le compte courant.
- 0 prélèvement social dans la société. La CSG/CRDS ne frappe que les personnes physiques (CSS L. 136-6 et L. 136-7). Placer dans la SEL n'est imposé qu'à l'IS (15 % ou 25 %) ; la dualité 17,2 / 18,6 % ne sert qu'à mesurer le coût d'une sortie en dividende.
- 5 enveloppes, une pièce maîtresse. Compte à terme, contrat de capitalisation PM (différé via l'art. 238 septies E, frottement ≈ 0,6 à 1 %/an), fonds monétaires, comptes-titres et SCPI. Aucune assurance-vie : par nature, elle est réservée aux personnes physiques.
- Au-delà d'un certain montant, remontez en SPFPL. Pour la capitalisation longue et la transmission, faire remonter le cash vers une SPFPL de pharmaciens est souvent plus propre que d'empiler dans l'exploitation.
- La taxe holdings LF 2026 ne vise pas l'officine. Une SEL d'exploitation reste hors cible (art. 235 ter C : actif ≥ 5 M€ + revenus passifs > 50 %, trésorerie exclue de l'assiette).
Avertissement — Conformité CMF L. 533-13
Ce guide a une vocation strictement informative et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement individualisé, ni une recommandation personnalisée au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Les chiffres sont à jour au 10 juin 2026 (LF 2026, loi n° 2026-103 du 19 février 2026 ; LFSS 2026, loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) et constituent des ordres de grandeur, hors frais propres à chaque produit. Les contrats de capitalisation, SCPI et comptes-titres comportent un risque de perte en capital ; aucune promesse de rendement n'est faite. La fiscalité des SEL et SPFPL d'officine relève d'analyses au cas par cas. Hagnéré Patrimoine est CIF membre de la CNCEF Patrimoine (ORIAS 23002291), COA, COBSP.
Sommaire — 11 sections
- 1. Trésorerie de cycle (BFR) ou trésorerie vraiment excédentaire ?
- 2. Peut-on placer ? Le droit avant le rendement
- 3. Capitaliser dans la SEL plutôt que distribuer : 0 prélèvement social
- 4. Le contrat de capitalisation PM (art. 238 septies E)
- 5. Les 5 enveloppes accessibles à une SEL d'officine à l'IS
- 6. La fiscalité IS des produits financiers (art. 219)
- 7. Placer dans la SEL d'officine ou remonter en SPFPL ?
- 8. Garde-fou : ne pas transformer son officine en société de gestion
- 9. 3 cas chiffrés : du compte courant qui dort au cash bien placé
- 10. À partir de combien faut-il placer (et quand passer en SPFPL) ?
- 11. FAQ — 13 questions de titulaires
À propos de l'auteur
Quentin Hagnéré
Conseiller en Gestion de Patrimoine — CIF, COA, COBSP — ORIAS 23002291
Quentin Hagnéré dirige Hagnéré Patrimoine, cabinet de gestion de patrimoine et de fortune basé à Chambéry. CIF membre CNCEF Patrimoine, COA, COBSP inscrit à l'ORIAS sous le numéro 23002291.
Où placer la trésorerie excédentaire d'une officine ?
On place uniquement le surplus durable, une fois couverts le BFR de l'officine (stock, créances de tiers payant, dettes grossistes) et un matelas de précaution. Ce surplus se loge dans des enveloppes à l'IS : compte à terme et fonds monétaire pour la sécurité, contrat de capitalisation personne morale (art. 238 septies E) pour le différé, comptes-titres et SCPI pour le long terme. Une personne morale ne paie aucun prélèvement social : seulement l'impôt sur les sociétés.
1. Trésorerie de cycle (BFR) ou trésorerie vraiment excédentaire ?
Sur ce point, une officine ne ressemble à aucun autre commerce. Avant de parler placement, il faut séparer le cash qui « tourne » du surplus durable. Une pharmacie supporte un besoin en fonds de roulement (BFR) plus lourd et plus atypique que la plupart des entreprises : le résultat comptable n'est pas le cash réellement disponible.
1.1. Le BFR lourd et atypique de l'officine
Trois postes engloutissent durablement le cash. Le premier, le stock de médicaments, dort dans les rayons et les réserves : une part importante de l'actif circulant y reste figée. À cela s'ajoutent les créances de tiers payant : la part remboursée par l'Assurance maladie (CPAM) et les mutuelles tombe avec du retard, ce qui laisse en permanence un volant de créances en attente. Les dettes envers les grossistes-répartiteurs jouent en sens inverse, mais ne compensent pas toujours. D'où ce paradoxe que tout titulaire connaît : un beau bénéfice au bilan, et pourtant peu de cash réellement libre.
1.2. Combien laisser sur le compte ?
Au-delà du BFR, on conserve un matelas de précaution — de l'ordre de 1 à 3 mois de charges — pour absorber la saisonnalité (épidémies, creux d'activité) et les échéances fiscales et sociales. On ajoute les échéances de financement à 12 mois (remboursement de PGE, d'emprunt d'acquisition du fonds). Ce qui reste est le surplus structurel, le seul à placer.
