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Guide pharmacien 202615 minMis à jour 25 juin 2026Cas chiffré 100 000 €Topical · réforme BNC

Fin de l'abattement de 10 % en SEL : faut-il rester en SEL en tant que pharmacien ?

Depuis l'imposition des revenus 2024, la rémunération « technique » des associés de SEL libérale bascule en BNC : adieu l'abattement de 10 %, place aux frais réels. De quoi affoler les titulaires. Sauf que, chiffres en main, l'affaire est beaucoup moins grave qu'elle n'en a l'air : sur 100 000 € de rémunération, la perte ne pèse que +10 000 € d'assiette (≈ 4 100 € à 41 %, ≈ 4 500 € à 45 %) — et l'officine, activité commerciale (BIC), n'est peut-être même pas concernée de la même façon. Surtout : la SEL garde tous ses leviers structurels (IS 15/25 %, SPFPL, pacte Dutreil). On chiffre l'impact réel, on regarde de près la spécificité de l'officine commerciale — un angle que la presse évite — et on met en face le coût d'une sortie de SEL. Par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine indépendant (ORIAS 23002291).

STRATÉGIE PHARMACIEN 2026

Votre rémunération de SEL est-elle exposée à la perte de l'abattement de 10 % ?

Audit de votre situation de pharmacien associé de SEL : ventilation gérance (art. 62) / part technique (BNC), spécificité de l'officine commerciale, bascule aux frais réels en 2035, ajustement du mix rémunération / dividendes, leviers structurels (SPFPL, mère-fille, Dutreil). Cabinet 100 % indépendant, modélisation chiffrée avec votre expert-comptable.

  • Chiffrage de votre perte réelle d'abattement
  • Ventilation gérance / technique sécurisée
  • Optimisation du mix rémunération / dividendes
  • Cabinet 100 % indépendant

ABATTEMENT 10 %

BNC depuis 2024

IMPACT / 100 000 €

+10 000 € d'assiette

SURCOÛT IR (TMI 41 %)

≈ 4 100 €/an

PLAFOND ABATTEMENT

14 171 €

RETRAITE

CAVP, pas CARMF

Quentin Hagnéré·Fondateur de Hagnéré Patrimoine

Cabinet Hagnéré Patrimoine · ORIAS 23002291 · CIF · COA · COBSP

§ 1L'ESSENTIEL·3 MIN

L'essentiel : faut-il quitter sa SEL à cause de la fin de l'abattement ?

Le verdict en 30 secondes

  • La fin de l'abattement de 10 % n'est pas une loi nouvelle, mais un changement de doctrine (passage en BNC) validé par le Conseil d'État le 8 avril 2025 (n° 492154).
  • Elle ne touche qu'une part de la rémunération (la part « technique »), jamais les dividendes.
  • Impact circonscrit : sur 100 000 €, environ +10 000 € d'assiette × votre TMI (≈ 4 100 € à 41 %).
  • Nuance pharmacien [à vérifier] : l'officine est une activité commerciale (BIC) et le gérant majoritaire de SELARL garde l'article 62 (abattement de 10 % sur la part de gérance) → l'impact pourrait être nul, audit requis.
  • Réponse à la question du titre : non, on ne quitte pas une SEL pour ça. Elle garde l'IS 15/25 %, la SPFPL au rachat, le pacte Dutreil. On passe aux frais réels et on ajuste le mix rémunération / dividendes.

« Les pharmaciens perdent l'abattement de 10 % » : la phrase tourne dans la presse professionnelle et fait peur. Faut-il pour autant transformer sa SEL, voire repasser en nom propre ? La réponse courte, c'est non — et ce guide vous explique pourquoi, chiffres à l'appui. On chiffre l'impact réel, on regarde de près la spécificité de l'officine commerciale — un angle que la presse évite — et on met en face le coût d'une sortie de SEL.

Trois « 10 % » à ne jamais confondre

  • L'abattement de 10 % pour frais professionnels (traitements et salaires) : c'est le sujet de ce guide, il porte sur la rémunération.
  • La règle des 10 % de l'article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale : elle réintègre aux cotisations TNS la fraction de dividendes dépassant 10 % du capital — voir la règle des 10 % sur les dividendes, fraction par fraction.
  • Le 12,8 % : c'est la part d'IR du PFU, sans rapport avec les deux précédents.
Trois bases de calcul sans rapport entre elles : les confondre conduit tout droit à un contresens.
Hagnéré Patrimoine

Votre rémunération de SEL est-elle réellement exposée à la perte de l'abattement ?

