Combien d'impôt paie vraiment un anesthésiste libéral en 2026 ?
L'essentiel en 30 secondes
Commençons par le terrain. L'anesthésiste-réanimateur libéral exerce presque toujours sur un plateau technique de clinique, à l'acte, souvent au sein d'une équipe ou d'une SEL d'anesthésistes qui couvre les blocs et la permanence. Avec les gardes et un volume d'actes élevé, les revenus le placent presque mécaniquement dans la tranche à 45 % de l'impôt sur le revenu (article 197 du CGI), au-delà d'environ 181 917 € par part. Mais s'arrêter au taux marginal, c'est lire la moitié de la facture. À votre niveau, l'impôt ne se résume pas au barème : il s'empile.
Au barème viennent s'ajouter trois étages. D'abord les prélèvements sociaux, sur vos revenus du capital (17,2 % ou 18,6 % selon le support, on y revient). Vient ensuite la CEHR, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (article 223 sexies), qui frappe le revenu fiscal de référence au-delà de 250 000 €. Et au sommet, la vraie nouveauté de 2026 : la CDHR (article 224), un impôt minimum de 20 % du RFR.
| Prélèvement | Base de calcul | Taux / seuil 2026 |
|---|---|---|
| IR au barème (art. 197) | Revenu net imposable par part | 0 / 11 / 30 / 41 / 45 % — tranche à 45 % > ~181 917 €/part |
| CEHR (art. 223 sexies) | Revenu fiscal de référence | 3 % de 250 k€ à 500 k€, 4 % au-delà (célibataire) ; 500 k€ / 1 M€ (couple) |
| CDHR (art. 224) | RFR retraité | Impôt minimum de 20 % si RFR > 250 k€ (seul) / 500 k€ (couple) |
| Prélèvements sociaux | Revenus du capital, selon support | 17,2 % (foncier, AV) ou 18,6 % (PER, FPCI, dividendes) |
Le point de bascule n'est donc pas votre taux marginal, mais ce plancher de 20 % du RFR. C'est lui qui rend inutile la moitié des produits de défiscalisation qu'on vous propose, et c'est précisément ce que ce guide va trier. Pour le panorama du libéral fortement imposé, voyez payer moins d'impôts quand on est une profession libérale à hauts revenus.
Une particularité : beaucoup d'anesthésistes sont salariés
Salarié ou libéral : la défiscalisation n'a de sens qu'en libéral
C'est la toute première question, et selon la réponse, on ne parle pas du même arsenal. L'anesthésie-réanimation est l'une des spécialités où la frontière salarié / libéral est la plus floue : un même praticien peut être salarié à l'hôpital le matin et libéral en clinique l'après-midi. Or côté fiscal, les deux statuts ne jouent pas dans la même cour.
Anesthésiste salarié — défiscalisation limitée
Points forts
- PER individuel de droit commun (art. 163 quatervicies), plafond 10 % des revenus professionnels
- Immobilier patrimonial (déficit foncier, nue-propriété) accessible comme à tout contribuable
- Simplicité : pas de comptabilité ni de structure à gérer
Points de vigilance
- Pas de bénéfices non commerciaux à optimiser
- Pas de SEL ni de SPFPL : aucun report possible
- Pas de Madelin ni de plafond PER élargi (154 bis)
Anesthésiste libéral — tout l'arsenal
Points forts
- PER Madelin de l'article 154 bis jusqu'à 88 911 € de déduction (10 % + 15 %)
- Bascule possible en SEL à l'IS (report) et holding SPFPL (mère-fille)
- Apport-cession 150-0 B ter le jour d'une cession de parts
- Immobilier d'assiette (déficit foncier, MH, démembrement)
Points de vigilance
- Comptabilité BNC et obligations sociales TNS
- Cotisations TNS sur les dividendes au-delà de 10 % du capital
L'exercice mixte : calibrer chaque revenu séparément
La CDHR et la CEHR : les deux plafonds qui changent tout
Deux plafonds encadrent toute votre stratégie. Ce sont eux qui décident, en réalité, des leviers qui tiennent encore. La seconde, la CDHR, est celle qui a tout changé.
