Le paradoxe du plafond : plus vous gagnez, plus le trou est grand
Disons les choses simplement : vous gagnez 350 000 € par an, mais votre retraite CARMF sera calculée comme si vous en gagniez 168 210 €. Ce n'est pas une erreur de relevé, c'est le paradoxe du plafond. Vos cotisations sont écrêtées à 3,5 PASS, alors que votre revenu, lui, ne l'est pas. Toute la fraction de revenu au-dessus du plafond ne vous rapporte aucun droit supplémentaire. Résultat : un taux de remplacement souvent estimé entre 10 et 15 % — l'un des plus faibles du corps médical. Le jour de votre départ, votre revenu mensuel peut être divisé par dix si vous n'avez rien anticipé. Pour un radiologue, le complément n'est donc pas une option de confort : c'est une nécessité. Et la bonne nouvelle, c'est que votre actif le plus lourd — vos parts de groupe d'imagerie — peut devenir votre vraie retraite. Ce guide chiffre le trou réel d'un radiologue à 350 000 €, puis détaille la pile à quatre étages (CARMF, PER, assurance-vie, immobilier) et la cession des parts qui, ensemble, reconstituent votre niveau de vie.
Cotisations plafonnées, revenu non plafonné
La conséquence est purement arithmétique. Un radiologue à 350 000 € acquiert exactement les mêmes droits RCV qu'un confrère à 168 210 € : la fraction de 181 790 € (350 000 − 168 210) ne génère aucun point de complémentaire, et la fraction de 109 700 € (350 000 − 240 300) aucun point de base. C'est la même mécanique de plafonnement que celle qui frappe le chirurgien (en secteur 2) et, plus largement, tout médecin spécialiste à hauts revenus. La seule différence pour le radiologue, on va le voir, tient au secteur d'exercice.
Comment se compose votre retraite CARMF : base, RCV, ASV
Votre pension obligatoire se monte en trois étages ; voyons lesquels. En tant que médecin, vous relevez de la catégorie « santé » des professions libérales (art. L. 640-1 du Code de la sécurité sociale), affiliée à la CNAVPL, qui chapeaute dix sections professionnelles (art. L. 641-1 CSS) : la CARMF est la section des médecins. Votre retraite empile trois régimes par points, chacun avec son propre plafond.
Les trois étages obligatoires
Trois étages, trois plafonds
| Régime | Base légale | Cotisation 2026 | Plafond d'assiette | Valeur de service du point |
|---|---|---|---|---|
| Base CNAVPL (par points) | CSS L. 642-1 | 8,73 % ≤ 1 PASS / 1,87 % de 1 à 5 PASS | 5 PASS = 240 300 € | 0,6599 € |
| Complémentaire RCV | CSS L. 644-1 | 11,80 % | 3,5 PASS = 168 210 € | 77,14 € |
| ASV (conventionnés) | CSS L. 645-1 à L. 645-3 | Forfait + ajustement | 5 PASS = 240 300 € | 11,82 € |
Le radiologue, majoritairement en secteur 1
C'est ici que le radiologue se distingue du chirurgien. L'ASV (art. L. 645-1 CSS) n'existe que pour les conventionnés, et son financement dépend du secteur. Aux termes de l'art. L. 645-3 CSS, les caisses d'assurance maladie participent à cette cotisation « dans les conditions prévues au 5° du I de l'article L. 162-14-1 » — la convention médicale. Or le radiologue exerce très majoritairement en secteur 1 : les caisses financent alors les deux tiers (≈ 66,7 %) de la cotisation ASV, sur le forfait comme sur l'ajustement. Il ne supporte donc pas la « double peine » du secteur 2(forfait ≈ 5 751 € + 4 % d'ajustement, 0 % de prise en charge) qui pèse sur le chirurgien.
