SELARL ou SELAS : deux sociétés à l'IS, une seule vraie différence
L'essentiel en 30 secondes
- SELARL et SELAS sont deux sociétés d'exercice libéral à l'IS : même fiscalité des bénéfices, même règle de dividende, mêmes obligations ordinales.
- La seule vraie différence patrimoniale = le régime social du dirigeant : gérant majoritaire de SELARL = TNS (~40-45 %) ; président de SELAS = assimilé salarié (~70-80 % sur la part mandat).
- Le point d'arbitrage majeur = le traitement des dividendes : la règle des 10 % (art. L. 131-6 CSS) frappe le gérant TNS, pas le président de SELAS en direct.
- Le piège anesthésiste : votre régime social suit votre activité de soins (TNS / CARMF), pas votre mandat — la SELAS protège moins qu'on ne le croit.
- Dans les deux cas : capital minimum 1 €, dividendes au PFU 31,4 % (pas 30 %), affiliation CARMF maintenue.
Entre deux gardes, vous avez déjà tranché le plus dur : vous quittez le BNC pour passer en société. Reste la question qui revient chez l'avocat et l'expert-comptable, juste avant la signature des statuts — SELARL ou SELAS ? Sur les forums d'anesthésistes, on vous a peut-être promis qu'en SELAS vous sortiriez vos dividendes « sans charges ». Le calcul a l'air imparable : sur une distribution de 50 000 €, l'écart entre un dividende au seul PFU (31,4 %) et un dividende rattrapé par les cotisations TNS peut dépasser 10 000 € — de quoi croire qu'on a trouvé la faille. Sauf que, pour un médecin, ce raccourci mérite qu'on le décortique : votre régime social ne suit pas votre mandat, il suit votre activité de soins. C'est l'angle mort de presque tous les comparatifs qu'on voit passer. On le prend de face, chiffres 2026 posés sur la table.
Le point commun d'abord, parce qu'il pèse plus lourd que les différences : ce sont toutes deux des sociétés d'exercice libéral soumises à l'impôt sur les sociétés, où les anesthésistes exerçants doivent détenir plus de 50 % du capital et des droits de vote, et dont la constitution passe par l'agrément du Conseil de l'Ordre. Fiscalité des bénéfices, taux des dividendes, affiliation CARMF : sur tout cela, SELARL et SELAS ne diffèrent en rien. La différence se joue ailleurs.
Le cadre juridique commun, c'est l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, entrée en vigueur le 1er septembre 2024, qui a remplacé l'ancienne loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990 sur les sociétés d'exercice libéral. Que vous choisissiez l'une ou l'autre, le bénéfice est imposé à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %), les dividendes au PFU de 31,4 %, et vous restez affilié à la CARMF pour votre activité de soins. La vraie ligne de partage tient en une variable : le régime social du dirigeant.Le reste n'est que conséquence.
| Critère | SELARL | SELAS |
|---|---|---|
| Dirigeant | Gérant (souvent majoritaire) | Président |
| Titres | Parts sociales | Actions |
| Régime social du dirigeant | TNS (gérant majoritaire) — caisse CARMF | Assimilé salarié — régime général (part mandat) |
| Règle des 10 % sur dividendes | S'applique (gérant majoritaire TNS) | Ne joue pas en direct (sous réserve §5) |
| Souplesse statutaire | Encadrée (agrément des cessions aux 2/3) | Forte liberté statutaire (actions) |
| Agrément du Conseil de l'Ordre | Oui | Oui |
Ce qui change vraiment (et ce qui ne change pas)
Rester en BNC ou passer en société : le vrai seuil de bascule
Avant même de comparer SELARL et SELAS, une question se pose : faut-il vraiment quitter le BNC ? En exercice individuel, l'anesthésiste libéral est imposé sur ses bénéfices non commerciaux (art. 92 CGI) : recettes moins dépenses, taxées à l'IR au barème, sur la totalité du bénéfice— qu'il soit dépensé ou laissé sur le compte. Il n'y a aucun écran sociétaire : tout le bénéfice atterrit dans votre revenu imposable, et les cotisations TNS (URSSAF + CARMF) frappent elles aussi la totalité, art. L. 611-1 et L. 631-1 CSS.