On pose le chiffre exact de votre perte, on borne la ventilation gérance / technique et on tranche : dans votre officine, est-ce un vrai sujet ?

Bilan gratuitSans engagementCabinet indépendant
§ 2LE CHANGEMENT·2 MIN

Ce qui a changé : la rémunération technique imposée en BNC depuis 2024

À l'origine, il n'y a pas une suppression d'avantage mais un simple changement de catégorie d'imposition. Jusqu'aux revenus 2023, l'associé de SEL était, dans la pratique majoritaire, imposé comme un salarié : rémunération en traitements et salaires, abattement forfaitaire de 10 % appliqué automatiquement. Depuis l'imposition des revenus 2024, la rémunération qui correspond à l'exercice personnel de l'activité libérale dans la société — la part « technique » — est imposée dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (article 92 du CGI), sauf s'il existe un lien de subordination qui la maintiendrait en salaire.

La source de ce basculement est un rescrit de l'administration, le BOI-RES-BNC-000136 (publié le 27 décembre 2023, complété le 24 avril 2024), qui a mis fin à une tolérance ancienne classant les associés non gérants en salariés. Le socle jurisprudentiel, lui, est plus ancien : le Conseil d'État jugeait déjà en 2013 (n° 339822) que cette rémunération technique relevait des BNC, le seul critère de maintien en salaire étant le lien de subordination.

L'abattement de 10 % est un dispositif propre aux traitements et salaires : il n'a pas d'équivalent en BNC. En passant en BNC, vous ne déduisez plus 10 % forfaitaires, mais vos frais réels, via une déclaration contrôlée n° 2035 (articles 92 et 93 du CGI). Le régime micro-BNC (article 102 ter, abattement de 34 %, seuil de recettes 83 600 € en 2026) existe en théorie, mais reste inopérant pour la quasi-totalité des associés vu le niveau des rémunérations en jeu.

Avant / après pour l'associé libéral de SEL

Avant (revenus ≤ 2023) : traitements et salaires + abattement forfaitaire de 10 % (ou article 62 pour le gérant majoritaire), rémunération préremplie sur la déclaration. Après (revenus 2024 et suivants) : la part technique passe en BNC, frais réels en déclaration 2035, plus d'abattement forfaitaire sur cette part. La part correspondant au mandat social ne bascule pas (voir la section suivante).
Ce qui change réellement : la part « technique » bascule en BNC ; la part de mandat de gérance reste, elle, en article 62 avec l'abattement de 10 %.
ÉlémentAvant (revenus ≤ 2023)Après (revenus 2024+)
Catégorie d'impositionTraitements et salairesBNC (part technique) — art. 92
Déduction des fraisAbattement forfaitaire 10 %Frais réels (ou micro-BNC 34 %)
DéclarationRevenus préremplieDéclaration contrôlée n° 2035
Référenceart. 62 / 79 CGIart. 92 / 93 CGI
Part mandat de géranceart. 62 (abattement 10 %)art. 62 inchangé (abattement 10 %)
§ 3LE CONSEIL D'ÉTAT·2 MIN

Ce que le Conseil d'État a vraiment jugé le 8 avril 2025

On lit partout que « le Conseil d'État a supprimé l'abattement de 10 % ». C'est faux, et la nuance n'est pas cosmétique : elle commande la manière de réagir. Voici précisément ce qu'a tranché la décision n° 492154 du 8 avril 2025 (8ᵉ et 3ᵉ chambres réunies).

Le Conseil d'État confirme d'abord la qualification en BNC (article 92) de la rémunération correspondant à l'exercice personnel de l'activité, sauf lien de subordination. La part qui rémunère le mandat de gérance du gérant majoritaire de SELARL relève, elle, de l'article 62. Surtout — et c'est ce qui change tout en pratique —, il annule pour excès de pouvoir une partie des commentaires administratifs BOI-RSA-GER-10-30, et notamment la tolérance qui permettait de rattacher forfaitairement 5 % de la rémunération aux fonctions de gérance, au motif qu'elle « ajoutait à la loi ».

