Pourquoi le patrimoine d'un avocat ne se gère pas comme un autre
On imagine l'avocat à hauts revenus à l'abri du besoin. C'est vrai pour le train de vie, beaucoup moins pour le patrimoine. Votre profil détonne, et pour des raisons qui se cumulent : des revenus élevés (TMI 41 à 45 %, parfois CEHR, CDHR et IFI), mais irréguliers (rétrocessions de collaborateur, résultats d'associé), sans filet salarial (ni chômage, ni indemnités journalières confortables), et une retraite CNBF modeste au regard de ce que vous facturez : à taux plein, la pension de base plafonne autour de 19 154 €/an, soit ~1 596 €/mois. Vous êtes en BNC pur (loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971). Aucun de ces traits pris isolément ne pose problème ; c'est leur combinaison qui rebat l'ordre des priorités à chaque étape de la carrière : ce guide vous donne la feuille de route, phase par phase, pour savoir quoi prioriser maintenant — sécuriser, structurer, diversifier ou transmettre — plutôt que d'empiler des produits.
En 30 secondes : une feuille de route en 4 phases
La TVA, un avantage à exploiter, pas une contrainte
Contrairement au médecin ou au dentiste — exonérés de TVA sur leurs soins au titre de l'article 261-4-1 du CGI —, l'avocat est soumis à la TVA au taux normal de 20 % sur ses honoraires (l'aide juridictionnelle relève d'un régime particulier). Loin d'être un handicap, c'est un levier : vous récupérez la TVA déductible sur vos frais, vos honoraires de sous-traitance, votre matériel et vos investissements. Et comme vous êtes assujetti, vous pouvez activer l'option pour la TVA des loyers (article 260-2° CGI) si vous logez les murs du cabinet dans une SCI, et récupérer ainsi la TVA sur l'immeuble. En tout début d'activité, sous le seuil de prestations de services (de l'ordre de 37 500 €en 2026, seuil spécifique aux avocats à confirmer), la franchise en base de l'article 293 B reste néanmoins possible.
Avocat = CNBF, jamais CARMF, CIPAV, CAVP ou CARPV
Ce guide est la déclinaison avocat à hauts revenus du pilier généraliste : pour la vue d'ensemble du métier, voyez la gestion de patrimoine de la profession libérale. Il complète, sans les répéter, le catalogue de défiscalisation de l'avocat et le guide structurel BNC vs SELARL : ici, on regarde le patrimoine dans son ensemble, au-delà du seul impôt.
Au-delà de l'impôt : se constituer, protéger et transmettre
La feuille de route patrimoniale de l'avocat, phase par phase
Une carrière d'avocat dure trente à quarante ans, et les bonnes décisions patrimoniales ne sont pas les mêmes à 32 ans qu'à 60 ans. Au début, on sécurise ; à l'installation, on structure ; à maturité, on diversifie ; en fin de carrière, on transmet. Plutôt qu'une liste de produits, voici la chronologie : ce qu'il faut traiter, et dans quel ordre, à chaque étape.
| Phase | Âge indicatif | L'enjeu central | Les leviers prioritaires |
|---|---|---|---|
| 1 · Collaborateur / début | 28-35 ans | Sécuriser des revenus irréguliers | Épargne de précaution, 1re prévoyance Madelin, démarrer le PER, résidence principale |
| 2 · Associé / installation | 35-50 ans | Structurer et optimiser | BNC→SELARL→SPFPL, PER saturé, RP puis locatif/déficit foncier, assurance-vie, IFI |
| 3 · Maturité | 50-60 ans | Diversifier et préparer la retraite | Private equity, assurance-vie luxembourgeoise, immobilier de rendement, IFI, retraite CNBF |
| 4 · Fin de carrière / transmission | 60 ans et + | Transmettre au bon prix | 238 quindecies, parts de SEL 150-0 D ter, donation, démembrement, AV 990 I, Dutreil |
Comment lire ce hub
Phase 1 — Le collaborateur : sécuriser des revenus irréguliers sans filet
La carrière démarre le plus souvent comme collaborateur libéral, entre 28 et 35 ans. Vous percevez des rétrocessions d'honoraires non salariées (imposées en BNC), qui varient d'un mois sur l'autre selon les dossiers, sans assurance chômage et avec des indemnités journalières CNBF limitées. Beaucoup de jeunes collaborateurs courent vers un produit de défisc dès le premier bonus. Je les arrête : défiscaliser un revenu qu'un arrêt de travail peut effacer du jour au lendemain, ça n'a pas de sens. On sécurise d'abord.