Le trou du radiologue ne vient pas du secteur, mais du plafond RCV
Âge de départ, décote et réversion en 2026
Avoir des droits ne suffit pas : ce que vous toucherez vraiment dépend de l'âge de départ, d'une éventuelle décote, et le jour venu de la réversion au conjoint. L'âge légal (62 à 64 ans selon votre génération) voit son calendrier de relèvement gelé par la LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30/12/2025) : ne raisonnez pas sur « 64 ans » comme un acquis. Le vrai repère, c'est 67 ans : à cet âge, le taux plein est automatique, sans décote quelle que soit la durée d'assurance — c'est l'âge sur lequel cale son départ le radiologue de notre cas pratique. En partant avant 67 ans et sans durée complète, une décote de 1,25 % par trimestre manquant s'applique, plafonnée à 20 trimestres (soit −25 % au maximum).
La réversion CARMF
| Régime | Taux de réversion | Âge minimum | Condition de ressources |
|---|---|---|---|
| Base CNAVPL | 54 % | 55 ans | Oui (≈ 25 002 € seul / 40 003 € couple, 2026) |
| Complémentaire RCV | 60 % | 62 ans | Non |
| ASV | 50 % | 62 ans | Non |
La réversion ne reconstitue pas le revenu du ménage
Le trou réel : un radiologue à 350 000 € qui part à 67 ans
Le paradoxe, en euros, donne ceci. Le « trou » d'un radiologue, c'est l'écart entre son dernier revenu d'activité et sa première pension. Plus le revenu dépasse les plafonds (168 210 € pour la RCV, 240 300 € pour la base), plus cet écart se creuse : vos droits plafonnent, votre revenu non.
Le décrochage de proportion (radiologue à 350 000 €)
Revenu d activite = 350 000 EUR (~29 000 EUR/mois) Plafond d assiette base (5 PASS) = 240 300 EUR -> 109 700 EUR sans droit de base Plafond d assiette complementaire RCV = 168 210 EUR -> 181 790 EUR sans droit RCV Taux de remplacement = Pension annuelle CARMF (base + RCV + ASV) / Dernier revenu d activite
Au-dessus des plafonds, chaque euro gagné en plus ne génère aucun droit : le dénominateur grossit, le numérateur reste bloqué, le taux de remplacement s'effondre. Pour un radiologue à 350 000 €, il se situe souvent entre 10 et 15 % (estimation sectorielle, au conditionnel).
Cas n°1 — Dr Sylvain, radiologue secteur 1, 350 000 €, départ à 67 ans
Droits acquis : il cotise sur 240 300 € au plus pour la base et 168 210 € au plus pour la RCV. Les fractions de 109 700 € (base) et 181 790 € (RCV) au-dessus des plafonds ne lui rapportent aucun droit.
ASV : en secteur 1, les caisses financent environ les deux tiers de sa cotisation — pas de double peine ici.
Pension obligatoire estimée (base + RCV + ASV, carrière pleine) : de l'ordre de 2,5 à 3 k€ par mois [estimation sectorielle, au conditionnel, à affiner sur le RIS].
Trou : de l'ordre de 26 k€ par mois de revenu d'activité à compenser, soit un taux de remplacement estimé entre 10 et 15 %.
Déontologie : aucun montant individuel ne peut être garanti
Quel est VOTRE taux de remplacement réel ?
Un CGP indépendant estime votre pension CARMF à partir de votre relevé de carrière, chiffre l'écart avec votre revenu d'activité et calibre le capital à constituer à partir de vos vrais chiffres.
La pile à 4 étages pour reconstituer votre niveau de vie
Assez de diagnostic. Place à ce qui change vraiment votre retraite : reconstruire le revenu manquant. Le « trou » d'un radiologue ne se comble pas avec un seul produit, mais avec une pile à quatre étages, hiérarchisés du plus efficace fiscalement au plus patrimonial. Et au sommet de la pile, un actif que le radiologue est presque le seul à détenir à ce niveau : ses parts de groupe d'imagerie.