La CEHR (article 223 sexies du CGI) : la surtaxe permanente
La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus existe depuis 2012. Malgré son nom, elle est permanente. Elle frappe le revenu fiscal de référence (RFR), sans quotient familial : 3 % sur la fraction de RFR comprise entre 250 000 € et 500 000 € pour un célibataire (entre 500 000 € et 1 000 000 € pour un couple), puis 4 % au-delà. Un mécanisme de lissage existe pour les revenus exceptionnels. L'essentiel tient en une ligne : son assiette est le RFR, donc tout ce qui abaisse votre RFR abaisse mécaniquement la CEHR.
La CDHR (article 224 du CGI) : l'impôt minimum de 20 % du RFR
Et c'est là que tout se joue. La contribution différentielle sur les hauts revenus garantit que votre imposition globale atteigne au moins 20 % de votre revenu fiscal de référence retraité, dès que ce RFR dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple). Si votre impôt « normal » (IR au barème + part forfaitaire + CEHR) tombe en dessous de ce seuil de 20 %, la CDHR vient combler la différence. C'est, littéralement, un impôt plancher. À la différence de la CEHR, elle est réservée aux résidents fiscaux français (article 4 B).
Et ce ne sont pas des références théoriques : la CDHR a une histoire législative précise. Elle a été créée par l'article 10 de la loi de finances 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025), validée par le Conseil constitutionnel (décision n° 2025-874 DC du 13 février 2025). Elle a été reconduite par la loi de finances 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026), validée par le Conseil constitutionnel (décision n° 2026-901 DC du 19 février 2026), jusqu'au retour du déficit public sous 3 % du PIB. Sa pérennité au-delà de 2026 dépend donc de cette condition : nous la formulons au conditionnel.
Le calcul de la CDHR (principe)
CDHR due = max( 0 ; 20 % x RFR retraite
- [ IR au bareme
+ part IR du prelevement forfaitaire 12,8 %
+ CEHR
+ certaines majorations ] )
Majorations : + 1 500 EUR par personne a charge
+ 12 500 EUR pour un couple soumis a imposition communeLes prélèvements sociaux (17,2 % ou 18,6 %) ne figurent PAS au numérateur : ils ne « comptent » pas pour atteindre le plancher de 20 %. Une décote atténue l'entrée dans la contribution lorsque le RFR retraité reste sous 330 000 € (célibataire) ou 660 000 € (couple). Un acompte de 95 % est versé en décembre.
Pas (encore) de doctrine BOFiP sur la CDHR
La leçon centrale : on ne joue plus le taux, on joue l'assiette
Réduction d'impôt, réduction d'assiette, report : la grille de lecture
C'est le premier tableau que je dessine au stylo face à un anesthésiste en rendez-vous. Tous les « avantages fiscaux » ne se valent pas : il en existe trois familles bien distinctes — et face à la CDHR, deux seulement survivent.
Réduction d'impôt — neutralisée
FIP, FCPI, Girardin, Sofica, Malraux. L'avantage vient en diminution de l'IR, dans le plafond global des niches de 10 000 € (art. 200-0 A ; 18 000 € avec Girardin / Sofica). Problème : dès que l'IR passe sous le plancher de 20 % du RFR, la CDHR reprend l'avantage. À votre niveau, ce levier est largement neutralisé.
Réduction d'assiette — efficace
PER (154 bis), déficit foncier, Monuments Historiques, nue-propriété / démembrement. L'avantage baisse le revenu imposable, donc le RFR lui-même. Hors plafond des niches (BOI-IR-LIQ-20-20-10-10 § 110), il abaisse aussi l'assiette de la CDHR et de la CEHR. C'est efficace, même à très hauts revenus.
Et il existe une troisième famille, souvent celle qui pèse le plus lourd pour un anesthésiste qui exerce en société : le report. Le bénéfice non distribué d'une SEL à l'IS, ou la plus-value placée en report via l'apport-cession (article 150-0 B ter), sort tout simplement le revenu de votre déclaration de l'année. Ce revenu n'entre alors pas dans le RFR, et la plus-value en report est même retirée du revenu retraité de la CDHR.
| Famille | Exemples | Dans le plafond 10 000 € ? | Effet sur le RFR / la CDHR | Verdict anesthésiste |
|---|---|---|---|---|
| Réduction d'impôt | FIP, FCPI, Girardin, Malraux | Oui (sauf MH, hors plafond) | Aucun — joue le taux d'impôt | Neutralisée |
| Réduction d'assiette | PER, déficit foncier, MH, démembrement | Non — hors plafond | Baisse le RFR | Efficace |
| Report | SEL / IS non distribuée, 150-0 B ter | Non | Sort le revenu de l'année | Efficace |
La suite du guide déroule ces deux familles gagnantes, levier par levier : le PER, la bascule en société, l'apport-cession, l'immobilier d'assiette, puis le capital-investissement (où il faudra distinguer la ligne fiscale du vrai placement). Pour le détail du plafonnement, voyez le plafond global des niches de 10 000 €.