Calculer le surplus réellement plaçable d'une officine
Surplus placable = Tresorerie disponible
- BFR (stock medicaments + creances tiers payant - dettes grossistes)
- Matelas de securite (environ 1 a 3 mois de charges)
- Echeances PGE / emprunt d acquisition a 12 mois
Exemple :
Tresorerie disponible 320 000 EUR
- BFR de cycle - 130 000 EUR
- Matelas (2 mois de charges) - 50 000 EUR
- Echeance PGE 12 mois - 20 000 EUR
= Surplus reellement placable 120 000 EURLe bénéfice comptable n'est pas le cash plaçable : dans une officine, le stock et les créances de tiers payant immobilisent une part durable de la trésorerie. On ne place que le surplus structurel, celui qui restera disponible exercice après exercice.
L'erreur classique — et son inverse
L'erreur n°1 est de laisser 200 000 € dormir à 0 % sur le compte courant de l'officine : un coût d'opportunité massif, année après année. Mais l'erreur inverse existe aussi : placer le BFR, c'est-à-dire immobiliser la trésorerie de cycle dont l'officine a besoin pour régler ses grossistes et tourner. La bonne méthode consiste à ne placer que le surplus durable.
Avant même de placer, deux réflexes en amont : bien arbitrer salaire et dividendes en SEL de pharmacie (c'est ce qui détermine combien reste dans la société), et savoir si une partie du cash transite par votre compte courant d'associé d'officine.
2. Peut-on placer ? Le droit avant le rendement
Avant de parler rendement, un rappel : une officine reste d'abord un commerce réglementé. C'est une activité commerciale (bénéfices industriels et commerciaux, fonds de commerce), avec une TVA collectée et récupérable sur les médicaments (taux 2,1 / 5,5 / 10 / 20 %) — une différence majeure avec le cabinet dentaire, dont les actes sont exonérés de TVA. Surtout, sa détention est réglementée par le monopole pharmaceutique.
2.1. Une détention réglementée
Le capital et les droits de vote d'une SEL d'officine doivent être détenus à plus de 50 % par des pharmaciens y exerçant (directement ou via une SPFPL). Le cadre figure aux articles L. 5125-1 et suivants et R. 5125-14 et suivants du Code de la santé publique, recodifiés par l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (qui a refondu le régime issu de la loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990). Cette réglementation encadre quidétient l'officine, mais ne touche pas directement à ce que la société fait de sa trésorerie : c'est l'objet social qui joue ce rôle.
2.2. L'objet social fixe la frontière
Le dirigeant d'une SELARL (art. L. 223-18 du Code de commerce) ou d'une SELAS (art. L. 227-6) engage la société dans la limite de l'objet social. Placer une trésorerie de précaution pour la préserver de l'inflation est un acte de bonne gestion, accessoire à l'exploitation : personne ne le contestera. En revanche, immobiliser une part importante de l'actif dans un portefeuille patrimonial passif de long terme, sans rapport avec l'activité, peut être jugé hors objet. Le réflexe à avoir : relisez votre clause d'objet, et si elle est trop étroite, élargissez-la en assemblée générale extraordinaire avantd'engager des sommes significatives.
Le périmètre exact de cet article
Ce guide traite la trésorerie dans la SEL d'exploitation de l'officine elle-même. La remontée du cash vers une SPFPL de pharmaciens — pour le faire fructifier hors exploitation et préparer la transmission — est l'objet d'un guide dédié : SPFPL de pharmacie : faire remonter sa trésorerie sans surimposition. Règle d'or : court-moyen terme dans la SEL, long terme patrimonial en SPFPL.
Avant de placer, sécurisez le droit
Objet social, réglementation pharmaceutique, choix SEL ou SPFPL : nous auditons votre structure avant tout placement, pour investir la trésorerie de votre officine sans fragiliser votre activité.
3. Capitaliser dans la SEL plutôt que distribuer : 0 prélèvement social
C'est l'argument qui change tout — et celui que les titulaires comprennent le plus souvent de travers. Les prélèvements sociaux (CSG, CRDS, prélèvement de solidarité) ne frappent que les personnes physiques (CSS art. L. 136-6 et L. 136-7). Une SEL d'officine à l'IS qui place sa trésorerie ne paie aucun prélèvement social sur ses intérêts, dividendes ou plus-values : seulement l'impôt sur les sociétés.
La dualité 2026 (LFSS 2026, loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) — 17,2 % maintenus sur l'assurance-vie, les contrats de capitalisation détenus en direct par un particulier, les revenus fonciers et les plus-values immobilières ; 18,6 % désormais sur les dividendes, intérêts et plus-values mobilières — ne concerne que la sortie en personnel. Elle ne s'applique jamais à un placement détenu dans la société.
0 prélèvement social sur la trésorerie placée en société
Une SEL d'officine à l'IS qui détient un contrat de capitalisation, un compte à terme ou des SCPI ne paie ni les 17,2 % ni les 18,6 %. Ces taux ne visent que le pharmacien personne physique qui sort l'argent. C'est ce qui rend la capitalisation dans la société plus efficace que la distribution suivie d'un placement personnel.
Sortir la trésorerie se paie même deux fois. Le PFU à 31,4 % d'abord (12,8 % d'impôt + 18,6 % de prélèvements sociaux). Puis, propre au pharmacien exerçant en SEL, un coût social que beaucoup découvrent trop tard : la fraction de dividendes distribuée à l'associé exerçant au-delà de 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes en compte courant est réintégrée dans l'assiette des cotisations TNS (CSS art. L. 131-6). La Cour de cassation (2e civ., 19 octobre 2023, n° 21-20.366) a même étendu cette logique aux dividendes que la SEL remonte à une SPFPL : ils peuvent conserver un caractère professionnel pour l'associé exerçant.