C'est là que le BNC coince pour un anesthésiste à TMI 45 % : impossible de piloter l'assiette des cotisations, impossible de capitaliser le bénéfice non consommé à un taux inférieur. Chaque euro gagné est imposé et cotisé l'année même. La société d'exercice libéral change la donne : le bénéfice est logé à l'IS(15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %), vous vous versez une rémunération calibrée et vous arbitrez le solde entre capitalisation et dividende — avec, au-dessus, la possibilité d'une SPFPL.
À partir de quand quitter le BNC ?
| Critère | BNC direct | SEL (SELARL / SELAS) |
|---|---|---|
| Imposition | IR au barème sur tout le bénéfice | IS 15 % ≤ 42 500 €, puis 25 % |
| Assiette des cotisations | Totalité du bénéfice | Rémunération + dividendes > 10 % (gérant TNS) |
| Capitalisation à taux réduit | Impossible | Oui, à l'IS |
| Pilotage du revenu | Non (tout est imposé l'année même) | Oui (rémunération / dividende) |
| Holding SPFPL au-dessus | Non | Oui |
Les dividendes : PFU 31,4 % et la règle des 10 %
Pour un anesthésiste qui dégage un bénéfice confortable, la question des dividendes est centrale. Deux chiffres que vos confrères citent presque toujours de travers : le taux réel du dividende en 2026, et la fameuse règle des 10 % qui ne frappe pas tout le monde de la même façon.
| Composante | Taux | Base |
|---|---|---|
| IR (PFU) | 12,8 % | Art. 200 A CGI |
| Prélèvements sociaux | 18,6 % | CSG 10,6 + CRDS 0,5 + solidarité 7,5 (art. L. 136-8 CSS, LFSS 2026) |
| Total PFU dividendes | 31,4 % | — |
L'option pour le barème ouvre l'abattement de 40 % (art. 158, 3-2° CGI, réservé au barème) et la CSG déductible, mais elle agrège le dividende à vos autres revenus : pour un anesthésiste imposé à 45 % de TMI, elle est presque toujours perdante. Le PFU reste donc la voie par défaut. Le détail de la dualité des prélèvements sociaux figure dans notre guide prélèvements sociaux 2026 : pourquoi un dividende supporte 18,6 % (et non 17,2 %).
Exemple chiffré : 40 000 € de dividende au PFU
La règle des 10 % (art. L. 131-6, III, 2° CSS) — pour le gérant TNS
Dividendes versés à l'associé exerçant TNS
(gérant majoritaire de SELARL) :
• Fraction ≤ 10 % de (capital social libéré
+ primes d'émission + solde moyen du CCA)
→ PFU 31,4 % (pas de cotisations TNS)
• Fraction > 10 %
→ réintégrée dans l'assiette des
COTISATIONS TNS (~40-45 %), en plus de l'impôtCCA = compte courant d'associé. L'assiette du seuil n'est PAS le seul capital social : c'est capital libéré + primes d'émission + solde moyen du CCA. Un capital de 10 000 € sans compte courant donne un seuil de seulement 1 000 €.
La règle des 10 %, posée à l'article L. 131-6, III, 2° du Code de la sécurité sociale, ne vise que les travailleurs indépendants. Concrètement : le gérant majoritaire de SELARL voit la fraction de ses dividendes dépassant 10 % de l'assiette (capital + primes + CCA) requalifiée en revenu d'activité et cotisée. Elle a été validée par le Conseil constitutionnel (décision n° 2010-24 QPC du 6 août 2010), qui a jugé ses critères « objectifs et rationnels », et son mode de calcul a été confirmé par le Conseil d'État (27 mai 2011 n° 328905). Le mécanisme, fraction par fraction, est détaillé dans notre guide dividendes de SEL et cotisations sociales : la règle des 10 % fraction par fraction.
Un capital faible rend le seuil dérisoire
SELAS = dividendes sans cotisations : le mythe démonté pour un anesthésiste
On arrive à l'argument qui décide la plupart des anesthésistes pour la SELAS. Le principe est exact : posons-le fermement avant de le nuancer.
Le président de SELAS est assimilé salarié (art. L. 311-3 CSS). Il est donc hors du champ de l'article L. 131-6 CSS, qui ne vise que les travailleurs indépendants. Conséquence directe : ses dividendes versés en détention directe échappent à la règle des 10 % et ne supportent que le PFU à 31,4 %, sans cotisations sociales d'activité. C'est l'argument numéro un des vendeurs de SELAS, et sur ce point ils ont raison. Là où le gérant majoritaire de SELARL voit la quasi-totalité de ses dividendes rattrapée par les cotisations sur un capital faible, le président de SELAS distribue, lui, au seul prélèvement forfaitaire.
