Mis à jour le 25 juin 2026· Conforme à la LF 2026 (loi n° 2026-103 du 19/02/2026), à la LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30/12/2025) et à l'arrêté PASS du 22/12/2025 (PASS 2026 = 48 060 €).
L'essentiel en 30 secondes
Quand on est freelance ou consultant à hauts revenus, la bonne question n'est pas « quel produit acheter », mais dans quel ordre remplir ses enveloppes — et cette page traite votre épargne personnelle(l'argent non dépensé), pas la trésorerie de votre société. La hiérarchie par objectif : (1) une précaution renforcée(6-12 mois, à cause de l'irrégularité des missions), (2) le PER(défisc à 41-45 %, plafond TNS 88 911 €, à saturer la bonne année), (3) l'assurance-vie (souplesse + transmission 990 I, prélèvements sociaux à 17,2 %), (4) le PEA / les ETF, (5) l'immobilier (déficit foncier, LMNP, SCPI, nue-propriété), (6) une diversificationmesurée. Levier 2026 : choisir une enveloppe, c'est choisir un taux de prélèvements sociaux — 17,2 % (assurance-vie, capitalisation, foncier nu) contre 18,6 %(PEA, compte-titres, dividendes, gains du PER, LMNP). Et parce qu'un président de SASU rémunéré en dividendes ne cotise quasiment rien pour sa retraite (jamais la CIPAV pour un non réglementé), la priorité reste la capitalisation.
Votre épargne perso n'est pas la trésorerie de votre SASU
La scène est toujours la même en rendez-vous : un consultant qui facture bien arrive avec 40 000 € sur son compte courant personnel, 60 000 € de plus dans sa société, et une seule phrase — « je ne sais pas par où commencer ». Avant de répondre, il faut lever l'ambiguïté la plus fréquente. Ce guide traite de votre argent privé: ce qu'il reste une fois votre rémunération versée, vos dividendes éventuels sortis et votre impôt payé. Il ne traite pasla trésorerie de votre SASU ou de votre EURL — cet excédent qui dort à l'impôt sur les sociétés et obéit à une logique entièrement différente. La plupart des freelances qui poussent notre porte mélangent les deux, et placent mal leur argent en conséquence.
Cette frontière n'a rien d'un détail d'organisation : la loi elle-même l'impose. Une personne morale ne peut pas détenir de PEA (le plan d'épargne en actions est réservé aux personnes physiques, art. L. 221-30 du Code monétaire et financier). À l'inverse, c'est dans la société que se logent le contrat de capitalisation personne morale (art. 238 septies E du CGI), le compte à terme ou le compte-titres de société, jamais sur votre contrat d'assurance-vie personnel. Chaque poche a ses enveloppes propres.
Deux poches, deux logiques
Poche personnelle(l'objet de ce guide) : assurance-vie, PER, PEA, immobilier en nom propre — l'argent dont vous avez l'usage, ou que vous voulez transmettre. Poche société: la trésorerie excédentaire de votre SASU ou EURL, placée à l'IS sans prélèvements sociaux (contrat de capitalisation PM, compte à terme, CTO de société, SCPI à l'IS). Pour ce second sujet, voyez nos guides dédiés à la trésorerie qui dort dans votre SASU et aux produits pour placer cette trésorerie de société, qui n'ont rien à voir avec le placement de votre épargne perso.
La passerelle entre les deux poches — sortir l'argent de la société (en dividendes, à 31,4 % et sans cotisations en SASU) pour l'investir en perso, ou le laisser capitaliser dans la société — est un arbitrage central que nous traitons en détail à la section 10. Le présent guide se concentre, lui, sur une seule question : où placer votre épargne personnelle, et dans quel ordre.
Pourquoi un freelance doit capitaliser plus qu'un salarié
Pourquoi un freelance ne peut-il pas épargner comme un cadre salarié ? Trois choses l'en empêchent : il n'a pas de retraite d'entreprise, il est dans une tranche d'impôt élevée, et ses revenus avancent par à-coups.
Votre retraite, c'est vous (selon votre structure)
Le régime social du freelance dépend entièrement de sa structure, et c'est l'erreur numéro un de ne pas le savoir. Si vous êtes en SASU, vous êtes président assimilé salarié (art. L. 311-3, 23° du Code de la sécurité sociale) : vous relevez du régime général, avec retraite de base CNAV et complémentaire AGIRC-ARRCO, mais pas d'assurance chômage; vos cotisations sur la rémunération sont lourdes (de l'ordre de 75 à 82 % du net, charges patronales comprises). Si vous êtes en EURL, en EI au réel ou en micro-entreprise, vous êtes travailleur non salarié(TNS), affilié à la SSI (Sécurité sociale des indépendants, intégrée au régime général depuis 2020) ; cotisations plus légères (de l'ordre de 40 à 45 % du revenu net), mais protection sociale plus mince.
