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Guide anesthésiste 202617 minMis à jour 24 juin 20263 cas chiffrés

SELARL ou SELAS pour un anesthésiste-réanimateur : quel statut juridique en 2026 ?

On vous a sûrement dit « passe en SELAS, tu sortiras tes dividendes au seul PFU ». Pour un anesthésiste-réanimateur, ce raccourci est piégeux : votre régime social suit votre activité de soins (TNS / CARMF), pas votre mandat. SELARL gérant majoritaire (cotisations ~40-45 %) ou SELAS président (assimilé salarié, ~70-80 %) : le vrai arbitrage se joue sur le régime social, les dividendes (PFU 31,4 %, règle des 10 %), la retraite CARMF (ASV secteur 1/2), la surcouche CEHR/CDHR et la SPFPL. Décryptage chiffré 2026, par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine (ORIAS 23002291).

SELARL OU SELAS — ANESTHÉSISTE-RÉANIMATEUR 2026

Choisir la bonne structure avant de signer chez l'avocat

Audit indépendant : comparatif chiffré SELARL vs SELAS sur votre cas — coût social, traitement des dividendes (règle des 10 %), retraite CARMF (ASV secteur 1/2), prévoyance, SPFPL et pilotage du RFR (CEHR/CDHR). La forme se choisit après la stratégie, pas l'inverse.

  • Comparatif SELARL / SELAS chiffré
  • Régime social et règle des 10 % calculés
  • Retraite CARMF, PER et SPFPL intégrés
  • Sans produit-maison

PFU DIVIDENDES

31,4 %

COTIS. TNS (SELARL)

~40-45 %

CHARGES (SELAS)

~70-80 %

RÈGLE DES 10 %

L. 131-6 CSS

IS PME

15 / 25 %

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

§ 1EN BREF·3 MIN

SELARL ou SELAS : deux sociétés à l'IS, une seule vraie différence

L'essentiel en 30 secondes

  • SELARL et SELAS sont deux sociétés d'exercice libéral à l'IS : même fiscalité des bénéfices, même règle de dividende, mêmes obligations ordinales.
  • La seule vraie différence patrimoniale = le régime social du dirigeant : gérant majoritaire de SELARL = TNS (~40-45 %) ; président de SELAS = assimilé salarié (~70-80 % sur la part mandat).
  • Le point d'arbitrage majeur = le traitement des dividendes : la règle des 10 % (art. L. 131-6 CSS) frappe le gérant TNS, pas le président de SELAS en direct.
  • Le piège anesthésiste : votre régime social suit votre activité de soins (TNS / CARMF), pas votre mandat — la SELAS protège moins qu'on ne le croit.
  • Dans les deux cas : capital minimum 1 €, dividendes au PFU 31,4 % (pas 30 %), affiliation CARMF maintenue.

Entre deux gardes, vous avez déjà tranché le plus dur : vous quittez le BNC pour passer en société. Reste la question qui revient chez l'avocat et l'expert-comptable, juste avant la signature des statuts — SELARL ou SELAS ? Sur les forums d'anesthésistes, on vous a peut-être promis qu'en SELAS vous sortiriez vos dividendes « sans charges ». Le calcul a l'air imparable : sur une distribution de 50 000 €, l'écart entre un dividende au seul PFU (31,4 %) et un dividende rattrapé par les cotisations TNS peut dépasser 10 000 € — de quoi croire qu'on a trouvé la faille. Sauf que, pour un médecin, ce raccourci mérite qu'on le décortique : votre régime social ne suit pas votre mandat, il suit votre activité de soins. C'est l'angle mort de presque tous les comparatifs qu'on voit passer. On le prend de face, chiffres 2026 posés sur la table.

Le point commun d'abord, parce qu'il pèse plus lourd que les différences : ce sont toutes deux des sociétés d'exercice libéral soumises à l'impôt sur les sociétés, où les anesthésistes exerçants doivent détenir plus de 50 % du capital et des droits de vote, et dont la constitution passe par l'agrément du Conseil de l'Ordre. Fiscalité des bénéfices, taux des dividendes, affiliation CARMF : sur tout cela, SELARL et SELAS ne diffèrent en rien. La différence se joue ailleurs.

Le cadre juridique commun, c'est l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, entrée en vigueur le 1er septembre 2024, qui a remplacé l'ancienne loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990 sur les sociétés d'exercice libéral. Que vous choisissiez l'une ou l'autre, le bénéfice est imposé à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %), les dividendes au PFU de 31,4 %, et vous restez affilié à la CARMF pour votre activité de soins. La vraie ligne de partage tient en une variable : le régime social du dirigeant. Le reste n'est que conséquence.

SELARL et SELAS partagent l'essentiel : IS, dividendes au PFU 31,4 %, détention majoritaire par les exerçants, agrément ordinal, affiliation CARMF. La différence décisive est le régime social du dirigeant — et ses conséquences sur les dividendes, la protection sociale et la retraite.
CritèreSELARLSELAS
DirigeantGérant (souvent majoritaire)Président
TitresParts socialesActions
Régime social du dirigeantTNS (gérant majoritaire) — caisse CARMFAssimilé salarié — régime général (part mandat)
Règle des 10 % sur dividendesS'applique (gérant majoritaire TNS)Ne joue pas en direct (sous réserve §5)
Souplesse statutaireEncadrée (agrément des cessions aux 2/3)Forte liberté statutaire (actions)
Agrément du Conseil de l'OrdreOuiOui

Ce qui change vraiment (et ce qui ne change pas)

Ne perdez pas de temps sur les fausses différences. La fiscalité des bénéfices est identique (IS), le traitement fiscal des dividendes est identique (PFU 31,4 %), et vous restez médecin affilié à la CARMF dans les deux cas. Ce qui change : le statut social du dirigeant (TNS ou assimilé salarié), et donc le coût des cotisations, la protection sociale, la retraite complémentaire et — surtout — la façon dont vos dividendes sont (ou non) rattrapés par les cotisations. Pour un panorama complet des formes, voyez notre guide EI, EURL, SELARL, SELAS : quel statut juridique choisir en profession libérale.
§ 2LE POINT DE DÉPART·3 MIN

Rester en BNC ou passer en société : le vrai seuil de bascule

Avant même de comparer SELARL et SELAS, une question se pose : faut-il vraiment quitter le BNC ? En exercice individuel, l'anesthésiste libéral est imposé sur ses bénéfices non commerciaux (art. 92 CGI) : recettes moins dépenses, taxées à l'IR au barème, sur la totalité du bénéfice— qu'il soit dépensé ou laissé sur le compte. Il n'y a aucun écran sociétaire : tout le bénéfice atterrit dans votre revenu imposable, et les cotisations TNS (URSSAF + CARMF) frappent elles aussi la totalité, art. L. 611-1 et L. 631-1 CSS.

