La CAVEC en 30 secondes : un socle solide mais plafonné
Première bonne nouvelle : votre CAVEC est l'une des meilleures caisses des professions libérales. Rien à voir avec la CIPAV des architectes, réputée famélique. Mais « solide » ne veut pas dire « suffisante » : à 160 000 € de revenus, votre pension obligatoire vous laissera loin des 70 % de remplacement que vous visez pour maintenir votre train de vie. Ce n'est pas une fatalité : c'est un déficit à combler par anticipation. Avant de détailler les six leviers, prenons une page pour cadrer les choses.
En 30 secondes : les 6 leviers pour combler le déficit de la CAVEC
2. L'assurance-vie — la poche liquide et transmissible (abattement de 152 500 € par bénéficiaire, art. 990 I), prélèvements sociaux maintenus à 17,2 %.
3. La SCPI et l'immobilier — du revenu régulier et concret : SCPI européennes (hors PS), LMNP amorti, déficit foncier.
4. Le contrat de capitalisation et le PEA — capitaliser à fiscalité douce, en nom propre ou en société.
5. La cession du cabinet — le capital de départ le plus important (exonération jusqu'à 500 000 €).
6. La SPFPL — la cagnotte de réinvestissement, à fiscalité d'IS allégée.
Ces six leviers se combinent plutôt qu'ils ne se concurrencent, dans un ordre qui dépend de votre TMI et de votre statut.
Votre retraite d'expert-comptable repose sur deux briques obligatoires : la base CNAVPL (commune à tous les libéraux, par points, plafonnée) et le complémentaire CAVEC (Caisse d'Assurance Vieillesse des Experts-Comptables et des Commissaires aux Comptes), organisé par classes de cotisation. Depuis le 1er janvier 2026, la CAVEC compte 9 classes (A à I) : vous êtes rattaché à une classe selon votre revenu professionnel, avec la possibilité d'opter pour une classe supérieure. Chaque classe correspond à une cotisation forfaitaire et à un nombre de points ; votre pension complémentaire = points cumulés × valeur de service du point (1,3850 € en 2026). Confortable jusqu'à un certain niveau de revenu : au-delà, le plafond se referme.
Le chiffre à retenir : même en classe haute, l'ensemble de ces régimes vous remplace nettement moins de 70 % de votre dernier revenu d'activité quand celui-ci est élevé, parce que la base et les classes sont bornées. C'est une estimation que nous formulons au conditionnel — jamais un chiffre réglementaire ni une projection de votre pension. Pour un expert-comptable à 160 000 € de revenus, le déficit se chiffre en plusieurs milliers d'euros par mois.
Cet article ne refait pas le diagnostic : il apporte la solution
Les 6 leviers ne s'opposent pas : ils s'empilent (dans le bon ordre)
En rendez-vous, la plupart des experts-comptables arrivent avec le même réflexe de départ : opposer « PER vs assurance-vie », ou se demander quel produit choisir. La bonne question n'est pas « lequel choisir ? » mais « dans quel ordre remplir les enveloppes ? ». Car elles ne se concurrencent pas : chacune répond à un besoin distinct — défiscaliser, rester liquide, transmettre, toucher un revenu, faire travailler la trésorerie d'une société ou encaisser un capital de départ.
L'ordre type d'un expert-comptable en BNC à 45 % de TMI
2. L'assurance-vie en parallèle : la poche liquide et transmissible que le PER, bloqué, ne peut pas offrir.
3. La SCPI et l'immobilier : pour un revenu régulier et tangible qui diversifie l'épargne financière.
4. Le contrat de capitalisation et le PEA : capitaliser à fiscalité douce, en nom propre ou en société.
5 & 6. Si vous exercez en société : la cession du cabinet comme capital de départ et la SPFPL comme cagnotte de réinvestissement.
Dans la pratique, on range ces six leviers en deux familles qui se complètent. D'un côté la capitalisation financière (PER + assurance-vie + capi/PEA) : l'effet du temps, une fiscalité pilotable, des montants ajustables au centime. De l'autre la capitalisation réelle et patrimoniale(immobilier + cession du cabinet + SPFPL) : des revenus tangibles, une valeur de revente, un ancrage hors des marchés financiers.