Faut-il vraiment souscrire ce produit de défisc ?
Un CGP indépendant chiffre votre exposition à la CEHR et à la CDHR, puis trie vos options entre réduction d'assiette et report — quitte à vous déconseiller un produit qui ne servirait à rien à votre niveau de revenu.
Levier n°1 : le PER au plafond (jusqu'à 88 911 €)
C'est le levier d'assiette le plus efficace à votre disposition, et il devrait ouvrir la liste de vos arbitrages. Le plan d'épargne retraite déductible n'est pas une réduction d'impôt : c'est une déduction du revenu. Il baisse donc à la fois votre IR et votre RFR — exactement ce que la CDHR récompense.
En tant que travailleur non salarié (BNC, ou gérant majoritaire de SELARL), vous bénéficiez du plafond spécifique de l'article 154 bis du CGI, bien plus large que celui des salariés : 10 % de votre bénéfice imposable (dans la limite de 8 PASS) majorés de 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS. Le PASS 2026 est de 48 060 €.
Le plafond PER TNS 2026, du plancher au maximum
PLAFOND PER TNS = 10 % x benefice (dans la limite de 8 PASS)
+ 15 % x (min(benefice, 8 PASS) - 1 PASS)
PASS 2026 = 48 060 EUR | 8 PASS = 384 480 EUR
PLANCHER = 10 % x 1 PASS = 4 806 EUR
MAXIMUM = 10 % x 384 480
+ 15 % x (384 480 - 48 060)
= 38 448 + 50 463 = 88 911 EURLe maximum de 88 911 € suppose un bénéfice d'au moins 384 480 € (8 PASS). À 45 % de TMI, déduire ce maximum représente environ 40 010 € d'impôt en moins — et un RFR abaissé d'autant. Depuis 2026, les plafonds non utilisés sont reportables sur cinq ans.
L'effet est double. D'abord l'économie d'IR immédiate, qui vaut approximativement votre versement × votre TMI : à 45 %, déduire 88 911 € vous fait économiser environ 40 010 € d'impôt. Ensuite, et c'est ce qui compte à votre niveau, le RFR baisse du montant versé : le PER agit donc sur l'assiette de la CEHR et de la CDHR. C'est, à l'état pur, un levier d'assiette.
À la sortie, les prélèvements sociaux du PER sont à 18,6 %
Cas n°1 — Dr Léa, anesthésiste de secteur 1 (TMI 41 %)
Plafond 154 bis : 10 % × 160 000 + 15 % × (160 000 − 48 060) = 16 000 + 16 791 = 32 791 €.
Si elle verse 32 791 € : économie d'IR ≈ 32 791 × 41 % = 13 444 €, et son RFR baisse d'autant.
Illustration aux taux 2026. L'économie réelle dépend de votre tranche au moment du versement et de votre TMI à la sortie : c'est un report d'imposition, pas un cadeau définitif.
Et ne négligez pas le second volet du 154 bis : la prévoyance et la complémentaire santé Madelin, déductible jusqu'à environ 11 534 € en 2026 (7 % du PASS + 3,75 % du bénéfice, dans une limite globale). C'est un plafond distinct de celui du PER retraite — un sujet d'autant plus sensible pour un anesthésiste, dont l'activité dépend d'une vigilance et d'une disponibilité physiques permanentes. Pour le calcul détaillé, support par support, voyez combien déduire avec le PER d'une profession libérale et le pilier le guide complet du plan d'épargne retraite. Le détail propre à l'anesthésiste sera traité dans un guide dédié « PER de l'anesthésiste ».
