Report d'imposition : l'impôt est dû, mais plus tard
Imaginez un dirigeant qui vend sa société pour 2 000 000 € de plus-value. En vente directe, il décaisse 628 000 € d'impôt (31,4 %) dès la signature — avant d'avoir réinvesti le moindre euro. S'il avait apporté ses titres à une holding qu'il contrôle avant de vendre, cette même plus-value serait placée « en report » : rien à payer tout de suite, 100 % du capital au travail. Ce double visage — un levier d'un côté, un piège de l'autre — résume tout le report d'impositionde l'article 150-0 B ter.
Le report 150-0 B ter en 30 secondes
- Ce que c'est : un impôt calculé et dû sur la plus-value d'apport, mais dont l'imposition est différée à un événement futur — pas une exonération.
- Déclencheur : l'apport de titres à une holding à l'IS que vous contrôlez (de plein droit, sans option).
- Assiette : la plus-value est figée le jour de l'apport et ne bouge plus.
- Si le report expire (vente de la holding, départ à l'étranger…) : impôt au PFU de 31,4 %.
- Si le report se purge (décès, donation qualifiée) : 0 €, l'impôt s'efface définitivement.
Reprenons posément. Un report d'imposition, c'est un impôt qu'on calcule aujourd'hui mais qu'on paiera plus tard. Le mécanisme est simple : quand vous apportez les titres de votre société à une holding que vous contrôlez, l'opération dégage une plus-value — et cette plus-value, au lieu d'être taxée immédiatement, est gelée et placée « en report ». L'impôt n'est ni annulé, ni réduit : il est différé à un événement futur. C'est toute la nuance que ce guide veut ancrer, parce qu'elle change radicalement la façon de piloter une cession. Reporter, ce n'est pas exonérer : l'impôt reste dû ; il ne s'efface qu'au décès ou par une donation qualifiée. Entre-temps, il dort.
Le fait générateur du report, c'est l'apport des titres à une société soumise à l'impôt sur les sociétés (IS) que vous contrôlez (article 150-0 B ter du Code général des impôts). Ce jour-là, la plus-value d'apport est calculée et figée. Elle est ensuite déclarée, puis reportée chaque année sur votre déclaration, tant qu'aucun événement ne vient la réveiller ou l'effacer. Et c'est ce qu'on oublie le plus souvent en rendez-vous : le report est de plein droit. Il n'y a ni option à cocher, ni demande à formuler: dès que les conditions sont réunies, il s'applique automatiquement (seule subsiste l'obligation déclarative, voir la section 10).
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Le report 150-0 B ter en quatre points
- Un report = un impôt calculé et dû, mais dont l'imposition est différée à un événement futur.
- Déclenché par l'apport de titres à une holding soumise à l'IS et contrôlée par l'apporteur.
- Il s'applique de plein droit, sans option (mais avec obligation de déclarer).
- La plus-value d'apport est figée le jour de l'apport : c'est ce montant gelé qui compte ensuite.
Ce guide est conceptuel : il explique ce qu'est le report et ce qu'il change, pas la tuyauterie du montage. Pour la mécanique complète de l'opération (créer la holding, apporter, réinvestir), voyez notre guide sur le mécanisme complet de l'apport-cession ; pour les critères d'éligibilité détaillés, les conditions d'application du 150-0 B ter ; et pour la vue d'ensemble, notre guide ultime du 150-0 B ter.
Report, sursis, exonération : ne confondez plus les trois
Trois mots reviennent sans cesse et sèment la confusion : report, sursis, exonération. Ils décrivent trois destins très différents pour votre impôt. Le sursis (article 150-0 B) suspend l'imposition d'un échange neutre ; le report (article 150-0 B ter) diffère un impôt calculé et figé ; l'exonération, elle, effacel'impôt. La grille de lecture qui tranche tient en cinq lignes.
| Critère | Sursis — art. 150-0 B | Report — art. 150-0 B ter | Exonération |
|---|---|---|---|
| Société bénéficiaire | NON contrôlée par l'apporteur | CONTRÔLÉE par l'apporteur | (selon le régime) |
| Plus-value d'apport | Non calculée (neutralité) | Calculée et FIGÉE | Effacée |
| L'impôt | Suspendu (opération intercalaire) | Différé, mais reste dû | Disparaît |
| Purge au décès | Sans objet (rien n'est figé) | Oui, définitive | Sans objet |
| Exemples | Échange de titres non contrôlé | Apport-cession 150-0 B ter | 238 quindecies, 150-0 D ter |
Le point qui piège le plus : croire que le report ressemble au sursis. Les deux neutralisent l'impôt au moment de l'apport, mais l'un fige une plus-value (le report) et l'autre ne calcule rien (le sursis). Et surtout, seul le report ouvre la purge au décès — l'argument patrimonial décisif. Le critère qui départage les deux est simple : contrôlez-vousla société qui reçoit l'apport ? Si oui, report. Si non, sursis.
