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Guide pharmacien 202616 minMis à jour 10 juin 2026Cas chiffré 1,8 M€

Racheter une officine en 2026 : apport, prêt et montage SPFPL

Une officine se rachète aujourd'hui autour de 1,66 M€ en moyenne, et la banque vous demandera 15 à 25 % d'apport avant même de regarder votre dossier. La vraie question n'est pas combien coûte l'officine, mais comment boucler le tour de table : quel apport, quel prêt sur quelle durée, et faut-il loger la dette dans une SPFPL pour qu'elle se rembourse presque toute seule ? En quinze minutes, le plan de financement complet d'un rachat à 1,8 M€, brique par brique. Par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine indépendant (ORIAS 23002291).

FINANCEMENT RACHAT D'OFFICINE 2026

Boucler votre tour de table et structurer le montage SPFPL

Audit de votre projet de rachat : calibrage apport / prêt / compte courant, architecture SPFPL + SEL conforme à la détention réglementée, effet de levier mère-fille. Cabinet 100 % indépendant, modélisation chiffrée et anti-survente sur les hypothèses de taux.

  • Audit du tour de table et des sources d'apport
  • Chiffrage de la soutenabilité de l'annuité
  • Architecture SPFPL + SEL conforme à l'Ordre
  • Cabinet 100 % indépendant

APPORT EXIGÉ

15 à 25 %

DURÉE DU PRÊT

7 à 12 ans

VALORISATION

~7,2× l'EBE

FROTTEMENT SPFPL

~1,25 %

RETRAITE

CAVP

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

§ 1LE CADRE·3 MIN

Racheter une officine : ce que vous financez vraiment

Vous êtes pharmacien adjoint prêt à vous installer, ou titulaire qui veut s'agrandir, et vous regardez une officine à reprendre. Première chose à bien avoir en tête avant de parler chiffres : une officine n'est pas un cabinet libéral. C'est une activité commerciale — un fonds de commerce, des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) —, exploitée à l'impôt sur les sociétés via une SEL (SELARL ou SELAS). Conséquence majeure : contrairement au dentiste ou au médecin (actes exonérés de TVA), l'officine vend des médicaments soumis à TVA et récupère la TVA sur ses achats. Ce statut commercial commande tout le financement.

Le financement d'un rachat d'officine en 30 secondes

Boucler le financement d'une officine, c'est empiler cinq briques : un apport personnel (15 à 25 % du prix), un prêt professionnel d'acquisition (7 à 12 ans, assorti de garanties), un montage SPFPL qui porte la dette et la rembourse avec les dividendes de la SEL remontés à faible frottement, parfois une intégration fiscale et un compte courant d'associé en complément. L'officine vaut souvent 1 à 3 M€ : le financement est le sujet.

Parts ou fonds : deux objets de rachat, deux montages

Première bifurcation, décisive : rachetez-vous les parts de la SEL (share deal) ou le fonds de commerce (asset deal) ? Le rachat de parts est le terrain de la SPFPL : la holding rachète les titres et porte la dette ; c'est le cœur de ce guide. Le rachat du fonds se finance par un prêt amortissable plus classique, l'acquéreur reprenant l'actif et la patientèle directement dans une nouvelle SEL.

Parts ou fonds : deux fiscalités à la cession (pour le vendeur)

La distinction a aussi un effet fiscal côté cédant, qu'il faut connaître pour négocier : la plus-value de cession des parts de SEL relève de l'article 150-0 A et supporte des prélèvements sociaux de 18,6 % en 2026, tandis que la plus-value du fonds (plus-value professionnelle) supporte 17,2 %. Cette dualité, et l'optimisation fiscale complète du montage côté repreneur, sont détaillées dans le montage fiscal du rachat de parts via SPFPL.

Reste le besoin de financement total, qui ne se résume pas au prix. Il faut y ajouter le stock de médicaments (souvent 100 000 à 300 000 €, financé à part en besoin en fonds de roulement, par un crédit court terme ou une ligne dédiée) et les frais (droits d'enregistrement, honoraires, garanties). Pour situer ce rachat dans la stratégie globale du titulaire, voyez les leviers de défiscalisation du pharmacien titulaire.

§ 2VALORISATION·3 MIN

Combien vaut une officine en 2026 (le montant à financer)

Avant de monter le financement, il faut un prix — donc une valorisation. Et la méthode a changé. Longtemps on disait « une officine vaut tant de pourcents du chiffre d'affaires ». Ce repère est aujourd'hui en déclin, jugé peu fiable : les médicaments coûteux gonflent le CA sans apporter de rentabilité. La référence 2026, c'est le multiple d'EBE retraité.