Ce que le Conseil d'État n'a PAS fait

Il n'a pas supprimé l'abattement de 10 %. Il a confirmé la qualification BNC de la part technique — et c'est cette qualification qui, par nature, n'ouvre pas droit au 10 % — puis annulé la tolérance des 5 % de rattachement forfaitaire à la gérance. La perte de l'abattement est une conséquence de la qualification BNC, pas le dispositif de l'arrêt. C'est aussi la seule décision à citer : on s'en tient au n° 492154.

Sans cette tolérance, la donne change : il faut désormais justifier individuellement la ventilation entre la part qui rémunère le mandat de gérance (article 62, abattement de 10 % conservé) et la part technique (BNC, frais réels). En l'absence d'un mandat distinctement rémunéré et documenté, la quasi-totalité de la rémunération risque de basculer en BNC. C'est exactement le point où l'accompagnement de l'expert-comptable devient décisif.

§ 4L'ARTICLE 62·2 MIN

L'abattement de 10 % : à qui il reste, et l'argument du plafond

L'abattement n'a pas disparu : il survit là où la rémunération reste imposée en traitements et salaires. C'est le cas de la rémunération du mandat de gérance du gérant majoritaire de SELARL, qui relève de l'article 62 du CGI et suit les règles des traitements et salaires : l'abattement de 10 % (article 83, 3°) s'applique sur cette part. Même logique pour le président de SELAS, assimilé salarié, dont le mandat reste en traitements et salaires (articles 79 et 80 ter).

En 2026, cet abattement est plafonné à 14 171 € et assorti d'un plancher de 495 € par bénéficiaire de revenus. En BNC, en revanche, pas d'abattement forfaitaire : on déduit les frais réels.

L'argument du plafond, sous-estimé

L'abattement de 10 % est plafonné à 14 171 €. Autrement dit, au-delà d'environ 141 710 € de rémunération nette, il ne « rendait » déjà plus que ce montant fixe, et non 10 % de la totalité. Pour un pharmacien titulaire à hauts revenus, sa perte est donc encore plus marginale qu'il n'y paraît : la part de rémunération au-dessus du plafond ne bénéficiait, de toute façon, d'aucun abattement supplémentaire.
Qui garde le 10 %, qui le perd. Seule la part « technique » est exposée ; la part de mandat conserve l'abattement, dans la limite du plafond.
Part de rémunérationCatégorie d'impositionAbattement 10 %
Mandat de gérance — gérant majoritaire SELARLart. 62 (traitements et salaires)OUI (plafond 14 171 €)
Mandat — président de SELAS (assimilé salarié)art. 80 ter (traitements et salaires)OUI (plafond 14 171 €)
Part technique (exercice de l'activité)BNC — art. 92NON (frais réels en 2035)
§ 5LA NUANCE PHARMACIEN·2 MIN

La nuance qui change tout : l'officine est une activité commerciale (BIC)

Ici se joue l'essentiel pour un pharmacien, et c'est précisément ce que la presse généraliste passe sous silence. La réforme « rémunération technique = BNC » vise par construction des professions libérales : médecins, avocats, chirurgiens-dentistes, dont l'activité technique relève des bénéfices non commerciaux. Or l'officine est une activité commerciale : elle exploite un fonds de commerce, vend des marchandises (médicaments, parapharmacie) et relève des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), comme le rappelle la doctrine BOI-BIC-CHAMP-60-30. Le pharmacien titulaire est un commerçant, dont la SEL d'officine est encadrée par le Code de la santé publique (articles L. 5125-1 et R. 5125-14 et suivants).

D'où une question qui n'a, à ce jour, pas de réponse officielle : la part « technique » d'un pharmacien d'officine, à supposer qu'on puisse l'isoler, correspondrait-elle à une activité commerciale (BIC) plutôt qu'à un BNC ? D'où deux lectures possibles, que nous prenons soin de laisser au conditionnel faute de texte qui tranche.

Thèse 1 — Le pharmacien serait hors champ

Dominante en doctrine : l'officine étant une activité commerciale (BIC), la réforme « rémunération technique = BNC », conçue pour les libéraux, ne s'appliquerait pas de la même façon. La part de gérance du gérant majoritaire reste en article 62, abattement de 10 % conservé. Il serait paradoxal d'imposer en BNC le revenu d'un commerce.