L'erreur la plus fréquente
On n'est pas dans la nuance de juriste : cette distinction décide si vous paierez un jour 31,4 % (report expiré) ou 0 € (report purgé, ou vraie exonération). Nous détaillons les critères qui font basculer une opération dans le report plutôt que dans le sursis dans notre guide sur les conditions d'éligibilité du 150-0 B ter.
Comment naît le report : l'apport à une holding que vous contrôlez
Le report ne s'active pas tout seul : il naît d'un acte précis, l'apport de vos titres à une holding soumise à l'IS que vous contrôlez. C'est cet apport — et non la vente ultérieure des titres par la holding — qui constitue le fait générateur. La plus-value d'apport est alors placée en report de plein droit. Reste à comprendre le mot qui commande tout : le contrôle.
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Les 3 façons de contrôler la holding (CGI 150-0 B ter III-2°)
- La majorité des droits de vote ou des droits dans les bénéfices, détenue directement ou indirectement — en additionnant le groupe familial (conjoint, ascendants, descendants, frères et sœurs).
- La présomption : vous détenez au moins 33,33 % des droits (au moins un tiers) et aucun autre associé ne détient davantage. Présomption simple, mais elle suffit à caractériser le contrôle.
- Le pouvoir de décision de fait : contrôle de fait, action de concert — vous êtes le « maître de l'affaire » même sans la majorité.
Contrôle ≠ 50 %
Un dernier point conditionne le report dès l'apport : la soulte. En contrepartie de l'apport, la holding peut vous verser un complément en numéraire (une soulte) sans faire perdre le report, à condition qu'elle n'excède pas 10 % de la valeur nominale des titres reçus ; au-delà, la fraction excédentaire est imposée immédiatement. Une soulte de pure façade, sans logique économique, expose par ailleurs à l'abus de droit (voir la section 10). Le détail des conditions — IS, contrôle, siège, soulte — figure dans notre guide sur les conditions d'application du 150-0 B ter.
L'assiette figée : votre plus-value est chiffrée le jour de l'apport
C'est le point du report qu'on nous fait le plus souvent répéter — et l'un des plus intéressants pour vous. La plus-value d'apport est calculée et figée à la date de l'apport. Ce montant devient une donnée gelée : c'est lui qui ressurgira si le report expire, et luiqui disparaîtra si le report se purge. Peu importe ce que devient ensuite la holding : sa valeur peut être multipliée par dix ou fondre, la plus-value d'apport, elle, ne bouge plus.
Le calcul de la plus-value figée
PV d'apport figée = Valeur des titres apportés (jour de l'apport) − Prix ou valeur d'acquisition d'origine
- Valeur d'apport :valeur réelle des titres remis à la holding, retenue le jour de l'apport
- Prix d'acquisition :ce que les titres ont coûté à l'origine (création, achat, souscription)
- Résultat :la plus-value figée, placée en report puis imposée (à l'expiration) ou purgée (au décès)
Cette base ne bouge plus, quelle que soit l'évolution ultérieure de la holding.
Les éventuels abattements pour durée de détentions'apprécient également au regard des règles applicables l'année de l'apport (BOI-RPPM-PVBMI-30-10-60). Le report « photographie » votre situation fiscale au jour J et la conserve intacte. C'est ce qui rend le mécanisme lisible : vous connaissez, dès l'apport, le montant exact d'impôt latent que vous transportez.
Un avantage de calendrier
Le cycle de vie du report : ce qui l'éteint, ce qui l'efface
Tout le pilotage du report tient dans deux familles d'événements qu'on confond presque toujours : il existe des événements qui font EXPIRER le report (l'impôt devient exigible) et des événements qui le PURGENT(l'impôt s'efface). Ce sont deux familles à ne jamais confondre — car l'une coûte 31,4 %, l'autre ne coûte rien.
| Type d'événement | Conséquence | Exemples |
|---|---|---|
| EXPIRATION | L'impôt devient EXIGIBLE (PV figée × 31,4 %) | Vous vendez vos titres de holding · la holding revend les titres apportés moins de 3 ans après sans remploi · départ à l'étranger (exit tax) |
| PURGE | L'impôt s'EFFACE définitivement (0 €) | Décès de l'apporteur · donation qualifiée (donataire contrôlant, conservation 6 / 11 ans) |
C'est ce réflexe qui manque le plus souvent. Gardez-le en tête : à chaque fois qu'un événement se présente, posez-vous une seule question — fait-il expirer le report, ou le purge-t-il ? Les deux sections suivantes détaillent chaque cas : la section 6 pour les événements qui mettent fin au report, la section 7 pour ceux qui le purgent.