Le multiple d'EBE retraité : la nouvelle référence

L'EBE retraité (excédent brut d'exploitation, corrigé de la rémunération du titulaire et des charges non récurrentes) est devenu l'indicateur central. Le multiple appliqué dépend de la taille : de l'ordre de 5,8× pour les petites marges, jusqu'à 7,9× pour les grosses officines très rentables, avec une moyenne de marché autour de 7,2×. En complément, le multiple de marge brute (environ 2,68×) sert de second regard. Le prix moyen de cession se situe autour de 1,66 M€, avec des tickets fréquents de 1 à 3 M€.

Méthodes de valorisation d'une officine en 2026 (ordres de grandeur de marché). Le multiple d'EBE a supplanté le pourcentage du CA. Le stock se finance toujours à part.
Méthode de valorisationRepère 2026 (ordre de grandeur)Statut
Multiple d'EBE retraité5,8× à 7,9× (moyenne ~7,2×)Référence
Multiple de marge brute~2,68×Complémentaire
% du chiffre d'affaires HT~51 à 76 %En déclin
Stock de médicamentsValorisé séparémentÀ financer en sus

Ces multiples sont des ordres de grandeur, pas une promesse

Les chiffres ci-dessus sont des repères de marché, pas une valorisation de votre officine. Toute valeur réelle dépend de l'emplacement, de la marge, de la dépendance à la ROSP et aux honoraires de dispensation, de l'état des baux et du potentiel de développement. Une valorisation sérieuse passe par un audit comptable et juridique : ne signez jamais sur un simple multiple. Pour la gestion de la trésorerie une fois l'officine reprise, voyez où placer la trésorerie de votre officine.
§ 3BRIQUE 1 — APPORT·3 MIN

Brique 1 — L'apport personnel : combien, et d'où il vient

La première chose que regarde une banque spécialisée pharmacie, c'est votre apport. La fourchette de marché : 15 à 25 % du prix. Un profil expérimenté avec un EBE solide en face peut viser le bas (≈ 15 %) ; un jeune diplômé sera plutôt à 25 %. Le financement moyen observé tourne autour de 78 % du prix, soit un apport effectif moyen d'environ 22 %. Sur 1,8 M€, 300 000 € d'apport = 16,7 % : bas de fourchette, acceptable avec un bon dossier.

L'apport n'est pas qu'une exigence : c'est un levier de négociation

L'apport n'est pas une obligation légale — c'est une norme de marché bancaire. Mais plus il est élevé, plus il vous sert : il absorbe les aléas des premières années et vous donne du poids pour négocier le taux, la durée et les garanties. Un apport solide peut faire gagner plusieurs dixièmes de point.

Apport ≠ cash : les 5 sources qu'on oublie

« Je n'ai pas 300 000 € sur mon livret » n'est pas un mur. L'erreur la plus fréquente est de croire que l'apport doit sortir d'un seul compte courant. En réalité, il se reconstitue en empilant plusieurs sources. On commence par l'épargne personnelle disponible. Vient ensuite l'épargne déjà investie, qu'on débloque partiellement (assurance-vie, PER) — en surveillant la fiscalité du retrait. Le compte courant d'associé, lui, est souvent exigé bloqué par la banque. Restent les aides primo-installant et le crédit vendeur, et — si vous avez déjà un patrimoine constitué — l'apport de titres à la holding. Le tableau ci-dessous récapitule ces cinq leviers :

Cinq sources pour reconstituer l'apport sans tout sortir de son épargne. Chaque levier a sa fiscalité propre : l'arbitrage se fait au cas par cas.
Source d'apportPrincipeÀ anticiper
Épargne personnelleLivrets, comptes, capital disponibleGarder une réserve de sécurité
Déblocage d'épargne investieRachat partiel d'assurance-vie, PEA, PERLa fiscalité du retrait (à chiffrer)
Compte courant d'associéApport en CCA dans la SEL ou la SPFPLSouvent exigé bloqué (voir brique 5)
Aides primo-installantDispositifs « Booster », crédit vendeur, pharmacien-investisseur minoritaire (< 50 %)Conditions à vérifier au cas par cas
Apport de titres à la holdingApport-cession 150-0 B ter (voir brique optionnelle)Report d'imposition sous conditions

Plutôt que de vendre vos placements (et de subir une fiscalité de sortie), vous pouvez aussi les nantir : c'est la logique du crédit lombard, qui dégage des liquidités d'apport tout en gardant l'épargne investie. Et avant de débloquer une assurance-vie ou un plan d'épargne retraite, mesurez la fiscalité du retrait : parfois, mieux vaut nantir que racheter.