| Étage | Levier | À quoi il sert | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| 1 | CARMF optimisée | Rachats de points, choix de l'âge de départ | RCV + ASV non génératrices en cumul ; effet limité |
| 2 | PER (art. 154 bis) | Défiscaliser à l'entrée tant que la tranche est haute | Bloqué jusqu'à la retraite ; PS 18,6 % sur les gains |
| 3 | Assurance-vie | Liquidité et transmission hors succession (990 I) | Pas de déduction à l'entrée |
| 4 | Immobilier + SEL/SPFPL | Revenu régulier (SCPI) et réservoir de capitalisation | La SCM n'est PAS un placement |
| + | Cession des parts d'imagerie | Le capital retraite majeur du radiologue (150-0 D ter) | Abattement = IR seul, PS dus à 18,6 % |
Une limite peu connue de la CARMF : le cumul emploi-retraite
En rendez-vous, on raisonne toujours à l'envers (backward-planning) : on part de votre trou en euros, et on remonte au capital à constituer. Pour le Dr Sylvain (trou ≈ 26 k€/mois), le capital nécessaire se modélise selon l'horizon et le rendement retenus (au conditionnel), en intégrant la part majeure que représentera la cession de ses parts. Chaque étage est détaillé ensuite. Le panorama d'ensemble du libéral : préparer sa retraite de professionnel libéral.
Le PER : votre levier d'impôt n°1 à 45 % de tranche (jusqu'à 88 911 €)
Pour un radiologue dans la tranche à 45 %, il n'existe pas de meilleur levier d'assiette que le PER. L'article 154 bis du CGI vous laisse déduire de votre bénéfice 10 % (dans la limite de 8 PASS) + 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS, avec un plancher de 4 806 € et un maximum de 88 911 €en 2026 — atteint dès un bénéfice de 384 480 €, ce qui est proche du revenu d'un radiologue à 350 000 €.
Le plafond PER TNS 2026, du plancher au maximum
PLAFOND PER TNS = 10 % x benefice (dans la limite de 8 PASS)
+ 15 % x (min(benefice, 8 PASS) - 1 PASS)
PASS 2026 = 48 060 EUR | 8 PASS = 384 480 EUR
PLANCHER = 10 % x 1 PASS = 4 806 EUR
MAXIMUM = 10 % x 384 480
+ 15 % x (384 480 - 48 060)
= 38 448 + 50 463 = 88 911 EURLe maximum de 88 911 € suppose un bénéfice d'au moins 384 480 € (8 PASS). À 45 % de TMI, déduire ce maximum représente environ 40 010 € d'impôt en moins — et un RFR abaissé d'autant.
Cas n°2 — Dr Sylvain (suite) : l'effet du PER à 45 %
En versant 88 911 € sur son PER, à 45 % de tranche, il économise 88 911 × 45 % = 40 010 € d'impôt sur le revenu, et son RFR baisse d'autant (effet sur la CEHR et la CDHR — voir section 10). L'économie d'impôt finance ainsi près de la moitié de son effort d'épargne.
Sur quinze ans, il capitalise à son nom (hypothèse de rendement au conditionnel). À la sortie : la part versements est imposée au barème (TMI retraite souvent ≈ 30 % < 45 % à l'entrée = gain net), les gains au PFU de 31,4 % (PS 18,6 %). Le détail chiffré selon le bénéfice : combien d'impôt le PER fait économiser.
Note de méthode : comment lire nos projections
Trois pièges à connaître (anti-survente)
Le PER est le levier le plus fort, mais il a trois angles morts à poser avant de signer. Premier angle mort : il ne crée aucun droit CARMF. Le versement déduit reste dans l'assiette des cotisations sociales (art. L. 131-6 CSS) : l'avantage se mesure uniquement à l'impôt sur le revenu, jamais en réduction de charges sociales — vous capitalisez à votre nom, vous ne « rachetez » pas de la retraite obligatoire. Deuxième : le plafond 154 bis n'est pas reportable : la fraction non utilisée est perdue à la clôture de l'exercice, alors que seul le plafond général du 163 quatervicies se reporte (3 ans selon la doctrine, porté à 5 ans pour les plafonds générés à compter de 2026 selon la LF 2026 — point à confirmer au texte) et se mutualise entre conjoints mariés ou pacsés ; bonne nouvelle, la sur-déduction Madelin de 15 % n'ampute pas votre plafond PER individuel. Le troisième tient aux prélèvements sociaux de sortie, à 18,6 % depuis la LFSS 2026 (CSG 10,6 + CRDS 0,5 + solidarité 7,5), et non 17,2 % comme l'assurance-vie. Au final, le PER reste gagnant dès lors que votre tranche à la retraite est plus basse qu'en activité — ce qui est presque toujours le cas pour un radiologue passé de 45 % à 30 %. Le détail de cette dualité : le plafond PER 154 bis du professionnel libéral et le guide complet du Plan d'épargne retraite.