Capitaliser dans la SEL vs sortir en dividende — sur 100 000 € de produits
Hypothese : 100 000 EUR a affecter dans la SEL d officine. A) On capitalise dans la SEL (personne morale a l IS) : IS a 25 % = 25 000 EUR Prelevements sociaux = 0 EUR (PM hors champ) Net conserve dans la PM = 75 000 EUR, qui continue de capitaliser B) On sort en dividende vers le titulaire (personne physique) : PFU 2026 = 12,8 % IR + 18,6 % PS = 31,4 % Cout immediat = 31 400 EUR + cotisations TNS sur la fraction de dividendes > 10 % du capital Net dans la poche < 68 600 EUR
La comparaison n'oppose pas deux fiscalités d'un même placement : elle oppose CAPITALISER (IS seul, 0 prélèvement social) à SORTIR PUIS PLACER EN PERSO (PFU 31,4 % + cotisations TNS éventuelles). Tant que l'objectif est de faire fructifier, garder l'argent dans la société est mécaniquement plus efficace. La sortie ne se justifie que pour un besoin de consommation personnel.
Le détail du calcul social figure dans la règle des 10 % sur les dividendes de SEL et, sur le coût précis des prélèvements sociaux 2026, la dualité CSG/CRDS 17,2 / 18,6 %.
4. Le contrat de capitalisation personne morale (art. 238 septies E)
C'est la pièce maîtresse du dispositif — à condition de balayer d'abord une confusion qui revient à chaque rendez-vous : une personne morale ne peut pas souscrire d'assurance-vie — par nature, l'assurance sur la vie suppose une tête assurée (une personne physique) et un aléa lié à la durée de la vie humaine (livre I, titre III du Code des assurances) —, mais elle peut souscrire un contrat de capitalisation, qui est une simple enveloppe d'investissement.
4.1. La fiscalité forfaitaire 105 % du TME
Au lieu d'imposer le rendement réel du contrat, l'article 238 septies E du CGI (doctrine BOI-RPPM-RCM-10-10-80 et BOI-BIC-PDSTK-10-20-60-20) impose chaque année une assiette forfaitaire égale à 105 % du dernier TME connu à la souscription, appliquée à la valeur de souscription. Le TME (Taux Moyen des Emprunts d'État) est publié par la Banque de France et figé à la date de souscription pour toute la durée du contrat. Le produit réel n'est régularisé qu'au dénouement (rachat).
Calcul de la fiscalité forfaitaire du capi PM (art. 238 septies E CGI)
Assiette annuelle imposable a l IS = 105 % x TME a la souscription x Valeur de souscription Avec un TME de l ordre de 3,7 % au printemps 2026 : Assiette annuelle = 105 % x 3,7 % = environ 3,9 % de la valeur de souscription Sur 100 000 EUR souscrits : Reintegre chaque annee au benefice = environ 3 900 EUR IS a 15 % (fraction <= 42 500 EUR) = environ 585 EUR/an (frottement ~ 0,6 %) IS a 25 % (taux marginal) = environ 975 EUR/an (frottement ~ 1,0 %) Au denouement (rachat) : Regularisation IS sur le produit reel - produits deja taxes forfaitairement
Le TME retenu est celui du mois de souscription, puis figé pour toute la durée : il est de l'ordre de 3,6 à 3,9 % début 2026, à dater au mois réel. Le frottement va d'environ 0,6 %/an (au taux IS réduit de 15 %) à environ 1,0 %/an (au taux de 25 %). Si le contrat performe au-dessus de l'assiette forfaitaire, il est taxé chaque année sur MOINS que son rendement réel : l'excédent capitalise en différé jusqu'au rachat. C'est tout l'intérêt du capi PM dans le contexte de taux 2026.
Note de méthode — comment lire nos projections
Les chiffres ci-dessus illustrent un mécanisme fiscal (l'assiette forfaitaire de l'art. 238 septies E), pas une promesse de performance. Le rendement réel d'un contrat de capitalisation dépend des supports choisis et n'est jamais garanti : les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et les unités de compte comportent un risque de perte en capital. Le TME est figé au mois réel de souscription ; nos calculs sont des ordres de grandeur destinés à comparer des structures, pas un conseil personnalisé.
4.2. Capi PM contre fonds monétaire : le différé fait la différence
Ce qui sépare vraiment le capi des autres enveloppes, c'est le différé. Un fonds monétaire ou un OPCVM détenu par une PM est marqué au marché chaque année (art. 209-0 A du CGI) : l'écart de valeur est taxé à l'IS même sans vente. Le capi, lui, n'est taxé que sur l'assiette forfaitaire ; tout ce qui dépasse capitalise sans frottement jusqu'au rachat. Sur un horizon long, l'écart devient considérable.
Capi PM ≠ assurance-vie : pas d'abattement transmission
Un piège classique : croire que le capi PM se transmet comme une assurance-vie. Le contrat de capitalisation détenu par une PM ne bénéficie ni de l'abattement de 152 500 € (art. 990 I, réservé à l'assurance-vie) ni de celui de 30 500 € (art. 757 B). À la transmission, il relève des droits de mutation de droit commun pour sa valeur de rachat. Son intérêt n'est pas successoral mais de capitalisation différée au sein de la société.