Capitalisation financière (PER + AV + capi/PEA)
Points forts
- Effet du temps et des intérêts composés
- Fiscalité pilotable (déduction PER à l'entrée, abattements AV à la sortie)
- Montants ajustables, versements programmés
- Transmission optimisée via l'assurance-vie (990 I)
Points de vigilance
- Risque de perte en capital selon les supports
- PER bloqué jusqu'à la retraite
- Pas de revenu « tangible » avant la sortie
Capitalisation réelle / patrimoniale (immobilier + cession + SPFPL)
Points forts
- Revenu régulier et tangible (loyers, SCPI)
- Valeur de revente (immobilier, cabinet)
- Effet de levier du crédit possible (immobilier)
- La cession du cabinet : un capital de départ souvent décisif
Points de vigilance
- Liquidité faible (vente d'un bien, aléa de cession)
- Gestion et vacance locative à anticiper
- Fiscalité des revenus fonciers lourde à TMI haute
Dans les sections suivantes, on prend chaque levier un à un, puis on les met face à face dans un tableau comparatif et un arbre de décision par profil.
Levier 1 — Le PER : le levier fiscal le plus puissant à TMI élevée
Celui qui fait le plus baisser l'impôt quand vous êtes à 41 ou 45 % de tranche, c'est le Plan d'épargne retraite (PER). Sa force tient au plafond spécifique des travailleurs non salariés de l'article 154 bis du CGI (héritage de la loi Madelin). Vous déduisez vos versements de votre bénéfice imposable, dans une enveloppe bien plus large que celle d'un salarié.
Le plafond de déduction PER de l'expert-comptable (art. 154 bis, 2026)
PLAFOND 154 bis = 10 % du benefice (dans la limite de 8 PASS)
+ 15 % de la fraction de benefice entre 1 et 8 PASS
PLANCHER 2026 = 4 806 EUR (meme si benefice faible)
PLAFOND MAX 2026 = 88 911 EUR (benefice >= 8 PASS = 384 480 EUR)
1 PASS 2026 = 48 060 EURBase de calcul : le bénéfice de l'année. Report des plafonds non utilisés sur 5 ans (droits nés à compter de 2026 ; 3 ans pour les droits 2023-2025), mutualisation entre conjoints. Le détail BNC par BNC est dans le guide PER de l'expert-comptable.
L'économie d'impôt immédiate
ECONOMIE D'IMPOT = versement deductible x TMI
Exemple : 10 000 EUR verses a TMI 45 %
= 4 500 EUR d'IR en moins -> effort net reel 5 500 EURL'économie est réelle et immédiate : c'est le grand avantage du PER pour un expert-comptable à 41 ou 45 % de TMI.
Les quatre garde-fous du PER (à connaître avant de verser)
2. Plafond propre, reportable 5 ans (droits 2026 ; 3 ans pour les droits 2023-2025). Le plafond 154 bis (TNS, BNC) est distinct du plafond du dirigeant assimilé salarié de SELAS (art. 163 quatervicies) : ne les confondez pas selon votre statut.
3. Épargne bloquée. Jusqu'à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé des art. L. 224-4 et L. 224-5 du CMF (accidents de la vie ; acquisition de la résidence principale).
4. Sur un revenu BNC. La déduction 154 bis n'est admise que sur un revenu imposé en BNC, jamais sur un salaire (CE 8 décembre 2017, n° 409429).
À la sortie, le PER se fiscalise. En capital, la part correspondant aux versements déduits est imposée au barème de l'IR sans l'abattement de 10 % des pensions, et les gains au PFU (12,8 % d'impôt + prélèvements sociaux de 18,6 % en 2026, et non 17,2 % comme l'assurance-vie). En rente, la fraction imposable suit le régime des pensions (abattement de 10 %, art. 158-5). La transmissiond'un PER assurantiel relève des articles 990 I / 757 B, comme l'assurance-vie.