Vous préparez la cession de votre société ?
Un apport-cession mal calé peut coûter des centaines de milliers d'euros à l'expiration du report. Un CGP indépendant cartographie avec vous les événements d'expiration et de purge — avant que vous ne signiez.
Les événements qui mettent fin au report (l'impôt devient dû)
Trois grandes portes de sortie font expirerle report et rendent la plus-value figée imposable. Les connaître, c'est savoir ce qu'il ne faut pas déclencher par inadvertance.
Vous cédez vos propres titres de holding
La cession, le rachat, le remboursement ou l'annulation des titres que vous avez reçus en rémunération de l'apport met fin au report : la plus-value figée redevient imposable, l'année de l'événement. C'est le cas de sortie le plus direct — vendre la holding, c'est solder le report. Notre guide dédié détaille ce que devient l'impôt à la sortie du 150-0 B ter.
La holding revend les titres apportés moins de 3 ans après l'apport
Si la holding revend les titres apportés dans les trois ans de l'apport, le report tombe — sauf engagement de réinvestir une part substantielle du produit de cession dans une activité économique éligible, dans un délai et avec une conservation minimale fixés par la loi. Au-delà de trois ans après l'apport, en revanche, il n'y a aucune obligation de réinvestissement : le report est maintenu sans condition. Ce guide étant conceptuel, nous ne détaillons pas ici les seuils : voyez les modalités du réinvestissement et le calendrier du remploi (les valeurs ont été durcies par la LF 2026, voir la section 12).
Aller plus loin : le remploi via des fonds (FCPR / FPCI)
Le départ à l'étranger (exit tax)
Le transfert du domicile fiscal hors de France déclenche l'exit tax (article 167 bis CGI), qui happe les plus-values placées en report : elles deviennent imposables au jour du transfert. Un sursis de paiement est automatique en cas de départ vers un État de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen, et subordonné à des garanties pour un État tiers. Le sujet est traité en détail dans notre guide sur apport-cession et exit tax.
Le cas des sociétés interposées
Les événements qui purgent le report (l'impôt s'efface)
Le décès de l'apporteur : la purge définitive
Le décès de l'apporteur n'est pas un événement de fin : il est absent de la liste des cas d'expiration de l'article 150-0 B ter. Le report étant attaché personnellement à l'apporteur, il s'éteint à son décès : la plus-value en report n'est jamais imposée, les héritiers ne la reprennent pas et n'ont aucune déclaration spécifique à souscrire. Ils reçoivent les titres à leur valeur au jour du décès. C'est pour cela qu'un dirigeant de 70 ans qui n'a plus besoin de vendre sa holding a tout intérêt à la garder : au décès, ses enfants héritent des titres sans jamais voir passer la plus-value d'apport. Voyez notre guide sur le décès du contribuable et la purge du report.
L'exception à connaître : l'avantage matrimonial
La donation des titres de holding : la purge conditionnelle
De votre vivant, la donation des titres de holding est l'autre voie de purge. Si le donataire contrôle la holding, le report lui est transféré ; la plus-value est ensuite définitivement purgée s'il conserve les titres 6 ans (délai porté à 11 ans lorsque le report résulte d'un réinvestissement via des fonds éligibles). S'il cède avant, la plus-value devient imposable à son nom. Si le donataire ne contrôle pas la holding, la purge ne joue pas. Le détail figure dans notre guide sur la donation de titres en report 150-0 B ter.
À retenir
Les deux voies de purge, et rien d'autre
- Décès de l'apporteur → purge automatique et totale (sauf attribution au conjoint par avantage matrimonial).
- Donation qualifiée → purge si le donataire contrôle et conserve 6 ans (11 ans si remploi en fonds).
- À l'inverse, vendre vos titres de holding = expiration, donc impôt dû (voir la section 6).
La purge au décès explique pourquoi l'apport-cession est d'abord un outil de transmission, à raisonner dans une stratégie successorale globale : voyez notre guide sur la transmission et la succession.