Jamais la CIPAV — et le piège du « 100 % dividendes »
Retenez ceci : un consultant ou un freelance non réglementé ne relève jamais de la CIPAV. Depuis le 1er janvier 2019 (art. 15 de la LFSS 2018, loi n° 2017-1836), les professions libérales non réglementées relèvent du régime général des indépendants / SSI, plus de la CIPAV. Le vrai piège attend le président de SASU qui se rémunère surtout en dividendes : les dividendes ne supportent aucune cotisation, donc aucun droit retraitene se constitue dessus. Train de vie confortable aujourd'hui, cotisations minimales : la pension qui en découle sera dérisoire. Autrement dit, votre capitalisation personnelle(PER, assurance-vie, immobilier) n'est pas une option : c'est votre plan retraite.
À 41-45 %, le fisc devient votre premier associé
À une tranche marginale d'imposition de 41 ou 45 %, chaque euro que vous parvenez à déduirede votre revenu imposable vous fait économiser 0,41 à 0,45 € d'impôt. C'est ce qui rend le PER si efficace pour un haut revenu (nous y venons à la section 5). À ce niveau de TMI, le placement n'est plus seulement une affaire de rendement financier : c'est d'abord une affaire d'impôt évité sur chaque euro.
Vos revenus avancent en dents de scie
C'est la signature du métier. Une mission longue se termine, la suivante tarde à démarrer ; un trimestre faste, puis un creux. Cette irrégularité est la contrainte d'allocation numéro un : elle impose un coussin de précaution plus épais que la moyenne (pour ne jamais casser un placement long terme une mauvaise année) et des enveloppes souples, à versements libres(pour épargner beaucoup les bonnes années, peu les autres). Le lissage de l'impôt et des cotisations dans le temps fait l'objet d'un guide à part, sur lequel nous nous appuierons : voyez freelance aux revenus irréguliers, lisser impôt et cotisations (et, en version généraliste, revenus irréguliers en profession libérale).
La cascade d'allocation par objectif (la feuille de route)
En pratique, on ne choisit jamais un produit en premier. On décide d'abord à quoi sert l'argent — on range son épargne par objectif et par horizon— et le produit en découle presque tout seul. Pour un freelance, l'ordre tient compte d'abord de l'irrégularité des revenus. La cascade, de la priorité absolue à la diversification :
| Priorité | Objectif | Enveloppes | Pourquoi |
|---|---|---|---|
| 1 | Précaution renforcée | Livret A, LDDS, fonds euros, compte à terme | 6-12 mois de charges (revenus irréguliers) |
| 2 | Retraite + défisc | PER (154 bis TNS / 163 quatervicies SASU) | Déduction 41-45 %, à saturer la bonne année |
| 3 | Souplesse + transmission | Assurance-vie (fonds euros + UC) | Versements libres, 990 I, PS 17,2 % |
| 4 | Croissance actions | PEA, ETF, compte-titres | Long terme, exonération IR après 5 ans (PEA) |
| 5 | Immobilier | Déficit foncier, LMNP, SCPI, nue-propriété | Décorrélation, levier, défisc, hors IFI |
| 6 | Diversification | Private equity, défisc à risque | Poche minoritaire, après le socle |
La règle « se payer d'abord » sur le revenu plancher
Revenu plancher mensuel = votre mois le plus creux Charges + train de vie = à couvrir en priorité Surplus stable = à épargner systématiquement Surplus des bonnes années = à ventiler par objectif (PER en tête)
On calibre l'épargne récurrente sur le revenu plancher (le plus bas), pas sur la moyenne : ce que vous arrivez à mettre de côté même un trimestre creux. Le surplus des bonnes années, lui, est ventilé dans la cascade — en commençant par saturer le PER pour absorber le pic d'impôt. Concrètement : vous mettez le même montant de côté chaque mois, même un trimestre creux, et vous gardez les gros versements (PER en tête) pour les mois où la facturation explose.
La méthode en une phrase
On protège d'abord (précaution renforcée), on défiscalise ensuitece qu'on accepte de bloquer (PER, à saturer les bonnes années), puis on place souplementle reste (assurance-vie, PEA, immobilier). C'est l'ordre — pas le produit — qui fait la performance après impôt d'un freelance à hauts revenus.