Le verdict : gagnant si la TMI de sortie est inférieure à celle d'entrée
Choisir les bonnes enveloppes pour combler votre déficit de retraite
Un CGP indépendant estime votre déficit de retraite CAVEC, puis dimensionne et empile les 6 leviers (PER, assurance-vie, SCPI, capi, cession, SPFPL) à votre revenu et à votre âge — sans vous survendre un produit. Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant.
Levier 2 — L'assurance-vie : la poche liquide et transmissible
Le PER excelle à défiscaliser, mais il bloque l'épargne — et c'est précisément là qu'intervient l'assurance-vie. Pas de déduction à l'entrée, mais une liquidité totale — les rachats sont libres à tout moment, et seuls les gains sont taxés (le capital ressort sans impôt). C'est la poche disponible que le PER, verrouillé, ne peut pas offrir, et le support idéal pour une capitalisation longue (fonds euros + unités de compte).
Après 8 ans de détention, le rachat devient très doux : 7,5 % jusqu'à 150 000 € de primes nettes (12,8 % au-delà), un abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) sur les gains, et des prélèvements sociaux maintenus à 17,2 % en 2026 (art. 125-0 A CGI). Pour piloter votre complément, vous avez le choix : des rachats partiels programmés (mensuels, par exemple) ou la mise en place d'une rente.
L'argument transmission : l'assurance-vie reste imbattable
Gros patrimoine : l'assurance-vie luxembourgeoise
La dualité des prélèvements sociaux 2026 (à garder en tête)
Levier 3 — La SCPI et l'immobilier : du revenu régulier et tangible
Place à l'immobilier : l'immobilier locatif génère un revenu régulier et tangible, qui diversifie l'épargne PER/AV et peut bénéficier de l'effet de levier du crédit. Trois portes d'entrée, et le bon choix dépend surtout de votre tranche.
Les SCPI : la pierre-papier sans gestion
Les SCPI apportent un revenu immobilier sans aucune gestion. Mais attention à la fiscalité : les SCPI françaises distribuent des revenus fonciers soumis au barème de l'IR + PS 17,2 % — à 45 % de TMI, on frôle les 62 % de fiscalité : intenable à ce niveau de revenu. La parade : les SCPI européennes, dont les revenus immobiliers de source étrangère sont, en vertu des conventions fiscales bilatérales (immeuble imposable dans l'État de situation, double imposition éliminée par crédit d'impôt), hors de l'assiette des prélèvements sociaux français pour un résident ; la jurisprudence de Ruyter (CJUE 26 février 2015, C-623/13 ; limite Jahin C-45/17 pour les États tiers) constitue l'arrière-plan d'articulation entre PS et coordination de sécurité sociale. Autre option : les SCPI logées dans une assurance-vie (fiscalité de l'AV). Le détail est dans le guide complet des SCPI.
Le LMNP : amortir pour neutraliser les loyers
En location meublée non professionnelle (LMNP), le régime réel permet d'amortir le bâti et le mobilier (art. 39 C CGI, amortissement plafonné au loyer net) : pendant 10 à 20 ans, les loyers imposables sont largement, voire totalement, neutralisés. Deux points de vigilance 2026 : depuis la réforme de 2025 (art. 150 VB du CGI, loi n° 2025-127 du 14 février 2025), les amortissements déduits sont réintégrés dans la plus-value de cession à la revente ; et les loyers meublés relèvent des prélèvements sociaux à 18,6 % (et non 17,2 % comme le foncier nu). Le LMNP reste néanmoins efficace en phase de détention pour un revenu quasi défiscalisé.