4.3. Une société d'exploitation ne loge pas ses fonds euros
Un sujet dont personne ne parle vraiment : une société commerciale opérationnelle comme une officine ne peut, en principe, pas loger ses fonds en euros sur un contrat de capitalisation. C'est une pratique de marchédes assureurs (à formuler prudemment, ce n'est pas un article de loi, et la règle peut varier d'un contrat à l'autre). On oriente alors la société vers des unités de compte, des comptes à terme ou des fonds monétaires. Pour les variantes avancées — capi démembré détenu par la société, ou contrat de capitalisation luxembourgeois pour PM — voir le contrat de capitalisation démembré en société et l'enveloppe luxembourgeoise.
5. Les 5 enveloppes accessibles à une SEL d'officine à l'IS
Maintenant que le mécanisme du capi est clair, voici les cinq enveloppes réellement ouvertes à une SEL d'officine à l'IS, rangées par horizon de placement.
Les 5 enveloppes en 30 secondes
Pour le court terme et la précaution : compte à terme (capital garanti, FGDR 100 000 €) et fonds monétaire (liquide, indexé €STR). Pour capitaliser sur le moyen-long terme : le contrat de capitalisation PM, le cœur du dispositif, avec son différé fiscal. Pour le long terme et la diversification : comptes-titres / ETF et SCPI (pleine propriété ou nue-propriété). Aucune assurance-vie ni PEA : ils sont interdits à une personne morale.
| Enveloppe | Horizon | Différé fiscal | Liquidité |
|---|---|---|---|
| Compte à terme (CAT) / livret pro | Court terme | Non (intérêts à l'IS) | À échéance |
| Fonds monétaire / OPCVM | Court terme | Non (mark-to-market 209-0 A) | J+1 à J+3 |
| Contrat de capitalisation PM | Moyen-long terme | Oui (238 septies E) | Quelques jours |
| Comptes-titres / ETF | Moyen-long terme | Non (PV à l'IS plein) | Élevée |
| SCPI (pleine ou nue-propriété) | Long terme | Partiel (amortissement) | Limitée |
5.1. Le compte à terme (CAT) et le livret pro
Le premier réflexe pour la poche sécurité : capital garanti, pas de mauvaise surprise au bilan. Les intérêts sont imposés à l'IS au fil de l'eau, sans différé. Les dépôts bénéficient de la garantie du FGDR à hauteur de 100 000 € par établissement et par déposant. On échelonne plusieurs CAT (6, 12, 18 mois) pour ne jamais être totalement illiquide. Détail des offres : le compte à terme 2026.
5.2. Le fonds monétaire et les OPCVM court terme
Pour une trésorerie court terme un peu plus rémunérée et plus liquide qu'un CAT. Le rendement suit les taux courts (€STR / BCE). Inconvénient pour une PM : la valorisation au marché chaque année (art. 209-0 A) taxe les écarts de valeur à l'IS sans attendre la vente — pas de différé. C'est précisément le piège que le capi PM évite (voir section 4.2). Le même OPCVM logé dans un contrat de capitalisation bénéficie, lui, du différé.
5.3. Les comptes-titres et ETF (poche long terme)
Une PM peut détenir un compte-titres : les plus-values et dividendes sont imposés à l'IS plein (titres de placement, art. 39 duodecies ; pas de régime de faveur long terme), sans PFU ni prélèvements sociaux. C'est l'enveloppe la plus liquide et la plus souple des supports « risqués ». À réserver à la part de trésorerie dont vous n'aurez pas besoin à court terme et que vous acceptez de voir fluctuer : ces supports comportent un risque de perte en capital, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
5.4. La SCPI en personne morale
Une SEL peut détenir des SCPI. En pleine propriété, les loyers sont imposés à l'IS et les parts peuvent être amorties comptablement : l'amortissement minore l'IS courant, mais majore la plus-value à la revente. En nue-propriété temporaire (barème de l'art. 669 II du CGI), la société n'encaisse aucun revenu pendant la durée du démembrement : zéro fiscalité courante, et la pleine propriété se reconstitue à terme. C'est une poche de long terme, peu liquide. Détail : investir la trésorerie en SCPI et la nue-propriété de SCPI.
Piège de l'art. 13, 5° CGI sur l'usufruit temporaire
Ne jamais apporter à la société un usufruit préexistant détenu en direct. La première cession d'un usufruit temporaire est imposée comme un revenu (art. 13, 5° du CGI), y compris lorsqu'elle prend la forme d'un apport (CE 30 mars 2026, n° 502243). La bonne pratique est de démembrer dès l'origine (la société achète directement la nue-propriété), jamais d'apporter ensuite.
À écarter d'emblée : le PEA et l'assurance-vie sont réservés aux personnes physiques. Une SEL d'officine ne peut en ouvrir aucun : son enveloppe de capitalisation, c'est le contrat de capitalisation, pas l'assurance-vie.
6. La fiscalité IS des produits financiers (art. 219)
À l'intérieur de la société, le « frottement » réel d'un placement s'étale de ≈ 0,6 à 1 %/an (contrat de capitalisation) à 25 % (résultat ordinaire) selon la nature du produit. Concrètement, à chaque objectif son produit : la poche sécurité ne se loge pas là où se loge la poche long terme.