Calibrer votre coussin de précaution et votre allocation
Combien laisser disponible quand vos revenus sont irréguliers, combien verser sur un PER la bonne année, quand sortir des dividendes : un CGP indépendant calibre votre allocation sur votre rythme réel de facturation, pas sur un modèle-type.
Règle n°0 : l'épargne de précaution renforcée
Avant tout placement, le socle. Là où un salarié vise 3 à 6 mois de charges, un freelance aux revenus en dents de scie vise plutôt 6 à 12 mois. L'objectif n'est pas le rendement, mais la disponibilité immédiate : ce coussin doit pouvoir absorber un trou entre deux missions sans vous forcer à liquider un PER bloqué ou à racheter une assurance-vie au plus mauvais moment.
Le bon calibrage se fait sur votre revenu plancher, pas sur votre moyenne : combien vous coûtent vos charges fixes professionnelles et personnelles pendant les mois où vous ne facturez rien ? Multipliez par 6 à 12, c'est votre cible. On loge cette réserve sur des livrets réglementés(Livret A, LDDS, exonérés d'impôt et de prélèvements sociaux) puis, au-delà des plafonds, sur le fonds eurosd'une assurance-vie (capital garanti, disponible en quelques jours) et, pour une tranche moyen terme dont vous connaissez l'échéance, sur un compte à terme.
| Profil | Coussin recommandé | Supports |
|---|---|---|
| Revenu stable (salarié type) | 3 à 6 mois de charges | Livret A, LDDS |
| Freelance, revenus en dents de scie | 6 à 12 mois de charges | Livret A, LDDS + fonds euros disponible |
| Missions longues / forte saisonnalité | 12 mois et plus | Livrets + fonds euros + compte à terme |
La précaution n'est pas un placement perdu
On entend parfois qu'il est « bête » de laisser 30 000 € sur un livret à faible rendement. C'est une erreur de raisonnement pour un freelance : ce coussin est la condition qui vous permet d'investir le restesereinement, sur du long terme, sans jamais être contraint de vendre au mauvais moment. C'est une assurance contre l'irrégularité, pas un placement de rendement. Le jour où vous enchaînez deux missions creuses, vous comprenez ce qu'il vous a épargné. Le détail du lissage dans le temps est traité dans notre guide lisser impôt et cotisations d'un freelance, et le panorama du véhicule moyen terme dans notre guide sur le compte à terme en 2026.
Le PER : le levier des bonnes années (et l'outil de lissage)
On l'a vu : à 41-45 %, aucun placement ne rend autant à l'entrée que le PER. Ses versements se déduisent de votre revenu imposable, ce qui réduit l'impôt à votre TMI : la déduction joue plein pot, en contrepartie d'un blocage jusqu'à la retraite (hors déblocage anticipé, dont l'achat de la résidence principale et les accidents de la vie).
Combien vous pouvez déduire selon votre statut
Le plafond dépend de votre structure. Pour un freelance au réel (BNC) ou gérant d'EURL à l'IR, donc TNS, c'est l'article 154 bis du CGI : 10 % du bénéfice imposable (dans la limite de 8 PASS) majoré de 15 % de la fraction de bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS. En 2026, le plancher est de 4 806 € et le plafond maximal de 88 911 € (PASS 2026 = 48 060 €). Pour un président de SASU (assimilé salarié), c'est l'article 163 quatervicies: 10 % des revenus professionnels de l'année précédente, plafonnés à 8 PASS, soit environ 38 448 € au maximum (sur la base du PASS 2026).
| Statut | Texte | Plafond 2026 (max) |
|---|---|---|
| Freelance au réel (BNC) / EURL à l'IR — TNS | Art. 154 bis CGI (10 % + 15 %) | Jusqu'à 88 911 € |
| Président de SASU — assimilé salarié | Art. 163 quatervicies CGI (10 %) | Environ 38 448 € |
Économie d'impôt d'un versement PER de 30 000 € à TMI 41 %
Versement PER déductible = 30 000 € Économie d'impôt à 41 % = 30 000 × 41 % = 12 300 € Effort réel d'épargne = 30 000 − 12 300 = 17 700 €
À 41 % de TMI, verser 30 000 € sur un PER l'année où vous le pouvez fait baisser votre impôt d'environ 12 300 € : votre effort réel n'est que de 17 700 € pour 30 000 € capitalisés. La déduction joue sur l'IR (pas sur les cotisations sociales) ; l'épargne est bloquée jusqu'à la retraite (hors déblocage anticipé) ; et à la sortie, les gains supportent le PFU avec 18,6 % de prélèvements sociaux (et non 17,2 % comme l'assurance-vie).