PER ou assurance-vie : la complémentarité, pas le choix
En rendez-vous, la question tombe presque à chaque fois : « PER ou assurance-vie ? ». La réponse déçoit ceux qui attendent un arbitrage : la plupart de nos clients radiologues prennent les deux, parce qu'ils ne servent pas à la même chose. Le PER défiscalise à l'entrée (tranche haute), mais bloque l'épargne jusqu'à la retraite. L'assurance-vie ne se déduit pas, mais elle apporte ce que le PER n'offre pas : la liquidité (rachats possibles à tout moment) et une transmission hors succession très efficace.
Côté transmission, l'assurance-vie reste l'outil de référence : abattement de 152 500 € par bénéficiaire sur les primes versées avant 70 ans (art. 990 I), puis taxation de 20 % puis 31,25 % ; et abattement de 30 500 € pour les primes versées après 70 ans (art. 757 B). Pour les patrimoines les plus élevés, l'assurance-vie luxembourgeoiseajoute une dimension de sécurité et d'architecture sur mesure (sans la survendre : la fiscalité française reste celle qui s'applique au résident).
La dualité 2026 à retenir : PER 18,6 % vs AV 17,2 %
PER — défiscaliser à l'entrée
Points forts
- Déduction des versements (art. 154 bis, jusqu'à 88 911 € en 2026)
- Économie d'IR à 45 % : jusqu'à ≈ 40 010 €
- Baisse du RFR (effet CEHR / CDHR)
Points de vigilance
- Épargne bloquée jusqu'à la retraite (sauf cas légaux)
- Gains soumis à 18,6 % de PS à la sortie
- Sortie en capital imposée au barème (part versements)
Assurance-vie — liquidité et transmission
Points forts
- Disponible à tout moment (rachats)
- Transmission hors succession (990 I : 152 500 €/bénéficiaire)
- Prélèvements sociaux maintenus à 17,2 %
Points de vigilance
- Aucune déduction à l'entrée
- Abattement réduit à 30 500 € au-delà de 70 ans (757 B)
- Risque de perte en capital sur les unités de compte
Immobilier, SEL et SPFPL — et surtout pas la SCM
Le quatrième étage fait travailler le reste de votre capacité d'épargne : l'immobilier pour un revenu régulier, la SEL et la SPFPL comme réservoir de capitalisation. Avec une erreur qu'on voit revenir cabinet après cabinet : croire que la trésorerie qui dort dans la SCMest « placée ». Elle ne l'est pas.
L'immobilier : un revenu qui tombe chaque mois
Les SCPI versent un loyer mutualisé chaque trimestre, sans la gestion d'un bien en direct : c'est l'outil le plus simple pour transformer un capital en complément de pension. Les murs d'un cabinet ou d'un plateau d'imagerie peuvent aussi être détenus via une SCI. Le déficit foncier (art. 156 CGI) reste imputable sur le revenu global jusqu'à 10 700 € par an (21 400 € pour des travaux de rénovation énergétique « sortie de passoire », dispositif sous réserve de prorogation au 31/12/2027 — au conditionnel). Le foncier nu supporte des prélèvements sociaux de 17,2 %. La location meublée (LMNP) relève en revanche d'une zone grise sur ses prélèvements sociaux depuis la LFSS 2026, à formuler au conditionnel.
La SEL et la SPFPL : le réservoir de capitalisation
Votre SEL (et, au-dessus, une SPFPL) peut servir de réservoir : le bénéfice non distribué y est capitalisé avec un frottement d'IS réduit, notamment via un contrat de capitalisation détenu par la société (art. 238 septies E CGI). Mais un point d'honnêteté s'impose : si vous êtes travailleur non salarié, les dividendes remontés de la SEL vers la SPFPL au-delà de 10 % du capital, des primes et des comptes courants supportent les cotisations TNS (art. L. 131-6 CSS) — et l'interposition de la SPFPL ne fait pas écran (Cass. 2e civ. 19/10/2023 n° 21-20.366, rendu à propos d'une SELARL). Le contour précis de l'assiette assujettie (part des dividendes revenant au TNS) a fait l'objet de précisions législatives postérieures à l'arrêt : à confirmer à la réglementation en vigueur l'année concernée. La SPFPL n'est en tout état de cause pas un abri à charges.