Hagnéré Patrimoine

Auditer vos sources d'apport mobilisables

Un CGP indépendant fait l'inventaire de ce que vous pouvez réellement mobiliser (épargne, déblocages, CCA, nantissement) sans fragiliser votre patrimoine, et calibre l'apport optimal pour négocier votre prêt.

Premier échangeSans engagementCadre documenté
§ 4BRIQUE 2 — PRÊT·4 MIN

Brique 2 — Le prêt professionnel : durée, garanties, assurance

Une fois l'apport posé, la banque finance le solde par un crédit professionnel d'acquisition. C'est le poste le plus négociable du tour de table — et celui où un bon dossier (et un bon courtier) fait la différence.

Durée et taux : ce qu'on peut dire (et ne pas dire)

Le crédit est amortissable sur 7 à 12 ans (optimum souvent 7-10 ans, certaines banques montant jusqu'à 15 ans), pour une quotité financée de 75 à 85 % du prix. Sur le taux, aucune promesse : il n'existe aucun taux nominal officiel pour 2026. Il se joue dossier par dossier, au gré du marché et de la concurrence entre établissements. Un courtier spécialisé santé peut, selon la presse professionnelle, réduire le taux de l'ordre de 0,30 à 0,55 point — ordre de grandeur, pas garantie. À noter : un prêt complémentaire de la CAVP (la caisse de retraite des pharmaciens) peut exister pour certains primo-installants ; ses conditions sont à vérifier directement sur cavp.fr.

Les garanties : cumulables, et négociables

La banque ne prête pas à découvert : elle empile des garanties. La sûreté principale, c'est le nantissement des parts ou du fonds, qui adosse le prêt à l'actif racheté — ce que cette sûreté couvre réellement est détaillé dans l'assiette du nantissement de fonds de commerce. Elle y ajoute presque toujours votre caution solidaire. Pour partager le risque, elle mobilise une caution mutuelle (SIAGI) ou publique (Bpifrance), parfois un coup de pouce des répartiteurs pharmaceutiques. Et l'assurance emprunteur ferme la marche. La marge de manœuvre est réelle : la plupart de ces briques se négocient, et c'est là que se joue votre exposition.

Les garanties d'un prêt de rachat d'officine. Elles se cumulent, mais la caution personnelle et l'assurance se négocient — c'est là que se joue votre exposition réelle.
GarantieRôleRepère / négociation
Nantissement des parts ou du fondsSûreté principale (art. L. 142-1 et s. C. com. pour le fonds)Quasi systématique
Caution personnelle solidaireEngagement personnel du repreneurÀ plafonner (50-70 %) et rendre dégressive
Caution SIAGICaution mutuelle des métiersJusqu'à 2 M€ / 15 ans
Garantie BpifranceGarantie publique partielle~50 % sur un rachat
Caution des répartiteursOCP, CERP, Alliance HealthcareModalités variables, prudence
Assurance emprunteurCouvre décès / PTIA / incapacité-invalidité~0,15 % à 0,40 % du capital

Ne signez pas une caution personnelle illimitée par défaut

La caution personnelle solidaire est presque toujours demandée, mais elle n'a pas à être illimitée. Faites-la plafonner (à un pourcentage du capital) et rendre dégressive au fil des remboursements. C'est l'un des points qui protègent le mieux votre patrimoine personnel en cas de coup dur — et l'un des plus négligés à la signature.

L'assurance emprunteur : couvrir l'homme-clé

L'assurance emprunteur est exigée (coût de l'ordre de 0,15 % à 0,40 % du capital restant dû). Elle couvre le décès et la PTIA, mais aussi — point essentiel pour un titulaire — l'incapacité et l'invalidité : c'est l'EBE que vous générez qui rembourse le prêt. Une couverture incapacité/invalidité solide n'est pas un détail ; elle se prolonge naturellement dans une vraie prévoyance de profession libérale. Pour optimiser la couverture du prêt, comparez via notre guide de l'assurance emprunteur 2026.

§ 5BRIQUE 3 — LE LEVIER·3 MIN

Brique 3 — Pourquoi le prêt vit dans la SPFPL

C'est ici que tout se joue, et c'est ce qui distingue radicalement un rachat moderne d'un rachat « en direct » : pour un rachat de parts, ce n'est pas vous qui empruntez, c'est votre SPFPL (la holding de pharmaciens). Elle emprunte, rachète les titres de la SEL, et rembourse la dette avec les dividendes que l'officine fait remonter, à frottement minime. Concrètement, c'est l'exploitation qui porte l'emprunt, pas votre poche.