Levier n°2 : la SEL d'anesthésistes à l'IS et la holding SPFPL (le report)
On arrive ici au levier qui pèse le plus lourd sur votre RFR dans la durée — et, de loin, au plus mal compris. L'idée n'est pas de payer moins d'impôt sur ce que vous consommez, mais de ne pas faire remonter à votre déclaration personnelle le bénéfice que vous ne consommez pas. Et comme l'anesthésie s'exerce souvent en équipe ou en SEL d'anesthésistes en clinique, la structure sociétaire y est particulièrement naturelle.
Capitaliser dans la SEL plutôt que tout sortir
Tant que vous exercez en BNC, l'intégralité de votre bénéfice est imposée à votre nom, au barème, qu'elle soit consommée ou non. En SEL à l'impôt sur les sociétés (SELARL ou SELAS), le bénéfice que vous laissez dans la société est imposé à l'IS — 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (sous conditions PME), puis 25 % (article 219) — et ne remonte pas à votre RFR. Vous décidez de ce que vous vous versez, donc vous pilotez directement l'assiette de la CDHR. La société n'a d'intérêt que sur la part du bénéfice que vous n'avez pas besoinde consommer ; sur ce que vous sortez pour vivre, le gain est nul.
La SPFPL et le régime mère-fille
Au-dessus de votre SEL, vous pouvez interposer une SPFPL (société de participations financières de profession libérale), une holding dédiée aux libéraux. Les dividendes remontés de la SEL vers la SPFPL bénéficient du régime mère-fille : ils sont exonérés à 95 % (articles 145 et 216), seule une quote-part de frais et charges de 5 % étant imposée — soit un frottement effectif d'environ 1,25 %, à comparer aux 31,4 % du prélèvement forfaitaire unique (12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux) en distribution directe. Le cadre juridique est celui de l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, qui a recodifié le droit des SEL et des SPFPL (l'ancienne loi n° 90-1258 du 31 décembre 1990). L'inscription de la SPFPL auprès de l'Ordre des médecins est requise.
| Sortie des dividendes de la SEL | Imposition | Reste disponible pour réinvestir |
|---|---|---|
| Distribution directe au médecin (PFU) | 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % PS) | ≈ 686 € pour 1 000 € distribués |
| Remontée à une SPFPL (mère-fille) | ≈ 1,25 % (quote-part 5 % à l'IS) | ≈ 988 € pour 1 000 € remontés |
La SPFPL n'est pas un tunnel sans frottement social
Le montage opérationnel détaillé (capital, statuts, agrément de l'Ordre, détention des murs en SCI) sera traité dans les guides dédiés « SPFPL de l'anesthésiste » et « SELARL ou SELAS pour un anesthésiste ». En attendant, la mécanique transposable est exposée dans la SPFPL pour investir sa trésorerie sans frottement fiscal, l'arbitrage salaire ou dividendes en SEL, les dividendes de SEL et les cotisations TNS et le guide de la holding patrimoniale.
Le report par excellence : l'apport-cession (150-0 B ter)
Si un jour vous cédez vos titres de SEL d'anesthésistes, une participation ou un cabinet structuré en société, la plus-value tombe d'un coup, sur la seule année de la vente — au pire moment pour un RFR déjà élevé. L'apport-cession sert exactement à étaler ce choc.
Le principe : avant de vendre, vous apportez vos titres à une holding que vous contrôlez. La plus-value d'apport est alors placée en report d'imposition (article 150-0 B ter du CGI) : elle n'est pas imposée l'année de l'opération. Mieux encore pour un anesthésiste exposé à la CDHR : cette plus-value en report est retirée du revenu retraitéservant au calcul de la contribution. C'est un report, pas une exonération : l'impôt sera dû plus tard, en cas d'événement déclencheur — mais le différé peut durer des années.
La contrepartie : si la holding cède les titres apportés dans les trois ans, elle doit réinvestir une part majorée du produit de cession dans une activité économique éligible (ou des parts de fonds type FCPR / FPCI respectant un quota), faute de quoi le report tombe. La loi de finances 2026 a durci ces conditions : le seuil de réinvestissement passerait à environ 70 % (au lieu de 60 %), dans un délai porté à 36 mois (au lieu de 24), avec une obligation de conservation allongée. Les paramètres exacts et leur date d'entrée en vigueur sont à confirmer au texte applicable : nous les signalons au conditionnel.À retenir : un apport réalisé plus de trois ans avant la vente reste le rempart le plus sûr, car il échappe à l'obligation de remploi.
