Préparez votre transmission avec un expert succession
Donation, démembrement, testament, Dutreil, clause bénéficiaire et stratégie familiale : nous bâtissons une transmission cohérente avec vos objectifs.
Votre Interlocuteur Sur Ce Sujet
Quentin Hagnéré
CGP indépendant spécialisé en transmission patrimoniale
Quentin Hagnéré accompagne familles, dirigeants et retraités sur la donation, la succession, le démembrement, les clauses bénéficiaires et la coordination avec les notaires et experts-comptables.
Sommaire
- 1. Un domaine viticole ou forestier : un actif à part
- 2. Le défi de la transmission : valeur élevée, trésorerie faible
- 3. Les dispositifs d'exonération : Monichon et Dutreil
- 4. Structurer la propriété : GFA, GFV, GFF, holding
- 5. Créer de la liquidité à côté du domaine
- 6. Les quatre poches d'un patrimoine à dominante réelle
- 7. Les enveloppes : assurance-vie, capitalisation, groupements
- 8. Profils selon l'attachement au domaine
- 9. Exemple chiffré : transmettre un domaine de 3 M
- 10. Fiscalité 2026 : IFI, Monichon, Dutreil, plus-values
- 11. L'angle Hagnéré : cœur et raison
- Sources, mentions et disclaimer
Mis à jour le 23 juin 2026 · Temps de lecture : 14 min · Par Quentin Hagnéré, CGP (conseiller en gestion de patrimoine) CIF / COA / COBSP, enregistré à l'ORIAS (l'organisme officiel qui inscrit et contrôle les intermédiaires en assurance, banque et finance) sous le n° 23002291.
En 60 secondes
- Pour qui ? Propriétaire d'un domaine viticole ou forestier de 1 à 10 M€ à transmettre à ses enfants.
- Ce que vous y gagnez : transmettre sans céder une parcelle, en empilant les exonérations sectorielles.
- Chiffres clés 2026 : Monichon 75 % sans plafond sur les forêts ; GFA/GFV 75 % jusqu'à 600 000 € ; droits payés par une poche Sécurité dédiée.
- Risque principal : sur la poche financière, risque de perte en capital ; sur le domaine, illiquidité.
- Temps de lecture : 14 min.
Le scénario se répète à chaque génération. Un domaine valorisé 3 millions d'eurosau décès, des héritiers qui aiment ce vignoble ou cette forêt — et une note de droits de plusieurs centaines de milliers d'euros qu'aucun fermage ni aucune coupe de bois ne suffit à payer. Faute d'anticipation, il faut alors vendre des parcelles, s'endetter, ou faire entrer un tiers au capital. Le démantèlement commence là. La bonne nouvelle : avec les bons réflexes, des droits théoriques de plusieurs centaines de milliers d'euros peuvent fondre à quelques dizaines de milliers d'euros par enfant, réglés sans céder une rangée de vignes. Ce guide vous montre comment.
Cet article traite la stratégie globalede transmission d'un domaine de 3 millions d'euros. Pour le détail des produits — rendement, parts, cas à l'euro près — consultez nos guides dédiés au groupement foncier viticole (GFV) et aux groupements forestiers. Ici, nous prenons de la hauteur : comment articuler ces dispositifs entre eux et avec une ingénierie financière sur mesure.
Avertissement
Cet article a une visée informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Hagnéré Patrimoine est conseiller en investissements financiers (ORIAS n° 23002291). Les chiffres et allocations présentés sont illustratifs, non garantis, et comportent un risque de perte en capital. La fiscalité mentionnée est celle en vigueur en 2026 et dépend de votre situation individuelle ; elle est susceptible d'évoluer.
À propos de l'auteur
Quentin Hagnéré
Conseiller en Gestion de Patrimoine — fondateur de Hagnéré Patrimoine
Quentin Hagnéré et son équipe accompagnent dirigeants, familles fortunées et propriétaires de domaines viticoles et forestiers dans la transmission de patrimoines à dominante réelle, en combinant exonérations sectorielles et ingénierie financière.