Le PER pour lisser une année record
Le report sur 5 ansdes plafonds non utilisés (nouveauté LF 2026, contre 3 ans auparavant) change tout pour un freelance. L'année où vous facturez 120 000 €, vous videz d'un coup les plafonds des trois années creuses d'avant. L'année à 50 000 €, vous laissez courir. Le report sur 5 ans sert exactement à ça : encaisser le pic fiscal sans le subir. Pour le calcul à l'euro près selon votre bénéfice et votre statut, et pour la stratégie « année record », voyez notre guide PER freelance, transformer une année record en économie d'impôt et le guide transverse sur le fonctionnement du Plan d'épargne retraite.
Garde-fou : défiscaliser n'est pas placer
Le PER est un excellent levier parce que vous êtes à 41-45 %— pas en soi. L'avantage à l'entrée n'est pas un cadeau : c'est un report d'imposition, et l'argent est bloqué jusqu'à la retraite. On n'y met donc jamais sa précaution, ni l'épargne dont on aura besoin avant. L'avantage fiscal vous pousse vers le PER ; il ne vous dit rien sur la qualité du contrat. Un PER bourré de frais et de fonds médiocres reste un mauvais PER, carotte fiscale ou pas.
Assurance-vie : la souplesse et la transmission
Pour un revenu irrégulier, l'assurance-vie est l'enveloppe la plus polyvalente : on y verse 20 000 € une bonne année, rien la suivante, sans pénalité ni justificatif. Enveloppe de capitalisation, elle accueille un fonds euros (sécurité, prolongement de la précaution) et des unités de compte (actions, SCPI, obligations). Surtout, elle accepte les versements libres— exactement ce qu'il faut pour des revenus en dents de scie. Et contrairement au PER, elle reste disponible à tout moment.
Une fiscalité douce, et des prélèvements sociaux maintenus à 17,2 %
Au rachat (art. 125-0 A du CGI), les produits supportent le PFU à 12,8 % ; après 8 ans, un abattement de 4 600 € (9 200 € pour un couple)s'applique sur les produits imposés, puis le taux tombe à 7,5 % (produits issus de primes ≤ 150 000 €). Surtout, en 2026 les prélèvements sociaux de l'assurance-vie restent à 17,2 %(liste limitative de l'art. L. 136-8 du CSS), là où le PEA et le compte-titres passent à 18,6 %. À supports équivalents, l'assurance-vie sort donc gagnante après impôt face au compte-titres.
« Assurance-vie = 0 impôt après 8 ans » : c'est faux
L'abattement de 4 600 € / 9 200 € après 8 ans ne porte que sur l'impôt sur le revenu. Les 17,2 % de prélèvements sociauxs'appliquent, eux, sur la totalité des gains, sans abattement. Un rachat « dans l'abattement » peut donc être à 0 € d'IR, mais jamais à 0 € de prélèvements sociaux.
L'argument transmission : 152 500 € hors succession par bénéficiaire
Sur la transmission, l'assurance-vie n'a pas d'équivalent : les capitaux se transmettent hors succession. Pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire reçoit jusqu'à 152 500 €en franchise (art. 990 I du CGI), puis 20 % jusqu'à 700 000 € et 31,25 % au-delà. Pour les primes versées après 70 ans(art. 757 B), c'est un abattement global de 30 500 € sur les primes — les gains, eux, restant exonérés. Le conjoint ou partenaire de PACS est par ailleurs totalement exonéré (loi TEPA).
| Régime | Primes versées | Abattement | Taxation au-delà |
|---|---|---|---|
| Art. 990 I | Avant 70 ans | 152 500 € par bénéficiaire | 20 % (≤ 700 000 €), puis 31,25 % |
| Art. 757 B | Après 70 ans | 30 500 € global (tous bénéficiaires) | Droits de succession (gains exonérés) |
L'assurance-vie luxembourgeoise : sécurité, pas avantage fiscal
Au-delà d'une poche financière d'environ 250 000 €, le contrat luxembourgeois mérite l'examen — pour sa sécurité et son ouverture, pas pour un cadeau fiscal. Pour un résident fiscal français, sa fiscalité est strictement identiqueà celle d'un contrat français (125-0 A, 990 I, 757 B, prélèvements sociaux à 17,2 %) : aucun avantage de barème. Le vrai écart est ailleurs : dans la solidité juridique et l'éventail d'actifs accessibles.