L'épargne de précaution d'abord
On commence par le plus basique, celui que presque personne ne fait vraiment : poser 3 à 6 mois de charges de côté sur un support liquide (livrets, fonds euros) avant tout placement bloqué. C'est ce coussin qui vous permet d'encaisser un mois creux, un dossier qui traîne ou un changement de cabinet sans casser une épargne longue ni vendre au mauvais moment. Pour un collaborateur dont les revenus oscillent, cette réserve n'est pas un luxe : c'est l'outil qui lisse l'irrégularité. Pour la méthode de gestion des premiers euros, voyez gérer son argent en début d'activité libérale.
Prévoyance : pas de filet salarial, donc à poser dès le début
Démarrer le PER tôt, même avec peu
Une fois le coussin de précaution et la prévoyance en place, on ouvre le PER (article 154 bis), même avec un versement modéré. L'intérêt n'est pas tant le montant déduit en début de carrière que le fait de prendre date et de prendre l'habitude : l'avantage fiscal à l'entrée croît mécaniquement avec votre TMI, et il sera maximal en phase d'associé. À TMI 30 %, le plancher de déduction de 4 806 € en 2026 économise déjà près de 1 442 € d'impôt. La première résidence principale est l'autre projet structurant de cette phase : elle ancre le patrimoine et prépare l'accès au crédit pour la suite. Pour le détail du PER : le PER de la profession libérale et le guide complet du PER.
Phase 2 — L'associé : structurer, optimiser, capitaliser à 45 %
S'associer ou s'installer change la donne : les revenus grimpent, la TMI tape les 45 %, et les premiers impôts « de riche » tombent. C'est la séquence où chaque arbitrage compte le plus : une structure mal choisie ou des versements mal calibrés se chiffrent vite en milliers d'euros. Plusieurs leviers entrent en jeu, dans l'ordre que votre situation impose.
Du BNC à la SELARL, puis la SPFPL : le régime mère-fille
Tant que tout votre bénéfice vous est nécessaire, le BNC suffit. Mais dès qu'il dépasse durablement votre besoin de train de vie, la SELARL ou SELAS à l'IS (loi n° 90-1258, ordonnance n° 2023-77 en vigueur depuis le 1er septembre 2024) prend tout son sens : vous laissez capitaliser dans la société à 15 % d'IS (jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis 25 %) plutôt qu'à votre TMI personnelle. Une SPFPL peut alors coiffer la SELARL et détenir vos titres : grâce au régime mère-fille (articles 145 et 216 CGI), les dividendes remontés sont exonérés à 95 %.
Régime mère-fille : 100 000 € de dividendes remontés à la SPFPL
Dividende brut remonte SEL -> SPFPL ....... 100 000 EUR Quote-part de frais et charges (5 %) ...... 5 000 EUR Base imposable a l'IS (15 %) .............. 5 000 EUR IS du a la SPFPL (15 % x 5 000) ........... 750 EUR ------------------------------------------------------- Net capitalisable dans la SPFPL .......... 99 250 EUR Cout effectif ............................ ~0,75 a 1,25 %
Comparé à une distribution directe à l'avocat (PFU 31,4 % = 12,8 % IR + 18,6 % PS), la remontée à la SPFPL laisse près de 99 % du dividende disponible pour réinvestir. La contrepartie : ces fonds restent dans la sphère société. Détention d'au moins 5 % conservée 2 ans (intégration fiscale possible à 95 %, quote-part de frais ramenée à 1 %).
On ne refait pas ici le montage complet : il est détaillé dans faut-il passer du BNC à la SELARL, l'optimisation fiscale de l'avocat, l'arbitrage rémunération/dividendes en SELARL et la holding d'avocat (SPFPL). Deux pièges, en revanche, méritent qu'on s'y arrête.
Deux pièges propres à la SEL de l'avocat
2. Dividendes > 10 % : la fraction de dividendes excédant 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes en compte courant d'associé est assujettie aux cotisations sociales(article L. 131-6 CSS), pas seulement aux prélèvements sociaux — y compris lorsqu'ils transitent par une SPFPL (Cass. 19 octobre 2023 n° 21-20.366). En deçà, le dividende reste au PFU de 31,4 % (12,8 % d'IR + 18,6 % de PS en 2026).