1. Un domaine viticole ou forestier : un actif à part
Un domaine viticole ou forestier n'est pas un placement comme un autre. C'est un patrimoine de cœur autant que de raison, souvent transmis de génération en génération, porteur d'une histoire familiale et d'une identité. Cette charge affective change tout : on ne raisonne pas sa transmission comme on solderait un portefeuille d'actions. L'objectif n'est pas de maximiser un rendement, c'est de préserver l'intégrité du domaine tout en réglant le fisc. Quatre traits le mettent à part — et ils commandent toute la stratégie de transmission.
Passion, rendement faible, fiscalité spécifique, illiquidité
- Un patrimoine de cœur. La valeur sentimentale dépasse souvent la valeur vénale. On ne « liquide » pas un vignoble familial ou une forêt plantée par un aïeul : la transmission intacte est en elle-même un objectif.
- Un rendement courant faible. Une forêt distribue peu chaque année (de l'ordre de 1,5 à 2,5 % illustratif, l'essentiel de la performance étant la capitalisation du bois) ; un fermage viticole reste modeste au regard de la valeur du foncier. C'est précisément la racine du problème de liquidité que ce guide traite.
- Une fiscalité sectorielle favorable. Amendement Monichon, régime de l'article 793 bis, exonération partielle d'IFI : l'État récompense la détention longue et la gestion durable. Nous les détaillons plus bas.
- Une illiquidité structurelle. C'est un actif réel, indivisible, sur un marché étroit, décorrélé des marchés financiers. On ne vend pas une rangée de vignes pour payer une note de droits de succession.
De ces quatre traits naît un paradoxe central : une valeur élevée couplée à une trésorerie rare. Au décès, l'administration valorise le domaine à sa pleine valeur vénale et réclame des droits — mais le bien lui-même ne produit pas le cash pour les payer. C'est ce déséquilibre qui menace de démantèlement tant de domaines à chaque génération.
Le paradoxe du foncier viticole et forestier
Valeur lourde, cash rare, actif indivisible : trois caractéristiques qui, conjuguées, créent le risque de devoir céder des parcelles — ou faire entrer un tiers au capital — pour régler le fisc. Toute la stratégie de transmission consiste à neutraliser ce risque en amont, par les exonérations et par la liquidité.
Pour aller plus loin sur l'angle de l'acquéreur et la constitution d'un tel patrimoine, voir notre guide investir dans le vin et le vignoble.
2. Le défi de la transmission : valeur élevée, trésorerie faible
On connaît la suite. Le propriétaire décède, le domaine est valorisé à plusieurs millions, et les héritiers découvrent une note de droits qu'ils n'ont pas les moyens de régler. Trois issues, toutes mauvaises, se présentent alors : céder une partie des parcelles (et amputer le domaine), s'endetter lourdement pour payer le Trésor, ou faire entrer un tiers au capital — un investisseur extérieur qui dilue la famille. Dans tous les cas, le patrimoine de cœur est entamé.
Comment payer les droits sans vendre le domaine
La bonne nouvelle, c'est que ce dénouement n'a rien d'inéluctable. Une transmission préparée repose sur trois leviers complémentaires, qui structurent tout le reste de ce guide :
- Réduire l'assiette taxable. En empilant les exonérations sectorielles (Monichon, article 793 bis, pacte Dutreil) et le démembrement, on fait fondre la base sur laquelle le fisc calcule les droits. C'est le premier réflexe, et le plus connu.
- Étaler dans le temps. Donner par paliers, en pleine propriété ou en nue-propriété, tous les 15 ans et avant 70 ans, permet de recharger les abattements et de profiter d'un barème d'usufruit plus favorable. La transmission anticipée vaut toujours mieux que la transmission subie.
- Provisionner le cash. C'est le levier que la plupart des conseils oublient. Même après abattements, il reste des droits, des soultes, des aléas à financer. Constituer une poche Sécurité dédiée, calibrée sur le montant des droits estimés, c'est s'assurer de pouvoir payer sans céder une parcelle. C'est l'angle Hagnéré.
Ces trois leviers ne s'opposent pas : ils se combinent. La réduction d'assiette diminue le besoin de liquidité, mais ne l'annule jamais totalement. C'est pourquoi nous traitons d'abord la fiscalité, puis la structuration, puis la liquidité — dans cet ordre. Pour le cadre général de la transmission successorale et celui de la donation, voyez nos guides dédiés.