Le piège anesthésiste : la dualité d'affiliation
Ce n'est pas une interprétation de cabinet : la Cour de cassation l'a jugé. Dans un arrêt du 27 novembre 2014 (2e civ. n° 13-26.022), une chirurgienne-dentiste, présidente de SELAS, demandait sa radiation de la caisse des indépendants au motif qu'elle était présidente assimilée salariée. La Cour a rejeté sa demande : l'affiliation au régime général au titre du mandat n'exclut pas l'affiliation TNS au titre de l'activité libérale de soins. L'espèce visait une chirurgienne-dentiste, mais la logique est directement transposable à l'anesthésiste.
À retenir
Le mythe, le piège et l'exception
- Le principe (tranché) : en détention directe, le président de SELAS distribue ses dividendes au seul PFU 31,4 %, hors règle des 10 %.
- Le piège anesthésiste (au conditionnel) : son activité de soins reste TNS / CARMF — l'avantage « protection sociale » de la SELAS ne porte que sur la part mandat, marginale.
- L'exception SPFPL (tranchée) : via une holding, l'associé redevient TNS et la règle des 10 % réapparaît (Cass. 19/10/2023, voir §9).
La zone grise à sécuriser : la convergence annoncée
Quand le fisc requalifie votre rémunération technique en BNC (CE 2025)
Personne ne vous en parle avant la signature, et c'est pourtant ce qui fait fondre une bonne partie de l'avantage « protection sociale » de la SELAS. Dans une décision du 8 avril 2025 (n° 492154), le Conseil d'État a confirmé que la rémunération de l'activité libérale technique de l'associé de SEL — vos actes d'anesthésie, vos vacations, vos gardes — relève des bénéfices non commerciaux (art. 92 CGI), sauf lien de subordination caractérisé. Seule la part rémunérant le mandat social relève des traitements et salaires (art. 62 pour le gérant majoritaire de SELARL, art. 80 ter pour le président de SELAS).
Ce que le Conseil d'État a annulé
Pourquoi cela change l'arbitrage SELARL / SELAS ? Parce que l'argument de vente de la SELAS — « le président est assimilé salarié, donc mieux protégé » — ne vaut que sur la part réellement assimilée salariée. Or, depuis cette décision, cette part est ténue: chez un anesthésiste, l'immense majorité du revenu rémunère l'activité technique de soins, qui est du BNC rattaché au régime TNS / CARMF, mandat ou pas. La meilleure couverture sociale de la SELAS ne porte donc, en pratique, que sur une fraction marginale de ce que vous gagnez. Ce raisonnement s'appuie aussi sur le rescrit BOI-RES-BNC-000136 et sur le socle déjà posé par le Conseil d'État (16 octobre 2013 n° 339822).
Avant / après le 8 avril 2025
La ventilation technique / mandat
- Avant : tolérance forfaitaire de 5 % rattachée au mandat sans justification ; arbitrage SELAS « tout assimilé salarié » plus facile à défendre.
- Après : ventilation à justifier tâche par tâche, rémunération technique = BNC (art. 92 CGI) ; la part assimilée salariée — donc l'avantage protection de la SELAS — se réduit à la portion congrue du mandat.
Retraite et prévoyance : CARMF, ASV secteur 1/2 vs régime général
Beaucoup croient qu'en passant en SELAS « assimilé salarié », ils quittent la CARMF pour le régime général, plus généreux. C'est faux. L'anesthésiste reste affilié à la CARMF dans les deux statuts, au titre de son activité de soins : retraite de base (CNAVPL), retraite complémentaire (RCV) et avantage social vieillesse (ASV). Ce qui diffère, c'est uniquement le traitement de la part « mandat »et l'enveloppe d'épargne retraite déductible que chaque statut ouvre.