La fiscalité IS des placements en 30 secondes
Dans une société à l'IS, un placement n'est jamais soumis aux prélèvements sociaux : il ne supporte que l'impôt sur les sociétés. Le frottement réel dépend du produit : ≈ 0,6 à 1 %/an pour le contrat de capitalisation (assiette forfaitaire), 15 % ou 25 % pour les intérêts, gains d'OPCVM, de comptes-titres et loyers de SCPI (résultat ordinaire). On vous parlera peut-être du mère-fille (≈ 1,25 %) ou de la PVLT de participation (≈ 3 %) : oubliez-les pour de la trésorerie placée en ETF ou en CAT, ils visent de vraies participations, pas un portefeuille diffus.
6.1. Les taux d'IS en 2026 : 15 % puis 25 %
L'impôt sur les sociétés est de 25 %, avec un taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice pour les PME remplissant les conditions (chiffre d'affaires < 10 M€, capital entièrement libéré et détenu à au moins 75 % par des personnes physiques). Une officine à fort EBE est souvent au taux marginal de 25 %. Les intérêts de CAT, gains d'OPCVM et de comptes-titres, produit du capi PM s'ajoutent au résultat et sont taxés à ce taux.
Ne pas confondre les régimes — aucune exonération de PV sur la trésorerie
Trois mécanismes sont souvent invoqués à tort sur un portefeuille de trésorerie :
- Régime mère-fille (art. 145 / 216) : exonération de 95 % des dividendes (QPFC 5 %), soit un IS effectif ≈ 1,25 % — mais il exige de détenir au moins 5 % du capital de l'émettrice pendant 2 ans, donc inapplicable à un portefeuille diffus (ETF, lignes < 5 %).
- PVLT sur titres de participation (art. 219 I a quinquies) : taux 0 % + QPFC 12 % (≈ 3 % effectif) — réservée aux titres de participation détenus ≥ 2 ans, pas à un placement de trésorerie. Ne jamais promettre « PVLT 0 % sur ETF ».
- FCPR / FPCI exonérés (art. 163 quinquies B) : réservés aux personnes physiques, non transposables à la SEL à l'IS.
Le mécanisme mère-fille est détaillé dans le régime mère-fille en détail.
| Produit | Régime IS | Frottement effectif |
|---|---|---|
| Intérêts CAT, gains OPCVM / CTO | Résultat ordinaire | 15 % ou 25 % |
| Produit du contrat de capi PM | Forfait 238 septies E | ≈ 0,6 à 1,0 %/an |
| Loyers SCPI en PM | Résultat ordinaire (amortissement possible) | 15 % ou 25 % |
| Dividendes remontés en mère-fille | Art. 145 / 216, QPFC 5 % (si ≥ 5 %) | ≈ 1,25 % |
| PVLT titres de participation | Art. 219 I a quinquies (non placement) | ≈ 3 % |
Quel frottement réel sur VOTRE trésorerie d'officine ?
Selon la nature de vos produits et votre structure (SEL, SPFPL), le frottement va de 0,6 % à 25 %. Nous le chiffrons sur votre situation d'officine, à l'euro près.
7. Placer dans la SEL d'officine ou remonter en SPFPL ?
La question revient à chaque rendez-vous dès que la trésorerie passe un certain seuil : faut-il continuer à placer dans l'officine, ou faire remonter le cash plus haut ? Tant que le montant reste modéré et l'horizon court-moyen, la trésorerie se place dans la SEL d'exploitation. Au-delà d'un certain seuil et dans une logique de capitalisation longue ou de transmission, il devient plus propre de la remonter en SPFPL plutôt que d'empiler le cash dans l'officine.
Bien distinguer les deux flux
Cet article traite la trésorerie placée dans la SEL d'exploitation de l'officine. La trésorerie remontée en dividende vers la SPFPL de pharmaciens — pour la faire fructifier hors exploitation — relève du guide SPFPL de pharmacie. La remontée SEL → SPFPL bénéficie du régime mère-fille (frottement ≈ 1,25 % au niveau de la holding) ; mais attention, ce flux n'échappe pas toujours aux cotisations sociales : la Cour de cassation (2e civ., 19 octobre 2023, n° 21-20.366) a jugé que des dividendes remontés par la SEL à une SPFPL peuvent conserver un caractère professionnel et entrer dans l'assiette des cotisations TNS de l'associé exerçant. Ce point doit s'analyser au cas par cas avec un conseil.
| Critère | Rester dans la SEL d'officine | Remonter en SPFPL |
|---|---|---|
| Horizon | Court-moyen terme | Long terme patrimonial |
| Montant | Poches modérées + matelas | Surplus structurel important |
| Objectif | Liquidité d'exploitation | Capitalisation + transmission |
| Outils | CAT, monétaire, capi PM | Dividende mère-fille 95 %, montage holding |
| Risque | Dérive de l'objet si on empile | Structure dédiée plus propre |
Une spécificité pharmacie à connaître : la SPFPL de pharmaciens ne peut détenir qu'un nombre limité de SEL / officines (CSP R. 5125-14 et suivants, ordonnance 2023-77) — souvent présenté comme « de l'ordre de trois », mais ce plafond exact est à vérifier dans le décret applicable et ne doit pas être posé comme une règle ferme. La SPFPL n'est donc pas un fourre-tout illimité, mais elle reste le bon réceptacle pour la capitalisation longue. Pour le cadre général : la SPFPL de profession libérale et la holding patrimoniale.