C'est là que le BNC coince pour un anesthésiste à TMI 45 % : impossible de piloter l'assiette des cotisations, impossible de capitaliser le bénéfice non consommé à un taux inférieur. Chaque euro gagné est imposé et cotisé l'année même. La société d'exercice libéral change la donne : le bénéfice est logé à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %), vous vous versez une rémunération calibrée et vous arbitrez le solde entre capitalisation et dividende — avec, au-dessus, la possibilité d'une SPFPL.

À partir de quand quitter le BNC ?

On observe en pratique un seuil de bascule autour de 130 000 € de bénéfice pour un médecin — un peu plus haut que le ~110 000 € générique, parce que la CARMF pèse sur les cotisations. La zone de transition se situe entre 90 000 et 130 000 €, surtout si vous comptez capitaliser, acheter du matériel d'anesthésie ou les murs de votre activité. Ce sont des ordres de grandeur à modéliser, pas une règle absolue : le passage en société se décide sur votre projet, pas sur un chiffre seul. Le détail de l'arbitrage est dans notre guide BNC ou SELARL : à partir de quel revenu passer en société, et l'approche globale dans anesthésiste libéral : comment payer moins d'impôts sur de hauts revenus.
En BNC, tout le bénéfice est imposé et cotisé l'année même, sans écran. La SEL apporte le tunnel de l'IS, la capitalisation du résultat non consommé et le pilotage rémunération / dividende — c'est le point de bascule pour un anesthésiste à hauts revenus.
CritèreBNC directSEL (SELARL / SELAS)
ImpositionIR au barème sur tout le bénéficeIS 15 % ≤ 42 500 €, puis 25 %
Assiette des cotisationsTotalité du bénéficeRémunération + dividendes > 10 % (gérant TNS)
Capitalisation à taux réduitImpossibleOui, à l'IS
Pilotage du revenuNon (tout est imposé l'année même)Oui (rémunération / dividende)
Holding SPFPL au-dessusNonOui
§ 3LE RÉGIME SOCIAL·3 MIN

Le régime social du dirigeant : TNS (SELARL) vs assimilé salarié (SELAS)

C'est la première question qu'on nous pose : « laquelle coûte le moins cher en charges ? » Pour y répondre proprement, il faut comprendre que le régime social ne se choisit pas librement : il découle de la forme et de la répartition du capital. En SELARL, le gérant qui détient plus de la moitié des parts est travailleur non salarié (TNS). En SELAS, le président est assimilé salarié. Deux logiques de cotisation qui n'ont rien à voir.

SELARL — gérant majoritaire (TNS)

Points forts

  • Cotisations plus légères (~40-45 % de la rémunération nette)
  • Affiliation CARMF, art. L. 611-1 / L. 631-1 CSS
  • Rémunération de gérance imposée art. 62 CGI
  • Enveloppe PER / Madelin large (jusqu'à 88 911 €)

Points de vigilance

  • Protection sociale et prévoyance plus limitées
  • Règle des 10 % sur les dividendes (art. L. 131-6 CSS)

SELAS — président (assimilé salarié)

Points forts

  • Meilleure protection sociale (IJ, invalidité, décès)
  • AGIRC-ARRCO en plus de la CARMF (part mandat)
  • Dividendes en direct hors règle des 10 % (sous réserve §5)

Points de vigilance

  • Charges de l'ordre de 70 à 80 % sur la rémunération
  • Pas d'assurance chômage (comme en SELARL)
  • Chez un anesthésiste, l'avantage social ne porte que sur la part mandat

Le gérant majoritaire de SELARL relève de la sécurité sociale des indépendants (art. L. 611-1 et L. 631-1 CSS), et sa rémunération de mandat est imposée dans la catégorie des traitements et salaires via l'article 62 CGI. Le président de SELAS, lui, est assimilé salarié (art. L. 311-3 CSS), rémunéré selon l'article 80 ter CGI, avec un cumul de cotisations patronales et salariales nettement plus lourd — d'où des charges de l'ordre de 70 à 80 % sur la rémunération nette, contre 40 à 45 % pour le TNS. En contrepartie, l'assimilé salarié bénéficie d'une meilleure couverture (indemnités journalières, invalidité, décès) et de points AGIRC-ARRCO.

~70-80 %, mais sur quoi exactement ?

Ce taux fait basculer beaucoup d'anesthésistes vers la SELARL. Souvent c'est le bon choix, mais rarement pour le bon motif. Chez un médecin, ce taux ne s'applique qu'à la part « mandat de gestion », qui est marginale : l'essentiel de votre revenu rémunère votre activité de soins (anesthésies, vacations, gardes), laquelle reste rattachée au régime TNS et à la CARMF, président de SELAS ou pas. C'est tout l'enjeu du piège médecin que nous démontons au §5, confirmé par le Conseil d'État du 8 avril 2025 (§6). Avant de comparer SELARL et SELAS sur le seul taux affiché, lisez aussi notre guide transverse SEL : se verser un salaire ou des dividendes.

Une nuance 2026 à connaître : l'assiette des cotisations TNS est en cours de réforme (assiette unique, abattement forfaitaire applicable au revenu brut social), avec une montée en charge progressive. Cela ne change pas la logique de l'arbitrage, mais peut faire bouger les ordres de grandeur de quelques points — raison de plus pour modéliser au cas par cas plutôt que de raisonner sur des taux génériques.

§ 4DIVIDENDES & RÈGLE DES 10 %·3 MIN

Les dividendes : PFU 31,4 % et la règle des 10 %

Pour un anesthésiste qui dégage un bénéfice confortable, la question des dividendes est centrale. Deux chiffres que vos confrères citent presque toujours de travers : le taux réel du dividende en 2026, et la fameuse règle des 10 % qui ne frappe pas tout le monde de la même façon.

