Le choc du chiffre : 29 000 € par mois d'activité, ~3 000 € de pension
Imaginez le jour de votre départ : après une carrière au bloc à 350 000 € par an — de l'ordre de 29 000 € par mois de revenu d'activité —, votre première pension CARMF tombe, et elle affiche souvent 3 000 à 4 000 € par mois. Ce n'est pas une erreur de relevé : c'est le décalage le plus mal anticipé de l'anesthésiste-réanimateur à hauts revenus. Vous versez chaque année plusieurs dizaines de milliers d'euros de cotisations obligatoires, et le jour venu votre pension ne couvrira qu'une fraction modeste de votre dernier revenu. La CARMF n'est pas « faible » dans l'absolu : elle est insuffisante en proportion du train de vie d'un médecin à 300 000 ou 350 000 € de bénéfice. La cause est simple à comprendre : vos cotisations retraite sont plafonnées (la complémentaire RCV est écrêtée à 168 210 € de revenu en 2026), alors que votre revenu, lui, ne l'est pas. Tout part de là. Ce guide chiffre le « trou » et détaille les quatre piliers — plus la cession de vos parts — pour le combler, idéalement quinze ans avant le départ.
La retraite de l'anesthésiste en 30 secondes
Le plan est simple : on pose d'abord le diagnostic — comment se monte votre retraite, pourquoi elle décroche avec le revenu, ce que coûte vraiment le secteur 2 — puis on reconstruit le revenu manquant, du PER à la cession de vos parts, avant de caler le calendrier âge par âge. Pour le cadre général du spécialiste, voyez le cadre général de la retraite du médecin spécialiste, au-delà de la CARMF.
Déontologie : aucun montant individuel ne peut être garanti
Les 3 étages de votre retraite obligatoire : CNAVPL + RCV + ASV
Avant de comprendre pourquoi la pension décroche, regardons comment elle se monte, étage par étage. En tant que médecin, vous relevez de la catégorie « santé » des professions libérales (art. L. 640-1 du Code de la sécurité sociale), affiliée à la CNAVPL. Cette dernière chapeaute dix sections professionnelles (art. L. 641-1 CSS) : la CARMF est la section des médecins — et donc des anesthésistes-réanimateurs (à ne pas confondre avec la CARCDSF, qui couvre les chirurgiens-dentistes). Votre retraite obligatoire empile trois régimes, chacun avec sa logique propre — et chacun avec son propre plafond.
Trois étages, trois plafonds
| Régime | Base légale | Cotisation 2026 | Plafond d'assiette | Valeur de service du point |
|---|---|---|---|---|
| Base CNAVPL (par points) | CSS L. 642-1 | 8,73 % ≤ 1 PASS / 1,87 % de 1 à 5 PASS | 5 PASS = 240 300 € | 0,6599 € |
| Complémentaire RCV | CSS L. 644-1 | 11,80 % | 3,5 PASS = 168 210 € | 77,14 € |
| ASV (conventionnés) | CSS L. 645-1 à L. 645-3 | Forfait + ajustement | 5 PASS = 240 300 € | 11,82 € |
Un point à votre avantage : la déductibilité sans plafond
Le même plafonnement frappe toutes les professions libérales, comme l'explique notre guide préparer sa retraite de professionnel libéral. La spécificité de l'anesthésiste, c'est que ses revenus dépassent trèslargement ces plafonds — d'où le décrochage que nous chiffrons dans la section suivante.
Le décrochage de l'anesthésiste : plus vous facturez, moins vous êtes couvert
Le plafonnement des cotisations, ce n'est pas un détail technique : c'est précisément le moteur de la chute du taux de remplacement. Prenons un exemple concret : un anesthésiste-réanimateur à 350 000 € de bénéfice. Il cotise — et acquiert des droits — exactement comme un confrère à 168 210 € (RCV) et 240 300 € (base). La fraction de son revenu comprise entre 168 210 € et 350 000 €, soit 181 790 €, ne génère aucun point de complémentaire RCV. Et la fraction entre 240 300 € et 350 000 €, soit 109 700 €, ne génère aucun point de base. Personne n'a décidé de vous pénaliser : c'est la structure même du calcul.