Pourquoi la liquidité est le vrai sujet
Imaginez un domaine transmis sans préparation, valorisé 3 M€ : en ligne directe, le barème dépasse rapidement 20 %sur les tranches hautes, soit des droits qui peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros. Or un fermage ou une coupe de bois rapporte chaque année une fraction de ce montant. Sans réserve liquide dédiée, les héritiers n'ont d'autre choix que de vendre. C'est exactement ce que la stratégie présentée ici vise à éviter. Ordre de grandeur illustratif, non garanti.
Estimez les droits sur votre domaine
Un CGP ORIAS chiffre la valeur de votre domaine, les droits théoriques et le besoin de liquidité — première étape avant toute stratégie.
3. Les dispositifs d'exonération : Monichon et Dutreil agricole
Trois régimes d'exonération de 75 % coexistent. On les confond souvent ; c'est l'erreur qui coûte le plus cher, car ils ne visent ni les mêmes biens, ni les mêmes plafonds, ni les mêmes engagements.
Forêts, GFA, GFF, baux à long terme : 75 % d'abattement
- L'amendement Monichon (art. 793 CGI). Il vise les bois et forêtset les parts de groupements forestiers (GFF, GFI). L'abattement est de 75 % sans plafond, en succession comme en donation, en contrepartie d'un engagement de gestion durable de 30 ans (document de gestion agréé, certificat DDT, bilan à mi-parcours). Pour le détail, voir nos guides groupements forestiers et le dispositif des groupements forestiers.
- Le régime de l'article 793 bis (GFA/GFV, bail à long terme). Il vise les biens ruraux loués par bail à long terme et les parts de GFA et GFV (vignes, terres). L'abattement est de 75 % jusqu'à 600 000 € par bénéficiaire (conservation 5 ans), ou 75 % jusqu'à 20 000 000 € avec un engagement de conservation de 18 ans, puis 50 % au-delà. Ces seuils résultent de la loi de finances pour 2025 (art. 70), applicables aux transmissions depuis le 15 février 2025 ; ils ne sont plus de 300 000 €. Détail du produit GFV dans notre guide groupement foncier viticole.
- Le pacte Dutreil (art. 787 B CGI). Il porte non pas sur le foncier, mais sur les titres de la société d'exploitation (EARL, SCEA, négoce) : 75 % sans plafond, sous engagement collectif puis individuel de conservation et exercice d'une fonction de direction. D'esprit voisin du régime agricole, il ne se confond pas avec le 793 bis.
| Régime | Quoi | Abattement | Plafond | Engagement |
|---|---|---|---|---|
| Monichon (art. 793) | Bois, forêts, parts de GFF / GFI | 75 % | Sans plafond | Gestion durable 30 ans |
| Art. 793 bis | GFA / GFV, biens ruraux bail LT | 75 % puis 50 % | 600 000 € (5 ans) ou 20 M€ (18 ans) | Conservation 5 ou 18 ans |
| Dutreil 787 B | Parts de la société d'exploitation | 75 % | Sans plafond | Collectif + individuel + direction |
Ne confondez pas les trois 75 %
Monichon, article 793 bis et Dutreil 787 B sont trois dispositifs séparés: assiettes (forêt / foncier agricole / titres d'exploitation), plafonds (aucun / 600 k€-20 M€ / aucun) et durées d'engagement (30 / 5-18 / variable) sont différents. Un domaine mixte peut en cumuler plusieurs : Monichon sur ses bois, 793 bis sur ses vignes en GFV, Dutreil sur la société de négoce.
Dernier point essentiel : ces exonérations se cumulent avec l'abattement de droit commun de 100 000 € par parent et par enfant(art. 779), renouvelable tous les 15 ans. C'est l'empilement de ces couches — exonération sectorielle, démembrement, abattement personnel — qui ramène les droits à une fraction de leur montant théorique.
À retenir : l'empilement, pas le choix
On ne choisit pas entre ces dispositifs : on les empile. Un même domaine peut activer Monichon sur ses bois, l'article 793 bis sur ses vignes logées en GFV, le pacte Dutreil sur sa société de négoce, le tout combiné au démembrement(donation de la seule nue-propriété) et à l'abattement de 100 000 €rechargé tous les 15 ans. C'est ce cumul, et non un seul levier isolé, qui fait passer la facture de plusieurs centaines de milliers d'euros à quelques dizaines de milliers.