Le schéma de l'effet de levier

La SPFPL emprunte pour racheter les parts. Ensuite, la SEL distribue ses bénéfices : ces dividendes remontent à la SPFPL en quasi-franchise grâce au régime mère-fille (articles 145 et 216 CGI) — 95 % exonérés, soit une friction d'environ 1,25 % — et servent à payer l'annuité. À l'inverse, des dividendes versés en direct au pharmacien subiraient le PFU de 31,4 % avant même d'avoir remboursé un euro. Tout le montage tient dans cette différence.

La mécanique du remboursement

EBE de la SEL (officine)
   -> dividende vote par l'assemblee
      -> remontee a la SPFPL via le regime mere-fille
         -> friction d'environ 1,25 % (95 % exoneres)
            -> la SPFPL rembourse l'annuite du pret

VS dividendes en direct au pharmacien : PFU 31,4 % AVANT remboursement

Avec la SPFPL, presque chaque euro de dividende remonté sert au remboursement. En direct, près d'un tiers part à l'impôt avant même de toucher l'emprunt.

Les conditions, et les intérêts déductibles

Le mère-fille suppose : une détention ≥ 5 %, une conservation ≥ 2 ans, des titres en pleine propriété, mère et fille à l'IS, capital libéré (doctrine BOI-IS-BASE-10-10-20). Par ailleurs, les intérêts de l'emprunt d'acquisition des titres sont déductibles côté SPFPL (article 39, 1, 1° CGI), dans la limite du plafond ATAD (article 212 bis) — le plus élevé de 3 M€ ou 30 % de l'EBITDA, en pratique jamais bloquant pour une officine.

Le calcul fiscal complet est dans le guide dédié

Ici, on reste sur la logique de financement : qui emprunte, qui rembourse, à quel frottement. Le chiffrage fiscal complet du montage (quote-part de frais et charges, IS effectif, comparaison 1,25 % vs 31,4 %, OBO et amendement Charasse en détail) est traité dans Rachat de parts d'officine via SPFPL : le montage fiscal optimal. Pour le socle commun à toutes les professions, voyez la SPFPL du libéral et la holding comme outil de rachat à effet de levier.
§ 6BRIQUE 4 — INTÉGRATION·3 MIN

Brique 4 — L'intégration fiscale (95 %) : faire mordre la dette

Il existe un étage au-dessus du mère-fille pour optimiser la déduction des intérêts. Si la SPFPL détient au moins 95 % des droits à dividendes ET de vote de la SEL (article 223 A CGI), elle peut opter pour l'intégration fiscale : on calcule alors un résultat d'ensemble, ce qui permet d'imputer les intérêts de l'emprunt sur le bénéfice opérationnel remonté de la SEL (et non plus seulement sur les maigres produits propres de la holding). Bonus : la quote-part de frais et charges passe de 5 % à 1 %. L'option engage le groupe pour 5 ans.

Contrainte pharmacie : c'est la pluralité d'associés, pas une interdiction de détenir 100 %

Et il faut être clair sur un point souvent mal compris : depuis l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (en vigueur au 1er septembre 2024), une SPFPL de pharmaciens peut détenir jusqu'à 100 % du capital d'une SEL d'officine — le titulaire exerçant n'est plus tenu de conserver une part en direct. Le seuil de 95 % de l'intégration est donc atteignable, voire 100 % pour un titulaire unique exerçant. Ce qui bloque, ce n'est plus le droit de monter à 100 % : c'est d'avoir plusieurs pharmaciens au capital. À deux ou trois associés, les 95 % deviennent vite hors d'atteinte (et plus de 50 % du capital de la SPFPL doit rester aux pharmaciens y exerçant). Bref, l'intégration se gagne au moment où vous dessinez la structure ; elle n'est jamais donnée d'avance.

Régime mère-fille (≥ 5 %)

Toujours disponible dès 5 % de détention. Frottement d'environ 1,25 % sur les dividendes remontés. Suffit à rembourser la dette même avec plusieurs associés : c'est la brique sur laquelle repose tout le montage, intégration ou pas. Limite : l'imputation des intérêts est cantonnée aux produits propres de la holding.

Intégration fiscale (≥ 95 %)

Seuil de 95 % atteignable depuis l'ordonnance 2023-77 (jusqu'à 100 % pour un titulaire unique), mais rarement atteint en pluralité d'associés. Quand elle est possible, elle permet d'imputer les intérêts sur l'EBE de la SEL et ramène la quote-part à 1 %. Engagement de 5 ans. C'est un bonus d'optimisation, pas le socle.