Assurance-vie française — l'accès simple
Points forts
- Fiscalité identique au contrat luxembourgeois pour un résident
- Frais souvent plus bas en dessous de 250 000 €
- Accès immédiat, multi-supports, versements libres
Points de vigilance
- Garantie de l'assureur plafonnée à 70 000 € (FGAP)
- Architecture financière plus limitée
- Pas de multidevises ni de portabilité internationale
Assurance-vie luxembourgeoise — la sécurité du gros patrimoine
Points forts
- Super-privilège : créancier de 1er rang, sans plafond
- Triangle de sécurité (actifs ségrégués hors bilan de l'assureur)
- Architecture ouverte (fonds dédiés, non coté), multidevises, portabilité
Points de vigilance
- Fiscalité identique (aucun avantage de barème pour un résident)
- Frais souvent plus élevés sous 250 000 € à 500 000 €
- Ticket d'entrée et complexité plus élevés
Prenez un freelance IT qui a vendu sa participation dans une société et dispose de 600 000 € d'épargne financière : pour lui, le super-privilège et le triangle de sécurité protègent un capital qui dépasse de loin les plafonds de garantie français. Un confrère qui démarre avec 30 000 € n'y gagnerait que des frais plus lourds. Pour le fonctionnement général de l'enveloppe, voyez notre guide sur l'assurance-vie, sa fiscalité et sa transmission ; pour le gros patrimoine, notre guide sur l'assurance-vie luxembourgeoise pour patrimoines importants.
PEA, compte-titres et ETF : la poche actions
Sur 15 ou 20 ans, ce sont les actions qui font l'essentiel de la performance d'une épargne longue — et le choix de l'enveloppe change le résultat après impôt. Une réserve de méthode, toutefois : un rendement passé ne se reproduit pas à l'identique, et la poche actions n'a sa place qu'une fois la précaution constituée, sur un horizon où vous pouvez encaisser une baisse sans devoir vendre. Trois options structurent cette poche.
| Enveloppe | Plafond | Fiscalité des gains 2026 |
|---|---|---|
| PEA | 150 000 € | IR exonéré après 5 ans, PS 18,6 % |
| PEA-PME | Cumul avec PEA ≤ 225 000 € | IR exonéré après 5 ans, PS 18,6 % |
| Compte-titres (CTO) | Aucun plafond | PFU 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % PS) |
Le PEA(art. L. 221-30 du CMF) est l'enveloppe reine des actions européennes et des ETF éligibles : après 5 ans, les gains sont exonérés d'impôt sur le revenu, seuls les prélèvements sociaux (18,6 % en 2026) restant dus. Le PEA-PME ajoute une enveloppe complémentaire, le cumul des deux plafonnant à 225 000 €. Le compte-titresn'a pas de plafond et donne accès au monde entier (actions américaines, émergentes), mais ses gains supportent le PFU à 31,4 % au fil de l'eau ; ses moins-values sont imputables sur des plus-values de même nature pendant 10 ans.
À 41-45 %, le PEA bat presque toujours le compte-titres
Sur les actions européennes, la purge de l'IR après 5 ans rend le PEA imbattable pour un haut revenu. On garde le compte-titres pour ce que le PEA ne peut pas loger (actions hors zone éligible, gestion très active). Et un rappel utile : une société (SASU, EURL, holding) ne peut pas détenir de PEA — c'est, là encore, votre poche personnelle. Pour le détail de l'enveloppe, voyez notre guide sur le PEA et l'exonération d'IR après 5 ans.
Immobilier : déficit foncier, LMNP, SCPI, nue-propriété
L'immobilier reste un pilier patrimonial, et il complète bien une épargne financière. Quatre « portes » d'entrée, chacune avec sa logique fiscale — et son taux de prélèvements sociaux, qui varie selon la nature des revenus. C'est un point que beaucoup confondent.