Thèse 2 — Prudence tant qu'aucun texte ne tranche

Aucune publication officielle (BOFiP, Conseil d'État) n'exclut expressément les SEL de pharmacie du champ de la réforme. Tant qu'un rescrit propre à l'officine n'est pas publié, on retient une position prudente et on documente soigneusement la ventilation gérance / technique avec l'expert-comptable.

Pharmacien : un débat non tranché [à vérifier]

À la date de ce guide, aucune décision de justice ni rescrit propre à l'officine ne tranche le cas du pharmacien d'officine en SEL. Il faut donc exposer la règle générale (les libéraux passent en BNC), puis la situation spécifique du pharmacien (commerçant relevant des BIC, gérant majoritaire en article 62, président de SELAS assimilé salarié), toujours en lien avec votre expert-comptable. Un point reste certain quelle que soit la thèse retenue : cette règle ne touche que la rémunération, jamais les dividendes.
§ 6LE CAS CHIFFRÉ·3 MIN

Combien ça coûte vraiment : le cas chiffré

Assez du « on perd 10 % » : voici ce que la réforme change vraiment sur une feuille d'impôt. Sur la part de rémunération requalifiée en BNC et sans frais réels en regard, vous perdez l'équivalent de 10 % d'assiette déductible — c'est-à-dire que 10 % de cette rémunération s'ajoutent à votre base imposable.

Le calcul de la perte (principe)

Supplement d assiette = Remuneration technique requalifiee x 10 %
                        (dans la limite du plafond 14 171 EUR)

Surcout IR = Supplement d assiette x TMI

Ce surcoût se calcule AVANT prise en compte des frais réels déductibles en 2035 et HORS part de mandat de gérance (qui conserve l'abattement de 10 % via l'article 62). C'est donc un majorant : l'impact réel est presque toujours inférieur.

Prenons Sophie, 47 ans, pharmacienne titulaire en SELARL, à une TMI de 41 %, qui se verse 100 000 € de rémunération technique.

Sophie, SELARL, TMI 41 % : impact brut de la perte de l'abattement sur 100 000 €, avant frais réels et hors part de mandat de gérance.
ÉtapeRégime TS (avant)Régime BNC (après, frais réels = 0)
Rémunération100 000 €100 000 €
Abattement 10 %− 10 000 €0 €
Assiette imposable90 000 €100 000 €
Supplément d'assiette—+ 10 000 €
Surcoût IR à 41 %—≈ + 4 100 €/an
Surcoût IR à 45 %—≈ + 4 500 €/an

Pourquoi ce chiffre est un maximum, pas une réalité

  • Frais réels : le surcoût est neutralisé en tout ou partie par les charges déductibles en BNC (Madelin / PER, intérêts d'emprunt de rachat de parts, frais professionnels). Si vos frais atteignent 10 000 €, le surcoût tombe à ≈ 0.
  • Part de gérance : aucun effet sur la part relevant de l'article 62 (abattement de 10 % conservé).
  • Plafond : au-delà d'environ 141 710 € de rémunération, le 10 % était déjà plafonné à 14 171 € — la perte devient encore plus marginale.
  • Nuance pharmacien [à vérifier] : officine = BIC, gérant majoritaire = article 62. Le « +10 000 € » ne joue que si une part « technique » est effectivement requalifiée hors mandat — débat non tranché.

Cas pratique — Karim, titulaire en SELARL · TMI 45 %

60 000 € de rémunération : un surcoût brut de 2 700 €, ramené à ≈ 0 par les frais réels

Karim se verse 60 000 € de rémunération technique. Perte théorique d'abattement : 60 000 × 10 % = 6 000 € d'assiette, soit un surcoût brut de 6 000 × 45 % = 2 700 €/an. Mais Karim verse chaque année 4 200 € de cotisations Madelin et PER, désormais déductibles en frais réels sur sa déclaration 2035. Ajoutées aux autres charges professionnelles, ces déductions ramènent son assiette nette à un niveau quasi inchangé : l'impact net de la réforme est, pour lui, proche de zéro. Pour Karim, la réforme est un non-événement : ses cotisations Madelin font le travail. La suite du guide systématise ce réflexe.