Le décrochage de proportion (anesthésiste à 350 000 €)
Revenu d activite = 350 000 EUR Plafond d assiette base (5 PASS) = 240 300 EUR -> 109 700 EUR sans droit de base Plafond d assiette complementaire RCV = 168 210 EUR -> 181 790 EUR sans droit RCV Taux de remplacement = Pension annuelle CARMF (base + RCV + ASV) / Dernier revenu d activite
Plus le revenu monte au-dessus des plafonds (168 210 € pour la RCV, 240 300 € pour la base), plus le dénominateur grossit sans que le numérateur suive : le taux de remplacement s'effondre mécaniquement. C'est une simple division dont le dénominateur enfle pendant que le numérateur reste bloqué.
Résultat concret pour vous : le taux de remplacement de la seule CARMF se situe de l'ordre de 25-35 % pour un anesthésiste dont le revenu tourne autour de 300-350 k€ — l'un des plus bas du corps médical, à comparer aux 40-50 % d'un généraliste : non parce que son régime est moins bon, mais parce que son revenu, plus élevé, dépasse beaucoup plus les plafonds (estimation sectorielle, au conditionnel). En clair, votre succès professionnel creuse l'écart au lieu de le réduire. Le profil voisin du généraliste est détaillé dans la retraite du généraliste, à revenus plus bas et taux plus élevé, et le cas-jumeau du chirurgien dans la retraite du chirurgien, autre très haut revenu CARMF.
Un repère de masse, pas une projection
Cas fil rouge — Dr Léa M., anesthésiste-réanimateur, 350 000 €, départ à 67 ans
Droits acquis : elle cotise sur 240 300 € au plus pour la base et 168 210 € au plus pour la RCV. Les fractions de 109 700 € (base) et 181 790 € (RCV) au-dessus des plafonds ne lui rapportent aucun droit.
Pension obligatoire estimée (base + RCV + ASV cumulés, carrière pleine) : en appliquant un taux de remplacement de 25 à 35 %, de l'ordre de 7 300 à 10 200 € par mois [fourchette conditionnelle, à affiner sur le RIS / e-carmf].
Le « trou » : de l'ordre de 18 000 à 22 000 € par moisde revenu d'activité à compenser, soit le cœur de la stratégie patrimoniale des sections 6 à 10. Aucun de ces chiffres n'est une garantie : seul le relevé de carrière donne le montant réel.
Un système par répartition sous tension
Quel est VOTRE taux de remplacement réel ?
Un CGP indépendant estime votre pension CARMF à partir de votre relevé de carrière, chiffre l'écart avec votre revenu d'activité et calibre le capital à constituer — sans vous survendre une enveloppe qui ne vous correspond pas.
L'anesthésiste, souvent en secteur 2 : la double peine ASV
Le troisième étage n'existe que pour les médecins conventionnés : l'allocation supplémentaire de vieillesse (ASV) (art. L. 645-1 CSS), assise sur une cotisation forfaitaire (art. L. 645-2) et une part d'ajustement proportionnelle. Et c'est précisément l'anesthésiste-réanimateur, souvent passé en secteur 2 pour ses honoraires libres (bloc, clinique) — mais pas systématiquement —, qui peut prendre cette double peine de plein fouet. Un point décisif d'emblée : le secteur change le coût de votre cotisation ASV, jamais le montant de votre pension (les droits acquis sont les mêmes).
Le texte est explicite. Aux termes de l'art. L. 645-3 CSS, « les caisses d'assurance maladie participent au financement de cette cotisation dans les conditions prévues au 5° du I de l'article L. 162-14-1 » — c'est-à-dire la convention médicale. Or cette participation ne joue qu'en secteur 1 : pour les conventionnés de secteur 1, les caisses financent environ les deux tiers de la cotisation (de l'ordre de 56,7 % pour les médecins spécialistes), sur la part forfaitaire comme sur la part d'ajustement ; le médecin n'en supporte que le reste. En secteur 2, la prise en charge est de 0 % : l'anesthésiste règle l'intégralité — pour des droits ASV strictement identiques.