Le déficit foncier : effacer du revenu global (location nue)
En location nue, le déficit foncier (charges et travaux supérieurs aux loyers) s'impute jusqu'à 10 700 € par an sur le revenu global (art. 156 CGI), le surplus étant reportable 10 ans sur les revenus fonciers. Les revenus fonciers nus restent soumis aux PS à 17,2 %. À 45 % de TMI, effacer 10 700 € de revenu global, c'est près de 4 800 € d'impôt en moins (hors PS).
| Support immobilier | Fiscalité des revenus | PS 2026 |
|---|---|---|
| SCPI françaises (foncier) | Barème IR + PS — lourd à TMI haute | 17,2 % |
| SCPI européennes | Hors PS français (conventions) — IR atténué | 0 % (conventions) |
| LMNP au réel (meublé) | Loyers amortis — réintégration en PV (150 VB) | 18,6 % |
| Foncier nu / déficit foncier | Imputation 10 700 €/an sur revenu global | 17,2 % |
À TMI haute, le foncier nu en direct est à éviter
Levier 4 — Le contrat de capitalisation et le PEA/compte-titres
Une fois le PER et l'assurance-vie bien dotés, restent les enveloppes de capitalisation pure : utiles pour le surplus d'épargne, ou pour faire travailler la trésorerie d'une société.
Le contrat de capitalisation (en nom propre ou en société)
En nom propre, le contrat de capitalisation a la même fiscalité de rachat que l'assurance-vie (17,2 % de PS, abattements après 8 ans), mais sans la transmission 990 I (il entre dans la succession au régime de droit commun, art. 125-0 A) : son intérêt est de conserver l'antériorité fiscale lors d'une donation, là où l'assurance-vie se dénoue. En société à l'IS (SEL, SPFPL), l'article 238 septies E du CGI impose chaque année un revenu forfaitaire calculé sur la valeur de souscription × 105 % du dernier TME connu à la souscription (taux figé pour toute la durée), avec régularisation au dénouement. Concrètement, l'impôt annuel reste faible et connu d'avance, et le capital travaille pendant ce temps : c'est l'outil de placement de la trésorerie longue d'une SEL ou d'une SPFPL. Le détail : placer la trésorerie de son cabinet d'expertise comptable.
Le PEA et le compte-titres
Le PEA (plafond 150 000 €) capitalise en franchise d'IR après 5 ans (seuls les PS à 18,6 % restent dus) et constitue une poche actions efficace de long terme. Le compte-titres ordinaire (CTO), plus souple mais fiscalisé au PFU (12,8 % + 18,6 % de PS = 31,4 %), complète le dispositif pour les supports non éligibles au PEA. Ces enveloppes diversifient l'allocation ; pour les situer dans une stratégie d'ensemble : comment placer son argent quand on est expert-comptable.
L'ordre de priorité reste le même
Levier 5 — La cession du cabinet : le capital retraite phare
Pour beaucoup d'experts-comptables, la vente du cabinet au moment du départ est le capital de retraite le plus important — et il peut être largement exonéré. Rappel de cadre : l'expert-comptable est une profession libérale réglementée mais NON officier ministériel ; il cède sa clientèle / son fonds libéral librement (pas de droit de présentation, pas d'agrément du Garde des Sceaux). La plus-value est professionnelle. Sauf que tous les régimes ne se valent pas : selon celui que vous visez, vous payez zéro ou des dizaines de milliers d'euros de prélèvements sociaux sur la même vente. La ligne de partage : deux dispositifs effacent l'impôt sur le revenu ET les prélèvements sociaux (les vrais « zéro fiscalité »), deux autres n'effacent que l'impôt sur le revenu et laissent les prélèvements sociaux à 18,6 % à payer.
Les deux régimes qui effacent tout raisonnent sur des seuils différents. L'article 151 septies regarde vos recettes : exonération totale (IR et PS) si la moyenne des deux années précédentes ne dépasse pas 90 000 €, dégressive ensuite jusqu'à 126 000 € — utile au petit cabinet, vite hors-jeu à hauts revenus. L'article 238 quindecies, lui — le levier phare — regarde la valeur cédée : exonération totale tant qu'elle reste sous 500 000 €, dégressive jusqu'à 1 000 000 €. Tous deux supposent au moins 5 ansd'activité.