4. Structurer la propriété : GFA, GFV, GFF, holding
Les exonérations ne s'activent pas sur un bien détenu en direct et exploité en propre : elles supposent une structuration juridiquequi constitue la véritable clé de voûte. Cette structuration répond à un principe simple, qui irrigue toute l'ingénierie agricole et viticole.
Séparer le foncier de l'exploitation
On loge d'un côté le foncier — vignes et terres dans un GFA ou un GFV, forêt dans un GFF — donné à bail à long terme. Ce montage transforme un bien indivisible en parts socialesfacilement fractionnables pour la donation, et le bail à long terme déclenche les exonérations du 793 bis ou de Monichon. De l'autre côté, on loge l'exploitation (production, vinification, négoce) dans une société opérationnelle (EARL, SCEA, SAS) dont les titres relèvent du pacte Dutreil. Une holding patrimoniale peut chapeauter l'ensemble pour piloter participations et trésorerie.
Les bénéfices de cette séparation sont multiples : transmission par parts (donation fractionnée plutôt que bien indivis), bail à long terme déclencheur d'exonération, et protection du foncier contre les aléas de l'exploitation (un accident d'exploitation ne met pas le patrimoine foncier en péril).
GFA / GFV — le foncier agricole et viticole
Points forts
- Transmission par parts fractionnables
- 793 bis : 75 % jusqu'à 600 k€ puis 50 %
- Bail à long terme déclencheur d'exonération
- Démembrement aisé de la nue-propriété
Points de vigilance
- Engagement de conservation 5 à 18 ans
- Plafond IFI distinct (101 897 €)
- Rendement courant modeste
GFF — le foncier forestier (Monichon)
Points forts
- Monichon : 75 % sans plafond (art. 793)
- Exonération IFI 75 % sans plafond
- Actif réel décorrélé des marchés
Points de vigilance
- Engagement de gestion durable 30 ans
- Document de gestion agréé + certificat DDT
- Liquidité très faible
Holding + société d'exploitation (Dutreil)
Points forts
- Dutreil 787 B : 75 % sur les titres
- Pilotage centralisé des participations
- Sépare le risque d'exploitation du foncier
Points de vigilance
- Engagements collectif + individuel
- Fonction de direction à maintenir
- Montage plus complexe à animer
La structuration n'est pas qu'un sujet de fiscaliste : elle conditionne aussi la gouvernance familiale et la place de chaque héritier. Sur ce point, notre guide gouvernance familiale et Dutreil développe les pactes et la répartition des rôles. Pour le foncier géré collectivement, des solutions de foncier viticole et forestier en gestion existent également.
5. Créer de la liquidité à côté du domaine
C'est l'angle que notaires et vendeurs de parts oublient presque toujours de chiffrer. Réduire l'assiette ne suffit pas : même après 75 % d'abattement, il reste des droits résiduels, des soultes entre héritiers(quand l'un reprend le domaine et doit désintéresser les autres) et des aléas climatiques ou conjoncturels à amortir. Tout cela exige du cash disponible, que le domaine, par nature, ne produit pas.
Une poche financière pour payer les droits et diversifier
En pratique, on provisionne : une poche financière dédiée, à côté du domaine, calibrée sur le montant des droits estimés et logée dans des enveloppes à transmission optimisée. L'assurance-vie alimentée avant 70 ans (article 990 I : abattement de 152 500 € par bénéficiaire) permet de transmettre cette réserve hors droits de succession, à des bénéficiaires qui pourront eux-mêmes régler le fisc. Le contrat de capitalisation, lui, conserve l'antériorité fiscale et se prête au logement dans une holding à l'IS.
Cette poche remplit une double fonction : elle finance les droits et elle diversifieun patrimoine structurellement sur-concentré en actif réel. C'est ici qu'intervient la méthode des quatre poches, que nous détaillons à la section suivante.
Calibrer la poche Sécurité sur les droits estimés
Cas illustratif : si les droits résiduels après abattements sont estimés à environ 150 000 €, on vise une réserve liquide d'au moins ce montanten fonds euros et en fonds obligataires datés, dont l'échéance arrive autour de la date de transmission anticipée. La poche Sécurité n'est pas un placement de rendement : c'est une provision dédiée au paiement du fisc. Illustratif, non garanti, risque de perte en capital.