Résidence principale, puis locatif et déficit foncier à 45 %
À TMI 45 %, l'immobilier locatif devient un levier fiscal puissant. Le déficit foncier (location nue ou SCI à l'IR : travaux et charges supérieurs aux loyers) efface du revenu fortement taxé : l'imputation sur le revenu global est plafonnée à 10 700 €/an (hors intérêts d'emprunt), le surplus s'imputant sur les revenus fonciers des 10 années suivantes ; un déficit important économise donc jusqu'à 13 500 € d'impôt à 45 % lorsqu'il s'impute aussi sur des revenus fonciers existants. Attention à ne pas confondre les taux : les loyers d'une SCI à l'IR supportent des prélèvements sociaux de 17,2 % (et non 18,6 %). Loger les murs du cabinet dans une SCI, avec option pour la TVA (article 260-2°), combine diversification, récupération de TVA et préparation de la transmission. Voyez l'immobilier de la profession libérale et acheter les murs de son cabinet en SCI.
Saturer le PER, démarrer l'assurance-vie
C'est la phase où le PER / Madelin retraite (article 154 bis) donne son plein effet : à TMI 45 %, 100 € versés ne vous coûtent réellement que 55 €. Versement déductible dans la limite de 10 % du bénéfice + 15 % de la fraction entre 1 et 8 PASS, soit jusqu'à 88 911 € en 2026 (avec report des plafonds non utilisés sur trois ans). En parallèle, on alimente l'assurance-vie : pas de déduction à l'entrée, mais une enveloppe disponible dont les gains restent à 17,2 % de PS (contre 31,4 % au PFU sur un compte-titres) et qui prépare la transmission. Le choix précis des supports relève d'un guide dédié : où placer son argent quand on est avocat et l'assurance-vie. Pour la trésorerie de la société, voyez placer la trésorerie de sa SELARL et la trésorerie du cabinet.
Trois règles à ne pas confondre (et qui piègent souvent les avocats)
2. Règle des 10 % : au-delà de 10 % du capital + primes + CCA, le dividende de SEL devient soumis aux cotisations sociales, pas seulement aux PS.
3. Plafond PER ≠ plafond prévoyance : le volet retraite (jusqu'à 88 911 €) et le volet prévoyance (≈ 11 534 €) de l'article 154 bis sont autonomes et se cumulent.
Optimiser la phase associé sur vos chiffres
Un CGP indépendant cale l'arbitrage rémunération/dividendes, le montage SPFPL, le déficit foncier et le bon niveau de versement PER selon votre TMI réelle — et chiffre le gain net pour vous.
Phase 3 — La maturité : diversifier et piloter ses impôts de hauts revenus
Entre 50 et 60 ans, le crédit de la résidence principale est souvent soldé, les enfants finissent leurs études et il reste 1 500 à 4 000 € à placer chaque mois. C'est aussi l'âge où les surtaxes des hauts revenus et patrimoines— IFI, CEHR, CDHR — tombent pour la première fois sur l'avis d'imposition : il faut désormais les piloter par le patrimoine, et préparer une retraite CNBF que l'on sait insuffisante.
Piloter l'IFI, la CEHR et la CDHR par le patrimoine
Trois prélèvements visent spécifiquement les hauts profils. L'IFI frappe le patrimoine immobilier net au-delà de 1 300 000 € : la résidence principale bénéficie d'un abattement de 30 %, les biens professionnels sont exonérés, et le démembrement (la nue-propriété n'est pas imposable au démembrement viager, barème de l'article 669) comme la dette déductible réduisent l'assiette. La CEHR (article 223 sexies) s'applique à 3 % au-delà de 250 000 € de RFR pour un célibataire, 4 % au-delà de 500 000 € (seuils doublés pour un couple). La CDHR (article 224) impose un taux effectif minimum de 20 % du RFR aux très hauts revenus dont le RFR dépasse 250 000 € (célibataire) ou 500 000 € (couple) : elle vise surtout les revenus du capital faiblement taxés au PFU. On creuse ça dans réduire son IFI, le démembrement de propriété et la CDHR du libéral.