Pas de montage artificiel : l'abus de droit veille
Ne confondez pas l'apport-cession avec les exonérations de plus-value professionnelle, qui jouent, elles, au moment d'une cession ou d'un départ en retraite : article 238 quindecies (exonération totale en dessous de 500 000 € de valeur, dégressive jusqu'à 1 000 000 €), article 151 septies (selon les recettes), article 150-0 D ter (abattement fixe de 500 000 € pour le dirigeant qui part en retraite). Ces régimes sont détaillés dans l'apport-cession (150-0 B ter) pour reporter l'impôt et céder son activité en limitant l'impôt sur la plus-value.
Levier n°3 : l'immobilier qui baisse le RFR (et pas seulement l'impôt)
En immobilier, le tri par la CDHR saute aux yeux. Certains dispositifs sont des réductions d'impôt (neutralisées à votre niveau), d'autres des réductions d'assiette (efficaces). Voici comment les départager.
Le déficit foncier (location nue)
Quand vous achetez un bien ancien à rénover et que vous le louez nu, les travaux déductibles s'imputent sur vos revenus fonciers, et l'excédent sur votre revenu global jusqu'à 10 700 € par an. Le surplus est reportable dix ans. C'est une pure réduction d'assiette : elle baisse votre RFR, donc l'assiette de la CDHR. Bon à savoir : les prélèvements sociaux sur les revenus fonciers restent à 17,2 % en 2026 (et non 18,6 %). Le doublement à 21 400 € qui visait les travaux de rénovation énergétique concernait des dépenses payées jusqu'au 31 décembre 2025 : sauf prorogation, il n'est plus mobilisable en 2026 — à vérifier au texte applicable.
La nue-propriété et le démembrement
Pour un anesthésiste déjà à 45 %, la nue-propriété est sans doute le levier d'assiette le plus net. Vous achetez la nue-propriété d'un bien (avec une décote d'environ 25 à 40 % sur le prix de la pleine propriété), l'usufruit étant détenu temporairement par un bailleur, souvent institutionnel. Pendant toute la durée du démembrement, vous ne percevez aucun loyer : votre RFR n'augmente pas d'un euro, ce qui est précieux quand on cherche à rester sous les seuils. Le bien échappe à l'IFI pour le nu-propriétaire (article 968, barème de l'article 669), et la reconstitution de la pleine propriété au terme n'est pas taxée(article 1133). Hors plafond des niches, sans revenu imposable : idéal pour votre profil.
Monuments Historiques vs Malraux : le bon arbitrage face à la CDHR
Cet arbitrage-là, beaucoup le confondent. Les deux dispositifs concernent l'immobilier de caractère, mais leur mécanique fiscale n'a rien à voir.
Monuments Historiques — réduction d'assiette
Articles 156 II 1° ter et 156 bis du CGI : déduction des charges et travaux du revenu global, sans plafonnement de niches. C'est une DÉDUCTION D'ASSIETTE : elle baisse le RFR et n'est donc PAS neutralisée par la CDHR. L'outil immobilier des très hauts revenus exposés à la contribution. Engagement de conservation de 15 ans ; exonération de droits de succession possible sous convention (art. 795 A).
Malraux — réduction d'impôt
Article 199 tervicies du CGI : réduction d'impôt de 22 % ou 30 % des travaux (plafond de 400 000 € sur 4 ans), hors plafond des niches mais qui reste une RÉDUCTION D'IMPÔT. Donc partiellement reprise par la CDHR dès que l'IR passe sous le plancher de 20 %. Pertinent seulement si votre IR effectif reste durablement au-dessus de ce seuil.
MH ou Malraux ? À RFR élevé sous CDHR, MH gagne
LMNP : un point de vigilance
La location meublée non professionnelle (LMNP) permet d'amortir le bien pour neutraliser le BIC, mais ce n'est pas un levier d'assiette sur le revenu global : le déficit LMNP ne s'impute pas sur vos autres revenus. Et la réforme Le Meur (codifiée à l'article 150 VB III du CGI) réintègre, pour les cessions intervenues à compter du 15 février 2025, les amortissements déduits dans le calcul de la plus-value de cession. Enfin, les prélèvements sociaux du LMNP relèvent d'une zone griseen 2026 : certains praticiens retiennent 17,2 %, l'analyse « produits de placement » tend vers 18,6 %. Nous le signalons et le formulons au conditionnel.