Le choix précis de l'enveloppe (assurance-vie française, assurance-vie luxembourgeoise, contrat de capitalisation) dépend du montant, de la résidence fiscale et de la structure de détention — un point à arbitrer en bilan patrimonial.
6. Les quatre poches d'un patrimoine à dominante réelle
Nous organisons les patrimoines fortunés selon la méthode des quatre poches : Sécurité, Revenu, Croissance, Illiquide. Pour un propriétaire de domaine, le réflexe-clé est de voir que le domaine est déjà sa poche Illiquide principale— un actif réel, décorrélé des marchés, qui pèse souvent 30 à 40 % de l'ensemble. L'allocation financière à côté n'a donc pas à recréer cette illiquidité : elle doit au contraire sur-pondérer la Sécurité et le Revenu liquide pour compenser.
Sécurité, Revenu, Croissance, Illiquide autour du foncier
- Sécurité. Fonds euros (de l'ordre de 2,6 % net illustratif) et fonds obligataires datés à coupons connus, en assurance-vie. C'est la réserve pour les droits.
- Revenu. SCPI européennes (rendement de l'ordre de 4,7 à 4,9 % illustratif), nue-propriété de SCPI (temporairement hors IFI), dette privée distributive. Un flux régulier et liquide qui compense le faible rendement courant du domaine.
- Croissance. ETF actions monde (MSCI World, S&P 500) logés en assurance-vie, compte-titres et contrat de capitalisation, pour ne pas laisser le capital s'éroder face à l'inflation.
- Illiquide financière. Private equity (de l'ordre de 11 % par an net moyen, forte dispersion, illustratif), infrastructure, or — en complément de l'illiquidité réelle déjà portée par le domaine.
| Poche | Rôle | Classes d'actifs | Enveloppe |
|---|---|---|---|
| Sécurité | Provisionner les droits | Fonds euros, obligataire daté | Assurance-vie |
| Revenu | Flux régulier et liquide | SCPI européennes, NP de SCPI, dette privée | AV, compte-titres |
| Croissance | Préserver le capital de l'inflation | ETF actions monde, S&P 500 | AV, CTO, capitalisation |
| Illiquide financière | Prime d'illiquidité (en plus du domaine) | Private equity, infrastructure, or | AV, compte-titres |
Dualité des prélèvements sociaux 2026
Attention à ne pas appliquer un taux unique. Les prélèvements sociaux sont de 17,2 %sur l'assurance-vie, le contrat de capitalisation, les revenus fonciers, les SCPI de rendement et les plus-values immobilières (donc sur le domaine). Ils sont de 18,6 %(CSG +1,4 pt, LFSS 2026) sur les dividendes, intérêts, plus-values mobilières, le PEA et le PER. Le PFU ressort ainsi à 30 % sur l'assurance-vie mais à 31,4 % sur les dividendes et plus-values mobilières hors AV et PEA.
Pour approfondir les poches Revenu et Illiquide, voir nos guides les SCPI et le private equity.
7. Les enveloppes : assurance-vie, capitalisation, SCI/groupements
Les classes d'actifs ne disent rien sans la bonne enveloppe. Voici la grille de lecture pour un patrimoine à dominante réelle.
- L'assurance-vie. Elle capitalise et transmet. Au titre de l'article 990 I, les primes versées avant 70 ans bénéficient d'un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, puis 20 % jusqu'à 700 000 €, puis 31,25 %. Après 8 ans, abattement de 4 600 € (9 200 € pour un couple), taux de 7,5 % jusqu'à 150 000 € de primes puis 12,8 %, et PS de 17,2 %. L'article 757 B (primes après 70 ans) prévoit un abattement global de 30 500 € et soumet les primes aux droits de succession, les gains restant exonérés.
- Le contrat de capitalisation. Il conserve son antériorité fiscale et entre dans l'actif successoral. Utile pour loger une poche de trésorerie dans une holding à l'IS ; PS de 17,2 %.
- La SCI et les groupements fonciers (GFA/GFV/GFF). Ce sont les enveloppes du foncier : transmission par parts, démembrement aisé (la nue-propriété sort temporairement de l'assiette IFI, art. 968), bail à long terme déclencheur d'exonération.