Et sur les très hauts revenus ? Prenez Hélène, titulaire à 180 000 € de rémunération. Son abattement était déjà plafonné (180 000 × 10 % = 18 000 € > 14 171 €) : sa perte réelle n'est pas de 18 000 € mais de 14 171 € d'assiette, soit un surcoût de 14 171 × 45 % ≈ 6 377 €/an au maximum. À comparer aux dizaines de milliers d'euros que valent la SPFPL et le régime mère-fille au rachat : la perte est plafonnée et marginale face aux leviers structurels.

Note de méthode sur ces chiffrages

Les trois cas (Sophie, Karim, Hélène) sont des illustrations pédagogiques aux taux 2026, construites sur des hypothèses volontairement simples (TMI marginale appliquée à l'intégralité du supplément, frais réels isolés). Votre impact réel dépend de votre TMI exacte, de votre situation familiale, du quotient familial et surtout du niveau effectif de vos frais réels et de la ventilation gérance / technique retenue. Un calcul n'a de valeur qu'établi sur vos déclarations réelles, avec votre expert-comptable : ces ordres de grandeur sont un plafond, et votre montant définitif sortira de vos 2035.
§ 7LE PLAYBOOK·2 MIN

Le playbook anti-perte : passer aux frais réels en BNC

« Les frais réels ne compensent jamais le 10 % » : c'est l'objection classique, et elle est souvent fausse, surtout pour un associé qui a racheté ses parts à crédit. En BNC, la déclaration contrôlée n° 2035 vous permet de déduire vos charges réellement engagées. Les postes les plus rentables pour un associé de SEL :

  • Intérêts de l'emprunt de rachat des parts de votre SEL — souvent le poste le plus lourd les premières années.
  • Cotisations Madelin et PER (article 154 bis du CGI) : jusqu'à environ 88 911 € en 2026, plancher 4 806 € — voir le PER / Madelin du pharmacien, déductible en frais réels.
  • Cotisations de prévoyance et de santé Madelin.
  • Frais de tenue de comptabilité et d'adhésion à une association de gestion agréée.
  • Frais professionnels réels : déplacements, documentation, formation continue.

Le diagnostic en deux exercices

La bonne méthode n'est pas de paniquer, mais de comparer, sur deux exercices, le total de vos frais réels au 10 % théorique que vous auriez déduit. Si vous portez un emprunt de rachat de parts, vos frais réels dépassent fréquemment l'abattement : la « perte » se transforme alors en gain net. Pour faire reculer votre TMI plus largement, voyez les 7 leviers pour baisser la TMI du titulaire.

Votre check-list de bascule en 4 étapes

  • Recenser vos charges réellement déductibles (intérêts de rachat, Madelin, PER, prévoyance, comptabilité, formation) et les chiffrer en euros.
  • Documenter la ventilation entre mandat de gérance (article 62) et part technique avec un mandat social distinctement rémunéré, depuis l'annulation de la tolérance des 5 %.
  • Adhérer à une association de gestion agréée et ouvrir une déclaration contrôlée n° 2035 si la part technique bascule effectivement en BNC.
  • Arbitrer ensuite, avec votre conseil, le mix rémunération / dividendes pour absorber le supplément d'assiette (section suivante).
§ 8LE MIX·2 MIN

La 2ᵉ réponse : ajuster le mix rémunération / dividendes

Puisque la fin de l'abattement ne touche que la rémunération, la deuxième parade consiste à rééquilibrer ce que vous prélevez en rémunération et ce que vous prélevez en dividendes. Un euro distribué en dividende (PFU de 31,4 % en 2026= 12,8 % d'IR + 18,6 % de prélèvements sociaux) n'est jamais concerné par la qualification BNC de la rémunération.

Ne pas confondre les deux réformes « 10 % »

L'abattement de 10 % porte sur la rémunération (le sujet de ce guide). La règle des 10 % de l'article L. 131-6 du Code de la sécurité sociale porte sur les dividendes : elle réintègre aux cotisations TNS la fraction de dividendes qui dépasse 10 % du capital social (majoré des primes et du compte courant). Deux réformes distinctes, deux bases distinctes : on ne corrige pas l'une en jouant sur l'autre.