| Dispositif | Mécanique fiscale | Effet sur le RFR / la CDHR | Verdict anesthésiste |
|---|---|---|---|
| Déficit foncier (nu) | Imputation 10 700 €/an sur le revenu global | Baisse le RFR | Efficace |
| Monuments Historiques | Déduction des travaux/charges, hors plafond | Baisse le RFR | Efficace (très hauts revenus) |
| Nue-propriété / démembrement | Décote 25-40 %, aucun loyer | N'augmente pas le RFR | Efficace |
| Malraux | Réduction d'impôt 22 / 30 % | Reprise partielle par la CDHR | Partiel |
| LMNP (meublé) | Amortissement du BIC (pas sur revenu global) | Pas de baisse du revenu global ; PS en zone grise | Hors champ CDHR |
Pour cadrer le bon dispositif selon votre tranche, voyez l'immobilier de la profession libérale selon sa TMI, les Monuments Historiques, le déficit foncier et le démembrement de propriété et la nue-propriété.
Levier n°4 : le capital-investissement bien trié (FPCI vs FIP / FCPI)
Le capital-investissement, c'est le rayon où les commerciaux poussent le plus de « défisc ». Et c'est là qu'on confond deux fonds qui se ressemblent sur la plaquette mais n'ont rien à voir au fisc : le FIP/FCPI d'un côté, le FPCI de l'autre.
FIP / FCPI — réduction laminée
Réduction d'impôt de l'art. 199 terdecies-0 A, dans le plafond des niches de 10 000 € : neutralisée par la CDHR à votre niveau. Pire, le dispositif a été resserré : le taux de droit commun de 18 % est supprimé en 2026 (FIP de métropole et FCPI classiques ne sont plus éligibles, pour les versements effectués respectivement à compter du 1er janvier et du 21 février 2026). Seuls subsistent FIP Corse, FIP Outre-mer et FCPI JEI à 30 %. Ce levier perd doublement son intérêt.
FPCI (163 quinquies B) — exonération, mais risqué
Le FPCI fiscal exonère d'impôt sur le revenu les distributions et la plus-value pour le souscripteur qui conserve ses parts au moins 5 ans (art. 163 quinquies B). Ce n'est PAS une réduction d'impôt : donc PAS neutralisé par la CDHR, plus pertinent pour le profil exposé. Réserves majeures : prélèvements sociaux de 18,6 % dus, et surtout risque de perte en capital et illiquidité longue.
Ne confondez pas 163 quinquies B et 150-0 B ter
Note de méthode sur les rendements annoncés
Cas chiffré : un anesthésiste à 380 000 € de RFR
Prenons le dossier qu'on voit le plus souvent arriver en rendez-vous : un anesthésiste libéral de clinique, secteur 2, à 380 000 € de RFR, et appliquons-lui toute la grille. C'est le profil pour lequel le tri par la CDHR fait toute la différence.
Cas n°2 — Dr Thomas, anesthésiste libéral en clinique, secteur 2, RFR ≈ 380 000 €, célibataire
Diagnostic CEHR : 3 % × (380 000 − 250 000) = 3 % × 130 000 = 3 900 €. Comme son revenu est aujourd'hui 100 % BNC imposé au barème (taux effectif > 20 %), la CDHR ne se déclenche pas ; elle ne deviendrait un enjeu que s'il percevait des dividendes au PFU.
PER 154 bis : 10 % × min(380 000 ; 384 480) + 15 % × (380 000 − 48 060) = 38 000 + 49 791 = 87 791 € (proche du maximum). Verser ce plafond → économie d'IR ≈ 87 791 × 45 % = 39 506 €.
Effet sur la CEHR : RFR ramené à ≈ 292 209 € → CEHR recalculée 3 % × (292 209 − 250 000) ≈ 1 266 € (≈ 2 634 € de CEHR en moins en prime).