Un point de vigilance IFI (art. 972) : l'assurance-vie et le contrat de capitalisation restent dans l'assiette IFI pour leur fraction immobilière (unités de compte immobilières, SCPI). Pour piloter cette assiette, voir optimisation de l'IFI et le levier du démembrement et IFI.
Quelle enveloppe pour votre poche financière ?
Assurance-vie, capitalisation, holding à l'IS : le bon contenant dépend du montant, de la structure et de l'objectif de transmission.
8. Profils selon l'attachement au domaine et le besoin de revenu
Trois profils d'allocation se dégagent selon le besoin de revenu et la tolérance au risque. Un rappel qui change tout : ces pourcentages portent sur la poche financière, pas sur le domaine. Le domaine porte déjà l'essentiel de l'illiquidité ; l'allocation financière vient l' équilibrer. Les répartitions ci-dessous sont des points de départ pédagogiques : la pondération réelle se cale toujours selon le profil, l'horizon de transmission et le montant des droits estimés, en bilan patrimonial.
Profil prudent — environ 3 % net par an
Quand le domaine constitue le cœur du patrimoine, la priorité prudente est de sécuriser la transmission et de créer la liquidité qui manque. La poche Sécurité domine, environ 45 % (fonds euros et obligataire daté en assurance-vie), constituant la réserve pour les droits. La poche Revenu, environ 30 %, mobilise SCPI européennes et nue-propriété de SCPI. La poche Croissance, environ 20 %, repose sur des ETF actions monde. La poche Illiquide financière reste à environ 5 %, le domaine assurant déjà l'essentiel de l'illiquidité. La Sécurité est calibrée précisément sur les droits estimés, et la propriété du domaine est progressivement démembrée au profit des héritiers.
Profil équilibré — environ 5 % net par an
Pour les familles qui veulent conserver le domaine sur le long terme tout en faisant fructifier la poche financière. La poche Sécurité représente environ 30 % (financer les droits et les aléas climatiques). La poche Revenu, environ 25 %, combine SCPI européennes, nue-propriété de SCPI et dette privée. La poche Croissance monte à environ 30 %(ETF monde et S&P 500 en assurance-vie, compte-titres et capitalisation, plus quelques produits structurés à coupon). La poche Illiquide financière atteint environ 15 %en private equity et infrastructure. Au fil du temps, les groupements fonciers (GFA, GFF) organisent une transmission progressive avec l'abattement Dutreil ou Monichon.
Profil dynamique — environ 7 % et plus net par an
Pour les propriétaires disposant de revenus suffisants par ailleurs, le domaine jouant déjà le rôle d'ancrage stable et réel. La poche Sécurité se limite à environ 20 % (calibrée pour couvrir les droits à venir). La poche Revenu pèse environ 15 % (SCPI européennes, nue-propriété, dette privée). La poche Croissance représente environ 35 %(ETF monde et S&P 500, structures à coupon). La poche Illiquide financière monte à environ 30 %(private equity diversifié, dette privée, infrastructure, or). La stratégie consiste à faire croître la poche financière pour qu'elle puisse, le moment venu, absorber l'intégralité des droits et éviter toute cession contrainte du domaine.
| Poche | Prudent | Équilibré | Dynamique |
|---|---|---|---|
| Sécurité | 45 % | 30 % | 20 % |
| Revenu | 30 % | 25 % | 15 % |
| Croissance | 20 % | 30 % | 35 % |
| Illiquide financière | 5 % | 15 % | 30 % |
Allocations illustratives
Ces répartitions sont des exemples pédagogiques, non garantis, à personnaliser selon votre situation, votre horizon et votre tolérance au risque. Tout investissement comporte un risque de perte en capital ; les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
9. Exemple chiffré : transmettre un domaine de 3 M
Prenons une famille qui détient un domaine viticole estimé 2,2 M€ et une poche financière de 800 k€, soit 3 M€ au total. Profil équilibré sur la poche financière. Le domaine est logé dans un GFA (bail à long terme) et transmis en nue-propriétéà deux enfants, avec l'abattement de 75 % de l'article 793 bis.