⚠️ LMNP à 18,6 % ≠ location nue à 17,2 % : ne pas confondre
Erreur fréquente : les revenus immobiliers ne supportent pas tous le même taux de prélèvements sociaux en 2026. La location nue et le déficit foncier relèvent du foncier nu à 17,2 % (liste limitative du CSS). Mais le LMNP (loyers meublés, imposés en BIC) relève des 18,6 %, comme les dividendes. Un même bien, loué nu ou meublé, ne porte donc pas la même charge sociale sur ses loyers.
| Porte | Objectif | Prélèvements sociaux | IFI |
|---|---|---|---|
| Déficit foncier (location nue) | Réduire l'impôt à TMI élevée | 17,2 % (foncier nu) | Dans l'assiette |
| LMNP (location meublée) | Revenu peu fiscalisé (amortissement) | 18,6 % (meublé) | Dans l'assiette |
| SCPI | Immobilier sans gestion | 17,2 % en direct / selon enveloppe | Dans l'assiette (part immo) |
| Nue-propriété | Décote + revenu différé | Aucun revenu pendant le démembrement | Hors assiette (art. 968) |
Le déficit foncier : le levier à TMI élevée
Le déficit foncier(art. 156 du CGI) permet d'imputer les charges et travaux d'un bien loué nu (hors intérêts d'emprunt) sur le revenu global, dans la limite de 10 700 € par an, le surplus étant reportable 10 ans sur les revenus fonciers. L'économie est proportionnelle à votre tranche : à 41 %, imputer 10 700 € fait économiser environ 4 387 € d'impôt. Atout décisif : il est hors plafond des niches fiscales (10 000 €). Une majoration à 21 400 € existe pour des travaux de rénovation énergétique permettant la sortie de passoire thermique, mais sa prorogation est à confirmer au texte applicable. Les loyers nets restent imposés à la TMI + 17,2 %.
LMNP, SCPI, nue-propriété : déléguer la gestion ou différer la fiscalité
Le LMNP au réel(location meublée) permet d'amortir le bien et de générer un revenu peu fiscalisé pendant des années — mais attention, les loyers meublés relèvent des 18,6 % de prélèvements sociaux (et non 17,2 %). La SCPIoffre de l'immobilier sans gestion, en direct (loyers fonciers à 17,2 %), à crédit (effet de levier) ou logée dans une assurance-vie (les loyers capitalisent dans le contrat au lieu d'être imposés à votre TMI). La nue-propriétéenfin (art. 968 du CGI) combine une décote de 25 à 40 %, l'absence de revenu foncier (donc pas d'impôt pendant le démembrement) et une sortie de l'assiette IFI. Le panorama du véhicule pierre-papier est dans notre guide sur la SCPI et ses modalités de détention, et le mécanisme du démembrement dans notre guide sur le démembrement de propriété.
Revenus irréguliers et crédit immobilier : un point d'attention
L'immobilier en direct se finance souvent à crédit — et c'est précisément là que l'irrégularité du freelance se heurte aux banques, qui exigent de la régularité de revenus. Deux parades : présenter plusieurs bilans et un apport solide, ou privilégier des véhicules moins exigeants en endettement comme la SCPI (achat fractionné, possible au comptant) ou la nue-propriété (pas de loyer, donc pas de besoin de financer un flux). Avant de viser un crédit immobilier classique, regardez vos trois derniers bilans : si vos revenus dansent, la SCPI au comptant ou la nue-propriété vous évitent de devoir prouver une régularité que vous n'avez pas.
Limiter son IFI en choisissant où loger son épargne
Un freelance fortuné dont le patrimoine immobilier net dépasse 1,3 M€ (art. 964 du CGI) est redevable de l'impôt sur la fortune immobilière (barème de 0,5 à 1,5 %). La bonne nouvelle : la façon dont vous placez votre épargne influence directement cette base.
Les actifs hors assiette IFI
Sont hors assiette IFI: l'assurance-vie et les unités de compte non immobilières, le PEA, le compte-titres, le PER, les liquidités et les contrats de capitalisation. Orienter votre nouvelle épargnevers ces enveloppes plutôt que vers de l'immobilier détenu en direct allège directement votre base taxable. Attention toutefois : la fraction d'une SCPI (même logée en unité de compte) qui représente de l'immobilier reste réintégréeà l'assiette IFI, de même que les parts de SCI à l'IR.
Le levier le plus puissant reste la nue-propriété(art. 968 du CGI) : pendant la durée du démembrement, c'est l'usufruitier qui déclare la pleine valeur du bien, et le nu-propriétaire ne déclare rienà l'IFI. C'est un double avantage : décote à l'achat et sortie de l'assiette IFI. Nous détaillons ces mécanismes dans notre guide sur la réduction de l'IFI par le démembrement.
Sortir en dividendes ou capitaliser ? La bascule société ↔ perso
Voici l'arbitrage qui distingue le freelance en société du salarié : votre épargne personnelle vient en partie de l'argent que vous sortezde votre société. Faut-il le sortir pour l'investir en perso, ou le laisser capitaliser dans la société ? La réponse dépend de votre structure — et c'est là que SASU et EURL ne jouent pas du tout dans la même catégorie.