Secteur 1 (conventionné, sans dépassement)
Part forfaitaire à la charge du médecin ≈ 1 917 €, ajustement ≈ 1,3333 % du revenu (plafonné à 5 PASS). La CPAM prend en charge environ les deux tiers (de l'ordre de 56,7 % pour les spécialistes) de la cotisation ASV, sur le forfait comme sur l'ajustement. L'ASV coûte donc nettement moins cher, pour des droits identiques. Avantage conditionnel au maintien du conventionnement secteur 1.
Secteur 2 (cas fréquent de l'anesthésiste, honoraires libres)
Part forfaitaire ≈ 5 751 €, ajustement ≈ 4,00 % du revenu (plafonné à 5 PASS), et 0 % de prise en charge CPAM : l'anesthésiste paie tout. À droits ASV identiques, il débourse de l'ordre de plusieurs milliers d'euros de plus par an que son équivalent de secteur 1 (écart de forfait ≈ 3 834 € + écart d'ajustement sur le revenu plafonné) — sans pension supérieure en contrepartie.
| ASV 2026 (ordres de grandeur) | Secteur 1 | Secteur 2 (cas fréquent) |
|---|---|---|
| Part forfaitaire à la charge du médecin | ≈ 1 917 € | ≈ 5 751 € |
| Part d'ajustement (médecin) | ≈ 1,3333 % | ≈ 4,00 % |
| Prise en charge par la CPAM | ≈ 2/3 (56,7 % spéc.) | 0 % |
| Valeur de service du point ASV | 11,82 € | 11,82 € |
Votre secteur ne change pas votre pension — seulement son coût
Âge, décote, réversion : ce qui change le montant de votre pension
Une fois les droits acquis, trois paramètres déterminent ce que vous toucherez réellement : l'âge de départ, l'éventuelle décote, et le jour venu la réversion au conjoint. Commençons par l'âge. L'âge légal (62 à 64 ans selon votre génération) voit son calendrier de relèvement gelé par la LFSS 2026 (loi n° 2025-1403 du 30/12/2025) : ne raisonnez pas sur « 64 ans » comme un acquis. Le vrai repère, c'est 67 ans : à cet âge, le taux plein est automatique, sans décote quelle que soit la durée d'assurance — c'est l'âge sur lequel cale son départ l'anesthésiste de notre cas pratique. En partant avant 67 ans et sans durée complète, une décote de 1,25 % par trimestre manquant s'applique, plafonnée à 20 trimestres (soit −25 % au maximum).
| Régime | Taux de réversion | Âge minimum | Condition de ressources |
|---|---|---|---|
| Base CNAVPL | 54 % | 55 ans | Oui (≈ 25 002 € seul / 40 003 € couple, 2026) |
| Complémentaire RCV | 60 % | 62 ans | Non |
| ASV | 50 % | 62 ans | Non |
La réversion ne reconstitue pas le revenu du ménage
Liquider au bon moment : 6 mois avant
Combler le trou : la pyramide de capitalisation de l'anesthésiste
Le diagnostic est posé. Reste le plus important : reconstruire, euro par euro, le revenu qui manquera. Le « trou » d'un anesthésiste ne se comble pas avec un seul produit, mais avec une architecture à quatre piliers, plus la cession. On commence par le PER, qui défiscalise tant que votre tranche est haute. L'assurance-vie prend le relais pour la liquidité et la transmission, l'immobilier et les SCPI font tomber un revenu mensuel. Vient ensuite votre SEL/SPFPL, transformée en réservoir. Et la pièce maîtresse reste souvent la cession de vos parts de SEL, qui devient le capital de sortie le plus important.
Les 4 piliers + la cession
En rendez-vous, on raisonne toujours à l'envers : on part de votre trou en euros pour remonter au capital à constituer. Pour notre anesthésiste à 350 k€ dont la pension tournerait autour de 7 300 à 10 200 € par mois, le trou à combler avoisine 18 000 à 22 000 € par mois ; le capital nécessaire pour générer ce complément se modélise ensuite selon l'horizon et le rendement retenus (au conditionnel). Chaque pilier est détaillé ensuite : le PER (section 7), l'assurance-vie et l'immobilier (section 8), la SEL et la SPFPL (section 9), la cession comme capital retraite (section 10).