Bascule SEL / IS : s'il laisse 80 000 € de bénéfice dans la société au lieu de se le verser → IS ≈ 42 500 × 15 % + 37 500 × 25 % = 6 375 + 9 375 = 15 750 € d'IS, contre ≈ 80 000 × 45 % = 36 000 € au barème (hors surtaxes). Ce revenu sort du RFR.
| Scénario | RFR estimé | CEHR + CDHR | Bénéfice non consommé |
|---|---|---|---|
| Sans optimisation | ≈ 380 000 € | CEHR ≈ 3 900 € (CDHR non déclenchée : BNC au barème > 20 %) | Tout exposé à 45 %+ |
| PER 87 791 € + non-distribution 80 000 € + déficit foncier 10 700 € | ≈ 201 500 € | CEHR annulée | ≈ 80 000 € capitalisés à l'IS (15 / 25 %) |
Le point essentiel à comprendre : le gain ne vient pas d'une niche. Aucun FIP, aucun Malraux n'aurait produit ce résultat, car ils ne touchent pas le RFR. Le gain vient d'avoir sorti du revenu de la déclaration de l'année (report SEL) et baissé l'assiette(PER, déficit foncier). C'est exactement la leçon de la section 4.
Ce que montre le cas : visez le RFR, pas le taux
Modéliser votre propre cas, chiffres à l'appui
On reprend votre RFR réel, on calcule votre exposition CEHR / CDHR, et on construit votre trajectoire PER + SEL + immobilier d'assiette avec votre expert-comptable — sans vous vendre un produit dont vous n'avez pas besoin.
Spécificités de l'anesthésiste : CARMF, secteur 1/2, TVA
Quelques particularités propres à la profession méritent d'être posées, parce qu'elles séparent ce qui compte vraiment — votre retraite, largement sous-dotée — de ce qu'on vous vend à tort, la prétendue niche du secteur 2.
La retraite : CNAVPL et CARMF (pas la CARCDSF)
L'anesthésiste-réanimateur est un médecin : il relève donc de la CARMF (Caisse autonome de retraite des médecins de France), surtout pas de la CARCDSF (qui est la caisse des chirurgiens-dentistes et des sages-femmes). Concrètement, vous cotisez à un régime de base (CNAVPL) et à la CARMF pour la complémentaire : le régime complémentaire vieillesse (RCV) et l'allocation supplémentaire de vieillesse (ASV, article L. 645 du Code de la sécurité sociale). Pour le secteur 1, une partie de l'ASV est financée par l'Assurance maladie ; le secteur 2 en supporte une part plus élevée. Les valeurs de point et de cotisation 2026 sont à confirmer sur carmf.fr pour votre situation.
Le paradoxe des hauts revenus médicaux : les cotisations sont plafonnées (la complémentaire RCV est écrêtée à 3,5 PASS, soit de l'ordre de 168 210 € en 2026, valeur à confirmer sur carmf.fr) alors que votre revenu, lui, ne l'est pas. Résultat : un taux de remplacement souvent faible au regard de vos revenus d'activité (ordre de grandeur sectoriel, à confirmer pour votre cas). C'est exactement ce que comblent le PER Madelin (section 5) et la capitalisation dans la SEL (section 6) : pour un anesthésiste, défiscaliser et préparer sa retraite sont un seul et même geste. Le détail chiffré sera traité dans un guide dédié « Retraite de l'anesthésiste : anticiper la chute de revenus ».
Secteur 1 / secteur 2, permanence des soins et TVA
Deux points reviennent souvent en rendez-vous. La permanence des soins en zone sous-dense d'abord : les rémunérations de garde perçues à ce titre sont exonérées d'impôt sur le revenu dans la limite de 60 jours par an (article 151 ter du CGI) — un avantage réel mais borné, et plutôt marginal pour l'anesthésiste qui exerce en clinique. Quant à la TVA, vos actes médicaux en sont exonérés(article 261-4-1° du CGI) : c'est le régime de toute la profession, personne n'y gagne un avantage particulier.
Le piège du secteur 2 : aucune niche cachée
Qui rédige ce guide
À retenir en 30 secondes
Trier votre défiscalisation d'anesthésiste avec Quentin Hagnéré
Cabinet de Chambéry, 100 % indépendant. On chiffre votre exposition à la CEHR et à la CDHR, on arbitre entre réduction d'assiette et report, on structure votre SEL et votre SPFPL d'anesthésistes, et on construit votre patrimoine au-delà du seul impôt. Et si le dispositif à la mode ne tient pas chez vous, on préfère vous faire gagner zéro produit plutôt que vous vendre un placement inutile.