Diversifier : private equity, assurance-vie luxembourgeoise, immobilier de rendement
À ce stade, le problème n'est plus d'avoir des revenus, mais de ne pas dépendre uniquement du cabinet et de préparer la rente de retraite : si demain le barreau, votre santé ou un dossier se retournent, votre patrimoine ne doit pas s'effondrer avec votre activité. On diversifie : private equity (horizon long, illiquide, risque de perte en capital), assurance-vie luxembourgeoise (cadre protecteur du super-privilège, architecture ouverte, pertinent à partir d'un certain encours), SCPI et immobilier de rendement. Ces supports ne sont pas garantis (les performances passées ne préjugent pas des performances futures, le capital en unités de compte peut varier), mais ils répartissent le risque. À approfondir : le private equity, l'assurance-vie luxembourgeoise et les SCPI.
Hauts revenus mais retraite CNBF modeste : le grand écart
Phase 4 — Fin de carrière : céder, transmettre, protéger les siens
C'est la phase qui se joue à plusieurs centaines de milliers d'euros. Chaque année, des confrères de mes clients vendent leur clientèle dans l'urgence d'un départ et acquittent 30 à 40 % sur une plus-value qu'un cadrage deux ans plus tôt aurait ramenée à zéro d'IR. Deux questions se posent : à quel régime céder la clientèle ou les parts, et comment transmettre et protéger ses proches.
2026 : 18,6 % de PS sur la cession, et le 151 septies A n'exonère pas les PS
Céder sa clientèle ou ses parts de SEL
Le levier phare est l'article 238 quindecies du CGI : la cession des éléments d'une activité libérale (clientèle, branche complète) est totalement exonérée d'IR si la valeur cédée est inférieure ou égale à 500 000 €, puis l'exonération devient dégressive jusqu'à 1 000 000 €. S'y ajoutent l'article 151 septies (exonération selon les recettes : 90 000 / 126 000 € pour les prestations de services — l'avocat est en BNC pur, jamais les seuils commerciaux) et l'article 151 septies A (départ en retraite, IR exonéré, PS 18,6 % dus, cessation et liquidation des droits dans les 24 mois). La cession des parts de SEL relève, elle, de la plus-value mobilière (PFU 31,4 %) avec l'abattement fixe de 500 000 € du dirigeant partant en retraite (article 150-0 D ter, prorogé jusqu'au 31 décembre 2031). Le détail : céder son cabinet en exonérant la plus-value. Spécifiquement pour l'avocat, voyez vendre son cabinet d'avocat : fiscalité de la cession et exonérations de plus-value et, sur le seul transfert de clientèle, transmission de clientèle d'avocat : 151 septies A et départ en retraite.
| Vous cédez… | Nature de la PV | Exonération principale | PS 2026 |
|---|---|---|---|
| La clientèle / une branche complète | Plus-value professionnelle | 238 quindecies (≤ 500 k€) + 151 septies + 151 septies A | 18,6 % |
| Les parts de votre SEL | Plus-value mobilière | Abattement fixe 500 k€ du dirigeant retraité (150-0 D ter) | 18,6 % |
| Les murs (SCI à l'IR) | Plus-value immobilière des particuliers | Abattement pour durée de détention | 17,2 % |
Exemple : ce que coûte l'absence d'anticipation
Transmettre via apport-cession et pacte Dutreil
Pour transmettre plutôt que vendre, deux outils se combinent. L'apport-cession (article 150-0 B ter) : vous apportez vos titres de SEL à une holding que vous contrôlez, ce qui place la plus-value en report d'imposition. Attention, le dispositif a été durci par la LF 2026 : si la holding cède dans les trois ans, le maintien du report suppose désormais de réinvestir au moins 70 % du produit dans une activité économique éligible (champ des remplois restreint, avec une obligation de conservation des actifs réinvestis), au-delà de trois ans il n'y a pas de condition de remploi. La donation ultérieure des titres de la holding peut purger la plus-value en report sous conditions de conservation. Le pacte Dutreil (article 787 B) : sous engagement collectif puis individuel de conservation et exercice d'une fonction de direction, la transmission des titres par donation ou succession bénéficie d'un abattement de 75 % sur les droits de mutation. Voyez l'apport-cession du libéral et la holding patrimoniale.
Protéger son conjoint, transmettre son patrimoine
Au-delà du cabinet, c'est tout le patrimoine privé qu'on prépare à transmettre — et c'est ce qui distingue ce hub du guide purement structurel. L'assurance-vie en est le pilier : les capitaux décès échappent à la succession et, pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d'un abattement de 152 500 € (article 990 I) ; après 70 ans, un abattement global de 30 500 € s'applique sur les primes (article 757 B), les gains restant exonérés. Le démembrement (donation de la nue-propriété, barème de l'article 669), la donation dans la limite de l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant tous les 15 ans (article 779) et, si le cabinet est en SELARL/SPFPL, le pacte Dutreil complètent la panoplie. Voyez préparer sa succession et transmettre cabinet et patrimoine.