Le chiffrage de l'imputation : guide dédié

Le détail de l'imputation des intérêts sur le résultat d'ensemble, et le gain réel qu'elle procure selon votre niveau de dividendes, sont chiffrés dans le montage fiscal du rachat via SPFPL. La même logique d'intégration, côté chirurgien-dentiste, est illustrée dans la SPFPL du dentiste.
§ 7BRIQUE 5 — CCA·3 MIN

Brique 5 — Le compte courant d'associé pour compléter l'apport

Dernière brique du tour de table : le compte courant d'associé (CCA). Au-delà du capital, le repreneur peut injecter de la trésorerie en CCA dans la SEL ou la SPFPL, avec une grande souplesse de remboursement. C'est souvent ce qui permet de boucler les derniers pourcents d'apport. La banque exige fréquemment un CCA bloqué sur la durée du prêt (clause de subordination) : l'associé s'engage à ne pas se rembourser avant la banque.

Rémunération et fiscalité du CCA

Le CCA peut être rémunéré par des intérêts, déductibles côté société dans la limite du taux de l'article 39, 1, 3° CGI (de l'ordre de 4,55 % pour un exercice clos au 31/12/2025 — BOI-BIC-CHG-50-50-30 —, à condition que le capital soit entièrement libéré). Côté pharmacien, ces intérêts sont des revenus de capitaux mobiliers, soumis au PFU de 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de PS). La convention de compte courant relève d'une convention réglementée (article L. 223-19 du Code de commerce), et le CCA débiteur d'un associé personne physique est interdit (article L. 223-21).

Attention à la règle des 10 % (art. L. 131-6 CSS)

Pour le gérant majoritaire au statut TNS, le solde du CCA augmente la base de la règle des 10 % : la fraction des dividendes excédant 10 % du (capital + primes + solde moyen de CCA) est réintégrée dans l'assiette des cotisations sociales. Le CCA n'est donc pas une échappatoire aux cotisations : il muscle l'apport et lisse la trésorerie, sans plus. Le détail de cette mécanique est traité dans dividendes de SEL et cotisations sociales.

Le remboursement du CCA n'est pas imposable

Bonne nouvelle de trésorerie : le remboursement du capital prêté en CCA n'est pas imposable (vous récupérez de l'argent que vous aviez prêté). Seuls les intérêts le sont. Le CCA est donc un excellent moyen de récupérer plus tard sa mise sans frottement fiscal. Pour tout maîtriser, voyez le compte courant d'associé en officine : rémunération, plafond et fiscalité et l'arbitrage salaire ou dividendes en SEL de pharmacie.
§ 8BRIQUE OPTIONNELLE·2 MIN

Brique optionnelle — Financer l'apport par un apport-cession (150-0 B ter)

Cas plus rare, mais puissant : si le repreneur possède déjà des titres d'une autre structure (une première SEL, une société), il peut les apporter à la holding de rachat au lieu de les vendre, et bénéficier du report d'imposition de la plus-value d'apport (article 150-0 B ter CGI). Cela permet d'alimenter la holding en fonds propres sans déclencher immédiatement l'impôt sur la plus-value latente.

Un report d'impôt à manier avec un fiscaliste, durci par la LF 2026

L'apport-cession a été resserré par la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026). La quotité de réinvestissement et les délais dépendent de la date de cession des titres apportés : pour les cessions intervenant avant le 21 février 2026, 60 % à réinvestir sous 24 mois en cas de cession dans les 3 ans ; pour les cessions réalisées à compter du 21 février 2026, la quotité monte à 70 % sous 36 mois, avec une conservation d'au moins 5 ans. La purge au décès est maintenue. C'est un montage à manier avec un fiscaliste : le déroulé complet est dans l'apport-cession (150-0 B ter) du libéral et dans le montage fiscal du rachat d'officine.
§ 9LE PLAN COMPLET·4 MIN

Le plan de financement complet d'un rachat à 1,8 M€

On met tout bout à bout. Prix des parts : 1,8 M€. Apport : 300 000 €. Le solde — 1,5 M€ — c'est la SPFPL qui l'emprunte, et ce sont les dividendes de l'officine, remontés en mère-fille, qui le remboursent. Le tour de table qui suit, c'est l'ossature que nous construisons au cabinet, prénoms fictifs et ordres de grandeur réels.