Le PFU des dividendes n'est plus à 30 % en 2026 : la CSG du capital est passée à 10,6 % (LFSS 2026), portant les PS à 18,6 % et le total à 31,4 %. Un dividende n'est JAMAIS à 17,2 % — ce taux vise l'assurance-vie, les contrats de capitalisation et le foncier nu.
ComposanteTauxBase
IR (PFU)12,8 %Art. 200 A CGI
Prélèvements sociaux18,6 %CSG 10,6 + CRDS 0,5 + solidarité 7,5 (art. L. 136-8 CSS, LFSS 2026)
Total PFU dividendes31,4 %—

L'option pour le barème ouvre l'abattement de 40 % (art. 158, 3-2° CGI, réservé au barème) et la CSG déductible, mais elle agrège le dividende à vos autres revenus : pour un anesthésiste imposé à 45 % de TMI, elle est presque toujours perdante. Le PFU reste donc la voie par défaut. Le détail de la dualité des prélèvements sociaux figure dans notre guide prélèvements sociaux 2026 : pourquoi un dividende supporte 18,6 % (et non 17,2 %).

Exemple chiffré : 40 000 € de dividende au PFU

Concrètement : sur un dividende brut de 40 000 €, le PFU prélève 12,8 % d'IR (5 120 €) et 18,6 % de prélèvements sociaux (7 440 €), soit 12 560 € au total — il vous reste 27 440 € net. À l'ancien taux de 30 % (PS à 17,2 %), vous auriez gardé 28 000 € : la hausse de la CSG du capital coûte ici 560 €. Mais c'est valable seulement si vous êtes hors champ de la règle des 10 % (président de SELAS en direct). Si la même somme était rattrapée par les cotisations TNS, l'addition serait tout autre — d'où l'importance du régime social.

La règle des 10 % (art. L. 131-6, III, 2° CSS) — pour le gérant TNS

Dividendes versés à l'associé exerçant TNS
(gérant majoritaire de SELARL) :

  • Fraction ≤ 10 % de (capital social libéré
      + primes d'émission + solde moyen du CCA)
        →  PFU 31,4 %  (pas de cotisations TNS)

  • Fraction > 10 %
        →  réintégrée dans l'assiette des
           COTISATIONS TNS (~40-45 %), en plus de l'impôt

CCA = compte courant d'associé. L'assiette du seuil n'est PAS le seul capital social : c'est capital libéré + primes d'émission + solde moyen du CCA. Un capital de 10 000 € sans compte courant donne un seuil de seulement 1 000 €.

La règle des 10 %, posée à l'article L. 131-6, III, 2° du Code de la sécurité sociale, ne vise que les travailleurs indépendants. Concrètement : le gérant majoritaire de SELARL voit la fraction de ses dividendes dépassant 10 % de l'assiette (capital + primes + CCA) requalifiée en revenu d'activité et cotisée. Elle a été validée par le Conseil constitutionnel (décision n° 2010-24 QPC du 6 août 2010), qui a jugé ses critères « objectifs et rationnels », et son mode de calcul a été confirmé par le Conseil d'État (27 mai 2011 n° 328905). Le mécanisme, fraction par fraction, est détaillé dans notre guide dividendes de SEL et cotisations sociales : la règle des 10 % fraction par fraction.

Un capital faible rend le seuil dérisoire

Prenez une SELARL au capital de 10 000 €, sans prime ni compte courant : le seuil des 10 % vaut 1 000 €. Si le gérant majoritaire distribue 30 000 € de dividendes, seuls 1 000 € passent au PFU ; les 29 000 € restants basculent dans l'assiette des cotisations TNS. Relever ce seuil est possible (augmentation de capital réelle, compte courant d'associé), mais l'opération doit être justifiée, pas cosmétique. C'est ce point qui sépare radicalement le gérant de SELARL du président de SELAS — on y vient.
§ 5LE MYTHE MÉDECIN·4 MIN

SELAS = dividendes sans cotisations : le mythe démonté pour un anesthésiste

On arrive à l'argument qui décide la plupart des anesthésistes pour la SELAS. Le principe est exact : posons-le fermement avant de le nuancer.

Le président de SELAS est assimilé salarié (art. L. 311-3 CSS). Il est donc hors du champ de l'article L. 131-6 CSS, qui ne vise que les travailleurs indépendants. Conséquence directe : ses dividendes versés en détention directe échappent à la règle des 10 % et ne supportent que le PFU à 31,4 %, sans cotisations sociales d'activité. C'est l'argument numéro un des vendeurs de SELAS, et sur ce point ils ont raison. Là où le gérant majoritaire de SELARL voit la quasi-totalité de ses dividendes rattrapée par les cotisations sur un capital faible, le président de SELAS distribue, lui, au seul prélèvement forfaitaire.

Le piège anesthésiste : la dualité d'affiliation

Mais attention — et c'est là que le raccourci des forums devient dangereux pour un médecin. Votre régime social ne suit pas votre mandat, il suit votre activité de soins. Le médecin président de SELAS subit une dualité d'affiliation : (1) son activité médicale (la rémunération « technique » de ses actes d'anesthésie et de réanimation) reste rattachée au régime TNS et à la CARMF (art. L. 642-1 CSS), exactement comme en SELARL ; (2) seul son mandat de président relève du régime général, sur cette seule fraction. Autrement dit, le statut « assimilé salarié » ne couvre qu'une part marginale de votre revenu.

Ce n'est pas une interprétation de cabinet : la Cour de cassation l'a jugé. Dans un arrêt du 27 novembre 2014 (2e civ. n° 13-26.022), une chirurgienne-dentiste, présidente de SELAS, demandait sa radiation de la caisse des indépendants au motif qu'elle était présidente assimilée salariée. La Cour a rejeté sa demande : l'affiliation au régime général au titre du mandat n'exclut pas l'affiliation TNS au titre de l'activité libérale de soins. L'espèce visait une chirurgienne-dentiste, mais la logique est directement transposable à l'anesthésiste.