Spécificité anesthésiste : l'ASV secteur 1 ou secteur 2
| Poste | SELARL — gérant maj. (TNS) | SELAS — président (assimilé) |
|---|---|---|
| Retraite de l'activité de soins | CARMF (base CNAVPL + complémentaire + ASV) | CARMF (base CNAVPL + complémentaire + ASV) |
| ASV selon le conventionnement | Secteur 1 ou 2 (anesthésiste souvent secteur 2) | Idem — la forme de la SEL n'y change rien |
| Retraite de la part mandat | Pas de régime salarié dédié | Régime général + AGIRC-ARRCO (part mandat) |
| Prévoyance / IJ | Madelin à souscrire (art. 154 bis CGI) | Couverture cadre (IJ, invalidité, décès) sur la part mandat |
| Plafond PER déductible | Jusqu'à 88 911 € (art. 154 bis CGI) | ≈ 37 680 € (PER salarié, art. 163 quatervicies CGI) |
Pour un anesthésiste à hauts revenus, c'est souvent ce poste-là qui tranche entre les deux. Le gérant majoritaire de SELARL dispose d'une enveloppe de déduction PER / Madelin pouvant atteindre 88 911 € en 2026 (art. 154 bis CGI : 10 % du bénéfice + 15 % de la fraction entre 1 et 8 PASS), à laquelle s'ajoute la prévoyance Madelin déductible (environ 11 534 €). Le président de SELAS, sur sa part mandat, relève du PER salarié, plafonné à environ 37 680 €(art. 163 quatervicies CGI : 10 % de 8 PASS de l'année précédente). À 45 % de TMI, l'écart se chiffre vite : saturer 88 911 € en SELARL plutôt que 37 680 € en SELAS, c'est environ 51 000 € d'assiette déductible de plus, soit de l'ordre de 23 000 € d'impôt en moins chaque année.
L'arbitrage retraite : protection vs déduction
Note de méthode : l'économie d'impôt est certaine, le rendement ne l'est pas
CEHR + CDHR : la facture que le comparateur en ligne oublie
La plupart des simulateurs SELARL / SELAS s'arrêtent au coût des cotisations. Pour un anesthésiste à TMI 45 %, dont le revenu fiscal de référence dépasse souvent 250 000 €, c'est une erreur : deux surcouches d'imposition se déclenchent au-delà de ce seuil, et distribuer beaucoup de dividendes les alimente directement.
| Dispositif | Seuils (célibataire) | Effet |
|---|---|---|
| CEHR (art. 223 sexies CGI) | 3 % > 250 000 € ; 4 % > 500 000 € | Surtaxe assise sur le revenu fiscal de référence |
| CDHR (art. 224 CGI) | RFR > 250 000 € | Imposition plancher de 20 % du RFR (décote 250-330 k€) |
| Couple (les deux dispositifs) | Seuils doublés : 500 000 / 1 000 000 € | Mécanique identique, décote 500-660 k€ pour la CDHR |
Distribuer gonfle le RFR — capitaliser le contient
La SPFPL : pourquoi l'arbitrage se joue souvent au-dessus de la SEL
Pour un anesthésiste qui dégage plus de trésorerie qu'il n'en consomme, le vrai sujet n'est souvent ni la SELARL ni la SELAS, mais la holding qu'on met au-dessus : une SPFPL(société de participations financières de professions libérales). C'est une holding dédiée aux professions réglementées, encadrée par la même ordonnance 2023-77, où les médecins exerçants doivent détenir plus de 50 % et qui passe par l'agrément de l'Ordre.
Son intérêt central : le régime mère-fille (art. 145 et 216 CGI). Les dividendes que votre SEL remonte à la SPFPL sont exonérés à 95 % ; seule une quote-part de frais et charges de 5 % reste taxée à l'IS, soit un frottement effectif d'environ 1,25 % (5 % de quote-part × 25 % d'IS ; ramené à 0,75 % si la SPFPL bénéficie du taux réduit à 15 %). À comparer aux 31,4 % d'une distribution personnelle. Vous pouvez alors capitaliser et réinvestirdans la holding (placements, immobilier professionnel, rachat de parts), au lieu de sortir le cash et d'en laisser 31,4 % au PFU.
Exemple chiffré : 100 000 € qui remontent à la SPFPL plutôt que dans votre poche
La SPFPL ne neutralise PAS le seuil des 10 %
Pour l'anesthésiste à fort résultat, la SPFPL change donc moins l'arbitrage SELARL contre SELAS qu'elle ne déplace la question : plutôt que de se demander comment sortir les dividendes au moindre coût, on se demande comment capitaliser le bénéfice non consommé à l'abri du frottement fiscal. Pour un Dr Delaunay à 450 000 € qui réinvestit, c'est presque toujours la bonne réponse — en SELARL comme en SELAS. Pour faire fructifier cette trésorerie, voyez placer la trésorerie de sa SEL.