Calcul simplifié des droits sur le foncier (par enfant)
Domaine 2 200 000 EUR loge en GFA (bail a long terme)
Donation en nue-propriete (usufruitier ~63 ans) :
assiette NP = 60 % de la valeur (art. 669)
-> 2 200 000 x 60 % = 1 320 000 EUR
-> 660 000 EUR par enfant (2 enfants)
Abattement 793 bis sur la part de chaque enfant :
75 % sur les 600 000 premiers euros -> taxable 150 000 EUR
50 % sur les 60 000 euros suivants -> taxable 30 000 EUR
= 180 000 EUR taxable avant abattement de droit commun
- Abattement 100 000 EUR / parent / enfant -> ~80 000 EUR taxable
- Droits en ligne directe (bareme art. 777)
-> ordre de grandeur ~15 000 EUR par enfant
Poche Securite 240 000 EUR
-> couvre largement les droits + soultes + aleas,
SANS ceder une parcelle.- Valeur domaine :2 200 000 € (logé en GFA)
- Taux nue-propriété (art. 669) :60 % (usufruitier ~63 ans)
- Seuils 793 bis :75 % jusqu'à 600 000 €, puis 50 %
- Abattement art. 779 :100 000 € par parent et par enfant
Illustratif, calcul simplifié (hors barème intégral, réserve héréditaire, passif et frais notariés) ; non garanti ; risque de perte en capital.
La répartition de la poche financière de 800 k€ (profil équilibré) est la suivante :
| Poche | Montant | Supports | PS |
|---|---|---|---|
| Sécurité | 240 k€ | Fonds euros + obligataire daté (AV) | 17,2 % |
| Revenu | 200 k€ | SCPI européennes + NP de SCPI | 17,2 % |
| Croissance | 240 k€ | ETF monde en AV + capitalisation | 17,2 % (AV) |
| Illiquide | 120 k€ | Private equity + infrastructure | — |
Hypothèses
Valeurs et taux illustratifs ; calcul simplifié (hors barème intégral, réserve héréditaire, passif déductible et frais notariés). Les droits réels dépendent de la situation familiale exacte et de la date des opérations. Chiffres non garantis ; risque de perte en capital sur la poche financière.
10. Fiscalité 2026 : IFI, Monichon, Dutreil, plus-values
Reprenons la fiscalité dispositif par dispositif, chiffres 2026 à l'appui.
- IFI. Seuil de 1,3 M€ de patrimoine immobilier net taxable. Forêts et GFF exonérés 75 % sans plafond (art. 976, engagement 30 ans) ; GFA, GFV et biens ruraux loués à long terme exonérés 75 % jusqu'à 101 897 € de valeur de parts puis 50 % — un seuil différentdu plafond de 600 k€ des droits de mutation. La nue-propriété sort de l'assiette (art. 968) ; l'AV et la capitalisation y entrent pour leur fraction immobilière (art. 972).
- Transmission. Monichon 75 % (art. 793) / article 793 bis 75 % jusqu'à 600 k€-20 M€ / Dutreil 787 B 75 % sur les titres, cumulés avec l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant (voir le tableau de la section 3).
- Plus-values de cession du domaine. Régime des plus-values immobilières : 19 % IR + 17,2 % PS (plus surtaxe au-delà de 50 000 € de plus-value), avec abattement pour durée de détention conduisant à une exonération d'IR à 22 ans et de PS à 30 ans. La réforme du PLF 2026 (seuil 17 ans) n'a pas été adoptée.
- Poche financière. Dualité des PS : 17,2 % sur AV/capitalisation/foncier/PV immobilières ; 18,6 % sur dividendes/intérêts/PV mobilières/PEA/PER. PFU à 30 % sur l'AV contre 31,4 % hors AV et PEA.
| Impôt | Forêt / GFF | GFA / GFV / bail LT | Poche financière |
|---|---|---|---|
| Transmission (DMTG) | 75 % sans plafond (Monichon) | 75 % jusqu'à 600 k€-20 M€ puis 50 % | AV 990 I : 152 500 €/bénéf. |
| IFI | 75 % sans plafond (art. 976) | 75 % jusqu'à 101 897 € puis 50 % | Fraction immobilière taxable (art. 972) |
| Cession | PV immo : exo IR 22 ans / PS 30 ans | PV immo : exo IR 22 ans / PS 30 ans | PFU 30 % AV / 31,4 % mobilier |
| PS courants | — | Fonciers 17,2 % | 17,2 % AV / 18,6 % mobilier |
Sources
BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-20-30-10 (Monichon) et 10-20-30-20 (793 bis) ; BOI-PAT-IFI-30-10-50 (IFI biens ruraux, seuil 101 897 €) ; BOI-RFPI-PVI-20-20 (plus-values immobilières, abattements 22/30 ans) ; CGI art. 793, 793 bis, 787 B, 976, 968, 972, 669, 779, 990 I, 757 B ; LF 2025 (loi n° 2025-127 du 14/02/2025, art. 70) ; LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30/12/2025).