En SASU : les dividendes ne sont pas cotisés (l'atout)
En SASU, le président n'est pas un travailleur non salarié : ses dividendes ne supportent aucune cotisation sociale. Ils sont simplement soumis au PFU de 31,4 %(12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux en 2026). Pour alimenter vos enveloppes de particulier (assurance-vie, PEA, PER), il faut sortir l'argent : vous acquittez les 31,4 % une fois, et le net travaille en perso. L'alternative est de laisser l'excédent capitaliser dans la société(CTO PM, contrat de capitalisation art. 238 septies E, compte à terme) : vous repoussez l'impôt, mais cet argent reste prisonnier de la société — pour le faire passer en perso, il faudra de toute façon le sortir un jour, et payer les 31,4 %.
En EURL à l'IS : le piège des dividendes au-delà de 10 %
En EURL à l'IS, le gérant associé unique est un TNS, et la règle change tout : la fraction de dividendes excédant 10 % du capital social + primes d'émission + solde moyen du compte courant d'associé est assujettie aux cotisations sociales TNS (art. L. 131-6, III du CSS), en plusde l'IR. En deçà de 10 %, c'est le PFU à 31,4 %. Concrètement, avec un capital de 1 000 € et peu de compte courant, le seuil des 10 % est minuscule : presque tous vos dividendes seraient cotisés (de l'ordre de 45 %), bien plus lourd qu'en SASU.
| Critère | SASU (président assimilé salarié) | EURL à l'IS (gérant TNS) |
|---|---|---|
| Cotisations sociales sur dividendes | Aucune | Sur la fraction > 10 % (capital + primes + CCA) |
| Fiscalité de la fraction non cotisée | PFU 31,4 % | PFU 31,4 % (sous le seuil de 10 %) |
| Texte applicable | Régime général (L. 311-3, 23° CSS) | Art. L. 131-6, III CSS |
| Conséquence pour sortir du cash | Simple et prévisible (31,4 %) | Pénalisant au-delà de 10 % → arbitrage rému/dividendes |
Le piège « > 10 % cotisé » en EURL : une règle bien établie
En EURL à l'IS, l'assujettissement aux cotisations TNS de la fraction de dividendes excédant 10 % du capital, des primes et du compte courant est solidement ancrédans la loi : c'est le mécanisme propre de l'article L. 131-6, III du CSS, qui ne vise que cette fraction au-delà du seuil de 10 %.
Plus largement, la jurisprudence rappelle que des dividendes versés par une structure à l'IS détenue par un professionnel peuvent entrer dans l'assiette des cotisations sociales. La Cour de cassation l'a jugé dans un contentieux portant sur une société d'exercice libéral (SEL) dont les dividendes étaient remontés à une SPFPL (2e chambre civile, 19 octobre 2023, n° 21-20.366). Attention : ce fondement est distinct du seuil de 10 %— l'arrêt visait l'assiette des cotisations vieillesse d'une caisse libérale (profession réglementée) et ne s'applique pas tel quel au freelance en EURL ; il illustre seulement que les dividendes de structures à l'IS ne sont pas toujours à l'abri des cotisations.
Dans tous les cas, cette logique rend souvent le PER TNS(plafond 154 bis, plus large) préférable à des dividendes lourdement cotisés pour faire baisser l'impôt.
Cette bascule est donc indissociable de votre choix de structure et de votre politique de rémunération. Nous la traitons sous tous les angles dans nos guides sur le bon dosage salaire / dividendes en SASU, le choix entre SASU et EURL et la mécanique des cotisations sur dividendes au-delà de 10 % du capital. Pour la stratégie de la trésorerie qui reste dans la société, voyez que faire de la trésorerie qui dort dans votre SASU.
Cas chiffré : Marc, freelance IT, 100 000 €, TMI 41 %
Voici comment la méthode se traduit en chiffres. C'est un cas que nous rencontrons régulièrement en rendez-vous : Marc n'existe pas, mais sa situation et les règles fiscales appliquées, oui.
Note de méthode sur l'exemple chiffré
Les montants ci-dessous illustrent une mécanique d'allocation (coussin de précaution, plafond PER, ventilation par objectif) à partir d'hypothèses simplifiées. Ils ne constituent ni une simulation personnalisée, ni une promesse de rendement : un placement financier comporte un risque de perte en capital, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Le résultat réel dépend de votre situation exacte et doit être chiffré au cas par cas.