Le réflexe « je bascule tout en dividendes » est un piège. Cotisations TNS, droits à retraite CAVP, prévoyance, point de bascule SELARL / SELAS : l'équation est plus serrée que ça. C'est un calcul à part entière, que nous ne refaisons pas ici pour ne pas le tronquer. Le point de bascule complet, chiffres à l'appui, est traité dans l'arbitrage salaire / dividendes en SEL de pharmacie (le calcul complet), complété par la méthode générale de l'arbitrage en SEL et la règle des 10 % sur les dividendes.

§ 9L'INTÉRÊT STRUCTUREL·3 MIN

Pourquoi la SEL garde tout son intérêt, abattement ou pas

C'est là que tout se joue. L'abattement de 10 % est un sujet de rémunération ; la SEL est un sujet de structure. Ce que vous perdez d'un côté (au pire 14 171 € d'abattement, souvent neutralisable) n'a aucune commune mesure avec ce que la SEL vous apporte de l'autre.

  • L'impôt sur les sociétés à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice (conditions PME) puis 25 % (article 219) : la part de bénéfice que vous ne consommez pas capitalise dans la société, sans remonter à votre IR personnel. L'exercice individuel n'a pas cette capacité de mise en réserve.
  • Le pilotage du couple rémunération / dividendes, qui permet de maîtriser votre revenu fiscal de référence et donc votre exposition à la CEHR (article 223 sexies) et à la CDHR (article 224).
  • La SPFPL (ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023) : effet de levier au rachat d'officine et régime mère-fille (articles 145 et 216), qui fait remonter les dividendes de la SEL quasi en franchise d'impôt — IS effectif d'environ 1,25 %.
  • La transmission : le pacte Dutreil (article 787 B, exonération de 75 % de la valeur des titres, l'officine commerciale étant éligible), combiné à l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans (article 779) et à la réduction de 50 % avant 70 ans (article 790).

Rester en SEL

Points forts

  • IS 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 % (capitalisation)
  • SPFPL + régime mère-fille (~1,25 % d'IS effectif)
  • Effet de levier au rachat d'officine
  • Pacte Dutreil à la transmission
  • Pilotage du RFR (CEHR / CDHR)

Sortir de la SEL (droit commun)

Points de vigilance

  • Perte de l'éligibilité SPFPL / mère-fille
  • Perte du levier de rachat
  • Friction sur le pacte Dutreil
  • Frottement fiscal de la transformation
  • Extension BNC au droit commun en débat (non écartée durablement)

À retenir

Le calcul ne penche jamais vers la sortie pour ce seul motif

L'abattement de 10 % pèse au plus ≈ 6 377 €/an (abattement plafonné à 14 171 €), le plus souvent autour de 4 500 €/an, et il est souvent neutralisable par les frais réels. Les leviers structurels de la SEL — capitalisation à l'IS, SPFPL, mère-fille, Dutreil — valent des dizaines de milliers d'euros au rachat et à la transmission. Lâcher une SEL pour un abattement de 10 %, c'est vendre l'outil pour garder l'emballage.

Pour approfondir ces leviers, voyez la holding SPFPL et le régime mère-fille, l'effet de levier de la SPFPL au rachat d'officine et l'intérêt de la SEL à la cession et au départ en retraite.

Aller plus loin : la SEL au service de votre patrimoine global

La vraie question n'est pas « dois-je quitter ma SEL pour 10 % », mais « comment ma SEL fait-elle travailler ma trésorerie et prépare-t-elle ma transmission ». Une fois le bénéfice capitalisé à l'IS, la trésorerie excédentaire s'investit (voir faire fructifier la trésorerie de votre SPFPL de pharmacie et la holding patrimoniale : régime mère-fille et capitalisation), et le tout s'intègre à la stratégie patrimoniale globale du pharmacien titulaire. Votre choix de structure se décide sur dix ans de patrimoine, pas sur une ligne d'abattement.
§ 10LE COÛT DE SORTIE·2 MIN

Combien coûte (vraiment) une sortie de SEL

Admettons : vous voulez quand même partir. Transformer sa SEL en SARL ou SAS de droit commun n'est pas une échappatoire, pour trois raisons. D'abord, vous perdez l'éligibilité à la SPFPL et au régime mère-fille, l'effet de levier au rachat et une partie de la souplesse du pacte Dutreil. Ensuite, la transformation a un coût fiscal (frottement). Enfin, le comble : une réponse ministérielle du 10 février 2026 envisageait précisément d'étendre le régime BNC aux sociétés de droit commun à objet libéral : changer de structure pourrait donc ne rien régler à terme.