Note de méthode : ces chiffrages sont des illustrations, pas des projections de rendement

Les cas ci-dessous sont volontairement schématiques pour faire comprendre la mécanique du tour de table. Aucun taux de prêt n'y est chiffré (il dépend du marché 2026 et de votre dossier), et les montants d'EBE, d'apport ou de dividendes sont des ordres de grandeur. Les performances ou rentabilités passées d'une officine ne préjugent pas de ses résultats futurs : un EBE retraité ne se reconduit pas mécaniquement (réforme des marges, ROSP, honoraires de dispensation, concurrence). Toute décision doit reposer sur un audit comptable réel et une modélisation individualisée, pas sur ces exemples.
Plan de financement d'une officine à 1,8 M€ (cas Camille). Le prix des parts se finance par apport + prêt SPFPL ; le stock se finance séparément ; la dette se rembourse par les dividendes remontés.
Brique du financementMontantCommentaire
Prix des parts de la SEL1 800 000 €Valorisation ≈ 7,2× l'EBE retraité
– Apport personnel300 000 €16,7 % (épargne + CCA bloqué)
– Prêt porté par la SPFPL1 500 000 €Amortissable 12 ans, conditions 2026 (hypothèse)
Stock de médicamentsFinancé à partBesoin en fonds de roulement / crédit court terme
StructureSPFPL détenant jusqu'à 100 % de la SELIntégration possible (titulaire unique, depuis ord. 2023-77)
RemboursementDividendes SEL → mère-fille ~1,25 %L'EBE sert l'annuité

Cas 1 — Camille, pharmacienne adjointe, rachète l'officine de M. Berger (un tiers)

EBE retraité ≈ 250 000 €, valorisation ≈ 7,2× → prix des parts 1,8 M€.

Tour de table : apport 300 000 € (250 000 € d'épargne + 50 000 € en CCA bloqué) = 16,7 % ; prêt SPFPL 1,5 M€ sur 12 ans (taux = hypothèse de marché 2026, non chiffrée) ; stock ≈ 200 000 € financé à part en BFR.
Structure : la SPFPL peut détenir jusqu'à 100 % de la SEL (autorisé depuis l'ordonnance 2023-77, Camille étant seule titulaire exerçante) → intégration fiscale possible ; les dividendes remontent en mère-fille (~1,25 %) et servent l'annuité.
Garde-fou : Camille rachète à un tiers (M. Berger part en retraite) → l'amendement Charasse ne s'applique pas. Le coût fiscal exact de la remontée est chiffré dans le guide du montage SPFPL.

Cas 2 — Karim, titulaire, rachète une 2e officine via sa SPFPL existante

Karim détient déjà la SEL n°1 sous sa SPFPL ; il rachète les parts d'une 2e SEL (un tiers) valorisée ≈ 1,2 M€, avec 240 000 € d'apport (20 %) et un prêt de 960 000 € sur 10 ans.

Détention : il vérifie qu'il reste sous le plafond réglementaire de SEL détenables (à confirmer au texte applicable) et que plus de 50 % du capital reste aux pharmaciens exerçant.
Levier : la 2e SEL remonte ses dividendes en mère-fille (~1,25 %) pour servir l'annuité ; l'intégration est plus difficile (pluralité possible) → la mère-fille suffit.
Vigilance : la règle des 10 % sur les dividendes remontés (au conditionnel, cf. brique 5 et §10).

Cas 3 — Léa, jeune diplômée : reconstituer 25 % d'apport (apport ≠ cash)

Officine à 900 000 €, apport demandé ≈ 25 % = 225 000 €, qu'elle n'a pas en cash.

Reconstitution : 90 000 € d'épargne + 40 000 € de déblocage d'assurance-vie + 30 000 € en CCA + ≈ 60 000 € d'aides primo-installant (dispositif « Booster », formulé prudemment, sans caution perso) + 5 000 € de crédit vendeur.
Message : on muscle l'apport sans tout sortir de son épargne, en combinant les sources. C'est exactement la logique de la brique 1.

Le test de soutenabilité (ordre de grandeur)

EBE retraite disponible
   APRES IS et remuneration du dirigeant
      DOIT couvrir : annuite du pret + marge de securite

Si l'annuite absorbe tout l'EBE distribuable -> montage fragile
Si une marge confortable subsiste -> levier soutenable

On raisonne au niveau du FLUX (capacité de remboursement), pas du taux : c'est la durabilité de l'EBE qui valide — ou invalide — le plan de financement.