La SCM est transparente : ce n'est PAS une tirelire
Pour structurer concrètement : placer la trésorerie de sa SELARL ou de sa SCM et loger ses parts et capitaliser ses dividendes dans une SPFPL. Pour le complément de revenu : les SCPI comme complément de revenu régulier à la retraite.
Vos parts de groupe d'imagerie SONT votre retraite
C'est ici que le radiologue n'a aucun équivalent chez les autres médecins. Un généraliste cède une patientèle ; un radiologue, lui, détient des parts d'un plateau technique lourd (IRM, scanner, fort capital investi) qui valent souvent plusieurs centaines de milliers d'euros. Le capital de cession des parts du groupe d'imagerie est souvent l'actif le plus important de tout son bilan retraite — bien davantage que les pensions CARMF. Bien préparée, cette cession peut à elle seule combler une grande partie du trou.
La fiscalité de la plus-value au départ en retraite
La cession des parts est une plus-value mobilière (art. 150-0 A CGI). Plusieurs régimes de faveur existent au départ en retraite, qu'il faut soigneusement distinguer :
| Dispositif | Portée | Ce qu'il exonère | Prélèvements sociaux |
|---|---|---|---|
| 150-0 D ter | Abattement fixe 500 000 € sur la PV de titres de SEL à l'IS, dirigeant partant en retraite | IR seulement | 18,6 % dus sur la totalité de la PV |
| 151 septies A | Exonération de la PV pro au départ en retraite (parts = actif pro via 151 nonies) | IR seulement | 18,6 % dus |
| 238 quindecies | Cession de branche : exonération totale < 500 000 €, dégressive jusqu'à 1 000 000 € | IR + PS | Exonérés dans la limite |
| 150-0 B ter | Apport-cession : report d'imposition (holding IS, réinvestissement sous 24 mois) | Report (différé) | Reportés |
Le dispositif phare pour des titres de SEL à l'IS, c'est le 150-0 D ter : un abattement fixe de 500 000 € sur la plus-value, prorogé jusqu'au 31/12/2031 (art. 70-II de la LF 2025). Les conditions sont strictes : cession de l'intégralité (ou de plus de 50 % des droits de vote), exercice de fonctions de direction, cessation de toute fonction et liquidation des droits à la retraite dans une fenêtre de 24 mois avant ou après la cession (CE 16/10/2019 n° 417364). Le 238 quindecies (cession de branche, CE 13/06/2018 n° 401942) exonère, lui, l'IR et les PS sous le seuil. Quant à l'apport-cession 150-0 B ter, il diffère l'imposition moyennant un réinvestissement économique sous 24 mois (le quota de 60 % serait porté à 70 % pour les cessions à compter du 21/02/2026 — au conditionnel ; la location meublée sans moyens significatifs n'est pas un réinvestissement éligible, CE 19/04/2022 n° 442946).
Le point martelé : l'abattement, c'est l'IR seul — les PS restent dus
Cas n°3 — Dr Inès, radiologue, cède ses parts de SELARL d'imagerie (PV 700 000 €)
Impôt sur le revenu : abattement de 500 000 € → base imposable = 700 000 − 500 000 = 200 000 €, soumis au PFU à 12,8 % = 25 600 €.
Prélèvements sociaux : 18,6 % × 700 000 € (totalité, avant abattement) = 130 200 €.
Total ≈ 155 800 €, soit ≈ 22,3 % de la plus-value.
Relisez les deux lignes : l'abattement a effacé l'IR sur 500 000 €, mais les 130 200 € de prélèvements sociaux, eux, sont tombés sur la totalité. (Pensez aussi que cette plus-value gonfle le RFR de l'année — voir section 10.)