Pour relier cette fiscalité à l'IFI de l'ensemble du patrimoine immobilier, voir réduire l'IFI d'un patrimoine immobilier de 3 millions.
11. L'angle Hagnéré : concilier patrimoine de cœur et raison
Beaucoup de propriétaires pensent qu'il faut choisir entre garder le domaine intact (le cœur) et le transmettre proprement par l'ingénierie (la raison). C'est faux : les deux vont ensemble, à condition de travailler dans le bon ordre. Voici les cinq étapes que nous suivons en cabinet :
- Audit de la valeur du domaine et des droits théoriques, pour chiffrer le besoin de liquidité.
- Structurationdu foncier (GFA/GFV/GFF) séparé de l'exploitation (société + Dutreil).
- Empilement des exonérations (Monichon + 793 bis + Dutreil + démembrement).
- Poche financière à quatre poches, calibrée sur les droits.
- Donations par paliers de 15 ans, avant 70 ans.
Hagnéré Patrimoine est un cabinet de conseil en gestion de patrimoine et de fortune indépendant, basé à Chambéry (ORIAS n° 23002291, noté 4,7/5 sur 26 avis Trustpilot). Nous accompagnons cette stratégie de bout en bout, de l'audit au pilotage de la poche financière, en coordination avec votre notaire. Pour le cadre global, voir notre gestion de fortune, notre family office, et notre guide transmettre des parts de société libérale pour une logique de transmission voisine.
Aller plus loin : situations voisines
La logique « réduire l'assiette, étaler dans le temps, provisionner le cash » se retrouve dans d'autres transmissions de patrimoines à dominante réelle ou professionnelle. Si vous recevez un domaine ou un capital, voyez hériter de 5 millions et réinvestir. Pour un dirigeant qui diversifie son patrimoine autour d'un actif de cœur, voir diversifier 2 M€ de cash-out. Et pour transformer une partie du patrimoine en levier philanthropique tout en réduisant l'IFI, voir philanthropie et fonds de dotation.
Transmettez votre domaine sans le démanteler
Un CGP indépendant construit avec vous la stratégie qui préserve votre domaine viticole ou forestier : exonérations sectorielles et poche financière pour payer les droits.
Sources, mentions et disclaimer
Sources et références
- CGI : art. 793 (amendement Monichon), 793 bis (GFA/GFV, bail à long terme), 787 B (pacte Dutreil), 976 (IFI bois/forêts/biens ruraux), 968 (démembrement et IFI), 972 (AV et IFI), 669 (barème usufruit/nue-propriété), 779 et 777 (abattement 100 000 €, barème ligne directe), 990 I et 757 B (assurance-vie succession).
- BOFiP : BOI-ENR-DMTG-10-20-30-10 (Monichon), BOI-ENR-DMTG-10-20-30-20 (793 bis), BOI-PAT-IFI-30-10-50 (IFI biens ruraux), BOI-RFPI-PVI-20-20 (plus-values immobilières).
- Lois : LF 2025 (loi n° 2025-127 du 14/02/2025, art. 70, seuils 793 bis) ; LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30/12/2025, dualité PS) ; LF 2026 (loi n° 2026-103 du 19/02/2026).
Mise à jour le 23 juin 2026. Cet article a une visée informative et pédagogique ; il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Les chiffres, taux et allocations présentés sont illustratifs et non garantis ; tout investissement comporte un risque de perte en capital et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. La fiscalité 2026 dépend de votre situation individuelle et est susceptible d'évoluer.
Hagnéré Patrimoine — Conseiller en investissements financiers (CIF), Courtier en assurance (COA) et en opérations de banque (COBSP), enregistré à l'ORIAS sous le n° 23002291. 7 Rue Ernest Filliard, 73000 Chambéry. Contact : backoffice@hagnere-patrimoine.fr.