8. Garde-fou : ne pas transformer son officine en société de gestion
Placer la trésorerie d'une officine ne pose aucun problème. Ce qui en pose un, c'est de la laisser devenir l'actif principal de la société au point qu'elle ressemble à une société de gestion de portefeuille. Le vrai risque n'est pas une taxe : c'est la requalification et la perte des régimes de faveur à la transmission.
8.1. Le risque qui coûte le plus cher : le Pacte Dutreil
Une société dont la trésorerie placée prend une place dominante peut perdre la qualité de société opérationnelle. La pharmacie perd alors deux protections d'un coup : l'exonération d'IFI au titre des biens professionnels (art. 975) et, le plus lourd à la transmission, l'abattement Pacte Dutreil de 75 % (art. 787 B). C'est un faisceau d'indices, pas un seuil légal.
Ce que dit la jurisprudence (sans seuil magique)
La Cour de cassation (com., 28 mai 2026, n° A 25-12.612) a jugé qu'une trésorerie qui « enfle au point de perdre tout lien avec la réalité économique de l'entreprise » (non distribuée ni réinvestie utilement) est exclue des actifs professionnels pour le Dutreil — peu importe qu'elle provienne de l'activité (dans l'affaire, la trésorerie représentait l'essentiel du bilan, plusieurs fois le chiffre d'affaires). Le Conseil d'État (plén., 13 juin 2018, n° 395495 « Cofices ») apprécie l'animation par un faisceau d'indices, et la Cour de cassation (com., fin 2025, n° 24-17.415) précise que l'opérationnalité s'apprécie au fait générateur (le jour du décès), la preuve incombant au contribuable. Une officine reste opérationnelle : on évite simplement d'y accumuler une trésorerie sans rapport avec l'activité.
8.2. La taxe holdings de la LF 2026 ne vise pas l'officine
Un faux risque à dissiper. La taxe sur les holdings patrimoniales (CGI art. 235 ter C, art. 7 de la LF 2026, loi n° 2026-103 du 19 février 2026), au taux annuel de 20 %, ne frappe que les sociétés réunissant trois conditions cumulatives : un actif d'au moins 5 M€ en valeur vénale brute, un contrôle à plus de 50 % par une personne physique, et des revenus passifs supérieurs à 50 % des produits. Surtout, la trésorerie et les actifs financiers sont exclus de l'assiette, recentrée sur des biens somptuaires (yachts, jets, voitures de tourisme, métaux précieux).
Une officine d'exploitation est hors cible
Une SEL d'officine est une société opérationnelle dont l'essentiel des revenus provient de la vente de médicaments (revenus passifs < 50 %) : elle n'entre pas dans le champ de la taxe, même en plaçant sa trésorerie. En clair : même avec 300 000 € placés en capi et SCPI, une officine qui vend des médicaments reste très loin des critères de cette taxe. La pérennité du dispositif au-delà de 2026 et le périmètre exact de l'assiette restent à confirmer. Détail : la taxe sur les holdings patrimoniales de la LF 2026.
Le vrai sujet, on l'a vu, est la transmission : une trésorerie dormante peut menacer l'abattement Dutreil de 75 %. À approfondir dans préserver le Pacte Dutreil à la transmission.
9. 3 cas chiffrés : du compte courant qui dort au cash bien placé
Trois situations qu'on rencontre presque chaque semaine en rendez-vous. Les montants sont des ordres de grandeur (TME à figer au mois réel de souscription) ; aucune promesse de rendement.
Cas 1 — Sophie, pharmacienne titulaire, SELARL à Chambéry (150 000 € de trésorerie excédentaire)
Sur la trésorerie disponible totale, Sophie a déjà retranché le BFR (stock, créances de tiers payant, dettes grossistes) et deux mois de charges de précaution : il reste 150 000 € de surplus durable. Elle ventile : 50 000 € en compte à terme et fonds monétaire (poche sécurité, capital garanti) et 100 000 € en contrat de capitalisation PM. Sur cette poche, l'assiette forfaitaire (art. 238 septies E) ressort à 105 % × 3,7 % × 100 000 € ≈ 3 900 €, soit ≈ 975 € d'IS par an au taux de 25 % (≈ 0,98 %), même si le contrat performe au-delà : l'excédent capitalise en différé. Sortir ces 100 000 € en dividende aurait coûté ≈ 31 400 € de PFU, plus des cotisations TNS sur la fraction > 10 %. Conclusion : capitaliser dans la SEL plutôt que distribuer puis replacer.
Cas 2 — Karim & Léa, co-titulaires, SELAS d'officine (320 000 €, dont 120 000 € seulement plaçables)
Sur 320 000 € « visibles » au compte, seuls 120 000 € sont durablement plaçables : le reste finance le BFR (créances de tiers payant + stock) et une échéance de PGE. C'est l'illustration de l'étape BFR : ne pas placer la trésorerie de cycle. Ils ventilent les 120 000 € en 40 000 € de compte à terme (matelas), 50 000 € de contrat de capitalisation PM et 30 000 € de SCPI en nue-propriété (zéro revenu, zéro fiscalité courante, revalorisation à terme). Message : l'erreur inverse de « laisser dormir » est de « tout immobiliser ».