Le coût fiscal exact : guide dédié

Le calcul précis du coût fiscal de la remontée des dividendes, l'optimisation du montage et le détail de l'intégration sont chiffrés dans Rachat de parts d'officine via SPFPL : le montage fiscal optimal. Une fois la dette remboursée, la trésorerie qui s'accumule dans la holding se gère via le placement de la trésorerie de la SPFPL de pharmacie.
§ 10POINTS DE VIGILANCE·3 MIN

Les pièges à éviter (et l'amendement Charasse)

Le montage est puissant, mais quatre choses peuvent le faire dérailler. À vérifier avant de signer le compromis.

1. L'amendement Charasse : seulement en rachat à soi-même

Si un titulaire fait racheter ses propres parts par sa propre SPFPL en intégration fiscale (un OBO, owner buy-out), l'amendement Charasse (article 223 B CGI) réintègre une fraction des charges financières sur l'exercice et les 8 suivants, ce qui neutralise une partie de l'intérêt de l'intégration. Bonne nouvelle : il ne joue PAS pour un rachat à un tiers (le cas-type de ce guide). Sa conformité a été confirmée par le Conseil constitutionnel (n° 2018-701 QPC du 20 avril 2018). La structuration d'un OBO est détaillée dans le guide du montage fiscal.

2. Cotisations sociales sur les dividendes remontés (au conditionnel)

La Cour de cassation (2e civ., 19 octobre 2023, n° 21-20.366) a jugé que des dividendes de SEL remontés à une SPFPL contrôlée par le praticien peuvent entrer dans l'assiette des cotisations TNS (fraction excédant 10 % du capital + primes + CCA, article L. 131-6 CSS) — la holding ne fait pas écran. Nuance importante : des réponses ministérielles de 2025 réservent l'analyse au cas par cas et soulignent qu'il ne s'agit pas d'un arrêt de principe. À chiffrer individuellement, sans le balayer ni le survendre.

3. Amortissement du fonds : la fenêtre s'est refermée fin 2025

La déductibilité de l'amortissement du fonds commercial était réservée aux fonds acquis entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2025 (article 39, 1, 2° al. 3 CGI). Un fonds d'officine acheté en 2026 n'est donc plus amortissable fiscalement (sauf prorogation par une loi de finances, non connue au 10 juin 2026). À intégrer dans le business plan d'un asset deal : cet avantage a disparu.

4. La détention réglementée : ne jamais improviser

Le capital de la SEL et de la SPFPL de pharmaciens est strictement encadré : depuis l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, la SPFPL peut détenir jusqu'à 100 % d'une SEL d'officine, mais plus de 50 % du capital et des droits de vote de la SPFPL doivent rester aux pharmaciens exerçant, et le nombre de SEL détenables est plafonné (Code de la santé publique, loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990 recodifiée par l'ordonnance 2023-77, et leurs décrets). Ces plafonds doivent être vérifiés au texte applicable au moment du montage et validés par le Conseil de l'Ordre des pharmaciens : ne vous fiez à aucun chiffre figé.

Les 4 garde-fous d'un rachat d'officine, en un coup d'œil

1. Charasse : neutralise l'intégration en cas d'OBO, mais pas en rachat à un tiers. 2. Cotisations : la SPFPL ne fait pas écran sur les dividendes distribués (Cass. 19/10/2023, au conditionnel). 3. Amortissement du fonds : fini pour un achat en 2026. 4. Détention : capital réglementé, plus de 50 % de la SPFPL aux pharmaciens exerçant (la SPFPL peut détenir jusqu'à 100 % de la SEL depuis l'ordonnance 2023-77), plafonds de SEL à vérifier. Faites toujours valider la structure par votre expert-comptable, l'Ordre et un avocat. Voyez aussi le fonctionnement d'une holding.
§ 11ACCOMPAGNEMENT·2 MIN

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Racheter une officine, c'est faire converger un prix, un apport, un prêt, une structure réglementée et une fiscalité — sans rien laisser au hasard. Notre rôle de cabinet 100 % indépendant, c'est d'orchestrer tout ça, concrètement. On fait l'inventaire de ce que vous pouvez vraiment mettre en apport. On teste si l'EBE encaisse l'annuité. On dessine la SPFPL pour qu'elle passe devant l'Ordre. On met les banques pharmacie en concurrence, assurance emprunteur comprise. Et, une fois la dette en place, on articule le tout avec la trésorerie et la transmission.

Nous travaillons aux côtés de votre expert-comptable, de votre avocat et du Conseil de l'Ordre : pas de produit-maison, pas de biais commercial. Des chiffres, pas des promesses : quand un taux n'est qu'une hypothèse, on le dit ; quand un point reste incertain (les cotisations sur les dividendes remontés, par exemple), on le signale au lieu de le cacher. Pour replacer le rachat dans une vision d'ensemble du patrimoine du titulaire, voyez la gestion de patrimoine du professionnel libéral et les leviers de défiscalisation du pharmacien titulaire.