Les deux autres sentent le piège : ils coupent l'impôt sur le revenu, mais laissent filer les prélèvements sociaux. L'article 151 septies A (départ à la retraite) exonère l'IR seul, à condition de cesser l'activité et de liquider ses droits dans les 24 mois : les prélèvements sociaux de 18,6 % restent dus. Et lorsque la cession porte sur des titres de SEL et non sur le fonds, l'article 150-0 D ter offre au dirigeant partant en retraite un abattement fixe de 500 000 € — mais là encore en IR seul, PS à 18,6 % dus(dispositif prorogé jusqu'au 31 décembre 2031). D'où le tableau ci-dessous, qui résume ce que chacun efface vraiment.
| Article CGI | Condition clé | Ce qui est effacé |
|---|---|---|
| 151 septies | Recettes moy. ≤ 90 000 € (dégressif jusqu'à 126 000 €) | IR + PS (exonération totale) |
| 238 quindecies | Valeur cédée < 500 000 € (dégressif jusqu'à 1 000 000 €) | IR + PS (exonération totale) |
| 151 septies A | Départ à la retraite (cession du fonds / clientèle) | IR seul — PS 18,6 % dus |
| 150-0 D ter | Cession de titres de SEL, dirigeant retraite | IR seul (abatt. 500 000 €) — PS 18,6 % dus |
L'erreur n°1 : croire que le départ en retraite efface tout
Anticiper la cession de votre cabinet comme capital retraite
Un CGP indépendant articule votre plan de capitalisation (PER, AV, SCPI) avec la cession de votre cabinet, choisit le régime d'exonération optimal (238 quindecies vs 151 septies A) et cale l'ensemble avec votre expert-comptable. Pas de produit-maison, une seule logique : la vôtre.
Levier 6 — La SPFPL : la cagnotte de réinvestissement
Le sixième levier est réservé aux experts-comptables exerçant en société (SELARL, SELAS) : la SPFPL (Société de Participations Financières de Professions Libérales) est une holding de détention des titres de la SEL. Depuis l'ordonnance 2023-77 du 8 février 2023, une SPFPL peut détenir jusqu'à 100 % d'une SEL ; le capital reste contrôlé par des experts-comptables inscrits (ord. 45-2138 du 19 septembre 1945). Son intérêt : faire grossir la cagnotteavant la retraite sans la rincer à l'impôt à chaque étage.
Le régime mère-fille : capitaliser à 95 % exonéré
Lorsque la SEL remonte des dividendes à la SPFPL, le régime mère-fille (art. 145 et 216 CGI) les exonère à 95 % (seule une quote-part de frais et charges de 5 % est imposée à l'IS), sous condition de détention d'au moins 5 % conservée 2 ans. Concrètement : au lieu de sortir les dividendes en nom propre (PFU 31,4 % + cotisations sur la fraction > 10 %), vous les logez dans la SPFPL et les réinvestissez(contrat de capitalisation 238 septies E, immobilier, titres) en quasi-franchise d'impôt. Vos dividendes de SELARL continuent de travailler dans la holding au lieu de fondre dans le PFU et les cotisations.
L'apport-cession 150-0 B ter (durci par la LF 2026)
En fin de carrière, l'apport des titres de SEL à une holding contrôlée place la plus-value en report (art. 150-0 B ter) : vous évitez l'imposition immédiate et réinvestissez le produit de cession. Attention au durcissement de la LF 2026 : pour les cessions à compter du 21 février 2026, le maintien du report (cession par la holding < 3 ans) suppose désormais de réinvestir 70 % du produit (au lieu de 60 %) dans une activité économique éligible, avec un délai porté à 3 ans, une conservation de 5 ans et l'immobilier exclu. Le détail : l'apport-cession 150-0 B ter en profession libérale.
La friction des dividendes en SEL : un argument de plus pour le PER
Le comparatif des 6 leviers en un tableau
Quentin pose le même tableau en rendez-vous, sur les cinq critères qui décident vraiment d'un complément de retraite : l'avantage à l'entrée, les prélèvements sociaux 2026, la liquidité, la transmission et le profil cible.