Note de méthode : ce que valent (et ne valent pas) les projections
Chiffrer votre trou, puis le capital à constituer
On part de votre relevé de carrière, on estime votre pension CARMF réelle, on en déduit l'écart annuel à combler, puis le capital-cible et l'effort d'épargne — calibré sur votre tranche et votre trésorerie disponible.
Le PER : votre levier n°1 (jusqu'à 88 911 € déductibles)
Dans la tranche à 45 %, l'anesthésiste a peu d'outils aussi efficaces que le PER pour baisser son impôt. Voyons le calcul, puis les trois limites qu'on oublie souvent de signaler. L'article 154 bis du CGI vous laisse déduire de votre bénéfice 10 % (dans la limite de 8 PASS) + 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS, avec un plancher de 4 806 € et un maximum de 88 911 € en 2026 — atteint dès un bénéfice de 384 480 €.
Le plafond 154 bis, pour un bénéfice de 350 000 €
Le plafond PER de l'anesthésiste à 350 000 € en 2026
Plafond 154 bis = 10 % x 350 000 = 35 000 EUR
+ 15 % x 301 940 (de 1 PASS a 350 000) = 45 291 EUR
--------------------------------------
= 80 291 EUR
Economie d impot a 45 % = 80 291 x 45 % = 36 131 EUR
(Au plafond MAX, benefice >= 384 480 EUR : 88 911 EUR -> 40 010 EUR a 45 %)À 45 % de tranche marginale — la tranche cible de l'anesthésiste — un versement plein de 80 291 € fait économiser de l'ordre de 36 131 € d'impôt sur le revenu. L'effort d'épargne réel est ainsi quasiment divisé par deux.
Cas 1 — Dr Camille D., anesthésiste en BNC, 350 000 €, 52 ans
En versant 80 291 € sur son PER, à 45 % de tranche, elle économise 80 291 × 45 % ≈ 36 131 € d'impôt sur le revenu, avant interaction avec la CDHR(le PER réduit le RFR, mais la contribution différentielle de l'art. 224 CGI plafonne l'avantage par un impôt minimal de 20 % du RFR — voir section 11 ; l'économie réelle est donc à valider en simulation avec l'expert-comptable).
Sur quinze ans, elle capitalise à son nom (hypothèse de rendement au conditionnel) et constitue un capital significatif. À la sortie : la part versements est imposée au barème (TMI retraite ≈ 30 % < 45 % à l'entrée = gain net), les gains au PFU de 31,4 % (PS 18,6 %). Le PER ne crée pas de droits CARMF, mais il transforme ≈ 36 131 € d'impôt par an en capital qui reste à votre nom. Le détail chiffré du levier : combien d'impôt le PER fait économiser selon votre bénéfice.
Trois pièges à connaître (anti-survente)
Le PER rapporte, mais trois angles morts reviennent en rendez-vous avec les anesthésistes.
- Il ne crée pas de droits CARMF. Le versement PER déduit reste dans l'assiette des cotisations sociales (art. L. 131-6 CSS) : l'avantage se mesure uniquement à l'impôt sur le revenu, jamais en réduction de charges ni en points de retraite obligatoire.
- Le plafond 154 bis n'est pas reportable. Le plafond facultatif non utilisé est perdu à la clôture de l'exercice ; seul le plafond général du 163 quatervicies est reportable (3 ans, porté à 5 ans pour les plafonds générés à compter de 2026 selon la LF 2026 — point à confirmer au texte, à formuler prudemment). La mutualisation entre conjoints mariés ou pacsés joue sur ce plafond général, pas sur le 154 bis.
- La sortie est fiscalisée. En capital, la part versements est imposée au barème sans l'abattement de 10 % des pensions, et les gains au PFU de 31,4 % (prélèvements sociaux de 18,6 %depuis la LFSS 2026). Le PER gagne quand votre tranche à la retraite est plus basse qu'en activité — ce qui est le cas le plus fréquent pour un anesthésiste.
PER Capimed (CARMF) ou PER privé ?