À quel taux si la plus-value redevient imposable en 2026
Quand le report expire, la plus-value figée redevient imposable au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 31,4 % : 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. L'option pour le barème progressif reste possible si elle est plus favorable. Pour les hauts revenus, deux contributions s'ajoutent : la CEHR et, le cas échéant, la CDHR.
| Composante | Taux 2026 | Base légale |
|---|---|---|
| Impôt sur le revenu (PFU) | 12,8 % | art. 200 A CGI |
| Prélèvements sociaux | 18,6 % | LFSS 2026 (CSG du capital 10,6 %) |
| Total PFU | 31,4 % | — |
| CEHR (contribution exceptionnelle) | 3 % puis 4 % | art. 223 sexies (RFR > 250 000 € / 500 000 €) |
| CDHR (imposition minimale) | 20 % du RFR | art. 224 (reconduite LF 2026) |
Le bon taux : 18,6 %, pas 17,2 %
Quand un dirigeant revend sa holding, ses 2 M€ de plus-value s'empilent sur ses autres revenus la même année : son RFR explose, la CEHR (3 puis 4 %) s'ajoute, et la CDHR peut mordre. Cette concentration se lisse, mais elle s'anticipe. Pour le panorama des taux et des leviers, voyez nos guides sur comment payer moins d'impôts et sur la loi de finances 2026.
Cas chiffré : le même dirigeant, deux destins pour sa plus-value
Trois dirigeants, trois plus-values, trois issues opposées : voici ce que le report change vraiment sur leur relevé fiscal. Mise au point méthodologique préalable : pour rester lisibles, les cas supposent que la plus-value d'apport est proche du prix de cession (prix d'acquisition d'origine faible, fréquent quand le dirigeant a créé sa société), et retiennent le PFU de 31,4 %. Ce sont des ordres de grandeur pédagogiques, pas des simulations.
Cas 1 · Dirigeant cédant · SAS industrielle
Philippe, 58 ans — 2 000 000 € de plus-value figée, deux issues opposées
Philippe apporte les titres de sa SAS à sa holding à l'IS, qu'il contrôle à 100 %. La plus-value d'apport figée est de 2 000 000 €. Le report s'applique de plein droit.
Scénario A — il revend ses titres de holding 5 ans plus tard (expiration) : la plus-value figée redevient imposable → 2 000 000 € × 31,4 % = 628 000 €d'impôt (avant CEHR / CDHR éventuelles selon son RFR).
Scénario B — il conserve et décède (purge) : la plus-value en report est purgée → 0 €. Ses héritiers reçoivent la holding, la contrainte de report éteinte. Même plus-value, même montant figé — 628 000 € ou 0 € selon l'événement déclencheur. Tout se joue sur ce qui met fin au report (section 6) ou le purge (section 7).
Cas 2 · Cédante · report vs vente sèche
Claire, 61 ans — payer 471 000 € tout de suite, ou les faire travailler
Claire dégage une plus-value de 1 500 000 € sur ses titres.
Vente directe (sèche) : impôt immédiat de 1 500 000 € × 31,4 % = 471 000 €, décaissés dès la cession.
Apport-cession (report) : ces 471 000 € restent investisdans la holding et travaillent tant qu'aucun événement ne met fin au report. Le gain, c'est l'effet de la capitalisation sur une somme qui n'a pas été décaissée en impôt.
Ce que le report change, et ce qu'il ne change pas
Cas 3 · Patrimoine familial · transmission
Famille Berger — transmettre la holding pour purger la plus-value
Les parents Berger ont une plus-value en report de 900 000 €, soit un impôt latent de 900 000 € × 31,4 % = 282 600 €. Ils donnent les titres de la holding à leurs deux enfants, qui en prennent le contrôle.
Le report est transféré aux enfants. S'ils conservent 6 ans (11 ans si la holding a réinvesti via des fonds), la plus-value est définitivement purgée → 0 €.
S'ils cèdent avant, les 282 600 € deviennent imposables à leur nom. La donation qualifiée transforme un impôt latent de 282 600 € en zéro — à condition de respecter la durée de conservation. Voir la donation de titres en report.
Note de méthode : ces chiffres sont illustratifs
Chiffrez votre propre scénario
Comme dans les cas ci-dessus, on chiffre votre report en détail : montant figé, coût à l'expiration, gain de la purge au décès ou par donation. Vous voyez, comme Philippe et Claire, le coût exact des deux chemins avant de signer chez le notaire.
Le report n'est pas une exonération : les obligations qui subsistent
L'administration ne perd jamais de vue une plus-value en report : elle vous demande de la lui rappeler chaque année. Le report s'accompagne d'un fil déclaratif rigoureux, année après année — et c'est la meilleure preuve qu'il ne s'agit pas d'une exonération.