À retenir

Le mythe, le piège et l'exception

  • Le principe (tranché) : en détention directe, le président de SELAS distribue ses dividendes au seul PFU 31,4 %, hors règle des 10 %.
  • Le piège anesthésiste (au conditionnel) : son activité de soins reste TNS / CARMF — l'avantage « protection sociale » de la SELAS ne porte que sur la part mandat, marginale.
  • L'exception SPFPL (tranchée) : via une holding, l'associé redevient TNS et la règle des 10 % réapparaît (Cass. 19/10/2023, voir §9).

La zone grise à sécuriser : la convergence annoncée

Une réserve, et je la pose franchement. Plusieurs sources affirment que la LFSS 2024 (loi 2023-1250 du 26 décembre 2023) aurait étendu la règle des 10 % à tous les associés exerçants de SEL, président de SELAS compris. Nous le formulons au conditionnel : il s'agit de doctrine et de droit de la sécurité sociale, sans texte ni BOFiP de référence tranchant clairement le cas du président de SELAS en détention directe, et le débat doctrinal subsiste. La réponse ministérielle Anglars (n° 02878, JO Sénat 27/02/2025) précise d'ailleurs que l'arrêt SPFPL de 2023 ne tire pas de conclusions juridiques générales. Distinguez ce qui est certain (gérant majoritaire de SELARL = cotisé au-delà de 10 %) de ce qui reste à sécuriser (l'avantage du président de SELAS en direct) : faites-en valider la portée par votre conseil avant d'en faire une stratégie de long terme.
§ 6CE 08/04/2025·3 MIN

Quand le fisc requalifie votre rémunération technique en BNC (CE 2025)

Personne ne vous en parle avant la signature, et c'est pourtant ce qui fait fondre une bonne partie de l'avantage « protection sociale » de la SELAS. Dans une décision du 8 avril 2025 (n° 492154), le Conseil d'État a confirmé que la rémunération de l'activité libérale technique de l'associé de SEL — vos actes d'anesthésie, vos vacations, vos gardes — relève des bénéfices non commerciaux (art. 92 CGI), sauf lien de subordination caractérisé. Seule la part rémunérant le mandat social relève des traitements et salaires (art. 62 pour le gérant majoritaire de SELARL, art. 80 ter pour le président de SELAS).

Ce que le Conseil d'État a annulé

Le point décisif de l'arrêt : le Conseil d'État a annulé la tolérance forfaitaire des 5 % (la possibilité de rattacher 5 % de la rémunération au mandat sans justification) et la liste des tâches administratives présumées « inhérentes » au mandat. La doctrine a été mise à jour en conséquence (BOI-RSA-GER-10-30, version du 16 juillet 2025). Conséquence pratique : la ventilation entre activité technique (BNC) et mandat (salaire) doit désormais être justifiée tâche par tâche, charge de preuve sur l'associé — fini le forfait automatique.

Pourquoi cela change l'arbitrage SELARL / SELAS ? Parce que l'argument de vente de la SELAS — « le président est assimilé salarié, donc mieux protégé » — ne vaut que sur la part réellement assimilée salariée. Or, depuis cette décision, cette part est ténue: chez un anesthésiste, l'immense majorité du revenu rémunère l'activité technique de soins, qui est du BNC rattaché au régime TNS / CARMF, mandat ou pas. La meilleure couverture sociale de la SELAS ne porte donc, en pratique, que sur une fraction marginale de ce que vous gagnez. Ce raisonnement s'appuie aussi sur le rescrit BOI-RES-BNC-000136 et sur le socle déjà posé par le Conseil d'État (16 octobre 2013 n° 339822).

Avant / après le 8 avril 2025

La ventilation technique / mandat

  • Avant : tolérance forfaitaire de 5 % rattachée au mandat sans justification ; arbitrage SELAS « tout assimilé salarié » plus facile à défendre.
  • Après : ventilation à justifier tâche par tâche, rémunération technique = BNC (art. 92 CGI) ; la part assimilée salariée — donc l'avantage protection de la SELAS — se réduit à la portion congrue du mandat.
§ 7RETRAITE & PRÉVOYANCE·3 MIN

Retraite et prévoyance : CARMF, ASV secteur 1/2 vs régime général

Beaucoup croient qu'en passant en SELAS « assimilé salarié », ils quittent la CARMF pour le régime général, plus généreux. C'est faux. L'anesthésiste reste affilié à la CARMF dans les deux statuts, au titre de son activité de soins : retraite de base (CNAVPL), retraite complémentaire (RCV) et avantage social vieillesse (ASV). Ce qui diffère, c'est uniquement le traitement de la part « mandat » et l'enveloppe d'épargne retraite déductible que chaque statut ouvre.

Spécificité anesthésiste : l'ASV secteur 1 ou secteur 2

Un point propre à l'anesthésiste-réanimateur, qui exerce souvent en clinique et au bloc, fréquemment en secteur 2 (honoraires libres). L'avantage social vieillesse (ASV, art. L. 645 CSS) n'est pas financé de la même façon selon le secteur : en secteur 1 (conventionné, tarifs opposables), une large part de la cotisation ASV est prise en charge par l'Assurance maladie ; en secteur 2, le médecin supporte une cotisation forfaitaire et proportionnelle plus lourde, sans cette prise en charge. À l'arrivée, l'effort de cotisation retraite et la couverture diffèrent selon votre conventionnement — un paramètre à intégrer dans votre stratégie d'épargne retraite, quelle que soit la forme de la SEL. Les valeurs de cotisation et de point 2026 sont à vérifier sur carmf.fr ; le détail figure dans notre guide retraite de l'anesthésiste-réanimateur : anticiper la chute de revenus (CARMF, RCV, ASV).
Dans les deux cas, l'anesthésiste reste à la CARMF pour son activité de soins, avec une ASV qui dépend de son secteur de conventionnement, pas de la forme de la SEL. La SELAS ajoute une couverture cadre sur la part mandat ; la SELARL ouvre une enveloppe d'épargne retraite déductible nettement plus large. Valeurs CARMF 2026 à vérifier sur carmf.fr.
PosteSELARL — gérant maj. (TNS)SELAS — président (assimilé)
Retraite de l'activité de soinsCARMF (base CNAVPL + complémentaire + ASV)CARMF (base CNAVPL + complémentaire + ASV)
ASV selon le conventionnementSecteur 1 ou 2 (anesthésiste souvent secteur 2)Idem — la forme de la SEL n'y change rien
Retraite de la part mandatPas de régime salarié dédiéRégime général + AGIRC-ARRCO (part mandat)
Prévoyance / IJMadelin à souscrire (art. 154 bis CGI)Couverture cadre (IJ, invalidité, décès) sur la part mandat
Plafond PER déductibleJusqu'à 88 911 € (art. 154 bis CGI)≈ 37 680 € (PER salarié, art. 163 quatervicies CGI)