Le PER optimise l'impôt, pas les charges sociales
Assurance-vie et immobilier : du revenu disponible et de la transmission
2. L'assurance-vie : liquidité et transmission
Là où le PER bloque l'épargne jusqu'à la retraite, l'assurance-vie reste disponible à tout moment. Après 8 ans, le rachat bénéficie d'un abattement annuel (4 600 € seul, 9 200 € pour un couple) puis d'un taux réduit. Surtout, ses prélèvements sociaux restent à 17,2 % en 2026 (et non 18,6 % comme le PER), ce qui maintient sa flat tax à 30 %. Et elle se transmet hors succession : abattement de 152 500 € par bénéficiaire (art. 990 I) pour les primes versées avant 70 ans, 30 500 € au-delà (art. 757 B). C'est ce qui complète le PER là où il est aveugle, et ça répond au trou de réversion vu en section 5 — l'assurance-vie : liquidité et transmission (990 I).
3. L'immobilier et les SCPI : un revenu régulier
Pour un revenu qui tombe chaque mois à la retraite, l'immobilier garde sa place. Les SCPI (pierre-papier) distribuent des loyers sans gestion directe ; l'achat des murs de votre local d'exercice (souvent en SCI) constitue un actif retraite qui se valorise pendant votre activité. Les revenus fonciers de la location nue supportent des prélèvements sociaux de 17,2 % (maintenus en 2026), et le déficit foncier reste imputable jusqu'à 10 700 € par an sur le revenu global — 21 400 € pour des travaux de rénovation énergétique (dispositif sous réserve de prorogation au 31/12/2027) — (art. 156 CGI). Pour explorer la pierre-papier et l'immobilier du libéral : les SCPI comme complément de revenu à la retraite et l'immobilier du libéral : revenu complémentaire et déficit foncier.
PER : l'arme de la phase d'activité
Déduction à l'entrée (idéal à 45 % de tranche, jusqu'à 88 911 € en 2026, ≈ 80 291 € à 350 k€), mais épargne bloquée jusqu'à la retraite et gains taxés à 18,6 % de PS à la sortie (PFU 31,4 %). On l'utilise tant que la tranche est haute, pour transformer l'impôt en capital.
Assurance-vie : liquidité + transmission
Pas de déduction à l'entrée, mais une épargne disponible, une fiscalité douce après 8 ans, des PS maintenus à 17,2 %, et une transmission hors succession (990 I, 152 500 € par bénéficiaire). On l'ajoute au PER, on ne le met pas à la place.
La dualité des prélèvements sociaux 2026 à ne pas confondre
Votre SELARL et votre SPFPL : le 4e pilier retraite de l'anesthésiste
Un anesthésiste en SELARL a une carte que l'employé lambda n'a pas : faire travailler la société elle-même au lieu de tout sortir en dividendes. Si vous exercez en SELARL ou en SELAS, votre société peut servir de réservoir de trésorerie longue : plutôt que de tout sortir en dividendes (lourdement fiscalisés), vous laissez une partie capitaliser à l'intérieur, avec un frottement d'impôt sur les sociétés réduit (IS à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis 25 %). La société peut détenir un contrat de capitalisation (art. 238 septies E CGI) pour faire travailler cette trésorerie sur le long terme, et la SPFPL sert de coffre-fort où loger les parts et faire remonter les dividendes à réinvestir.
La SPFPL ne met pas vos dividendes à l'abri des cotisations
Attention : la frontière SELARL / SELAS s'est largement effacée. Depuis la LFSS 2024 (loi n° 2023-1250 du 26 décembre 2023, art. 18), applicable aux dividendes perçus à compter du 1er janvier 2025, le mécanisme des dividendes supérieurs à 10 % du capital a été étendu à l'ensemble des associés libéraux exerçant en SEL. Un anesthésiste président de SELAS (ou gérant minoritaire/égalitaire de SELARL) relève certes d'un double statut — son mandat social est assimilé salarié, mais son activité technique d'anesthésiste reste une activité libérale TNS affiliée à la CARMF. Ses dividendes ne sont donc pas automatiquement à l'abride la règle des 10 % au seul motif qu'il serait assimilé salarié : l'arbitrage « SELAS contre SELARL » pour échapper aux cotisations a, pour l'essentiel, disparu. N'appliquez aucune règle de façon inconditionnelle : faites valider votre situation statut par statut avec votre expert-comptable.