Cas 3 — Bernard, pharmacien titulaire 58 ans, SELARL + SPFPL (surplus récurrent de 90 000 €/an)
Au-delà d'un certain montant et dans une logique de transmission, la SEL d'exploitation n'est plus le bon réceptacle. Bernard fait remonter le surplus en dividende vers sa SPFPL (régime mère-fille, IS effectif ≈ 1,25 %), puis capitalise hors exploitation. Double bénéfice : il évite que la trésorerie « enfle » dans l'officine au point de fragiliser le Pacte Dutreil à la transmission (Cass. com. 28 mai 2026), et il prépare la cession / donation des titres. La marche à suivre est détaillée dans SPFPL de pharmacie : faire fructifier sa trésorerie.
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BFR, choix des enveloppes, arbitrage SEL ou SPFPL, fiscalité IS et garde-fou Dutreil : nous construisons la stratégie de trésorerie de votre pharmacie, en conformité avec la réglementation pharmaceutique.
10. À partir de combien faut-il placer (et quand passer en SPFPL) ?
Il n'existe pas de montant magique : tout se raisonne une fois le BFR couvert, et par paliers. Tant que le surplus se compte en dizaines de milliers d'euros et qu'on peut en avoir besoin vite, on reste simple : compte à terme et fonds monétaire dans la SEL d'officine, pour garder le cash mobilisable à tout moment. Passé trois à cinq ans d'horizon, on ouvre le contrat de capitalisation PM pour activer le différé fiscal, complété au besoin d'une poche comptes-titres ou SCPI pour le long terme. Et quand le surplus devient récurrent et structurel, on cesse de le garder dans l'officine : direction la SPFPL — on remonte le surplus en dividende vers la holding, un réceptacle plus propre pour faire fructifier le cash hors de l'exploitation.
Rappel du garde-fou : l'activité officinale doit rester prépondérante (les actifs d'exploitation au-dessus de la trésorerie placée) pour préserver le Dutreil et l'IFI biens professionnels. Tant que c'est le cas, vous placez sereinement.
Aller plus loin selon votre profil
Avant de placer, commencez par optimiser l'impôt du titulaire : défiscalisation pharmacien titulaire et l'arbitrage salaire ou dividendes en SEL de pharmacie. Si le surplus devient important, la suite logique est la holding : faire remonter la trésorerie vers une SPFPL de pharmacie. Pour le cadre commun à toutes les professions libérales en société, voir le placement de trésorerie d'une SEL.
11. FAQ — 13 questions de titulaires
Les réponses synthétiques aux questions les plus fréquentes des pharmaciens titulaires sur le placement de la trésorerie de leur officine. Le détail figure dans les sections ci-dessus et dans les guides liés.
Combien de trésorerie faut-il laisser sur le compte de son officine ?▾
De quoi couvrir le besoin en fonds de roulement (stock de médicaments, créances de tiers payant en attente de remboursement par l'Assurance maladie et les mutuelles, dettes envers les grossistes-répartiteurs), plus un matelas de précaution d'environ 1 à 3 mois de charges, plus les échéances de PGE ou d'emprunt d'acquisition à 12 mois. Seul l'excédent durable au-delà de ces postes est réellement plaçable.
Comment distinguer la trésorerie de cycle (BFR) de la trésorerie excédentaire ?▾
On part de la trésorerie disponible et on retranche le BFR, le matelas de sécurité et les échéances de financement à 12 mois : le reste est le surplus plaçable. Attention, le bénéfice comptable n'est pas le cash réellement disponible : dans une officine, une part importante du résultat est immobilisée dans le stock et les créances de tiers payant.
Où placer le cash excédentaire d'une SEL de pharmacie à l'IS ?▾
Cinq enveloppes principales : le compte à terme ou livret pro pour la poche sécurité, le contrat de capitalisation personne morale (art. 238 septies E du CGI) pour le différé, les fonds monétaires et OPCVM court terme pour la liquidité, les comptes-titres ou ETF pour la part long terme, et les SCPI (pleine propriété ou nue-propriété). Tout est imposé à l'impôt sur les sociétés (15 % ou 25 %), sans aucun prélèvement social : une personne morale n'y est pas soumise.
Un compte à terme est-il adapté à la trésorerie d'une officine ?▾
Oui, pour la poche sécurité : le capital est garanti, et les dépôts bénéficient de la garantie du FGDR à hauteur de 100 000 € par établissement et par déposant. Les intérêts sont imposés à l'IS au fil de l'eau, sans différé. On échelonne plusieurs comptes à terme (6, 12, 18 mois) pour ne jamais être totalement illiquide.
Qu'est-ce qu'un contrat de capitalisation pour personne morale et comment est-il imposé ?▾
C'est une enveloppe d'investissement souscrite par la société. L'article 238 septies E du CGI impose chaque année une assiette forfaitaire égale à 105 % du dernier TME connu à la souscription, appliquée à la valeur de souscription, figée pour toute la durée du contrat. Avec un TME de l'ordre de 3,6 à 3,9 % début 2026, le frottement IS ressort à environ 0,6 % par an au taux réduit de 15 % et à environ 1 % par an au taux de 25 %. Le produit réel n'est régularisé qu'au rachat : tout ce qui dépasse l'assiette forfaitaire capitalise en différé.