Pour un anesthésiste à hauts revenus, c'est souvent ce poste-là qui tranche entre les deux. Le gérant majoritaire de SELARL dispose d'une enveloppe de déduction PER / Madelin pouvant atteindre 88 911 € en 2026 (art. 154 bis CGI : 10 % du bénéfice + 15 % de la fraction entre 1 et 8 PASS), à laquelle s'ajoute la prévoyance Madelin déductible (environ 11 534 €). Le président de SELAS, sur sa part mandat, relève du PER salarié, plafonné à environ 37 680 € (art. 163 quatervicies CGI : 10 % de 8 PASS de l'année précédente). À 45 % de TMI, l'écart se chiffre vite : saturer 88 911 € en SELARL plutôt que 37 680 € en SELAS, c'est environ 51 000 € d'assiette déductible de plus, soit de l'ordre de 23 000 € d'impôt en moins chaque année.

L'arbitrage retraite : protection vs déduction

Mettez les deux options côte à côte. La SELAS achète une meilleure protection sociale (IJ, invalidité, décès) — mais seulement sur la part mandat, donc l'effet est atténué chez un médecin. La SELARL achète une capacité de déduction plus large via le PER / Madelin, que l'anesthésiste à 45 % de TMI a tout intérêt à saturer. Il n'y a pas de gagnant universel : le Dr Berthier, qui veut surtout saturer son PER, penchera SELARL ; un confrère qui sort d'un arrêt maladie et veut des indemnités journalières solides regardera la SELAS d'un autre œil. Pour creuser, voyez nos guides retraite du libéral : pourquoi un dividende n'ouvre aucun droit et PER profession libérale : jusqu'à 88 911 € que seule la rémunération ouvre.

Note de méthode : l'économie d'impôt est certaine, le rendement ne l'est pas

Une distinction importante quand on raisonne PER. L'économie d'impôt immédiate est, elle, connue et quasi mécanique : 88 911 € déduits à 45 % de TMI, ce sont environ 40 000 € d'impôt en moins l'année du versement. En revanche, ce que ce capital rapportera jusqu'à votre retraite dépend des marchés : les performances passées ne préjugent pas des performances futures, et un PER en unités de compte comporte un risque de perte en capital. C'est l'avantage fiscal qui justifie l'effort d'épargne, pas une promesse de rendement — c'est ce qu'on vous dit en premier rendez-vous, avant même de parler de support.
§ 8TRÈS HAUTS REVENUS·2 MIN

CEHR + CDHR : la facture que le comparateur en ligne oublie

La plupart des simulateurs SELARL / SELAS s'arrêtent au coût des cotisations. Pour un anesthésiste à TMI 45 %, dont le revenu fiscal de référence dépasse souvent 250 000 €, c'est une erreur : deux surcouches d'imposition se déclenchent au-delà de ce seuil, et distribuer beaucoup de dividendes les alimente directement.

Pour un célibataire à 250-300 k€ de RFR, ces seuils sont vite franchis. La CDHR (art. 224 CGI) a été créée par la LF 2025 (loi 2025-127, Cons. const. 2025-874 DC) et reconduite par la LF 2026 (loi 2026-103, Cons. const. 2026-901 DC) ; son périmètre fin et sa pérennité au-delà de 2026 sont à confirmer au texte.
DispositifSeuils (célibataire)Effet
CEHR (art. 223 sexies CGI)3 % > 250 000 € ; 4 % > 500 000 €Surtaxe assise sur le revenu fiscal de référence
CDHR (art. 224 CGI)RFR > 250 000 €Imposition plancher de 20 % du RFR (décote 250-330 k€)
Couple (les deux dispositifs)Seuils doublés : 500 000 / 1 000 000 €Mécanique identique, décote 500-660 k€ pour la CDHR

Distribuer gonfle le RFR — capitaliser le contient

Le point à retenir : le choix de statut ne s'évalue pas seulement sur le coût social de la rémunération, mais sur l'impôt total, RFR inclus. Sortir massivement des dividendes — en SELARL comme en SELAS — fait grimper le revenu fiscal de référence et peut déclencher CEHR et CDHR. D'où un réflexe puissant : capitaliser à l'IS (voire via une SPFPL, §9) plutôt que de tout distribuer. Sur le net qui vous reste, ce réflexe pèse souvent plus lourd que le choix SELARL / SELAS lui-même. Le sujet est traité en détail dans nos guides CDHR : ce que le médecin doit savoir avant de distribuer et profession libérale à hauts revenus : piloter son RFR.
§ 9LA SPFPL·2 MIN

La SPFPL : pourquoi l'arbitrage se joue souvent au-dessus de la SEL

Pour un anesthésiste qui dégage plus de trésorerie qu'il n'en consomme, le vrai sujet n'est souvent ni la SELARL ni la SELAS, mais la holding qu'on met au-dessus : une SPFPL (société de participations financières de professions libérales). C'est une holding dédiée aux professions réglementées, encadrée par la même ordonnance 2023-77, où les médecins exerçants doivent détenir plus de 50 % et qui passe par l'agrément de l'Ordre.

Son intérêt central : le régime mère-fille (art. 145 et 216 CGI). Les dividendes que votre SEL remonte à la SPFPL sont exonérés à 95 % ; seule une quote-part de frais et charges de 5 % reste taxée à l'IS, soit un frottement effectif d'environ 1,25 % (5 % de quote-part × 25 % d'IS ; ramené à 0,75 % si la SPFPL bénéficie du taux réduit à 15 %). À comparer aux 31,4 % d'une distribution personnelle. Vous pouvez alors capitaliser et réinvestir dans la holding (placements, immobilier professionnel, rachat de parts), au lieu de sortir le cash et d'en laisser 31,4 % au PFU.