Un point complémentaire, structurant pour l'assiette CARMF et le plafond PER : par l'arrêt CE 8 avril 2025 n° 492154, la rémunération technique de l'associé exerçant en SEL est imposée en BNC (fin de la tolérance forfaitaire des 5 %). Pour un gérant majoritaire de SELARL (TNS), ce BNC sert d'assiette à vos cotisations CARMF etde base au calcul de votre plafond PER : les deux calculs s'alimentent à la même source.
La SPFPL est un outil de capitalisation, pas d'évitement de cotisations
Céder vos parts de SELARL : le vrai capital retraite de l'anesthésiste
Le quatrième pilier a un second volet, et c'est souvent le plus gros chèque de toute la préparation : le jour où vous arrêtez, vos parts de SEL valent un capital — fréquemment 500 000 à 800 000 € pour un anesthésiste installé. Bien anticipée, cette cession devient le capital retraite qui finance vos enveloppes (assurance-vie, SCPI). Trois régimes de faveur cohabitent, selon que vous cédez des titres ou un fonds / une clientèle.
Cession de titres de SEL : l'abattement de 500 000 € (150-0 D ter)
Si vous cédez vos parts de SEL à l'IS en partant en retraite, l'art. 150-0 D ter CGI ouvre un abattement fixe de 500 000 € sur la plus-value, en IR seul, dispositif prorogé jusqu'au 31/12/2031 (art. 70 de la LF 2025). Conditions : activité depuis au moins 5 ans, société répondant à la définition européenne des PME, cession totale (ou de plus de 50 % des droits de vote), un seul abattement de 500 000 € par société. Côté calendrier : chacun des deux événements — la cessation des fonctions et la liquidation des droits à la retraite — doit intervenir dans les 2 ans avant ou les 2 ans après la cession, dans l'ordre voulu (CE 16/10/2019 n° 417364 ; BOI-RPPM-PVBMI-20-40-10-30). Il ne s'agit donc pas d'un délai « de 24 mois entre les deux événements », mais d'une fenêtre autour de la cession.
Cession de la clientèle / du fonds (151 septies A, 238 quindecies)
Si vous exercez en nom propre (BNC) et cédez votre clientèle ou votre fonds — ou vos parts traitées comme actif professionnel (art. 151 nonies) —, l'art. 151 septies A CGI exonère l'IR de la plus-value au départ en retraite (activité ≥ 5 ans) ; attention, ce régime ne vise pas les parts de SEL à l'IS. L'art. 238 quindecies exonère totalement la plus-value en dessous de 500 000 € de valeur (dégressif jusqu'à 1 000 000 €) — et c'est le seul qui exonère IR et PS. L'art. 151 septies (exonération selon les recettes ≤ 90 000 €) est en revanche peu pertinent pour un anesthésiste, dont les recettes sont très supérieures.
Le piège majeur : l'abattement du 150-0 D ter ne couvre que l'IR, jamais les PS
Cas 2 — Dr Karim B., anesthésiste en SELARL, cession des parts à 67 ans
Abattement fixe 500 000 € → plus-value imposable à l'IR = 600 000 − 500 000 = 100 000 €.
IR (PFU 12,8 %) sur 100 000 € = 12 800 €.
PS 18,6 % sur la totalité des 600 000 € (l'abattement ne les couvre pas) = ≈ 111 600 €.
Total prélèvements ≈ 124 400 € (12 800 + 111 600, hors CEHR/CDHR) sur 600 000 € de PV → un net de ≈ 475 600 € qui devient un capital retraite. Hypothèse explicite : PV imposable seule au RFR, à valider en simulation (CEHR / CDHR possibles l'année de la cession). La leçon : « exonération » du 150-0 D ter = IR seul, jamais les PS.
| Régime | Article | Portée | Exonère IR | Exonère PS |
|---|---|---|---|---|
| Cession de titres de SEL à l'IS | 150-0 D ter | Abattement fixe 500 000 € | Oui | Non (18,6 %) |
| Cession clientèle / fonds, parts pro | 151 septies A | Exonération IR (retraite) | Oui | Non |
| Cession d'activité (valeur) | 238 quindecies | Totale < 500 000 €, dégressif < 1 M | Oui | Oui |
| Selon les recettes (peu pertinent) | 151 septies | Totale ≤ 90 000 € de recettes | Oui | Oui |
Une variante structurante existe pour différer l'imposition : l'apport-cession (art. 150-0 B ter), qui place la plus-value d'apport de titres à une holding soumise à l'IS en report, sous obligation de réinvestissement économique de 60 % sous 24 mois en cas de cession dans les 3 ans (CE 12/07/2017 n° 401997 ; CE 16/02/2024 n° 472835). Pour le détail : céder son cabinet et exonérer sa plus-value au départ en retraite et structurer la cession via une holding (report 150-0 B ter).