| Levier | Avantage à l'entrée | PS 2026 | Liquidité | Pour qui |
|---|---|---|---|---|
| PER (154 bis) | Déduction jusqu'à 88 911 € | 18,6 % (gains) | Bloqué (sauf L. 224-4) | TMI 41-45 % |
| Assurance-vie | Aucune (mais sortie douce) | 17,2 % | Totale (rachats libres) | Tous — liquidité + transmission |
| SCPI / immobilier | Amortissement / déficit foncier | 17,2 % nu · 18,6 % LMNP | Faible (vente du bien) | Revenu tangible diversifiant |
| Capi / PEA | Différé d'imposition | 17,2 % capi · 18,6 % PEA | Bonne | Trésorerie longue (perso ou société) |
| Cession du cabinet | Exonération de PV (< 500 k€) | 18,6 % (sauf 238 quindecies) | Ponctuelle (au départ) | Capital de départ |
| SPFPL | Mère-fille 95 % exonéré | IS (capi 238 septies E) | Bonne (au sein de la holding) | Exercice en SEL, réinvestissement |
Comment lire ce tableau : aucun levier n'est « le meilleur »
Quel levier activer en premier ? L'arbre de décision par profil
Le bon ordre d'empilement dépend avant tout de votre statut d'exercice. On retrouve trois cas de figure en rendez-vous, selon que vous exercez en BNC, en SELARL ou en SELAS.
Expert-comptable en BNC, TMI 41-45 %
Points forts
- 1. PER en priorité : déduction 154 bis maximale (le levier fiscal n°1)
- 2. Assurance-vie en parallèle : liquidité + transmission 990 I
- 3. SCPI européennes / LMNP : revenu diversifiant hors PS confiscatoires
- 4. Cession de la clientèle au départ (238 quindecies / 151 septies)
Expert-comptable en SELARL (gérant majoritaire TNS)
Points forts
- 1. Arbitrer rémunération / dividendes (fraction > 10 % cotisée, art. L. 131-6)
- 2. PER 154 bis sur la rémunération de gérance
- 3. Capi en SPFPL (238 septies E) + mère-fille 95 %
- 4. Cession des titres en sortie (150-0 D ter, abattement 500 000 €)
Expert-comptable en SELAS (président assimilé salarié)
Points forts
- 1. PER du dirigeant assimilé salarié (art. 163 quatervicies)
- 2. Assurance-vie + capi pour la poche liquide
- 3. SPFPL coiffant la SELAS : réinvestissement des dividendes en quasi-franchise
- 4. Apport-cession 150-0 B ter (durci LF 2026) en fin de carrière
Hauts revenus : surveillez la CEHR et la CDHR
Combien épargner : la méthode des 70 % de remplacement
Comment dimensionner l'effort ? On raisonne en trois temps : on chiffre le déficit de remplacement, on en déduit un capital-cible, puis on répartit l'effort par horizon. Et le facteur le plus décisif n'est aucun de ces six produits : c'est le nombre d'années devant vous, et les intérêts composésqu'elles font tourner.
Du déficit de remplacement au capital-cible
ETAPE 1 Deficit annuel = (70 % x revenu) - pension CAVEC estimee ETAPE 2 Capital-cible = deficit annuel / taux de retrait (~ 4 %/an) ETAPE 3 Effort mensuel = f(capital-cible, horizon, rendement) Exemple : revenu 160 000 EUR, cible 70 % = 112 000 EUR pension CAVEC + CNAVPL estimee ~ 64 000 EUR (ordre de grandeur) -> deficit ~ 48 000 EUR/an -> capital-cible ~ 48 000 / 4 % = 1 200 000 EUR
Ordres de grandeur pédagogiques, au conditionnel : le taux de remplacement CAVEC dépend de vos classes et trimestres (à estimer via le diagnostic). Le taux de retrait de 4 %/an est un repère prudent, pas une garantie.
L'effet du temps : le même capital, deux âges de départ (hypothèse 4 % net/an)
OBJECTIF : ~ 1 200 000 EUR de capital a 67 ans Commencer a 47 ans (20 ans d'epargne) -> ~ 3 300 EUR / mois Commencer a 57 ans (10 ans d'epargne) -> ~ 8 100 EUR / mois
Démarrer 10 ans plus tôt divise par plus de deux l'effort mensuel. Hypothèse de 4 % net/an signalée : ordres de grandeur pédagogiques, pas une promesse de performance. Le capital n'est pas garanti.