Et la CNBF, au moment de la sortie ?
Âge, phase et priorité : le tableau de synthèse
Une vue d'ensemble pour situer où vous en êtes et ce qui doit retenir votre attention en prioritéaujourd'hui. Les âges sont indicatifs : ce qui compte, c'est l'enchaînement des priorités.
| Âge | Phase | Priorité n°1 | Le chiffre-clé 2026 |
|---|---|---|---|
| 28-35 ans | Collaborateur | Précaution + prévoyance + démarrer le PER | Prévoyance Madelin ≈ 11 534 € |
| 35-50 ans | Associé / installation | Structurer (SELARL/SPFPL) + saturer le PER | PER : jusqu'à 88 911 € déductibles |
| 35-50 ans | Associé / installation | Locatif et déficit foncier à 45 % | Loyers SCI IR : PS 17,2 % |
| 50-60 ans | Maturité | Diversifier + piloter IFI / CEHR / CDHR | IFI > 1,3 M€ · CDHR 20 % |
| 60 ans et + | Fin de carrière | Céder / transmettre au bon prix | Exo cession ≤ 500 000 € (238 quindecies) |
Trois avocats, trois phases : 32, 45 et 60 ans
Trois situations réelles, retravaillées et arrondies : une collaboratrice de 32 ans, un associé de 45 ans, un avocat de 60 ans qui vend. Chiffres illustratifs (estimations pédagogiques, non opposables ; fourchettes volontaires).
Note de méthode sur les projections
Cas 1 — Camille, 32 ans, collaboratrice (rétrocessions BNC ~70 000 €, TMI 30 %)
Priorité = sécuriser, pas défiscaliser :
1. Épargne de précaution : 6 mois de charges ≈ 18 000 € sur livrets et fonds euros, pour absorber un mois creux.
2. Prévoyance Madelin : ≈ 1 500 à 2 500 €/an déductibles, avec une définition d'invalidité professionnelle — son seul filet en cas d'arrêt.
3. PER ouvert : premier versement au plancher de 4 806 € ; à TMI 30 %, c'est 1 442 € d'IR économisés (coût net 3 364 €), surtout pour prendre date.
L'erreur à 32 ans serait de bloquer son épargne dans un produit de défiscalisation avant d'avoir un coussin de sécurité. La défisc viendra à l'installation.
Cas 2 — Maxime, 45 ans, associé en SELARL (bénéfice ~220 000 €, TMI 45 %)
Plafond PER (154 bis) : 10 % × 220 000 + 15 % × (220 000 − 48 060) = 22 000 + 25 791 = ≈ 47 791 € déductibles.
Économie d'IR à TMI 45 % : 47 791 × 45 % ≈ 21 506 €.
Coût net de l'effort d'épargne : 47 791 − 21 506 ≈ 26 285 € pour 47 791 € capitalisés.
Déficit foncier : un bien locatif nu avec 30 000 € de travaux génère un déficit imputable sur le revenu global dans la limite de 10 700 €/an (le surplus, ici ~19 300 €, ne s'impute que sur les revenus fonciers des 10 années suivantes). À 45 % de TMI, l'économie d'impôt atteint jusqu'à 13 500 € si Maxime dispose déjà de revenus fonciers à effacer ; sinon ~4 815 € la première année, le reste étant reporté. Loyers de la SCI à l'IR : PS 17,2 %.
SPFPL :les dividendes remontés capitalisent à ~99 % via le mère-fille, contre 68,6 % nets en distribution directe (PFU 31,4 %). Concrètement, entre le PER, le déficit foncier et la SPFPL, Maxime peut effacer plus de 30 000 € d'impôt par an : ne pas le faire, à 45 % de TMI, c'est un treizième mois envolé chaque année.
Cas 3 — Bernard, 60 ans, cède sa clientèle et part en retraite ⭐
238 quindecies : valeur cédée ≤ 500 000 € → exonération totale d'IR sur la plus-value professionnelle. Mais les PS de 18,6 % restent dus (ni le 238 quindecies ni le 151 septies A ne les exonèrent). Sur une plus-value de l'ordre de 400 000 € : 18,6 % ≈ 74 400 € de PS, IR = 0.