Cas chiffré : SELARL vs SELAS à 280 000 € de résultat
Prenons le Dr Berthier, anesthésiste-réanimateur de 46 ans qui exerce en secteur 2 : c'est le cas qu'on voit le plus souvent en rendez-vous. Avertissement avant de lire : ce sont des ordres de grandeur pédagogiques, volontairement arrondis pour que vous suiviez le raisonnement sans calculette. Les taux de charges (TNS ~45 %, assimilé ~75 %) sont des fourchettes indicativesqui varient selon la caisse, le secteur de conventionnement, le niveau de revenu et l'assiette retenue. Une simulation personnalisée donnera des montants différents.
Cas principal · anesthésiste-réanimateur · 46 ans · célibataire · secteur 2 · TMI 45 %
Dr Berthier — 280 000 € de résultat, capital 10 000 €
Le Dr Berthier dégage un résultat de 280 000 € avant rémunération, dans une SEL au capital de 10 000 € sans compte courant significatif. Quelle que soit la forme, sa stratégie de base est la même : se verser une rémunération-socle d'environ 130 000 €(revenu de vie + saturation du PER), et arbitrer le solde entre capitalisation à l'IS et dividendes.
En SELARL (gérant majoritaire TNS) : sa rémunération supporte ~40-45 % de cotisations, mais ouvre l'enveloppe PER / Madelin (jusqu'à 88 911 €). Côté dividendes, son seuil des 10 % ne vaut que 1 000 € (capital 10 000 €). Seule la fraction sous ce seuil reste au PFU ; au-delà, la distribution bascule en cotisations TNS : sortir 40 000 € de dividende dans cette configuration reviendrait à cotiser les 39 000 € excédentaires à ~45 %, soit près de 17 500 € de cotisations en plus de l'impôt. Aucun gérant majoritaire sensé ne distribue comme ça. Le bon réflexe : laisser le résiduel capitaliser à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %).
En SELAS (président assimilé salarié) : sa rémunération de mandat coûte plus cher (~70-80 % sur cette part), mais ses dividendes en direct ne subissent que le PFU 31,4 %, sans règle des 10 %. Sur un dividende brut de 40 000 €, il garde 27 440 € net(5 120 € d'IR + 7 440 € de PS). S'il veut distribuer une part substantielle du résultat, la SELAS lui offre cette souplesse — sous réserve de la zone grise du §5 et d'un audit.
Le verdict est nuancé. Si le Dr Berthier veut capitaliser et saturer sa retraite déductible, la SELARL est souvent la plus efficiente. S'il veut distribuer beaucoup en direct, la SELASreprend l'avantage. Dans les deux cas, à 280 000 €, le célibataire qu'est le Dr Berthier voit surtout son RFR flirter avec les seuils CEHR / CDHR — c'est là que se joue l'optimisation.
| Poste (ordres de grandeur) | SELARL — gérant maj. (TNS) | SELAS — président (assimilé) |
|---|---|---|
| Rémunération-socle brute | ~130 000 € | ~130 000 € |
| Coût social de la rémunération | ~40-45 % (TNS, ouvre PER 88 911 €) | ~70-80 % sur la part mandat |
| Solde capitalisé à l'IS | 15 % ≤ 42 500 €, puis 25 % | 15 % ≤ 42 500 €, puis 25 % |
| Dividende distribué | Frappé par la règle des 10 % (seuil 1 000 €) | PFU 31,4 % seul (sous réserve §5) |
| Droits sociaux générés | CARMF + PER/Madelin large | CARMF + cadre + AGIRC-ARRCO (part mandat) |
Sortir trop de dividendes gonfle le RFR → CEHR et CDHR
SELARL ou SELAS : on chiffre votre cabinet à l'euro
Un CGP indépendant modélise votre cas — résultat, capital, secteur de conventionnement, TMI, objectif de distribution ou de capitalisation — et compare SELARL et SELAS à l'euro, retraite CARMF, PER, SPFPL et pilotage du RFR inclus.
Tableau de décision : SELARL ou SELAS, pour quel profil ?