Exemple chiffré : 100 000 € qui remontent à la SPFPL plutôt que dans votre poche

Comparez les deux trajectoires d'un même excédent de 100 000 € de bénéfice après IS. D'abord, en distribution personnelle directe : le PFU prélève 31,4 %, soit 31 400 € — il vous reste 68 600 €, et c'est fini, l'argent a quitté le circuit professionnel. Ensuite, en remontée à la SPFPL au régime mère-fille : seuls 5 % (5 000 €) restent taxables à l'IS, soit un frottement d'environ 1 250 € — il reste 98 750 € disponibles dans la holding pour réinvestir. Au final, l'écart est de près de 30 000 € de capacité de réinvestissement sur cette seule opération. La contrepartie, qu'il faut assumer : ces 98 750 € sont logés dans la société, pas sur votre compte personnel — la SPFPL sert à capitaliser et transmettre, pas à financer votre train de vie immédiat.

La SPFPL ne neutralise PAS le seuil des 10 %

Une idée fausse à écarter tout de suite : « je loge ma SEL sous une SPFPL, donc j'échappe à la règle des 10 % ». Non. La Cour de cassation (2e civ. 19 octobre 2023 n° 21-20.366, publié au bulletin) a jugé que la holding ne fait pas écran : les bénéfices de la SEL où le médecin exerce entrent dans l'assiette de ses cotisations TNS au-delà de 10 %, même distribués à la SPFPL. Cette limite vaut que la SEL soit une SELARL ou une SELAS dès lors que l'associé est TNS. La SPFPL est un vrai outil de capitalisation et de transmission (un pacte Dutreil peut s'y loger) — pas un moyen d'échapper aux cotisations sur dividendes. Détails dans nos guides SPFPL pour anesthésiste : loger sa SEL et capitaliser sans frottement et SPFPL et profession libérale : la holding qui structure et capitalise.

Pour l'anesthésiste à fort résultat, la SPFPL change donc moins l'arbitrage SELARL contre SELAS qu'elle ne déplace la question : plutôt que de se demander comment sortir les dividendes au moindre coût, on se demande comment capitaliser le bénéfice non consommé à l'abri du frottement fiscal. Pour un Dr Delaunay à 450 000 € qui réinvestit, c'est presque toujours la bonne réponse — en SELARL comme en SELAS. Pour faire fructifier cette trésorerie, voyez placer la trésorerie de sa SEL.

§ 10CAS CHIFFRÉ·4 MIN

Cas chiffré : SELARL vs SELAS à 280 000 € de résultat

Prenons le Dr Berthier, anesthésiste-réanimateur de 46 ans qui exerce en secteur 2 : c'est le cas qu'on voit le plus souvent en rendez-vous. Avertissement avant de lire : ce sont des ordres de grandeur pédagogiques, volontairement arrondis pour que vous suiviez le raisonnement sans calculette. Les taux de charges (TNS ~45 %, assimilé ~75 %) sont des fourchettes indicatives qui varient selon la caisse, le secteur de conventionnement, le niveau de revenu et l'assiette retenue. Une simulation personnalisée donnera des montants différents.

Cas principal · anesthésiste-réanimateur · 46 ans · célibataire · secteur 2 · TMI 45 %

Dr Berthier — 280 000 € de résultat, capital 10 000 €

Le Dr Berthier dégage un résultat de 280 000 € avant rémunération, dans une SEL au capital de 10 000 € sans compte courant significatif. Quelle que soit la forme, sa stratégie de base est la même : se verser une rémunération-socle d'environ 130 000 € (revenu de vie + saturation du PER), et arbitrer le solde entre capitalisation à l'IS et dividendes.

En SELARL (gérant majoritaire TNS) : sa rémunération supporte ~40-45 % de cotisations, mais ouvre l'enveloppe PER / Madelin (jusqu'à 88 911 €). Côté dividendes, son seuil des 10 % ne vaut que 1 000 € (capital 10 000 €). Seule la fraction sous ce seuil reste au PFU ; au-delà, la distribution bascule en cotisations TNS : sortir 40 000 € de dividende dans cette configuration reviendrait à cotiser les 39 000 € excédentaires à ~45 %, soit près de 17 500 € de cotisations en plus de l'impôt. Aucun gérant majoritaire sensé ne distribue comme ça. Le bon réflexe : laisser le résiduel capitaliser à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %).

En SELAS (président assimilé salarié) : sa rémunération de mandat coûte plus cher (~70-80 % sur cette part), mais ses dividendes en direct ne subissent que le PFU 31,4 %, sans règle des 10 %. Sur un dividende brut de 40 000 €, il garde 27 440 € net (5 120 € d'IR + 7 440 € de PS). S'il veut distribuer une part substantielle du résultat, la SELAS lui offre cette souplesse — sous réserve de la zone grise du §5 et d'un audit.

Le verdict est nuancé. Si le Dr Berthier veut capitaliser et saturer sa retraite déductible, la SELARL est souvent la plus efficiente. S'il veut distribuer beaucoup en direct, la SELAS reprend l'avantage. Dans les deux cas, à 280 000 €, le célibataire qu'est le Dr Berthier voit surtout son RFR flirter avec les seuils CEHR / CDHR — c'est là que se joue l'optimisation.

Comparatif d'ordres de grandeur à 280 000 € de résultat. La SELARL favorise la capitalisation et la déduction retraite ; la SELAS favorise la distribution directe de dividendes. Aucune ne gagne dans l'absolu : le verdict dépend de l'objectif (capitaliser ou distribuer) et de la situation familiale.
Poste (ordres de grandeur)SELARL — gérant maj. (TNS)SELAS — président (assimilé)
Rémunération-socle brute~130 000 €~130 000 €
Coût social de la rémunération~40-45 % (TNS, ouvre PER 88 911 €)~70-80 % sur la part mandat
Solde capitalisé à l'IS15 % ≤ 42 500 €, puis 25 %15 % ≤ 42 500 €, puis 25 %
Dividende distribuéFrappé par la règle des 10 % (seuil 1 000 €)PFU 31,4 % seul (sous réserve §5)
Droits sociaux générésCARMF + PER/Madelin largeCARMF + cadre + AGIRC-ARRCO (part mandat)

Sortir trop de dividendes gonfle le RFR → CEHR et CDHR

Attention au piège des hauts revenus. À 280 000 € de résultat, distribuer massivement fait grimper le revenu fiscal de référence et peut déclencher la CEHR (art. 223 sexies CGI : 3 % puis 4 % au-delà de 250 000 / 500 000 € pour un célibataire) et la CDHR (art. 224 CGI : imposition minimale de 20 % du RFR, reconduite par la LF 2026). Pour un célibataire comme le Dr Berthier, ces seuils sont vite atteints. C'est un argument fort pour capitaliser (à l'IS, voire via une SPFPL) plutôt que de tout distribuer — voyez le §8.
Hagnéré Patrimoine

SELARL ou SELAS : on chiffre votre cabinet à l'euro

Un conseiller en gestion de patrimoine modélise votre cas — résultat, capital, secteur de conventionnement, TMI, objectif de distribution ou de capitalisation — et compare SELARL et SELAS à l'euro, retraite CARMF, PER, SPFPL et pilotage du RFR inclus.