Alternative parts de SEL : s'il avait exercé en SELARL, l'abattement de 500 000 € du dirigeant retraité (150-0 D ter) effacerait l'essentiel de l'IR sur la plus-value mobilière, les 18,6 % de PS restant dus.
Ce que Bernard a bien fait : il a alimenté son assurance-vie avant 70 ans. Résultat : 152 500 € par bénéficiaire transmis hors droits (990 I) — pour ses 3 héritiers, 457 500 € exonérés. Et il a vu son comptable et un CGP trois ans avant de vendre, pour caler la synchronisation cessation / liquidation CNBF dans les 24 mois.
La dualité des prélèvements sociaux 2026 (18,6 % / 17,2 %)
La plupart des comparateurs en ligne et des vieux articles appliquent encore 17,2 % à tout. Depuis la LFSS 2026 (loi n° 2025-1403), la CSG du capital est passée de 9,2 % à 10,6 %, et selon le revenu concerné le bon taux est désormais soit 17,2 %, soit 18,6 %. Sur une cession de parts de SEL de 300 000 €, se tromper de taux, c'est 4 200 € d'écart.
| Type de revenu / plus-value | Taux de PS 2026 | Concerne l'avocat |
|---|---|---|
| Dividendes de SEL, intérêts | 18,6 % | Distribution de la SELARL/SPFPL (PFU 31,4 %) |
| Plus-value de cession de parts de SEL | 18,6 % | Sortie / transmission du cabinet |
| Plus-value professionnelle (clientèle) | 18,6 % | Cession 151 septies / 238 quindecies / 151 septies A |
| Gains de PER à la sortie | 18,6 % | PER 154 bis dénoué à la retraite |
| Assurance-vie, contrat de capitalisation | 17,2 % | Épargne et trésorerie capitalisée |
| Loyers d'une SCI à l'IR (location nue) | 17,2 % | Murs du cabinet loués à la SEL |
| Plus-value immobilière des particuliers | 17,2 % | Revente d'un bien locatif |
Le piège à retenir : le 151 septies A n'exonère pas les PS
Faire son bilan patrimonial d'avocat
Reste à transposer tout cela sur votre situation : votre TMI réelle, votre structure, vos projets immobiliers, l'âge de vos enfants. Et autour de vous, trois professionnels interviennent — comptable, fiscaliste, CGP — qu'on prend souvent l'un pour l'autre, à tort. Comme souvent, l'avocat qui défend remarquablement ses clients n'a ni le temps ni le recul pour arbitrer son propre patrimoine.
L'expert-comptable
Tient la comptabilité du cabinet, établit la 2035 (ou les comptes de la SEL), gère la TVA et conseille sur les charges et la structure. Indispensable au quotidien, centré sur l'activité — mais pas sur votre patrimoine global personnel + professionnel.
L'avocat fiscaliste
Sécurise les montages complexes (apport-cession, Dutreil, restructuration de SEL/SPFPL) et défend en cas de contentieux. Précieux sur le point de droit pointu, mais ce n'est pas son métier de piloter dans la durée l'ensemble de votre patrimoine privé.
Le conseiller en gestion de patrimoine
Construit la stratégie globale et indépendante, phase par phase : sécurisation, structuration SEL/SPFPL, immobilier, prévoyance, PER, assurance-vie, pilotage IFI/CEHR/CDHR, cession et transmission. Une vision 360°, calibrée sur votre TMI, en lien avec votre expert-comptable et votre fiscaliste.
Votre feuille de route patrimoniale d'avocat, chiffrée
Bilan patrimonial complet : on situe votre phase, on priorise vos leviers (structure, PER, assurance-vie, immobilier, IFI, cession) et on chiffre le gain net. Cabinet 100 % indépendant, sans produit-maison, en lien avec votre expert-comptable.
Sécuriser le collaborateur, basculer en SELARL coiffée d'une SPFPL, saturer le PER à 45 ans, piloter l'IFI à 55 ans : chaque choix engage le suivant — la forme de votre SEL détermine vos dividendes, qui financent votre PER, qui pèsera le jour où la CNBF ne versera plus que ~1 596 €/mois. Pour aller plus loin sur un levier précis, parcourez les guides du cluster avocat : de la défiscalisation de l'avocat à la holding SPFPL, en passant par les placements de l'avocat et l'optimisation des hauts revenus du libéral. Et si vous évoluez auprès d'une autre profession du droit, voyez aussi la gestion de patrimoine du commissaire de justice : la feuille de route complète.