Financiarisation de l'imagerie : une option, pas une évidence
Le contexte 2026 est marqué par la financiarisation de l'imagerie : des fonds d'investissement rachètent les parts des radiologues partants, un mouvement débattu jusqu'au Sénat et qui pose des questions déontologiques d'indépendance professionnelle. À traiter comme une option patrimoniale parmi d'autres, sans la survendre : la fiscalité de la plus-value (150-0 D ter) ne change pas selon l'acquéreur. L'essentiel reste de synchroniser la cession avec la liquidation des droits (les 24 mois). La fiscalité détaillée, dispositif par dispositif : vendre ses parts dans un groupe d'imagerie : fiscalité de la plus-value. Et la vision d'ensemble : la stratégie patrimoniale d'ensemble du radiologue.
Transformer vos parts d'imagerie en capital retraite
On modélise la cession de vos parts (150-0 D ter, conditions des 24 mois), on chiffre l'IR et les prélèvements sociaux réels, et on l'articule avec votre PER et votre assurance-vie pour reconstituer votre niveau de vie. Coordination avec votre expert-comptable.
Hauts revenus : CEHR, CDHR et le pic de l'année de cession
Un radiologue à 350 000 € est concerné par deux surtaxes des hauts revenus, et l'année de cession de ses parts est un moment particulièrement sensible.
La CEHR (art. 223 sexies CGI) frappe le revenu fiscal de référence : 3 % sur la fraction de RFR comprise entre 250 000 € et 500 000 € (célibataire ; 500 000 € à 1 000 000 € pour un couple), puis 4 % au-delà. La CDHR (art. 224 CGI) garantit, elle, une imposition minimale de 20 % du RFR retraité dès que ce RFR dépasse 250 000 € (seul) ou 500 000 € (couple). Elle a été créée par l'art. 10 de la LF 2025 (loi n° 2025-127 du 14/02/2025, Cons. const. n° 2025-874 DC du 13/02/2025) et reconduite par la LF 2026(loi n° 2026-103 du 19/02/2026, Cons. const. n° 2026-901 DC du 19/02/2026), jusqu'au retour du déficit public sous 3 % du PIB. Le périmètre exact du RFR retraité et la mécanique de la décote restent à confirmer au simulateur officiel (au conditionnel).
L'année où vous cédez vos parts, votre RFR explose
Rappel du barème de référence : l'IR 2026(art. 197 CGI) reste à 0 / 11 / 30 / 41 / 45 %, la tranche à 45 % s'appliquant au-delà d'environ 181 917 € par part — un seuil très largement dépassé par un radiologue à 350 000 €.
5 erreurs qui coûtent cher au radiologue qui part en retraite
Pour finir, le condensé des erreurs qu'on corrige le plus souvent en rendez-vous avec des radiologues proches du départ.
À éviter
Points forts
- Croire que la CARMF couvrira votre niveau de vie : le taux de remplacement tourne souvent autour de 10-15 %.
- Confondre l'abattement de 500 000 € avec une exonération totale : les prélèvements sociaux de 18,6 % restent dus.
- Rater la fenêtre des 24 mois (cession / cessation / liquidation) : l'abattement 150-0 D ter tombe (CE 16/10/2019 n° 417364).
- Prendre la SCM pour une tirelire : elle est transparente (239 quater A) et ne place pas de trésorerie.
- Croire la SPFPL « anti-charges » : les dividendes SEL→SPFPL sont cotisés TNS (Cass. 19/10/2023 n° 21-20.366).
À faire
Points forts
- Lire votre RIS / EIG pour connaître votre pension réelle, pas une moyenne.
- Saturer le PER tant que vous êtes à 45 % (jusqu'à 88 911 € en 2026).
- Préparer la cession de vos parts d'imagerie 24 mois avant le départ.
- Placer la trésorerie excédentaire dans la SEL ou la SPFPL, jamais dans la SCM.
- Simuler l'année de cession (CEHR / CDHR) avec votre expert-comptable.
Le mot de la fin
Construire votre feuille de route retraite de radiologue
On part de votre relevé de carrière, on estime votre pension CARMF réelle, on en déduit l'écart à combler, puis on calibre PER, assurance-vie, immobilier et cession des parts — sur votre tranche et votre horizon.