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§ 11TABLEAU DE DÉCISION·2 MIN

Tableau de décision : SELARL ou SELAS, pour quel profil ?

C'est la grille qu'on sort sur un coin de table en rendez-vous, une fois qu'on a cerné votre objectif. Le tableau ci-dessous croise les objectifs les plus fréquents d'un anesthésiste avec la forme qui leur correspond le mieux — étant entendu que la réalité se modélise, et qu'aucune ligne ne vaut décision sans étude individualisée.

Grille indicative. Le bon choix dépend moins de la forme que de votre stratégie rémunération / dividende / capitalisation. Une étude individualisée reste indispensable avant de signer les statuts.
Votre prioritéForme qui s'impose souventPourquoi
Coût social le plus bas + saturer mon PERSELARL (gérant majoritaire TNS)Cotisations ~40-45 %, enveloppe PER/Madelin jusqu'à 88 911 €
Meilleure protection sociale (IJ, prévoyance cadre)SELAS (président assimilé)Couverture cadre sur la part mandat, AGIRC-ARRCO
Distribuer beaucoup de dividendes en directSELAS (sous réserve §5 + audit)Dividendes au PFU 31,4 %, hors règle des 10 % en direct
Cabinet d'anesthésie en clinique, plusieurs associésSELAS (liberté statutaire)Actions, agrément modulable, droits de vote aménageables
RFR > 250 000 € : limiter CEHR / CDHRCapitaliser (SPFPL), quelle que soit la formeMère-fille ~1,25 % plutôt que distribution massive

Peut-on changer plus tard ?

Bonne nouvelle pour les indécis : le choix de départ n'est pas gravé dans le marbre. Une SELARL peut se transformer en SELAS (et inversement) sans créer de personne morale nouvelle : décision collective des associés, modification des statuts, publication dans un journal d'annonces légales, formalités au registre et agrément du Conseil de l'Ordre — le SIRET reste inchangé. Ce qui bascule, c'est le régime social du dirigeant (TNS ↔ assimilé salarié), avec recalcul des cotisations et effets sur la retraite, la prévoyance, le compte courant et le seuil des 10 %. Concrètement : mieux vaut souvent démarrer en SELARL et basculer en SELAS le jour où vous voulez vraiment distribuer ou vous associer, plutôt que de bloquer la création six mois à hésiter.

Notre conseil : la stratégie précède la forme

En rendez-vous, on ne commence jamais par « SELARL ou SELAS ». On commence par votre besoin de revenu, votre TMI, votre appétit pour la capitalisation et votre horizon (revente, transmission, association). C'est la stratégie qui commande la forme, pas l'inverse. L'erreur classique, c'est de réserver le nom de la SELAS chez l'avocat avant d'avoir posé le moindre chiffre. Pour beaucoup d'anesthésistes qui veulent capitaliser et saturer leur retraite déductible, la SELARL suffit largement ; pour ceux qui s'associent en clinique ou veulent distribuer en direct, la SELAS prend le relais. Le cadre complet du choix de statut est dans notre guide pilier EI, EURL, SELARL, SELAS : quel statut juridique choisir en profession libérale, et la question du passage en société dans BNC ou SELARL : quand passer en société devient réellement intéressant.
§ 12AUTRES PROFILS·3 MIN

Deux autres profils chiffrés : 150 000 € et 450 000 €

Le même raisonnement bascule dès qu'on touche au résultat : 150 000 € d'un côté, 450 000 € de l'autre, et le verdict n'est plus le même. Comparez le Dr Caron et le Dr Delaunay : deux profils qui encadrent celui du Dr Berthier — un anesthésiste à BNC plus modéré exerçant en secteur 1, et un anesthésiste-réanimateur à très haut résultat, associé d'une structure d'anesthésie en clinique. Mêmes réserves que précédemment : ordres de grandeur pédagogiques, pas une simulation.

Cas A · anesthésiste · 39 ans · marié · secteur 1

Dr Caron — 150 000 € de résultat : la SELARL souvent gagnante

À 150 000 € de résultat, l'écart de coût social pèse lourd : 5 points de cotisation, c'est ~7 500 € qui partent ou restent. Le Dr Caron se verse une rémunération-socle qui couvre son train de vie et sature son PER / Madelin (déductible à sa TMI), laisse le résiduel capitaliser à l'IS, et distribue éventuellement un dividende calibré sous le seuil des 10 %.

Verdict : à ce niveau, la SELARL (gérant majoritaire TNS) est souvent la plus efficiente. Le surcoût social de l'assimilé salarié de la SELAS ne se justifie pas par un besoin de distribution massive qu'il n'a pas encore. La marge de manœuvre se trouve davantage dans l'épargne retraite déductible que dans le dividende.

Cas B · anesthésiste-réanimateur · 54 ans · associé d'une structure d'anesthésie en clinique

Dr Delaunay — 450 000 € de résultat : SELAS + SPFPL

À 450 000 € de résultat, dans une structure d'anesthésie de clinique avec plusieurs médecins associés et un projet de holding, les priorités changent. Le Dr Delaunay valorise la souplesse statutaire (entrée et sortie d'associés, droits de vote aménageables) : ce sont les statuts, pas le taux de cotisation, qui décident — la SELAS s'impose.