Marc, 38 ans, freelance IT (conseil et développement) en SASU, dégage environ 100 000 € de résultat distribuable une bonne année, célibataire, TMI 41 %. Il se verse un salaire qui ouvre des droits et finance son train de vie, le reste en dividendes(PFU 31,4 %, non cotisés). Ses revenus sont irréguliers, et il dispose, une fois charges, impôt et train de vie payés, d'environ 30 000 €/and'épargne disponible. Objectif : préparer une retraite que la SASU 100 % dividendes ne couvrirait pas, garder de la souplesse pour les années creuses et réduire son impôt les années fastes.
| Objectif / enveloppe | Montant | Logique | PS |
|---|---|---|---|
| Précaution renforcée | Bloc initial ~25 000 € | ≈ 8 mois de charges, livrets + fonds euros | 0 % (livrets) / 17,2 % |
| PER (retraite + lissage) | 12 000 € | Défisc à 41 % → ≈ 4 920 € d'IR en moins | 18,6 % (sortie) |
| Assurance-vie en UC | 9 000 € | Souplesse, disponibilité, transmission 990 I | 17,2 % |
| PEA + ETF | 6 000 € | Actions européennes, IR exonéré après 5 ans | 18,6 % |
| SCPI / déficit foncier | 3 000 € | Diversification immobilière mesurée | 17,2 % (foncier) |
Le PER de Marc : 12 000 € versés à TMI 41 %
Versement PER = 12 000 € Économie d'impôt à 41 % = 12 000 × 41 % = 4 920 € Effort réel d'épargne = 12 000 − 4 920 = 7 080 € Dividendes sortis (SASU) = PFU 31,4 %, 0 cotisation
La bonne année, Marc verse 12 000 € sur son PER (il pourrait monter plus haut, mais garde de la marge de manœuvre) : il économise environ 4 920 € d'impôt. L'année creuse, il ne force pas le PER et reporte le plafond non utilisé (5 ans). Les dividendes qui financent tout cela sortent à 31,4 % sans aucune cotisation, parce qu'il est président de SASU : c'est l'atout structurel de son statut.
Lecture du cas: ce qui compte, c'est l'ordre des priorités. Marc ne bloque jamais sa précaution, place le pic d'impôt sur le PER, puis range le surplus sur une assurance-vie qu'il pourra rouvrir si une année creuse arrive, avec un peu de PEA pour les actions et une touche d'immobilier. Résultat : les années pleines, il efface une partie de son impôt sur le PER ; les années creuses, il rouvre son assurance-vie sans toucher au reste.
Deux variantes : Sophie en EURL et Julien l'année record
Sophie, consultante en management en EURL à l'IS(80 000 € de bénéfice, TMI 41 %, capital 1 000 €) : avec un capital aussi faible et peu de compte courant d'associé, son seuil de 10 % (calculé sur capital + primes + solde moyen du compte courant) ne représente que quelques centaines d'euros, donc presque tous ses dividendes seraient cotisés en TNS. Elle privilégie le PER TNS(art. 154 bis, plafond plus large) pour défiscaliser plutôt que de sortir des dividendes lourdement taxés — un arbitrage qui n'existe pas en SASU. Julien, freelance data, passe d'une année à 60 000 € à une année record à 120 000 € : l'année forte, il sature son PERen mobilisant aussi les plafonds non utilisés des années précédentes (report 5 ans), transformant son pic de revenu en déduction. C'est le PER comme outil de lissage.
Faites construire votre allocation de freelance par un CGP indépendant
Du coussin de précaution calibré sur vos revenus irréguliers au plafond PER à l'euro près selon votre statut, en passant par le choix des enveloppes (assurance-vie, PEA, SCPI, immobilier) et l'arbitrage sortir/capitaliser sur votre société : nous remettons un plan de placement écrit et chiffré pour 2026, sans aucun produit-maison à vous vendre.
Avant même de placer, posez votre situation à plat : vos leviers fiscaux d'ensemble sont réunis dans notre guide d'optimisation fiscale du consultant indépendant, et le lissage de vos revenus irréguliers dans le guide lisser impôt et cotisations d'un freelance. La même logique d'allocation par objectif vaut, à structure et caisse différentes, pour le géomètre-expert à hauts revenus (profession réglementée, CIPAV). Chez Hagnéré Patrimoine, cabinet indépendant basé à Chambéry, nous bâtissons cette allocation objectif par objectif et la révisons chaque année au rythme réel de vos missions, pour qu'un trou de deux missions ne vous oblige pas à liquider votre PEA en pleine baisse de marché.