Sortir coûte plus cher que rester

La décision de rester en SEL se pose sur un horizon de 5 à 10 ans— rachat de parts, transmission aux enfants, départ en retraite avec la CAVP — et non comme une réaction fiscale à chaud sur un abattement de 10 %. Une sortie pour ce seul motif détruit plus de valeur qu'elle n'en économise.

Le bon réflexe, si la question de la structure se pose vraiment (par exemple à l'installation), est de la traiter pour elle-même, et non sous l'angle de l'abattement. C'est l'objet de BNC ou SELARL : le cas général du choix de structure et de EI, SELARL, SELAS : la forme qui commande le régime social.

§ 11OBLIGATIONS & ACTUALITÉ·2 MIN

Obligations déclaratives et actualité 2026

En pratique, basculer en BNC ajoute de la paperasse. La part de rémunération requalifiée doit figurer sur une déclaration contrôlée n° 2035, avec tenue d'une comptabilité recettes-dépenses ; l'associé doit être immatriculé au guichet unique des formalités des entreprises et déclarer cette rémunération même si elle est faible, car elle sert d'assiette à l'impôt et aux cotisations.

Côté retraite, rappel essentiel : le pharmacien titulaire relève de la CAVP (Caisse d'Assurance Vieillesse des Pharmaciens), jamais de la CARMF, de la CARCDSF ni de la CARPIMKO. Le changement de catégorie d'imposition ne modifie pas la caisse, mais peut faire évoluer l'assiette de calcul des cotisations et des droits : un point à vérifier avec la CAVP et l'expert-comptable (valeurs de cotisation et de point 2026 à confirmer sur cavp.fr). Pour anticiper, voyez le PER du pharmacien titulaire.

Où en est-on au 10 juin 2026 ?

La réforme est maintenue (aucun amendement de suppression voté). Son périmètre reste limité aux SEL : une réponse ministérielle du 10 février 2026 avait annoncé une réflexion sur l'extension aux sociétés de droit commun à objet libéral, mais la clarification de la DGFiP obtenue par le CNOEC le 17 mars 2026 a confirmé que ces sociétés ne sont pas concernées. On ne présente donc pas cette extension comme acquise : on la surveille.

Pour situer cette réforme dans la stratégie patrimoniale d'ensemble du titulaire, voyez la stratégie patrimoniale globale du pharmacien titulaire et la boîte à outils générale : comment payer moins d'impôts.

ACCOMPAGNEMENT

Décider de rester (ou non) en SEL avec un CGP indépendant

Savoir exactement combien la fin de l'abattement vous coûte, comment la neutraliser par les frais réels, et pourquoi la SEL reste l'enveloppe structurante du pharmacien titulaire. Un cabinet pluridisciplinaire qui relie fiscalité de la rémunération, structuration SEL / SPFPL de pharmacie et stratégie patrimoniale globale.

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Décider de rester en SEL en tant que pharmacien avec un CGP indépendant multi-partenaires

On ne vous fera pas changer de structure pour un abattement de 10 %. On commence par chiffrer votre perte réelle. Ensuite seulement, on touche à la ventilation gérance / technique, aux frais réels et au mix rémunération / dividendes, sans jamais lâcher les leviers structurels de votre SEL de pharmacie (SPFPL, mère-fille, Dutreil) — le tout calibré avec votre expert-comptable.

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Sources et références légales

  • Fin de l'abattement 10 % et qualification BNC

    Art. 92 et 93 CGI (la rémunération de l'associé de SEL au titre de son activité libérale est imposée en BNC à compter des revenus 2024 ; détermination du bénéfice par les frais réels). Art. 102 ter CGI (micro-BNC, abattement 34 %, seuil 83 600 €, inopérant en pratique). Rescrit BOI-RES-BNC-000136 (publié le 27/12/2023, complété le 24/04/2024). Socle jurisprudentiel : CE 16/10/2013 n° 339822. Confirmation : CE 08/04/2025 n° 492154, qui annule par ailleurs la tolérance des 5 % des commentaires BOI-RSA-GER-10-30.