Verdict : à 450 000 €, distribuer en masse fait sauter le Dr Delaunay au-dessus des seuils CEHR et CDHR. Du coup la question n'est plus « SELARL ou SELAS » mais : capitaliser via une SPFPL : remontée des dividendes au régime mère-fille (~1,25 %), réinvestissement dans la holding, préparation de la transmission (pacte Dutreil). La SELAS pour la gouvernance, la SPFPL pour la capitalisation — voyez SPFPL pour anesthésiste.

Note de méthode : ces chiffres sont illustratifs

Les trois cas (Berthier, Caron, Delaunay) sont des ordres de grandeur pédagogiques, simplifiés pour faire ressortir la logique de l'arbitrage. Ils ne valent pas une simulation personnalisée: le résultat réel dépend de votre statut exact, de votre caisse (CARMF, secteur 1 ou 2), de votre TMI, de la structure de votre capital, de vos déductions (PER / Madelin) et de votre niveau de rémunération de sortie. Une projection chiffrée ne préjuge pas du résultat futur, qui varie selon votre situation et l'évolution de la fiscalité (LF / LFSS annuelles). À modéliser au cas par cas, avec votre expert-comptable et votre conseil, avant toute décision.
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Sources et références légales

  • Régime social du dirigeant de SEL

    Art. L. 611-1 et L. 631-1 CSS (affiliation du gérant majoritaire de SELARL à la sécurité sociale des indépendants). Art. L. 311-3 CSS (président de SELAS et gérant minoritaire assimilés salariés, rattachés au régime général). Art. L. 642-1 CSS (cotisation vieillesse des libéraux, affiliation de l'anesthésiste à la CARMF au titre de l'activité de soins). Art. 62 CGI (rémunération du mandat de gérance du gérant majoritaire) et art. 80 ter CGI (dirigeants assimilés salariés). Art. 92 CGI (la rémunération technique de l'associé de SEL relève des BNC ; bénéfice du libéral en exercice direct imposé au barème). Doctrine : rescrit BOI-RES-BNC-000136 ; BOI-RSA-GER-10-30 (version du 16/07/2025).

  • Dividendes, PFU et règle des 10 %

    Art. 200 A CGI (PFU 31,4 % en 2026 : 12,8 % d'IR + 18,6 % de PS). Art. L. 136-8 CSS (taux des prélèvements sociaux, CSG du capital portée à 10,6 % au 01/01/2026, LFSS 2026, loi 2025-1403). Art. 158, 3-2° CGI (option barème, abattement de 40 % réservé au barème). Art. L. 131-6, III, 2° CSS (réintégration dans l'assiette des cotisations TNS de la fraction de dividendes excédant 10 % du capital, des primes d'émission et du compte courant d'associé). Cons. const. n° 2010-24 QPC du 06/08/2010 (validation de la règle des 10 %). CE 27/05/2011 n° 328905 (validité du décret de calcul). Art. 219, I-b CGI (IS 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %).

  • Le piège anesthésiste, le CE 08/04/2025 et la SPFPL

    Cass. 2e civ. 27/11/2014 n° 13-26.022 (chirurgien-dentiste présidente de SELAS : dualité d'affiliation, l'affiliation au régime général au titre du mandat n'exclut pas l'affiliation TNS pour l'activité de soins). CE 8e-3e ch. 08/04/2025 n° 492154 (rémunération technique de l'associé de SEL = BNC, annulation de la tolérance des 5 %). CE 16/10/2013 n° 339822 (rémunération technique en BNC). Cass. 2e civ. 19/10/2023 n° 21-20.366 (la SPFPL ne fait pas écran à la règle des 10 %). Rép. min. Anglars n° 02878, JO Sénat 27/02/2025 (pas de conclusions juridiques générales). LFSS 2024 (loi 2023-1250 du 26/12/2023, extension annoncée au conditionnel). Régime mère-fille : art. 145 et 216 CGI.

  • Retraite CARMF, hauts revenus et cadre des SEL

    Art. 154 bis CGI (PER / Madelin TNS, plafond 88 911 € en 2026 ; Madelin prévoyance ~11 534 €) et art. 163 quatervicies CGI (PER salarié, ≈ 37 680 €, soit 10 % de 8 PASS N-1). CARMF : retraite de base CNAVPL + complémentaire + ASV (secteur 1 ou secteur 2, taux 2026 sur carmf.fr). Art. 223 sexies CGI (CEHR 3/4 % au-delà de 250 000 / 500 000 €) et art. 224 CGI (CDHR, imposition minimale 20 % du RFR, créée par la LF 2025 loi 2025-127 et reconduite par la LF 2026 loi 2026-103 ; Cons. const. 2025-874 DC et 2026-901 DC). Art. 150-0 D ter CGI (abattement 500 000 € dirigeant retraite) et art. 238 quindecies CGI (cession de fonds). Ordonnance 2023-77 du 08/02/2023 (exercice en société des professions libérales réglementées). PASS 2026 = 48 060 €.

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Bassens). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Le choix entre le BNC, une SELARL et une SELAS doit faire l'objet d'une étude individualisée préalable (régime social, modélisation chiffrée selon votre TMI et la structure de votre capital, traitement des dividendes, retraite CARMF, prévoyance, SPFPL, pilotage du RFR), conduite avec votre avocat et votre expert-comptable. Les chiffres et taux cités sont à jour au 24 juin 2026 mais peuvent évoluer (LF / LFSS annuelles, doctrine BOFiP, jurisprudence). Certains points — notamment le champ exact de l'extension de la règle des 10 % au président de SELAS (LFSS 2024), la dualité d'affiliation du médecin et le périmètre fin et la pérennité de la CDHR au-delà de 2026 — sont signalés au conditionnel lorsque le texte ou la doctrine ne tranchent pas encore clairement. Ce guide n'a pas vocation à encourager une optimisation contraire à la déontologie médicale.

Foire aux questions

Tout sur le choix SELARL ou SELAS de l'anesthésiste régime social, dividendes, règle des 10 %, CARMF et SPFPL.

Les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous : quand quitter le BNC, la vraie différence SELARL / SELAS, les dividendes échappent-ils vraiment aux cotisations en SELAS, comment fonctionne la règle des 10 %, l'impact sur la retraite CARMF, la CEHR / CDHR à 250-300 k€, le rôle de la SPFPL. Réponses sourcées et à jour 2026.