Anticipez le calendrier de la cession, bien en amont
Optimiser sans tomber dans le piège CEHR / CDHR
Un anesthésiste qui optimise sa retraite doit garder un œil sur les surtaxes des hauts revenus : elles peuvent rattraper une partie de l'avantage, ou se déclencher l'année d'une cession. Deux surtaxes, toutes deux assises sur le revenu fiscal de référence (RFR) : la CEHR et la CDHR.
| Contribution | Article | Déclenchement (RFR) | Taux / effet |
|---|---|---|---|
| CEHR | 223 sexies CGI | > 250 000 / 500 000 € (célib.) ; 500 000 / 1 000 000 € (couple) | 3 % puis 4 % |
| CDHR | 224 CGI | > 250 000 / 500 000 € | Imposition minimale de 20 % du RFR |
La CDHR (art. 224 CGI) garantit une imposition minimale de 20 % du RFR pour les RFR supérieurs à 250 000 / 500 000 €. Créée par l'art. 10 de la LF 2025 (loi n° 2025-127 du 14/02/2025, validée par le Cons. const. n° 2025-874 DC du 13/02/2025), elle a été reconduite par la LF 2026 (loi n° 2026-103 du 19/02/2026, Cons. const. n° 2026-901 DC du 19/02/2026), jusqu'au retour du déficit public sous 3 % du PIB. Le périmètre exact du calcul (revenus retenus, taux moyen, décote) et sa pérennité au-delà de 2026 sont à apprécier au cas par cas et à formuler au conditionnel.
L'articulation à surveiller : PER, cession et plancher CDHR
Votre feuille de route retraite d'anesthésiste, par âge
On ne prépare pas cette retraite en un bloc : chaque décennie a son chantier, des fondations à 42 ans au déclenchement à 67. L'essentiel est de commencer tôt : un PER ouvert à 42 ans pèsera plus lourd qu'un PER deux fois plus alimenté ouvert à 55 ans.
40-50 ans : poser les fondations
Maximisez le PER au plus haut de votre tranche (jusqu'à 88 911 €/an déductibles, ≈ 80 291 € à 350 k€ de bénéfice), démarrez l'assurance-vie pour prendre date, et visez l'immobilier de rendement. L'effet du temps est décisif : chaque année gagnée allège l'effort mensuel futur.
50-60 ans : structurer le réservoir et préparer la sortie
Densifiez le PER, structurez votre SEL / SPFPL en réservoir, et préparez l'architecture de cession : le 150-0 D ter exige une anticipation (les conditions des 5 ans et de la fenêtre autour de la cession se planifient en amont, avec un repreneur et une valorisation).
60-67 ans : déclencher au bon moment
Calez le départ sur le taux plein automatique à 67 ans (annulation de la décote quelle que soit la durée), déposez votre demande de liquidation 6 mois avant, organisez la cession des parts dans la fenêtre de 2 ans avant/après (CE 16/10/2019), en synchronisant cessation des fonctions et liquidation de la retraite, et arbitrez le cumul emploi-retraite (réforme applicable aux pensions liquidées à compter du 01/01/2027, au conditionnel).
Récapitulatif : partir du trou, pas du produit
Pour aller plus loin, trois ressources : les leviers de complément en détail dans les leviers pour compléter une retraite CARMF, le cadre général dans la retraite du médecin spécialiste, au-delà de la CARMF, et le cas-jumeau du chirurgien dans la retraite du chirurgien, autre très haut revenu CARMF.
Préparer votre retraite d'anesthésiste avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. Vous arrivez avec votre relevé de carrière ; vous repartez avec un chiffre — le trou exact — et le plan pour le combler (PER, assurance-vie, immobilier, SEL/SPFPL, cession 150-0 D ter), en lien avec votre expert-comptable.