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Sources et références légales

  • Régime mère-fille, intégration fiscale et IS (CGI)

    Art. 145 et 216 CGI (régime mère-fille : exonération de 95 % des dividendes, quote-part de frais et charges de 5 %, IS effectif ≈ 1,25 % ; détention ≥ 5 %, conservation 2 ans, pleine propriété). Art. 223 A CGI (intégration fiscale, détention ≥ 95 % des droits à dividendes et de vote). Art. 39, 1, 1° CGI (déductibilité des intérêts de l'emprunt d'acquisition des titres). Art. 212 bis CGI (plafonnement ATAD : le plus élevé de 3 M€ ou 30 % de l'EBITDA fiscal). Art. 219 CGI (IS : 15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà). Doctrine BOFiP : BOI-IS-BASE-10-10-20.

  • Apport, garanties et compte courant d'associé

    Art. L. 142-1 et s. du Code de commerce (nantissement du fonds de commerce). Art. 39, 1, 3° CGI (taux maximal de déduction des intérêts de compte courant d'associé, de l'ordre de 4,55 % pour un exercice clos au 31/12/2025, capital entièrement libéré requis ; BOI-BIC-CHG-50-50-30). Art. L. 223-19 du Code de commerce (convention réglementée). Art. L. 223-21 du Code de commerce (interdiction du compte courant débiteur d'un associé personne physique). Art. L. 131-6 CSS (règle des 10 % : fraction de dividendes réintégrée dans l'assiette des cotisations TNS).

  • Apport-cession, Charasse et prélèvements sociaux 2026

    Art. 150-0 B ter CGI (apport-cession, report d'imposition, durci par la LF 2026 : selon la date de cession des titres apportés, réinvestissement de 60 % sous 24 mois pour les cessions avant le 21/02/2026, ou de 70 % sous 36 mois avec conservation 5 ans pour les cessions à compter du 21/02/2026). Art. 150-0 D ter CGI (abattement fixe de 500 000 € du dirigeant partant à la retraite). Art. 223 B CGI (amendement Charasse, rachat à soi-même dans un groupe intégré ; Cons. const. n° 2018-701 QPC du 20 avril 2018). LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) : PS de 18,6 % sur dividendes, intérêts et plus-values de titres (PFU 31,4 %) ; 17,2 % maintenus sur les plus-values professionnelles de cession de fonds.

  • Détention réglementée de l'officine et jurisprudence

    Code de la santé publique, art. L. 5125-1 et s. (monopole pharmaceutique, détention de l'officine). Loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990 (SEL et SPFPL) et ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023 (recodification) : majorité du capital et des droits de vote aux pharmaciens exerçant, nombre de SEL détenables plafonné (à vérifier au texte applicable). Cass. 2e civ. 19 octobre 2023 n° 21-20.366 (dividendes de SEL remontés à une SPFPL et cotisations TNS, portée au conditionnel). Retraite du pharmacien titulaire : CAVP. PASS 2026 : 48 060 € (arrêté du 22 décembre 2025).

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Bassens). Il ne constitue ni un conseil juridique, fiscal ou bancaire, ni une incitation à racheter une officine. Tout plan de financement, montage SPFPL, prêt à effet de levier et toute structuration de détention doivent faire l'objet d'une étude individualisée préalable, validée avec votre expert-comptable, votre banque, le Conseil de l'Ordre des pharmaciens et, le cas échéant, un avocat et un notaire. Les taux de prêt ne sont pas chiffrés (hypothèses de marché signalées). Plusieurs points sont signalés au conditionnel : plafonds de détention des SPFPL de pharmaciens, jurisprudence des cotisations sociales (Cass. 19/10/2023), pérennité de l'amortissement du fonds commercial, quotité de l'apport-cession selon la date. Vérifiez les valeurs CAVP 2026 sur cavp.fr. Données à jour au 10 juin 2026 (LF 2026, LFSS 2026), susceptibles d'évoluer.

Foire aux questions

Tout sur le financement d'un rachat d'officine en 2026 apport, prêt, garanties, montage SPFPL.

Les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous : combien d'apport, peut-on racheter sans apport, sur quelle durée, quelles garanties, comment se rembourse le prêt de la SPFPL, et le plan de financement type d'un rachat à 1,8 M€. Réponses sourcées et à jour 2026.