C'est la grille qu'on sort sur un coin de table en rendez-vous, une fois qu'on a cerné votre objectif. Le tableau ci-dessous croise les objectifs les plus fréquents d'un anesthésiste avec la forme qui leur correspond le mieux — étant entendu que la réalité se modélise, et qu'aucune ligne ne vaut décision sans étude individualisée.
| Votre priorité | Forme qui s'impose souvent | Pourquoi |
|---|---|---|
| Coût social le plus bas + saturer mon PER | SELARL (gérant majoritaire TNS) | Cotisations ~40-45 %, enveloppe PER/Madelin jusqu'à 88 911 € |
| Meilleure protection sociale (IJ, prévoyance cadre) | SELAS (président assimilé) | Couverture cadre sur la part mandat, AGIRC-ARRCO |
| Distribuer beaucoup de dividendes en direct | SELAS (sous réserve §5 + audit) | Dividendes au PFU 31,4 %, hors règle des 10 % en direct |
| Cabinet d'anesthésie en clinique, plusieurs associés | SELAS (liberté statutaire) | Actions, agrément modulable, droits de vote aménageables |
| RFR > 250 000 € : limiter CEHR / CDHR | Capitaliser (SPFPL), quelle que soit la forme | Mère-fille ~1,25 % plutôt que distribution massive |
Peut-on changer plus tard ?
Notre conseil : la stratégie précède la forme
Deux autres profils chiffrés : 150 000 € et 450 000 €
Le même raisonnement bascule dès qu'on touche au résultat : 150 000 € d'un côté, 450 000 € de l'autre, et le verdict n'est plus le même. Comparez le Dr Caron et le Dr Delaunay : deux profils qui encadrent celui du Dr Berthier — un anesthésiste à BNC plus modéré exerçant en secteur 1, et un anesthésiste-réanimateur à très haut résultat, associé d'une structure d'anesthésie en clinique. Mêmes réserves que précédemment : ordres de grandeur pédagogiques, pas une simulation.
Cas A · anesthésiste · 39 ans · marié · secteur 1
Dr Caron — 150 000 € de résultat : la SELARL souvent gagnante
À 150 000 € de résultat, l'écart de coût social pèse lourd : 5 points de cotisation, c'est ~7 500 € qui partent ou restent. Le Dr Caron se verse une rémunération-socle qui couvre son train de vie et sature son PER / Madelin (déductible à sa TMI), laisse le résiduel capitaliser à l'IS, et distribue éventuellement un dividende calibré sous le seuil des 10 %.
Verdict : à ce niveau, la SELARL(gérant majoritaire TNS) est souvent la plus efficiente. Le surcoût social de l'assimilé salarié de la SELAS ne se justifie pas par un besoin de distribution massive qu'il n'a pas encore. La marge de manœuvre se trouve davantage dans l'épargne retraite déductible que dans le dividende.
Cas B · anesthésiste-réanimateur · 54 ans · associé d'une structure d'anesthésie en clinique
Dr Delaunay — 450 000 € de résultat : SELAS + SPFPL
À 450 000 € de résultat, dans une structure d'anesthésie de clinique avec plusieurs médecins associés et un projet de holding, les priorités changent. Le Dr Delaunay valorise la souplesse statutaire (entrée et sortie d'associés, droits de vote aménageables) : ce sont les statuts, pas le taux de cotisation, qui décident — la SELASs'impose.
Verdict : à 450 000 €, distribuer en masse fait sauter le Dr Delaunay au-dessus des seuils CEHR et CDHR. Du coup la question n'est plus « SELARL ou SELAS » mais : capitaliser via une SPFPL : remontée des dividendes au régime mère-fille (~1,25 %), réinvestissement dans la holding, préparation de la transmission (pacte Dutreil). La SELAS pour la gouvernance, la SPFPL pour la capitalisation — voyez SPFPL pour anesthésiste.
Note de méthode : ces chiffres sont illustratifs
Choisir votre structure, puis bâtir la suite
Audit indépendant : comparatif SELARL / SELAS chiffré sur votre cas, retraite CARMF (ASV secteur 1/2), PER, prévoyance, SPFPL et pilotage du RFR, puis trésorerie, cession et transmission. De la signature des statuts chez l'avocat jusqu'à la revente du cabinet, vous gardez le même interlocuteur — Quentin Hagnéré ou un conseiller du cabinet, pas un standard différent à chaque appel.