Une société d'exploitation de pharmacie peut-elle investir en fonds euros ?▾
En principe non. Une société commerciale opérationnelle ne peut généralement pas loger ses fonds en euros sur un contrat de capitalisation : c'est une pratique de marché des assureurs, non un article de loi, et la règle peut varier selon les contrats. On oriente alors la société vers des unités de compte, des comptes à terme ou des fonds monétaires. Ce point se vérifie au cas par cas avec l'assureur.
Peut-on placer la trésorerie d'une officine en SCPI ?▾
Oui, en pleine propriété ou en nue-propriété. En pleine propriété, les loyers sont imposés à l'IS et les parts peuvent être amorties comptablement, ce qui minore l'IS courant mais majore la plus-value de sortie. En nue-propriété temporaire, il n'y a aucun revenu pendant la durée du démembrement, donc aucune fiscalité courante, et la pleine propriété se reconstitue à terme. C'est une poche de long terme, peu liquide.
Faut-il placer le cash dans la SEL d'exploitation ou le remonter en SPFPL ?▾
À court-moyen terme, la trésorerie d'exploitation reste dans la SEL d'officine (compte à terme, monétaire, capi de précaution). Pour une logique patrimoniale de long terme et de transmission, il est souvent plus propre de remonter le surplus en dividende vers une SPFPL de pharmaciens (régime mère-fille, frottement d'environ 1,25 %) plutôt que d'empiler le cash dans la société d'exploitation. La SPFPL de pharmacie ne peut toutefois détenir qu'un nombre limité de SEL.
Placer trop de trésorerie dans son officine fait-il perdre le Pacte Dutreil ?▾
C'est un risque réel. Une trésorerie qui enfle au point de perdre tout lien avec la réalité économique de l'entreprise peut être exclue des actifs professionnels, ce qui fragilise l'exonération Dutreil de 75 % à la transmission (Cass. com. 28 mai 2026, n° A 25-12.612). Le caractère opérationnel s'apprécie au fait générateur et la preuve incombe au contribuable. Une officine reste opérationnelle, mais on évite d'y accumuler une trésorerie sans rapport avec l'activité.
La nouvelle taxe sur les holdings patrimoniales 2026 concerne-t-elle ma pharmacie ?▾
Non, en l'état du texte. La taxe créée par la LF 2026 (art. 235 ter C du CGI) vise des sociétés à dominante patrimoniale qui réunissent trois conditions cumulatives : un actif d'au moins 5 M€, des revenus passifs supérieurs à 50 % des produits, et un contrôle à plus de 50 % par une personne physique. La trésorerie et les actifs financiers sont exclus de l'assiette, recentrée sur des biens somptuaires. Une officine d'exploitation, dont l'essentiel des revenus provient de la vente de médicaments, est hors cible, même en plaçant sa trésorerie. La pérennité du dispositif au-delà de 2026 et le périmètre exact de l'assiette restent à confirmer.
Quelle fiscalité sur les placements financiers d'une SEL de pharmacie à l'IS ?▾
L'impôt sur les sociétés de droit commun : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice sous conditions PME, puis 25 % au-delà. Les intérêts, dividendes et plus-values de titres de placement s'ajoutent au résultat et sont taxés au taux marginal, sans aucun prélèvement social (la CSG et la CRDS ne visent que les personnes physiques). Le régime mère-fille (exonération de 95 %) suppose de détenir au moins 5 % du capital de l'émettrice : il est inapplicable à un portefeuille de trésorerie diffus.
Quelle erreur classique éviter avec la trésorerie de son officine ?▾
Laisser 150 000, 200 000 € dormir à 0 % sur le compte courant de la SEL : à 2 % d'inflation, c'est un coût d'opportunité de plusieurs milliers d'euros de pouvoir d'achat par an. L'erreur inverse, tout aussi pénalisante, consiste à placer le BFR : immobiliser la trésorerie de cycle dont l'officine a besoin pour fonctionner. La bonne méthode est de placer uniquement le surplus durable.
Que faire de 150 000 € de trésorerie excédentaire dans une pharmacie ?▾
Une ventilation fréquente : environ 50 000 € en compte à terme ou fonds monétaire pour la poche sécurité (capital garanti, liquidité), et environ 100 000 € en contrat de capitalisation personne morale pour le différé. Sur cette poche, le frottement forfaitaire de l'art. 238 septies E ressort autour de 1 000 € d'IS par an, contre un coût de l'ordre de 31 400 € de PFU, plus des cotisations TNS, si l'on sortait ces 100 000 € en dividende. Capitaliser dans la société l'emporte nettement sur distribuer puis replacer.
Cet article fait partie de notre série pour les pharmaciens titulaires. Selon ce qui vous occupe — la holding (SPFPL de pharmacie), l'arbitrage salaire/dividendes (salaire ou dividendes) ou le compte courant d'associé (CCA en officine) — la suite logique est juste à côté.
À propos de l'auteur
Quentin Hagnéré
Conseiller en Gestion de Patrimoine — CIF, COA, COBSP — ORIAS 23002291
Quentin Hagnéré dirige Hagnéré Patrimoine, cabinet de gestion de patrimoine et de fortune basé à Chambéry. CIF membre CNCEF Patrimoine, COA, COBSP inscrit à l'ORIAS sous le numéro 23002291.