Vos déclarations, année après année
- L'année de l'apport : la plus-value en report est calculée, figée et déclarée sur le formulaire 2074-I.
- Chaque année tant que le report court : vous reportez le montant total des plus-values en report en case 8UT de la déclaration 2042.
- À la survenance d'un événement mettant fin au report : la plus-value est déclarée et imposée au titre de l'année de l'événement (art. 150-0 B ter IV CGI).
Un cédant qui change d'expert-comptable en cours de route, ou qui déclare seul, oublie parfois cette ligne : dix ans plus tard, le contrôle tombe sur une omission, pas sur une fraude. Notre guide sur la déclaration d'impôt 2026 détaille ces obligations.
L'autre garde-fou tient à la substance de l'opération. Un apport-cession sans réinvestissement réel — apporter une vente déjà négociée pour s'approprier les liquidités à l'abri du report — est requalifiable en abus de droit : article L. 64 du Livre des procédures fiscales (but exclusivement fiscal) et article L. 64 A (mini-abus, but principalement fiscal). Codifié depuis le 14 novembre 2012, le dispositif sécurise l'apport-cession réel ; mais les montages de façade (remploi fictif, soulte de façade) restent sanctionnables, majorations de 40 % ou 80 % à la clé. Voyez notre guide sur la remise en cause du 150-0 B ter par l'administration.
Report 150-0 B ter ou autre régime : bien distinguer
Le report diffère l'impôt ; d'autres régimes l'effacent. Un dirigeant qui part à la retraite et veut encaisser son prix n'a pas besoin d'un report : il lui faut une exonération. Se tromper de régime, c'est payer 31,4 % qu'on aurait pu effacer.
Report 150-0 B ter — différer
L'impôt est différé, non effacé ; il se purge au décès ou par donation qualifiée. Pour qui veut réinvestir via une holding et transmettre, pas pour qui veut encaisser le prix. Coût évité immédiat : 31,4 %.
Exonérations — effacer
L'impôt disparaît (sous conditions). 238 quindecies : exonération à la cession d'une PME sous seuils de valeur. 150-0 D ter : abattement fixe de 500 000 € sur l'IR pour le dirigeant partant en retraite (les prélèvements sociaux restent dus). Pour qui veut le cash net.
| Régime | Effet | Pour qui / conditions |
|---|---|---|
| Report 150-0 B ter | Impôt DIFFÉRÉ (purge au décès/donation) | Réinvestir via une holding contrôlée et transmettre |
| Exonération 238 quindecies | Impôt EFFACÉ sous seuils de valeur | Cession d'une PME, activité exercée depuis ≥ 5 ans |
| Abattement 150-0 D ter | 500 000 € d'abattement sur l'IR (PS dus) | Dirigeant de PME partant en retraite, sous conditions |
Attention à une confusion fréquente en rendez-vous : le Pacte Dutreil (article 787 B CGI) ne relève pas de la fiscalité de la plus-value. Il allège les droits de mutation à titre gratuit(donation, succession), dans une logique de transmission — un tout autre raisonnement que le report d'imposition d'une plus-value.
Le report n'exonère pas
Cas particulier : si vous exercez en société d'exercice libéral (SEL / SPFPL), l'articulation du report avec votre statut ordinal obéit à des règles propres, traitées dans notre guide dédié apport-cession 150-0 B ter en profession libérale.
Ce que la loi de finances 2026 a changé
La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) a durci les conditions de réinvestissement du report, pour les cessions de titres apportés réalisées à compter du 21 février 2026. Les chiffres 60 % / 24 mois / 12 mois, encore affichés dans la plupart des guides (y compris certains des nôtres antérieurs à février 2026), ne valent plus pour une cession postérieure au 21/02/2026.
| Paramètre | Avant la LF 2026 | Depuis le 21/02/2026 |
|---|---|---|
| Quota de réinvestissement | 60 % du produit de cession | 70 % du produit de cession |
| Délai de réinvestissement | 24 mois (2 ans) | 36 mois (3 ans) |
| Conservation des actifs (remploi direct) | 12 mois | 5 ans |
| Purge par donation | 5 ans (10 ans si fonds) | 6 ans (11 ans si fonds) |
LF 2026 : trois curseurs relevés d'un coup
Ces évolutions ne changent rien à la nature du report (l'objet de ce guide), mais elles renforcent l'intérêt d'apporter tôt pour vendre au-delà de trois ans et échapper à toute contrainte de remploi. Pour le panorama des changements, voyez nos guides sur ce que change l'apport-cession en 2026 et sur la loi de finances 2026.