  • Rémunération du dirigeant et abattement de 10 %

    Art. 62 CGI (rémunération du mandat de gérance du gérant majoritaire de SELARL imposée selon les règles des traitements et salaires). Art. 79 et 80 ter CGI (président de SELAS assimilé salarié). Art. 83, 3° CGI (abattement forfaitaire de 10 % : plancher 495 €, plafond 14 171 € en 2026). Art. 197 CGI (barème IR 2026 : 0 / 11 / 30 / 41 / 45 %). Art. 219 CGI (IS 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %).

  • Pharmacie (nature commerciale) et intérêt structurel de la SEL

    BOI-BIC-CHAMP-60-30 (l'officine relève des BIC). Code de la santé publique, art. L. 5125-1 et R. 5125-14 et suivants (détention de la SEL d'officine par des pharmaciens exerçants). Ordonnance n° 2023-77 du 08/02/2023 (SEL et SPFPL, ex-loi n° 90-1258). Art. 145 et 216 CGI (régime mère-fille, IS effectif ~1,25 %). Art. 787 B, 779 et 790 CGI (pacte Dutreil, donation). Art. 154 bis CGI (PER / Madelin déductibles en frais réels).

  • Dividendes, prélèvements sociaux et actualité 2026

    Art. L. 131-6 CSS (règle des 10 % sur les dividendes de SEL, réforme distincte de l'abattement de 10 %). Art. L. 136-8 CSS et loi n° 2025-1403 du 30/12/2025 (LFSS 2026 : CSG du capital à 10,6 %, PS 18,6 % sur les dividendes). Art. 200 A CGI (PFU 31,4 %). Art. 223 sexies et 224 CGI (CEHR, CDHR). Loi n° 2026-103 du 19/02/2026 (LF 2026). Réponse ministérielle du 10/02/2026 et clarification DGFiP / CNOEC du 17/03/2026 (régime BNC limité aux SEL ; sociétés de droit commun hors champ).

Avertissement

Information éducative — pas un conseil personnalisé.

Ce guide est rédigé à titre informatif par Hagnéré Patrimoine, cabinet de conseil en gestion de patrimoine enregistré ORIAS sous le n° 23002291 (CIF · COA · COBSP, adhérent CNCEF Patrimoine, cabinet basé à Bassens). Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation d'investissement au sens de l'article L. 533-13 du Code monétaire et financier. Deux points sont expressément formulés au conditionnel et doivent être confirmés dossier par dossier avec votre expert-comptable : (1) l'applicabilité exacte de la qualification BNC au pharmacien d'officine — activité commerciale (BIC), gérant majoritaire relevant en principe de l'article 62 du CGI —, aucun texte, décision ou rescrit propre à l'officine ne tranchant ce cas à la date de rédaction ; (2) l'extension du régime aux sociétés de droit commun à objet libéral, annoncée par une réponse ministérielle du 10 février 2026 puis écartée par la clarification de la DGFiP obtenue par le CNOEC le 17 mars 2026. Les cas chiffrés sont des illustrations aux taux 2026, à recalculer selon votre situation réelle (TMI, frais réels, situation familiale). La ventilation entre rémunération de gérance et part technique doit être justifiée individuellement depuis l'annulation de la tolérance des 5 %. Les valeurs de cotisation et de point de la CAVP 2026 sont à vérifier sur cavp.fr. Les chiffres et taux cités sont à jour au 10 juin 2026 mais peuvent évoluer (LF / LFSS annuelles, doctrine, jurisprudence). Aucune incitation contraire à la déontologie pharmaceutique n'est formulée.

Foire aux questions

Tout sur la fin de l'abattement de 10 % en SEL pour le pharmacien qualification BNC, art. 62, nuance officine, frais réels et coût réel.

Les questions qu'on nous pose le plus en rendez-vous depuis la réforme : pourquoi le 10 % disparaît, ce que le Conseil d'État a réellement jugé, si l'officine commerciale est concernée, combien ça coûte vraiment et s'il faut quitter sa SEL. Réponses sourcées et à jour 2026.