Là, le PER reprend l'avantage : à 45 %, l'État vous rembourse 45 centimes par euro versé, et réduit d'autant l'effort net réel.
Le coût réel d'un versement PER (TMI 45 %)
1 000 EUR verses sur un PER, a TMI 45 % : - economie d'IR = 450 EUR - effort net reel = 550 EUR => le levier fiscal reduit l'effort d'epargne d'environ 45 %
À TMI élevée, le PER permet d'épargner « plus » pour un effort net moindre. C'est précisément ce qui en fait le levier n°1 de l'expert-comptable fortement imposé. Raisonnement de méthode, pas une promesse.
Comment lire nos projections (et pourquoi le 4 % n'est pas une promesse)
3 cas chiffrés : Sophie, Marc, Nathalie
Voici comment tout ça se traduit en chiffres pour trois clients-types. Les prénoms sont fictifs ; les calculs de plafond PER (art. 154 bis) sont précis aux taux 2026 (1 PASS = 48 060 €), mais les montants de capital et de pension sont des ordres de grandeur pédagogiques, au conditionnel — pas une projection de votre situation. La formule du plafond appliquée est : 10 % du bénéfice + 15 % × (bénéfice − 1 PASS), dans la limite de 8 PASS.
Cas 1 — Sophie, 50 ans, BNC 160 000 €, TMI 45 %, cible 70 % à 67 ans (le PER comme socle)
Elle verse 32 791 €/an : économie d'IR ≈ 32 791 × 45 % ≈ 14 756 € → effort net réel ≈ 18 035 €/an.
Le déficit : écart d'environ 30 points de remplacement ≈ 48 000 €/an → capital-cible ≈ 1,2 M€ à viser via PER + AV + SCPI (hyp. 3-5 %).
Sur 17 ans, Sophie cale le PER au plafond, garde une assurance-vie pour la souplesse et ajoute des SCPI européennes pour le revenu. À la sortie, si elle passe à 30 % de TMI, l'arbitrage de tranche finance une part du complément.
Cas 2 — Marc, 56 ans, SELARL, revenu ~200 000 € (PER + capi PM + mère-fille)
Capi PM (238 septies E) dans sa SPFPL : la trésorerie longue travaille avec un frottement IS faible.
Mère-fille (art. 145/216) : les dividendes de la SELARL remontent à 95 % exonérés dans la SPFPL, réinvestis sans frottement de PFU.
⚠️ La fraction de dividendes > 10 % du capital est cotisée (art. L. 131-6, principe Cass. 19/10/2023) — d'où la préférence pour le PER et la capitalisation en SPFPL plutôt qu'une distribution massive.
Cas 3 — Nathalie, 64 ans, cession du cabinet 480 000 € à 67 ans (la cession comme capital)
Le contraste : si elle cédait plutôt des TITRES de SEL valorisés 700 000 €, elle basculerait sur l'art. 150-0 D ter (abattement 500 000 €, IR seul, PS 18,6 % dus sur les 200 000 € restants ≈ 37 200 € de PS).
Leçon : structurer la cession sous 500 000 € (fonds libéral, 238 quindecies) est souvent l'optimum « zéro fiscalité ». Détail dans cession de cabinet : plus-value et exonérations.
| Persona | Profil | Levier prioritaire | Chiffre clé |
|---|---|---|---|
| Sophie | BNC 160 000 €, TMI 45 %, 50 ans | PER (socle) + AV + SCPI | 32 791 € déductibles · −14 756 € d'IR |
| Marc | SELARL ~200 000 €, 56 ans | PER + capi SPFPL + mère-fille | Dividendes 95 % exonérés · friction > 10 % |
| Nathalie | Cession cabinet 480 k€, 67 ans | Cession (238 quindecies) | Exonération totale IR + PS < 500 k€ |
Note de méthode
Construire votre stratégie de complément retraite
Un CGP indépendant chiffre l'écart entre votre pension CAVEC estimée et votre train de vie, arbitre BNC, SELARL ou SELAS, puis cale l'effort d'épargne mois par mois, main dans la main avec votre expert-comptable.

